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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 05:55

Dix ans. En ces derniers jours de l’année, Action-Suspense boucle ses dix ans d’existence. Sa longévité vient autant de ma capacité à présenter plusieurs chroniques par semaine qu’à la fréquentation du blog. Pourquoi continuer si les lecteurs n’étaient pas au rendez-vous, s’intéressant aux nouveautés comme aux auteurs classiques du polar ? Suggérer, proposer, et rester toujours sincère pour partager nos plaisirs de lecture et notre curiosité, tel est mon credo. Ce sont bien là les deux piliers sur lesquels s’appuie Action-Suspense : le plaisir et la découverte. Aussi, c’est un immense remerciement que j’adresse à toutes et tous, lectrices et lecteurs qui fréquentez ponctuellement ou régulièrement ces pages. Au fil des mois, j’espère que ces idées de lecture vous ont permis d’apprécier des auteurs que vous ne connaissiez peut-être pas, ou de confirmer le talent d’autres romanciers.

Dans "L’Année du polar 1987", l’écrivain et critique Michel Lebrun écrivait déjà: “Depuis quelques temps, les frontières séparant le roman noir et la littérature blanche s’estompent, se fendillent, se fluidifient, s’effritent, s’amenuisent, bref… disparaissent. Une immigration sauvage se développe, irrémédiable, mais dans les deux sens, dans un phénomène de vases communicants.” (cité par Marie-Caroline Aubert et Natalie Beunat dans "Le Polar pour les Nuls", 2018). Nous avons eu la preuve de cette fusion des genres avec Nicolas Mathieu qui, après son roman noir “Aux animaux la guerre” (fort bien adapté pour la télévision) s’est vu décerner le Prix Goncourt pour “Leurs enfants après eux”. Bel exploit, qui montre probablement que, au-delà des intrigues criminelles, les sujets sociaux font partie des thèmes actuels appréciés du public.

Mille merci donc à celles et ceux qui aiment le polar, et bonnes lectures pour 2019 !

Meilleurs Vœux pour 2019

À la mémoire de Claude Mesplède.

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 05:55

David Sedar Ndong est un Sénégalais âgé de trente-deux ans. En clandestin il a quitté l’Afrique, passant des Canaries en Espagne, avant d’arriver en France. C’est dans la Drôme qu’il arrive finalement, une bourgade appelée Hauterives. Il compte y rejoindre Denis Vignal, un humanitaire d’AfriqueAlter, dont il fut le guide et traducteur dans son pays, à M’Bour. David Sedar n’est “pas un illettré ni un crève-la-fin, non il est diplômé de l’Université de Dakar, parle quatre langues…” S’il a entrepris ce périple vers la France, c’est en partie pour rendre à Denis Vignal un bijou appartenant à son épouse Diane, qu’il avait perdu en Afrique. Un médaillon qu’on lui avait arraché, plus exactement. 

La principale raison de sa venue, c’est sa grande admiration pour Denis Vignal. Ainsi que l’espoir qu’il lui trouvera un travail en France, sans doute. Hauterives n’a rien à voir avec le climat tropical de M'Bour : quand il s’y présente, sans adresse précise, il ne fait que zéro degré. On lui indique la ferme très isolée dans les contreforts montagneux où habite le couple Vignal. Diane, l’épouse à la santé fragile de Denis Vignal, l’accueille sans trop hésiter. Si son mari a accordé sa confiance à cet Africain, pourquoi pas elle ? Diane apprend à David Sedar que Denis a disparu quelques temps après son retour au pays. Il lui a laissé un ultime message pouvant suggérer qu’il y a eu un problème grave en Afrique lors de sa dernière mission.

David Sedar sent bien que règne une tension autour de chez Diane Vignal. Un chien est abattu à coup de fusil, sous le prétexte qu’il pouvait être enragé. Une certaine folie a animé le tueur du chien, estime l’Africain. Et le gendarme Blaise ne paraît nullement en sympathie avec Diane. Celle-ci retrouve les cahiers secrets, écrits à la main, par son mari. Il s’agit pour l’essentiel de propos intimes, mais Denis Vignal y évoque également le rôle de l’association humanitaire AfriquAlter – dont l’utilité est peut-être moindre. David Sedar, qui a participé aux missions du Français, se refuse à croire que Denis n’ait pas été le héros qu’il imagine. Encore qu’il possède quelques éléments sur "l’incident" qui causa la perte du médaillon de Diane. Par ailleurs, personne ne semble tant se préoccuper de la disparition de Denis Vignal…

Jean-Yves Martinez : Les enchaînés (Seuil, 2019)

— Je n’ai jamais dit ça à personne, madame. Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que c’est le moment, parce que je sais que vous n’allez pas me prendre pour un idiot, ou un illuminé… Cette feuille de route quand elle arrive, je suis tellement heureux ! Tellement fier ! Elle m’est adressée à moi, de la capitale, par un homme important. Tout le monde sait qui est monsieur Denis là où je vis, alors moi je m’enferme et je la lis, je la relis. Il y a mon prénom à chaque paragraphe, il y a mon prénom David Sedar, à la troisième personne (…) C’est comme un rituel, madame, une cérémonie que je dois organiser seul, en respectant à la lettre les écritures. Oh bien sûr, je suis aussi content parce qu’au bout de la feuille de route, il y a de l’argent pour moi, beaucoup plus qu’on ne peut en gagner en plusieurs semaines là-bas, mais je vous jure que ce n‘est pas le plus important…

On eût pu souhaiter une tonalité plus marquée, plus intense, mais respectons le choix de l’auteur. Le jeune Africain débarque dans un décor et dans des conditions climatiques déconcertantes pour lui, qui vont longuement le déstabiliser. Incompréhension face à un paysage hostile, et sensation que plane un danger mortel. Qui peut vraiment protéger l’autre, Diane ou David Sedar ? Des questions se posent, confusément, l’intrigue ne manquant ni d’énigmes, ni de secrets. L’ambiance hivernale neigeuse participe au flou relatif, autant que l’expatriation de David Sedar. En effet, cette histoire ne pouvait pas racontée qu’avec une certaine lenteur – répondant au comportement que l’on prête aux Africains. Voilà un court roman d’atmosphère auquel on prend le temps d’adhérer, afin de l’apprécier.

Disponible dès le 3 janvier 2019

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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 10:30
Adieu, Claude Mesplède

Dans l’univers du roman noir et du polar, existe une vaste diversité. Chacun d’entre nous a ses préférences, variées à l’infini. Le seul qui, à mes yeux, ait été fédérateur en ce domaine, c’est Claude Mesplède. Passionné de littératures, il découvre tôt les romanciers populaires et le roman noir américain, en particulier Dashiell Hammett. En 1981, il débute une carrière de critique littéraire. Il sera conseiller littéraire de plusieurs maisons d'édition ainsi que directeur de collection.

Entre 1995 et 1998, il est également président de 813, l'association des amis des littératures policières. Au fil des salons et festivals, il continuait à "recruter" des adhérents Son enthousiasme était porteur. Ami des auteurs, Claude Mesplède n’a pas ménagé son temps et sa force pour mettre sans cesse en valeur les romanciers français comme étrangers. Souvent, il donna un coup de pouce aux auteures, parfois négligées par le monde éditorial.

Adieu, Claude Mesplède
Adieu, Claude Mesplède
Adieu, Claude Mesplède

Non, je ne vais pas écrire une nécrologie de Claude Mesplède. C’était un ami, qui avait eu la bonté de m’adopter parmi ses fidèles il y a une quinzaine d’années. S’il a pu arriver qu’avec son caractère affirmé, il se fâche avec certains, ce ne fut jamais le cas entre lui et moi. Nous avons tous deux souri de quelques malveillants qui auraient bien voulu que ça se produise. Quand c’est la passion et l’honnêteté qui guide des lecteurs/chroniqueurs, pourquoi s’énerver ?

On ne décrit pas une amitié. Elle ne se nourrit pas forcément de rencontres permanentes, mais d’un plaisir commun à se revoir – car on partage la même ambition, pour nous : mettre à l’honneur la diversité du polar. Claude Mesplède nous a quittés. Heureusement, il nous laisse quantité d’écrits sur son domaine de prédilection. Pour ne pas sombrer dans la morosité et, pour prouver que les littératures policières sont éternellement vivantes.

Adieu, Claude Mesplède
Adieu, Claude Mesplède

Adieu Claude, tu restes dans mon cœur.

Adieu, Claude Mesplède
Photos prises à Penmarc'h, à Lamballe et à Mauves-sur-Loire.

Photos prises à Penmarc'h, à Lamballe et à Mauves-sur-Loire.

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 05:55

New York, de nos jours. Elizabeth Needham est policière du NYPD. Pour une enquête, elle contacte le professeur Dylan Reinhart , docteur en psychologie et enseignant à Yale. Celui-ci vit en couple avec son compagnon Tracy, qui est juriste. Leur principal souci actuel, c’est l’adoption. Ils ont le sentiment d’être face à une administration hostile, qui ne fait rien pour faciliter leurs démarches. Le Pr Reinhart accepte de suivre l’affaire traitée par la policière : Jared Louden, dirigeant d’un important fonds d’investissement, a été poignardé quelques jours plus tôt. Un vrai massacre, puisqu’il va s’avérer qu’il a reçu 352 impacts de couteau. Si Elizabeth Needham et le psychologue ne rencontrent que l’hostilité de la veuve, le professeur Reinhart imagine bien qu’ils sont face à un tueur hors norme. Il a même laissé un indice concernant sa prochaine victime : un roi de trèfle.

Ce roi des night-clubs, c’est le jeune Bryce von Miller, un fêtard invétéré surnommé le Roi des Clubs. Il est probable que l’assassin l’ait attiré en lui offrant une drogue de sa fabrication, la Pulpe. Peu d’éléments, par ailleurs, pour Needham et Reinhart. Malgré la relative discrétion autour de ces deux premiers cas, le journaliste Allen Grimes ne tarde pas à s’intéresser à ces meurtres. Il promet de ne pas en révéler de trop, mais reste un reporter cherchant le sensationnel. Près du cadavre de Bryce von Miller, le tueur a déposé une nouvelle carte à jouer : le deux de cœur. Elizabeth rencontre le maire, Edward Deacon, qu’elle connaît bien pour lui avoir servi de garde du corps. La cote de popularité de ce dernier, qui fit de belles promesses sur la sécurité des citoyens, est en chute libre. Il va mettre la pression sur l’enquêtrice, d’autant que la série n’est sûrement pas close.

Le troisième cas se produit dans un hôtel de luxe de Tribeca, à Lower Manhattan. Cynthia Chadd et Rick Thorsen sont assassinés dans leur chambre. Deux de cœur, ça correspond à l’indice symbolique laissé sur le cadavre précédent. Cette fois, le jeu pervers du tueur va plus loin : Needham et Reinhart sont la cible d’une fusillade de la part de leur adversaire dans le hall du même hôtel. Celui que le journaliste Allen Grimes a nommé Le Dealer disparaît comme par enchantement sitôt après. Le Pr Reinhart peut craindre que le jeu du chat et de la souris franchissent des degrés plus fort, présentant un risque mortel y compris pour Elizabeth et lui. En parallèle, avec son compagnon Tracy, il faudra trouver une solution pour adopter un enfant…

James Patterson et Howard Roughan : Jeu de massacres (L’Archipel, 2019)

Il s’arrêta net et la dévisagea. Elle se contenta d’opiner, comme pour le féliciter de sa sagacité.
— Oh putain ! répéta-t-il. Voilà pourquoi ça ne peut pas être une overdose. Il a laissé une autre carte sur le gosse, c’est ça ?
— Un deux de cœur. Fourré dans sa poche.
Grimes pouvait à peine se contenir.
— Dites-moi que vous avez déjà deviné, dit-il en se tournant vers moi. Qui est le prochain sur la liste ? À moins qu’ils soient deux ? Un couple, qui sait ? Non, attendez. C’est encore mieux si vous n’en savez rien. Personne ne doit rien savoir. L’histoire n’en sera que meilleure. Toute la ville doit s’interroger.

Qu’est-ce qui fait le succès des romans de James Patterson, coécrits avec un autre auteur (qui lui a généralement apporté le synopsis, la trame de l’intrigue) ? Patterson connaît parfaitement les codes du polar, et alimente un suspense bienvenu. Un criminel diabolique à souhaits dans l’ombre, un duo disparate – un psy, une policière – d’enquêteurs ayant toujours un temps de retard sur lui, des situations plus anxiogène allant crescendo… Mais il se refuse à écrire "plus noir que noir", à charger les effets – même si les cadavres sont drôlement amochés : la tonalité conserve une légèreté narrative très agréable. Un autre atout notable, on le voit ici : le récit se présente sous forme de séquences courtes, qui ne sont pas sans rappeler la forme cinématographique. Un découpage permettant aux lecteurs d’avancer à leur propre rythme – un bref retour sur quelques pages suffisant à se replacer dans l’action. Les suspenses de James Patterson sont des romans que l’on a toujours plaisir à lire, et il ne faut pas s’en priver.

Disponible dès le 3 janvier 2019

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25 décembre 2018 2 25 /12 /décembre /2018 05:55

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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 05:55

Action-Suspense souhaite un Joyeux Noël et les meilleures Fêtes de fin d’année aux lectrices et aux lecteurs. Merci de vos visites ici, d’avoir l’amabilité de lire mes chroniques. En espérant que le Père Noël apporte à chacun/chacune beaucoup de livres à lire. Pour reprendre la formule de l’écrivain Daniel Pennac : “La vertu paradoxale de la lecture est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens.” La lecture est un repère dans nos vies, parfois même un refuge, ne nous en privons pas.

Joyeux Noël 2018

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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 05:55

Sven Nelson est officier en second dans la marine marchande. Ça fait dix-huit ans qu’il bourlingue sur l’océan Pacifique. On le surnomme Swede à cause de son allure de Suédois. Il vient de passer trois ans sur le Lauterbach, bien décidé cette fois à abandonner la mer pour s’acheter une ferme et se marier. Mais Sven a la mauvaise habitude de s’alcooliser au rhum. C’est ainsi qu’il se réveille dans un motel, Le Perroquet violet, situé sur la côte entre Los Angeles et San Diego. La nuit précédente, il s’est bagarré avec un petit voyou du coin qui était aussi ivre que lui. L’individu étant sévèrement blessé, le shérif Cooper ne tarde pas à arrêter Sven. Vu le pedigree de la victime, la justice locale n’a pas de raison d’accabler le marin : il sera rapidement libéré sous caution.

Celle qui est intervenue pour l’aider, c’est la blonde Corliss Mason. Veuve d’un officier de Marine, c’est la séduisante propriétaire du motel Le Perroquet violet. Elle a immédiatement flashé sur Sven, un véritable coup de foudre. Elle correspondrait fort bien au projet actuel du marin : l’épouser et s’acheter une ferme dans sa région natale. Le couple envisage sans délai de se marier. Mamie est la femme du jardinier Meek, plus âgé qu’elle et plutôt antipathique. Employée au restaurant du motel, Mamie conseille à plusieurs reprises à Sven de s’en aller au plus vite. Simple intuition féminine, car elle trouve que l’ambiance n’est pas très saine autour de Corliss et du motel. Un argument qui n’a aucune chance de convaincre Sven, même s’il éprouve de la sympathie pour Mamie.

Cette nuit-là, Corliss est violée par le barman du Beachcomber, Jerry Wolkowysk. Quand elle en informe Sven, la réaction du marin ne se fait pas attendre : il cogne violemment le coupable, le tuant sans s’en rendre compte. Alerter la police, prévenir le shérif Cooper ? Il n’en est pas question pour le couple. Afin de se débarrasser du corps, Sven simule un accident de voiture en faisant chuter le véhicule de Jerry d’une falaise voisine. Il y a peu de risques qu’ils soient soupçonnés de meurtre. Pressés de se marier, Sven et Corliss se rendent au Mexique pour les formalités. Pas de lune de miel pour le couple, qui rentre bientôt au motel. Quelque peu décevant pour Sven, qui replonge dans l’alcool, abusant du rhum. La bienveillante serveuse Mamie lui renouvelle son conseil de s’en aller au plus tôt, prédisant qu’il est en danger – même si ça paraît fort confus.

Si les charges contre Sven dans l’affaire de la bagarre vont être relativisées et le cas sera clos d’ici peu, la disparition de Jerry Wolkowysk a fini par provoquer une enquête. Mais le shérif Cooper est, cette fois, accompagné d’un agent du FBI. Car le barman utilisait une fausse identité. Il était recherché par la police pour une grosse affaire d’escroquerie. Bien qu’il ignorât tout de cela, Sven risque au moins de passer pour complice, et même d’être accusé de meurtre. Il va devoir se dépêtrer de cette situation, la serveuse Mamie restant sans aucun doute sa meilleure alliée…

Day Keene : Le plancher des garces (Série Noire, 1967)

Je le virai du lit et l’envoyai au plancher d’un terrible coup de poing dans la bouche qui fit jaillir du sang.
— Allons, fumier. Debout ! Tu vas recevoir la dérouillée que tu mérites.
Il se mit à quatre pattes en balançant la tête comme un chien. Puis il se mit sur ses pieds. Il était ivre, mais pas complètement. On aurait plutôt dit qu’il était dans la vape, qu’il avait fumé ou mélangé drogue et alcool pour se donner le courage d’accomplir ce qu’il avait fait.
Le cerveau embrumé, il mit du temps à réagir. Enfin, son regard se posa sur Corliss. Il lui cracha du sang au visage.
— Salope ! fit-il d’une voix pâteuse. Ça ne m’étonne pas de toi !
Il avait du mal à s’exprimer d’une manière cohérente. Il avait trois incisives déchaussées qui tremblotaient dans une écume sanguinolente quand il parlait. Il se rassit sur le lit, glissa la main droite sous l’oreiller et en sortit un Colt45 automatique. Il dut déployer toutes ses forces pour le soulever. Ensuite, il le braqua sur moi…

Écrit par Day Keene en 1952, “Le plancher des garces” ne fut publié dans la Série Noire qu’en 1967. On peut préférer le titre original, “Home is the Sailor”, plus évocateur du retour à terre d’un marin dont la vie est depuis longtemps sur les flots mais qui se croit capable d’abandonner la mer. On se doute bien que, s’il entame une histoire amoureuse, ça ne se passera pas aussi simplement qu’il semble. Le contexte est aussi classique que l’intrigue dans le cas présent, suffisamment solides pour entraîner le lecteur dans les mésaventures du héros. On ne peut pas dire qu’il y ait un "regard sur l’Amérique" d’alors, ni d’autre ambition que de raconter la meilleure histoire possible. C’est du polar noir de bon aloi, suspense et énigme à la clé, avec son lot de péripéties. Néanmoins, les romans de Day Keene (1904-1969) s’inscrivent dans la très bonne tradition du genre. Un auteur que l’on aurait tort de négliger.

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 05:55

Il s’agit d’un recueil de dix nouvelles signées Hugues Pagan, Prix Mystère de la critique 1998 pour: “Dernière station avant l'autoroute” (Ed.Rivages). Scénariste pour le cinéma et la télévision, Pagan n’est l’auteur que d’une douzaine de livres – où domine une tonalité sombre. Ici, la nouvelle inaugurant le recueil, “Mauvaises nouvelles du front”, illustre d’emblée l’atmosphère des histoires constituant l’univers de ses intrigues.

 

Il est commandant de police, affecté à une brigade de nuit. Un être désabusé : ça fait bien longtemps qu’il n’éprouve aucun goût pour la vie, ni dans son métier, ni en privé. À part peut-être Yellow Dog, son chat, rien ne l’émeut. Sans doute parce que l’animal a subi un drame, perdant sa compagne. Cela dit, le curieux Yellow Dog a été vengé par on ne sait quelle intervention punissant le coupable. Pour le reste, ce policier s’enferme dans une sorte de léthargie sociale. Jusqu’au soir où il rencontre un étrange personnage, qui semble ne rien ignorer du marasme continuel habitant le policier. Comme s’il l’observait depuis toujours, comme s’il influait sur son destin et sur sa perpétuelle morosité.

Ce bonhomme énigmatique lui offre de vivre une expérience de son choix qui, peut-être, pourrait secouer son état dépressif. En effet, quelques jours plus tard, le policier est mis en cause dans une affaire – avec laquelle il n’a pourtant rien à voir. Dans le cadre du conditionnement des CRS en vue d’une efficacité maximale, on est allé très loin. À tel point qu’il devient quasi-impossible de maîtriser les troupes – qui ne se contentent plus de s’attaquer aux contestataires. Deux flics représentant l’Autorité – l’un ayant les nobles traits de l’acteur Mel Ferrer, l’autre ressemblant à Rambo jeune – sont chargés de trouver un remède à la situation. Pensent-ils que c’est ce flic "nuiteux" qui en possède la clé ?

Le policier est conscient que cette affaire peut le conduire à des ennuis judiciaires, jusqu’à la prison. Il faudra bien un bouc-émissaire, et il en présente le profil. Que deviendrait le chat Yellow Dog sans lui ? Il recontacte le mystérieux deus ex machina qui a manigancé cette expérience. Ce dernier va devoir plaider la cause du policier…

Hugues Pagan : Mauvaises nouvelles du front (Rivages, 2018)

À écouter le monde, il faudrait encore faire des risettes et des mamours, tout un tas de grimaces et de menteries, et grands dieux pourquoi ? La vie, elle nous les a déjà faites, les poches. Tout retourné, gratté jusqu’à l’os. A bout du compte, on s’est bien fait mettre : c’est pas de la camarde qu’il aurait fallu avoir peur, c’est bien d’elle, la vie. Elle nous a bien baisé, la salope, avec ses faux airs, ses falbalas et ses promesses de ne pas y toucher. Ah, si on avait su : c’est avant qu’il fallait fermer. Quand on était encore un tout petit peu regardables.
Comment voulez-vous que la Mort, elle soit pas rebutée aussi, avec tous ces cadavres de merde. Vieux. Moches. Avec toujours trop de dents neuves. Comme si ça pouvait encore leur servir à quelque chose, des dents neuves. Tout de même, elle avait raison Léon : tout le monde s’en branle, qu’on vive ou qu’on meure.” (Extrait de “Wabash blues”)

Même si apparaissent çà et là des traces d’humour, ironique ou acerbe ou sarcastique, le but de Hugues Pagan n’est pas en priorité de nous faire sourire. Plus sûrement de déstabiliser le lecteur par son style, évoquant généralement des personnages tourmentés sur fond nocturne. Des nuits sales, pluvieuses, presque anxiogènes pour qui n’y est pas habitué. Le monde décrit par Pagan implique la noirceur dans les décors comme dans les têtes des protagonistes. Eux n’existent pas sans garder des images fortes de leur passé. Peut-être parce que, ainsi que l’explique Michel Embareck en préface (qu’il est conseillé de lire), Pagan est lui-même singulier. Au fil de ces dix nouvelles, voilà une bonne façon de retrouver ou de découvrir un ton différent.

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