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18 décembre 2018 2 18 /12 /décembre /2018 05:55

Anouck Furhman est policière à la Brigade Criminelle de Lille, secondée par le jeune Davin et le consciencieux Prioux. Leur dernière enquête piétine. Du côté de Valenciennes, une étudiante blonde de vingt-et-un ans – Isabelle Descamps – a été tuée et horriblement mutilée, son crâne ayant disparu. Une semaine plus tard, l’étudiante Olivia Palinski a été enlevée au Val Joly. Deux cas présentant de fortes similitudes. Si elle est encore en vie, la seconde est séquestrée pour subir de monstrueuses expériences. Quant au crâne de la première, il est bientôt retrouvé, évidé de son cerveau.

Furhman et ses adjoints disposent de deux pistes exploitables. Le ravisseur a laissé sur les lieux des crimes des traces de mercure pur. Étonnant, même si on en trouve encore dans les sols de la région, estime l’expert scientifique de la police. L’autre indice, c’est un chapeau en feutre ancien. Le policier Davin se renseigne auprès d’un spécialiste connaissant bien ce genre de coiffure. L’objet, qui rappelle certains tableaux de Rubens, pourrait dater des années 1624. Tandis qu’une autre jeune femme est enlevée au Touquet, Furhman reçoit une photographie macabre, avec un message qui lui fixe rendez-vous dans une église de Bruges, en Belgique.

C’est dans un confessionnal qu’elle fait la connaissance de l’Anonyme d’Anvers, encore qu’il ne se montre pas à visage découvert. Il s’agit incontestablement d’un vieil homme, très âgé. Il livre à Anouck Furhman le nom du criminel, mais son identité est relative. Le plus important, c’est de l’empêcher de poursuivre sa série d’enlèvements et de meurtres. Comme le confirment les analyses sur l’ADN, il s’agit d’une seule personne dans les trois affaires. Grâce à la petite enquête menée en parallèle par l’Anonyme d’Anvers, qui sait que les grottes oubliées ne manquent pas dans la région, c’est au cœur du Vieux Lille que les policiers découvrent le passage secret menant au laboratoire où le monstre mène ses expériences. Celui-ci semble encore avoir besoin de "chair fraîche". 

À Villeneuve d’Ascq, une jeune femme est agressée – mais l’intervention de l’Anonyme d’Anvers lui permet d’échapper à pire. Une nouvelle tentative raté se produit à Lezennes, sur une étudiante. Toutefois, il pourrait s’agir d’un autre coupable, cette fois, le modus operandi s’avérant différent. La policière Anouck est de plus en plus désorientée par cette enquête. Certes, l’Anonyme paraît être son meilleur allié, mais jusqu’où lui faire confiance ? Quant au criminel, son objectif est sans doute incompréhensible pour qui ignore les principes de l’alchimie…

Jean-Marc Demetz : Désoxy (Les Presses du Midi, 2018)

Une fois sur place, après s’être engagés par la trappe de la cave restée basculée, les deux policiers se sentirent aussitôt aspirés dans un canal étrange où tout ce qui se présentait à eux se confondait entre réalité et illusion, comme si les faisceaux de leurs torches électriques taillaient dans l’obscurité un tunnel fantastique gouverné par une force invisible qui remontait le temps.
Ils découvrirent tout ce qu’avait décrit l’Anonyme, la voûte de briques, la barque échouée, l’abreuvoir des Jésuites et lorsqu’ils atteignirent les arcades, ils revinrent à la réalité de leur enquête. Ils savaient qu’ils se trouvaient à la porte de l’antre du criminel. Ils aperçurent les inscriptions gravées et les figures et les statuettes taillées dans la roche, puis les deux dragons. Ils étaient arrivés à destination, une porte pivotée leur offrait le passage…

Ce n’est pas une enquête policière conventionnelle que nous propose Jean-Marc Demetz avec ce “Désoxy”. Il s’est appliqué à installer une ambiance, trouble et mystérieuse, qui nourrit la narration de cette histoire. On comprend bientôt que, derrière les enlèvements et les meurtres actuels, se cache une explication remontant à loin dans le temps. Et que les alchimistes d’autrefois ne dorment pas tous dans les grimoires d’antan. L’Anonyme en fait sans doute partie, mais se refuse à entretenir le Mal. Contrairement à celui que doit traquer Anouck Furhman. Si la tonalité est insolite et fort énigmatique, l’auteur adopte une réelle fluidité pour nous entraîner dans le récit. L’originalité de ce roman lui offre toute sa saveur.

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 05:55

À New York, Bernie Rodenbarr est le propriétaire de Barnegat Books, librairie d’occasions en livres rares ou plus ordinaires. Ce commerce est situé dans la 11e Est, entre University Place et Broadway. Tout près de là, se trouve le salon de toilettage canin de Carolyn Kaiser, meilleure amie lesbienne de Bernie. Chaque soir, ils se retrouvent au Bum Rap, le bar du coin de la rue. Toutefois, l’activité la plus lucrative pour Bernie Rodenbarr, c’est le cambriolage. De tout ce qui a une valeur artistique en particulier. Mais ce jour-là, Carolyn attend Bernie dans l’appartement de celui-ci, s’alcoolisant comme souvent. Son chat birman a été enlevé, et la ravisseuse – qui s’exprime d’une voix gutturale – réclame une rançon de 250.000 $. Une somme que Carolyn est loin de posséder. Heureusement, Bernie est prêt à y remédier.

Qu’est-ce qui représente à peu près le montant exigé ? Une toile du peintre Piet Mondrian (1872-1944) par exemple. Sauf que, même en préparant soigneusement un vol, Bernie est conscient qu’il serait illusoire de dérober un Mondrian dans un musée. Néanmoins, il a une alternative. Il est en relation commerciale avec M.Onderdonk, homme fortuné qui habite l’immeuble Charlemagne, au cœur de New York. Si ce bâtiment de style est ancien, il est hautement sécurisé. À l’origine, ce qui intéressait Bernie, c’était la collection de timbres précieux d’Onderdonk. Ça se négocie assez facilement, les timbres de ce genre. Bernie ayant l’œil à tout, il savait que son voisin John Charles Appling possédait une toile de Mondrian. Ayant un pied dans l’immeuble Charlemagne, Bernie compte donc se risquer à dérober le tableau… qui a disparu entre-temps.

Si cette nuit-là, Bernie fait une sensuelle rencontre avec Andrea, l’amante du propriétaire des lieux, une mauvaise surprise l’attend. Onderdonk a été retrouvé dans le placard de sa chambre, ligoté, bâillonné et le crâne défoncé. Il semble bien que le crime se soit produit alors que Bernie se trouvait à proximité. La police n’a pas besoin de chercher longtemps un coupable : l’inspecteur Ray Kirshmann – qui connaît bien le libraire – procède dès le lendemain à l’arrestation de Bernie. Si son vieil avocat est décédé, Bernie en a un autre sous la main, jeune et sportif, qui ne tarde pas à le faire libérer sous caution. Pourtant, ce sera au libraire lui-même de comprendre les rouages de cette histoire afin d’établir son innocence. Pas si simple alors qu’apparaissent d’autres toiles de Mondrian, probablement fausses, et que l’on peut craindre d’autres meurtres…

Lawrence Block : Le voleur qui aimait Mondrian (Série Noire, 1995)

— J’ai de plus en plus de mal à te considérer comme un libraire et de moins en moins de difficultés à te voir sous les traits d’un cambrioleur. Ce que les journaux appellent un criminel de carrière endurci mais, dans cette affaire, tu serais plutôt un kleptomane prévoyant. Tu es retourné dans un appartement où tu avais laissé tes empreintes la veille au soir ? Et alors que tu étais entré dans l’immeuble sous ton vrai nom ?
— Je ne prétends pas que je n’aurais pas pu prendre une meilleure décision.
— Heureusement. Je ne sais pas, Bernie, mais je ne suis pas davantage certain que tu as pris une meilleure décision quand tu m’as engagé. Je connais bien mon métier, mais mon expérience criminelle est limitée, et je ne peux pas dire que j’ai vraiment beaucoup aidé le client qui avait poignardé deux personnes, même si je ne me suis pas trop cassé parce que j’ai pensé que tout le monde dormirait plus tranquillement quand il ferait des tours de piste à Green Haven. Mais tu as besoin de quelqu’un qui soit capable de manier un mélange de corruption et de négociation de l’inculpation ; et, si tu veux honnêtement mon opinion, ça me dépasse un peu.

Les onze aventures du libraire-cambrioleur new-yorkais Bernie Rodenbarr sont publiées en France chez Série Noire et aux Éditions Seuil, en poche chez Point. Si des séries comme celle ayant pour héros Matt Scudder s’avère très sombres, la tonalité de Lawrence Block est plus souriante – plus légère – autour de Bernie. Certes, des intrigues solides sont développées et ça ne manque ni de péripéties, ni de suspense. Mais l’action vive n’est pas la priorité de l’auteur, qui possède un sacré savoir-faire. Nous sommes les témoins de l’habileté et de la méthode de Bernie, autant que de ses efforts pour s’en sortir le moins mal possible à chaque fois. “Le voleur qui aimait Mondrian” en est un très bon exemple. Tous les romans de cette série sont chaleureusement conseillés.

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 05:55

Simon Vrinks est un pro du banditisme, actuellement en prison. Son ex-compagne Hélèna Campillo vient lui annoncer une terrible nouvelle : leur fille Manon, âgée d’une vingtaine d’années, a été retrouvée salement assassinée. Vrinks ne prétend certainement pas avoir été un bon père, n’ayant plus vu sa fille depuis plusieurs années. Néanmoins, il culpabilise, ressentant comme un appel posthume de Manon lui demandant de la venger. Il prépare aussitôt son évasion. Il lui faudra quelques complicités, y compris celle d’un gardien de la prison. Un transport médical inopiné de nuit et des amis qui interceptent l’ambulance l’amenant à l’hôpital lui permettent de disparaître, bénéficiant d’une moto.

Dès le début de sa cavale, Vrinks tombe sur une jeune femme ayant à peu près l’âge de sa défunte fille. Cette Amia est également en fuite. Il s’agit d’une prostituée maltraitée et exploitée par un réseau mafieux. Dimitri ou Sergueï l’ont dressée afin qu’elle accepte toutes les exigences des clients, même dans la douleur. Son "amie" Léonie a été son unique soutien moral, bien relatif. Amia vient de s’apercevoir qu’elle est enceinte. Ce qui a motivé cette nécessité de sortir de l’enfer. Cette nuit-là, son chemin croise celui de Simon Vrinks, pas hermétique à l’allure perdue de la jeune femme. Il est prudent qu’il se cache, car la police n’a pas tardé à se lancer à ses trousses.

Vrinks et Amia font une première étape chez un vieux fermier. Ce dernier, qui a appris l’évasion par son journal, est armé et espère bien profiter de la situation. Tenir prisonnier Vrinks jusqu’à l’arrivée des flics, tout en séquestrant Amia pour en abuser sexuellement, tel est son programme. Mais la jeune prostituée ne l’entend pas ainsi. Elle supprime sans pité leur "ravisseur", et libère Vrinks – auquel elle suggère de continuer la cavale ensemble. Mis au courant de la grossesse d’Amia, conscient de la violence du milieu duquel elle s’est échappée, et parce qu’elle symbolise sa fille Manon, Vrinks est d’accord pour la protéger. Il leur trouve une planque provisoire chez des amis Yougos.

Toutefois, c’est plutôt chez son copain Angelo, patron d’un club de nuit, qu’ils peuvent espérer être à l’abri. Du moins, Amia s’y reposera quelques temps, tandis que Vrinks recontacte Hélèna afin d’en savoir plus sur les récentes fréquentations de leur fille Manon. Un certain Daniel Causse était le dernier amant en date de la jeune femme. Vrinks n’a pas à le bousculer bien longtemps pour qu’il parle. Par un concours de circonstances, Manon s’était acoquinée avec des producteurs de films X…

Côté police, c’est Alice Krieg qui est chargé de mener l’enquête. Bien que tourmentée par un état de santé précaire, c’est une flic de choc. Le profil de Vrinks en prison explique mal, selon elle, cette évasion. Lorsqu’elle interroge Hélèna, Alice comprend mieux la réaction du truand. Vrinks étant aguerri, elle sait déjà qu’il dispose de multiples possibilités pour qu’on ne le rattrape jamais ou difficilement. Malgré tout, Alice n’est pas prête à renoncer. Pour Vrinks, l’heure de la vengeance à sonné, de même que pour Amia…

Cédric Cham : Le fruit de mes entrailles (Éd.Jigal, 2018)

Vrinks danse d’un pied sur l’autre. D’ordinaire, il n’aurait pas hésité à l’envoyer chier. À la planter là. Avec une claque dans la gueule si besoin. Mais cette gamine lui retourne le cœur et l’esprit. Comme s’il n’était pas déjà suffisamment dans le brouillard comme ça. L’image d’Amia traversant la grange, à moitié nue et couverte de sang, lui revient sans cesse en pleine poire. Et le visage de Manon se superpose à ce souvenir. Jusqu’à s’y mélanger. Le corps d’Amia. Le visage de sa fille. Et une immense douleur. Au plus profond de son bide. Il n’avait pas été là pour elle. Elle avait dû se débrouiller toute seule.

Cédric Cham a concocté avec cette intrigue un très bon exemple du roman d’action, vif et énergique, percutant à souhaits, férocement endiablé et sous haute tension, furieux et fiévreux à la fois. As du banditisme, Simon Vrinks s’est imposé une mission, peut-être dans une quête de rémission. Car si sa carapace est celle d’un dur, il n’est pas insensible au sort des victimes comme la jeune Amia. Une sorte d’humanité (de circonstance ?) l’anime et le guide. La psychologie d’un truand ne répond pas aux critères ordinaires, on le voit ici. Quant à sa protégée, elle a réalisé que c’était le moment opportun de changer de vie, qu’elle ne pourrait donner naissance à un bébé dans le contexte où elle est enfermée.

Deux personnages forts, qui n’ont rien à perdre, que bien des choses rapprochent, qui choisissent leur destin en fonction des faits. La tonalité narrative avec son sentiment d’urgence, sa nervosité palpable permanente et les chapitres courts, conviennent parfaitement à cette noire aventure. Excellent !

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11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 05:55

Chaque année, il se publie beaucoup de très bons (voire d’excellents) polars et romans. Certains sont destinés à entrer dans la liste des best-sellers, ce n’est évidemment pas la majorité. Choisir les plus marquantes lectures des douze mois écoulés, tâche compliquée. On ne peut nier une part de subjectivité. Pourtant, au-delà des “Coups de cœur”, des talents apparaissent ou se confirment – quel que soit l’éditeur.

Le TOP 20 de 2018 inclut des romans primés (Prix Goncourt, Prix du Roman Page/America – Festival America 2018, Grand Prix de Littérature Policière 2018). Pourquoi se priverait-on de ces références, puisque ces livres ont été récompensés à juste titre ? Ma sélection ne propose pas un classement de ces vingt titres. Neuf auteurs français sont classés par ordre alphabétique, onze autres en présentant la nationalité de l’auteur. Il suffit de cliquer sur les liens pour lire mes chroniques sur les romans concernés. 

Les 20 meilleurs polars de 2018 – La sélection de l’année

Christian Blanchard : Iboga (Belfond)

Fabrice David : Au pays des barbares (Plon, coll.Sang Neuf)

Marie Devois : Peindre n’est pas tuer (Cohen&Cohen)

Stéphane Keller : Rouge parallèle (Toucan Noir)

Marin Ledun : Salut à toi Ô mon frère (Série Noire)

Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux (Actes Sud)

(Prix Goncourt 2018)

Sophia Mavroudis : Stavros (Jigal)

Michèle Pedinielli : Boccanera (L’Aube noire)

Jacky Schwartzmann : Pension complète (Seuil Cadre noir)

Andrée A.Michaud : Rivière Tremblante (Rivages) – Québecoise

Keigo Higashino : Les doigts rouges (Actes Noirs) – Japonais

Yuko Yuzuki : Le loup d’Hiroshima (Atelier akatombo) – Japonaise

Hernan Diaz : Au loin (Delcourt) – Américain

(Prix du Roman Page/America – Festival America 2018)

A.J.Finn : La femme à sa fenêtre (Presses de la Cité) – Américain

Jake Hinkson : Sans lendemain (Gallmeister) – Américain

(Grand Prix de Littérature Policière 2018)

Benjamin Whitmer : Évasion (Gallmeister) – Américain

Alan Parks : Janvier noir (Rivages) – Écossais

Francisco José Viegas : Le collectionneur d’herbe (Mirobole) – Portugais

Mikel Santiago : Le mauvais chemin (Actes Noirs) – Espagnol

Valerio Varesi : Les ombres de Montelupo (Agulo) – Italien

Les 20 meilleurs polars de 2018 – La sélection de l’année

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 05:55

Quinquagénaire et veuf, Lionel Fribourg est un égyptologue sans diplôme, père de Marie-José, dix-huit ans. En 1956, le colonel Nasser ayant nationalisé le Canal de Suez et pris ses distances avec les Occidentaux, Fribourg et sa fille furent contraints de quitter le pays où ils avaient toujours vécu. Si vivre à Paris ne déplaisait sans doute pas à Marie-José, ce fut bien plus difficile pour son père. En cinq ans, son pécule fondit gravement, faute de retrouver un travail à sa mesure. Surtout, l’univers était ici trop bruyant pour qu’il puisse rédiger en toute sérénité une thèse sérieuse (sur la réforme religieuse d’Akhenaton) qui lui donnerait, peut-être, accès à un emploi universitaire. C’est alors qu’un bienheureux hasard lui fit rencontrer Agnès Devillard.

Agnès était divorcée depuis quatre ans. Elle vivait avec ses deux chats à Athis-Mons, dans une maison calme. Où elle invita bientôt Lionel Fribourg. Si celui-ci eut le coup de foudre, ce fut davantage pour cette villa très agréable que pour Agnès. Pour s’installer là, il trouva rapidement la solution, lui proposant le mariage. Il était logique qu’elle hésite un peu : “Je n’étais pas amoureuse de lui, évidemment, mais il ne me déplaisait pas. Quelquefois, quand son visage se détendait, qu’il effaçait les rides soucieuses entre ses sourcils, qu’il perdait son air bilieux, il ne manquait pas de charme.” Si le projet de principe était acté, il se présenta bientôt quelques obstacles. Non pas du côté de Marie-José, qui incitait son père à conclure, mais Agnès avait de la famille. À commencer par son père.

Veuf retraité, cet ancien charpentier de marine breton envisageait de venir habiter chez sa fille à Athis-Mons. Lionel Fribourg réalisa sans délai quel problème allait se poser. Le père d’Agnès avait une passion : construire des modèles réduits de bateaux. Pas de la petite maquette, des miniatures de belle taille, plutôt envahissantes. Pour ce faire, il donnait à longueur de journée des coups de marteau ! Lionel se déplaça jusque dans la région de Saint-Brieuc pour le rencontrer avant que l’importun déménage. Réaliste, le père d’Agnès avait déjà compris ce qui plaisait à Fribourg : la maison de sa fille. L’égyptologue n’avait guère le choix, il fallait éliminer le bonhomme. D’ailleurs, il pouvait compter sur une certaine impunité, aucun lien direct n’existant entre l’ex-charpentier de marine et lui.

D’autres rivaux risquaient d’obstruer la route pour Fribourg. Le cousin Francis, par exemple, pour lequel Agnès avait une grande affection. Sans faire d’éclat, il s’installa auprès de sa cousine. Ce n’est pas l’intervention de Marie-José qui pourrait arranger les choses, hélas. Il y avait encore Jacques Devillard, l’ex-mari d’Agnès. Ce cinéaste, versatile comme tous les artistes, ne voudrait-il pas reconquérir son épouse ? Pour Lionel, il est indispensable de l’en empêcher. Bien qu’elle soit d’une candeur désarmante, Agnès a fini par se poser des questions sur le comportement de Lionel Fribourg, et sur cette cascade de tracas touchant ses proches. Mais la police, en la personne du débonnaire commissaire Sommet, ne voyait guère de raison de soupçonner Fribourg…  

Fred Kassak : Une chaumière et un meurtre (1961)

— Vous êtes un savant, comme vous dites. Un cerveau. Vous n’êtes pas plus bête que moi. Vous savez bien que ma fille est une tourte. Et pourquoi donc un savant épouserait-il une tourte et lui ferait tout un cirque, et jouerait au joli cœur, hein ? Mystère ! Mais si la tourte a une jolie maison à la campagne voilà qui explique bien des choses. Seulement, je vous préviens tout de suite, ne comptez pas là-dessus. Agnès habite une bonne petite maison et elle sait faire la cuisine : c’est moi qui profiterai des deux et pas un autre. Enfoncez-vous bien ça dans la tête !
Il se retourna vers son ouvrage et se remit à frapper.
— Votre cynisme passe les bornes, dis-je en m’efforçant à me dominer.
— Pas de leçon à recevoir de vous. Regardez-vous donc : vous essayez encore de faire le faraud mais vous êtes vieux, vous êtes minable, vous êtes fini. Et si les Égyptiens vous ont foutu dehors, vous ne l’avez pas volé…

Auteur d’une douzaine de romans de 1957 à 1971, Fred Kassak est brutalement décédé le 12 avril 2018 à l’âge de 90 ans. C’est une opportunité pour relire ses romans, ou les découvrir. Du polar, oui, mais des intrigues comportant toujours une bonne dose d’humour. Les contextes étant bel et bien criminels, il ne s’agissait donc pas de franche rigolade mais de faire sourire en finesse. Publié en 1961, “Une chaumière et un meurtre” fait partie des savoureux suspenses de Fred Kassak, que l’on prend un grand plaisir à déguster. En hommage à un de nos plus talentueux romanciers.

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 05:55

Il est fort possible que bon nombre de lecteurs n’aiment pas assisté à la naissance de Léo Tanguy. Il s’agit d’un cyber-journaliste, un grand rouquin quadragénaire sillonnant principalement l’Ouest de la France dans le Combi VW hérité de ses parents. Son site d’infos sur Internet accueille beaucoup de visiteurs, ses enquêtes portant sur des sujets sensibles. À l’instar de Gabriel Lecouvreur dans la série Le Poulpe, c’est un nouvel auteur qui nous narre ses aventures à chaque roman. Ce qui garantit une variété de sujets exploités, les éléments de base de l’univers de Léo Tanguy restant les mêmes, fidèles à la "bible" élaborée par les initiateurs de cette série de romans.

Justement, les éditons La Gidouille ont l’excellente idée d’en rééditer en un seul volume les trois premiers titres, dus aux créateurs de Léo Tanguy. Dans ce livre, on pourra donc lire “Les jeunes tiennent pas la marée” de Gérard Alle, “Coup de chaud sur la Rance” de Sylvie Rouch (ex-L’immobilier flambe, le SDF brûle) et “Wagon mort” de Denis Flageul (Ex-Un fils à papa chez les zonards). Bienvenue dans le petit monde plein de suspense et de péripéties de Léo Tanguy !

Gérard Alle : Les jeunes tiennent pas la marée

Cette fois, c’est en pays Bigouden qu’il mène l’enquête. Le jeune Erwan Le Sourn a été retrouvé mort sur la plage de Pors Carn. Pierrot, ami bistrotier de Léo, risque de se voir accuser d’avoir servi de l’alcool à Erwan, mineur, bien que ce soit faux. Léo s’informe dans les bars du secteurs, et s’intéresse aux surfeurs fréquentant la Pointe de la Torche. Si Nora et sa mère se montrent aimables, ce n’est pas le cas du jeune Clet, le copain de Nora. Celui-ci a témoigné contre Pierrot. Quant au père d’Erwan, le notaire Le Sourn, il refuse de parler à Léo.

Concernant l’alcoolisme chez les jeunes, la presse accuse les bistrots. C’est trop vite oublier qu’ils se fournissent ici chez Toujourplus ou Interclair, les grandes surfaces locales. Nora admet qu’ils font un mix à base de soda Poplar, auquel ils ajoutent un peu de dope, le kouign. Un Américain bizarre qui rôde dans sa voiture électrique jaune est le fournisseur de la drogue de synthèse. Avec ses manières détestables et son agressivité commerciale, Le Gall, patron de Toujourplus, déplait fortement à Léo. Il s’attaque un peu à lui sur son site Internet. Si Hascoët, de directeur d’Interclair, semble plus régulier, il n’est pas le dernier à magouiller. Léo secoue Clet, qui avoue son faux témoignage contre Pierrot, mais se dit étranger à la mort d’Erwan.

Les enquêtes de Léo Tanguy – Les archives 1 (Ed.La Gidouille, 2018)

Sylvie Rouch : Coup de chaud sur la Rance (L’immobilier flambe, le SDF brûle)

Engagé par une femme énigmatique, Ariane, Léo enquête dans la région de Saint-Malo. Quelques mois plus tôt, une ferme des bords de la Rance a été incendiée. Le sinistre causa la mort d’un SDF non identifié, sans doute un sans-papier. Ardent militant du Front de Libération du Littoral Breton, Yann Jolivet est accusé de cet acte. À quelques jours de son procès, il fait une grève de la faim. Élise, l’épouse de Jolivet, ne nie pas que son mari et leurs amis étaient présents avant l’incendie, mais juste pour dénoncer un projet contraire à la Loi.

Près de la propriété en question, Léo rencontre des voisins : le vieux Suliac et le taciturne Armel Briand. Ce dernier en veut aux trois héritiers qui mirent en vente la maison aujourd’hui brûlée. L’un d’eux, qui n’était pas vendeur, reçoit sans amabilité Léo. Pour se renseigner chez le notaire Sauvignac, l’enquêteur se fait passer pour un client auprès de la négociatrice Rozenn. Elle lui confie que les autorisations de projets immobiliers dépendent d’un officiel, Mabire. Si celui-ci fait respecter strictement les règles de la Loi Littoral, ce n’est pas par idéologie : il favorise ainsi les nantis et leurs propriétés luxueuses. Le temps presse pour démontrer l’innocence de Jolivet. Léo ignore toujours la motivation d’Ariane dans cette affaire.

Denis Flageul : Wagon mort (Un fils à papa chez les zonards)

C’est dans la paisible cité briochine que Léo Tanguy est appelé à mener l’enquête. Plus précisément au port du Légué, longtemps boudé par les habitants de Saint-Brieuc, désormais réhabilité. Jean-Claude Lebec, petit-bourgeois intolérant, n’a jamais cru à la version accidentelle de la mort de son frère Gérard. Selon lui, il ne fréquentait pas les marginaux de La Fabrique, lieu culturel alternatif, aujourd’hui détruit pour les besoins du nouveau port. Il ne se droguait pas comme ce “ramassis d’épaves”, squattant ce bâtiment. Autant qu’une mort suspecte, c’est l’histoire de La Fabrique qui intéresse justement Léo Tanguy. Il accepte de tirer ça au clair.

Avant la mort de Lebec, il y eut un autre décès accidentel suspect, celui d’un nommé Kevin. Léo n’ignore pas qu’un port reste un endroit dangereux, surtout si on n’a pas les idées claires. Serveuse au bar La Descente, Kelly fut la petite amie de Gérard Lebec. Elle admet qu’il avait un côté mystérieux. Les deux types qui surveillent Jean-Claude Lebec agressent Léo, en guise d’avertissement. Consultant des documents sur La Fabrique, Léo note un paradoxe. Il s’agissait d’une expérience en concertation avec la municipalité. Alors, pourquoi avoir soudain expulsé les squatteurs tolérés, avant de tout raser ?…

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8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 05:55

C’est le mois d’août à Isola, métropole américaine. Au commissariat du 87e, il ne reste plus guère que Steve Carella et Cotton Hawes pour enquêter. Récemment, l’entrepôt de Roger Grimm a été incendié. Mais les assurances refusent de payer tant que la police n’a pas bouclé le dossier. C’était l’inspecteur Andy Parker qui en était chargé. Il est parti en vacances sans conclure le cas. Ce qui ne surprend pas Carella, qui connaît le caractère paresseux et négligé de son collègue qu’il n’aime pas du tout. Grimm risque fort de ne plus pouvoir poursuivre son activité d’importation. Il faisait venir d’Allemagne des petits jouets en bois, de petits animaux qui se vendent semble-t-il très bien. Faute de capitaux, si les assurances ne remboursent pas, c’est la ruine pour lui.

Tandis que la maison de Roger Grimm est, à son tour, victime d’un incendie, Steve Carella n’exclut aucune hypothèse. Est-ce l’œuvre d’un pyromane, ou une escroquerie aux assurances ? Pour le policier Parker, il n’y a pas à soupçonner Grimm. Carella se rend à l’entrepôt, et ne tarde pas à comprendre le système de mise à feu. L’acte criminel ne fait pas de doute, d’autant qu’on a endormi les deux gardiens de nuit – que Carella interroge. Entre-temps, Frank Readon – le gardien de jour, est assassiné. C’est Cotton Hawes qui va visiter l’appartement de ce dernier. Selon des témoignages, Reardon a reçu ces temps-ci plusieurs fois la visite amicale de deux Noirs et d’une jeune femme, Noire aussi, aux allures de prostituée. Cotton Hawes est un policier efficace : il identifie rapidement un des Noirs en question.

Ce Charles Harrod habite Diamondback, le ghetto de la ville. Il n’est pas chez lui, mais Hawes tombe sur sa compagne, Elisabeth Benjamin. Il est curieux que cet appartement soit truffé de micros, ce que Harrod et la jeune femme n’ignorent pas. Toutefois, Elisabeth prétend ne rien savoir de plus. Après le départ de Hawes, elle tente pourtant d’avertir Charles Harrod. Celui-ci est bientôt retrouvé mort, après avoir été sauvagement agressé, dans l’immeuble où se situe la société qui l’employait. Il s’agit d’une agence immobilière, des investisseurs noirs ayant pour projet de réhabiliter le quartier décrépi de ghetto de Diamondback. Néanmoins, le train de vie luxueux de Harrod ne pouvait se financer avec le maigre salaire qu’il percevait de cette agence immobilière. Ce que pense aussi l’inspecteur raciste Oliver Weeks, chargé d’enquêter sur ce meurtre-là.

Tandis que Steve Carella examine de près les comptes de Roger Grimm, son collègue Hawes perquisitionne méthodiquement l’appartement de Charles Harrod. Il finit par dénicher un Smith & Wesson 9mm planqué dans le réfrigérateur. C’est probablement l’arme qui a servi à abattre Reardon, le gardien de jour de l’entrepôt. L’inspecteur Weeks n’est pas convaincu de la parfaite légalité de la société immobilière, bien qu’elle mène effectivement des projets à Diamondback. Elisabeth Benjamin appelle au secours Cotton Hawes quand elle est agressée chez Harrod. S’il intervient trop tard, la jeune femme étant grièvement blessée avant d’être hospitalisée, Hawes va disposer de très bons indices sur l’identité des brutes… grâce aux micros "cachés" dans le logement. Cette fois, il est sur la bonne voie. Carella et l’inspecteur Weeks progressent eux aussi…

Ed McBain : Flouze (Série Noire, 1975)

Tout d’abord, il supposa que Reardon avait ouvert la porte à son assassin et qu’il avait été surpris par une fusillade rapide et mortelle. Mais ça n’expliquait pas la grille ouverte. Elle était fermée au cadenas quand Carella avait visité l’entrepôt au début de l’après-midi, et Reardon l’avait ouverte de l’intérieur avec une clé de son trousseau. Il avait refermé la grille à clé avant de faire visiter l’entrepôt à Carella et, après la visite, il était retourné avec lui à la grille, il avait rouvert le cadenas, il avait fait sortir Carella et refermé immédiatement derrière lui. Alors comment l’assassin était-il parvenu derrière la grille ? Il n’aurait pas risqué de passer par-dessus en plein jour. La seule réponse, c’était que Readon l’avait fait entrer.

Ed McBain faisait partager à ses lecteurs les enquêtes du 87e District depuis 1956 quand il écrivit ce “Flouze” en 1974. C’est dire qu’il maîtrisait parfaitement ses intrigues et l’univers de son commissariat. Pas de déception à craindre donc, bien au contraire. Avec toujours un regard lucide sur la société américaine de son temps. Oui, certains flics comme Andy Parker manquent de conscience professionnelle. Et d’autres tel Oliver Weeks ne masquent guère leur racisme, alors que banditisme et criminalité ne touchent pas que les Afro-Américains. Oui, à l’image des “Vénérables Crânes”, des gangs de Noirs existent, montrant une image plutôt positive éloignée des réalités. Steve Carella et Cotton Hawes sont des policiers de base, mais qui possèdent autant d’intuition que de persévérance, sans préjugés. Ils en apportent la démonstration dans cet épisode, d’excellent niveau.

Ed McBain : Flouze (Série Noire, 1975)

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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 05:55

"1894. Cinq ans se sont écoulés depuis le stage de Georges Villeneuve à Paris. Devenu médecin-expert à la morgue de Montréal, il milite pour faire reconnaître l’importance de la médecine légale au Québec. C’est dans ce contexte qu’a lieu une série de meurtres atroces : à différents endroits de la ville, des femmes sont assassinées au cours d’avortements clandestins. Sur les lieux du crime, on retrouve systématiquement une image de l’Immaculée Conception.

Confronté à l’une des affaires les plus ardues de sa carrière, Villeneuve est sur tous les fronts : tout juste nommé assistant-surintendant à l’asile Saint-Jean-de-Dieu, il est accaparé par son travail à la morgue et doit faire face à la pression médiatique croissante. Et c’est bien sûr à ce moment-là que la belle Emma Royal, qu’il n’a pas vue depuis Paris, annonce sa venue à Montréal…"  

Jacques Côté : Et à l’heure de votre mort (Babel Noir, 2018)

Une fois n’est pas coutume, on peut se contenter de reprendre le résumé de la 4e de couverture. On n’en détaillerait pas davantage au sujet de cette intrigue touffue, qui rend hommage à l’engagement de Georges Villeneuve, personnage réel oublié par l’Histoire. Est-ce à dire que l’on se perd dans les méandres du récit ? La documentation affûtée, précise quant à l’ambiance du Québec de la fin du 19e siècle, nous fait-elle perdre le fil de l’aspect criminel ? Non, et c’est même l’atout premier de ce roman. La narration n’est pas simplement souple ou fluide, elle est "naturelle". Nous voilà plongés dans la vie des Québécois d’alors. Avec une bien lente modernisation du pays, due autant aux rivalités entre francophones et anglophones, au poids encore très présent des religions, et à la méfiance des autorités de la ville envers tout ce qui est scientifique.

Si l’on peut parfois reprocher une part de lourdeur à certains "polars historiques", qui accordent plus de pages au contexte décrit qu’à l’aspect enquête, l’expérimenté Jacques Côté ne tombe pas dans ce piège. Il ne s’agit pas d’une biographie de Georges Villeneuve, mais d’une fiction basée sur un personnage qui aurait dû davantage marquer l’Histoire du Québec – et de crimes absolument crédibles en ce temps-là. Il règne ici une noirceur bienvenue : on peut parier que, même les lecteurs appréciant modérément ce type de romans s’inscrivant dans le passé, accepteront de s’immerger (avec un grand plaisir) dans ce livre et seront rapidement captivés. 

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