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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 05:55

Piqûre de rappel pour la sixième aventure de cette série pour le chevalier de Volnay et son entourage, désormais en format de poche chez Babel Noir. C’est avec un grand plaisir que l’on suit ces personnages, évoluant au temps de Louis XV. Si notre commissaire aux morts étranges a déjà enquêté de Paris jusqu’à Venise, c’est cette fois au centre du pouvoir royal qu’il opère. Le portrait du monarque, qui n’est plus depuis longtemps "le Bien-Aimé", amateur de chasse et de femmes, apparaît sans concession : “[Le roi] criait toutefois "je me meurs" à la plus petite colique et se faisait administrer les derniers sacrements à la moindre insolation. En plus d’être douillet, le moine savait que le roi était un grand poltron, s’évanouissant de frayeur à la vue du sang, comme après l’attentat de Damiens.” On n’oublie pas le rôle occulte de Mme de Pompadour, bien sûr.

Si Volnay est le héros de ces romans, le moine anti-conformiste, d’esprit scientifique et conscient des inégalités sociales, restera pour beaucoup de lecteurs sûrement le plus attachant des personnages, du moins le plus singulier. On comprend son mépris pour cette "aristocratie du paraître" (qui ne se lave jamais) et pour ces rites versaillais ridicules. Une place non négligeable est accordée ici à l’Écureuil, symbole de ce petit peuple mal traité par quiconque possède quelque autorité en ce royaume. Si l’on ne nomme pas encore cela du sadomasochisme (le marquis de Sade n’a que vingt ans à cette époque), on note que la perversité est de mode parmi les puissants. Delphine de Marcillac en tire profit, on ne saurait l’en blâmer. Olivier Barde-Cabuçon reconstitue cette époque avec une belle souplesse, c’est pourquoi on savoure volontiers ces enquêtes historiques.

Olivier Barde-Cabuçon : Le moine et le singe-roi (Babel Noir, 2019)

En 1760, le roi Louis XV passe l’essentiel de son temps au château de Versailles. Madame de Pompadour, la Favorite, régente la cour royale. Le chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, est de retour à Paris. Avec son père, le vrai-faux moine Guillaume. Si tous deux restent au service de Sartine, lieutenant-général de police, ils gardent une distance avec cet intrigant. Volnay est revenu auprès de sa protégée, l’Écureuil, une toute jeune fille rousse, ex-prostituée devenue employée de librairie. La froide Hélène, dont le moine est épris, agente spéciale de Sartine, va bientôt réapparaître à son tour. Car un crime a été commis dans les jardins de Versailles. Si une organisation policière veille sur le palais, il est préférable que de vrais enquêteurs se chargent de l’affaire, tels Volnay et le moine.

Le cadavre éventré de Mlle Vologne de Bénier gît dans le parc de Versailles. Une de ses chaussures a disparu, peut-être en fuyant l’assassin. Cette jeune noble de province, sans fortune, posait comme modèle pour le peintre Waldenberg. Ce dernier semble obsédé par certaines parties précises du corps des femmes. Ainsi que l’indique le journal intime de la victime, où elle raconte ses débuts laborieux à Versailles, Mlle Vologne de Bénier eut la chance d’être repérée par Delphine de Marcillac. Cette veuve au caractère affirmé engagea la victime dans la maison de passe qu’elle dirige. Il ne s’agit pas de prostitution, c’est un endroit où des hommes riches viennent se soumettre lors de séances sadomasochistes. Une connivence objective s’établit bien vite entre le moine Guillaume et cette dame.

Mme de Pompadour s’inquiète fortement pour la sécurité de la cour royale. Le monarque lui-même entend être informé des avancées de l’enquête. Son propre chirurgien, Germain Pichault de la Martinière, reçut récemment la victime en consultation. On ne peut l’exclure de la liste des suspects. Le peintre, le chirurgien et la curieuse Delphine de Marcillac, le moine a un œil sur ces trois-là. Avec l’Écureuil, Volnay et son père se sont installés dans un appartement en ville choisi par Hélène, non loin du château, c’est plus commode. Bonne occasion pour l’Écureuil de découvrir Versailles. Elle est bientôt abordée par un inconnu, fort courtois, qui l’accompagne dans le Labyrinthe végétal des jardins du château. Volnay sent que son amie de cœur lui cache quelque chose, et charge le moine de veiller sur elle.

Le moine détestant les nobles et la vie codifiée à Versailles, il prend un certain plaisir à observer ce "terrain de jeu". Ce n’est pas une altercation avec un comte qui lui offrira une meilleure impression sur les courtisans. D’abondantes traces de sang et des entrailles sont découvertes dans une partie du jardin, mais pas le corps de la nouvelle victime. Volnay et Delphine se rencontrent finalement. Ils sont tous deux invités à un dîner très privé chez Mme de Pompadour. Malgré la mise en scène, peu probable qu’ils trouvent le coupable…

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 05:55

Lagos, au Nigeria. Korede, l’aînée infirmière, et Ayoola sont deux sœurs vivant dans un milieu aisé avec leur mère, veuve depuis dix ans. Outre son métier à l’hôpital, la mssion de Korede consiste à protéger sa cadette, ce qui n’est pas si simple. Non seulement elle est d’une beauté sans égal et la préférée de leur mère, mais surtout Ayoola a la fâcheuse habitude de supprimer ses amants. Déjà trois victimes au compteur. Au fil du temps, Korede est devenue de plus en plus experte pour faire disparaître les traces de sang (sa méthode en cinq points est très efficace, minutieuse) et les cadavres. Avec le cas de Femi, dernier petit ami en date que sa sœur a poignardé, ça fait trois. Et à trois, on vous catalogue serial killer. Toutefois, Ayoola n’a aucunement l’intention de lui avouer où elle cache le poignard hérité de leur père.

Korede est secrètement amoureuse de Tade, le séduisant médecin qu’elle côtoie chaque jour dans les couloirs de l’hôpital où elle travaille. Quand sa jeune sœur s’invite à l’hôpital, elle sédut immédiatement le médecin Tade. Korede ne peut effectivement pas rivaliser. Non seulement, Ayoola est gagnante d’avance, mais il est à craindre que Tade subisse le même sort que les précédents petits amis de sa sœur. Pour assumer, Korede n’a trouvé qu’un seul confident : Muhtar, un patient dans le coma. Tade fait une offensive de charme envers Ayoola, mais celle-ci se lasse vite de ses "fiancés". Il est vrai qu’avec sa beauté fascinante, elle n’a que l’embarras du choix. Alors que la famille de Femi est sur le point de tourner la page, un indice sanglant – non repéré par Korede – est découvert dans l’appartement de celui-ci. Les policiers ne tardent pas à interroger les deux sœurs. La candeur affichée par Ayoola les convainc, mais son aînée est l’objet de leurs soupçons.

Après tout, Femi est adulte, il a pu choisir de disparaître. Autant clore l’enquête. Sans vraiment délaisser Tade, Ayoola a mis le grappin sur Gboyega, riche homme marié et père de famille. Sous le prétexte de ses affaires, celui-ci lui offre un voyage en amoureux à Dubaï. Comme aurait pu le prédire Korede, ce séjour se termine mal. Gboyega est victime d’un empoisonnement. Pourquoi soupçonnerait-on la jolie Ayoola ? Elle réussit même à ce que son nom n’apparaisse nulle part dans ce dossier. De son côté, le médecin Tade est toujours aveuglé par Ayoola, leur mère voyant du meilleur œil cette relation. Il ne servirait à rien de mettre en garde Tade. Et puis, l’infirmière doit aussi assumer son quotidien, à l’hôpital et en famille. Le patient Muhtar finit par sortir enfin du coma. A-t-il retenu les confidences de Korede ? Ou restera-t-il un interlocuteur en capacité de parler avec elle ? Peut-être serait-elle soulagée si des soupçons finissaient par peser sur sa sœur…

Oyinkan Braithwaite : Ma sœur, serial killeuse (Éd.Delcourt, 2019) – Coup de cœur –

La littérature africaine est probablement sous-représentée en France, ce qui est fort regrettable. On peut y dénicher de vraies perles rares, pas forcément d’une noirceur absolue. C’est le cas de ce livre d’Oyinkan Braithwaite, excellente comédie à suspense. Si la sœur cadette est une tueuse en série, on pourrait lui prêter une certaine innocence. Son aînée déploie tout un savoir-faire pour la protéger sans que la jeune Ayoola semble réaliser ses efforts. Tout juste craint-elle que Korede se mette en colère, mais il n’y a pas de véritable calcul dans ses actes criminels.

Au-delà de l’humour, c’est avec une forme d’ironie que l’auteure relate leurs mésaventures. Non sans laisser une place à une tendresse bienvenue, quand l’infirmière se confie au comateux Muhtar, par exemple. Comment ne pas être sous le charme de cette intrigue, dont les chapitres courts rendent la lecture addictive. Le polar peut s’avérer très sombre, très noir. Mais il est bien agréable dans sa version souriante comme ici.

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14 février 2019 4 14 /02 /février /2019 05:55

De passage à Bruxelles, le commissaire Maigret remarque dans un café un individu suspect. Bien que modestement vêtu, il semble disposer d’une grosse somme d'argent liquide. Maigret le prend en filature, par le train. L’inconnu passe par la gare de Neuschanz, à la frontière entre Hollande et Allemagne, avant de prendre le train pour Brême. Là, l'homme prend une chambre d'hôtel, Maigret louant la chambre voisine. L'homme s’aperçoit de la substitution de sa valise, opérée par le commissaire à Neuschanz. Il se suicide d'un coup de revolver. Dans la valise échangée, Maigret trouve de vieux vêtements tachés de sang. Si l’homme possédait un passeport au nom de Louis Jeunet, il s’agissait de faux-papiers. Les vêtements sont analysés par la police scientifique, tandis que le corps est rapatrié en France.

À la morgue de Paris, se manifeste un nommé Joseph Van Damme, qui se présente comme homme d’affaires. Maigret apprend que le soi-disant Jeunet se nomme en réalité Lecocq d'Arneville, originaire de Liège. C’est à Reims que le policier poursuit son enquête. Lecocq semblait y être en relation avec Belloir, sous-directeur de banque. Chez ce dernier, Maigret retrouve Van Damme, en compagnie de Lombard, photograveur à Liège, et de Janin, sculpteur à Paris : tous sont originaires de Liège. C'est logiquement à Liège que Maigret poursuit ses investigations. Il y retrouve le trio Van Damme, Belloir et Lombard. Un séjour qui ne sera pas sans danger pour le commissaire. Mais c’est ainsi qu’il découvre l’origine de l’affaire, remontant à dix ans.

Lorsqu'ils étaient étudiants, Van Damme et ses amis avaient créé une sorte de société secrète, les Compagnons de l'Apocalypse, dont faisait aussi partie Willy Mortier, plus riche qu'eux. Dans l'atmosphère morbide du taudis de Klein – le plus désargenté d’entre eux, se déroulaient des nuits d'orgies, cultivant leurs idées libertaires et excentriques. Une nuit de Noël, Klein tua Mortier avec l'aide de Belloir, devant les autres restés passifs. Les six étudiants firent disparaître le cadavre et se dispersèrent, sauf Lecocq d'Arneville et Klein, les plus pauvres et les plus faibles. Klein se suicida bientôt. Pour les autres, la vie continua, chacun s’efforçant d’oublier cet épisode tragique. Mais Lecocq d'Arneville restait hanté par leur crime…

Georges Simenon : Le pendu de Saint-Pholien (Omnibus, 2019 - Tout Maigret, tome 1)

Tant de choses ont été écrites, faisant l’éloge de Georges Simenon, sa vie, son œuvre, ses Maigret, son succès international, les multiples adaptations de ses romans. Il n’est donc pas indispensable d’en rajouter. Peut-être pourra-t-on souligner que, à l’instar de Sherlock Holmes ou Arsène Lupin, Maigret est un héros sans vrai prédécesseur. Si des enquêteurs ou des commissaires de police apparaissent auparavant dans des romans, ils n’ont pas le rôle endossé par Maigret, policier pétri de psychologie. Les passionnés de roman noir pur et dur se refusent généralement à l’inclure dans cette catégorie. Sans doute ont-ils tort.

Personne ne contestera que l’éditeur François Guérif, créateur de la collection Rivages/Noir, fasse autorité en matière de roman noir. Dans “Du polar” (Éd. Payot & Rivages, 2013), il cite parmi ses "Cent polars préférés", “Le pendu de Saint-Pholien”, Maigret de 1931, dont le dénouement ne manque pas de noirceur, et rectifie certains clichés concernant Georges Simenon :

Simenon écrit des choses qui peuvent être assimilées au roman noir. D’une certaine façon, Maigret est un détective on ne peut plus classique. Mais en même temps, c’est du pur roman noir, dans le sens où ça n’est pas tellement l’identité du coupable qui compte mais la manière dont Maigret écoute, regarde, s’imprègne de la personnalité même de l’assassin… Très souvent il ne juge pas, d’ailleurs. En plus, à côté des Maigret, Simenon écrit toute une série de romans très noirs. “La neige était sale”, par exemple.

Il ira même un temps vivre aux États-Unis, et écrire des romans noirs "à la manière de"…

Non pas "à la manière de". Au contraire, il est pour moi l’exemple même de quelqu’un pour qui le roman policier, c’est un roman social par excellence. Et quand il est aux États-Unis, il n’écrit plus du tout sur ce qu’il a vu en France, mais sur ce qu’il voit sur place. C’est le reflet qui l’intéresse. Ce n’est pas "à la manière de" […] Il n’y a pas d’équivalent de Hammett parce que la réalité française n’est pas la réalité américaine. Il n’y a pas la prohibition en France, et la délinquance n’est pas la même. C’est autre chose. Une certaine bourgeoisie criminelle que l’on retrouve chez Simenon par exemple. Simenon, d’une certaine façon, précède James Cain : dans le romans noirs de ces deux auteurs c’est souvent le sexe, la passion, des trucs comme ça qui amènent le meurtre. Et dès ses premiers romans, Simenon baigne dans ce genre d’intrigues.”

Simenon est l’auteur (sous son propre nom) de 192 romans, 158 nouvelles, 75 Maigret, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages. Omnibus réédite en dix volumes "Tout Maigret", avec des couvertures originales de Loustal. Pierre Assouline signe une préface inédite pour le Tome 1,qui regroupe les huit premiers Maigret parus en 1931. La préface du Tome 2 est de Franck Bouysse, celle du Tome 3 de Philippe Claudel. Une bonne manière de redécouvrir l’univers du commissaire Maigret.

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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 05:55

Le commissaire Kémal Fadil est en poste à Oran, où il habite avec sa mère Léla – handicapée en fauteuil roulant, et sa fiancée Fatou – originaire d’Afrique noire, aujourd’hui infirmière. Fadil fait partie des policiers non-inféodés au pouvoir actuel algérien, que les intégristes islamistes ont contribué à davantage véroler encore. Comme son ami Moss, chef du service de médecine légale au CHU d’Oran, adepte de la bonne humeur quels que soient les circonstances peu joyeuses dans leur pays. C’est d’abord sur le meurtre d’un Chinois, ouvrier sur les chantiers de construction et de rénovation financés par des investissements asiatiques, resté en clandestin ici après la fin de son contrat, que Fadil doit enquêter. Il s’aperçoit bien vite que deux autres Chinois ont été récemment assassinés, mais que les autorités asiatiques sont rapidement intervenues afin que l’affaire ne soit pas dévoilée.

Par ailleurs, quatre enfants des rues – deux garçons et deux fillettes – ont été enlevés par une bande de malfrats dirigée par le vieux Lahcen et son fils Essiki. Ils les séquestrent dans leur casse automobile. Kabyle, Swawi est l’intermédiaire pour les acheteurs de ces mômes, des Asiatiques. Mais les négociations sont de plus en plus houleuses entre Lahcen et Swawi. Le chef de bande réclame bien davantage que la somme prévue. Ce qui se conclura par une fusillade, causant des morts chez les sbires de Swawi et chez les malfrats. Si Lahcen survit, ce n’est que provisoire. D’autant que les Chinois s’en mêlent, supprimant le père et le fils. Le reste de la bande va être obligé de se trouver une nouvelle planque, avec les enfants kidnappés. Ceux-ci n’ayant rien à perdre, ils se font complices de leurs ravisseurs.

Fatou fait partie d’une association d’infirmières venant en aide bénévolement aux migrants d’Afrique noire réfugiés dans un quartier déshérité d’Oran. Le commissaire Fadil n’a pas vu venir le danger : les immigrés et Fatou sont visés par une rafle, afin de les éloigner manu militari de la ville. Le policier va devoir faire jouer ses relations pour savoir vers quelle destination on les a dirigés. C’est sans doute Simon Lepreux, vieil ami de la famille du commissaire, qui lui transmettra les plus sûrs renseignements. À l’initiative de la gendarmerie algérienne, Fatou et les migrants ont été transférés dans un "camp de transit" à Béchar. Fadil prend l’avion pour Tamanrasset, dans le désert du Sud, et rejoint sans tarder le fameux camp.

Force est de constater la mauvaise volonté du lieutenant Hamdaoui et de ses hommes, alors que Fadil présente tous les document légaux en faveur de Fatou. La sortir de là va s’avérer bien compliqué, même s’il devait utiliser la force. Surtout, le commissaire Fadil commence à comprendre que son honnêteté déplaît en haut-lieu, que cette opération était destinée à faire pression sur lui – et ses proches. Continuer à vivre dans un tel pays, où la dictature est toujours plus présente, est-ce encore possible ? Il faudra faire des choix…

Ahmed Tiab : Adieu Oran (L’Aube noire, 2019)

Meurtres de plusieurs Asiatiques, fusillades au sein de la médiocre pègre algérienne, enlèvement d’enfants, le crime st bien présent dans cette intrigue. Ou plutôt, dans l’Algérie de ces années-là, où on ne fait plus guère la différence entre les forces de l’ordre et le banditisme. Le pouvoir sous influence islamique restreint de plus en plus les libertés, tout en cultivant un modernisme artificiel grâce aux financements chinois. On rénove des bâtiments d’habitation vétustes, on en construit des neufs, sans que ça ait forcément du sens. Quant au civisme de la population, il ne faut pas s’y attendre, l’anarchie régnant même dans les rues : “La circulation était à l’image de ce qui se passait dans ce pays : personne ne respectait le Code de la Route, de peur de céder la priorité à son prochain. Une preuve de faiblesse dans une ville où on jouait à celui ou celle qui exhibait la voiture la plus chère, la plus puissante.”

Au-delà de l’aspect polar, c’est un portrait de l’Algérie que dessine Ahmed Tiab. Tout a dégénéré, ce que ne peuvent que déplorer des Oranais fidèles à la loi comme Fadil. Il devient impossible d’y mener une véritable enquête. Qu’on veuille les inciter à quitter le pays, cela n’a rien de surprenant. Une fois de plus, Ahmed Tiab fait mouche, illustrant avec soin et réalisme un état des lieux dans une Algérie en perdition. Roman noir, oui, car la noirceur s’inscrit en toile de fond des faits décrits. Pour mieux comprendre un monde chaotique, parfois il n’est pas mauvais d’en passer par la fiction. “Adieu Oran” en apporte la démonstration.

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10 février 2019 7 10 /02 /février /2019 05:55

Un cadavre est découvert sur la pelouse du centre d’entraînement de l’OM. Il est aisément identifié : il s’agit de Jo Mangin, un des entraîneurs du club. Enfant abandonné, Jo fut repéré adolescent par l’animateur d’un des multiples petits clubs marseillais. Athlétique et prometteur, Jo avait besoin d’être canalisé, son impulsivité confinant souvent à la violence, d’être éduqué. Grâce à a discipline acquise, il fit son chemin chez les professionnels.

Tout ce qui touche à Marseille, et à son club de football mythique, devient vite une affaire d’État. C’est ainsi que le Ministre des Sports intervient en personne, en urgence. Il charge de l’enquête la commissaire parisienne Clémentine Paccini. Celle-ci connaît bien le monde du football : elle est actuellement chargée du dossier de la FIFA, avec ses malversations financières scandaleuses. Clémentine Paccini ne tarde pas à rejoindre sur place (sous une pluie persistante) son collègue le commissaire Romain Dugrand. Elle s’avoue impressionnée par les installations de l’Olympique de Marseille, dont le centre d’entraînement est hautement sécurisé.

Bien que le meurtre ait été rapidement médiatisé, la commissaire et Romain Dugrand sont relativement à l’abri – même s’il y a beaucoup de gens dans la sphère de l’OM. La victime a été émasculée, ce qui montre sans doute la haine que pouvait éprouver l’assassin. On a utilisé un produit chimique dérivé de la pharmacopée interdite parfois ou souvent utilisée pour "traiter" les footballeurs. Les policiers interrogent l’entourage de Jo Mangin, non sans remarquer le comportement de certains, tel le médecin-chef du club.

Ce dernier est bientôt retrouvé poignardé, un crime absolument similaire au meurtre de Jo. Ce ne sera pas la dernière victime dans cette série, un vigile du club étant lui aussi la cible du criminel. Probablement faut-il s’attendre à ce que l’assassin ne s’arrête pas là, surtout si l’enquête de police progresse dans sa direction. Clémentine Paccini étant une gastronome avertie, elle essaie de profiter de son séjour marseillais pour goûter aux recettes locales. Mais elle sent les réticences dans ce milieu footballistique masculin, où les femmes ne sont pas les bienvenues. Quant aux motivations vengeresses de l’assassin, d’où viennent elles ? Frustration, peut-être. Il est probable que Clémentine Paccini doive affronter directement le coupable pour venir à bout de cette affaire, mais elle ne manque pas de qualités sportives.

Emmanuel Petit – Gilles Del Pappas : Dernier tacle (Seuil, 2019)

Formé à l’AS Monaco, Emmanuel Petit s’imposa tôt parmi les meilleurs footballeurs français. Avec l'équipe de France, il a remporté la Coupe du monde 1998 (on n’oublie pas qu’il marqua le dernier but de la victoire des Bleus contre le Brésil) et le Championnat d'Europe des nations en 2000. Un palmarès impressionnant. Marseillais, auteur d’une trentaine de polars et d’une dizaine de romans-jeunesse, récompensé par plusieurs Prix littéraires, Gilles Del Pappas est un romancier aguerri. Avec Emmanuel Petit, ils signent ici un suspense plein de qualités, une enquête classique d’une construction et d’une narration impeccables, centré sur le monde du football.

Si Del Pappas en profite pour nous décrire les charmes de la cité phocéenne (et ses atouts culinaires), Emmanuel Petit souligne que “jouer à Marseille n’est pas anecdotique. Il ne suffit pas d’avoir du talent, il faut également être costaud mentalement face à la pression quotidienne. Chaque joueur doit rendre des comptes aux dirigeants, à la presse et, surtout, aux supporter connus pour se déchaîner rapidement…” Football, ton univers impitoyable : gagner des sommes astronomiques, ça se mérite, à l’OM plus qu’ailleurs. Comme l’ont montré les détournements financiers autour de la FIFA, les millions brassés par le foot engendrent le pire – bien loin de l’esprit amateur ou semi-pro des petits clubs guidés par un véritable enthousiasme sportif.

La face cachée du professionnalisme, on ne finirait pas de faire le tour de la question. Emmanuel Petit et Gilles Del Pappas nous en présentent quelques aspects à travers la thématique de ce polar réussi.

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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 05:55

En Oklahoma. Âgé de dix-neuf ans, Tommy Carver habite avec son père adoptif tandis que Mary, trente-trois ans, fille adoptée par Pa, s’occupe de leur quotidien. Les Carver sont de modestes métayers possédant en propre cinq hectares de terres. Leur riche voisin indien Matthew Ontime est propriétaire de l’essentiel des terrains autour. Ils sont exploités pour la culture du coton, Carver en étant le régisseur. Ce dernier et M.Ontime sont en conflit, l’Indien espérant récupérer ces quelques hectares. Au moins sont-ils d’accord pour ne pas céder aux prospecteurs de pétrole, dont les promesses sont aléatoires. Carver est tyrannique envers sa famille, en particulier s’agissant de Mary. Si Tommy s’est montré soumis jusqu’ici, le fait qu’il soit amoureux de Donna Ontime – une métisse plus que ravissante – le pousse à s’émanciper de son père adoptif.

Le litige avec Matthew Ontime finit par entraîner une bagarre entre Tommy et le père de Donna. À l’école, à cause d’Abe Toolate, il finit par se faire virer, bien que sa professeure et le directeur Redbird aient beaucoup d’estime pour cet élève. Sa relation avec Donna n’est plus des meilleures non plus. Ce qui peut expliquer que Tommy devienne intime avec Mary, tous deux commençant par ailleurs à en avoir assez du sévère Carver. Celui-ci finit par avouer à Tommy la vérité sur leurs adoptions, ce qui ne gomme pas le malaise entre eux. Quand Matthew Ontime est poignardé chez lui, Tommy est immédiatement au centre des soupçons : l’assassin a utilisé le couteau que le jeune homme avait perdu quelques temps plus tôt. Prouver son innocence est absolument impossible pour Tommy. Il résiste à son arrestation, fusil en main, et prend la fuite.

Après avoir erré dans les environs, Tommy reçoit l’aide de son enseignante et de M.Redbird. Il est convaincu que, le voyant prêt à quitter leur cabane de métayer, c’est Carver qui a supprimé Ontime et s’est arrangé pour le faire accuser. Une fois incarcéré, M.Redbird et sa professeure vont lui trouver un très bon avocat. Même s’il est compétent et efficace, le mieux qu’il puisse faire est d’atténuer la responsabilité de Tommy afin qu’il échappe à la peine de mort. Au procès, qui va durer trois semaines, Donna Ontime s’avère le témoin-clé. Ce n’est pas gagné pour autant, même si vingt ans de prison valent mieux que la condamnation à mort. Tommy continue à ruminer contre Carver, ce qui ne change rien puisque son père adoptif n’est jamais suspecté. Peut-être que le véritable coupable, quel qu’il soit et quelles que soient ses motivations, finira par passer aux aveux…

Jim Thompson : La cabane du métayer (Rivages/Noir, 2019)

Jim Thompson (1906-1977) figure incontestablement parmi les écrivains majeurs du roman noir. C’est pourquoi, depuis quelques années, les éditions Rivages/Noir traduisent à nouveau ses romans, dans une tonalité plus exacte que ce fut précédemment le cas. “La cabane du métayer” est une retraduction de “Deuil dans le coton”, initialement paru dans la Série Noire. On peut établir quelques comparaisons. Ici, la narration (par Tommy Carver) est au présent, pas au passé simple comme dans la première version. Ça offre un récit plus souple, plus vif, plus conforme à l’original. Le vocabulaire n’est pas exactement le même : on ne parle plus de chandail, mais de sweat-shirt, par exemple. Certains noms sont davantage respectés : Matthew Ontime remplace M.Bienvenu, Abe Toolate n’est plus Abe Tardif, le directeur M.Redbird n’est plus nommé absurdement David Cardinal. Au vu des origines indiennes des intéressés, ce n’est pas si anecdotique.

Affaire criminelle, bien sûr. Mais Jim Thompson va plus loin, autant quand il décrit la vie en Oklahoma, vaste territoire, que quand il rappelle des faits historiques concernant la répartition des terres aux Indiens. Quant aux personnages, ils sont d’une totale crédibilité. Dans leur dureté comme Carver, dans leur soumission tels Tommy et Mary. Cela vaut pour tous les autres, évidemment. Chaque situation est magistralement présentée avec toute l’humanité nécessaire. Car c’est bien la force des romans de Jim Thompson, être au plus près d’une réalité humaine. L’esprit de l’histoire reste le même, mais sans doute y a-t-il plus de clarté dans cette nouvelle traduction.

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 05:55

L’assassinat d’un Immortel – Un écrivain a été tué chez lui, dans son bureau. Le policier interroge son employée (d’origine arménienne), la nièce du défunt (qui le considérait comme vaniteux et prétentieux en privé), son éditeur (qui lui apprend que l’écrivain postulait pour l’Académie d’Athènes), la critique littéraire Mme Kouranu (sévère sur le talent relatif du mort). Son adversaire pour l’Académie, l’écrivain Romylos apparaît modérément motivé. Il faudra probablement se souvenir d’un autre meurtre dans le milieu littéraire, cinq ans lus tôt, qui présente des similitudes avec celui-ci…

En terrain connu – Un Turc s’est installé de longue date en Allemagne. Son fils, policier formé en Allemagne, parti vivre en Turquie, vient découvrir la maison actuelle de son père. C’est ainsi qu’il apprend le meurtre du voisin et meilleur ami de son paternel. Ce dernier projetait de bâtir une mosquée locale, qui échapperait à la montée des intégrismes religieux. En effet, deux fanatiques de l’Islam l’aurait menacé. Parfois, les intérêts de ces islamistes ultras et de l’extrême droite allemande convergent. La police ne s’est guère éternisée sur ce crime, considérant qu’il s’agissait juste d’une affaire "entre Turcs".

Trois jours – 1955. Vassilis est un commerçant qui fait partie des Grecs de la Ville à Istanbul. Sa famille avant lui a souvent subi le sort chaotique des Grecs installés ici. Lui-même est proche de la ruine. Sous l’influence d’Atatürk, le nationalisme turc se fait de plus en plus exigeant dans le pays. Son ami commissaire prévient Vassilis que la situation est en train d’empirer pour les Grecs de la Ville. Les Turcs alimentent le conflit chypriote, et un attentat (certainement simulé) visant la maison d’Atatürk ne font qu’aggraver les choses. Avec la complicité des forces de l’ordre, des émeutes entretiennent le chaos. Les Grecs de la Ville sont visés par le vandalisme. Vassilis n’y échappe pas. C’est ainsi qu’il découvre un squelette dans la cave (invisible d’accès jusqu’à là) de sa boutique. Un mystère qui réveillera son passé familial…

Le cadavre et le puits – Quand le cadavre d’un homme de trente-cinq ans est découvert dans un puits, ça entraîne une enquête de police. D’autant que la victime avait des idées de gauche, était même syndiqué. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Une mise en scène meurtrière peut induire en erreur les enquêteurs…

Ulysse vieillit mal – Un Athénien s’est pris de sympathie pour un petit commerçant d’Istanbul faisant partie des Grecs de la Ville. Toutefois, le septuagénaire Ulysse sent le besoin de quitter la Turquie. Il va finalement habiter dans un hospice, en Turquie, où l’Athénien lui rend quelquefois visite – rarement, car leur relation n’est plus la même. Tardivement, il apprend la mort d’Ulysse. Rien de suspect, c’est un infarctus suite à un ultime "coup de sang" de révolte…

L’arc de Pompéi – En Grèce, le père Ioannis est très actif dans l’aide aux nécessiteux et aux migrants. Ce que lui reproche un comité nationaliste grec, des enragés hostiles à sa généreuse démarche. Mais le père Ionnais n’est pas de ceux qui cèdent aux pressions, il persistera. Sans doute ne mesure-t-il pas que ses ennemis (il ne s’agit plus de simples adversaires) sont des jusqu’au-boutistes…

Tentative tardive – En juillet 1944, le couple Krull accorde toujours sa confiance à Hitler. Ceux qui ont organisé un attentat raté contre le Führer sont, pour les Krull qui refuse d’y voir le début de la fin, des traîtres – qu’on va bien vite juger et condamner mort. Malgré la fermeté toujours affichée par le Reich, l’Histoire est en marche…

Crimes et poèmes – Le commissaire Charitos enquête sur un meurtre commis au cœur de la nuit près d’un café-librairie, suite à une soirée de danse à laquelle participèrent le policier et son épouse. La victime est un cinéaste connu, actuellement sur un projet de nouveau film. Si Charitos interroge un modeste marchand de fleur, c’est davantage en tant que témoin que comme suspect. Le policier comprend de plus en plus mal son pays : “Les metteurs en scène se font tuer, les flics écrivent des poèmes, les maisons d’édition se changent en bistrots, la Grèce est mal barrée.”

Petros Markaris : Trois jours (Seuil, 2019)

En marge des enquêtes du commissaire Charitos, ce recueil de huit nouvelles offrent une autre facette du talent de Petros Markaris. On y retrouve la même lucidité de l’auteur sur son pays (à la fois Istanbul dont il est natif, et la Grèce) et son histoire. C’est particulièrement vrai dans “Trois jours” qui illustre la position souvent incertaine des Grecs d’Istanbul. Il traite aussi de sujets de société d’aujourd’hui, avec la radicalisation contre les immigrés en Grèce, et l’Islam qui installe ses théories fortes y compris en Allemagne. Par ailleurs, ce sont des enquêtes de police plus classiques qu’il nous invite à suivre – soulignant quand même la déliquescence de la culture en Grèce. Ces crimes ne relèvent pas de la tragédie, dont ce pays fut autrefois maître en la matière. Markaris ne manque pas de nous faire sourire dès que s’en présente l’occasion. Comme dans ses romans, on savoure son regard sans préjugé.

Voilà quelques nouvelles de Petros Markaris qu’on a grand plaisir à lire.

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 05:55

Telèvras, un village de Sardaigne, en juillet 1969. Depuis treize ans, c’est la paroisse de don Cossu, Jésuite. Outre son église,, il s’occupe de l’éducation du petit Matteo Trudìnu, à peine douze ans. Quand on le lui amena pour le faire exorciser, don Cossu comprit immédiatement que l’enfant n’était pas possédé mais supérieurement intelligent. Aujourd’hui, Matteo loge chez don Cossu – avec Matilde, la sœur du prêtre, et se charge de beaucoup d’activités qui sont formatrices, y compris pour un enfant tel que lui. Ça vaut mieux que de le laisser entre un père ivrogne et une mère fort peu énergique.

Don Cossu est ami avec le maréchal Di Stefani, un Piémontais en poste ici depuis quatre ans. Le prêtre ne se prive pas d’ironiser sur son ami gendarme toujours prêt à se vanter, alors qu’il est nul à la chasse au sanglier. Il n’est d’ailleurs pas plus efficace dans la traque des bandits et des voleurs (de bétail). Sur soixante-deux affaires, aucun résultat. Il n’est pas exclu que Mlle Matilde en soit amoureuse. Le troisième larron de ce petit groupe, c’est Giacomo Piras (dit Jacheddu), "carabinier simple", un Sarde apprécié à Telèvras car affable avec tout le monde. Comme les deux autres, Piras aime les dîners arrosés avec de la viande de sanglier au menu. Tous trois ont bien trop tendance à abuser du vin local, pouvant finir la soirée ivre-morts.

Très gros buveur lui aussi (un problème endémique dans la région, où le cannonau se consomme à outrance), le berger Bachisio Trudìnu – père de Matteo – est retrouvé mort dans les environs. Il avait disparu depuis un certain temps. On le soupçonnait d’être l’auteur de quelques méfaits. Pas une mort naturelle : Trudìnu a été enterré dans une fosse peu profonde, à la merci des sangliers fouisseurs. Peu après Elvira, la mère de Matteo, se suicide. Rien de suspect, vu l’état dépressif chronique de celle-ci. Le maréchal Di Stefani, le carabinier Giacomo Piras et Don Cossu vont devoir enquêter. Des renforts ne seront pas inutiles. La meilleure piste, c’est Peppino Golòvru, dont le palmarès en matière de banditisme est bien connu ici : “Soupçonné, certes, et donc responsable de tous les crimes qui se produisaient dans le secteur.”

Il ne faudrait pas négliger le témoignage de Gesuino, ami de Matteo, enfant du même âge que lui, qui bégaie n’ayant ni la même assurance ni une intelligence comparable à celle de Matteo. Bon nombre d’années plus tard, employé dans une clinique, Gesuino a entrepris de raconter dans un livre cet épisode de la vie au village. Peut-être beaucoup de questions restent-elles en suspens, d’ailleurs. Et puis, est-il indispensable de révéler toute la vérité ? De toutes façons, les éditeurs répondront que l’histoire est impubliable…

Gesuino Némus : La théologie du sanglier (Actes Noirs, 2019)

Et il se passa, à l’instant même où Tore Baccanti posait un bras sur les épaules de Matteo Trudìnu pour le consoler et où Mlle Matilde lui caressait les cheveux en un geste de tendresse, qu’Antoni Esulògu arriva avec sa démarche habituelle, rapide et décidée, comme si de rien n’était, avec sa besace contenant les provisions habituelles, comme s’il ne savait pas qu’on avait retrouvé le corps de Bachisio Trudìnu à moins de un kilomètre de sa bergerie.
Il fut même, sinon contrarié, surpris de voir que la petite fontaine ne donnait pas de l’eau comme chaque lundi. Il regarda le trio en agitant le pouce et l’index: Nix abba ? Nix abba ? (Pas d’eau ? Pas d’eau?).
Au lieu de se demander ce qu’il faisait là un mardi, Tore Baccanti eut un mouvement de colère et se jeta sur lui, oubliant qu’Antoni avait une force physique hors du commun et que, pour un Sarde, il était plutôt grand ; par conséquent, Antoni n’eut qu’à pousser légèrement Toni pour que celui-ci se retrouve par terre, étouffant un cri naissant…

Ce roman ne manque pas d’originalité. Avant tout, c’est une souriante chronique autour d’une bourgade sarde à la fin de la décennie 1960. Ils inspirent la sympathie ces bons vivants que sont don Cossu, le maréchal Di Stefani, le carabinier Giacomo Piras. On devine bien vite que, malgré leurs efforts, leurs méthodes brouillonnes (et avinées) et les incidents qu’ils subissent, n’engendreront pas de sérieuses investigations. Il y a bien des affaires criminelles, mais sont-elles tragiques ? À cette époque, l’assassinat fait partie des traditions, cultivant le mythe d’un banditisme "normal" dans cette Sardaigne rurale où le respect des lois n’est qu’optionnel.

L’auteur évite de nous conter de manière linéaire une simple comédie policière de terroir. Il y met la manière, ajoute du piment, jouant avec ses personnages (qu’il ne se prive pas de caricaturer). Il va aussi varier les périodes, se mettant en scène sous son nom – Gesuino Nemus – qui fera tardivement le bilan des faits dont il a été témoin, mais dont il n’avait pas forcément saisi la portée en juillet 1969. Belle habilité stylistique, qui renforce le plaisir de la lecture. Un roman franchement très agréable.

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