Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /2010 07:16
 

Dans son nouveau roman,Bien connu des services de police(Série Noire), Dominique Manotti dresse un sombre portrait d’une police gangrenée par des flics ripoux et par la politique sécuritaire. D’abord, un petit résumé de l’intrigue.

Dans la banlieue nord de Paris, la ville de Panteuil constitue un secteur sensible en matière de délinquance et de criminalité. Solidaire des efforts du ministère de l’Intérieur pour une meilleure sécurité, la commissaire Le Muir est bien décidée à trouver des solutions. MANOTTI-2010.JPG Il faut commencer par les squats, générateurs de tous les trafics. Elle peut compter sur son chauffeur, le brigadier major Pasquini, dont les relations dans les milieux mi-truands, mi-fachos sont bien utiles. Au sein du commissariat de Panteuil, les policiers partisans de la méthode forte sont légion, pour servir les objectifs de Le Muir.

Le plus excité d’entre eux est Paturel, chef d’une brigade de la BAC. Avec son équipe, il rançonne un groupe de prostituées réfugiées dans un parking, proxénétisme ignoré de sa hiérarchie. Ivan fait partie des collègues de Paturel, mais sans partager leur enthousiasme. Deux problèmes le tracassent. Son ami africain Balou, qui vit de divers bizness, exige qu’Ivan l’aide à obtenir de faux-papiers, en échange des services qu’il lui a rendus. Par ailleurs, il y a ce procès dont le jugement sera bientôt prononcé. Bien que ce ne soit pas l’exacte vérité, Ivan y apparaît comme victime, mais il a déjà décidé de quitter la police sitôt après. Si possible en évitant d’aider l’insistant Balou.

Deux jeunes policiers viennent d’arriver au commissariat de Panteuil. La blonde Isabelle Lefèvre, Adjoint De Sécurité, doit calmer les ardeurs sexuelles de certains collègues. Elle est affectée à une brigade de Police-Secours. Suite à un banal vol de portable, un contrôle d’identité dérape, causant une fusillade entre flics, entraînant l’arrestation massive de femmes du quartier. Il est préférable de ne pas trop faire d’écho à ratage exemplaire. Sébastien Doche, l’autre nouveau, a intégré le Bureau des plaintes. Entre cynisme et fausse compassion, le vieux brigadier en poste gère les situations en fonction de critères discutables. Les cas insolubles, qui n’améliorent pas les chiffres de la sécurité, il les écarte.

L’honnête Doche entreprend une enquête sur les vols de voitures de luxe. Il ne tarde pas à repérer le garage Vertu, curieusement fréquenté par Pasquini, le chauffeur de la commissaire, qui y rencontre des types à l’allure suspecte. Noria Ghozali appartient aux R.G. Avec le soutien de Macquart, un ancien du service encore influent, elle espère faire tomber l’ambitieuse Le Muir. Le proxénétisme version Paturel et l’appartenance de Pasquini à l’extrême-droite ne suffisent pas. Quant un incendie ravage un squat peuplé de Maliens, causant quinze morts, Noria sent que Le Muir n’est pas étrangère à ce sinistre. Entre le témoignage d’un travelo violenté par Paturel et la piste du garage Vertu, elle possède déjà quelques éléments. À condition que l’IGS ne se laisse pas berner par une version préparée de l’équipe Paturel. Et que la Justice ne soit pas manipulée concernant l’incendie du squat. Pour l’heure, Le Muir est très appréciée du Ministère…

Sans doute s’agit-il d’une fiction, dans laquelle peu de policiers admettront se reconnaître. Néanmoins, cette “ambiance commissariat”, ce microcosme décrit par Dominique Manotti est plus que plausible. On trouve ici beaucoup de flics ripoux, d’autres pas, un policier tourmenté, une opiniâtre enquêtrice des RG. “Sur le terrain, on n’a jamais fait la police avec les Droits de l’Homme” dit-on pour motiver les forces de l’ordre. La guerre contre délinquants et criminels n’exclut pas, pourtant, le respect des règles, ni celui des présumés innocents. Adepte de la “comédie sécuritaire” au bénéfice des politiciens, l’arriviste commissaire fait dégénérer une situation précaire et tendue en prétendant nettoyer Panteuil. Possible reflet de la réalité, non ? Notons que l’auteur n’édulcore pas le quotidien violent des banlieues, entre petits trafics juteux, squats insalubres, mortelles brutalités conjugales. Un roman militant, visant les noires facettes d’une police qui n’est pas irréprochable, parfois trop proche des ambitions politiques de nos dirigeants. Illustration par l’exemple, autant que matière à réflexion pour les lecteurs.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 07:22
 

Le Livre de Poche réédite “Sleeping Beauty” de Phillip Margolin, un suspense machiavélique, comme on les aime.

Excellente joueuse de football féminin, Ashley est une adolescente habitant Portland, dans l’Oregon. Elle vit un premier drame quand, une nuit, sa meilleure amie et son propre père sont assassinés chez elle. Ashley échappe au tueur. Pour qu’elle cesse de culpabiliser, sa mère Terri la fait entrer à l’Oregon Academy. En plus des études, Ashley pourra se perfectionner en foot. Terri et Ashley y rencontrent Casey van Meter, la directrice issue d’une riche famille, et l’écrivain Joshua Maxfield qui fut l’auteur d’un best-seller.

MARGOLIN-2010.JPG Un double crime a pour décor le hangar à bateaux de l’Academy : Terri est assassinée, Casey van Meter sombre dans le coma après avoir été violemment frappée. Ashley a vu le coupable, un couteau sanglant à la main : c’est Joshua Maxfield, qui est en fuite. Le manuscrit de son futur roman l’accable. Il y est question de meurtres monstrueux. La famille van Meter se montre protectrice avec Ashley, désormais seule. Bientôt arrêté, Joshua Maxfield nie tout. Il profite de l’audience préliminaire au tribunal pour disparaître. Peu après, c’est évidemment lui qui tente d’assassiner Ashley. Malgré les conseils de son avocat Jerry, la jeune fille quitte le pays. En Europe, elle sera en sécurité.

Cinq ans plus tard, Ashley doit rentrer à Portland. Jerry lui apprend que Casey, toujours dans le coma, est sa vraie mère. Miles van Meter, frère de Casey, et Randy Coleman, son ex-mari, s’opposent pour devenir tuteur légal de celle-ci – dont la fortune s’élève à 40 millions. Tous deux veulent la “débrancher”, Ashley est contre. Quand Ashley est agressée, Coleman et Maxfield sont arrêtés en flagrant délit. Coleman affirme avoir défendu Ashley. On s’interroge sur ce dernier au procès de Maxfield. Sortie du coma, Casey a retrouvé ses facultés : elle désigne le criminel. Les doutes d’Ashley lui permettront de finalement désigner le vrai coupable…

La construction du récit s’avère particulièrement habile. La narration fluide est entraînante, et les rebondissements captivants. Bien sûr, on devine que la vérité est brouillée par des faux-semblants dans cette affaire pas si limpide. L’incertitude quant au rôle de chacun fait la force de l’histoire. Les portraits nuancés des divers protagonistes sont très réussis, pas trop manichéens. Peut-être Casey se rétablit-elle un peu vite, mais on admet son caractère volontaire. L’auteur nous livre aussi quelques réflexions sur le métier d’écrivain, de la création à la promotion. Un suspense réellement passionnant.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 07:16
 

Selon les épisodes et les auteurs, Le Poulpe traverse parfois des aventures agitées jusqu’à en être assez délirantes. Marin Ledun choisit de nous présenter un Gabriel moins dépressif, très offensif, dansUn singe en Isère(Éd.Baleine). Une très bonne version poulpesque, solide et sérieuse, parmi les meilleures de la série.

Cette fois, c’est à Grenoble que Gabriel Lecouvreur est appelé par de vieux amis. Non pas pour soutenir les éco-citoyens qui campent dans les arbres du Parc Paul Mistral. Ceux-ci s’opposent depuis plusieurs années au chantier, déjà avancé, d’un futur stade de football au centre de Grenoble. Quelques décisions de justice leur ont été favorables, mais la municipalité n’est pas loin d’envoyer les forces de l’ordre contre ces militants. Un meurtre vient d’être commis aux abords de ce chantier controversé. Alors qu’elle cherchait son amie disparue Mathilde, SDF comme elle, Judith a été violée et tuée. Les enquêteurs ont arrêté José, ami de cœur de la jeune femme. Ils ont trouvé quelques affaires appartenant à Judith dans l’appartement de José, ce qui suffit à les convaincre de sa culpabilité.

LEDUN-2010-1.jpgPour Alain, le père du suspect, et leur copain Michel, Gabriel cherche des indices de l’innocence de José. Le refuge de la victime a été saccagé. Le Poulpe apprend que Judith était amoureuse de Mathilde, et non de son soupirant. À première analyse, rien de probant en faveur de José. Pourtant, Gabriel ne renonce pas à sa promesse : ­“Refaire le boulot, fouiller, fouiller jusqu’à ce que José sorte de taule, et qu’Alain cesse de pleurer.” Il interroge l’étudiant Jean-Baptiste, qui soutien les éco-citoyens, puis le jeune ouvrier Simon, employé sur le chantier. Tous deux amis de José, ils manquent de franchise dans leurs réponses. Gabriel s’introduit dans le bureau du chef de chantier, dérobant un document important. Mais celui-ci, un colosse nommé Vincent, l’intercepte. Gabriel parvient à fuir.

L’étudiant Jean-Baptiste semble être le maillon faible de l’affaire. Gabriel le prend en filature jusqu’à la Fac. C’est ainsi que Le Poulpe se laisse charmer par la belle Sophie. Ayant vu Vincent en contact avec Jean-Baptiste, Gabriel intervient juste à temps pour sauver l’étudiant d’une fatale overdose. C’est bien Vincent qui a voulu le supprimer. La colère lui donnant des ailes, Gabriel tente une visite nocturne sur le chantier du stade. Le colosse s’interpose avec violence. Suite au pugilat, Le Poulpe est déjà heureux de s’en sortir vivant.

Le “nettoyage” annoncé du parc Paul Mistral, sur ordre de la mairie, entraîne une manifestation militante. Gabriel préfère s’intéresser au jeune ouvrier Simon. Dans l’appart vide de celui, il repère des traces de Mathilde, l’amie disparue de Judith. Aux archives des services de l’urbanisme, Le Poulpe consulte le dossier concernant le futur stade. Les embrouilles autour de sa construction comportent un début de réponse. Si Mathilde et Simon sont encore en vie, s’il existe une possibilité de disculper José, Le Poulpe doit maintenant agir au plus tôt…

Comme il ne se tracasse pas au sujet de sa relation avec la blonde Chéryl, ici totalement absente, Le Poulpe garde les idées claires lors de son enquête de terrain. Investigations mouvementées, durant lesquelles il reçoit d’inévitables mauvais coups. Autant de chocs lui donnant l’énergie nécessaire pour résoudre l’affaire. Le Poulpe reste fidèle à ses principes, même s’il n’est guère amateur de manifs : “Personne ne le convaincra jamais de marcher au pas (…) On a la liberté qu’on peut et la fierté déplacée qui va avec. Ce qui n’empêche pas Gabriel de porter un respect sans borne à ceux qui s’y collent, parce que merde, tous ces gens prêts à sacrifier le repas dominical ou une journée de travail sont des héros, au même titre que ceux qui se lèvent le matin pour aller au turbin.” Il admet aussi que les anars évoluent : “Après tout, les temps changent. Même les anarchistes mangent bio et trient leurs déchets.”
Cliquez ici sur "Marin Ledun répond au Portrait chinois"

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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 07:18
 

Dans son précédent roman,Sansalina(Éd. Après la Lune, 2008), Nicolas Jaillet nous présentait des héros aussi durs que touchants, évoluant dans un climat âpre et violent. Il conserve une belle maturité d’écriture, mais change de registre avec cette intrigue romanesque située dans un contexte historique raffiné. Petit résumé des aventures de cetteIntruse(Hachette, 2010).

Palais de la Hofburg, à Vienne, en mars 1815. À l’initiative du comte de Waldaw et de son fils, le vicomte Frédéric, une réunion diplomatique rassemble les maîtres de l’Europe. Le tsar Alexandre 1er, Lord Wellington, le prince Metternich, et Talleyrand doivent signer le traité de paix post-napoléonien. Rien n’est encore décidé. Au même moment, Fanny est entrée clandestinement dans le château. Cette jeune corsetière vient y voir son amant Frédéric, qui prétend être un des valets du comte de Waldaw. À cause d’un malentendu, le tsar Alexandre croit qu’elle fait partie des invités. C’est ainsi qu'elle ouvre le bal avec lui. La valse du couple retient l’attention de toutes les personnalités présentes. JAILLET-2010.JPGFrédéric est catastrophé : “Fanny ne se rendait pas compte. Elle voyait sans doute la vie comme un rêve, à l’instant présent, avec tous ces beaux messieurs, toutes ces belles dames qui l’admiraient. Mais les belles dames crevaient de jalousie, et les hommes attendris la feraient pendre, s’ils savaient qu’elle avait usurpé son rang.” Le père de Frédéric, le comte de Waldaw, désapprouve sa liaison avec une corsetière, mais il n’a pas encore reconnu la jeune femme, divinement vêtue.

Le comte charge ses hommes de mains, les barons Erbis et Serbi, d’enquêter sur l’identité de cette invitée-surprise. Ayant avoué à Fanny qu’il est vicomte et non valet, Frédéric répand la rumeur qu’elle appartient à une famille de haut rang. Au dîner qui suit, “elle était la reine de la soirée. Une auréole de mystère l’entourait; tout le monde voulait l’approcher, comme s’il suffisait de respirer la même atmosphère qu’elle pour emporter un peu de son secret.” Tandis que Frédéric retrouve son amie d’enfance Elsa Krümm, devenue courtisane, Fanny affiche toute la dignité possible lors du dîner. L’ex-impératrice Marie-Louise, épouse de Napoléon, est fort intriguée par l’inconnue, mais pas hostile. Le comte de Waldaw finit par identifier la jeune femme, qu’il estime être “une petite rien-du-tout”. Pour la piéger, il organise un jeu, les invités devant deviner qui est la jeune femme. Hypothèses et questions perfides sont lancées. Mais Frédéric veille et l’intelligente Fanny sait rester évasive. Elle sent que l’impératrice Marie-Louise peut s’avérer une alliée. Pleine d’imagination, Fanny livre une version inventée de sa vie à son auditoire. Néanmoins, le comte projette toujours de la dénoncer.

Talleyrand s’amuse à enquêter sur Fanny, avec les barons Serbi et Erbis. Pour Frédéric, la jeune femme et lui doivent fuir au plus tôt. Courtisée à la fois par le tsar Alexandre et par Wellington, Fanny essaie de ruser avec chacun. Il lui faut résister au tsar, que Frédéric a l’imprudence de provoquer en duel. Quand le comte menace Fanny de la faire torturer par ses barons, elle le révèle une information secrète qui intéresse en priorité Talleyrand. Frédéric et Fanny vont devoir se montrer habiles pour se sortir d’une situation semblant inextricable…

Futée et débrouillarde, la jeune intruse ne manque pas de talent pour cacher ses origines modestes. Elle n’en est pas moins exposée à de multiples péripéties à risques. S’opposant à son malveillant père, le jeune vicomte Frédéric a bien des difficultés à maîtriser les évènements. Soulignons l’attitude complice de l’ex-impératrice Marie-Louise et le tempérament malicieux de Talleyrand, l’ensemble des portraits apparaissant plutôt crédibles. Un roman s’adressant à un public jeunesse, ainsi qu’aux lecteurs de tous âges. Sur fond de romantisme et d’Histoire, l’auteur nous présente un récit fluide et mouvementé, riche en suspense.
Cliquez sur ma chronique de "Sansalina", le précédent roman de Nicolas Jaillet.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 07:15
 

Que le grand détective rencontre Karl Marx ("Marx et Sherlock Holmes", d’Alexis Lecaye) ou Sigmund Freud ("La solution à 7%", de Nicholas Meyer), qu’il enquête sur une affaire d’espionnage en Écosse ("La vie privée de Sherlock Holmes", de Michael et Mollie Hardwicke) ou qu’il recherche Jack l’Éventreur ("Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur", d’Ellery Queen, ou "Duel en enfer", de Bob Garcia), le personnage créé par sir Arthur Conan Doyle a été maintes fois utilisé au cinéma ou dans des romans apocryphes. Maurice Leblanc a même imaginé une confrontation entre son gentleman cambrioleur et le plus grand détective du monde dans "Arsène Lupin contre Herlock Sholmes". En 2010, le film de Guy Ritchie avec Robert Downey Jr et Jude Law, sobrement intitulé "Sherlock Holmes", montre qu’il est une intarissable source d’inspiration.

HOLMES-Reouven.JPG Qu’aimons-nous chez lui ? Le fait qu’il compte sur son intelligence et son sens déductif pour tout résoudre, ou les failles de son comportement largement dues aux hallucinogènes ? À moins que notre préféré soit le Dr Watson, confident et biographe de Holmes, partenaire jouant volontiers la surprise pour ne pas déstabiliser son ami. Et Mycroft, ce frère aîné de Sherlock, membre d’un prestigieux club de gentlemen, qui fait partie de l’élite (secrète ?) des dirigeants de l’Empire britannique. Sans oublier le méchant universel, Moriarty, dont on suggère parfois que ce peut-être quelqu’un appartenant à la famille de Holmes. Toutes ces aventures se déroulent dans l’Angleterre victorienne, qui semble si puissante face à cette Europe instable de la fin du 19e siècle. Héros et contexte se mélangent, expliquant notre plaisir de suivre les éternelles enquêtes de Sherlock Holmes. Le fait qu’il s’agisse d’un des premiers héros apparaissant dans une série de romans et nouvelles en fait, bien sûr, un personnage historique pour tout amateur de romans.

Né en 1925, René Réouven s'est vu décerner le Grand Prix de Littérature policière 1971 pour "L'assassin maladroit". Il est un des rares auteurs incontestés par les admirateurs de Sherlock Holmes. Avec astuce et subtilité, il respecte le “canon holmésien”, la Bible établie d’après les écrits de sir Arthur Conan Doyle. Relisons cet extrait du "Dictionnaire des Littératures Policières", de Claude Mesplède : “En 1982, il entame avec "Élémentaire, mon cher Holmes" (Prix Mystère de la critique) un cycle consacré à Sherlock Holmes, qu’il pastiche à merveille. Ainsi, "Le bestiaire de Sherlock Holmes" (1987) relate plusieurs enquêtes restées inédites du célèbre locataire de Baker Street (Le rat géant de Sumatra, Le cormoran des Orcades, etc.) "Le détective volé" (1988) propose quant à lui une singulière aventure : lassé d’entendre dire que son détective lui a été inspiré par le chevalier Dupin, Conan Doyle envoie Holmes et Watson enquêter sur Dupin et Poe en utilisant la machine à remonter le temps imaginée par H.G.Wells.” A Paris, les deux hommes rencontrent le fameux ex-bagnard devenu policier, Vidocq, qui inspira plusieurs écrivains.

La difficulté n’est pas de copier, d’imiter, de parodier, mais de conserver l’esprit des aventures de Sherlock Holmes. Le détective ne s’intéresse à un faits divers que s’il comporte suffisamment d’étrangeté énigmatique, comme on le voit par exemple dans "Le chien des Baskerville" où il envoie d'abord Watson vérifier si le cas est digne de lui. Un simple mystère, qu’il conclurait en une rapide démonstration, ne suffit pas à son génie disséquant les arcanes de la perfidie humaine. Conan Doyle a écrit des Sherlock Holmes jusqu’à ce que le jeu devienne trop pesant pour lui. D’autres y ont encore trouvé un certain amusement, comme René Reouven. L'introduction du roman "Le détective volé" montre bien comment tout est possible avec ces personnages.

Les “Histoires secrètes de Sherlock Holmes” (celles que Watson a évoquées sans les raconter, et celles qu’il n’a jamais osé évoquer) sont aujourd’hui diffusées dans la collection Folio policier (en plus de 1100 pages). Une bonne occasion de prolonger le plaisir de côtoyer le grand détective.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 07:12
 

Deux romancières confirmées de la Littérature policière, de vraies Reines du Crime, figurent parmi les récentes nouveautés chez Pocket. D’abord, une nouvelle enquête du policier londonien Richard Jury, le héros créé par Martha Grimes : Le paradoxe du menteur. GRIMES-2010-Pocket.jpgDans les pubs, on entend toutes sortes d’histoires. Comme celle de l’homme qui, du jour au lendemain, perdit sa femme, son enfant et son chien ? Sous l’œil du barman, le commissaire Richard Jury et son nouveau compagnon de zinc, le cordial Harry Johnson, dégustent un bon vin. À leur pied, le chien Mungo patiente. Cette histoire, il la connaît. Et pour cause, c’est la sienne. Car le chien est revenu, neuf à dix mois après. Improbable, pense Jury. “Les histoires d’animaux qui retrouvent miraculeusement leur maison alors qu’ils sont à des kilomètres sont légion” et toujours assez douteuses. Le policier n’en est pas moins curieux, écoutant attentivement Harry Johnson. L’épouse d’Hugh Gault, Glynn et leur fils Robbie, ont disparu (avec Mungo) alors que la femme se trouvait dans le Surrey, visitant des propriétés à vendre. “La police du Surrey, c’était à prévoir, ne découvrit rien. Mais comme il s’agissait de la disparition d’un enfant de neuf ans, elle fit un effort.” Universitaire aisé, le mari n’est pas suspect, selon son ami Harry. Et l’histoire continue, recommence, se contredit, en appelle une autre. Celle de Ben Torres, à qui appartient une des propriétés visitées par Glynn. La mère de celui-ci décéda en ces lieux, dans des conditions énigmatiques. PLAQUE1Harry poursuit son long récit, sa version de l’ensemble des faits. Toute vérité étant relative, peut-être l’histoire est-elle largement mensongère ? Le policier Richard Jury est de plus en plus perplexe. Quand il évoque l’affaire avec son ami Melrose Plant, le déroulement de la disparition entraîne moult hypothèses. C’est une véritable enquête qu’il doit mener, en cherchant d’autres témoignages (plus fiables ?) que celui d’Harry…

Suite de l’abécédaire criminel de Sue Grafton, avec “S comme Silence”. Le soir du 4 juillet 1953, jour de la fête nationale américaine, Violet Sullivan partit assister au feu d'artifice. Personne ne l'a jamais revue. GRAFTON-2010-Pocket.jpgTrente-quatre ans plus tard, dans la petite ville californienne de Serena Station, cette femme fait toujours parler d'elle. Pour beaucoup, elle aurait décidé de disparaître avec son amant : elle était très belle, sûre d'elle et régulièrement battue par son mari alcoolique. Pour sa fille, Daisy, l'explication n'est pas satisfaisante. Au risque de découvrir une mère qui, vivante ou morte, pourrait ne correspondre en rien à l'image qu'elle s'en est faite, elle engage la célèbre détective Kinsey Millhone. Avant d'enquêter sur le terrain, de rencontrer de nombreux témoins, Kinsey consulte les articles sur ce dossier, sélectionnés par Daisy. “Le pécule de Violet faisait l'objet de deux mentions, mais sans spécification du montant. Un directeur de banque de Santa Teresa avait appelé le bureau du shérif pour préciser que Violet Sullivan était arrivée à l'agence du saving and Loans de Santa Teresa en début d'après-midi le mercredi 1er juillet (...) Elle avait rendu le coffre quelques minutes après. Ni la caissière ni le directeur n'avaient la moindre idée du contenu dudit coffre; ils ignoraient également si Violet Sullivan l'avait vidé. Dans un troisième article paru le 15 juillet, le responsable de la communication au bureau du shérif déclarait que la police interrogeait Foley Sullivan, le mari de la disparue. Il n'était pas considéré comme suspect...” Enquêter dans une bourgade comme celle-là, même si longtemps après, pourrait causer de nouveaux faits criminels. C'est sans doute le récit, parallèle, des journées du début juillet 1953, qui aide à comprendre la réalité de l'affaire.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Boulevard du Polar (nouveautés) - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 07:16
 

Aux Éditions Métailié, le nouveau Luis Sepúlveda a pour titreL’ombre de ce que nous avons été. Entre sourires et évocations historiques, ce roman nous donne une nouvelle preuve du talent de cet excellent auteur.

Il pleut fort sur Santiago au soir du 15 juillet. Dans cet entrepôt, le garage qu’exploitait jadis sa famille, Lucio Arancibia accueille deux amis d’autrefois, d’avant la dictature qui obligea ces militants à s’exiler. Bien que Lucio n’ait plus la tête aussi solide, à cause des mauvais traitements qu’il a subi, il garde les idées assez claires. Les trois sexagénaires ont repris contact via Internet, se fixant rendez-vous ici. 10-SEPULVEDA-1.jpg Aujourd’hui doté d’une barbe blanche, Cacho Salinas déteste toujours les poulets, même cuits, tels ceux qu’il doit apporter. Le souvenir tragi-comique d’une désastreuse expérience dans l’élevage de poulets l’a marqué à vie. Il a passé ses années d’exil en Europe, avec sa femme Matilde, qui y vit toujours. Leur ami Lolo Garmendia arrive un peu plus tard. Il est devenu chauve durant son séjour en Roumanie, dans la démocratie surveillée de Nicolae et Elena Ceausescu. Il a finalement réussi à s’enfuir en Yougoslavie, le pays de Tito étant légèrement plus vivable. Ils attendent un quatrième homme, le Spécialiste. Car il ne s’agit pas d’une simple réunion de nostalgiques d’Allende et du communisme à la Chilienne. Il vont mener une action concrète.

L’obsession cinéphilique de Coco Aravena, qui préfère louer des films que de payer le loyer, agace terriblement sa compagne Concepción García. Elle regrette amèrement leur vie en Allemagne, loin de ce pays maudit, là où tout lui semblait plus facile. Furieuse, Concepción balance par la fenêtre le vieux tourne-disque de Coco Aravena. Dans sa chute, l’appareil “fut freiné par la tête d’un type qui, disposant de toute la ville pour se déplacer, avait choisi cette rue, cette nuit de pluie et cet instant de fatalité verticale.” Coco Araneva ne peut que constater la mort de cet individu âgé. Comme le défunt porte un revolver, il en déduit que ce peut être un policier. Avec sa compagne, il s’invente un alibi, se laissant quelque peu déborder par son imaginaire d’amateur de cinéma.

Cette affaire va concerner le vieil inspecteur Crespo et sa jeune adjointe Adelita Bobadilla, “fière d’appartenir à la première génération de policiers aux mains propres.” Quand le duo interroge Concepción sur le prétendu vol du tourne-disque, Coco Aravena est absent. Il compte ramener l’arme de la “victime” à l’adresse dont il dispose. C’est ainsi qu’il débarque à l’entrepôt, retrouvant les trois anciens militants avec lesquels il eût dans le passé de vives tensions. Celui qui devait les aider, le Spécialiste, fut naguère connu sous le nom de l’Ombre, auteur d’héroïques provocations. Cette arme, qu’il possédait de longue date, est elle-même historique. Tandis que Crespo et Adelita tentent de retrouver Coco Araneva, les quatre hommes ne renoncent pas à leur projet…

Qualifier de polar un roman de Luis Sepúlveda serait une pauvre définition. Au sens large, il reste toutefois très proche de ce genre littéraire. Une confidence de Crespo, flic humaniste, nous le démontre: “Ma culture, Adelita, est celle d’un lecteur de romans policiers où la loi gagne toujours, ou bien, s’il faut la violer, c’est dans l’intérêt des honnêtes gens.” S’il s’agit d’une histoire criminelle, les coupables sont les militaires dictateurs qui écrasèrent si longtemps le Chili. Le même Crespo ne croit guère en l’actuelle “normalité factice” qui ne résout pas les inégalités dans ce pays. L’intrigue mêle très habilement une bonne dose d’humour et de plus sombres épisodes de la vie chilienne. Pour l’auteur, les activistes de la lutte populaire se sont parfois trompés jusqu’à être caricaturaux, mais leur combat n’en fut pas moins utile.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 07:12
 

Dans la collectionFolio policier, voici la quatrième aventure de Célestin Louise, policier parisien, au cœur de la guerre de 14-18 :Les traîtres, de Thierry Bourcy. Ils ne seront pas trop de deux, avec son acolyte débrouillard Germain Béraud, ancien pickpocket, moins expérimenté mais plutôt efficace aussi, pour démêler cette affaire mouvementée et mystérieuse.

BOURCY-2010.JPG Printemps 1917. Troupes françaises et allemandes se font face autour du lac des Soyeux, près de Chamblay. Ce matin-là, un fantassin nommé Blaise Pouyard est retrouvé poignardé sur la rive du lac. Ce pourrait être un coup des boches, comme le pense le colonel Tessier. Policier dans le civil, ayant déjà mené des enquêtes au front, Célestin Louise est convoqué par le général Vigneron. Il le charge de découvrir la vérité sur le meurtre. L’officier appartiendrait aux services de contre-espionnage, semble-t-il. Célestin Louise demande à être assisté par le jeune Germain Béraud, qui a déjà enquêté avec lui. Le duo interroge d’abord Mélanie Lepouy, une fille du village employée dans une usine de vêtements. Elle ne pense pas que Lannoy, son ex-soupirant, de passage en permission, ait assassiné le soldat. Selon elle, Pouyard était tracassé par quelque chose dont il ne lui a pas parlé. Des traces sur la rive du lac donnent à penser que la victime a pu être témoin d’un trafic, avant d’être éliminé. Peu après, Mélanie Lepouy est découverte égorgée. Pour le colonel Tessier, ça concerne la gendarmerie.

Célestin estime curieux que la 27e compagnie, qui était cantonnée près de là, ait été déplacée vers une nouvelle affectation. À Luxeuil, l’État-major lui confirme que c’est une décision normale. Ce qui ne l’est pas, c’est qu’un camion fonce sur l’enquêteur, puis qu’un contact avec qui il avait rendez-vous soit abattu. Le duo récupère l’appareil photo de Mélanie, avec sa pellicule, chez le père de la jeune fille. Peut-être contient-il des preuves d’un trafic. On ordonne à la compagnie de Célestin et Germain de mener un assaut par le lac contre l’ennemi. Décision absurde, à moins qu’on ne veuille se débarrasser de leurs sections. Évidemment, le résultat est désastreux. Entre massacre et noyades, les deux enquêteurs s’en tirent vivants. Simulant leur disparition dans le lac, ils comptent poursuivre leurs investigations. Rejoindre la Somme pour interroger l’artilleur Lannoy, l’ex-ami de Mélanie, s’avère un périple bien compliqué en ces temps de guerre.

Quand Célestin et Germain sont repérés comme déserteurs par des gendarmes, ils parviennent à s’enfuir en volant un camion de munitions. Au PC où Lannoy est affecté, celui-ci apparaît peu suspect. Le duo se fabrique un faux ordre de mission et quelques autres documents afin de continuer. Ils se dirigent vers le Chemin des Dames, afin de rejoindre la 27e Compagnie. À Soupir, ceux-ci sont en première ligne du front. Les enquêteurs interrogent mine de rien les soldats, avant de participer avec eux à une attaque. Le duo est enlevé par surprise, et convoyé jusqu’à Paris. Ils s’aperçoivent qu’une de leurs pistes ne désigne pas un lieu, mais une personne…

S’il s’agit bien d’un roman d’enquête, le contexte apporte au récit une ambiance très particulière, forcément sombre. Car Célestin est un soldat comme les autres, entraîné dans cette gigantesque boucherie. À cette époque, le général Nivelle ne connaît que l’offensive, fatalement sanglante. On partage l’esprit des troupes en survie, obéissant malgré la stupidité des ordres. Célestin ne croit pas au hasard, c’est bien pour protéger un secret qu’on les envoie se faire tuer. Quand ses investigations se font clandestines, au risque de passer avec Germain pour des déserteurs, l’histoire en devient d’autant plus captivante. Il ne suffit pas de situer l’adversaire, encore faut-il l’arrêter. Les péripéties agitées se succèdent à bon rythme dans ce roman fort réussi.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 07:11
 

Roman très singulier,La traquede Muriel et Patrick Spens (Le Cherche Midi, 2010) mérite d’être présenté avec quelques détails.

Paris, en 1942. Roger Fontenoy est inspecteur à la P.J. Issu de la bourgeoisie nationaliste, il est membre du PPF (Jacques Doriot est un ami de son père) dont il refuse la dérive raciste. Il considère communistes et anarchistes comme des ennemis. SPENS-2010.JPG Durant la Guerre d’Espagne, Fontenoy combattit parmi les Phalangistes fascistes, contre les Républicains. Aujourd’hui, il remplit au mieux sa fonction, entre son adjoint Berthommieux qui est un modéré, et d’autres policiers trop zélés. À l’occasion d’une expo mondaine de propagande organisée par le Dr Eberhardt, Fontenoy retrouve un ami officier allemand. Walter von Seelendorff et lui furent du même bord en Espagne. Semblant avoir quelque chose à lui confier, l’officier donne rendez-vous au policier le lendemain.

Walter von Seelendorff est abattu au cœur de Paris avant leurs retrouvailles. L’arme trouvée sur place est d’origine soviétique. Pour la Gestapo dirigée par le sinistre Knochen, c’est donc un attentat terroriste. Chargé de l’enquête, Fontenoy est loin de partager cet avis, car son ami arrivait juste à Paris, et était vêtu en civil. Et les armes sont trop rares pour les abandonner. Contacté par téléphone, Jacques Doriot émet les mêmes doutes. Fontenoy questionne le Dr Eberhardt, qui lui apprend que l’officier était un proche de Rudolf Hess. Plus qu’un assistant, car une relation père-fils existait entre eux. D’autant que le vrai père de Walter, fondateur d’un mouvement aryen, fit partie d’otages fusillés à Munich en 1919. Une perquisition au domicile de son ami n’apprend rien à Fontenoy. Mais le logeur de l’officier a un message à lui transmettre.

Depuis le début des années 1930, von Seelendorff rassemblait de nombreux renseignements sur B.H. ou Bret Hamrut. Cet ancien comédien fut très actif dans les sphères anarchistes et communistes, dès la fin du premier conflit mondial. Il s’est arrangé pour que l’on perde sa trace, mais le protégé de Rudolf Hess poursuit sa mission. Fontenoy ne tarde pas à identifier l’assassin de son ami Walter, agissant pour des commanditaires. Il l’élimine, mais se voit obligé de fuir. Il trouve refuge à Morestel, en Isère, en zone non-occupée, chez les parents de son amie Suzy. Un message posthume de l’officier va le mener en Suisse, dans une banque de Zurich…


Il s’agit d’un roman très intéressant, mais complexe. Sans doute est-ce logique, puisqu’il s’inscrit dans une époque compliquée. Dans la première partie du livre, sa construction apparaît un peu alambiquée. La période chaotique de la fin de la Première Guerre en Allemagne nous est quasiment inconnue, ce qui ne nous aide pas. Heureusement, la deuxième partie est plus aisée à lire, avec des récits parallèles. Le sentiment de complexité vient aussi du personnage “traqué”, B.H., qui joua de diverses identités. Il s’inspire de l’écrivain humaniste B.Traven (“Le trésor de la Sierra Madre”) qui dénonça la religion du profit, prônant le respect des individus. Un auteur qu’il serait bon de redécouvrir, assurément.

Le policier Fontenoy symbolise toute l’ambiguïté du nationalisme exacerbé de ces années-là. Nourris de propagande malsaine ou simpliste, ces milieux ont participé aux massacres de la Guerre d’Espagne et soutenu Franco, tout en le méprisant. Opportunistes accaparant le pouvoir, ils crurent en une ère nouvelle, sous l’aile de l’Allemagne hitlérienne. Certains, tel Fontenoy, ne partageaient pas l’opinion anti-Juive du PPF, mais ne s’y opposaient pas. Lâcheté et compromission, attitudes habituelles de cette bourgeoisie mesquine. Ne voyons pas dans cette histoire de complaisance pronazie. Ce serait faux, car les deux “héros” représentent l’erreur, le mal et la mort. Même quand ils en prennent conscience, leur destin les entraîne sans rémission. Tout en soulignant ses aspects un peu ardus, c’est un suspense riche et dense, à découvrir.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 07:13
 

Plusieurs auteurs ont accepté de répondre au “Portrait chinois” soumis par Action-Suspense. Aujourd'hui : Max Obione (Aux Editions Krakoen : "Le jeu du lézard", "Gaufre royale", "Les vieilles décences", "Amin's blues", "Balistique du désir", "Calmar au sang")


OBIONE-1.JPG
Si tu étais un assassin, quelle arme aurais-tu utilisé ?

Le gaz hilarant, le pied ! Et ça me ferait marrer de voir quelqu’un se tordre à en mourir de rire. Un genre d’expectase rigolote ! Enfin, j’imagine…

Si tu étais le cauchemar des cauchemars ?

Je supprimerai tous les papiers à cul de toutes les chiottes du monde occidental. Retour à la pierre et à la feuille végétale. Pour nous apprendre à apprécier le confort moderne !

Si tu étais le rêve absolument inaccessible ?

Le rêve que je rêve que je rêve que je rêve que je rêve (ad libitum) … que le rêve que je rêve… mais ça peut lasser à la fin l’enculade des subordonnées relatives !

Si tu étais le pire défaut humain ?

L’immortalité, car il ne resterait qu’à nous, les romanciers, le soin de flinguer les fumiers uniquement dans nos livres.

Si tu étais un personnage historique (lequel), serais-tu pire ou meilleur ? OBIONE-2.jpg

Le frère jumeau de Napoléon, personnage largement méconnu des historiens dont je tiens l’histoire d’un berger du domaine des Milleli à Ajaccio. L’ancêtre de celui-ci l’a recueilli lorsque Laetitia Ramolino, mère du futur empereur, n’a pas souhaité s’embarrasser de deux petits tyrans. « Uno, ça va ! Duo, buonjorno les dégâts ! » Salvatore Buonaparte vécut comme un bienheureux en picolant du Neluccio et en se goinfrant de brocciu. A 75 ans, il honorait encore les femmes. Le rosé sous le soleil, ça peut faire des ravages…

Si tu étais l'amant d’une star, vivante ou disparue, ce serait qui ?

Kathleen Turner, bien gaulée, un peu maigrichonne du haut certes mais un bas enthousiasmant, une fieffée garce (dans La guerre des Rose, L’homme aux deux cerveaux, Serial Mother…), pour souffrir le martyre dans ses bras, avant de la plaquer méchamment une fois qu’elle m’aura avoué sa passion pour mézigue.

Si tu étais un animal 1/ sauvage, 2/ domestique ?

Une hyène mâle qui n’a pas de difficulté à trouver le clito hénaurme de sa hyène à lui.

Un rat des villes qui s’amuse quand il entend dans le poste le président de la République décréter la moralisation du capitalisme. Arrête ça me fait mal ! Trop comique !

OBIONE-3.jpgSi tu étais une ville ?

Courville sur Eure, bourgade de la Beauce, c’est là que j’ai déboulé entre les jambes de ma mère. Rude journée pour elle ! Et pour moi, ça dure encore !

Si tu étais un jour de la semaine ou une heure de la journée ?

2h30, dans la nuit, dans le silence de l’insomnie, quand je me demande si j’ai bien éteint la lumière de la cave où je viens d’assassiner, page 68 du tapuscrit, la logeuse, Mme Adèle Lecrut, celle qui me faisait des langues salaces tous les matins en partant au turbin.

Si tu étais un métier (autre qu’auteur), lequel et pourquoi ?

Charrieur, celui qui charrie, celui qui porte ou qui se moque, au choix.

Si tu étais une catégorie musicale ?

Le blues, ça monte du dedans des êtres, sans chichis, ça s’étale dans les cœurs et ça me fait chialer parfois. Là je suis sérieux, pour une fois !

Si tu étais un sport ?

La zigounette, un sport solitaire dont je suis le seul à connaître les règles et l’unique pratiquant. Pas le temps pour le prosélytisme.OBIONE-4.JPG


Début mars 2010, paraît le nouveau roman de Max Obione : "Scarelife". Voici la présentation de ce roman. "Libéré sur paroles après avoir purgé dix ans de pénitencier, Mosley J. Varell coule des jours ternes dans un coin reculé du Montana. Il vivote en écrivant des scénarios de dessins-animés. Gougou le kangourou, c'est lui. Astreint à pondre des histoires à décerveler les mômes, on vient cependant de lui commander le scénario d’un biopic sur le romancier David Goodis. Un matin, il reçoit une lettre postée de Louisiane. Il a reconnu l'écriture, c'est celle de son père qu'il hait depuis toujours. Mais pourquoi Varell décide-t-il de partir le retrouver ? Ayant la phobie de l'avion, il entame une grande diagonale routière. La fatalité, un temps en sommeil, l'entraînera à ponctuer son périple de meurtres comme autant de cailloux blancs que Le Nain, un détective teigneux lancé à ses trousses, saura ramasser..."
Cliquez ici pour lire un précédent article sur Max Obione - ou ici, ma chronique pour son roman "Le Jeu du Lézard".

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : "Portraits chinois" - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 07:06
 

Dans Oscar Wilde et le cadavre souriant (Ed.10-18), c’est avec minutie et respect que Gyles Brandreth reconstitue à la perfection les périples et aventures d’Oscar Wilde, ainsi que l’ambiance du Paris artistique de la fin du 19e siècle. Petit résumé de cette troisième aventure du dandy irlandais si attachant.

En 1882, la notoriété grandissante d’Oscar Wilde à Londres l’amène à donner une série de conférences aux Etats-Unis. Ce voyage d’une année lui permet de rencontrer des personnes avec lesquelles il sympathise. C’est le cas d’Eddie Garstrang, joueur professionnel de poker et bon tireur, ou du valet Washington Traquair, un Noir fort compétent. Surtout, Oscar Wilde rencontre Edmond La Grange, comédien et directeur d’une compagnie théâtrale parisienne. À l’époque, sa notoriété égale celle de la grande Sarah Bernhardt, avec laquelle il est ami. Issu d’une famille de comédiens, Edmond La Grange est entouré de sa mère Liselotte, de ses enfants jumeaux Bernard et Agnès, de sa maîtresse Gabrielle de La Tourbillon, et de son vieil ami acteur Carlos Branco. BRANDRETH-2010.JPG La Grange a pour projet de réaliser prochainement avec Oscar Wilde une brillante adaptation de Hamlet, dans son théâtre du Boulevard du Temple.

Avant leur retour, Edmond La Grange engage Traquair comme habilleur et Eddie Garstrang pour secrétaire et partenaire aux cartes. Sur le navire vers l’Europe, le caniche de Maman La Grange est retrouvé mort dans une malle appartenant à Oscar Wilde. Ce qui vaut à celui-ci quelques tracas à l’arrivée dans le port de Liverpool. Quelques semaines plus tard, Oscar Wilde rejoint Edmond La Grange et sa troupe à Paris, dans leur théâtre totalement rénové. En parallèle des répétitions d’Hamlet, la compagnie La Grange joue avec succès des classiques du répertoire. C’est à cette époque qu’Oscar Wilde fait la connaissance de Robert Sherard, qui devient son meilleur ami et son biographe, narrateur de cet épisode de sa vie. Tandis que Robert Sherard tombe amoureux de l’actrice Gabrielle de La Tourbillon, Oscar Wilde apprécie les soirées chez Sarah Bernhardt. Il y côtoie de grands artistes français, dont Maurice Rollinat ou Jacques-Émile Blanche.

Cachotteries, drames et mystères entourent la troupe de La Grange. Le suicide au gaz de Washington Traquair peut aussi bien être un meurtre. Avec le Dr Ferrand, médecin ami de La Grange, Oscar Wilde s’arrange pour ne pas troubler la représentation, avant de s’occuper des cendres de Traquair. Les crises de la fragile Agnès sont certainement inquiétantes. L’esprit macabre et décadent de Bernard La Grange l’incite à fréquenter les misérables de la Salle des morts. La Grange est grugé par son comptable, Marais, mais s’en accommode. Eddie Garstrang et Robert Sherard s’opposent dans un duel au pistolet, au sujet de Gabrielle de La Tourbillon. Edmond La Grange intervient à sa manière : malgré trois tirs, aucun sang n’est versé. Oscar Wilde est visé par un incident dans les coulisses du théâtre. Peu après, suite à une soirée chez Sarah Bernhardt, il est encore sévèrement agressé dans la rue. Il s’éloigne un temps de Paris.

La première d’Hamlet est un triomphe. Perturbée, Agnès La Grange disparaît. De retour en France, Oscar Wilde (et son ami Robert Sherard) retrouve sa trace. L’affaire prend bientôt une tournure criminelle, avec plusieurs meurtres. Le policier Félix Malthus mène l’enquête. Toutefois, les secrets qui planent autour d’Edmond La Grange et de ses proches sont fort complexes. La vérité ne sera dévoilée qu’en 1891 par Oscar Wilde à son ami le docteur Arthur Conan Doyle…

Dans ce troisième roman, on retrouve avec bonheur le dandy plein d’esprit : “J’ai découvert que, pour rester jeune, le secret était d’entretenir une passion excessive pour le plaisir.” Il illustre son mode de réflexion et son sens déductif à sa manière : “Je suis un rêveur […] Un rêveur, Robert, c’est une personne qui ne peut trouver son chemin qu’à la lumière de la lune. Sa punition est de découvrir l’aube avant tout le monde.” Âgé de moins de trente ans, il en est au début de cette période flamboyante de sa vie, avant la chute prématurée. À ce propos, Wilde a l’occasion de visiter la prison de Reading, qu’il trouve déjà angoissante. Énigmes et sourires sont ici au rendez-vous. L’auteur en fait le devancier de Proust, quand Wilde déclare : “Quand on goûte une madeleine, on ne l’oublie jamais.” Les milieux qu’il fréquente à Paris oscillent entre réprobation bourgeoise contre les artistes et excentriques plaisirs épicuriens, effectivement symboliques de ce monde-là. On savoure la présence de la talentueuse Sarah Bernhard, presque maternelle avec ses amis. Ce voyage dans le temps et dans l’univers d’Oscar Wilde est un pur plaisir.
Cliquez ici pour ma chronique sur la précédente aventure : "Oscar Wilde et le jeu de la mort"

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 07:27

Kââ fut assurément un écrivain singulier et libre qui mérite d’être réédité, lu et apprécié par les lecteurs actuels. Pourquoi ne fut-il pas reconnu comme un grand maître du roman noir ? Peut-être parce que ses histoires sont plus cyniques que réalistes, parce que son jeu avec la mort est souvent dérangeant ? C’est pourtant bien cette ironie mordante dans des cascades de scènes noires qui fait tout l’intérêt de ce défunt auteur (1945-2002). En ce sens, il fut nettement plus novateur que certains auteurs de la veine “néo-polar” des années 1980 (qui ont aussi leurs qualités). Nous vivons dans un monde cynique, poussons cette idée jusqu’à l’outrance, tel pourrait être le message de Kââ. En guise d’hommage, évoquons ici ses premiers titres.

KAA-1.JPGSilhouettes de mort sous la lune blanche”(Fleuve Noir 1984; Le Masque 2001; Pocket 2003). Avec Straub et les trois frères Vila, le héros a attaqué un convoi de fonds à Saint-Cloud. Le jeune Vila paniquait, il a dû l’abattre. Straub est gravement blessé. Il le ramène et le soigne dans sa maison isolée, en Auvergne. Alfred Vila et son deuxième frère les cherchent, pour les tuer et récupérer le butin. Il prépare leur défense. Il élimine Detwiller, un ami trop peu sûr. Il équipe une Land Rover, pour leur fuite. Il amasse des armes de précision. Straub va mieux. Corinne, la veuve de Detwiller, les rejoint. Le premier affrontement avec les Vila vire au carnage. Alfred s’en tire. ’autre frère est tué, ainsi qu’un gendarme trop curieux. Le trio se cache durant trois jours dans la Land Rover, évitant ou éliminant les gêneurs. Straub propose une halte chez un ami anar, dans une ferme. Quand l’anar et ses copains envient le butin, ça tourne au massacre. Corinne maîtrise bien son arme et y prend goût. Notre héros se procure des faux papiers à Carcassonne, sans laisser de témoin.

Le trio s’installe aux Saintes-Maries-de-la-Mer où, en cette saison, on les repèrera moins aisément. Il apprend que son fournisseur d’armes a été tué par Alfred Vila. Ce dernier est soupçonné par la police pour toute cette hécatombe. Notre homme officialise sa nouvelle identité andorrane, puis s’arrange pour obliger Vila à se découvrir. Aux Baux-de-Provence, le trio tue les comparses, mais Alfred s’échappe encore. L’hôtel de luxe de l’anglais Johnston accueille le trio. Le fourbe Johnston contacte le truand Genovesi, allié de Vila. La belle King les accompagne, quand le trio est contraint à un départ précipité. Ils se planquent en Italie, dans la maison de Straub. Après un détour par la Suisse, notre héros revient à temps pour affronter l’Anglais et ses sbires. Il découvre que Vila, à bout d’argent, prépare un braquage à Gérardmer, dans les Vosges…

« Lorsque j’ai expédié mon premier manus’ [ce roman] au Fleuve Noir en 1984, je devais avoir le sentiment confus d’une liberté que je ne trouverais pas ailleurs » disait Kââ dans Fleuve Noir, 50 ans d’édition populaire de J.Raabe (Bilipo, 1999). Car c’est bien en toute liberté que l’auteur nous raconte cette tumultueuse aventure de desperados sillonnant les routes françaises, trahis par tous, laissant de sanglantes traces de leur passage. C’est du pur roman noir, ironique et violent. De la Littérature Criminelle destinée au plus large public, tel était le but de Kââ.

KAA-2.JPGIl publie ensuite “La Princesse de Crève”, puis “Mental” (Fleuve Noir, 1984 et 1998). Il s’appelle Hugues Cinquante. C’est un artiste peintre de nationalité suisse résidant à Belle-Île, au port de Sauzon. Ce n’est pas sa véritable identité : “Un nom ridicule soulève paradoxalement moins l’attention qu’un nom quelconque. On s’étonne d’un nom aussi bizarre sans se demander le moins du monde s’il est vrai ou faux. Il ne vient pas évidemment à l’esprit des services de police que quelque un ait pu choisir comme pseudonyme un nom aussi grotesque.” En réalité, il est tueur à gages. Il est contacté par une visiteuse allemande, Renata. Il accepte de l’accompagner en voiture outre-Rhin, tout en remarquant qu’ils sont suivis durant tout le voyage. Le couple arrive à Neuenbürg, où Cinquante rencontre ses nouveaux employeurs chez un aristocrate. Ces gens représentent la société Intro AG, un groupe industriel aux méthodes troubles. Sa mission sera d’éliminer un certain “Mental”, qui fait planer une menace sur une douteuse transaction en cours. Cinquante ne dispose d’aucune information sur ce personnage fantomatique, mais il est obligé d’accepter ce qu’il devine déjà être un jeu de dupes. “Je ne me demandais même pas comment commencer une enquête sur un individu dont tout le monde ignorait tout: c’était absurde. Dans ce petit jeu, l’important n’était évidemment pas là, et ce que j’avais à découvrir c’était indiscutablement le rôle que je devais y jouer, et dont j’ignorais tout.” Karola, la fille de l’aristocrate, demande à Cinquante de préserver son père dans toutes ces magouilles. KAA-4.JPGPour la protéger, il l’envoie se cacher chez lui à Belle-Île.

À Munich, Hugues Cinquante contacte son ami Patrick Brabant, qui lui fournit une arme neuve et puissante. Des agresseurs prennent Cinquante pour cible, avant de s’attaquer à Brabant et à sa jeune compagne Amanda. Il intervient pour aider le couple, mais doit aussi abattre Patrick Brabant qui cherchait à fuir seul. Amanda et Cinquante se mettent à l’abri. “Je gère la catastrophe paisiblement, répondis-je à mon Surmoi lequel, comme on sait, a parmi ses nombreuses tâches, celle de protéger le sujet.” Cinquante s’invite chez Renata, mais celle-ci vient d’être éliminée dans son bain par Mental. Les deux hommes se font face, et se reconnaissent. Quelques jours plus tôt, ils ont joué ensemble au bridge, partageant une bonne soirée. Bien qu’ils soient adversaires, Cinquante éprouve une sympathie certaine pour Mental. D’ailleurs, son principal ennemi est plutôt le citoyen suisse Paul Gruber. De retour à Paris, Cinquante interroge sévèrement son contact Sergueï au sujet de ce Suisse. C’est probablement en faisant alliance avec Mental que Cinquante dénouera l’imbroglio de la situation, et dévoilera les secrets des membres de la société Intro AG…

KAA-3.JPGSon quatrième roman : “Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes (et bestiales)” (Fleuve Noir 1985, Le Masque 2003). Puisqu'il en possède une, appelons-le Jaguar. Bruno, un de ses copains devenu flic, se fait buter peu après leurs retrouvailles. Le commissaire Tourouvre des R.G., beau-père de la victime, le savait en danger. Deux types à moto abattent le flic partenaire de Bruno. Jaguar rattrape le tueur. Ce qui le met sur la piste d'Ahmed, celui qui a éliminé Bruno. Le commanditaire d'Ahmed est un nommé Vuidos, qui fait des photos pornos homos. Celui-ci est en contact avec Le Villain, connu de la justice, qui semble être son patron. Les deux tueurs sont bientôt supprimés. Valentin "le Toulousain", un truand pas net, apprend à Jaguar ce qu'organise Le Villain : des combats mortels de gladiateurs, sur lesquels on parie. Avec sa complice Karen, il fait ensuite chanter les riches parieurs. Trahi par Valentin, Jaguar espère que le commissaire sera son allié. Les mêmes personnes lui font du chantage pour une autre histoire, avoue-t-il. Plusieurs témoins sont successivement exécutés. Jaguar hésite à continuer.

Lâché par le policier, Jaguar entraîne sa jeune maîtresse Danielle dans sa sanglante aventure. Ayant éliminé Valentin, le couple se réfugie chez Sam Perez. Ce viticulteur bourguignon reste leur seul ami sûr. Mais la bande dirigée par le nommé Carvallo est déjà sur leurs traces. Jaguar, Danielle et Sam peuvent se replier dans un mas de Clermont-L'Hérault. Ils savent que les truands ne tarderont pas à les y cerner. Ils se préparent à affronter leurs adversaires, pour un inévitable carnage…

D’autres romans noirs de Kââ, au Fleuve Noir (sauf *) : "Respiration de la haine" (1986), "On commence à tuer dans une heure" (1986), "La fiancée du vieux renard" (1987), "Rendez-vous à Forbach" (1988), "Trois chiens morts" (1992), "Le marteau" (1994), "Petit Renard" (*1995 et 2002, Le Masque), "Criant de vérité" (1995), "Vingt-quatre mille années" (1996), "On a rempli les cercueils avec des abstractions" (1998), "Et puis les chiens parlaient" (1998). Dans les collections Gore, Kââ signait sous le pseudonyme de Corsélien et de Behemoth.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 07:22
 

PLAQUE1Depuis quelques années, l'américain Steve Berry connaît un réel succès avec les aventures de son héros Cotton Malone : "Le Troisième Secret", "L’Héritage des Templiers", "La Conspiration du Temple", "L’Énigme Alexandrie".


10-BERRY-2010La Prophétie Charlemagne” est son cinquième roman publié en France, aux Éditions Le Cherche-Midi… À Aix La Chapelle, en l’an 1000, Otton III, roi de Germanie, pénètre dans le tombeau de Charlemagne, inviolé depuis 814. Parmi de nombreuses reliques, il y découvre un étrange manuscrit, couvert de symboles inconnus. Des siècles plus tard en Allemagne, Heinrich Himmler crée en 1935 un groupe spécial de scientifiques, d’archéologues, d’historiens et d’ésotéristes chargés de se pencher sur les racines de la race allemande, des aryens aux chevaliers teutoniques. Ceux-ci découvrent la sépulture de Eginhard, érudit proche de Charlemagne. Et, dans celle-ci, un manuscrit montrant les mêmes symboles que ceux découverts neuf siècles plus tôt dans la tombe de l’empereur.

À notre époque… Afin de faire toute la lumière sur la mort inexpliquée de son père, Cotton Malone est amené, lors de la plus passionnante de ses enquêtes, à déchiffrer les énigmes historiques et ésotériques entourant ces deux manuscrits.

Fourmillant de détails, 10-BERRY-pocketdepuis le bouleversement du savoir à l’époque de Charlemagne jusqu’aux expéditions nazies au pôle sud et au Tibet, ce suspense est riche en péripéties.


La précédente aventure de Cotton Malone, “L’énigme d’Alexandrie”, est désormais disponible chez Pocket. Tout commence en 50 avant Jésus-Christ. La bibliothèque d’Alexandrie, qui renferme le savoir de toute l’humanité, disparaît aussi soudainement que mystérieusement… En 1948, Georges Haddad, fils d’un érudit et combattant palestinien, reçoit la visite d’un étrange individu porteur de secrets, un Gardien… C’est en 2007 à Copenhague que Cotton Malone est amené à s’intéresser au lien entre ces deux affaires. Retraité du département de Justice américaine, il pensait pouvoir profiter tranquillement de sa boutique de livres anciens. Mais une mystérieuse organisation kidnappe son fils et lui donne 72 heures pour retrouver Georges Haddad. S’il veut sauver son fils, Cotton Malone doit affronter tous les dangers pour retrouver cet homme, dont la connaissance des écrits disparus depuis plus de 2000 ans pourrait bien bouleverser la face du monde...

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Boulevard du Polar (nouveautés) - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 07:20
 

Les histoires de cambriolages dans les musées et de faux tableaux de maîtres font partie des grands classiques de la Littérature policière. C’est le thème du nouveau suspense d’Elvin Post dans la collection Seuil thrillers :Faux et usage de faux(2010). On éprouve toujours un grand plaisir à les lire sachant que, même si le vol est correctement exécuté, la situation va fatalement se compliquer.

POST-2010.JPG Sept ans plus tôt, Bloom et Fish furent associés dans une escroquerie. Elijah Fish était déjà un excellent copiste de toiles de maîtres. Vincent Bloom savait vendre ses œuvres, dont nul ne doutait de l’authenticité. L’affaire tourna mal, et valut à chacun une peine de sept ans. N’ayant aucune envie de retourner en prison, Fish produit aujourd’hui des copies certifiées comme telles. Quand Bloom le contacte, il hésite. Son ami lui ayant prouvé que celui qui commercialise ses toiles l’a grugé (avant d’être abattu), Fish accepte de s’associer au prochain coup de Bloom. Il s’agit de voler un tableau de Rembrandt au Gardner Muséum de Boston. Le mafiosi Léo Roma est prêt à payer cinq millions pour Le Christ dans la tempête sur le lac de Génésareth. Son homme de main Cazale participera à l’opération, ainsi qu’un chauffeur. Bloom a projeté de dérober aussi quelques toiles de maîtres, qu’ils vendront plusieurs fois si Fish en fait des copies.

Le soir où l’équipe des Red Sox de Boston remporte la finale, trois policiers se présentent au Gardner Muséum. Les deux gardiens, Avelino le tourmenté et le gras Randy, se font berner facilement. Tandis que Fish et Cazale les surveillent, Bloom s’occupe des tableaux. Comme prévu, aucune alarme ne se déclenche dans ce musée mal sécurisé. Avelino n’a pas l’intention de jouer au héros. Fish se méfie du comportement de l’ignare Cazale. Pas assez sans doute, car Cazale découpe salement le Rembrandt à l’insu des autres. Quand Bloom s’aperçoit de la catastrophe, il est trop tard. Quatre-vingt-dix minutes après leur arrivée, les voleurs s’en vont après avoir enfermé les gardiens. À part une fausse alerte, ils rejoignent sans problème la maison isolée de Little Compton qui leur sert de planque. Cazale poursuit le voyage jusqu’à chez son patron, à Staten Island.

Depuis la mort de son fils, le mafieux Léo Roma décline, oubliant de verser ses redevances au caïd Salvatore Neri. C’est en étudiant un documentaire télé sur le chef d’œuvre de Rembrandt, et la faible sécurisation du musée, qu’il a décidé de faire voler cette toile. Le jour de son anniversaire, Cazale vient lui confirmer la réussite de l’opération et chercher les cinq millions. Mai Salvatore Neri abat Léo Roma, puis exige que Cazale et Big Steve aillent récupérer l’avance versée à Bloom et Fish. À Boston, la police mène l’enquête. Jeffrey Robbins, conservateur du Gardner Muséum, se défend aussi habilement que possible à la télévision. Il ne paiera pas pour qu’on lui restitue les tableaux, affirme-t-il. Quand les deux truands débarquent à la planque, Cazale abat Big Steve, qui venait de buter le chauffeur de la bande. Puisque Roma est mort, il faut trouver une autre solution. Trouver un moyen de pression sur Jeffrey Robbins, le rançonner ? Pas si facile…

Dans ces opérations, chacun mène son propre jeu. Par exemple, Cazale suit sa propre logique, ne réalisant pas qu’en salopant le Rembrandt, il peut tout faire rater. Quant au caïd mafieux Neri, il n’a rien à faire d’un tableau invendable. Le duo Fish et Bloom est, bien entendu, au centre de l’affaire. Bien qu’associés, ils n’ont ni les mêmes caractères, ni des motivations identiques. Au final, qui tirera au mieux son épingle du jeu ? Malgré le suspense tendu, on peut retenir l’angle souriant de ce roman. “­Les experts trouvaient élégant de déclarer une œuvre authentique à 90%. Ils jouaient de ce chiffre pour donner du poids à leur avis, gardant sous le manteau les 10% restant comme marge de sécurité; si par la suite, une toile s’avérait fausse, ils s’empresseraient d’affirmer : j’avais des doutes, voilà pourquoi je n’ai pas dit à l’époque que j’étais certain à 100%.”

Un thriller enthousiasmant.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 07:16

JAILU-1.JPGCoup d’œil à l'actualité des éditeurs, avec les premiers suspenses de l’année 2010 publiés chez J’ai Lu, quatre thrillers d’une belle intensité. D’abord, un romancier au savoir-faire incontesté, Lincoln Child : “Deep Storm”. PLAQUE1

Deep Storm est le centre technologique le plus perfectionné au monde, mais aucun chercheur n'en mentionnera jamais le nom, ni même l'existence. Construite dans les abîmes glacés de l'Atlantique, cette base top-secrète abrite une armada de scientifiques soumis à une stricte discipline militaire. Ils forent sans relâche le plancher océanique, s'approchant d'un site englouti, d'un mystère qui captive l'humanité depuis l'Antiquité : l'Atlantide. Mais une série de maladies inconnues et de désordres psychiques accablent soudain le personnel de la base sous-marine.JAILU-2.JPG La plus grande découverte archéologique de l'Histoire serait-elle aussi la plus terrifiante ?


Après “Mascarade” et “La spirale”, voilà un nouveau roman d’espionnage de Gayle Lynds : “Le dernier Maître-Espion”. Charles “Jay” Tice, ancien chef des services clandestins, l'élite de la CIA, est une légende vivante dans le monde du renseignement. JAILU-3.JPGJusqu'au jour où, soupçonné d'avoir vendu des informations compromettantes pour le gouvernement des États-Unis, il est arrêté et incarcéré dans une prison de haute sécurité. Ce qui ne l'empêche pas, un beau matin, de disparaître sans laisser de traces…


Autre talent prometteur, Sonya Hartnett : “Finnigan et moi”. Anwell, jeune homme de 20 ans, raconte son histoire depuis son lit d'hôpital alors qu'il est victime d'un mal inconnu. Sous forme de flash-backs, il narre son enfance bouleversée par sa rencontre avec Finnigan, son opposé, son idéal. Finnigan n'est pas comme les autres : il n'est pas bien élevé, il ne va pas à l'école, et surtout il est son seul ami. Les deux garçons passent un pacte : dès qu'il faudra mal agir, Finnigan s'en chargera. JAILU-4.JPGAnwell n'aura plus qu'à faire le bien.


Voici enfin la réédition du suspense historique de Bob Garcia : “Duel en enfer”. Londres, été 1888. Sous le poids d’une chaleur suffocante, la ville est saisie d'horreur par les premiers meurtres de celui qu'on surnommera bientôt “Jack l'Éventreur” (C'est le monstre qui signe de ce pseudonyme). Mais que fait donc à cette époque le célèbre Sherlock Holmes ? Une terrible plongée dans l'enfer des bas-fonds londoniens, sur les pas du meurtrier le plus sanguinaire et le plus mystérieux que Londres ait connu. Un terrible duel s’annonce entre les deux hommes.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Boulevard du Polar (nouveautés) - Communauté : Le monde du polar
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Prix SNCF du polar 2010

"L’exil des anges" de Gilles Legardinier (Fleuve noir), dans la catégorie “roman français”, et "Petits meurtres entre voisins" de la Néerlandaise Saskia Noort (Denoël), dans la catégorie “roman européen”, ont remporté la dixième édition du Prix SNCF du polar décerné par 2 000 lecteurs.
Cliquez ici sur ma chronique de "Petits meurtres entre voisins"

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