23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 05:55

Petite république indépendante au cœur du Pacifique, membre du Commonwealth, Stone Island est une île de Polynésie. La population Ma'ohi cohabite avec les occidentaux qui ont colonisé leur territoire, et le dirigent. Les traditions ancestrales se perdent, ce que certains regrettent amèrement : “Les Ma'ohis de la ville étaient comme des animaux domestiqués. Ils avaient perdu tout repère, adopté les croyances des colons et rejeté les vraies divinités fondatrices de leurs peuples.” Néanmoins, il existe aussi des Ma'ohis riches, tels M.Keawe. Le chef de la police est le commandeur Jack Turner, assisté du lieutenant Jerry Coupland (sosie de Tom Selleck dans le rôle de Thomas Magnum) et d'une équipe efficace. Âgé de trente-cinq ans, Jack Turner connaît quelques soucis avec sa jeune sœur Joyce. Le retour de son amie Jennifer sur l'île ne paraît pas l'enchanter. Le Hot'n Cold, la paillote de Tyson, est le point de rendez-vous de son groupe de proches, dont le pilote d'avion Sam Damon.

À vingt-cinq ans, Fiona Taylor est une jeune avocate. Elle fut adoptée dès sa naissance par un couple d'Américains. Son père biologique est récemment décédé. Elle n'a jamais connu Harry McGregor, un des notables de Stone Island. Fiona est la cohéritière de la fortune de son vrai père, pour moitié avec sa grand-mère. Elle a éprouvé le besoin de venir sur cette île, en apparence paradisiaque. Mais le premier contact avec Miss McGregor se passe mal. Le vieux jardinier Rahiti cherche pourtant à la convaincre que sa grand-mère n'est pas si froide qu'elle paraît. Fiona décide de quitter l'île immédiatement, réservant l'avion de Sam Damon. Elle n'est pas insensible au charme du pilote, qui l'incite lui aussi à ne pas partir si rapidement. En effet, Fiona ignore encore bien des choses sur ses origines familiales. Elle va bientôt retourner à la propriété des McGregor, mieux s'expliquer avec son aïeule, avant de s'intégrer au groupe d'amis de Sam Damon, habitués du Hot'n Cold.

Jack Turner et son équipe enquêtent sur un accident de voiture, qui a causé la mort de M.Keawe et de son fils aîné. En réalité, l'affaire est plus complexe. La famille Keawe a été attaquée chez elle par un tueur. L'épouse du riche Ma'ohi et leur jeune fils ont survécu. Le lieutenant Coupland commet une bavure lorsqu'ils interviennent chez les Keawe. Légitime défense ou instinct raciste ? Turner ne juge pas son assistant. Que la détective Jade Lohan soit engagée par la veuve Keawe, risque de compliquer les investigations du policier. Il doit enquêter peu après sur le meurtre de Melissa, jeune prostituée. Si le patron du club où elle opérait se montre coopératif, le barman ne tarde pas à prendre la fuite. Du sperme et une trace d'ADN permettent de relier les deux meurtres. Le principal suspect se nomme Patrick Tamaro, un Ma'ohi acoquiné avec un réseau discret. Pendant ce temps, Tu Ra'i Po, qui se prend pour le nouveau dieu du peuple Ma'ohi, reste dans l'ombre...

Alexis Aubenque a connu un certain succès avec sa série “River Falls”, dont un des titres a été récompensé en 2009 par le Prix Polar Cognac. “Stone Island” est un inédit, publié en format poche dans la collection Toucan Noir, qui inaugure une autre série.

Il s'agit d'un pur roman d'aventures, aux ingrédients parfaitement maîtrisés. Le pittoresque décor exotique laisse supposer de noirs secrets, par effet de contraste. L'auteur n'oublie pas de souligner la perpétuelle ambiguïté coloniale. En ces lieux si touristiques, des occidentaux s'estiment toujours quelque peu supérieurs aux peuples locaux. Inversement, les réactions peuvent ressembler à du fanatisme. On nous présente ici beaucoup de personnages pour alimenter l'histoire. Bien dessinés, ils sont aisément identifiables. La manière narrative est simple, il faut le reconnaître : “C'était clair qu'il la remerciait sincèrement, mais ce n'était pas dans ses habitudes de manifester des sentiments, encore mois sous la pression. Il était un des meilleurs lieutenants de l'île, sa carrière n'allait tout de même pas être remise en cause pour un simple accident ?” On pourrait souhaiter une écrite plus fine. Mais cette simplicité accorde une belle fluidité au récit, un certain rythme, et c'est bien le but recherché par ce type de suspenses. Voilà un fort sympathique roman d'aventures, dans la bonne tradition.

-"Stone Island" est disponible dès le 3 juin 2013-

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 05:45

En ces premiers mois de l'année, j'ai chroniqué une soixantaine de titres. Si je les ai lus, présentés, suggérés, c'est que tous m'ont paru de belle qualité. D'une lecture vraiment agréable, aucun ne devrait (trop) décevoir les lecteurs. Certains romans ont mérité un enthousiaste “Coup de Cœur”, vous les retrouverez dans la rubrique dédiée. Pour la sélection qui suit, ce n'est pas le principal critère. Seuls deux titres y figurent en commun. Par leur écriture, par l'exploitation d'un thème, il faut convenir que des romans sont supérieurs aux autres. Afin de définir mes cinq meilleurs polars des cinq premiers mois de 2013, j'ai choisi les plus marquants. Il ne s'agit pas d'un classement, ces livres étant tous aussi excellents.

Dans la société américaine, les disparitions d'enfants restent un thème issu de la réalité. Ce serait également le cas en Europe. L'actualité nous en parle périodiquement. Si les romans s'en inspirant s'avèrent souvent bien faits, ils gardent généralement une forme assez ordinaire. “Emergency 911” de Ryan David Jahn approche d'une manière fine et crédible le cas d'une adolescente enlevée plusieurs années plus tôt, qui réapparaît. Action et psychologie vont de pair dans ce suspense qui, après “De bons voisins”, confirme le réel talent de ce romancier.

Pourquoi ne pas le confesser, je suis un admirateur de Megan Abbott. Je la suis depuis son premier titre en français, “Absente”. À ce jour, aucun de ses romans ne m'a déçu. Avec le nouveau roman qu'elle nous présente, “Envoûtée”, le charme opère toujours. Elle s'inspire d'un véritable faits divers, une affaire de malle sanglante. Loin de simplement retracer l'histoire en question, elle construit un remarquable roman noir. Où les personnages féminins sont diaboliquement attachants. Comment une jeune femme, encore plutôt candide après un début de vie difficile, devient une criminelle. Délicieux !

Parmi les lectrices et lecteurs de longue date, beaucoup furent autrefois des admirateurs de Stephen King. Et puis, on l'a peut-être trouvé moins percutant, à tort ou à raison. Bonne nouvelle, le Maître est de retour. “22/11/63”, c'est évidemment une date mythique, le jour de l'assassinat de John F.Kennedy. Qui reste obsessionnelle chez les Américains. Un voyage dans le temps permettrait-il d'éviter le drame ? Postulat assez simple, qui devient grandiose quand Stephen King est au top de son talent. Il nous entraîne dans des allers et retours vers le passé, nous captive, nous passionne sur plus de neuf cent pages.

Ce n'est pas un roman, c'est une vie. Bien sûr, beaucoup de moments sont présentés de façon elliptique. L'auteur ne veut pas tout dire. Plus exactement, c'est grâce à ces ombres non dévoilées que l'histoire de Sam Millar est forte. Autant que par les descriptions de son parcours, sans doute. Emprisonné pour ses convictions en Irlande, puis incarcéré de nouveau aux États-Unis après un casse. “On the brinks” n'est pas un polar, au sens strict, c'est sûr. Pourtant, il en surclasse beaucoup, puisque la réalité a dépassé la fiction. Un livre qui impressionne forcément ses lecteurs.

Quel cinquième titre choisir ? Pour leur originalité, on pouvait penser à “Misty” de Joseph Incardona, à “La vieille qui voulait tuer le Bon Dieu” de Nadine Monfils, à “Coco” d'A.H.Benotman et L.Biberfeld, à “La mort n'a pas d'amis” de Gilles Schlesser, ou à “Et si Notre-Dame la nuit...” de Catherine Bessonnart. Mais c'est un roman bien plus singulier encore qui mérite de figurer ici : “Le phyto-analyste” de Bertrand Busson, jeune auteur Québécois. Quand la pourriture détruit les plantes et atteint les humains, son improbable héros (lui même gangrené) s'engage dans une aventure absolument exceptionnelle. On a rarement lu des romans aussi fous.

Bon nombre d'auteurs écrivent de “bons bouquins”. Bien d'autres titres mériteraient aussi de figurer dans ce palmarès, c'est vrai. Au risque de me répéter, je doute que ces cinq livres-là déçoivent les lecteurs.

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 16:31

Samedi 25 mai, à partir de 14h, au Centre de Communication de l'Ouest, Tour Bretagne, à Nantes, conférence autour de la criminalité sérielle. Les intervenants sont Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série, et Joël Vaillant, Colonel honoraire de gendarmerie.
En introduction, Joël Vaillant exposera les difficultés rencontrées par les enquêteurs pour détecter une sérialité criminelle et identifier un tueur en série avec, comme fil rouge, l’affaire des disparus de Mourmelon. Il parlera ensuite des évolutions apportées pour lutter contre les tueurs en série : connaissance de leur mode de fonctionnement, conduite des investigations, technique d’interrogatoire, adaptations techniques et juridiques.

Il exposera les différentes solutions mises en place dans notre pays, ou pouvant être envisagées pour améliorer la détection des tueurs en série dans notre pays : au niveau technique, organisationnel, de la connaissance du phénomène sériel, du droit.

Parallèlement, Stéphane Bourgoin projettera et commentera des extraits d’entretiens de serial killers qu’il est allé rencontrer aux États-Unis. Il exposera les mécanismes qui, selon lui, président à ces destinées hors normes, telle celle de Manuel Pardo, ancien policier américain devenu tueur en série, condamné à mort et exécuté dans la nuit du 12 au 13 décembre 2012.

Ces conférences payantes sont ouvertes au public. Pour tous renseignements complémentaires, il faut réserver au plus tôt sur le lien suivant :

www.labcrim.com 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 06:05

En ce week-end de Pentecôte 2013, où pouvait-on rencontrer une pléiade de romanciers français et internationaux, d'auteurs de polars et de romans noirs ? Dans le Pays Bigouden, à une extrémité de la Bretagne, près de la Pointe de la Torche (paradis des surfeurs). Voici une promenade en image pour découvrir les participants. Un reportage-photo réalisé ce dimanche 19 mai 2013.

Karim Miské : Prix du Goéland Masqué 2013 pour "Arab Jazz"

Les Irlandais : Sam Millar, son traducteur - et Ken Bruen

La Belge Nadine et la Corse Elena

Parmi les auteurs bédé, l'oeuvre de l'ami Briac est à découvrir

Des auteurs tous chroniqués chez Action-Suspense

A lire, de Dominique Sigaud : "Conte d'exploitation" (Actes Noirs)

Réunir des auteurs aussi divers que (pour n'en citer que quelques-uns) Nadine Monfils, Carlo Lucarelli, Karim Miské, Loriano Macchiavelli, Jean Failler, Marie Neuser, Ken Bruen, Marc Villard, Romain Slocombe, Sam Millar, Carlos Salem, ce n'est pas un mince défi pour une organisation telle que Le Goéland Masqué. Intéresser un public aussi bien aux polars régionaux qu'aux grands noms du roman noir, voilà un programme ambitieux. Proposer, outre la présence des auteurs en dédicaces à la salle Cap Caval, des animations durant plusieurs jours dans divers points de la commune, c'est un sacré challenge.

Peut-être ne mesure-t-on pas, vu d'ailleurs, que Penmarc'h n'est pas exactement à proximité des grandes métropoles. De Quimper, c'est encore à une petite demie-heure par la route. Auteurs et lecteurs choisissent donc d'aller jusqu'à Penmarc'h, au bout du Pays Bigouden. Le secret de la réussite de ce festival ? Une vraie mobilisation. L'ensemble de la population contribue, peu ou prou, à la fête. En tant que bénévoles (sur toutes les animations), par la participation des commerçants, par l'accueil des invités chez les particuliers, et grâce à un financement rassembleur. Avant tout, c'est cette vaste solidarité autour de cet événement annuel qui permet au Goéland Masqué d'exister.

Bravo à celles et ceux qui démontrent ainsi la vitalité du polar partout, y compris du côté de la pointe de Penmarc'h. Et bravo aux lecteurs qui, tous les ans, affluent en grand nombre pour participer à ce rendez-vous.

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 05:55

Chicago, novembre 1931. Auteur d'une altercation mortelle, Harper Curtis prend la fuite. Il est pourchassé dans Grant Park, où se sont réfugiés les miséreux, victimes de la Grande Dépression. Frôlant le lynchage, il est seulement blessé au pied. Harper réussit à se faire soigner au Mercy Hospital. À sa sortie, il est comme guidé vers un quartier très pauvre de la ville. Une maison, dont il a dérobé la clé à une victime, semble l'attendre. Le cadavre fraîchement assassiné d'un certain Bartek, peut-être le propriétaire du lieu, gît dans cette maison. Harper y trouve aussi une valise pleine de dollars en gros billets, un vrai pactole. Il découvre là une chambre étrange, tel un mausolée dédié à la mort de plusieurs femmes. Face à ces noms féminins qu'il a tracés, aux objets hétéroclites qu'il doit laisser près des corps, une pulsion habite le violent Harper. C'est la Maison qui lui réclame de les tuer.

S'attaquer à La Luciole, danseuse de cabaret, lui laisse quelques séquelles physiques supplémentaires. Toutefois, les victimes à venir ne vivent pas uniquement à son époque. Grâce à la Maison, il voyage à volonté dans le temps. Quand il ouvre la porte, c'est sur l'année qu'il a choisi entre 1929 et 1993. Ce qui lui permet d'approcher d'abord ces filles, plus ou moins longtemps avant le moment où il a décidé de les assassiner. C'est le cas de l'étudiante en sociologie Jin-Sook, repérée dès 1988, cinq ans avant de la tuer. Ou de Zora, jeune Noire croisée dès 1932, qu'il ne supprimera qu'en 1943, alors veuve et mère de famille. Et de l'ambitieuse étudiante Julia Madrigal, supprimée en 1984. Ou de Willie Rose, employée d'un cabinet d'architecture, proche des idées sociales, en 1954. Et d'une Catherine, d'une Margo, de toutes celles dont la Maison exige le sang.

Arrêter ce jeu sinistre, Harper y songe parfois, brièvement. “Il pourrait quitter la Maison et ne jamais revenir. Prendre tout l'argent et fuir. S'établir avec une gentille fille. Renoncer aux meurtres, aux sensations qui l'envahissent quand il tourne la lame du couteau, que les entrailles chaudes de sa victime se répandent et qu'il voit mourir la flamme dans ses yeux.” Fasciné par ses meurtriers voyages, magnétisé par les objets qu'il dépose près des cadavres, Harper continue jusqu'à ce que son hypothétique liste soit close.

Née en août 1968, Kirby Mazrachi est élevée seule par sa mère Rachel. Se pensant artiste, un peu droguée, Rachel a trop souvent l'esprit absent pour s'avérer maternelle. C'est sans doute ce qui accélère la maturité de Kirby. Dès 1974, Harper va venir à la rencontre de cette victime désignée, mais il est bien trop tôt pour la tuer. Ce n'est que le 23 mars 1989 qu'il va la poignarder, lors d'une promenade avec son chien. Gravement blessée, sa force de caractère aide Kirby à survivre. Moralement, elle s'en remet mal, d'autant que son agresseur a disparu presque sans laisser de traces. Le seul indice est un vieux briquet, un objet pour collectionneurs. Toujours hors sujet, Rachel ne peut rien pour sa fille. Kirby se fait engager comme stagiaire dans un journal de Chicago. Si Dan Velasquez s'occupe de la rubrique sports aujourd'hui, il fut journaliste d'investigation sur des cas criminels. Gagner la complicité de Dan, afin qu'ils retrouvent ensemble son agresseur, tel est le but de Kirby. Un dangereux parcours attend la jeune femme, jusqu'à localiser Harper Curtis...

Voilà assurément le plus surprenant suspense de l'année, ainsi qu'un des plus intelligents. Ce pourrait être l'histoire d'un tueur en série peu différent de la moyenne. Mais les raisons de sa violence obsessionnelle sont moins ordinaires. Et la manière dont il commet ses meurtres est carrément étonnante. Tels beaucoup de serial killers, Harper est itinérant. Ce n'est pas géographiquement qu'il voyage, c'est dans le temps. L'auteure utilise ce postulat issu de la littérature Fantastique, certes. On ne quitte pourtant pas le domaine du polar, car c'est bien le crime qui reste le moteur de ce roman. Traquer un assassin aussi spécial, ça suppose déjà une multitude de situations complexes pour la jeune Kirby.

Pour originale qu'elle soit, l'idée initiale ne suffirait peut-être pas à convaincre. L'auteure va nettement plus loin. Dans la construction extrêmement habile du récit, dont Harper et Kirby constituent les deux lignes principales. Surtout, c'est un vrai portrait de l'Amérique qui est ici dessiné, à travers l'évolution de Chicago. La terrible crise économique de 1929, les chantiers qui transfigurèrent cette ville au fil des décennies, la place des Noirs et la dure vie de toute la population modeste, l'ombre du maccarthysme planant même sur les moins militants, et divers autres aspects sociologiques sont abordés en toile de fond. Sans ces subtiles précisions qui ne nuisent nullement au tempo du roman, l'intrigue manquerait de véracité. Digne d'un Stephen King au mieux de sa forme, un “suspense riche”, un polar supérieur, magnifiquement maîtrisé.

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 05:55

La notoriété de Pierre Boileau (1906-1989) commença avant la guerre, puisqu'il fut récompensé par le Prix du Roman d'Aventure 1938, pour "Le repos de Bacchus" (Le Masque). En 1948, sa rencontre avec Thomas Narcejac marquera le début d'une coopération à succès, sous le nom de Boileau-Narcejac. Avant cela, en 1945, Pierre Boileau publie aux éditions Fayard un suspense intitulé "Les trois clochards". Ce titre fut plus tard réédité autant en collection jeunesse (Les deux coqs d'Or) que pour les lecteurs adultes (collection Les introuvables du Masque). L'action de ce roman semble plutôt se placer dans l'ambiance d'avant-guerre. On n'est pas certain qu'il soit aujourd'hui évocateur pour de jeunes lecteurs.

Les enquêteurs de ce récit sont deux dilettantes : un détective (André Brunel) et le narrateur (sans identité). Ça rappelle quelque peu Sherlock Holmes. L’intrigue astucieuse et énigmatique, avec ses faux-semblants, utilise les péripéties du roman d’action. Si elle a un peu vieilli, cette histoire reste excellente…

Un curieux appel téléphonique amène le docteur Bougon chez un homme qui vient d’être agressé à coups de couteau. Le détective André Brunel et le narrateur, estimant que ce n’est pas la victime qui a pu alerter le médecin, comprennent qu’en accompagnant Bougon ils sont tombés sur une étrange affaire. Sur les lieux, ils ne trouvent toutefois pas d’indices. Quant à la personnalité de la victime, elle ne les éclaire pas plus sur les motifs de cette agression – dont l’homme se sortira sans trop de gravité.

Pourquoi un voisin du même immeuble disparaît-il si rapidement après les faits ? Il semble bien fuir les lieux. Ce Philippe Marnaud, qui n’est pas un inconnu pour la police, sera bientôt rattrapé. Mais, s’il est vrai qu’il s’agit d’un fieffé escroc, il possède un alibi solide obligeant la police à le relâcher. Pour Brunel et son ami, c’est alors que l’affaire commence réellement. Ils prennent Marnaud en filature dans le train allant vers Calais. Le narrateur partage son compartiment avec un mystérieux barbu. Ils iront jusqu’à Boulogne.

Grâce aux circonstances, le narrateur deviendra le complice de Philippe Marnaud – sans savoir ce que fait son ami détective pendant ce temps-là. Qui Marnaud fait-il chanter ? Celui qui a, par erreur, agressé la victime. Mais le jeune homme en question, qui n’a pas les moyens de payer, se confie à Brunel et à son ami. Ils vont l’aider en suivant le parcours d’une enveloppe grise dans Paris. Seront-ils plus malins que leur adversaire ? Ouvrir le coffre de Marnaud, récupérer les papiers compromettants, pas si difficile pour le détective. Pour autant, l’affaire n’est pas close, car le rusé Marnaud avait prévu une parade. Le docteur Bougon sera mis à contribution pour éviter de perdre la partie.

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Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 06:41

Pour une fois, la chronique qui suit n'est pas de mon cru. Sans lui demander son avis, je l'emprunte à mon camarade Jean-jacques Reboux. Éditeur ayant lancé plusieurs auteur(e)s aujourd'hui très connu(e)s, indépendant d'esprit et volontiers provocateur, cible de quelques procès, passionné ayant perdu plus d'argent qu'il n'en a gagné, Jean-Jacques Reboux (qui n'a pas dit son dernier mot dans l'édition, soyons-en sûrs) me semble le mieux placé pour évoquer ce livre de Caryl Férey. Laissons lui la parole...

« Avant de devenir une star adulée par des hordes de fans mapucho-hakaïens (bientôt la montée des marches à Cannes pour la projection du film de Jérôme Salle adapté de "Zulu"), l'ami Caryl Férey a pas mal galéré pour se faire éditer. Il raconte ça avec son humour de "renard" dans un livre pétillant, "Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale" (Points-Seuil), en librairie le 17 mai.

Le livre se compose de deux parties. Dans "L’âge de pierre" (paru chez Après la Lune en 2006, réédité dans le collector "Fonds de Cale" en 2010), il évoque son adolescence et ses rapports tumultueux avec son frère à Monfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine). "L’âge de fer" aborde l'apprentissage (hilarant) de l’écriture au lycée (le bougre assassinait tous ses copains dans des histoires hautement improbables) puis, au travers de son parcours du combattant pour trouver un éditeur, les "drôles de manière" (pas drôles du tout, je suis bien placé pour en témoigner) du milieu de l’édition parisien, après la publication chez un graphiste rennais improvisé éditeur de ses deux premiers "avatars".

« Plus pour se marrer que pour prévenir les aigreurs de certains éditeurs concernés, ceux-ci apparaissent sous des pseudos "à l’Indienne". Ainsi, Robert Pépin, qui présida à la destinée de la collection Policiers au Seuil, apparaît-il (sous un jour pas très glorieux) sous le nom de guerre Hibou Lugubre. Sous Gros Papa perce Patrick Raynal (éditeur de "Utu"). Aurélien Masson (qui lui succéda à la Série noire) gambade dans la peau de Cheval Fougueux. Quant à moi, Jean-Jacques Reboux, alors modeste directeur de collection chez Baleine et premier éditeur de "Haka", je suis affublé du sobriquet Coussinet Sensible. La raison en est simple. Le jour où j’ai lu le manuscrit de "Haka" (qui paraîtra en 1997), je venais de faire euthanasier ma minette adorée Molly, qui passait ses journées sur mon épaule et me dictait mes romans, et j’avais envoyé une carte postale à Caryl Férey (que je ne connaissais pas du tout à l’époque et dont je me demandais bien qui pouvait se cacher sous ce pseudo – qui n’en était pas un…) avec ces quelques mots : "J’ai lu Haka. J'ai adoré. Je vous téléphonerai plus tard car je viens de perdre ma chatte et je suis trop triste aujourd’hui." Ce qui, sous la plume de Caryl, donne : "J'étais édité par un gars qui ne pouvait pas me parler tellement son petit chat était mort. Cette fois-ci, j'avais rencontré un éditeur : un vrai."
« Au-delà des anecdotes, souvent savoureuses, et des vacheries de bon aloi, le lecteur découvrira que si la valeur n’attend pas le nombre des années, le succès, lui, est parfois contrarié par des aléas regrettables, voire fâcheux. Ce qui ne le rend que plus précieux quand il arrive, comme c’est le cas pour ce diable de Caryl Férey.»

Jean-Jacques Reboux, 21 avril 2013

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Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 05:55

Quinze auteurs de polars et quinze vignerons sont au rendez-vous rue Haute-Vienne à Limoges à partir de 10h, le samedi 15 juin 2013, pour "Vins Noirs Rencontre Polar et Vin". On pourra y déguster les vins de Luc Lapeyre (le géant du Minervois) ou ceux de Pompilia Guiraud, séduisante vigneronne qui fera apprécier sa cuvée les Cerises. D’autres vignerons seront présents, tous atypiques, tous amoureux de leur terroir, de leurs vignes et de leur production. Tels le Domaine de la Noblaie (Chinon), le Château d’En Ségur (Côtes du Tarn), le Domaine Pierre Desroches (Saint-Véran)...

Chaque vigneron sera associé à un écrivain invité : Jean-Hugues Oppel, Marc Villard, Jean-Pierre Alaux, Serge Quadruppani, Laurence Biberfeld, Jérôme Leroy, Nicolas Bouchard, Joël Nivard, Serge Vacher, Antonin Varenne, Franck Linol, Michaël Mention, Dominique Forma, Franck Bouysse, Patrick K.Dewdney.

Même les meilleurs vins sont à consommer avec modération. Les meilleurs polars, c'est sans modération.

Ce sera la fête rue Haute-Vienne avec le groupe Spinning Wheel, musiciens passionnés de folk américain et avec la compagnie Le fil de l’A20 qui lira des textes des romans des auteurs présents. Le soir, sur inscription, un repas spécial «Vins Noirs» concocté par Gilles Dudognon sera proposé au restaurant le 27. Dès le vendredi 14, à la BFM de Limoges à partir de 18 h 00, seront organisées des tables rondes avec les auteurs et les vignerons déjà présents. Ces deuxièmes Rencontres du polar et du vin sont organisées par l’association Le Serment des Picrates [qui se compose de David Belair (libraire), Franck Bouysse (auteur), Maud Dubarry (Directrice de la librairie Page et Plume), Franck Linol (auteur), Joël Nivard (auteur), David Schmitt (caviste Directeur de l’Hydropathe), Serge Vacher (auteur)], le caviste de l’Hydropathe et la librairie Page et Plume.

Avec le soutien de la ville de Limoges, du Conseil Général de la Haute-Vienne et du Conseil Régional de la région Limousin et de la DRAC, et autres partenaires.

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 05:55

Capitaine de police, Mary Lester est toujours affectée au commissariat de Quimper. Son collègue Fortin et leur supérieur n'ignorent pas qu'elle a été assez secouée par sa dernière enquête. Si une récente séparation amoureuse s'ajoute à son moral en berne, Mary Lester reste pleine de vivacité face au commissaire Fabien. D'autant que, étant courtisée par un athlétique vétérinaire, la policière regagne un certain dynamisme. Une affaire s'éternisant du côté de Vannes, et voici Mary de nouveau prête à l'action. À l'hôtel de police de la préfecture morbihannaise, elle rencontre le commissaire Chasségnac, qui a réclamé ses services. C'est surtout avec le policier Mercantoni, Corse d'origine et amateur de pêche comme elle, qu'elle va rapidement sympathiser. Tous deux s'adressent à la gendarmerie de Vannes, une partie des faits étant de leur compétence.

L'affaire apparaît insignifiante. Depuis plusieurs années, un inconnu surnommé “le voyeur de la lande” ou “le fantôme du mois d'août” joue au pervers autour du Golfe du Morbihan. Dans les campings, il épie les femmes, vole des sous-vêtements, sans agresser personne. Cet automne, le voyeur semblant continuer ses méfaits, il serait bon de l'arrêter enfin. C'est vers la Pointe d'Arradon que se concentrent les dernières apparitions de l'inconnu. Il s'agit d'un secteur huppé, où les riches propriétés appartiennent à des gens puissants. Mary Lester suppose que leur influence explique qu'on relance cette enquête. Quant à elle, c'est surtout le site qui la séduit. La nouvelle victime du voyeur est Isaure Rocques, de la famille Pierregrin, des notables proches de l'élite dirigeante. Épouse d'un grand avocat, la hautaine Mme Rocques affiche sa supériorité. Ce qui déplaît forcément à Mary Lester.

L'affaire est suivie par l'antipathique policier Ponchon, tout l'opposé de Mercantoni. Lors de l'enquête de voisinage qu'elle mène quand même, Mary renoue avec son copain Olivier Pierregrin, ex-skipper possèdant un petit chantier naval. Demi-frère de la victime, peu convaincu que la plainte soit justifiée, Olivier estime qu'Isaure est “une chieuse”. L'inconnu voyeur serait un homme au visage entièrement tatoué, selon elle. Chasségnac et Ponchon ont des relations plutôt tendues avec Mary Lester, ce qui ne la perturbe guère. Dans le voisinage des belles propriétés, un terrain d'ancienne ferme a été prêté à des marginaux. Mary y fait une petite visite. Ici vivent plusieurs familles, entre une demie douzaine de yourtes, et une école à l'enseignement traditionnel. Dérangeant pour les Pierregrin, qui ont lancé une pétition contre eux. Il est vrai qu'ils hébergent un musicien pouvant être suspect. Mais, n'aimant pas qu'on lui dicte sa conduite, l'obstinée policière ira plus loin que les apparences...

Bien que ce soit le trente-neuvième épisode de ses aventures, il se peut que des lecteurs connaissent encore mal l'univers de l'intrépide Mary Lester. Cette histoire serait une occasion de cerner le personnage. Car les premiers chapitres nous rappellent plusieurs expériences vécues par Mary, sa conception du métier d'enquêtrice, ainsi quelques-uns de ses déboires récents. Elle n'est pas de ceux qui se précipitent lors d'une affaire, laissant s'écouler le rythme du quotidien. Ce qui ne l'empêche de se montrer aussi opiniâtre dans ses investigations, que rétive aux comportements autoritaires. Sans doute est-ce le côté “jeune femme ordinaire, avec un vécu authentique” qui participe au succès de cette série de romans. La fluidité narrative étant, bien sûr, l'autre atout capital de ces intrigues.

Jean Failler n'a pas choisi au hasard le décor. Il est vrai que la Pointe d'Arradon abrite des propriétés de rupins, peu occupées à l'année, très protégées contre la populace. Proche de la bourgeoise ville de Vannes, elle symbolise la réussite sociale des nantis et, aujourd'hui, de leurs héritiers. Au mépris de l'accès au littoral, de fait très limité. L'installation de quelques yourtes, par des passionnés de vraie nature, y serait assurément mal appréciée. Si ça reste de la fiction, apprécions cette idée avec le sourire. On ne se contente pas de situer les lieux, on joue également avec un contexte véridique. Grâce à tous ces éléments positifs, on suit avec grand plaisir ce séjour de Mary Lester auprès du Golfe du Morbihan.

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 05:55

Libre, curieux, libertaire dans l'âme, ni vengeur ni représentant d'une loi ou d'une morale, Le Poulpe va fouiller à son compte dans les désordres et les failles du quotidien. Depuis toutes ces années, les tribulations de Gabriel Lecouvreur l'ont amené à enquêter partout en France. Ou presque, car il s'aperçoit qu'il n'a jamais mis les pieds en Corse, le pays de son ami Simon Cruzini. Non pas que Gabriel craigne de jouer les pinzuti, touristes souvent moqués par la population locale. S'il a eu de la sympathie pour leurs revendications, c'est devenu beaucoup trop confus désormais. Assassinats et attentats quasi-quotidiens. Oui, la violence est aussi présente ailleurs, mais les Corses s'en sont fait une navrante spécialité. On lui répond que ces crimes sont des “affaires privées”. Ou alors que le “colonialisme” de l’État explique certaines exécutions. Certes, les médias en rajoutent quelque peu avec des slogans type “l'île aux meurtres”. Pourtant, Gabriel estime que l'ambiance insulaire reste malsaine. La mort de l'écrivain Orso Pietrini en est un nouvelle exemple.

Probablement bâclée, l'enquête de l'inspecteur Lozzard a conclu à un suicide. Un cadavre immergé, avec un impact de tir au milieu du front, voilà une mort volontaire qui paraît fort incertaine. Possible, mais peu crédible, selon Simon Cruzini. Laissant seule à Paris sa blonde coiffeuse rose-bonbon, Gabriel s'envole vers Ajaccio. Sans arme, mais avec de faux papiers, sous l'identité d'un universitaire d'origine corse. Sur place, tout semble calme, loin de l'état de siège policier auquel il pensait. Le Poulpe, à l'opposé des Experts, compte sur son flair pour comprendre cette affaire. Peut-être s'agit-il réellement d'une “affaire privée”. Car Lara, ex-épouse de Pietrini, a la réputation d'être très jalouse. Toutefois, elle va perdre la généreuse pension alimentaire qu'il lui versait. Quant à la séduisante Elsa, qui passait pour la jeune amante de l'écrivain, son mari croupier n'avait pas de raison valable de supprimer Pietrini. Le témoignage de Jean-César, l'antipathique frère de la victime, ne risque pas d'éclairer tellement les interrogations de Gabriel.

Le Poulpe fraternise avec l'oncle de Fiora, une amie d'Elsa. Ce costaud de Lucien est assez représentatif de la susceptibilité des Corses. Il aide quand même Gabriel a rencontrer Lara et les trois frères de l'ex-épouse de Pietrini. L'écrivain s'opposait à un projet immobilier, mené par un spéculateur Biélorusse, dont le Poulpe ne tarde pas à faire la connaissance. C'est une piste non négligeable, en effet. L'autre option, c'est de fouiller dans le passé d'indépendantiste d'Orso Pietrini. Se désengager des mouvements nationalistes corses, ça n'est jamais sans conséquences. Un cousin de l'écrivain le confirme à Gabriel. Par contre, cet habitant de Zonza est le seul à croire au suicide de Piétrini. Lozzard s'intéressant trop à lui, Gabriel se planque quelques jours. L'inactivité n'est pas son fort. Avec l'aide de Sophie, la fille de la victime, et de la chaude Tania, il cerne bientôt le contexte du crime...

Mener une enquête au pays de l'omerta, voilà un véritable défi pour le Poulpe. “Chez nous, on a toujours respecté autant la parole que le silence. Mais l'une et l'autre sont tenus par un lien tressé de règles, de codes. Le couper est encore plus grave que de perdre la vie...” souligne son ami Lucien, ce dont Gabriel est vite conscient : “C'est bien un jeu qu'ils pratiquent, ces diables de Corses... Ils semblent tous s'amuser à contourner le fameux mur par un éventail de moyens : insinuations voilées, métaphores alambiquées, références plus ou moins historiques, réflexions paradoxales...”

Complexe réalité de l'Île, dont les natifs ont “le sentiment d'appartenir à un même peuple, et l'incapacité de faire l'unité.” Fierté légitime d'être Corse, jusqu'à en être susceptibles, mais cette vraie identité ne justifie évidemment pas les dérives. Qu'il s'agisse de politique indépendantiste ou de douteux bizness souvent lié à l'immobilier. Telles sont les réalités de cette “affaire privée” qui transporte Gabriel jusqu'à Ajaccio et dans la région. Ce portrait de la Corse, qui apparaît en filigrane des investigations du Poulpe, approche certainement de près l'esprit local. Sans oublier une intrigue criminelle de bon aloi, avec péripéties, suspects et dangers. Encore une excitante aventure de Gabriel Lecouvreur, l'infatigable Poulpe.

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 05:55

Dans la presqu'île bretonne de Crozon, en novembre 1963. C'est le jour où John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas, que Rachid Barak arrive à Saint-Fiacre. Le jeune Kabyle loue une chambre à l'hôtel sur le port. L'endroit est fréquenté par une bande de copains, dont le meneur est Kilian Mériadec, le fils du maire de Crozon. La guerre d'Algérie est terminée, mais certains gardent une vive rancœur contre les adversaires d'hier. Tel Yannick Le Bec, dont le frère aîné a été tué trois ans plus tôt lors de cette guerre. Son père est encore plus féroce, détestant sans distinction les Américains, les Arabes et les gauchos.

Âgée de dix-neuf ans, sœur de Yannick, Maelle est coiffeuse. Se pensant irrésistible, Kilian Mériadec espère finir par la séduire. Pour frimer, Kilian provoque un incident, s'attaquant à Rachid. Si le fils du maire compte ainsi plaire à Maelle, c'est raté. Elle prend plutôt la défense du jeune Kabyle. Ce qui, plus tard dans la soirée, lui vaudra une violente réaction de son père. Rachid s'embarque comme marin-pêcheur. Il n'est pas moins courageux qu'un autre. Pendant son temps libre, il rencontre ponctuellement Maelle.

Rachid prend bientôt pension chez Jil Turnal, un anarchiste autonomiste. À cette époque, le mouvement régionaliste n'en est encore qu'à ses balbutiements. Certains militants rêvent d'imiter les Irlandais de l'IRA ou les Algériens du FLN, d'entamer une lutte armée. Fatalement, Turnal est en conflit avec l'arriviste maire Mériadec. Une sincère histoire d'amour débute entre Maelle et Rachid.

En décembre 1980 à Paris. Âgé de seize ans, Armel rend visite à Liz Gerrard. Cette dame Anglaise alla habiter en Bretagne, avant la 2e Guerre mondiale. Ce qui lui valut certains ennuis à la Libération, d'ailleurs. Armel vient de la part de Chantal Masson, coiffeuse qui fut une amie de Maelle. Si l'adolescent porte un prénom breton, difficile de ne pas noter son physique typé d'Arabe. Armel souhaite connaître ses origines. Liz Gerrard peut l'aider, en lui confiant le carnet où Maelle racontait les évènements de sa vie...

Stéphane Heurteau n'est pas un néophyte en bédé. Il est en particulier le coauteur, avec Corbet, de Fanch Karadec “l'enquêteur breton”, série publiée aux Éditions Vagabondages. Le premier tome “Le mystère Saint-Yves” a été récompensé par le Prix Polar Cognac de la meilleure série BD en 2010. Le tome 2 “L'affaire malouine” est paru en 2012. Heurteau a publié ces dernières années plusieurs autres ouvrages. C'est chez Coop-Breizh que paraît (en deux tomes) sa nouvelle bédé, en noir et blanc. La préface de l'album est signée par le chanteur berbère Idir. “Sant-Fieg” est la traduction de Saint-Fiacre en breton. Certes, le décor est en grande partie celui de la presqu'île de Crozon, vers la pointe de la Bretagne, mais le sujet est beaucoup plus universel. Les rivalités et les drames entraînent souvent de lourds secrets, sur lesquels on peut s'interroger bien des années plus tard. C'est le cas du jeune Armel, en quête d'identité.

L'auteur a voulu inscrire cette intrigue dans un cadre plus large. Il restitue la période allant de fin 1963 à 1981. Les débuts de chapitres situent quelques faits marquants mondiaux de l'année évoquée, nous permettant d'imaginer le contexte. La mort de John Lennon ou de Jim Morrison (et de bien d'autres célébrités) restent en quelque sorte des jalons, en effet. Pour l'aspect breton, sont retracés les prémices fictionnels de ce qui deviendra le FLB, mouvement autonomiste aux initiatives parfois discutables. Le thème principal porte sur les différences raciales aux relents colonialistes, en un temps où la Guerre d'Algérie reste proche. On n'est pas si sûr que les états d'esprits aient tellement évolué depuis. Ce premier tome s'avère très réussi, laissant augurer d'une seconde partie (consacrée à Armel) qui révèlera encore d'autres vérités sur ce petit monde.

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Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 05:55

Automne 1919. Âgé de vingt-six ans, François-Claudius Simon est inspecteur à la Brigade criminelle de Paris. Il y fait équipe avec Adrien Mortier, qu'il apprécie. Aux archives de la police, il a retrouvé un ami d'enfance, Lucien Desmoulins. Bien qu'encore jeune, François est un ancien combattant de la Grande guerre, terminée depuis peu. Sa “famille” à Paris, c'est la boutique de la mûre Mado et de Barnabé, grand Sénégalais qui la protège. Jadis abandonné par sa mère Blanche Simon, François ignore de nombreux aspects de son passé. Il fut élevé, ainsi que son ami Lucien, à l'orphelinat agricole de Giel, dans l'Orne. Ce pensionnat religieux était dirigé par l'abbé Malvieux, mourant en cet automne. S'il sait sa mère souffrante et internée, François ne cherche pas à renouer avec elle. Son état ne l'aiderait guère à retrouver des signes de ses origines, mais peut-être en dénichera-t-il dans les documents de l'abbé Malvieux. Côté cœur, François est sans nouvelles de son amante Elsa, partie se joindre à la révolution Russe.

La jeune Fernande, vingt ans, vient d'être poignardée alors qu'elle assistait à une séance de cinématographe à l'Olympic Palace. Aucun témoin n'a rien remarqué autour du crime. Sans doute pourrait-on soupçonner le patron ruiné d'une salle voisine, le Gai Spectacle. Les aveux de ce vétéran du cinéma, interrogé par François et Mortier, n'ont aucune valeur. Après avoir vu les parents de la victime, les deux policiers situent deux suspects au sein de l'imprimerie où Fernande était employée. Toutefois, l'hypothèse reste imprécise. Une autre femme blonde est assassinée au cinéma Récamier, quelques jours plus tard. Ayant utilisé des fumigènes, le coupable a créé la panique avant de tuer sa victime et de fuir. Une gamine donne une possible description de l'assassin aux deux policiers. Surtout, c'est encore une fois lors de la diffusion d'un épisode du film “Les maudits” qu'a été commis le meurtre. Produit par la société française Lighthouse, ce serial connaît un succès populaire. François et Mortier rencontrent bientôt l'énergique producteur de ces films, Valfandier.

Ce double meurtre pourrait avoir un lien avec celui de l'actrice Edwige Larivière, commis un an plus tôt. Elle tourna pour les films Pathé, ainsi que beaucoup d'acteurs désormais employés par Lighthouse. Enfermé en psychiatrie, l'assassin d'Edwige ne peut pas avoir récidivé, mais un imitateur n'est pas à exclure. Le médecin traitant le cas du criminel n'est autre que Frédéric Valfandier, fils du producteur de cinéma, et époux d'une ancienne petite amie de François. Le jeune policier cerne mal le médecin, possible suspect. Aux studios de cinéma, les policiers questionnent le réalisateur Mentola et la demie-douzaine d'acteurs du film “Les maudits”. Tous semblent posséder un bon alibi aux heures des récents meurtres. François finit par identifier le scénariste du fameux film, malgré son pseudo. Un incendie de ses locaux cause la mort du patron du Gai Spectacle. Il serait trop facile de croire à un suicide du coupable, manière de clore l'affaire qui satisferait les autorités. François va devoir explorer plusieurs pistes avant d'approcher la vérité...

Après “La valse des gueules cassées” et “Le bal de l'Équarisseur”, voici la troisième affaire traitée par François-Claudius Simon. Ce polar historique a été récompensé par le "Prix Messardière Roman de l'été" en 2012. La période qui succède à la guerre de 14-18 reste probablement méconnue de la plupart de nos contemporains. Guillaume Prévost restitue cette époque d'une façon très vivante, fort convaincante. Les premières projections datant de 1895, le cinématographe est une invention alors en plein essor. Certains pensent déjà au "parlant", mais ce sont encore les "serial" qui plaisent le plus au public.

Il s'agissait de films courts, d'un maximum d'une demie-heure, fabriqués à la chaîne par les studios, et diffusés en salles sous forme de feuilletons. François Guérif leur rendit hommage dans son ouvrage “Le cinéma policier français” (Éd. H.Veyrier, 1979-81). Ici, la quasi-totalité des chapitres porte un titre authentique de "serial". Riche en mystères, l'intrigue se concentre autour du cinématographe, ainsi que de la psychiatrie. Néanmoins, on s'intéresse également à la vie personnelle de François. Depuis l'orphelinat de Giel (qui existait réellement), bien des questions n'ont toujours pas de réponses pour lui. Harmonie entre enquête de police et problèmes privés, qui rend cette histoire vraiment séduisante.

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