27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 05:55

Quinquagénaire, le commissaire Orlando Muller dirige la brigade criminelle de la police de Vannes (Morbihan). Son équipe se compose de Fred Hanoun, Éric Tonneins et du vieux Jo Chapelec. Photographe réputée, Philippine de Lauzach a été étranglée dans le hammam d'un complexe hôtelier local. En réalité, elle se nommait Rose Le Pioufle, patronyme moins efficace commercialement. La victime séjournait à Vannes avec sa cousine Éliane Madec, sa principale collaboratrice, d'une allure assez masculine. Évidemment, elle n'avait aucun intérêt à supprimer son employeuse. Le meurtre n'a pas eu de témoin, et la vidéo de surveillance ne fonctionnait pas. Ce qui ne simplifie pas l'enquête d'Orlando Muller. C'est à Paris que Fred et lui doivent poursuivre leurs investigations. Sur place, le commissaire Guimard ne leur apporte que très peu de coopération.

Le duo de policiers interroge Matthias, le fils d'Éliane Madec. Il est commercial pour la galerie de Philippine de Lauzach. Ce jeune homme aspire à appartenir aux milieux huppés de la capitale, mais il n'y est guère accepté. Par ailleurs, Matthias s'endette en jouant au poker. Le sculpteur Don Salvador confirme son alibi. Muller et Fred rencontrent l'employé de la galerie, ainsi que la vieille mère de la victime. Ils disposent de peu de moyens pour enquêter. Leur seule piste est une adresse à Jersey, où la photographe se rendait une fois par mois. Après un détour par Vannes, le duo se rend dans l'île. Philippine de Lauzach avait un compte à la Harvest Bank, mais les policiers n'ont pas autorité pour en savoir plus. Utilisant une ruse, Fred Hanoun parvient à apprendre que la victime possédait un compte dans une banque d'Arabie Saoudite. Qu'elle alimentait chaque mois.

Dans le listing des appels téléphoniques de Philippine de Lauzach, Muller constate qu'elle était en contact régulier avec le professeur Clément Penhouët. C'était un ami à elle depuis longtemps. Il est le patron d'un laboratoire pharmaceutique. Matthias a été kidnappé, sans doute à cause de ses dettes de jeu. Les ravisseurs exigent pour rançon une statue volée au sculpteur Don Salvador. Les policiers vannetais se savaient filés : Fred est agressé par un de leurs suiveurs. Muller apprend à quoi servait le compte saoudien de la victime. Le décès brutal du professeur Penhouët n'est pas naturel, on l'a empoisonné. Le commissaire Guimard met la pression pour que Muller et ses hommes quittent la capitale. Le policier de Vannes obtient que d'autres flics parisiens collaborent avec eux. Ils interrogent la famille de Penhouët. L'ancien adjoint du professeur, licencié, apparaît soupçonnable…

Bernard Méhaut : Embruns toxiques (Coëtquen Éditions, 2014)

Bernard Méhaut  a publié un précédent titre, “Sauvage était la côte” (Coëtquen Éd.), ayant pour héros les mêmes policiers. C'est un roman d'enquête dans la bonne tradition qu'il nous propose avec ce second volume, “Embruns toxiques”. Policier chevronné et tenace, le commissaire Muller s'exile à Paris avec son équipe, pour résoudre une affaire ne manquant pas de mystères. Ni de meurtres car, outre Philippine de Lauzach et Clément Penhouët, le chauffeur garde du corps de la mannequin Eva Polacek sera aussi éliminé. La rivalité entre policiers provinciaux et parisiens va fatalement compliquer la tâche de Muller. Ça ne fait que stimuler son équipe, qui ne renonce pas à découvrir la vérité. Même si le chemin est plutôt sinueux dans le cas présent.

Pour qu'un roman d'enquête soit convaincant, sa tonalité se doit d'être rythmée, sans le moindre temps mort. Ce qu'a bien compris Bernard Méhaut, dont le tempo narratif est ici souple et fluide. On suit avec grand plaisir les recherches des policiers (y compris dans les enclos paroissiaux finistériens). De bons personnages et une histoire solide bien racontée, voilà qui donne un suspense fort agréable.

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 05:55

À Chicago, le docteur Jennifer White est âgée de soixante-quatre ans. Elle fut chirurgienne orthopédique. Son mari James, brillant avocat, est décédé un an plus tôt dans un accident de voiture. Leur fille Fiona a vingt-quatre ans. Âgé de vingt-neuf ans, leur fils Mark est un avocat toujours fauché, n'ayant pas hérité du talent paternel. Magdalena, aide-soignante, vit avec Jennifer. Car, si elle a été un des meilleures de sa spécialité médicale, le docteur White est aujourd'hui atteinte de démence sénile. Alzheimer, en langage courant. Malgré la surveillance, il lui arrive de sortir de chez elle dans de mauvaises conditions. Ou d'avoir des crises d'agressivité dues à la maladie. Elle est suivie par Carl Tsien, médecin qui fut un de ses collègues, et participe à des séances collectives autour de la mémoire. Géré par sa fille, le compte en banque de Jennifer montre qu'elle est très riche. Connaissant son frère Mark, Fiona veille à ce qu'il ne puisse accéder à cette fortune, qu'il dilapiderait.

Amanda O'Toole est une voisine et amie de longue date de Jennifer et James White. Elle est retraitée de l'enseignement depuis une douzaine d'années. Son mari Peter l'a quittée voilà quelques années, pour refaire sa vie en Californie. Jennifer White est restée proche de la septuagénaire Amanda, marraine de Fiona. Les disputes entre amies n'étaient pas rares, au point que Jennifer considérait parfois Amanda comme déloyale envers elle. Ça avait commencé plusieurs années plus tôt, en particulier lors d'une sortie champêtre des deux couples avec les enfants. Petite altercation pleine de sous-entendus, qui aurait pu nuire à l'harmonie entre Jennifer et James. Amanda vient d'être assassinée chez elle. On l'a amputée de quatre doigts d'une main. Une relation assez tumultueuse, une opération dont Jennifer fut coutumière, il n'en faut pas plus pour qu'elle soit suspectée. L'inspectrice Luton ne semble pas admettre que la maladie empêche Jennifer de se souvenir.

Sur le carnet de Jennifer, soit on lui écrit des faits récents, soit elle note des éléments de sa vie. Il y a des messages de sa fille, des rapports de Magdalena. Mais rien concernant le jour supposé de la mort d'Amanda. L'état de Jennifer se dégrade, son témoignage devient plus relatif que jamais. Qu'elle possède encore son bistouri et ses lames servant à opérer n'est pas une preuve décisive. État agité de Jennifer, oublis fréquents, hygiène réduite, prise incertaine des médicaments : Fiona songe à vendre la maison et à placer sa mère en gériatrie. Jennifer se croit encore parfois lucide sur son cas. Mais elle pense que son mari est toujours vivant, n'identifie pas facilement ses enfants ou Magdalena. Quand elle est orientée vers un établissement médicalisé, la policière Luton vient encore l'interroger, sans avertir ses enfants. Quelle est encore la vérité pour l'esprit affaibli de Jennifer ?…

Alice LaPlante : Absences (Éditions 10-18, 2014) – Coup de cœur –

Qui a tué l'amie et voisine Amanda, pourquoi et comment ? Ce n'est pas cet aspect de l'intrigue criminelle qui retient l'attention ici. Ce qui fascine, c'est que toute l'histoire est racontée par Jennifer White, atteinte de sénilité, avec la progression de la maladie que ça suppose. Ayant été une femme de caractère et une chirurgienne hors-pair, son esprit reste encore assez vif pour ne pas se réfugier dans le renoncement. Jusqu'à un certain point.

Il y a des moments d'ironie dans son récit, d'autres plus pathétiques – sans être mélos. Elle reçoit la policière dans sa chambre de clinique psy comme si elle était encore médecin en rendez-vous, et rien n'apparaît délirant dans cette scène. Son regard sur ses enfants n'est pas affectueux, car c'est un sentiment plus nuancé qui l'a toujours habitée. Une certaine froideur, peut-être due à son métier, qui s'exprima également au décès de sa propre mère : “Comme si des termites rongeaient mes émotions. Grignotant d'abord les bords, puis s'enfonçant plus profondément jusqu'à tout détruire. Me privant de la chance de lui faire mes adieux.” Ce qui contribue à aggraver son état actuel, sans doute.

Une situation médicale, où le rôle des deux enfants n'est pas neutre. Gérer au mieux (le moins mal possible) la protection d'un parent n'est pas facile. Ce n'est compréhensible que par ceux qui le vivent, alors que les regards des autres ou de la personne malade peuvent croire à une rapacité financière, par exemple. On sait combien les “aidants” sont mal aidés psychologiquement. Ça figure en filigrane dans ce roman. Si la part de suspense n'est pas oubliée, la mort d'Amanda devant s'expliquer, c'est la vision de l'affaire par la narratrice diminuée mentalement qui offre toute sa force à ce livre. Une fiction, certes, mais de vrais cas comparables existent.

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 05:55

New York, 1942. Mark MacPherson a longtemps été un policier privilégiant l'action dans son métier. Blessé par un malfaiteur, il a mis du temps pour s'en remettre, profitant de sa convalescence pour se cultiver davantage. Ayant repris du service, il est chargé d'enquêter sur le meurtre d'une jeune femme. Laura Hunt, la victime, avait un poste important à l'agence de publicité Rose, Rowe et Sanders. Son fiancé Shelby Carpenter est employé à un poste moins élevé dans la même société. Leur mariage était prévu quelques jours plus tard. Ce week-end, elle devait dîner le vendredi avec un ami, Waldo Lydecker, avant d'aller se reposer, en vue des préparatifs du mariage. Tout ce qu'on sait de son planning, c'est qu'elle annula le rendez-vous avec Waldo. Son employée de maison Bessie Clary la trouva morte, abattue d'une balle.

Le littérateur Waldo Lydecker était un ami de Laura Hunt depuis huit ans, époque où elle débarqua de son Colorado Springs natal. Sentant l'ambition et les capacités de Laura, il joua quelque peu le rôle de mentor. Leur relation complice n'était pas intime, la jeune femme possédant un caractère complexe. Peut-être même contradictoire, MacPherson le constatera durant son enquête. Le policier interroge Shelby Carpenter, dont l'alibi lui paraît imparfait. En outre, le fiancé est un chasseur ayant eu toute facilité de se procurer l'arme du crime. Surtout, Shelby est le bénéficiaire de l'assurance-vie contractée par Laura. Le policier rencontre aussi Suzanne, la tante de Laura, qui se montre fort acerbe concernant le fiancé de sa nièce. MacPherson et Waldo Lydecker visitent ensemble l'appartement de la victime, où trône un tableau remarquable, un portrait de Laura.

Selon le témoignage de l'employée de maison Bessie, elle a trouvé deux verres et une bouteille de whisky à son arrivée, après le crime. L'assassin ne venait donc peut-être pas de l'extérieur, comme on l'a pensé. Le policier mettra longtemps à comprendre pourquoi Shelby lui est familier. C'est l'homme idéal, vu par les publicitaires : “Shelby n'était que l'incarnation d'un rêve. C'était un présent que Dieu avait fait aux femmes. Je le détestais pour ce motif, et je détestais les femmes qui se laissaient prendre à cet escroquerie du romanesque.” Mark MacPherson s'avoue amoureusement attiré par la personnalité peu banale de Laura Hunt. Bientôt, ce n'est plus sur le meurtre de Laura qu'il devra enquêter, mais sur celui de Diane Redfern. Ce qui ne change pas forcément la liste de ses suspects principaux…

Vera Caspary : Laura (Éditions Omnibus, 2014)

Il serait maladroit d'aller plus loin dans le résumé, cette intrigue réservant encore son lot de surprises. Si ce suspense psychologique est considéré comme un chef d'œuvre par tant de passionnés du polar (dont F.Guérif, qui le classe dans les cent meilleurs), ça ne doit rien au hasard. “J'offre ce récit, non point tant comme un roman policier que comme un roman d'amour” dit Waldo Lydecker. Oui, Laura exerce une évidente fascination sur les hommes qu'elle côtoie. C'est ce que saura magnifiquement exploiter Otto Preminger dans son film “Laura”, sorti en 1944. Les mélodies de jazz, les prises de vues et le jeu avec la lumière, l'interprétation des cinq acteurs centraux, et une intrigue impeccable, toutes les qualités étaient réunies pour réaliser un des plus grands films du cinéma policier.

C'est aussi la construction du roman qui constitue un de ses atouts favorables. L'histoire se compose de cinq parties. C'est Lidecker qui débute la narration, puis le policier qui va prendre la relève, avant un compte-rendu dialogué d'interrogatoire, suivi du point de vue de Laura, et c'est Mark MacPherson qui conclut le dossier. Magistrale virtuosité de la part de Vera Caspary, agençant avec maîtrise la position de chaque intervenant. Un classique de la littérature policière, qui n'a rien perdu de sa force captivante, ni de son charme.

Depuis le printemps 2014, les Éditions Omnibus rééditent en romans unitaires quelques titres incontournables destinés aux amateurs des meilleurs polars : Vera Caspary (Laura), Ellery Queen (Le cas de l'inspecteur Queen), Dashiell Hammett (Jungle urbaine), Mickey Spillane (J'aurai ta peau), G.K.Chesterton (La sagesse du père Brown), Nicolas Freeling (Psychanalyse d'un crime) sont disponibles.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 05:55

Âgé de soixante-trois ans, l'inspecteur Richard Queen est désormais à la retraite, après sa belle carrière à la Brigade des homicides de New York. S'ennuyant beaucoup, il passe des vacances chez ses amis, le couple Pearl, sur la côte du Connecticut. Abe Pearl est chef de la police locale de Taugus. Tout près de là, se trouve Nair Island, une île privée reliée au continent, appartenant à une poignée de milliardaires. Alton et Sarah Humffrey possèdent ici leur résidence estivale. Ce riche homme d'affaire et son épouse viennent d'adopter un bébé, qu'ils ont prénommé Michael. Ils ont utilisé les services d'un intermédiaire douteux de New York, A.Burt Finner. Dès que la mère authentique est sortie de l'hôpital, elle lui a confié le nourrisson. À Nair Island, c'est la nurse Sherwood, nouvellement engagée, qui va s'occuper du bébé. Cette infirmière quinquagénaire est très expérimentée.

Richard Queen et Jessie Sherwood ont sympathisé par hasard en bord de mer. Le jour de la fête du 4 juillet, une nervosité certaine règne dans la maison de vacances des Humffrey. En partie, à cause de leur neveu Ron Frost endetté, auquel le milliardaire ne veut plus prêter d'argent. Peu après, un visiteur nocturne tente d'approcher la nursery, avant d'être mis en fuite par Jessie Sherwood. Probablement un mauvais coup du neveu, selon Richard Queen et son amie la nurse. Le mois de juillet se passe sans autre incident. Début août, Jessie Sherwood revient de sa journée de congé hebdomadaire. Elle découvre le corps du bébé Michael asphyxié. On peut penser à une maladresse de la mère adoptive, Sarah. La nurse a toutefois remarqué une taie d'oreiller avec une trace de main sale près de l'enfant mort. Personne ne la croit, sauf l'ex-inspecteur Queen.

Malgré une barrière et un gardien, “Nair Island est accessible, au prix d'un petit effort, à n'importe qui” admet Richard Queen. Jessie Sherwood et lui soupçonnent encore le neveu Ron Frost, mais il possède un sérieux alibi. L'affaire sera bientôt classée comme accident, le policier local Abe Pearl n'y pouvant rien. Dépressive, Sarah Humffrey est internée dans un sanatorium. De plus en plus proches, Richard Queen et la nurse vont poursuivre l'enquête à New York. A.Burt Finner n'est pas inconnu des services de police. Face à Richard Queen, il nie d'abord toute transaction avec Alton Humffrey au sujet d'un bébé, avant de se montrer plus coopératif. Il va être éliminé, ce qui risque d'entraîner Queen et Jessie Sherwood dans l'impasse. Néanmoins, ils retrouveront la vraie mère de l'enfant défunt. Leur suspect n°1 ne sera nullement facile à arrêter…

Ellery Queen : Le cas de l'inspecteur Queen (Éditions Omnibus, 2014)

Les Éditions Omnibus rééditent depuis le printemps 2014 quelques grands classiques de la littérature policière en romans unitaires. Ellery Queen (Le cas de l'inspecteur Queen), Vera Caspary (Laura), Dashiell Hammett (Jungle urbaine), Mickey Spillane (J'aurai ta peau), G.K.Chesterton (La sagesse du père Brown), Nicolas Freeling (Psychanalyse d'un crime) sont disponibles. Des titres incontournables pour tous les amateurs des meilleurs polars.

Il s'agit ici d'un roman écrit en 1956. Les décors (ainsi que les véhicules) sont bien ceux de l'Amérique de ces années-là. Le Connecticut servait alors de villégiature aux plus riches familles new-yorkaises ou du Massachusetts (les Humffrey habitent Concord, dans cet État). À travers un soldat fantomatique, il est même fait allusion à la Guerre de Corée. Le personnage d'Ellery Queen n'apparaît pas (il est en voyage en Europe) dans cette affaire qui met à l'honneur son père, le policier Richard Queen. Veuf de longue date, il a droit à une amourette avec la sémillante Jessie Sherwood, infirmière consciencieuse et téméraire.

On aurait franchement tort d'imaginer une intrigue linéaire, une simple enquête balisée n'offrant guère de surprises. Au contraire, sans pourtant rien emberlificoter, le récit fluide nous décrit une suite de situations qu'il ne sera pas si aisé de démêler. Telle une pièce de théâtre en cinq actes loin d'être figée, l'ensemble s'avère crédible et solide. Les auteurs de ces époques, dont le duo Ellery Queen, savaient concocter des histoires captivantes.

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 05:55

Il reconnaît n'être qu'un détective amateur, limite dilettante. Pour rendre service à son ami enquêteur Damien, il a accepté cette mission demandée par un client, Piotr. Il participe à un voyage organisé en Russie. Après avoir visité Moscou, son groupe de touriste fait une croisière sur la Volga, les canaux et les lacs, jusqu'à Saint-Pétersbourg et la Baltique. Il est chargé de surveiller pendant ce temps Elena Verzilov, institutrice proche de la retraite, venant de la région toulousaine. La seule particularité de cette femme est d'être la veuve d'un Russe, nommé Sergeï. Journaliste, ce dernier eut autrefois des ennuis dans son pays. Il dut se réfugier en France, où il épousa Elena.

Durant le voyage, l'institutrice n'est pas liante : “Il n'était guère facile d'engager la conversation. Elle semblait se méfier de ce monsieur un peu trop assidu à se maintenir près d'elle ! Sans doute pensa-t-elle un moment que je tentais des avances… Qu'elle le crut ne me dérangeait pas, puisque cela brouillait les pistes. Quant à savoir si elle avait d'autres raisons de se tenir sur se gardes, je ne parvenais pas à m'en faire une idée...” Tous les soirs, il téléphone au client Piotr. Sans avoir grand-chose de nouveau à raconter, car Elena se comporte telle une touriste ordinaire. Sans être militante, elle est méfiante envers le régime de Vladimir Poutine, comme tout le monde.

Une seule étape pourrait inciter le détective amateur à s'interroger, l'île de Kiji, en Carélie. Elena s'éclipse pendant un certain temps, mais il se peut qu'elle ait voulu explorer de plus près ce village encore typique. Il n'est pas indispensable d'en parler immédiatement à Piotr. Qu'un hélico suive un temps leur bateau n'a rien d'inquiétant non plus. De nouveau, lorsqu'ils débarquent à Saint-Pétersbourg, l'institutrice fausse compagnie à son suiveur. Il est fort peu probable qu'elle ait pris contact avec des opposants ou avec d'anciens amis de son mari. D'autant que l'histoire de la Russie s'est accélérée ces dernières années. Alors, le détective ne voit pas ce qu'il y aurait à retenir de ce pèlerinage d'Elena…

Michel Baglin : Loupés russes (Éd.Rhubarbe, 2014)

Basées dans l'Yonne, les Éditions Rhubarbe existent depuis dix ans. Un anniversaire, mais surtout une sorte de record pour un petit éditeur qui souhaite simplement publier selon ses goûts et ses moyens. Pour l'occasion, il fait paraître chaque mois en 2014 un livret d'auteurs différents, présentant une longue nouvelle inédite sur le thème “Dix ans”.

Ici, c'est une novella de Michel Baglin qui nous invite à un périple en Russie. Celui-ci s'est fait un nom dans le domaine de la poésie et de la nouvelle depuis plus de vint ans. On a pu apprécier également son roman “La balade de l'escargot” en 2009. Dans “Loupés russes” (joli jeu de mots), on aime le ton enjoué du récit, les descriptions claires, sans oublier la candeur de son narrateur. L'intrigue comporte sa part de mystère et de suspense. Ainsi que des allusions à la Russie actuelle du tsar Poutine. Une “enquête” franchement très agréable à lire.

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 05:55

En cet été 2014, sont réédités deux romans écrits par des auteurs contemporains, sur la base de l'œuvre de Conan Doyle. “La liste des 7” de Mark Frost parut en 1995 chez Plon. On peut redécouvrir ce roman en grand format, chez le Cherche-Midi (collection NéO). “La solution à 7 %” de Nicholas Meyer date de 1976. On a pu le trouver chez J'ai Lu. Ce suspense est désormais disponible en format poche chez Archipoche. Du même auteur et dans le même esprit, “Sherlock Holmes et le fantôme de l’Opéra” est aussi en poche. Trois romans apocryphes, mais qui respectent l'univers de Conan Doyle et de Sherlock Holmes. Petit rappel des présentations-éditeurs de ces livres...

Mark Frost : La liste des 7 (Cherche-Midi, 2014)

Qui en veut à Conan Doyle ? En ce jour de Noël 1884, le jeune médecin participe, en tant que spécialiste des forces occultes, à une séance de spiritisme qui tourne mal. Il échappe de justesse à l'assassinat grâce à un mystérieux individu, Jack Sparks. De retour chez lui, Doyle retrouve son appartement incendié, sa voisine russe assassinée. Autant de faits qui dépassent l'entendement de Scotland Yard. C'est finalement Jack Sparks, à qui ces événements semblent très clairs, « élémentaires » même, qui va mettre Doyle sur la piste d'une conspiration qui menace le trône d'Angleterre. Leur seul indice : une liste de sept noms, les sept piliers d'une fraternité secrète aux desseins maléfiques. Mais Doyle peut-il vraiment faire confiance à Sparks, un individu qui sort d'un asile d'aliénés, consomme de la cocaïne et affirme recevoir ses ordres de la reine Victoria ?

Avec son premier roman, se déroulant dans l'atmosphère sombre de l'Angleterre victorienne, celle de Jack L'Éventreur, Mark Frost livre un récit haletant, émaillé de nombreuses allusions à l'œuvre de Conan Doyle.

Mark Frost et Nicholas Meyer, au temps de Sherlock Holmes

Nicholas Meyer : La solution à 7 % (Archipoche, 2014)

Depuis son mariage avec Mary Morstan, le Dr Watson n’a guère l’occasion de voir son vieil ami, l’enquêteur Sherlock Holmes. Un soir, ce dernier s’invite dans son cabinet. Il se dit poursuivi par son ennemi héréditaire, l’odieux professeur Moriarty. Mais l’agitation de Holmes, ses propos incohérents font redouter le pire à Watson : le détective s’est drogué au-delà de toute mesure. Son addiction à la cocaïne a atteint un stade irréversible. Désormais, sa vie semble en danger.

Avec le concours de Mycroft Holmes, son frère, Watson décide d’emmener son ami se faire soigner à Vienne par un éminent spécialiste – et le seul à ce jour – du traitement de la toxicomanie. Un certain Sigmund Freud… Fondé sur « un manuscrit retrouvé du Dr Watson », La Solution à 7 % (adapté au cinéma en 1976, avec Laurence Olivier dans le rôle de Freud) présente la théorie d’un Moriarty inexistant, pur produit du cerveau drogué de Holmes – et cause de sa névrose mélancolique.

N.Meyer : Sherlock Holmes et le fantôme de l’Opéra (Archipoche, 2010)

Le document présenté ici lève le voile sur un épisode peu connu de la vie de Sherlock Holmes : son séjour à Paris, en 1891, alors que toute l’Angleterre le croit mort et enterré. Musicien accompli, le célèbre détective vivote dans la capitale française en donnant des cours sous un nom d’emprunt. Apprenant que le prestigieux orchestre de l’Opéra de Paris recrute un violoniste, il se présente et est engagé. Très vite, il découvre que le Palais Garnier est, depuis plusieurs mois, sous la coupe d’un personnage dictant sa loi aux chanteurs et aux administrateurs.

Le « fantôme de l’Opéra » existe-t-il ? Comment, à défaut, expliquer les accidents à répétition qui viennent endeuiller l’auguste théâtre ? Et les voix que chacun dit entendre résonner dans le labyrinthique édifice ? Chargé de protéger Christiane Daaé, une jeune soprano dont la vie est en danger, Sherlock Holmes va se retrouver aux prises avec l’un des criminels les plus machiavéliques qu’il ait eu à affronter. Une chasse à l’homme qui va l’entraîner, à travers le Paris nocturne et souterrain, dans une course contre la montre… et la police française.

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 05:55

Selon les rares infos à son sujet sur Wikipedia, Frédéric Valmain est né le 31 janvier 1931 à Alger, et mort le 9 juin 2003 à Champigny (Val-de-Marne). Il était acteur, scénariste, et écrivain. De son vrai nom Paul Baulat, il commence à tourner de tout petits rôles, avant de rencontrer le succès au théâtre avec “Liberty bar” qui est aussi sa première œuvre théâtrale. [Cette pièce est très souvent attribuée à Frédéric Dard, notamment par Thierry Cazon en 2001, Pierre Assouline en juillet 2008 et par Alexandre Clément en 2012. "Le flamenco des assassins" fut adaptée au cinéma sous le titre de "Johnny Banco", ce roman aurait pu également avoir été écrit par Frédéric Dard.]

Par contre, nul ne semble contester que “La mort dans l'âme” (1958) soit effectivement un roman de Frédéric Valmain. La tonalité est fort éloignée de ce qu'écrivait Frédéric Dard durant ces années-là, même s'il variait son style, à l'évidence. Un jeune héros désinvolte et arriviste navigue entre plusieurs femmes, commettant un crime pour assurer son avenir en profitant des circonstances.

Dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, Valmain aurait utilisé le pseudo de James Carter. Ce qui est aussi partiellement contesté par ceux qui voient l'ombre de Frédéric Dard partout. J'ai testé plusieurs James Carter, dont “L'âge de déraison” (1977). On est là encore à mille lieues de l'inspiration et de l'écriture de Frédéric Dard. Une bonne petite intrigue avec une narration fluide, pour un suspense agréable comme il s'en est publié beaucoup alors. Grosse différence avec les quatre San-Antonio parus cette année-là.

Pour ma part, sans la moindre polémique, je ne suis pas du tout convaincu que Frédéric Valmain et James Carter aient été des pseudos de F.Dard, ce qu'il a d'ailleurs nié. Donc, ne payons pas au prix fort ces romans anciens, d'un bon niveau mais pas forcément attribuables à Frédéric Dard.

Frédéric Valmain : La mort dans l'âme (1958) + James Carter : L'âge de déraison (1977)

Frédéric Valmain : La mort dans l'âme (Arthème Fayard, 1958)

 

Quartier Latin, à la fin des années 1950, au temps où tout le monde chante “Les feuilles mortes” de Prévert. Sacha Terbieff est un jeune peintre de Saint-Germain-des-Prés, qui ne cache pas son ambition de se faire un nom. Ce trentenaire est en couple depuis une année avec Anna-Maria Pétracci. Italienne de vingt-trois ans, elle suit des cours à la Sorbonne. Elle est moins attachée au succès que son compagnon. Trois toiles de Sacha sont exposées parmi d'autres dans une galerie. Dès le vernissage, se présente une acheteuse. Il s'agit de la comtesse Frieda Wrumberg, belle quadragénaire (avouant trente-cinq ans) aux grand yeux bleus acier, au fin visage triangulaire cerné de cheveux blonds et courts.

La comtesse n'est pas seulement ravissante, elle est surtout riche. Elle demande à Sacha de lui livrer les toiles chez elles, après la durée de l'expo. Au 13 Quai de Boulogne, la demeure de Frieda Wrumberg respire le luxe. Les sculptures qu'elle réalise sont peu au goût de Sacha. Ce qui ne l'empêche pas de sortir ce soir-là avec Frieda et son toutou, le pékinois Jiky. Sacha la laisse mijoter ensuite pendant une semaine, avant qu'ils ne deviennent amants. Jalouse d'Anna-Maria, Frieda propose le mariage à Sacha. Ce qu'il accepte vite, quittant brutalement sa compagne. C'est en Italie que les nouveaux mariés passent leur voyage de noces. Se disant souffrante, Frieda provoque leur retour anticipé. Elle avait envie d'un ravalement de façade, tout simplement.

Ces caprices de Frieda rendent lourde l'ambiance chez elle. Sacha renoue avec Anna-Maria. Postant une lettre d'adieu à Frieda, le peintre part en voiture sur la Côte d'Azur avec sa compagne. Ils ont un accident, provoquant la mort d'Anna-Maria. Comme elle portait au doigt l'alliance de Frieda, Sacha en profite. Se disant que son épouse à entraîné une malédiction sur lui et sa compagne, il s'en débarrasse. Il prépare une fausse version pour M.Spizer, l'homme d'affaires de Frieda, qui organise les funérailles et la succession. Pour les obsèques, arrive de Londres la fille de la défunte, Nadja, vingt-cinq ans...

 

James Carter : L'âge de déraison (Fleuve Noir, 1977)

 

Joseph Picock est professeur dans les environs de New York. Il est marié à Gloria depuis une vingtaine d'années. Cette ancienne strip-teaseuse est devenue une femme d'intérieur exigeante, ce qui ennuie son époux. C'est ainsi qu'un jour, Picock la fait tomber dans les escaliers. Moitié-accident, moitié-crime, le digne époux de Gloria n'est nullement inquiété. Le voilà enfin libre. De son côté, Orso Chérubini est libre, lui aussi. Car il vient de s'évader de prison, se faisant passer pour malade. Chérubini fut le compagnon de Gloria, avant son mariage avec Picock. Il a été emprisonné durant un quart de siècle à Sing-Sing. Comme Gloria n'avait jamais cessé de lui écrire pendant son incarcération, le FBI pense que l'évadé va chercher à la contacter pour faciliter sa fuite.

Jo Picock n'a pas l'intention d'alerter les flics lorsque Chérubini débarque chez lui. Bien au contraire, ça mettra un peu de piment dans la vie de ce lecteur assidu de polars. Il compte protéger Chérubini, le cacher. Touché par cet accueil, l'ex-Ennemi public n°1 lui fait même des confidences sur le pactole qu'il a planqué. Chérubini est plus souffrant qu'il ne le pensait lui-même, au point de trépasser. Picock se demande alors s'il ne serait pas capable de jouer son rôle, afin de retrouver l'endroit où se trouve le butin de Chérubini. Les deux hommes se ressemble plus ou moins. Après tout ce temps, personne ne se souviendra des traits exacts de Chérubini.

Il contacte un certain Willy, qui détient le renseignement recherché. Avocat véreux, Willy l'invite à séjourner quelques jours chez Madame Bijou, patronne d'un bordel de luxe. Sans tarder, Picock tombe sous le charme de la séduisante Yoko. Cette domestique ne semble pas insensible à sa prestance de quinquagénaire. On ne peut guère se fier à Willy. Quand l'avocat va se montrer gourmand, Yoko choisira d'aider Picock. Le couple va bientôt se diriger vers la Californie, en quête du trésor de Chérubini. Il se trouve du côté de San Luis, sur le boulevard du front de mer, dans un vieux fortin puant. Malgré sa maturité, Picock risque de se montrer aussi naïf qu'un enfant de chœur...

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 05:55

En ces débuts de la décennie 1970, l'espionnage est une activité à plein temps entre l'Est et l'Ouest, ou inversement. La France compterait presque pour quantité négligeable dans le domaine du secret international, de la barbouzerie tous azimut. Sauf si le commissaire San-Antonio et le mastard Bérurier sont missionnés pour résoudre un bintz d'enfer. Le topo, c'est qu'un agent de l'Est a vendu des documents à nos services français. Mais il s'est fait voler son attaché-case à l'aéroport de Catane, avant de se faire buter plus tard. Voici donc San-Antonio et Béru en Sicile, pour récupérer la valoche et ses papelards. Pour ça, ils repèrent un voleur pro local, le nommé Donato. Ils le filochent jusqu'à domicile, lui mettent la pression en kidnappant sa jolie sœur Lila, pas une farouche.

Passons sur des obsèques motorisées, et sur le moment où San-Antonio risque de périr en étant jeté dans la lave de l'Etna. Le commissaire et le goinfre Bérurier sont “invités” à Messine, pas pour pêcher la sardine mais chez un chef de la Mafia. Marchand de cercueils, cet Aldo Cesarini prétend négocier la valise, qu'il ne possède pas. Un temps captif, San-Antonio est libéré par les femmes du mafieux. Il en profite pour sauter successivement l'épouse de Cesarini, sa fille veuve, et sa petite-fille. Cette dernière, Thérésa, le conduit chez son grand-père maternel, un potier, où il pourra se planquer. Le répit sera court pour San-Antonio. Les sbires de l'organisation “Code Z”, dirigée dans le coin par la vieille actrice Linda Benson, cognent et séquestrent bientôt le vaillant commissaire.

San-Antonio a été contraint de leur avouer que sa mission n'est pas aussi claire que ça. Alors qu'il sert de cible façon stand de tir, un duo de tueur intervient, exécutant la bande de mercenaires de “Code Z”. Ceux-là sont plus ou moins des alliés, puisqu'il s'agit des services secrets ricains. Dont le QG se trouve sur un navire mieux équipé qu'il n'en a l'air. Avec eux, San-Antonio tente une explication de l'imbroglio (un mot rital qui s'impose). Les documents existent sans exister, mais c'est pas le principal, en somme.

Le commissaire en réchappe encore, tandis que les joyeux espions amerloques sont à leur tour dézingués. Il va faire la connaissance d'une belle Suédoise de vingt-cinq ans (pléonasme) nommée Ulla Hopp. Une complice bien utile quand San-Antonio recontacte le voleur Donato. Et puis, nonobstant quelques autres péripéties, il ne faut pas que le commissaire oublie de récupérer son adjoint Bérurier, avant d'aller exposer la situation au Vieux et au ministre de tutelle…

San-Antonio : Si, signore ! (Pocket, 2014)

Un San-Antonio d'il y a tout juste quarante ans. Comme le commissaire est un multi-carte de l'aventure, un varié dans les missions, le voici lancé dans une histoire où une Mata-Hari ne saurait plus qui trahir (c'est une image). Donc, il y a une valoche à retrouver, que tout le monde veut, mais qui n'a aucune importance, vous suivez ? En réalité, ce serait ce qui se passe sur un îlot sicilien qui est inquiétant, paraît-il. L'essentiel, c'est que ça extermine beaucoup autour de San-Antonio. Du cadavre à longueur de chapitres, et pas de temps mort, voyez. Dès que les services secrets passent à l'action, c'est ainsi. Et avec un max de gaudriole sexuelle suggérée, également, car le commissaire ne laisse aucune femme passer à sa portée sans la lutiner à la française. Faut que ça bouge, à tous points de vue.

L'auteur ne manque pas d'ironiser sur les beaux esprits littéraires, microcosme dont il est exclu : “Écrivailleur de calembredaine, c'est pestilentiel, dégradant. Ça rejaillit sur l'espèce entière. Tout le monde en subit les éclaboussures. Le romancier, pour être respecté, faut qu'y soye aussi homme de lettres. Bien tartant, pompeux, verbeux, docte. C'est pourquoi je cantonne dans la bienséance, tu remarqueras. Je me fais oublier le passé. Je me virginise le style en déployant les grands artifices. Pas bête, hein ? P't-être qu'un jour, je serai amnistié. On me laissera mourir dans le rang, en bout de file, en bout de table, mais parmi. Je serai gracié à force d'application. Ils diront : voyez, il avait bon fond, ce Santonio. Il était récupérable. L'âge lui a dessillé les yeux. Il a compris où se trouvait la vérité...” San-Antonio les dépassera en talent pendant encore plus d'un quart de siècle.

Outre “Si, signore !”, sont actuellement réédités “Maman les petits bateaux” et “En avant la moujik”, publiés autour des années 1970. Les occasions de (re)découvrir l'univers de San-Antonio ne manquent pas.

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 05:55

Ses tribulations conduisent Maqroll el Gaviero (le Gabier) partout à travers le monde, dès que se présente l'opportunité d'une aventure sur mer ou sur terre. Ponctuellement, Mutis croise son ami Maqroll sur l'un ou l'autre continent. Dans son errance perpétuelle, Maqroll est de passage en Californie quand il est victime d'une crise aiguë de malaria. Il s'est réfugié dans un motel tenu par un couple d'amis, avant de contacter Mutis. Celui-ci le fait hospitaliser, heureusement à temps. Soigné, le Gabier va passer sa convalescence dans la famille de Mutis, en Californie. Maqroll n'est jamais à court de récits sur ses expériences vécues çà et là. Cette fois, il raconte comment il fut victime de la fièvre de l'or.

Quand il arrive quelque part dans le nord de l'Amérique latine, Maqroll entend parler de mines d'or abandonnées dans la région. Si d'autres ont renoncé avant lui, c'est pour cause de maladie ou d'instabilité politique. Mais ce n'est pas parce qu'une mine a la réputation d'être maudite qu'elle serait inexploitable. Le Gabier se renseigne auprès de la serveuse Dora Estela, qu'il va surnommer la Conseillère, native de ce secteur de la Cordillère. Les desperados des CAF (Compagnies d'Actions Fédérales) sont moins offensifs en ce moment. Si l'on est un peu patient, la mine de la Bourdonnante donnera de l'or. Ce que confirme le frère de Dora, Eulogio, qui accepte de s'associer à Maqroll pour tenter l'affaire.

Ils ne découvrent d'abord ni or, ni trace des exécutions ayant eu lieu dans cette mine. Jusqu'au jour où ils trouvent une salle ressemblant à des catacombes, avec les squelettes des victimes. Il est préférable de retourner au village de San Miguel, en attendant mieux. Maqroll se renseigne encore : “Je l'ai interrompu pour lui demander si chaque mine, dans cette région, avait obligatoirement une histoire sinistre. À ma grande surprise, il m'a répondu avec le plus grand naturel : Oui patron, chaque mine a ses défunts, c'est comme ça. Un Indien qui vivait ici et qui était un peu sorcier disait qu'il n'y a pas d'or sans défunt, ni de femme sans secret.” Les paysages sont beaux, la terre est fertile, mais les épisodes sanglants sont également nombreux.

Maqroll et Eulogio finissent pas trouver une mine, dont le filon d'or paraît prometteur. Le Gabier baptise l'endroit Amirbar. Ils vont obtenir le permis d'exploitation, et leurs premiers travaux sont pénibles mais très fructueux. C'est là que ça va se gâter pour Eulogio. Il sera remplacé par la belle Antonia, qui ne ménage pas sa peine pour aider Maqroll à extraire le minerai. Les pratiques sexuelles particulières d'Antonia les contentent tous les deux. Mais Maqroll n'est pas homme à se fixer longtemps quelque part. D'autant que le filon d'or ne donnera bientôt pas davantage. La fin de cette aventure ressemblera à une fuite chaotique jusqu'à trouver un navire qui l'emportera loin de là…

Álvaro Mutis : Écoute-moi, Amirbar (Points, 2014)

Écrivain multi-récompensé en Amérique latine et en Europe, Álvaro Mutis (1923-2013) n'était évidemment pas un auteur de polar. Néanmoins, les vagabondages de son héros fétiche, Maqroll el Gaviero, peuvent figurer parmi les lectures des amateurs d'aventures. Publié en France en 1992, aujourd'hui réédité dans la collection Signatures chez Points, “Écoute-moi, Amirbar” constitue un parfait exemple des pérégrinations internationales du curieux personnage qu'est Maqroll le Gabier. Fascinant, même, il faut l'avouer.

À l'origine, il s'agit d'un marin au passeport chypriote, ce qui n'indique pas pour autant d'où il vient. Toutes ses entreprises ne visent pas vraiment à faire fortune, mais à vivre quelque chose d'exceptionnel à chaque fois. On se tromperait en l'imaginant simplement dans la peau d'un baroudeur, car ce diable de Maqroll est aussi un lettré. Au cours de son périple minier, il lit un ouvrage sur les guerres de Vendée, l'histoire des chouans, “toute cette folle épopée qui s'est terminée dans le néant...” Il a aussi son opinion sur quelques grands écrivains français et sur Simenon.

Sans doute est-il inutile de souligner la qualité littéraire du présent roman. Magnifique souplesse narrative : on est à la fois en Californie, où Maqroll raconte cet épisode singulier de sa vie, et dans ce pays de la Cordillère des Andes où se déroulent les faits. Ambiance locale garantie authentique. Dora Estela, Antonia, Doña Claudia, autant de portraits de femmes esquissés avec subtilité. Même si on ne connaît pas l'œuvre d'Álvaro Mutis, voilà un roman passionnant (préfacé par François Maspero).

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Published by Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 05:55

Veuf de Suzanne, le policier Mehrlicht élève seul son fils ado. Âgé de cinquante-deux ans, il dirige un service criminel au commissariat parisien du 12e. “Son visage anormalement vert lui donnait un air de batracien, que renforçaient ses deux gros yeux gonflés et noirs. Quelques fils s'échappaient de son crâne en guise de chevelure, et achevaient d'en faire une grenouille à cheveux.” Son équipe se compose de Sophie Latour, bretonne rousse qui préserve son obscure vie privée et de Mickael Dossantos. Sportif connaissant par cœur le Code Pénal, ce dernier fraya naguère avec l'extrême-droite. Ex-amis qui pourraient nuire à son métier, il le sait, d'où sa rectitude actuelle. Mehrlicht se voit attribuer un nouveau stagiaire “beau et con à la fois”, Guillaume Lagnac. Il est ordinaire que Mehrlich tourmente les nouveaux venus. Là, il devrait même se méfier de ce fils d'un haut-fonctionnaire, qui entend lui tracer une belle carrière dans son sillage.

Mehrlicht est un habitué de l'hôpital Saint-Antoine, où son ami Jacques est traité dans le service cancérologie. En ce 1er novembre, un autre patient vient d'y être empoisonné. Un vieux monsieur aurait “vu la Faucheuse, toute vêtue blanc, comme un ange. C'était l'Ange de la Mort, dans sa robe blanche.” La meurtrière serait donc une brune en noir, infiltrée parmi les visiteurs, puis déguisée en infirmière. On découvre que le poison est un cocktail d'aconit et d'amanite vireuse, produits peu courants. En voulant protéger le vieux témoin, Dossantos frôle la mort face à la tueuse qui rôde à l'hôpital. Mehrlicht connaissant bien ses classiques en matière d'empoisonneuses, il trouve celle-ci atypique. Ça se confirme quand une famille est assassinée par la même personne, près des Champs-Élysées. La baby-sitter employée depuis deux ans est sûrement la coupable. Elle s'appellerait Morgane Grandier. Sauf qu'il n'existe personne de ce nom.

Si le commissaire Matiblout et le service de Mehrlicht gardent cette double enquête, c'est grâce à l'intervention de papa Lagnac. Bonne aubaine pour la carrière de son fils. On voit paraître sur Internet des articles bien informés sur ces affaires, titrant “La France a peur”. S'agissant de cas d'empoisonnements, ça risque de créer la panique dans le public. Le portrait de la suspecte est diffusé dans les médias. Ce qui ne l'empêche pas de défier la police, se montrant devant une caméra de l'Arc-de-Triomphe. On recense d'autres crimes à lui attribuer, celui du couple Beaufert et de la famille Charpeau, dix victimes au total. Pendant ce temps, un ministre spécule sur des ouvrages de bibliophiles fort rares. Son vendeur à face de rat n'aime pas ces transactions. Il va falloir qu'à contre-cœur Mehrlicht, ses adjoints et son stagiaire, s'expatrient dans un bled perdu du Limousin pour retrouver éventuellement la trace de la Némésis, pour faire cesser sa vendetta karmique...

Nicolas Lebel : Le jour des morts (Marabout, 2014) – Coup de cœur –

Après “L'heure des fous” (2013), voici le deuxième roman de Nicolas Lebel. Son premier titre était une sympathique comédie policière, plutôt réussie. Ici, l'auteur s'avère encore plus convaincant. Peut-être d'abord, parce qu'il ne cherche pas à imiter ces suspenses aux chapitres courts, censés être plus rythmés. Il obtient un tempo tout aussi vif en alternant les scènes, offrant une construction homogène au récit. Ce procédé traditionnel a fait ses preuves, et tout indique que Nicolas Lebel souhaite s'inscrire dans la forme classique des meilleurs polars. C'est ainsi que nous suivons donc l'enquête, mais aussi une part plus privée de la vie de Mehrlicht, Latour, Dossantos, Matiblout et Lagnac-fils.

Si le mystère criminel plane, la tonalité est globalement souriante, parfois mordante dans l'humour. Le plus bel exemple est sans doute ce reportage-télé sur la pluie, un moment d'anthologie qui témoigne de l'inanité de certaines infos. Mehrlicht reste caractériel, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Il sait se montrer humain, avec son ami cancéreux ou en face de l'aubergiste Mado. Notons encore qu'il s'asseoit sur la loi Evin, assumant de prendre cette liberté. Chevronné, Mehrlicht ne cache pas son aversion envers les jeunes cadors diplômés mais inexpérimentés et sourds à ses conseils. Voilà une solide intrigue à la narration fluide et enjouée, capable de nous captiver passionnément.

On chronique aussi ce roman chez l'Oncle Paul, chez Pierre, chez Emotions (Gruznamur), chez Jacques Teissier, chez Du bruit dans les oreilles, chez Foumette, chez Passion Thrillers.

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