23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 05:55

Les faits divers bruts ne donnent pas de bons sujets de romans. Une vengeance mesquine ou une altercation tournant mal, c'est insuffisant pour exploiter une fiction sur ces bases. En tant que journaliste, relater de sinistres faits divers peut toutefois avoir son utilité. Ce fut le cas de Michael Connelly, de 1984 à 1992, avant qu'il ne rencontre le succès comme romancier avec “Les Égouts de Los Angeles”. Né en 1956, il va habiter en Floride avec ses parents dès 1968. C'est ainsi que débutera sa carrière de reporter à Fort Lauderdale, pour le South Florida Sun-Sentinel, avant d'être plus tard engagé par le Los Angeles Times.

En préambule des articles qu'il signa, réédités dans ce livre, Michael Connelly revient sur les “instants” qui ont déterminé sa passion du faits divers, puis de la fiction. Son propre vécu, mais surtout celui des enquêteurs qu'il côtoya, tous ces petits signes et détails qui apportent du réalisme à un récit, c'est dans cette expérience journalistique qu'il les puisa. “Ce que je vous dis ici, c'est qu'il a fallu tous ces instants pour être en mesure de faire ce que je fais aujourd'hui. Ce que j'ai vécu avec les flics et les assassins, et les jours que j'ai passés à traquer le crime m'ont été d'une aide inestimable dans mon travail d'écrivain.”

Que ce soit en Floride ou à Los Angeles, la criminalité n'est pas anecdotique aux États-Unis. En témoigne le premier texte présenté, datant de 1987. Le 29 juin de cette année-là, c'est déjà le 38e meurtre auquel est confronté le sergent George Hurt, de la brigade des homicides de Fort Lauderdale. Le nommé Walter Moody a été poignardé chez lui, dans son immeuble pourtant tranquille. Très tôt, la meilleure hypothèse désigne un certain Troy, un jeune Blanc qu'il hébergea contre des travaux. Un deuxième meurtre intervient peu après, lors d'une altercation entre des Noirs et des homos. Il y aura une troisième victime, dans la même période. On peut imaginer une série de crimes reliés entre eux. Non, car seuls le premier et le dernier possède un point commun et seront bientôt résolus.

Toujours en Floride, le travail de terrain, c'est aussi celui des policiers anti-mafia de la MIU. Originaire de Philadelphie, le caïd Nicky Scarfo pense passer davantage inaperçu que dans son fief, où eurent lieu dix-sept meurtres liés à la mafia à l'époque où il prenait la direction de tous les rackets. L'inspecteur Chuck Drago lui paraît plutôt franc pour un flic. Ce qu'ignore encore Scarfo, c'est que l'ensemble de son réseau est sous la surveillance de Steeve Raabe et de son équipe de la MIU. S'il passa un moment entre les mailles du filet, Scarfo fut finalement arrêté, début 1987, à l'aéroport de Fort Lauderdale... Plus tard, à Los Angeles, Michael Connelly évoquera avec minutie le rôle parfois compliqué ou tragique des policiers dans quatre autres affaires, sur lesquelles il écrivit des articles.

Michael Connelly : Chroniques du crime (Points Crime, 2014)

La deuxième partie de cet ouvrage s'intéresse au parcours de plusieurs assassins notoires. En Floride, c'est durant l'année 1984 que Christopher Wilder va être rattrapé par ses antécédents criminels. Se faisant souvent passer pour un photographe pro, elle attire chez lui les aspirantes mannequins qu'il viole et qu'il supprime. Selon le FBI, on recense au moins huit victimes... Plus souriant peut-être, “le gang des tire-pas-droit” relate les méfaits maladroits d'une petite bande de tueurs à gages à travers le pays. Si l'on ne compte plus leurs ratages, ils firent néanmoins plusieurs victimes avant d'être arrêtés.

En Californie, le cas de David Miller est une des plus exemplaires histoires de “double vie” qu'on puisse raconter. Vague conseiller indépendant auprès de la Chambre de Commerce, il habite Granada Hills avec sa femme et leurs enfants. Son épouse ne participe pas à sa vie publique, par sécurité prétend-il, car il lui dit qu'il appartient à la CIA. Il expédie sa famille en Floride, sous le même prétexte. Son activité étant loin d'être florissante, David Miller s'endette de plus en plus lourdement, signe des chèques sans provision, n'est plus guère présent à son agence. Entre-temps, il a fait la connaissance d'une autre femme, et s'est marié à Las Vegas – à l'insu de sa première épouse légitime. Fuyant les créanciers, David Miller envoie la deuxième Mme Miller à son tour en Floride, où il finit par la tuer.

Autre double vie californienne (dans la 3e partie du livre), celle d'un certain Michael Bryant, de son vrai nom Francis Malinovsky. Sympathique voisin aux yeux de tous, on découvre que ce jardinier cultive de la marijuana en quantité, alimentant un juteux trafic. Pourtant, c'est avant tout son passé dans le Vermont qui intéresse la Justice. Là-bas, il fut soupçonné du meurtre d'une amie, avant de refaire sa vie... Dans toutes ces affaires chroniquées de 1984 à 1992 par Michael Connelly, le futur romancier démontre déjà de fines qualités narratives, retraçant avec un soin précis autant qu'avec fluidité le caractère des personnages et les faits. Traduit en français il y a quelques années, ce livre est désormais proposé dans la nouvelle collection “Crime” chez Points. Une autre facette du talent de cet écrivain.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 05:55

En 1996, dans le Kentucky, entre Pirtle County et Lake Holloway. Âgé de vingt-trois ans, Cole Prather est le fils de Lyda Skaggs. Voilà de nombreuses années que Lyda ne tient le coup que grâce à des médicaments. Elle se les procure comme elle peut, ce qui lui permet de faire bonne figure. Lyda a un autre enfant, Fleece Skaggs, demi-frère aîné de Cole. Son mari légitime semblant l'avoir abandonné, elle eut ensuite un bébé d'un autre homme. Pourtant le père de Fleece, Bethel Skaggs, revint malgré tout. Cole croit se souvenir du jour où ce Bethel Skaggs fut abattu en public, sans que ça suscite d'émotion parmi la foule présente. Près du lac, la Loi et la Justice restent des notions relatives. Même aujourd'hui, nul n'irait dénoncer le trafic de drogues de Mister Greuel, par exemple.

D'une démarche claudicante, ayant été peu scolarisé, Cole Prather alla habiter chez son oncle Ronnie quand il était ado. Depuis, il effectue de petits jobs dans le secteur, en partie sur les chantiers de son oncle. Cole voudrait devenir plongeur sous-marin professionnel, peut-être du côté de la Louisiane. Il sort avec l'étudiante Shady Beck, sans qu'elle soit sa petite amie. Fille d'un pédiatre-gentleman-farmer et d'une maman qui l'a couvée, Shady a été un temps la copine de Fleece Skaggs. Elle ne dédaigne pas la drogue, aime fréquenter des garçons quelque peu coriaces, elle qui a été élevée du côté huppé de Lake Holloway. Encore que, si elle cherche à acquérir de l'expérience, “la vraie vie” version Lyda Skaggs lui apparaît bien peu attrayante. Néanmoins, elle traîne avec Cole dans les ruines de l'ex-séminaire St Jérôme ou à la carrière, où l'on se procure aisément de la drogue.

Fleece, le demi-frère, qui fait du trafic de drogue pour Mister Greuel, a disparu avec un lot important. Sa voiture carbonisée laisse planer le mystère. Lyda pense pourtant qu'il ne les a pas abandonnés. Bien qu'affaibli par une maladie de plus en plus invalidante, Lawrence Greuel veut savoir où sont passés Fleece et la drogue. Il ne compte pas sur son dégénéré de fils Spunk pour l'y aider, mais incite Cole à le retrouver. Depuis trente-quatre ans, le caïd Greuel a pour adjoint Arley Noe, qui sera peut-être un jour son successeur. Celui-ci ne montre aucun sentiment envers personne. Pas même à l'égard de Fleece, dont on peut se demander pourquoi Mister Greuel lui a accordé tant de confiance. Seule Lyda pourrait sans doute apporter une réponse à cette question.

Cole cherche des indices sur son demi-frère, sans mener une véritable enquête. Frère Gil Ponder, le prédicateur local, ne serait pas d'un grand secours pour Cole. Tandis que l'état de santé de Greuel empire, le jeune homme finit par approcher les trafiquants de la bande du chevronné Crutchfield. Pas hostile, il apporte quelques clés à Cole : “Je connais les gars dans ton genre. Le frère et le fils dévoué. Tu appartiens à une espèce qui remonte au temps de la Bible. Même si cette longue lignée ne m'aide pas vraiment à comprendre cette espèce. Ses motivations.” L'heure des choix sonnera bientôt pour Cole...

Kirby Gann : Ghosting (Seuil, 2014) – Coup de cœur –

Il semble que Donald Ray Pollock, Grand prix de Littérature policière 2013 et Prix Mystère de la critique 2013 pour “Le Diable, tout le temps”, ait été sincèrement élogieux envers ce roman. On comprend son enthousiasme, car “Ghosting” est un roman fascinant. L'intrigue présente une facette noire du terroir américain, au cœur d'une contrée rurale déshéritée, où la vie ne paraît pas comporter de véritables règles : chacun s'en sort comme il peut. Les “maris” de Lyda Skaggs, les sermons trop optimistes du prédicateur, les chantiers bricolés par l'oncle Ron-Ron, un gardien de locaux en ruines dépassé, un vieux trafiquant malade qui ne contrôle plus grand chose, Shady compensant la dette de Cole envers son cousin, et tant d'autres scènes nuancées permettent de cerner cet univers. Une ambiance assez fantomatique, des existences “au ralenti” pour des gens confinés dans leur monde.

Si Cole est au centre de l'histoire, précisons que d'autres protagonistes jouent également un rôle majeur. Rien ne prête réellement à sourire par ici, et l'humanisme est rare parmi ces gens ténébreux. Ce n'est pas le premier roman nous décrivant une étape décisive dans la vie d'un jeune campagnard américain, en effet. Ce qu'il convient de souligner, c'est la construction habile et maîtrisée du récit. Progressivement, nous faisons connaissance avec cette population, et c'est ainsi que nous allons découvrir ce qu'ils taisent. Plutôt que des secrets, ce sont leurs raisons d'assumer un mode de vie peu reluisant, un climat lourd, ou de quitter un jour la région sans explication. Un noir suspense riche en finesse, envoûtant car terriblement crédible. À ne pas manquer.

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 05:30
1er mai à Arras : 13e salon du livre d'expression populaire

1er mai 2014, à Arras, 13e salon du livre d'expression populaire et de critique sociale. Des animations durant toute la journée :

10H : le Cri du beffroi ➜ Place de la Vacquerie

10H30 : Spectacle d'Amandine Dhée et SaSo, N'oubliez pas de lui parler de moi ➜ Hôtel de Guînes (idem à 15H30)

11H : Battle de slam entre clubs de boxe thaï ➜ Théâtre, sur le ring

11H : Lecture de contes ➜ Hôtel de Guînes

11H30 : Lecture avec la Brouette Bleue ➜ Hôtel de Guînes

12H : Lecture du produit des ateliers d'écriture avec Dominique Delahaye ➜ Théâtre, sur le ring

12H : la BD sur le plateau d'Easy Rider ➜ studio mobile PFM (idem à 13H)

14H : Débat, "La peur du noir" avec Marin Ledun, Karim Madani, Michaël Mention et Emmanuel Grand (animé par Gwenaëlle Denoyers et Hervé Delouche, association 813) ➜ Théâtre

14H : Lecture de Mine noir, dernier Nour et Norbert ➜ Théâtre, sur le ring

14H : Débat, "L'auteur entre science et fiction" ➜ Théâtre

14H : Débat, "Comment aborder les grandes questions avec les enfants ?" ➜ PFM

14H30 : Lecture boxée de Poing de suture de Michel Lecorre ➜ Théâtre

15H : Débat, "Jaurès au delà du mythe" ➜ Théâtre

15H : Débat, Quel avenir politique dans le Bassin minier ? ➜ PFM

15H30 : Débat, Service public, la grande braderie ! Les robins des bois dans la tourmente ➜ Théâtre

15H45 : Jean-Charles Massera, Call me Dominik ➜ Théâtre, sur le ring

16H : Débat, "Alfons Cervera : écriture et engagement dans l'Espagne contemporaine" ➜ Théâtre

16H : Débat : "Les historiens de garde : quels enjeux autour de l'histoire aujourd'hui ?" ➜ PFM

16H : Goûter philosophique pour les enfants ➜ Hôtel de Guînes

16H30 : Lecture avec la Brouette Bleue ➜ Hôtel de Guînes

17H : Débat, "De quoi ont peur les riches ?" ➜ Théâtre

17H : Débat, "Le Maitron des anarchistes" ➜ Théâtre

17H : Débat, "Editer du noir" avec François Guérif et Oliver Gallmeister (animée par Guy Lesniewski et Hervé Delouche, assoc.813) ➜ studio mobile de PFM

17H : Lecture de contes ➜ Hôtel de Guînes

17H15 : Carte blanche à Julien Delmaire ➜ Théâtre, sur le ring

17H45 : Ascanio Celestini, Discours à la Nation ➜ Théâtre, sur le ring

18H : Débat, "Amila-Meckert, le réel et la fiction" ➜ Théâtre

18H : le Cri du beffroi ➜ Place de la Vacquerie

19H30 : [nu] ➜ Théâtre

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 05:20

L'association Ulysse présente la 7e Rencontre autour du polar le samedi 26 avril 2014, de 15h à 20h à l'Orangerie, avenue de l'Europe, 95600 Eaubonne. Sept ans déjà que l’association Ulysse propose au public de découvrir ou redécouvrir des auteurs de polar singuliers, engagés ou dégagés mais toujours passionnés et passionnants. Seront présents cette année :

Patrick Bard - Abdel Hafed Benotman - Bernard Boudeau - Fabrice Bourland - Luc Fivet - Bruno Jacquin - Nicolas Jaillet - Claudie Lecoeur - Jean-Hugues Oppel - Raynal Pellicer - Titwane
La Rencontre autour du polar, ce sont des auteurs qui viennent à la rencontre du public et dédicacent leurs livres (de 15 à 20h), un auteur qui interviewe d'autres auteurs (à 16h), du Jazz à Eaubonne (à 18h30) avec les musiciens d'Eaubonne Jazz, une artiste peintre qui expose ses œuvres (Christine Orihuela, artiste peintre de Saint-Leu-la-Forêt), un bar et de la restauration légère sur place, une entrée libre et gratuite pour une expérience enrichissante, l'occasion de faire le plein de livres passionnants pour cet été, un après-midi ensoleillé dans le cadre bucolique du parc de Mézières... Et cette année, une exposition d'affiches des élèves de 5e du collège Ste-Honorine de Taverny !

Eaubonne (95) : 7e Rencontre autour du polar samedi 26 avril 2014

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 05:55

À Remiremont, ville de Lorraine à moins de trente kilomètres d’Épinal, c'est l'époque de la Foire d'automne. Sur le marché, un vieux camelot allemand se fait buter par un trio grimé avec des faux nez et de fausses moustaches. L'un des tueurs est probablement une jeune femme. Vendant des surplus des armées, Otto Hampann vivait la moitié de l'année dans les Vosges, et le reste de l'autre côté du Rhin. Pour le commissaire Major, amateur de thés aux brimbelles et de cigares, l'affaire a certainement un rapport direct avec un cas précédent. D'une famille alsacienne, fille d'un cordonnier, la jeune Elas Saschmick a été la cible d'un fusil de calibre 7,5 qui daterait de la guerre. Grièvement blessée, elle est hospitalisée sous la protection de la police. Ce qui n'empêchera pas qu'on la supprime.

Le commissaire a mis son meilleur limier sur cette double affaire. Avec son pote Sacha et sa copine Nelly, l'enquêteur traque le trio de malfaisants. Il s'avère que la jeune Elas a une grande sœur, prénommée Oulah. Sans donner de nouvelles à sa famille, celle-ci est censée vivre en Allemagne. Selon les Renseignements Généraux de Nancy, Oulah Saschmick appartient en réalité à un groupe extrémiste, le GODIVO. Il s'agit de régionalistes ultra, qui frayent avec les GRONAZ, des anti-nazis. Les intérêts de ces groupuscules sont généralement obscurs. D'ailleurs, il semble qu'ils soient proches de certains autonomistes corses. C'est pourquoi les RG ont infiltré Ange Baisoli, un de leurs agents, dans ces mouvements.

De son côté, l'enquêteur romarimontain (de Remiremont) s'est trouvé une ardente petite amie, la belle Loulou. Sur la piste d'Oulah Saschmick, le voilà bientôt séquestré et menacé par la régionaliste et ses amis. Si leur slogan est “Les Vosges aux Vosgiens”, on peut se demander ce qu'ils défendent vraiment. D'autant que c'est cette pinéguette (garce) d'Oulah qui semble avoir tiré sur sa sœur. Si notre limier s'en sort, ce n'est pas le cas de Baisoli. Le commissaire Major envoie son enquêteur en mission, direction la Corse. Comme tout pinzute, le limier vosgien ignorait l'existence du village de Ghisonaccia.

Débarquant innocemment sur l'Île, il rencontre Doumé Baisoli, frère du flic abattu, qui n'exclut pas une vendetta. La grand-mère maternelle d'Oulah et Elas est aussi îlienne authentique, cousine de la famille Baisoli. La mémé ne croit pas qu'Oulah soit devenue terroriste. De retour dans les Vosges, c'est du côté du Val d'Ajol que l'enquêteur va traquer les membres du GODIVO. Plusieurs riches étrangers établis ici, dont l'Anglaise Maggy Boll, pourraient être les prochaines cibles des régionalistes. Mais un règlement de compte commence par faire quelques victimes parmi les militants locaux...

Francis Martin : Remiremont Terminus des zoqués (F.Martin, 2014)

C'est une comédie policière “à l'ancienne” particulièrement sympathique et mouvementée que Francis Martin propose à ses lecteurs. Publiant lui-même ses livres, il vous faudra sans doute fouiller sur Internet ou contacter la page Facebook de l'auteur pour vous le procurer. À moins que vous n'habitez dans la région, entre Remiremont et Épinal, où on le trouve assez aisément. Outre quelques polars vosgiens, Francis Martin a publié plusieurs titres sur la culture et le langage traditionnel de Lorraine. Il ne se prive pas d'utiliser certains mots typiques, qu'un petit lexique permet de traduire. “Zoqués” signifie ici “tués”, mais il est aussi question de goulaf, de beuloux, de minmins, ou de schmiquer, et autres termes dont on découvre le sens. Ça pimente agréablement le récit, bien sûr.

L'histoire est racontée à la première personne, par le héros, ce qui donne du rythme au récit, comme toujours. Le tempo est aussi vif que la narration est souriante. Les noms de plusieurs protagonistes (Otto Hampann = auto en panne, Maggy Boll = ma guibolle) indiquent le caractère humoristique du roman. Le parler incompréhensible du cordonnier Saschmick est réjouissant. Chez les ultra régionalistes, on va croiser des personnages bien caricaturaux. Si l'auteur évoque les contrées vosgiennes, de l’Étang de la Demoiselle au Val d'Ajol en passant par Remiremont, il n'oublie ni l'intrigue policière, ni un suspense fort agité. Un “polar régional” très drôle, qui intéressera sûrement les curieux de romans policiers méconnus.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 05:55

Pour une fois, en ce week-end de Pâques, je m'éloigne un peu du polar et des romans noirs, pour vous présenter une galerie de photos. Le Carnaval de Venise, avec ses tenues flamboyantes et ses masques, n'est d'ailleurs pas dénué de mystère. Le week-end des 12 et 13 avril 2014, c'est à Remiremont (Vosges) qu'on pouvait apprécier les costumes et les personnages suggérés à la façon du Carnaval vénitien. C'était franchement somptueux, aussi ai-je voulu vous faire partager mon plaisir de cette belle journée festive dominicale.

Une précision : il ne s'agit pas de mannequins figés, mais bien de personnes qui déambulent sous le soleil lorrain dans le centre de la ville (pour le plaisir des photographes et des badauds).

Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)
Carnaval de Venise... à Remiremont (88)

Un petit intermède pour le week-end pascal avant de revenir dès demain à notre thématique du polar, bien sûr !

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 05:55

Quand on est un lecteur intensif, lisant jusqu'à trois livres par semaine, il peut arriver que l'on se trompe. Pas tant sur la qualité d'un roman. En général, on sent très rapidement ce qui fait la force d'un texte, son originalité ou bien sa solidité. Et puis, les vraies daubes sont heureusement fort rares. Par contre, c'est sur l'auteur lui-même qu'on s'illusionne quelque peu, parfois. On se dit qu'il possède un beau potentiel, voire déjà une maturité d'écriture, qu'il sera en mesure d'exploiter dans ses futurs romans. Hélas, soit parce qu'il tient à garder un certain dilettantisme amateur, soit parce qu'il n'est pas en mesure de poursuivre – faute d'inspiration ou de méthode, l'auteur déçoit. Le lecteur intensif s'en veut, de temps à autre, de lui avoir accordé sa confiance.

C'est l'inverse qui s'est produit avec l'excellent Janis Otsiemi. Dès ses débuts, cet auteur gabonais affichait non seulement un grand potentiel, mais une réelle volonté de continuer. Janis a voulu parler du Gabon, à travers le polar. C'est un genre apprécié dans son pays, où il est souvent compliqué pour la population de se procurer des romans. L'éditeur Jimmy Gallier a vite compris les ressources de cet auteur, n'hésitant pas à le soutenir en publiant “La vie est un sale boulot”, “La bouche qui mange ne parle pas”, puis “Le chasseur de lucioles” avant “African Tabloïd”. Les médias nationaux ont fini par découvrir à leur tour le talent de Janis. Sa créativité linguistique, car le langage fleuri ne manque pas d'attrait, mais aussi les qualités de ses intrigues gabonaises.

Être publié en poche, c'est une nouvelle consécration méritée pour Janis Otsiemi. D'autant que ce polar est encore plus corsé que les précédents. Croisant plusieurs niveaux d’intrigues, il gagne en densité. Les portraits sont affinés, eux aussi. On différencie par exemple un truand sans règles, et ses complices agissant par besoin financier. Côté flics, même présentation nuancée. Tout cela permet à l’auteur de nous raconter en finesse le contexte criminel de son pays. Et de souligner que Libreville est très cosmopolite, avec des gens venus de divers pays africains.

Outre l’aspect purement policier, en témoigne la question du SIDA, c’est un roman comportant une bonne part de chronique sociale. Et puis, il y a toujours ce délicieux langage (un deuxième-bureau, c'est la femme clandestine d'un mari; la rompée, c'est la fin de la journée de travail; partager la bouche d’un autre, c’est être du même avis; le bouya-bouya, ce sont les embrouilles). Ce qui ajoute une belle authenticité à l’histoire, bien sûr. Chaque chapitre est même assorti de proverbes locaux. Janis Otisemi nous offre ici un sacré voyage à Libreville !

Janis Otsiemi : Le chasseur de lucioles (Pocket, 2014)

Dans la capitale gabonaise, il y a des flics consciencieux tels Boukinda et Evame, de la Direction Générale des Recherches. Et d’autres comme Koumba et Owoula, toujours prêts à accepter un bakchich pour fermer les yeux, qui fréquentent assidûment les bordels locaux. Joseph Obiang ne devait pas être un flic tellement honnête non plus, lui qui fut mêlé à la disparition d’armes à feu. On a trouvé son cadavre sur la plage du Tropicana. Boukinda et son collègue enquêtent, tout en sachant qu’ils ont peu de chance d’attraper celui qui a abattu ce Obiang.

À Libreville, il y a toutes sortes de bandes, souvent des malfrats d’occasion. C’est le cas de Marco, qui ne gagne guère sa vie en balayant les rues. Quand Bosco lui propose un braquage, avec le garagiste Tom pour complice, Marco hésite car c’est un coup préparé par Sisco. C’est un caïd douteux, que l’on surnomme Lucky Luke, l’homme qui se tire avec le pognon plus vite que son ombre. Et Sisco a été mêlé à de sales affaires, où il y a eu des morts. D’ailleurs, il se garde bien de dire d’où viennent les armes à feu qui serviront au braquage. Marco et ses amis se laissent tenter. Ils peuvent penser qu’ils ont eu raison, car il n’y a pas eu de victimes et le butin se chiffre en millions. L’opération agite quand même les polices de la ville, alors il est préférable qu’ils restent très prudents.

Des prostituées ont été martyrisées et tuées dans des chambres miteuses au motel Le Labyrinthe ou au motel La Semence. Même s’il garde un œil sur le spectaculaire braquage, c’est une enquête pour le flic véreux Koumba. Une bonne occasion de faire raquer les responsables de motels, afin de leur éviter des poursuites. De leur côté, Boukinda et Evame font bientôt le lien entre le meurtre de Obiang et le braquage fructueux. Grâce à leur ami journaliste Gaspard Mondjo, aussi bien informé que la police, ils sont sur les traces de Sisco. Au sein de la bande, la tension monte vite entre Sisco et Marco...

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 05:55

Patrice Alègre, Marc Dutroux, Michel Fourniret et Monique Olivier, Guy Georges, Francis Heaulme, Émile Louis, Thierry Paulin, Mamadou Traoré : sinistre énumération, s'agissant de tueurs en série. Non seulement ils ont fait la “une” de l'actualité, mais on continue ponctuellement de les évoquer. Peut-être parce qu'ils apparaissent tels des loups garous de notre temps, des monstres dont – en particulier – les femmes doivent se méfier. Leurs parcours montrent pourtant qu'ils furent tardivement suspectés. Avec son visage ouvert et sa générosité, qui eût soupçonné le tueur de vieilles dames Thierry Paulin ? Émile Louis, un “pépère pervers”, on a longtemps eu du mal à l'imaginer. Certes, à peu près tous ont fait l'objet d'alertes, ont eu affaire à la Justice ou ont été repéré pour de simples méfaits. Ces meurtriers furent assez habiles pour ne pas se faire prendre trop vite.

Les avocats ne plaident plus, aujourd'hui, “l'enfance malheureuse” de leurs clients. C'est estimé trop usé, cet argument caduque. D'ailleurs, ça n'excuserait nullement les crimes qu'ils ont commis. Les traumatismes de l'enfance, la brutalité et les violences répétées de la part d'un père, ça ne conduit pas forcément à tuer. Adulte, on peut se corriger, ou bien tomber dans l'ivrognerie, garder une grosse part de haine envers la terre entière, sans que ça oblige à devenir assassin. Dans ce livre, les interviews du neuropsychiatre Serge Bornstein et du psychologue Philippe Herbelot, experts auprès des tribunaux, parlent de la pulsion criminelle : “Elle vient des fragilités de l'enfance, qui entraînent chez un sujet une grande sensibilité qui va le faire souffrir toute sa vie.” Toutefois, ces tueurs ne sont pas des victimes à plaindre. Utilisant une séduction parfois trouble, ce sont des chasseurs.

Agnès Grossmann : L'enfance des criminels ("Points Crime", 2014)

Ces huit portraits, débutant par l'exposé de leurs crimes, ne sont absolument pas destinés à absoudre leurs actes. Par contre, “comprendre” leurs motivations est essentiel. Dans le cas de Patrice Alègre, fils d'un CRS souvent absent et d'une blonde coiffeuse aimant faire la fête, on réalise l'hérédité offerte au personnage. Il vit sa mère pratiquer certains actes sexuels avec des hommes de passage, il fut battu par son père alors qu'il essayait de protéger sa mère, néanmoins fautive mais pas à ses yeux. Les psychiatres ont remarqué qu'Alègre tuait autour de moments festifs, après avoir généralement provoqué le refus de jolies femmes. Laxisme de la mère, rigidité du père, relation de cause à effets avec son enfance, ou pas ? Ses fugues et errances d'adolescents, compensées par plusieurs années de vie en couple, la drogue pour attirer quelques-unes des victimes, tout un parcours.

Natif de Metz, entre sa mère et sa sœur, l'enfance de Francis Heaulme fut cruelle. “La vie à la maison était très dure. Ma mère était très malheureuse avec mon père, ma sœur aussi. Nous n'avions le droit de rien faire, nous ne pouvions pas sortir... Mon père battait beaucoup ma mère. Je m'interposais entre eux pour ne pas que ma mère prenne des coups... Mon père buvait, c'était un fauve. Il nous martyrisait à coups de ceinturon.” Non, en effet, ça ne justifie pas de tuer des enfants ou des femmes par la suite. Ça peut quand même expliquer que Heaulme soit devenu un routard, sans véritables attaches. Pour ce qui est de capter l'état d'esprit du tueur, exemple même de ceux n'ayant jamais formulé de vrais regrets, l'enfance est-elle un élément déterminant ? On peut penser que c'est ce qui l'a rendu taiseux, introverti, sans que ce soit une circonstance atténuante.

Devant les psys, Mamadou Traoré a été catégorique : “Mon passé n'a rien à voir avec les faits qui me sont reprochés.” Possible, pourtant cet homme né au Sénégal en 1973 voue une haine tenace à ses parents. Peut-être parce qu'à sa naissance, il pense n'être venu au monde que grâce aux pratiques vaudou de sa mère ? Plus tard, il est déraciné en venant en France, rate sa scolarité, s'avère très éprouvé par le divorce de ses parents. Fugues, mauvaises fréquentations dans des bandes, retour au Sénégal puis de nouveau en France. Beaucoup trop d'instabilité pour un adolescent fragile, mal dans sa vie ? Sûrement, sans qu'il s'agisse d'excuses, il faut le répéter. Tels sont les faits, idem pour Guy Georges, Émile Louis, Thierry Paulin, Marc Dutroux, Monique Olivier et Michel Fourniret (même si celui-ci n'eût pas de parents méchants).

Publié dans la nouvelle collection Points Crime, dirigée par Stéphane Bourgouin, ce livre est préfacé par Christophe Hondelatte, avec lequel l'auteure a collaboré à la télévision. On ne peut qu'avoir peur de tels personnages ingérables. On n'a pas envie de croire qu'ils posséderaient un “bon fond”, une humanité. Pourtant, se faire une opinion à leur sujet, ça inclut de savoir d'où ils viennent. Un ouvrage passionnant.

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 17:54
Quiz : devinez le nom de cet écrivain ?
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Mercredi 9 avril 2014, j'ai pris quelques photographies au pays d'un auteur très connu, un écrivain qui publie dans divers genres littéraires (dont le polar) depuis bientôt cinquante ans. D'ailleurs, sa région natale sert de décor à bon nombre de ses romans. Ses plus récents livres sont publiés chez Fayard, Héloïse d'Ormesson, Rivages, etc. N'hésitez pas à proposer un nom dans les commentaires...

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Published by Claude LE NOCHER
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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 05:55

Probablement pas le titre le plus connu de Didier Daeninckx, ce noir suspense est de très bon niveau. Outre l’intrigue criminelle, l'auteur nous promène dans Le Havre. Bien sûr, il aborde aussi des sujets sociaux et historiques, qui lui sont chers. Surtout, ce texte est construit autour des photos de Cyrille Derouineau. Ces images en noir et blanc contribuent à l’ambiance de l’histoire. Belle harmonie entre le texte et les illustrations, ce qui donne un excellent résultat. Un livre à redécouvrir.

Didier Daeninckx : Le crime de Sainte-Adresse  (Terre de Brume, 2004)

Le Havre est la ville natale de Céline. La jeune femme y est aujourd’hui policière. Son collègue Julien est aussi son meilleur ami. Une nuit, on les appelle dans le quartier des Neiges. Un homme d’une vingtaine d’années vient d’être tué rue Cuvier. Céline se lance à la poursuite d’une fuyarde, qu’elle ne peut rattraper. Le lendemain, une Golf abandonnée est remarquée rue de l’aviateur Guérin. Cette voiture belge est celle de la victime. Selon un témoin, l’homme était accompagné d’une jolie femme rousse. Quand Céline la repère, la rousse est pourchassée en voiture et plonge à l’eau, échappant à tout le monde.

Les flics belges qui la traquaient affirment qu’elle est dangereuse. Des renseignements en provenance de Belgique ne prouvent guère que ce couple soit suspect. Rien n’indique que Judith ait tué son compagnon Jean-Loup. Qu’ils aient acheté leur voiture à un minable truand est sans rapport avec l’affaire actuelle. Judith a été vue chez un coiffeur. Céline et Julien interviennent. La rousse s’enfuit encore. Plus tard, elle s’arrange pour que Céline l’écoute. Elle parle d’une précieuse cassette audio, cachée dans la Golf. Quand Judith est abattue par les flics belges, Céline récupère l’enregistrement. C’est cette preuve contre eux que recherchaient ceux qui ont éliminé ces deux témoins gênants...

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Published by Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Livres et auteurs
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