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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 04:55

Chaque année en septembre sont annoncés les lauréats du Grand Prix de Littérature Policière. C’est une des récompenses majeures pour les romans noirs et les polars. Un Prix est attribué à un auteur français ou francophone, un autre est décerné à un auteur étranger. La sélection 2017 se compose de 24 auteurs (onze Français, treize étrangers).

Grand Prix de Littérature Policière 2017 : les sélectionnés

Les auteurs français sélectionnés :

Claude AMOZ : La Découronnée – Ed.Rivages, avril 2017

Franz BARTELT : L’Hôtel du Grand Cerf – Ed.Seuil (Cadre noir), mai 2017

Grégoire HERVIER : Vintage – Au Diable Vauvert, sept. 2016

Hugo BORIS : Police – Ed.Grasset, août 2016

Hannelore CAYRE : La daronne – Ed.Métailié (Noir), mars 2017

Claude IZNER : La femme serpent – Ed.10/18, 1 juin 2017

Armel JOB : En son absence (Belgique) – Ed.R.Laffont, février 2017

Andrée MICHAUD : Bondrée (Canada) – Ed.Rivages, sept. 2016

Colin NIEL : Seules les bêtes – Ed.Rouergue (Rouergue noir), nov. 2016

Benoît PHILIPPON : Cabossé – Ed.Gallimard (Série noire), août 2016

Guillaume RICHEZ : Blackstone – Ed.Fleur sauvage, Pas-de-Calais, mai 2017

 

Les auteurs étrangers sélectionnés :

Eydr AUGUSTO (Brésil) : Pssica – Ed.Asphalte (Fictions), février 2017

Alex BERG (Allemagne) : La fille de la peur – Ed.J.Chambon (Noir), mai 2017

Andrea CAMILLERI (Italie) : Une lame de lumière – Fleuve Ed., sept. 2016

Christian KIEFER (Etats-Unis) : Les animaux – Ed.Albin Michel (Terres d’Amérique), déc. 2016

Arun KRISHNAN (Inde) : Indian psycho – Ed.Asphalte, mai 2017

Clayton LINDEMUTH (Etats-Unis) : En mémoire de Fred – Ed.Seuil (Cadre noir), mars 2017

Sara LOVESTAM (Suède) : Chacun sa vérité – Ed.R.Laffont, nov. 2016

Zygmunt MILOSZEWSKI (Pologne) : La rage – Fleuve Ed., sept. 2016

Bradford MORROW (Etats-Unis) : Duel de faussaires – Ed.Seuil (policiers), janv. 2017

J.J.MURPHY (Etats-Unis) : L’affaire de la belle évaporée – Ed.Baker Street, nov. 2016

Aro SAINT DE LA MAZA (Espagne) : Les muselés – Ed.Actes Noirs, sept. 2016

Roger SMITH (Afrique du Sud) : Au milieu de nulle part – Ed.Calmann-Lévy, mai 2017

Alex TAYLOR (Etats-Unis) : Le verger de marbre – Ed.Gallmeister, août 2016

 

Les résultats seront annoncés le mercredi 20 septembre 2017.

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 05:55

Le week-end des 11 et 12 mars 2017, le festival Polar’Encontre était organisé à côté d’Agen, à Bon-Encontre. Une manifestation culturelle qui semble devenir plus locale, plus confidentielle, puisque ses organisateurs n’ont transmis aucune info la concernant cette année. Regrettable pour les auteurs invités, et sûrement pour des lecteurs de la région. C’est surtout quelque peu dommage pour le lauréat du prix Calibre 47, qui est attribué lors de ce festival.

Rappelons que les précédents récompensés furent Séverine Chevallier, "Clouer l'Ouest" (La Manufacture de Livres); Franck Bouysse, "Grossir le ciel" (La Manufacture de Livres); Elena Piacentini, “Le cimetière des chimères” (Éd.Au-Delà du Raisonnable); Ingrid Astier, “Angle mort” ("Série noire"); Romain Slocombe, “Monsieur le commandant” (NIL, "Les Affranchis"); Alexandra Schwartzbrod, “Adieu Jérusalem” (Stock); Anne Secret, “Les Villas rouges” (Ed.Seuil); Benoît Séverac, “Les Chevelues” (TME); Claude Mesplède pour le “Dictionnaire des littératures policières” (Ed.Joseph K).

Ahmed Tiab : Prix Calibre 47 – 2017 pour “Le désert ou la mer”

Cette année, c’est Ahmed Tiab qui a reçu le prix Calibre 47 pour “Le désert ou la mer” (Éd. l’Aube noire). Ce titre figurait dans ma sélection des meilleurs polars 2016. Né en 1965 à Oran, en Algérie, Ahmed Tiab y a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Il a obtenu une licence de traducteur à l'université d'Oran en 1988. En 1990 il émigre à Paris et s'inscrit en maîtrise d'Espagnol à Paris IV Sorbonne. Il obtient la nationalité française en 1995. Il s’est fixé dans la Drôme où il est devenu enseignant contractuel, en langues étrangères. Dans la collection l’Aube noire, il a déjà publié trois romans : “Le Français de Roseville” “Le désert ou la mer” “Gymnopédie pour une disparue”.

En outre, "Le Français de Roseville" vient d'être récompensé par l'ENS Cachan (Ecole Normale Supérieure Paris Saclay)...

On peut lire mes chroniques en cliquant sur les liens ci-dessous.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 16:00

Il arrive que le lecteur intensif que je suis s’interroge sur son propre enthousiasme. Le doute ne vient pas de la qualité du roman évoqué, mais du risque d’exagération. Si tel titre mérite des louanges, si j’ai flashé sur lui, peut-être ai-je tort de m’emballer. Certes, je ne me suis pas trompé sur des auteurs comme Marin Ledun, Romain Slocombe, Nicolas Mathieu, Joseph Incardona… Par la suite, tous ont été consacrés par de prestigieux prix littéraires polar, du Prix Mystère au Grand Prix de Littérature Policière, en passant par les Trophées 813 et quelques autres. Outre cette ribambelle de récompenses pour chacun d’eux, un large public s’est montré curieux envers ces auteurs de talent. La confirmation, ce sont les lectrices et les lecteurs qui l’apportent ainsi.

Néanmoins, même en faisant preuve d’un certain discernement, nul n’est à l’abri d’une erreur, d’une fausse impression. En mai 2016, quand est publié “Rien ne se perd” de Cloé Mehdi, j’ai été happé par la lecture de ce roman. Dès les premières pages, j’ai compris qu’il s’agissait d’un livre d’exception. Me voulant aussi objectif que possible, j’ai cherché la faille, quelque scorie qui aurait modéré mon sentiment très favorable. Impeccable, cette jeune Cloé Mehdi avait écrit le meilleur roman de l’année, à coup sûr. Enthousiaste, donc. Mais serais-je le seul à lui trouver tant de perfection ? Des échanges avec des lecteurs avisés me rassurèrent un peu, ainsi que la lecture de quelques chroniques très positives.

Prix Mystère de la critique : les vainqueurs 2017

Puis “Rien ne se perd” fut récompensé par le Prix Étudiant du Polar 2016, et par le Prix Dora Suarez 2017. Moi-même, je classai ce livre en tête de ma sélection annuelle, le TOP 20 des meilleurs polars 2016. Outre le Grand Prix de Littérature Policière, il existe une distinction que je respecte depuis toujours, c’est le Prix Mystère ― créé en 1972. Il suffit de consulter la liste des lauréats pour se convaincre qu’il n’y a pas de fausse note dans l’attribution de cette récompense-là. Quarante-cinq auteurs français de premier plan se succèdent au palmarès. La dernière en date, c’est donc Cloé Mehdi pour “Rien ne se perd”. Être satisfait d’avoir mesuré tôt son talent, c’est une chose. L’essentiel reste qu’un large lectorat adopte ce roman. Le Prix Mystère contribuera à une reconnaissance publique.

Les 32 membres du jury ont par ailleurs décerné le du Prix Mystère du meilleur roman étranger à “Cartel” de Don Winslow, suite de son best-seller “La griffe du chien”, publié aux Éd.Seuil.

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 05:55

Guénolé Le Maout vient de passer deux ans en prison. Aussitôt sorti, il prend la direction de la Bretagne, tournant le dos à dix années d’expérience parisienne, vaste échec. Par le train, il arrive à Guingamp. Sa destination, c’est Paimpol, son terroir natal à quelques kilomètres, en bord de mer. Pas étonnant que, dans le train régional, il croise Jeannot Malard, employé SNCF. Cet ancien copain d’adolescence, il le surnomme “le Rat” car c’est un fouineur invétéré. Le seul vrai ami de Guéno, c’est Serge, patron de bistrot à Paimpol. Il l’engage pour des travaux de rénovation, le loge chez ses défunts parents à Guingamp. Faire le trajet quotidien en train entre les deux villes ne dérange nullement Guéno.

Ayant remarqué une jeune femme de son âge dans le TER, il finit par reconnaître cette ancienne copine de lycée qu’ils appelaient “Cousine”. Amours platoniques d’alors, car il ne savait même pas son prénom. Elle se prénomme Marie-Jeanne, mais préfère Marie. S’il est de nouveau attiré par elle, rien à voir avec son abstinence en prison. Au fond, Guéno reste un éternel romantique. Ils refont connaissance, même si le jeune homme sent bien qu’elle ne lui livre pas tous ses secrets. Il y a du mystère autour de Marie, à l’évidence. Un soir, il cherche au village de Traou-Nez la maison de son amie, sans succès. Initiative qui fâche Marie, le lendemain. Mais, idylle naissante oblige, le couple se réconcilie bientôt.

Finalement, Marie invite Guéno au manoir où elle habite. Il y rencontre Richard, le frère de la jeune femme, d’une froideur rebutante, d’un caractère probablement brutal. Il y a aussi Tino, le sbire au service de Richard : son allure menaçante n’est pas qu’une impression, Guéno le devine dangereux. Si Marie et Guéno deviennent intimes, l’ombre inquiétante de Richard plane sur eux. La relation entre la jeune femme et son frère apparaît trouble. Ils ont tout un parcours en commun, depuis qu’ils sont orphelins. Que Guéno soit un repris de justice semble intéresser Richard, bien que le jeune homme lui confirme qu’il n’a aucune intention de replonger, de risquer à nouveau la prison.

Éloigner Marie de l’aura oppressante de son frère dominant, s’enfuir ensemble afin de débuter une nouvelle vie ? L’amoureux Guéno y pense fortement. Mais avant, il faudra sans doute en passer par le projet concocté par Richard. Une vengeance, un plan qu’il a minuté à la perfection. Tout se passera autour du train régional Guingamp-Paimpol, que Guéno connaît si bien. Ce qui lui permet de suspecter Richard, de penser qu’il n’expose pas toutes les facettes de son idée destructrice. Quand arrive le jour J, la nervosité monte. Ce n’est pas ce rat de Malard qui pourra s’interposer, face à la détermination de Guéno…

 

Denis Flageul : Jagu (Éd.Goater, 2016)

La suite s’est déroulée comme une évidence, Marie sanglotant sur mon épaule. Je l’ai serrée dans mes bras. Et voilà… Je crois qu’on est restés comme ça jusqu’à Paimpol. Quand on est descendus, elle m’a pris la main. Même si elle a fini par me lâcher avant de pénétrer dans le bâtiment de la gare j’ai été, durant ce court instant, le plus heureux des hommes. À tel point que je n’ai même pas réagi au clin d’œil de Malard, lancé avec son sourire plein de sous-entendus. Sur le parking devant la gare, elle s’est enfin tournée vers moi. Le visage ravagé, elle m’a souri à travers ses larmes.

Depuis toujours, le train et le roman sont partenaires en littérature policière. D’Agatha Christie, avec l’Orient-Express ou le Train Bleu, jusqu’à J.B.Pouy et le TER de Fécamp dans “La petite écuyère à cafté” (mais aussi “L’homme à l’oreille coupée” du même auteur), en passant par “La maldonne des sleepings” de Tonino Benacquista, “Compartiment tueurs” de Sébastien Japrisot ou “Tokyo Express” de Seicho Matsumoto, on en trouve quantité d’exemples. Si elle n’a pas le prestige du Transsibérien cher à Blaise Cendrars, la modeste ligne ferroviaire de la vallée du Trieux, est très utile pour relier Paimpol à Guingamp. Pour le tourisme, mais aussi pour la population locale. Tel est le décor choisi par Denis Flageul, qui connaît bien sa région. Le pittoresque n’est pas forcément dans de lointaines contrées.

Est-ce que “les histoires d’amour finissent mal, en général”, comme le chanta Catherine Ringer ? Ce n’est pas une fatalité, non. Les contes d’antan ne se concluent-ils pas sur la formule “Ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants” ? Encore que, à bien lire ces histoires édifiantes, il en émane souvent une sacrée cruauté. Au fil du récit, Denis Flageul nous laisse d’ailleurs entrevoir les conséquences des retrouvailles entre Guénolé et Marie. La tonalité limpide du récit est chargée d’une tension progressive, cadencée par le tempo des trains suivant inexorablement les rails…

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:18

À Montmartre, le commissaire Léon est entouré de Nina Tchitchi, Pinchon et Bornéo, une équipe de policiers inefficaces bien que très actifs. Il vit avec son chien Babelutte dénué de flair et sa mère Ginette, aussi Belge qu’intrusive dans la vie de son fiston. Le QG de Léon, c’est Le Colibri, le bistrot de Jeannot au cœur du quartier. Pour les ébats sexuels, il peut compter sur Lou, moitié serveuse de bar, moitié pute. Le commissaire n’est pas loin d’en tomber amoureux. Il va bientôt devoir s’immiscer chez les Rastignac, la famille bourgeoise de Lou, car de curieux événements s’y produisent. Le soir de l’anniversaire de l’homme d’affaire Arnaud Rastignac, celui-ci et son chauffeur Georges périssent dans un accident.

Pour Léon, cette famille habitant une belle propriété à Chantilly mérite qu’on s’y intéresse. Il y a le patriarche, Lionel, fondateur de l’entreprise qui a fait leur fortune. Aujourd’hui, il est en fauteuil roulant, et le seul à savoir où est caché un lot de pierre précieuses. Vient ensuite Jacqueline Rastignac, l’épouse oisive d’Arnaud. Heureusement qu’elle a Paula, leur employée de maison, pour s’occuper de tout car elle ne brille pas par son intelligence. Le fils aîné et successeur d’Arnaud, c’est Jean-François. Il est marié à Muriel, une gourde, qui lui a donné une fille moche, Violette. Écœuré, son bonheur amoureux, il l’a trouvé ailleurs et autrement, Jean-François. Ensuite, voici Alice, la sœur célibataire, détestant toute sa famille, férue de sorcellerie satanique à base de maléfiques amulettes.

Outre la jeune Louise (Lou), reste Maurice – dit Mômo – le fils attardé mental, protégé autant qu’elle peut par Paula. Quand il ne cherche pas à voir les culottes des filles, Mômo passe son temps avec Zazou, son lapin empaillé qu’il traite comme s’il était vivant. Après l’accident suspect de son père, Lou sent planer une menace autour d’elle. Ça lui donne le cafard et ça l’angoisse fortement. Quand la petite Violette disparaît dans le parc de leur propriété, les Rastignac sont bien obligés de s’adresser à la police. Le commissaire Léon peut imaginer qu’il s’agit d’une simple fugue de la gamine. Au vu des circonstances de la mort d’Arnaud Rastignac et de son chauffeur, ça nécessite quand même une enquête.

À force de jouer avec les amulettes, Alice risque de s’y brûler. Croyant retrouver seule sa fille, Muriel est victime d’une violente agression et hospitalisée dans un état grave. De son côté, Jacqueline Rastignac s’aperçoit que son défunt époux menait une double vie. S’il se rendait souvent en Amérique, ce n’était pas uniquement pour son métier. C’est bientôt sur un meurtre que vont porter les investigations du commissaire Léon. Un indice probant va conduire à l’arrestation de Jacqueline, même si elle n’est sans doute pas coupable. Léon pourrait aussi bien soupçonner Mômo, peut-être pas si débile, ou l’aïeul Lionel. À moins que, dans l’ombre, n’apparaisse l’inquiétante silhouette d’un impitoyable vengeur…

Nadine Monfils : Il neige en enfer (Pocket, 2016)

Il était certes urgent d’éliminer Lou, cette poubelle à sperme qui salissait le nom des Rastignac. Mais il fallait d’abord tenter de sauver son frère. Viendrait ensuite le tour de sa mère, pour laquelle elle n’avait pas plus de considération que pour une plante verte. Le vieux ne serait pas épargné non plus. Ce n’est pas parce qu’il allait à la messe tous les dimanches qu’il était mieux que les autres ! Au contraire. Alice se disait que les bigots ont toujours quelque chose à se faire pardonner. Elle ne croyait pas en Dieu, sinon il aurait créé un monde parfait rempli de gens comme elle. En revanche, elle était persuadée que le Diable était là pour sauver l’humanité, si on prenait la peine de le solliciter dans un but louable, celui de débarrasser le monde de ses zones d’ombre. Quant à Mômo, il n’existait même pas. Celui-là serait le plus facile à éliminer. Elle le garderait pour le dessert.

Si la série des enquêtes du commissaire Léon ne sont pas aussi délirantes que les folles aventures de Mémé Cornemuse, et quelques autres titres bien déjantés de Nadine Monfils, c’est déjà une très bonne initiation à l’univers de cette romancière. Selon les épisodes, ce sont les "bras cassés" de son équipe de policiers, ou l’envahissante Ginette, la mère du commissaire, qui tiennent une grande place dans le récit. Dans “Il neige en enfer”, c’est la famille Rastignac qui est à l’honneur. Grandeur et décadence de la haute-bourgeoisie, pourrait-on dire en les observant. Caricaturaux, ces personnages ? Bien sûr, c’est le but. Néanmoins, on en arriverait presque à penser qu’il en existe de semblables.

La pétillante Nadine Monfils n’ignore pas qu’écrire une comédie policière, ça ne signifie pas seulement faire sourire les lecteurs. Si la fantaisie est indéniable et franchement agréable, l’intrigue n’en est pas moins celle d’un polar. L’accident mortel initial n’est pas le seul acte criminel, d’autres émailleront cette histoire. Malgré son apparent dilettantisme, la rigueur du limier n’étant pas sa qualité principale, comptons sur l’instinct du commissaire Léon ! On ne s’ennuie jamais en lisant les romans de Nadine Monfils.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:53

À l’automne 1923, Geoffrey Staddon est un architecte londonien à la réputation établie. Il est marié depuis dix ans avec Angela, fille du propriétaire des hôtels Thornton pour lequel Geoffrey conçut un des établissements de Londres. Le couple a perdu un fils en bas âge, et leur vie conjugale manque de chaleur. Geoffrey apprend qu’un drame vient de secouer la famille Caswell, à Hereford. Autour de 1910, il fut choisi comme architecte de la maison de Victor et Consuela Caswell, dans cette région à près de deux cent cinquante kilomètres à l’ouest de Londres. Ayant fait fortune au Brésil, d’où il ramena sa ravissante épouse, marié depuis un an, Victor Caswell appartenait à un milieu d’industriels du cidre.

Durant le temps de la construction, l’architecte eut souvent l’occasion de fréquenter la famille. Ainsi que le major Turnbull, grand ami de Victor. Le mariage combiné de Consuela avec Caswell ne pouvait apporter le bonheur à la jeune femme. Geoffrey et elle devinrent amants, envisageant de faire leur vie ensemble dès le chantier terminé. Tout était prêt, quand Geoffrey fut contacté pour un prestigieux projet sur Londres. Il renonça à l’idylle naissante avec Consuela, une rupture via une simple lettre explicative. Entre son propre mariage, la guerre 1914-1918 et le cabinet d’architecture, les années s’écoulèrent. Quand Geoffrey réalise que Consuela risque la pendaison pour meurtre, il décide d’agir.

Consuela est accusée du meurtre par empoisonnement de sa nièce, et d’avoir voulu tuer ainsi également sa belle-sœur et Victor, son mari. À l’évidence, l’arsenic utilisé est un désherbant dont se sert le jardinier de leur propriété. En outre, des lettres anonymes ont pu inciter Consuela à supprimer son époux, supposément volage. L’opinion publique locale est défavorable à la femme de Victor, puisque d’origine étrangère. Quand Geoffrey part se renseigner à Hereford, l’avocat de l’accusée n’est pas du tout optimiste. Il rencontre le jardinier et le majordome des Caswell, ainsi qu’Ivor Doak, l’ex-fermier miséreux que Victor priva de ses terres à l’époque, pour installer sa maison d’architecte.

Plus tard, ce n’est pas en Spencer Caswell, l’impertinent neveu de Victor, que Geoffrey pourra trouver un allié. Par contre, ses affinés se confirment avec Hermione, la sœur des frères Caswell. Célibataire et altruiste, elle refuse de croire dans la culpabilité de Consuela. Si Geoffrey a entrepris de sauver l’accusée, c’est également parce qu’il a reçu la visite de Jacinta Caswell, onze ans et demi, la fille de Consuela. Grâce à Hermione, il restera aussi discrètement que possible en contact avec l’enfant. Victor et Jacinta vont séjourner sur la Côte d’Azur, chez le major Turnbull : Geoffrey s’arrange pour les suivre jusque là, sous prétexte de vacances avec Angela. Victor Caswell ne lui cache pas son hostilité.

Tandis qu’Angela semble séduite par le major, Geoffrey s’interroge sur Imogen Roebuck, la gouvernante de Jacinta. Elle apparaît très proche de Victor. Par la suite, Geoffrey croise un des frères de Consuela, mais ce Rodrigo n’accorde qu’un mépris violent à l’architecte. Sir Henry Curtis-Bennett, grand avocat londonien, n’a que quelques semaines pour préparer la défense de Consuela. Si une lettre posthume de Lizzie, défunte femme de chambre de l’accusée, coûte cher à Geoffrey, elle permet d’éclaircir certains faits. Lors d’une mise au point avec son beau-père, le père d’Angela, l’architecte découvre des détails inattendus sur son propre passé. Si Geoffrey risque bientôt d’être lui aussi accusé de meurtre, il continue la mission qu’il s’est fixée…

Robert Goddard : Sans même un adieu (Sonatine Éd., 2016)

Jacinta ne me lâchait pas des yeux. Elle parlait avec une simplicité et une conviction qui faisaient tomber les dernières réticences que j’aurais pu avoir en estimant qu’elle n’avait pas toute sa lucidité et qu’elle se trompait. Il est tout à fait naturel pour une petite fille de croire sa mère innocente, même lorsque la culpabilité de celle-ci est manifeste. Mais était-ce là tout ce que signifiait sa détermination ? Et pourquoi, si elle avait raison sur ce point, Victor aurait-il dû me craindre ? […]
L’idée de Jacinta était on ne peut plus irréaliste. Si les preuves dont elle parlait existaient réellement, la police et les avocats de Consuela étaient beaucoup mieux équipés que moi pour les rassembler. Sans compter que je ne voyais pas comment expliquer à Angela qu’il me fallait de toute urgence me rendre à Hereford. Et que dire, une fois là-bas, à ceux qui me connaissaient ?

Avec “Sans même un adieu”, Robert Goddard démontre une splendide maturité d’écriture. Non seulement la structure scénaristique est d’une solidité à toute épreuve, mais la clarté du récit s’avère le grand atout favorable de ce roman. À l’opposé des intrigues cherchant à embrouiller l’esprit du lecteur en multipliant de nébuleux mystères, le narrateur Geoffrey Staddon raconte de façon lipide l’intégralité des faits. Dans un premier temps, ça implique des "retours en arrière" jusqu’à l’origine de sa relation avec les Caswell. C’est ainsi que nous faisons la connaissance des protagonistes de l’affaire, dont la plupart sont encore là une douzaine d’années plus tard. Aucune lourdeur dans cette "mise en place", puisqu’elle complète l’action présente, faisant comprendre la volonté du héros d’intervenir.

L’architecte Geoffrey est conscient qu’il a commis une erreur ou une faute, en délaissant la jeune femme dont il était épris. Il met tout en œuvre pour "réparer", même si ça ne doit pas être sans conséquence sur son confort de vie. Des remords l’habitent, sans doute. Un sens de l’honneur, également, qui correspond bien mieux à cette époque qu’à la nôtre. On est ici au début du 20e siècle, dans une Grande-Bretagne où les classes sociales sont très marquées. Les Caswell, ou même le beau-père de Geoffrey, font partie de la bourgeoisie d’affaire qui se place en caste dominante. Bien que connu et apprécié, un architecte reste au service de ces dirigeants. Et un avocat n’aura de poids que s’il est vraiment brillant. L’ambiance d’alors est restituée avec une très belle finesse, dans toutes ses nuances.

La sentimentalité serait encore un écueil dans un suspense de ce genre : l’auteur l’évite grâce au comportement qu’il prête habilement à Consuela. Si le bon-sens raisonnable et humaniste doit l’emporter, c’est bien Hermione Caswell qui symbolise cette idée-là. Pour captiver le lecteur dans un long roman tel que celui-ci (660 pages), il ne suffit pas de traquer des indices, d’élaborer des hypothèses, ou de privilégier un affrontement entre personnages. On veut ressentir la crédibilité de chacun, la possible véracité des situations. Ce que réussit parfaitement à transmettre Robert Goddard. Un vrai plaisir de lecture !

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 06:02

Tom Walsh s'est exilé dans les Midlands pendant sept ans. Il est de retour à Cornawona, son village d'Irlande. Il va épouser Claire O'Neill, la fille du vieux Paddy. Claire l'a attendu pendant tout ce temps, restant pure pour lui. Le couple s'occupera du "Corner Bar", le pub de Paddy. Mais Tom n'oublie pas ce qui motiva son départ. Le domaine de la famille Costello, "Castlehill", semble toujours le narguer. Un vieux contentieux l'oppose à Francis Costello, joueur impénitent et buveur excessif. Et puis il y a Nora, la sœur de celui-ci, pour laquelle il éprouve encore une trouble attirance. D’ailleurs, elle ne tarde pas à relancer Tom. Malgré Claire, il accepte de la rejoindre.
Reine, le lévrier de Claire, est malade. Des germes bactériens fragilisent ses pattes. Tom prend soin de la chienne, consulte un vétérinaire. Le traitement à base de piqûres guérit Reine. Tom remarque les qualités sportives de l'animal. Il entraîne Reine pour qu'elle soit prête à la compétition en cynodromes.

Alors que leur mariage est programmé, Claire comprend les raisons de Tom. Prendre une éclatante revanche sur son adversaire Francis Costello permettra à Tom de tourner définitivement la page. Et, peut-être, de s'écarter de la tentatrice Nora. La réputation de Reine, sous le nom de Connemara Queen, grandit dans la région. Toutefois, Reine reste une chienne fragile. Même s'il la prépare en fonction de ses handicaps, Tom n'est pas si certain qu'elle gagnera. En cas de victoire, Francis admettrait-il sa défaite ? Jusqu'où peut aller la passion du jeu ? Elle risque de finir par un drame causant plusieurs victimes…

Hervé Jaouen : Connemara Queen (Coop Breizh, 2016) – bilingue –

Qu’est-ce qu’une course de lévriers ? Un simple coup de catapulte qui expédie sur la piste deux, quatre, six, huit chiens. Les têtes s’aplatissent, les corps s’allongent démesurément, tous identiques et parallèles, puis les pattes antérieures griffent la terre battue, les ressorts s’enroulent et les cuisses puissantes propulsent les animaux vers un second allongement. Ensuite les lévriers glissent. Ils vont trop vite. L’œil est incapable de décomposer les mouvements. Ils n’ont plus rien à envier au lièvre mécanique qui file le long de son rail.
Quelques secondes d’acmé. Dans la cervelle des parieurs, le paroxysme éjacule du plaisir, à longs traits. Se remettre de l’éblouissement demande du temps. Entre l’arrivée de la course et l’explosion des hurrahs s’écoule un instant qui semble interminable.

"Perdre ou gagner sont les deux visages du même mal" dit Tom. Le joueur passionné prend le même plaisir dans les deux cas. S'il s'agit bien d'un roman sur ce thème, Hervé Jaouen ne néglige pas le contexte. L'Irlande, ses paysages, sa population, ses pubs : le lecteur est plongé dans un décor correspondant à la réalité. La rivalité entre les héros offre une ambiance très tendue, plus vert sombre (aux couleurs de ce pays) que vraiment noire. Une atmosphère de défi plane sur cette histoire, qui captive du début à la fin. Très vivant, fort excitant, une belle réussite.

Ce suspense n’en est pas à sa première parution : “Connemara Queen” fut publié en 1990 chez Denoël (coll.Sueurs Froides), réédité chez Folio en 1993 puis chez Folio policier en 1999. Il s’agit cette fois d’une édition bilingue Français/Anglais. En effet, le roman d’Hervé Jaouen a été traduit par Sarah Hill. Précisons que ce n’est pas une présentation double, page à page, mais que la version anglaise succède dans ce livre au texte en français. À lire donc soit séparément, soit d’une manière complémentaire. Sympathique initiative qui permet d’améliorer notre connaissance, souvent pleine de lacunes, de cette langue étrangère. Et cela, en appréciant une bonne histoire.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 06:03

Portant éternellement une parka de cuir et un bonnet de laine, mal rasé, Tom Harouys n’a pas l’allure de sa fonction. Il est commandant de police dans l’agglomération nantaise. S’il a une amie, Harouys préfère cohabiter avec son chat, aussi exigeant et ingérable soit-il. Ce policier n’est pas en bonne santé, mais il néglige ses douleurs. Depuis une récente affaire, qui l’a opposé à un médiocre dealer prénommé Freddy, il pense que sa hiérarchie souhaite l’écarter au profit d’un collègue plus servile. Harouys est assisté par son jeune collègue Delorme, nettement moins chevronné que lui. Un crime sanglant a été commis dans une ferme rénovée des environs. La victime, un homme âgé, habitait seul dans cette maison isolée. Selon le voisin qui a alerté la police, il était peu liant, pas causant.

C’est le juge Beauger, pas vraiment sympathique avec ses idéaux passéistes, qui traite le dossier. Harouys n’échangera qu’un minimum d’informations avec lui. Le policier retourne sur les lieux du meurtre, cherchant aux alentours d’éventuelles traces de l’assassin. Oui, il en a laissé alors qu’il surveillait la maison louée depuis deux ans par sa cible. La victime poignardée se nomme Bernard Fresnel. Du moins est-ce le nom sur sa carte d’identité, en version cartonnée ancienne, plutôt facile à falsifier. En parallèle, Harouys continue à faire pression sur le dealer Freddy, hospitalisé. Ce minable est mêlé à une embrouille, dont il n’est certainement pas l’instigateur. Le policier n’éprouve aucun scrupule à le secouer, afin qu’il avoue ce qu’il sait. Au risque que Freddy soit lui-même en danger.

Vérification faite, la victime disposait en effet de faux papiers. Reste à savoir qui était le vrai Fresnel, dont il a usurpé l’identité. Faut-il imaginer qu’il a éliminé celui dont il a pris le nom ? Voilà quelques temps, le soi-disant Fresnel fut l’objet d’une plainte, suite à une altercation lors d’un accrochage en voiture. Le juge en charge de l’affaire ne voit là qu’un litige de base, dû à une incivilité courante. Harouys entreprend d’explorer la maison du prétendu Fresnel. En fouinant, le policier découvre une vieille photographie et, surtout, des documents bien cachés. Ils concernent un épisode de notre Histoire remontant au tout début des années 1960. Il apparaît évident que le faux Fresnel et ses deux amis, sur la fameuse photo, firent partie des "affreux" du Service d’Action Civique.

Même si le temps a passé, enquêter sur le SAC reste problématique. Ces mercenaires ont longtemps été protégés par les politiciens gaullistes et leurs héritiers. Les expériences de la France en Algérie sont encore considérées comme Secret Défense. Un portrait-robot suffira-t-il à Harouys pour reconnaître un assassin qu’il ne désapprouve pas ?…

Jean-Pierre Bathany : L’homme sous la pluie (Éd.Sixto, coll.Le Cercle, 2016)

— L’enquête en cours ? Elle n’a pas réellement débuté. Et puis Blanchet prendra la relève.
Harouys fut sonné par la proposition. Ce remplacement par un collègue, surtout Blanchet, il le ressentait comme une humiliation. La surprise passée, il refusa toute mise à l’écart, fut-elle momentanée. Il mènerait l’enquête jusqu’à son terme. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui manquait de prendre le large, de s’octroyer un peu de bon temps avec son amie. Mais il y avait ce crime dans cette maison isolée.

Dès l’entame de cette intrigue, le lecteur est invité à comprendre que les faits se réfèrent au passé. Une époque qui semble bien lointaine, ces années 1960. Un contexte différent de notre vie actuelle. Avec De Gaulle, "Le prestige de la France" devenait le maître-mot, notre pays étant évidemment "en avance" sur quasiment toutes les autres nations. Autonomie technique, scientifique, pétrolière, économique, nous étions le peuple le plus heureux du monde.

Certes, les magouilles colossales de la Françafrique succédaient à la défunte colonisation, et bien d’autres secrets scandaleux étaient couverts par le régime – les financements occultes enrichissant éhontément les proches du pouvoir. Le système taisait également la vérité sur des exécutions en bonne et due forme. Nulle tache ne devait salir le blason rutilant du gaullisme triomphant, le SAC y veillait.

C’est un héros fatigué que nous présente ici Jean-Pierre Bathany. Pas de heurt frontal avec la hiérarchie policière et judiciaire, mais il est bien obligé de masquer ses résultats. Il ne ménage pas sa santé pour éclaircir le mystère. Roman d’enquête, c’est vrai. Pourtant, c’est la noirceur qui domine, dans la vengeance en cours comme par l’origine de l’affaire. Un sombre suspense, à découvrir.

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