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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 05:55

Sven Nelson est officier en second dans la marine marchande. Ça fait dix-huit ans qu’il bourlingue sur l’océan Pacifique. On le surnomme Swede à cause de son allure de Suédois. Il vient de passer trois ans sur le Lauterbach, bien décidé cette fois à abandonner la mer pour s’acheter une ferme et se marier. Mais Sven a la mauvaise habitude de s’alcooliser au rhum. C’est ainsi qu’il se réveille dans un motel, Le Perroquet violet, situé sur la côte entre Los Angeles et San Diego. La nuit précédente, il s’est bagarré avec un petit voyou du coin qui était aussi ivre que lui. L’individu étant sévèrement blessé, le shérif Cooper ne tarde pas à arrêter Sven. Vu le pedigree de la victime, la justice locale n’a pas de raison d’accabler le marin : il sera rapidement libéré sous caution.

Celle qui est intervenue pour l’aider, c’est la blonde Corliss Mason. Veuve d’un officier de Marine, c’est la séduisante propriétaire du motel Le Perroquet violet. Elle a immédiatement flashé sur Sven, un véritable coup de foudre. Elle correspondrait fort bien au projet actuel du marin : l’épouser et s’acheter une ferme dans sa région natale. Le couple envisage sans délai de se marier. Mamie est la femme du jardinier Meek, plus âgé qu’elle et plutôt antipathique. Employée au restaurant du motel, Mamie conseille à plusieurs reprises à Sven de s’en aller au plus vite. Simple intuition féminine, car elle trouve que l’ambiance n’est pas très saine autour de Corliss et du motel. Un argument qui n’a aucune chance de convaincre Sven, même s’il éprouve de la sympathie pour Mamie.

Cette nuit-là, Corliss est violée par le barman du Beachcomber, Jerry Wolkowysk. Quand elle en informe Sven, la réaction du marin ne se fait pas attendre : il cogne violemment le coupable, le tuant sans s’en rendre compte. Alerter la police, prévenir le shérif Cooper ? Il n’en est pas question pour le couple. Afin de se débarrasser du corps, Sven simule un accident de voiture en faisant chuter le véhicule de Jerry d’une falaise voisine. Il y a peu de risques qu’ils soient soupçonnés de meurtre. Pressés de se marier, Sven et Corliss se rendent au Mexique pour les formalités. Pas de lune de miel pour le couple, qui rentre bientôt au motel. Quelque peu décevant pour Sven, qui replonge dans l’alcool, abusant du rhum. La bienveillante serveuse Mamie lui renouvelle son conseil de s’en aller au plus tôt, prédisant qu’il est en danger – même si ça paraît fort confus.

Si les charges contre Sven dans l’affaire de la bagarre vont être relativisées et le cas sera clos d’ici peu, la disparition de Jerry Wolkowysk a fini par provoquer une enquête. Mais le shérif Cooper est, cette fois, accompagné d’un agent du FBI. Car le barman utilisait une fausse identité. Il était recherché par la police pour une grosse affaire d’escroquerie. Bien qu’il ignorât tout de cela, Sven risque au moins de passer pour complice, et même d’être accusé de meurtre. Il va devoir se dépêtrer de cette situation, la serveuse Mamie restant sans aucun doute sa meilleure alliée…

Day Keene : Le plancher des garces (Série Noire, 1967)

Je le virai du lit et l’envoyai au plancher d’un terrible coup de poing dans la bouche qui fit jaillir du sang.
— Allons, fumier. Debout ! Tu vas recevoir la dérouillée que tu mérites.
Il se mit à quatre pattes en balançant la tête comme un chien. Puis il se mit sur ses pieds. Il était ivre, mais pas complètement. On aurait plutôt dit qu’il était dans la vape, qu’il avait fumé ou mélangé drogue et alcool pour se donner le courage d’accomplir ce qu’il avait fait.
Le cerveau embrumé, il mit du temps à réagir. Enfin, son regard se posa sur Corliss. Il lui cracha du sang au visage.
— Salope ! fit-il d’une voix pâteuse. Ça ne m’étonne pas de toi !
Il avait du mal à s’exprimer d’une manière cohérente. Il avait trois incisives déchaussées qui tremblotaient dans une écume sanguinolente quand il parlait. Il se rassit sur le lit, glissa la main droite sous l’oreiller et en sortit un Colt45 automatique. Il dut déployer toutes ses forces pour le soulever. Ensuite, il le braqua sur moi…

Écrit par Day Keene en 1952, “Le plancher des garces” ne fut publié dans la Série Noire qu’en 1967. On peut préférer le titre original, “Home is the Sailor”, plus évocateur du retour à terre d’un marin dont la vie est depuis longtemps sur les flots mais qui se croit capable d’abandonner la mer. On se doute bien que, s’il entame une histoire amoureuse, ça ne se passera pas aussi simplement qu’il semble. Le contexte est aussi classique que l’intrigue dans le cas présent, suffisamment solides pour entraîner le lecteur dans les mésaventures du héros. On ne peut pas dire qu’il y ait un "regard sur l’Amérique" d’alors, ni d’autre ambition que de raconter la meilleure histoire possible. C’est du polar noir de bon aloi, suspense et énigme à la clé, avec son lot de péripéties. Néanmoins, les romans de Day Keene (1904-1969) s’inscrivent dans la très bonne tradition du genre. Un auteur que l’on aurait tort de négliger.

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 05:55

Californie, 1959. Âgé de vingt-sept ans, Johnny Aloha est natif d’Hawaï, territoire américain depuis le 14 juin 1900, qui sera sans tarder le 50e État à adhérer à l’union. Fils d’une vahiné et d’un militaire resté anonyme, Johnny a connu une enfance difficile, mais il se montra débrouillard dès sa prime adolescence. Voilà quelques années qu’il s’est installé à Los Angeles comme détective privé. Il n’a pas tardé à prouver son efficacité à résoudre avec succès les affaires qu’on lui confiait. Encore récemment, il a débarrassé le Chinatown de San Francisco d’un truand aussi dangereux qu’envahissant. Il est temps pour Johnny Aloha de s’accorder un peu de vacances dans son île d’origine.

C’est alors qu’il est contacté avec insistance par Gwen Cordovan, qui aura vingt-et-un ans d’ici quelques jours, et héritera de la fortune de son défunt père. Elle offre 5000 dollars à Johnny pour retrouver sa mère, Hope Starr. En effet, le détective a naguère connu cette femme à Hawaï. Hope Starr était une fêtarde, alcoolique et nymphomane. En quelques années, elle s’est mariée sept fois, elle a beaucoup voyagé avec ses époux, continuant les mêmes frasques. Des escapades qui coûtent cher, entre jeu d’argent, nuits arrosées et fête avec des hommes de rencontre. Marié avec Hope depuis deux ans, le très british colonel John Hare s’est lassé de ces turpitudes et envisage de divorcer.

Curieux de découvrir ce que cache cette disparition d’Hope Starr, c’est par le club de Joe Connors que Johnny débute son enquête. Elle a entubé le patron de l’établissement à hauteur de 10000 $. Le détective suit la trace des hôtels où Hope et son compagnon du moment se sont affichés, extravertis au point d’être virés de certains de ces hôtels. C’est avec le jeune lieutenant Stan Michaels que Hope a passé ces derniers jours. Johnny trouve bien vite la famille de cet homme. Le père, le frère, la sœur et leurs sbires cognent le détective – il lui en faudrait plus pour renoncer, affirmant que Stan Michaels et Hope Starr sont fiancés, qu’ils vont se marier d’ici très peu de temps. Bigamie ? Intéressant.

Gwen, qui n’est pas insensible au charme avéré du Haïtien, accompagne Johnny à Big Bear, la station touristique de montagne où doit être célébré ledit mariage. En effet, le couple ne s’y cache guère – la cérémonie étant pour bientôt, ce que vérifie le détective. Alors qu’il se présente dans leur chambre, Johnny constate que Stan Michaels vient d’être abattu – la silhouette de la tireuse semblant être celle de Hope Starr. Le détective est lui-même la cible de la femme qui s’enfuit, mais n’est pas blessé – il ne manque pas de réflexes. Ayant averti Gwen de l’acte criminel de sa mère frisant l’hystérie, Johnny alerte rapidement la police locale, en la personne du compétent policier Anderson.

Il n’est pas anormal qu’Anderson suspecte dans un premier temps Johnny Aloha, tant l’ensemble de l’affaire apparaît incroyable. Mais le policier a vite la confirmation du sérieux professionnel du détective. Et puis, certains détails sont étonnants : par exemple, on ne retrouve aucune empreinte de Hope Starr dans la chambre du crime où sa victime et elle s’en sont pourtant donné à cœur-joie dans les heures précédentes. Tandis que, rentré à Los Angeles, Johnny est une fois de plus menacé par un Chinois costaud, le détective commence à cerner les mystères de la disparition d’Hope et du meurtre. C’est la nommée Hilda Brunner qui détient les clés de cette affaire…

Day Keene : Vice sans fin (Série Noire, 1959)

Avec ce roman (titré en VO “Johnny Aloha ou Death in Bed”), Day Keene (1904-1969) donnait une nouvelle démonstration de son talent de romancier. Mettre en scène un détective privé californien n’aurait rien eu de vraiment novateur, le polar de l’époque en regorge. Mais c’est un personnage singulier qu’il présente, s’inscrivant dans l’Histoire des États-Unis – l’actualité d’alors soulignant l’entrée d’Hawaï parmi les étoiles du drapeau américain. Kioni – rebaptisé Johnny – Aloha n’a rien du détective loser, ni marginal, avec un parcours volontaire faisant de lui un citoyen digne de sa nationalité. Ce n’est pas la grosse somme proposée qui l’incite à renoncer à ses vacances, mais le fait qu’il ait connu la disparue – déjà exubérante – bien des années plus tôt.

Enquête classique ? Certes, mais fort énigmatique et qui ne manque ni de péripéties, ni d’ambiance. Il est vrai que cette Hope Starr a mené depuis une vingtaine d’années une vie des plus agitées, collectionnant les riches maris et les titres de noblesse. On suit avec un grand plaisir les investigations de l’intrépide détective – qui sera secoué dans la bonne tradition, racontées avec une belle fluidité. Encore un très bon titre de Day Keene.

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 04:55

En Californie, vers 1960. James Carson, trente-six ans, occupe un emploi de cadre à la comptabilité de la société pétrolière de El Segundo. Il vient d’épouser quinze jours plus tôt Shannon Grey, vingt ans, avec laquelle il a eu le coup de foudre voilà quelques semaines. Le couple est parti en voyage de noces sitôt après le mariage. Lune de miel en camping dans une caravane, une idée originale de Shannon. Au retour, Carson a encore du mal à maîtriser la conduite de sa voiture tractant ladite caravane. À un embranchement, ils se trompent de route durant la nuit. Peu après, le couple est attaqué par un duo de jeunes voyous. Ils violent Shannon sous les yeux de Carson, sans qu’il puisse réagir. Puis ils la kidnappent et disparaissent. Dès qu’il le peut, le mari alerte la police.

Une escouade de flics est bientôt sur place, mettant tout en œuvre pour intercepter les deux malfaiteurs et leur prisonnière. Toutefois, les policiers se montrent vite sceptiques sur la version des faits donnée par Carson – qui ne dit que la vérité, pourtant. Dans la voiture, ils trouvent un revolver qui n’est pas censé y être. Peut-être une précaution, dont Shannon a oublié d’avertir Carson. Dans les fichiers photos de police, il ne reconnaît pas leurs agresseurs. Il regagne son appartement, mais reste sous l’œil des enquêteurs. La seule famille de Shannon, c’est sa sœur Shirley Grey. L’épouse de Carson ne lui a pas caché que la blonde Shirley était mi-strip-teaseuse, mi-prostituée. Il se rend à l’hôtel où elle réside. Si Shirley apparaît effectivement beaucoup plus vulgaire que Shannon, elle n’est pas indifférente au sort de sa sœur. Sa spontanéité ne déplaît pas à Carson.

Les policiers pensent avoir accumulé les indices contre leur suspect, avec des témoignages et des éléments à charge. Toujours vive, Shirley ne leur cache pas sa façon de penser, affirmative sur l’innocence de son beau-frère. Faute de preuves suffisantes, Carson et Shirley sont libres. La sœur de Shannon s’installe dans leur appartement, essayant d’aider Carson a démontrer qu’il n’est pas un meurtrier. De la sympathie au sexe, il n’y a qu’un pas pour le couple. Dès le le demain, Carson reçoit une demande de rançon de la part des ravisseurs, accompagnée d’une photographie éloquente de Shannon. Les 50.000 dollars réclamés, c’est bien plus d’argent qu’il n’en possède. Néanmoins, il y a peut-être une solution pour payer – sans prévenir la police. Les kidnappeurs sont très bien renseignés sur le lieu de la remise de la rançon.

Carson et Shirley agissent du mieux possible pour empêcher les deux ravisseurs de toucher le gros paquet de dollars. Mais Shannon n’est pas libérée pour autant, et le duo parvient à filer. La police n’était pas loin, intervenant en accusant une fois de plus Carson d’avoir monté ce scénario pour – en plus du meurtre – détourner cette forte somme. S’il parvient à s’enfuir, Carson est blessé et hospitalisé. Ce qui lui permet de réfléchir à la situation inextricable dans laquelle il est plongé…

Day Keene : Je cherche après Shannon… (Série Noire, 1960)

Compte tenu de la raclée qu’il avait reçue, il fut étonné qu’elle ait laissé si peu de traces. Il n’avait jamais été ce qu’on appelle un "joli garçon". Ses traits étaient trop marqués, trop virils. Il avait trente-six ans, et son visage commençait à se rider. Ses cheveux grisonnaient par endroits. Mais, même après cinq années passées derrière un bureau, il conservait sa forme physique. Ses quatre-vingt kilos étaient du muscle pur. Le jour où il se retrouverait en face des deux jeunes brutes, il n’aurait besoin de personne pour leur régler leur compte.

Quand il écrit ce roman, Day Keene (1904-1969) a déjà une bonne trentaine de romans à son actif. C’est dire qu’il maîtrise parfaitement une intrigue et son suspense. La base de l’histoire ne cherche pas l’originalité : une jeune femme enlevée et séquestrée, son mari faisant figure de principal suspect. Comme la plupart des héros de l’auteur, James Carson est un citoyen américain honnête, peu préparé à devoir prouver son innocence. Malgré tout, il ne manque pas de combativité, espérant retrouver saine et sauve sa jeune épouse. En face, la police choisit la facilité, tant il est vrai que la version du mari est bancale par rapport aux indices qu’ils collectent.

Heureusement, il peut compter sur sa belle-sœur. “Pour autant qu’il pût en juger, Shirley n’était pas immorale, ni même amorale. Elle voyait les choses en face ; et, pour survivre dans la jungle enfumée, alcoolisée et artificielle où elle vivait, elle utilisait au mieux la seule arme dont l’eût pourvue la nature. En outre, elle avait pour Shannon un attachement farouche.” Le savoir-faire avéré de Day Deene et sa narration fluide visent à captiver les lecteurs, en ménageant autant de rebondissements que de questions. Un authentique polar de tradition.

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 04:55

James Brady, trente-quatre ans, est marié à May, une veuve qui a deux enfants. La famille s’est installée dans la lointaine banlieue de New York. Ce qui ne simplifie pas la vie de Brady, par rapport à son métier. Rédacteur publicitaire pour une société new-yorkaise, un travail mal payé, il prend le train chaque jour pour rejoindre son emploi. Il a du mal à faire face financièrement pour assumer les charges familiales. Un meilleur salaire serait inespéré, son job étant déjà précaire. Ce jour-là, la météo étant mauvaise sur New York, il prend un taxi, car il est en retard. Une jeune femme vêtue d’un imperméable rouge avait choisi le même véhicule. Face à Brady, elle semble effrayée, et sort vivement du taxi. Elle est percutée par une voiture, blessée sans gravité, et va être bien vite hospitalisée.

Brady fait comme s’il n’avait rien vu de l’incident. Peu après, il découvre dans le taxi un paquet oublié par la jeune inconnue. Bien qu’il ne puisse pas immédiatement compter la somme en billets, il réalise qu’il y a là un gros pactole. L’honnête Brady s’interroge. Avec cet argent, c’est la fin de ses soucis financiers. Il décide de le garder. Il s’isole dans un hôtel douteux afin de chiffrer la somme. 50.000 dollars, c’est énorme. Ne pouvant pas le ramener tout de suite chez lui, il dépose le paquet à la consigne de la gare de Grand Central. Il est bientôt conscient que tant d’argent en billets, emballés dans un journal de Chicago, ça appartient sûrement à quelqu’un de la pègre. Brady sait pertinemment que les gangsters ne plaisantent pas avec ceux qui dérobent leurs biens.  

La jeune blessée a vingt-et-un ans, elle se nomme Ruby La Rue. Officiellement danseuse à Chicago, elle transportait ce paquet pour le compte de Louie Diamond. Ce dernier est un des grands caïds de la ville, ayant fait partie de la mafia des temps héroïques à l’époque d’Al Capone, Bugsy Siegel et autres chefs du banditisme. Se faire doubler par une fille comme Ruby ou par quiconque ayant piqué le paquet, pas question ! Louie Diamond envoie rapidement deux sbires à New York pour retrouver le paquet de billets. Pour sa part, Ruby étant sortie de l’hôpital, elle cherche à remettre la main sur le fric. Elle a retenu le nom du chauffeur de taxi, dont elle trouve l’adresse personnelle. Mais les hommes de main de Louie sont déjà sur sa trace., réagissant sans pitié.

Pendant deux jours, James Brady traîne dans les bars, échafaudant les projets qu’il pourra concrétiser avec ce pactole. Y compris réussir à écarter sa jeune belle-fille, qui se montre trop sentimentale avec lui. Échapper aux mafieux ne sera sans doute pas facile non plus. Par ailleurs, deux policiers ont fait le lien entre Ruby et Louie Diamond, surveillant aussi discrètement que possible la jeune femme. Garder les 50.000 dollars n’est probablement pas la meilleure solution pour Brady…

Day Keene : Un colis d’oseille (Série Noire, 1959)

Dans ce roman publié en 1959 dans la Série Noire, Day Keene (1904-1969) utilise avec une belle habileté un sujet souvent traité par les auteurs de polars. Un gros paquet de billets tombé miraculeusement entre les mains d’un quidam, et tout peut arriver. Brady est un citoyen ordinaire, assez désargenté, employé modeste et chargé de famille, auquel une telle somme ferait grand bien – mais sa trouvaille devient aussi embarrassante. Si Day Keene nous présente le mafieux de Chicago propriétaire du pactole, ce sont les cas de Brady et celui de Ruby qui priment.

Pour la jeune femme, un moyen d’échapper à ce monde de la pègre si malsain. Pour Brady, qui réfléchit aux conséquences favorables mais également aux risques, il y a là un coup à tenter. Dans les romans de Day Keene, c’est le vécu des personnages qui leur confère une authenticité, une crédibilité. S’y ajoute un atout fort : le contexte, l’Amérique de l’époque. Au-delà de l’intrigue proprement dite, l’auteur se veut témoin de son temps. Il convient de souligner la fluidité narrative du récit, qui ne cherche jamais à égarer les lecteurs. Injustement dédaigné, Day Keene fait partie des très bons romanciers de la Série Noire. Relire (ou découvrir) ses polars est toujours un vrai plaisir. 

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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 04:55

Chicago, au milieu des années 1950. Jim Lathrop est professeur de maths au collège de Palmer Square. Depuis trois mois, il est marié à la blonde Wilma, vingt-et-un ans. Ce jour-là, Jim est agressé dans un parking par un duo de brutes. Ceux-ci lui donnent un paquet destiné à Wilma. Jim rentre chez lui. Quand son mari lui raconte sa mésaventure, Wilma affirme n’y rien comprendre. Dans le paquet il y a environ 5000 dollars, sacrée somme ! Le matin suivant, Jim s’aperçoit que Wilma a disparu. Il contacte illico la police. Le lieutenant Jezierna écoute attentivement les malheurs de Jim. La fiche de Wilma figure dans les dossiers de la police, sous plusieurs identités. Comme son mari Jim, les flics possèdent très peu de renseignements sur les proches de Wilma.

Jim vient en aide à un couple de petits délinquants, Eddie Mandell — dix-sept ans — et son amie Jenny. Il vaut mieux les remettre dans le droit chemin, faciliter leur union. Mais surtout, Jim cherche des pistes pour retrouver sa bien-aimée. Plus adroit que la police, il déniche l’adresse de Vladimir, le frère de Wilma. Celui-ci ne se montre pas hostile envers Jim, même s’il ne cache pas que sa sœur l’a choisi car c’était un homme respectable. Peu après, Jim découvre Nielsen – le gardien de son immeuble – assassiné dans la cave. Cette fois encore, il alerte la police. Ça commence à faire beaucoup d’énigmes autour de Jim, se disent les enquêteurs. Leur principale hypothèse, c’est que Wilma a été incinérée dans la chaudière se trouvant à la cave.

Voulant contacter son avocat, Jim est à nouveau agressé par le duo des brutes du parking. Simple plaisir de cogner le professeur, peut-être. Pensent-ils vraiment que Jim sait où sont cachés les diamants volés par Wilma ? Jim a intérêt à profiter de sa liberté pour retrouver la trace de Wilma, dont il ne doute pas qu’elle soit encore vivante. Car il est désormais recherché pour meurtre. Bien que devant prouver son innocence, Jim possède assez de sang-froid pour ne pas paniquer. D’autant que la police ne semble pas traquer le fugitif. Les flics ont déjà compris que Wilma, morte ou vive, est davantage victime que coupable dans cette affaire-là. Jim va être de nouveau confronté au duo de brutes, mais avec de meilleurs atouts, ce coup-ci…

Day Keene : Question de braises (Série Noire, 1956)

Day Keene (1904-1969) fut un des auteurs populaires de la Série Noire dans les années 1950-60. Si ses romans n’avaient pas la noirceur de ceux d’un David Goodis, ni la complexité d’un John D.MacDonald, par exemple, il s’agissait de solides intrigues polars, riches en rebondissements. Les protagonistes sont toujours crédibles, correspondant aux Américains de l’époque. Dans ce “Question de braises” (1956), le héros est un professeur de collège ordinaire, respectueux de la loi et de la morale. Ce qui explique une bonne dose de lucidité chez lui, malgré les épreuves qu’il va traverser. C’est son amour pour sa femme – qu’il connaît si mal – qui le guide dans ses actes. Day Keene démontrait qu’il n’est pas obligatoire de faire du spectaculaire, du pétaradant, pour raconter une histoire qui "tient la route". Scénario de qualité et narration claire, le secret des romans agréables à lire.

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 05:55

Barney Mandell est un champion de boxe connaissant une célébrité certaine dans la région de Chicago, autour de 1950. Il est né dans une famille d’immigrés polonais, et s’appelle officiellement Bernard Mancztochski. Il a été élevé dans le quartier des abattoirs, le plus pauvre de Chicago. Ma, sa mère, y habite toujours, ainsi que Rosemary Doyle, leur voisine infirmière, amie d’enfance de Barney. Son père est décédé, de même que son oncle Vladimir qu’il n’a jamais connu. Cet enseignant polonais s’était, lui, expatrié au Brésil. Barney a épousé la séduisante Gale Ebbling, fille du fortuné Juge Ebbling, lequel vit dans une belle propriété de Lake Forest. Ces deux dernières années, sujet à des hallucinations pouvant entraîner des violences, Barney les a passées dans un hôpital psychiatrique.

Cette épreuve est terminée pour le boxeur, qui est sorti le jour-même. Il s’est installé dans un hôtel de Randolph Street. En partie parce qu’il est déçu que Gale ne soit pas présente, il a passé la journée à s’enivrer dans des bars. Agressé dans sa chambre d’hôtel, Barney découvre bientôt le cadavre d’une blonde dans sa salle de bains. Cette Virginie Marvin l’avait allumé quelques heures plus tôt, mais il ne lui avait pas cédé. Barney est presque sûr de ne pas avoir tué cette fille. Il pense fuir, mais manque d’argent. Alors, autant qu’il appelle la police. Appartenant à une famille de flics, Rosemary le rencontre en cellule. Elle ne le croit pas coupable. Mais c’est évidemment l’intervention du Juge Ebbling qui s’avère capitale. Si l’enquête se poursuit, les charges contre Barney semblent occultées.

M.Curtiss est un agent officiel du fisc, qui paraît informé dans les détails de tout ce qui concerne Barney et sa famille. Toutefois, le boxeur n’en saura pas davantage, car Curtiss est abattu par un inconnu. Barney ne peut pas exclure avoir été lui aussi visé. Prévenir la police ? Non, il a hâte de rejoindre Gale à l’hôtel. Mais avant, il fait un détour par chez sa mère. Où se trouve Rosemary, mécontente contre Barney, et surtout Pat Doyle, le frère policier de la jeune femme. Ce dernier reproche au boxeur d’avoir laissé sa mère sans soutien financier depuis deux ans, Ma ayant vécu de la charité du voisinage. Ce n’est pas ce qu’avait prévu Barney pour sa mère, pourtant. De nouveau, il va être interpellé par les policiers, concernant cette fois le meurtre de M.Curtiss.

Cette fois, son beau-père s’est carrément déplacé pour le sortir de prison. Voiture avec chauffeur, prestige du personnage, Barney n’a d’autre choix que de jouer "profil bas" face au Juge Ebbling. Il ne sait trop si une caution a été versée. Dans un premier temps, il rejoint Gale à l’hôtel, pour des retrouvailles torrides. Puis le couple quitte Chicago, pour la maison des Ebbling, à Lake Forest. L’inspecteur Carlton et le lieutenant Rose viennent jusqu’à là relancer Barney, qui redoute de sombrer à nouveau dans un état psychologique le renvoyant à l’asile…

Day Keene : Deuil immédiat (Série Noire, 1958)

Alors on le regarderait comme on regarde un fou. On annulerait sa caution et on le retiendrait, comme témoin, sans même lui donner le temps de voir Gale. Mandell se remit à transpirer. La police pouvait tout aussi bien penser qu’il avait tué Curtiss. L’inspecteur Carlton le considérait comme un assassin. La dernière chose que Carlton avait dite, c’était : "Je mettrais ma tête à couper que Mandell était avec la souris, et qu’il l’a descendue."
Le jour commençait à éclairer la fenêtre. Les périodes de silence, entre les grondements du métro, diminuaient au fur et à mesure que le rythme du jour croissait pour acheminer le premier flot matinal. Il y eut un bruit précipité, quelque part dans l’immeuble. Dehors, dans le couloir, des portes de fer s’ouvraient et se fermaient ; c’étaient les groupes d’ascenseurs qui s’étaient mis en marche.

Écrit en 1951, “Deuil immédiat” fut le cinquième roman signé Day Keene (1904-1969). On peut préférer son titre original “To kiss, or kill” (Embrasser ou tuer), plus évocateur. Paru en 1954 dans la collection Oscar, peu diffusée, il trouva sa place en 1958 dans la Série Noire, dont l’auteur était déjà un des piliers. Il fut réédité en poche dans la collection Carré Noir en 1973. Day Keene reste un des experts du roman noir de l’après-guerre. En examinant une intrigue telle que celle-ci, on réalise à quel point elle est finement pensée et fort bien construite. Il ne s’agit pas simplement de présenter un héros accusé à tort, qui s’enferre dans la position de coupable idéal. L’auteur ne noircit pas les situations, mais il entretient des questions énigmatiques autour du personnage central.

Barney Mandell n’est pas un quidam ordinaire. Issu d’une modeste famille de Polonais, son parcours ascensionnel plaide pour lui : c’est un type réglo. Ce qu’il rappelle ainsi à un de ses amis du quartier : “Je ne vous ai rien fait et vous me traitez comme une merde. Je suis fort en gueule, je suis un gars prudent, je suis un voyou de derrière les abattoirs, à qui un petit succès sur le ring et un riche mariage sont montés à la tête. Tout ça c’est des conneries. Vous le savez. Pourquoi est-ce que je n’aurais pas une bonne opinion de moi-même. Je suis en haut de l’échelle, à côté des meilleurs gars de ma série. J’ai gagné un tas de fric avec mes poings…” Peut-être a-t-il des défauts, et fut-il un temps ébranlé par les coups au point d’être interné, mais c’est quelqu’un qui n’a rien à se reprocher. Et c’est ainsi qu’on le suit dans ses mésaventures, qu’on espère qu’il se tirera du pétrin, car on est confiant quant à son innocence.

Les romans de Day Keene étaient d’excellents polars, il faut s’en souvenir.

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 04:55

À Chicago, vers 1960. Âgée de quasiment dix-huit ans, Dona Santos est la fille d’Estrella Santos, une chanteuse devenue célèbre. Après avoir fait carrière dans les clubs et à la télévision, Estrella part pour la Californie, où elle va faire du cinéma. Elle a récemment offert à Dona une Cadillac décapotable couleur crème. La jeune fille est fiancée avec le lieutenant de police Charles Mercer. Mais, dès le départ d’Estrella pour Hollywood, Dona rompt ses fiançailles avec le policier. Car sa mère vient de lui faire une révélation sur ses origines. Au volant de sa Cadillac, Dona part vers le "Deep South", le Sud Profond des États-Unis. Sa destination est Blairville, une bourgade campagnarde située entre Natchez (Mississippi) et Mobile (Alabama). Dans un premier temps, elle descend à l’hôtel.

Si Dona a parcouru mille cinq cent kilomètres en voiture, c’est dans le but de tuer Blair Sterling. À la tête d’une plantation exploitant le coton, c’est le plus gros propriétaire de la région. Riche célibataire, ce Sterling a toujours été un grand consommateur de femmes. Au temps où elle s’appelait encore Beth Wilbur, à l’âge de quinze ans, Estrella fut violée par Sterling. Par conséquent, il est le père de Dona. Prise d’un besoin de vengeance, celle-ci a acheté un revolver à Chicago. Bien que n’ayant aucun plan précis, si ce n’est d’éviter d’impliquer sa mère, Dona est déterminée à assassiner cet homme. Elle trouve l’occasion de louer au lieu-dit Loon Lake un bungalow appartenant à Sterling. C’est ainsi qu’elle fait sa connaissance, et que – séduit par la beauté de Dona – il l’invite à une soirée chez lui.

La jeune fille se familiarise rapidement avec l’ambiance locale. C’est une petite ville bien tranquille, mais où les traditions ségrégationnistes sont encore fortes. Ce que déplorent certains habitants, dont le shérif et son équipe. Ex-militaire en Corée, où il avait le grade de capitaine, Beau Jackson boite depuis qu’il a été blessé durant cette guerre. Ce Noir est désormais étudiant en Droit, assumant quelques jobs pour financer ses études. Il subit les préjugés de ses concitoyens les plus racistes, des petits Blancs moins intelligents que lui. Outre sa prise de contact avec le père Miller, prêtre de Blairville, Dona a surtout entamé une relation ambiguë avec l’avocat Jack Ames. Ce dernier est visiblement amoureux d’elle, mais Dona ne tient pas à l’y encourager. Dans son métier, Jack Ames défend tout le monde, y compris des Noirs.

Tandis qu’un journaliste local prépare un article sur Dona, "fille de star", Sterling continue à rôder autour de sa locataire. Il lui envoie sa jeune employée métisse Hattie pour faire le ménage au bungalow, et peut-être pour la sonder. En ville, un accident de voiture se produit entre Sterling et Beau Jackson. Parole contre parole, tous deux prétendent avoir eu la priorité à ce carrefour. Vu sa position sociale, Sterling entend bien qu’on lui donne raison. Les policiers de Blairville sont assez sceptiques, sachant les emportements de ce notable. Dona réalise l’inanité de son projet criminel. Tuer le hautain Sterling, typique de ces Sudistes détestables, ça ne servirait probablement à rien. Alors qu’elle songe à rentrer à Chicago, les choses vont s’accélérer dramatiquement pour elle… 

Day Keene : Le deuil dans les veines (Série Noire, 1966)

Dona reporta son attention sur Blair Sterling. Il faisait un fort bon maître de maison. Après le déjeuner, il avait insisté pour la conduire en ville à bord de l’une de ses voitures, et veiller au transfert de ses bagages de l’hôtel au bungalow. Quels qu’aient pu être ses mobiles secrets, il s’était conduit en gentleman. Elle étudia son visage, chercha à discerner les points faibles de sa cuirasse. Il en avait deux. D’abord, c’était un Sterling, d’une famille qui appartenait déjà à l’aristocratie terrienne cent ans avant la Guerre de Sécession. Il possédait plus de terres que n’importe qui à Blairville. C’était lui qui avait la plus grande maison, lui qui produisait le plus de coton, lui qui faisait travailler le plus de gens, blancs ou noirs. Et il tirait orgueil de sa qualité de Blanc, du fait qu’autrefois, sa famille avait possédé un nombre considérable d’esclaves.
Le second point faible de Blair Sterling : son exigeante sensualité.

Même si Day Keene (1904-1969) fut un auteur très productif, “Le deuil dans les veines” n’est vraiment pas un banal polar. Ce roman illustre une époque de l’Histoire des États-Unis. Nous sommes dans le Sud du pays, des régions longtemps esclavagistes, enrichies grâce aux plantations de coton. Dans ces contrées d’Alabama, de Géorgie, du Mississippi, la ségrégation raciale et sociale perdura, car elle était considérée comme légitime par les propriétaires terriens fortunés. Ceux-ci méprisaient les Blancs pauvres, mais c’étaient les Noirs qui subissaient les plus constantes humiliations.

Ce roman se passe au temps où furent votées les premières lois favorables aux Noirs. On ne les appliqua qu’avec réticence dans beaucoup de ces comtés, les contestant souvent. L’état d’esprit raciste ne s’éteignit jamais totalement pour une part de la population. “Pas par conviction profonde et raisonnée, d’ailleurs : ce serait plutôt qu’ils se conforment à ce qu’on attend de nous par tradition car, en dehors des vieux durs à cuire et des illettrés des coins perdus du marais, il y en a bien peu parmi nous qui croient que la couleur fait d’un individu l’inférieur d’un autre” explique l’avocat Jack Ames.

Malgré le poids des coutumes, ainsi que le montre Day Keene, la mentalité des habitants était parfois plus positive. Une commerçante, une serveuse, le prêtre, les policiers, en apportent la preuve. Pas de militantisme démonstratif dans cette fiction, mais un regard sur des comportements passéistes ou ayant évolué. Quant à l’épineuse question des mariages mixtes, s’il rappelle que la Reine de Saba fut intime avec Salomon, et que Moïse avait épousé une Éthiopienne, l’avocat avoue que le sujet est franchement compliqué. À travers le personnage de Beau Jackson, on nous rappelle les cas de soldats américains noirs qui ne manquèrent pas de bravoure.

L’intrigue criminelle proprement-dite est exemplaire. L’auteur ne cherche jamais à nous égarer avec de nébuleux mystères, à surcharger le suspense ou la noirceur. C’est un récit vivant et fluide qu’il livre aux lecteurs. Les descriptions, de la ville et de quelques-uns des protagonistes, sont d’une absolue clarté. Les scènes d’une nuit d’orage accréditent une certaine démence, en opposition avec l’aspect paisible de la région. Le moindre rôle, fut-il annexe, a sa fonction dans l’histoire. Un roman remarquable de Day Keene.

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 04:55

Automne 1952. Âgé de trente-cinq ans, Mark Harris était un brillant avocat californien. Il était marié à Maria, sœur du caïd mafieux Cass Angelo. Sa femme lui demandait d’arrêter de couvrir des affaires douteuses, en particulier celles de son frère. D’autant que cette situation était responsable d’un alcoolisme de plus en plus addictif chez Mark. Celui-ci était toujours très épris de Maria, mais il fut responsable de sa mort. Quand la voiture de Mark tomba du haut d’une falaise du côté de San Chino, la police locale estima qu’il ne pouvait avoir survécu à l’accident. Par contre, tant qu’on n’aurait pas retrouvé son cadavre, Cass Angelo ne se contenterait pas de cette version. Il ferait tout pour venger sa sœur.

Cinq semaines ont passé depuis la disparition de Mark. C’est dans un asile pour clochards de Chicago qu’il reprend finalement ses esprits. Tout ce qui s’est produit entre-temps reste flou dans sa mémoire, bloquée par l’éthylisme. Il s’est énormément alcoolisé durant cette période, et n’a quasiment plus d’argent. Sans doute apparaît-il différent de ses congénères d’infortune, car Mark est bien vite remarqué par la riche et bienveillante Mme Hill. C’est une jeune blonde de vingt-neuf ans, assistée par sa domestique Adèle, venant en aide aux clochards. Brièvement mariée à un concessionnaire vendeur de voiture qui était largement son aîné, May Hill est veuve depuis dix ans, et héritière des biens du défunt.

Quand elle interroge Mark, il se fait passer pour un certain Phillip Thomas, ancien expert-comptable originaire d’Atlanta. Un homme qui a réellement existé et qui connu beaucoup de déboires. May Hill fera vérifier ces informations par une agence spécialisée. Elle engage Mark en tant que chauffeur. Il sera logé dans la belle demeure où May vit recluse depuis dix ans. Les fenêtres sont closes par des planches, mais l’intérieur est très confortable. Il y a des bruits nocturnes comme dans toute vieille maison, rien d’inquiétant. Si May Hill est attirée par Mark, elle semble encore hésitante. Lui se renseigne sur les circonstances de la mort de Harry Hill, une décennie plus tôt. Il s’agissait d’un meurtre.

À une époque, May fréquenta Link Morgan, un gangster. Il disparut sitôt après qu’il eût assassiné l’époux de la jeune femme. Heureusement, ce crime ne causa pas d’ennuis à May. Si Morgan était impliqué dans un casse, seuls quelques-uns de ses complices finirent en prison. Devenue intime avec Mark, le jeune femme a maintenant envie de retrouver la joie de vivre. May propose le mariage à Mark, avant que tous deux partent en voyage à Rio-de-Janeiro, avec une étape à La Havane. Un bon moyen pour Mark de s’éloigner du danger représenté par Cass Angelo. Pour cela, il a besoin d’un passeport au nom de Phillip Thomas. Il fait en sorte d’obtenir des papiers d’identité authentiques. Certains mariages peuvent réserver de mauvaises surprises…

Day Keene : Vive le marié ! (Série Noire, 1955)

Je retournai au garage et ramassai une longue corde que j’avais vue traîner sur l’établi. J’essayai de la casser avec les mains, sans y parvenir. Elle était relativement neuve. Ce fut plus difficile de trouver un poids pour lester le cadavre. J’hésitai entre deux pavés poussiéreux d’une quinzaine de kilos et une vieille roue d’acier qui semblait provenir d’une Daimler. Je choisis finalement les pavés. Je les mis dans la malle arrière avec la corde et Martin. J’étais en train de refermer, quand la porte s’ouvrit et May descendit les marches. Si elle avait peur, ça ne se voyait pas. Ses hauts talons sonnaient sec sur la pierre. Elle portait un long manteau de vison et une élégante toque de vison, assortie. Le froid avivait le rose de ses joues. Sa respiration, qui se condensait en petites bouffées de vapeur, était précipitée…

De 1949 à 1964, Day Keene (1904-1969) fut un des piliers de la Série Noire, avec environ trente-cinq titres publiés (dont quatre initialement parus chez Denoël, en 1952-53). Dans bon nombre de ses livres, le héros est un quidam devant démontrer son innocence. Sur une trame différente, “Vive le marié !” n’est pas moins représentatif de sa conception des intrigues. D’emblée, le "vécu" du héros est sombre et compliqué. Il est dans la dèche, après une affaire criminelle qui l’a contraint à fuir sa vie aisée. La chance va tourner en sa faveur, grâce à la rencontre avec May Hill. Et à leur coup de foudre mutuel. Mais une menace est toujours présente. Et il doit mentir à sa bien-aimée pour pouvoir reconstruire sa vie. Échappe-t-on à son destin ? Dans ce type de romans noirs, c’est très rare.

Il est intéressant de noter que cette histoire est située dans son époque, faisant référence par exemple à Pearl Harbor, dix ans auparavant. Ou évoquant le mafieux Frank Nitti, un des successeurs d’Al Capone. On est donc dans l’Amérique de ce temps-là. On ne peut que partager l’opinion du "Dictionnaire des Littératures Policières" de Claude Mesplède : “Le décor est réaliste, sans plus. L’action, le suspense et les coups de théâtre sont privilégiés et font de tous ces romans d’excellents divertissements.” En effet, c’est ici un roman sans temps mort, parfaitement construit, d’une fluidité idéale. Il a été adapté au cinéma par René Clément en 1964 sous le titre “Les félins”, avec Alain Delon, Jane Fonda, Lola Albright, Sorrel Booke (Boss Hogg, dans "Shérif, fais-moi peur"). Ce film fut exploité aux États-Unis sous le titre original du roman, “Joy house”. Un bel exemple de la Série Noire traditionnelle.

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