En Californie, vers 1960. James Carson, trente-six ans, occupe un emploi de cadre à la comptabilité de la société pétrolière de El Segundo. Il vient d’épouser quinze jours plus tôt Shannon Grey, vingt ans, avec laquelle il a eu le coup de foudre voilà quelques semaines. Le couple est parti en voyage de noces sitôt après le mariage. Lune de miel en camping dans une caravane, une idée originale de Shannon. Au retour, Carson a encore du mal à maîtriser la conduite de sa voiture tractant ladite caravane. À un embranchement, ils se trompent de route durant la nuit. Peu après, le couple est attaqué par un duo de jeunes voyous. Ils violent Shannon sous les yeux de Carson, sans qu’il puisse réagir. Puis ils la kidnappent et disparaissent. Dès qu’il le peut, le mari alerte la police.
Une escouade de flics est bientôt sur place, mettant tout en œuvre pour intercepter les deux malfaiteurs et leur prisonnière. Toutefois, les policiers se montrent vite sceptiques sur la version des faits donnée par Carson – qui ne dit que la vérité, pourtant. Dans la voiture, ils trouvent un revolver qui n’est pas censé y être. Peut-être une précaution, dont Shannon a oublié d’avertir Carson. Dans les fichiers photos de police, il ne reconnaît pas leurs agresseurs. Il regagne son appartement, mais reste sous l’œil des enquêteurs. La seule famille de Shannon, c’est sa sœur Shirley Grey. L’épouse de Carson ne lui a pas caché que la blonde Shirley était mi-strip-teaseuse, mi-prostituée. Il se rend à l’hôtel où elle réside. Si Shirley apparaît effectivement beaucoup plus vulgaire que Shannon, elle n’est pas indifférente au sort de sa sœur. Sa spontanéité ne déplaît pas à Carson.
Les policiers pensent avoir accumulé les indices contre leur suspect, avec des témoignages et des éléments à charge. Toujours vive, Shirley ne leur cache pas sa façon de penser, affirmative sur l’innocence de son beau-frère. Faute de preuves suffisantes, Carson et Shirley sont libres. La sœur de Shannon s’installe dans leur appartement, essayant d’aider Carson a démontrer qu’il n’est pas un meurtrier. De la sympathie au sexe, il n’y a qu’un pas pour le couple. Dès le le demain, Carson reçoit une demande de rançon de la part des ravisseurs, accompagnée d’une photographie éloquente de Shannon. Les 50.000 dollars réclamés, c’est bien plus d’argent qu’il n’en possède. Néanmoins, il y a peut-être une solution pour payer – sans prévenir la police. Les kidnappeurs sont très bien renseignés sur le lieu de la remise de la rançon.
Carson et Shirley agissent du mieux possible pour empêcher les deux ravisseurs de toucher le gros paquet de dollars. Mais Shannon n’est pas libérée pour autant, et le duo parvient à filer. La police n’était pas loin, intervenant en accusant une fois de plus Carson d’avoir monté ce scénario pour – en plus du meurtre – détourner cette forte somme. S’il parvient à s’enfuir, Carson est blessé et hospitalisé. Ce qui lui permet de réfléchir à la situation inextricable dans laquelle il est plongé…
Compte tenu de la raclée qu’il avait reçue, il fut étonné qu’elle ait laissé si peu de traces. Il n’avait jamais été ce qu’on appelle un "joli garçon". Ses traits étaient trop marqués, trop virils. Il avait trente-six ans, et son visage commençait à se rider. Ses cheveux grisonnaient par endroits. Mais, même après cinq années passées derrière un bureau, il conservait sa forme physique. Ses quatre-vingt kilos étaient du muscle pur. Le jour où il se retrouverait en face des deux jeunes brutes, il n’aurait besoin de personne pour leur régler leur compte.
Quand il écrit ce roman, Day Keene (1904-1969) a déjà une bonne trentaine de romans à son actif. C’est dire qu’il maîtrise parfaitement une intrigue et son suspense. La base de l’histoire ne cherche pas l’originalité : une jeune femme enlevée et séquestrée, son mari faisant figure de principal suspect. Comme la plupart des héros de l’auteur, James Carson est un citoyen américain honnête, peu préparé à devoir prouver son innocence. Malgré tout, il ne manque pas de combativité, espérant retrouver saine et sauve sa jeune épouse. En face, la police choisit la facilité, tant il est vrai que la version du mari est bancale par rapport aux indices qu’ils collectent.
Heureusement, il peut compter sur sa belle-sœur. “Pour autant qu’il pût en juger, Shirley n’était pas immorale, ni même amorale. Elle voyait les choses en face ; et, pour survivre dans la jungle enfumée, alcoolisée et artificielle où elle vivait, elle utilisait au mieux la seule arme dont l’eût pourvue la nature. En outre, elle avait pour Shannon un attachement farouche.” Le savoir-faire avéré de Day Deene et sa narration fluide visent à captiver les lecteurs, en ménageant autant de rebondissements que de questions. Un authentique polar de tradition.
commenter cet article …