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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 04:55

Le commissaire San-Antonio est maintenant directeur de la PJ. Ce soir-là, il dîne avec sa brave mère Félicie dans un restaurant de spécialités. Voilà qu’on l’appelle au téléphone, un inconnu se disant en danger mortel. Ce ne peut être qu’un canular, San-Antonio ne voit pas d’autre explication. Malgré tout, un peu plus tard dans la nuit, il s’intéresse à l’immeuble en face du restaurant. Il y découvre un tueur d’élite armé assassiné, ainsi que deux victimes collatérales. Ce n’est pas le couple de voisins, mal assortis, qui pourra utilement témoigner. San-Antonio appelle à la rescousse son équipe de policiers, afin d’essayer d’évaluer ce qui s’est produit dans cet appartement. Dès le lendemain, le commissaire livre aux médias une version approximative de ces crimes.

Une jeune journaliste, Marie-Laure, est restée dans les parages. San-Antonio ne peut que succomber à la donzelle. Bientôt, le duo de tueurs de l’appartement est repéré dans un hôtel de la Vallée de Chevreuse. Cerner les lieux, tenter un piège, ne suffira sans doute pas. D’autant qu’une greluche intervient dans le tableau, dans un état pitoyable, affirmant avoir été violée par la paire de tueurs. Tout ça se termine par une fusillade, qui cause la mort d’un des policiers, et la disparition des malfaisants. Selon l’analyse d’expert, l’arme du tueur d’élite dispose d’un fonctionnement très spécial. On peut s’étonner que les tueurs ne l’aient pas emportée. Marie-Laure n’a pas dit son dernier mot. C’est elle qui déniche la trace de la prétendue "violée" de l’hôtel.

La cible, au restaurant, n’était nullement le commissaire San-Antonio. Plus sûrement le grand scientifique Anton Raspek, qui dînait là aussi. Ce dernier est décédé entre-temps, d’ailleurs. Pour San-Antonio et son adjoint Jérémie Blanc, subsistent des incohérences dans le scénario. La "violée" et son complice semblent bien être partis se réfugier au Brésil. Alors, c’est certainement là-bas quelque part dans la jungle, dans la tribu de Condor-miro, que se trouvent une grande partie des réponses. Quand il le faut, refusant les dénouements bancals, San-Antonio est voyageur. Direction le Brésil pour le commissaire…

San-Antonio : Allez donc faire ça plus loin (Pocket)

À peine pénétré-je dans l’appartement que je renifle une odeur de sang ou assimilé. Je traverse une entrée où sont exposées, sur des consoles, des vases chinois qui flanqueraient la migraine à un mandarin et à sa mandarine. En sus, on a droit à un bouddha dont la frime ne me revient pas:le genre adipeux-lisse, à l’œil enfoncé comme un escarguinche cuit au fond de sa coquille.
La double porte du salon est grande toute verte (comme dit Bérurier). La clarté de l’avenue suffit pour qu’on se repère. Il y a également le voyant rouge d’un poste de télé dont la lueur s’aperçoit depuis le trottoir d’en face. Ces maigres sources de lumière me suffisent à distinguer un corps d’homme allongé sur le tapis, la face en avant.

Indémodable San-Antonio, dont c’était ici la 157e aventure, publiée en 1993. “Souvent imité, jamais égalé” peut-on affirmer, car San-Antonio c’est avant tout une écriture, un véritable style. Il y est beaucoup question de sexe ? Parlons plutôt de gaudriole, de grivoiserie, de paillardise… Notons dans ce “Allez donc faire ça plus loin”, le passage remarqué – et toujours remarquable – de Bérurier et de César Pinaud, les vieux de la vieille. Sans oublier la mère du commissaire, Félicie. Des piliers de la saga San-Antonio. Inutile de préciser que se multiplient les péripéties. Les romans "dernière période" de l’auteur n’en sont pas moins excitants, percutants. L’humour et le polar ne sont pas incompatible, Frédéric Dard l’a démontré avec un talent indéniable.

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 04:55

San-Antonio a écourté ses vacances en Dordogne avec sa maman, la brave Félicie. À peine est-il rentré à Paris que, ce soir-là, le Vieux – Achille, dit aussi le Tondu, son chef – l’appelle d’urgence. Un de ses amis éditeurs donnait aujourd’hui une soirée mondaine. Soudain, la plupart des invités se sont trouvés mal. San-Antonio est chargé d’aller voir sur place ce qui se passe. Le mystère est vite éclairci : tous ont consommé du whisky, du scotch Mac Herrel. L’alcool était dopé à l’héroïne, ce qui explique l’état des invités. Ces bouteilles ont été fournies par M.Olivieri, ami de l’éditeur. Quand la commissaire se pointe chez lui, on le retrouve mort. Dans la cave, la réserve de whisky Mac Herrel s’est envolée. San-Antonio en conclut que des contrebandiers se sont trompés en livrant ces bouteilles contenant de l’héroïne chez M.Olivieri.

Le Vieux autorise San-Antonio à partir enquêter en Écosse. Le commissaire sollicite d’être accompagné par l’inspecteur Bérurier : “…Béru n’est pas très intelligent. C’est un rustre, un soiffard, un butor, mais il a des qualités qui en font néanmoins mon plus précieux collaborateur… D’abord, il m’est attaché comme un chien ; ensuite, il est bon, courageux, tenace. Et enfin, il a par instant une espèce de jugeote matoise qui équivaut à du génie…” Après un tel éloge du Gravos, le Vieux ne peut qu’accepter que le Mastard accompagne San-Antonio au pays des cornemuses et du Loch Ness. Direction Glasgow. Puis le duo va s’installer au village de Stingine où, dans une auberge, "le commissaire-chéri-de-ces-dames" ne tarde pas à être intime avec Katty, l’accorte soubrette.  

Qu’en est-il des whiskies Mac Herrel ? La distillerie appartient à la vieille Daphné Mac Herrel, une digne old lady en fauteuil roulant. Sa petite-nièce, la blonde Cynthia, vingt-cinq ans, fiancée à un fils-à-papa du coin – sir Concy – est censée épauler son aïeule. C’est un technicien nommé Mac Ornish qui dirige la distillerie, à la production modeste. Surveiller de loin le château des Mac Herrel, c’est bien. Mais San-Antonio doit mettre en œuvre une ruse – avec la complicité de l’inénarrable Béru – pour s’y faire inviter. Bientôt, le voici dans la place, se prétendant écrivain tandis que Bérurier assume (mal) le rôle de son larbin. Il aimerait mieux consacrer ce séjour à la pêche dans le lac voisin. Il paraît que s’y cache un monstre, sans doute un cousin de celui du Loch Ness.  

Après une visite à la distillerie Mac Herrel, San-Antonio se heurte à l’hostilité frappante de sir Concy, le jaloux fiancé de Cynthia. De toutes façons, la jeune femme finit par faire des galipettes au lit avec cet invité français. Dans la nuit, San-Antonio retourne à la distillerie. Il trouve un cadavre dans un tonneau de scotch. Le commissaire n’en a pas fini de découvrir des secrets sur cette famille Mac Herrel…

San-Antonio : San-Antonio chez les Mac (Éd.Pocket)

Les aventures de San-Antonio, c’est avant tout une narration au vocabulaire inventif, à la tonalité amusée, et un univers aux personnages singuliers. Publié en 1961, “San-Antonio chez les Mac” correspond à cette définition. La présence active de Bérurier – surnommé selon les cas le Cradingue, le Gonflé, etc. – ajoute du piment aux péripéties. Toutefois, l’aspect polar n’est nullement négligé dans cette histoire. L’intrigue s’avère même plutôt solide. Un trafic d’héroïne dans des bouteilles en direct d’Écosse, pas si banal.

Une série de rebondissements attend San-Antonio, qui avoue : “Dans cette affaire, convenons-en, nous nous comportons davantage comme des malfaiteurs que comme des policiers. Violation de domicile, détérioration de voiture, incendie volontaire, rien ne manque à notre palmarès…” Qu’importe, puisque c’est pour que triomphe la vérité, et puisque ça donne un roman trépidant autant que souriant. Éternel San-Antonio…

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 04:55

Un monsieur demande à parler au commissaire San-Antonio, qui est très pressé. Peu après, cet homme est abattu par un tireur devant les locaux de la police. Il s’agit d’un Polonais. Le vieil inspecteur Pinaud (dit Pinuche) déniche sans tarder des éléments sur la victime : ce défunt Polonais recherchait à Pigalle un truand de bas étage, Carmona. Or, ce dernier est emprisonné à la Santé après une brutale altercation avec San-Antonio à la Foire du Trône. Carmona l’a fait exprès, pour se protéger. Le commissaire fait libérer contre son gré le petit truand. C’est l’inspecteur Bérurier, spécialiste en la matière, qui est chargé de la filature de Carmona. Celui-ci se rend directement chez sa nana.

Les policiers retrouvent bientôt le couple mort chez la maîtresse de Carmona. San-Antonio a l’idée de changer d’aspect, prenant provisoirement le visage du truand décédé, afin de servir d’appât. Nul doute que ceux qui voulait choper Carmona sont encore sur le coup. Le faux truand s’installe à l’Hôtel des Pirouettes, dont le patron est un ami. Se baladant dans les quartiers chauds parisiens, San-Antonio/Carmona repère une séduisante jeune femme répondant au prénom de Régine. Elle a tout pour attirer les hommes et ne paraît pas farouche, la donzelle. Le commissaire ne se fait pas longtemps prier pour suivre sa conquête dans son appartement.

C’était un piège ! Trois types armés, dont le chef est un certain Staub, attendaient Régine et Carmona. Leur but consiste à faire parler le petit truand, à lui faire avouer quelque chose qu’il a découvert. Ils vont le torturer, sans la moindre pitié. Sauf que San-Antonio ignore totalement quel secret cachait Carmona. Le commissaire ne manque pas de résistance, mais il y a des limites. Et l’intervention de l’inspecteur Bérurier est tardive. La clé de cette affaire tarabiscotée, c’est certainement un homme mort depuis treize ans, un Polonais en exil…

San-Antonio : Le fil à couper le beurre (Éd.Pocket)

Publié en 1955, “Le fil à couper le beurre” appartient à la catégorie des authentiques romans policiers de la série. Le commissaire San-Antonio mène une véritable enquête sur le meurtre d’un Polonais assassiné sous ses yeux. Si la tonalité est déjà personnelle, et le vocabulaire riche en formules originales ou souriantes, l’histoire reste dans les codes classiques du polar d’action, avec un suspense bienvenu. Gros et vulgaire, Bérurier répond à un portrait encore plutôt limité en excentricités – ça évoluera grandement dans leurs futures aventures. Béru conduit une traction avant Citröen 15CV, véhicule dont tous les nostalgiques se souviennent avec émotion. Personnage de la série depuis l’année précédente, le vieil inspecteur César Pinaud fait ici une ou deux apparitions. Un très bon épisode des tribulations animées du commissaire San-Antonio.

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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 04:55

À part pour la gymnastique sexuelle, le commissaire San-Antonio n’est pas un amateur de sports. C’est l’inspecteur Bérurier qui l’entraîne ce jour-là au match de football, au stade de Colombes. La rencontre France-Eczéma s’annonce exceptionnelle. Dans les tribunes, le gros Béru ne risque pas de passer inaperçu. Le match s’interrompt bientôt : l’arbitre teuton Otto Graff vient d’être abattu par un tir de deux balles. Le commissaire San-Antonio ne peut rester sans réagir. Tandis que Béru se fait agresser de toutes parts, le policier fouille les vestiaires. En particulier celui d’Otto Graff, car il s’agit d’en savoir plus sur la victime. À l’occasion de ce match, il résidait à l’Hôtel Modern. Selon l’expert, les balles ont été tirées par un fusil, à au moins deux cent mètres.

C’est bien simple, il y a un immeuble juste en face, ça vient donc de là, un tir du 3e ou du 4e étage. La concierge n’a vu personne de suspect entrer ou sortir de son immeuble. San-Antonio rend visite aux locataires du bâtiment. L’arme de précision, il la retrouve chez des voisins qui ont été ligotés et bâillonnés par les tireurs masqués. De retour au stade, San-Antonio repère un second mort inconnu, oublié dans la cohue de l’événement. Le temps de faire son rapport au Vieux, son supérieur, et San-Antonio est reparti sur la piste des assassins. C’est à l’Hôtel Modern que le commissaire espère dénicher des indices. Le vaillant Béru est déjà sur le coup lui aussi, dans la chambre du défunt arbitre est-Allemand, encore que l’inspecteur ne soit pas plus efficace que d’habitude.

Dans cet hôtel, il y a deux clients du nom de Graff : Otto la victime, et son supposé frère Pauli Graff. Ce dernier serait un artiste de cirque, de nationalité helvétique. Ce curieux bonhomme, San-Antonio l’a déjà croisé au stade. Dans la tradition communiste, Otto Graff était accompagné de deux sbires du régime. En voilà deux qu’on ne peut pas suspecter du meurtre, c’est déjà ça. Mais si on les arrête, ces flics de l’Est étant disciplinés, il ne faut pas s’attendre à des révélations fracassantes, non plus. Est-ce au cirque que San-Antonio trouvera les explications de toute l’affaire? Pas sûr. Car ce crime pourrait bien avoir été motivé par une toute autre raison, vieille comme le monde : la vengeance…

San-Antonio : San-Antonio renvoie la balle (Éd.Pocket)

Publié en 1960, ce polar est bâti sur une intrigue sans complication, un scénario classique de l’enquête policière. Avec une très grosse différence, quand même : c’est une aventure du commissaire San-Antonio. L’histoire est donc racontée dans la tonalité burlesque chère à Frédéric Dard. S’il est question de football, San-Antonio ne manquera pas de prouver une fois de plus son talent de séducteur, en batifolant avec la rousse Geneviève, témoin du crime. On ne peut passer sous silence la tonitruante présence de Bérurier. Le Gravos, le Mahousse, le Phénoménal, l’Énorme, son Altesse Rarissime, des surnoms collant parfaitement au personnage du Gros. Lire et relire San-Antonio, c’est toujours s’offrir un moment de détente, ne nous en privons pas.

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 04:55

San-Antonio et son fils adoptif Toinet, douze ans, ont prévu de prendre l’avion pour l’Italie. Mais leur destination sera finalement l’Autriche. Non point que leur vol ait été détourné vers le pays natal de Mozart et de Romy Schneider. C’est parce que M.Félix, vieil ami de San-A, lui a adressé un appel au secours. Sa vie de virtuose du sexe, avec son phallus de quarante-huit centimètres, occasionna bien des aventures à M.Félix. C’est d’ailleurs grâce à son pénis particulier qu’il a été invité par un universitaire du Maine, aux États-Unis. Et qu’il a mené sa petite enquête sur une étrange épidémie de variole, ses investigations le menant à Atlanta, en Géorgie. Où, ayant retrouvé des fioles contenant le virus, M.Félix en a avisé la police. À partir de là, il s’est senti en danger, et a pris le premier avion pour l’Europe. Et voilà comment il se cache chez une amie bossue à Vienne.

M.Félix pense être encore traqué, et ce n’est pas de la paranoïa. Quand on approche du "Top Secret" américain, il faut s’attendre à avoir la CIA aux fesses. San-Antonio organise une exfiltration en douceur et en ruse pour son ami. Sauf que ça se complique, lorsque le petit Toinet et M.Félix disparaissent avant le transfert. Accompagné de la jolie viennoise Heidi, San-A inspecte les abords de la Grande Roue, au Luna Park du Prater. Pas de traces de Toinet. Contretemps qui n’empêchera certes pas San-Antonio de faire des galipettes sexuelles avec la séduisante Heidi. Alors intervient Conrad, le petit-ami de la donzelle. Si le couple a voulu faire du chantage, San-A retourne la situation. Après tout, Conrad est un gugusse qui peut éventuellement l’aider.

San-Antonio pense avoir trouvé un stratagème pour identifier ses adversaires. Il va utiliser une "doublure" et observer ce qu’il advient. Le remplaçant est malmené par la bande en question, c’était quasi certain. Quand la polizei locale se mêle de l’affaire, ça n’arrange rien du tout. Au contraire, ça dézingue encore davantage. San-Antonio prend la fuite, avec une prisonnière ennemie blessée. Pas sûr qu’elle tienne longtemps le choc, celle-là. San-A a appelé à la rescousse l’inénarrable Bérurier, flottant toujours entre beuverie et obsession du sexe, et Jérémie Blanc, son jeune ami Noir. C’est plus sur ce dernier qu’il doit compter, surtout lorsqu’il s’agit de secouer le comparse des ravisseurs de M.Félix et de Toinet. Pour causer, il va causer, le bonhomme. Et en plus, les trois Français prennent sa compagne en otage. C’est une pompiste qui se fera un plaisir de pomper Bérurier.

Les adversaires, ce sont des espionnes bulgares, ou polonaises. Enfin, tout ça sent un coup tordu des services secrets russes communistes. Y a intérêt à occire quelques-unes de ces nénettes armées. Pour sauver Toinet et M.Félix, pas indispensable d’agir en finesse, surtout quand on est avec le gros de la troupe, à savoir Bérurier. Cette histoire de guerre des virus entre Russkofs et Ricains, elle pourrait bien se conclure à Atlanta, Géorgie…

San-Antonio : Baisse la pression, tu me les gonfles (Pocket, 2017)

La vie viennoise est là, simple et tranquille. Je me dirige vers une station de taxis et demande à l’un d’eux de me conduire à la gare. Une fois à destination, je découvre une agence de location de bagnoles et y loue une Audi 200 break, noire, qui me fait songer à un corbillard que j’ai beaucoup aimé.
Il y a encore, dans la vieille Europe, des pays qui ne vivent pas mais qui fonctionnent bien et j’ai l’impression que l’Autriche est de ceux-là. Pas besoin d’avoir son bac à choléra, comme dit Béru, pour comprendre qu’ici les pendules sont à l’heure, les commerçants honnêtes et les routes regoudronnées chaque année. M’est avis que si l’archiduc Roro s’est praliné la coiffe, c’est parce qu’il se faisait tartir comme un pou sur une tronche de chauve. J’aurais tellement de mal à m’acclimater dans une nation pareille que je préférerais aller apprendre aux Pygmées à jouer au Scrabble.

Que les lecteurs n’ayant jamais entendu parler de San-Antonio lèvent le doigt… Ah si, il y en a quand même un petit nombre. Ce héros imaginé par Frédéric Dard à la toute fin des années 1940 a été un des plus gros succès d’édition du 20e siècle. C’est dû en partie à la désinvolture et à la séduction de ce policier atypique. Au fil de ses 175 aventures (plus quelques hors-série), San-Antonio nous entraîne dans de virevoltantes péripéties pleines d’humour… et de jolies femmes, toujours prêtes à succomber à son charme incontesté. Il est entouré de personnages annexes qui, pour la plupart, n’engendrent pas la mélancolie. "L’hénaurme" inspecteur Bérurier et sa grassouillette épouse Berthe ; Achille dit le Vieux, patron de la police ; le flic souvent à côté de ses pompes César Pinaud ; Félicie, la "brave femme de mère" de San-A… et toute une série de personnes hautes-en-couleur.

Cet épisode des aventures de San-Antonio date de 1988, une quarantaine d’années après sa création. C’est dire que son univers s’est étoffé au long des décennies. On retrouve le petit Toinet, adopté par le policier et sa mère alors qu’il était bébé, âgé de douze ans et déjà fort intéressé par la sexualité. Jérémie Blanc, lui, n’est entré dans le cercle des amis de San-Antonio que depuis 1986. D’origine africaine, c’est un jeune homme brillant, grand et athlétique, aussi vif dans l’action que peut l’être son mentor. Les épisodes sans Bérurier ne manquent pas de rebondissements, mais il y ajoute cette fantaisie, ce brin de folie, que l’on adore. On le constate ici, une fois encore. Faut-il le rappeler, San-Antonio, c’est aussi (ou d’abord) ce langage inventif introduisant une complicité avec le lecteur. Agréable de relire les tribulations de San-Antonio ? Oh oui, on ne s’en lasse jamais.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 04:55

C'est grâce à Toinet, son fils adoptif âgé de douze ans, que le commissaire San-Antonio repère un suborneur d'enfants nommé René-Louis Blérot. Ce littérateur écrit des scénarios et romans pornographiques, racolant des mômes. San-Antonio ne tarde pas à agrafer le type en question. Celui-ci ayant trouvé la mort lorsqu'il est transféré à la PJ, San-Antonio culpabilise un poil. En compagnie de l'inénarrable Bérurier, le commissaire se rend chez le défunt Blérot. Dans l'appartement, ils découvrent une pièce dédiée au sexe et à l'horreur. Dans un réfrigérateur, se cachent les restes d'un gamin mutilé. San-Antonio regrette de ne pas avoir été plus violent avec ce Blérot, maintenant. La concierge collabore avec le duo de policiers, évoquant les visites mensuelles d'une dame et d'un jeune garçon. San-A est convaincu qu'elle ne venait jamais avec le même môme.

Un portrait-robot ressemblant est dessiné. Un dispositif de surveillance de l'appartement est mis en place, avec le vieil inspecteur César Pinaud, vu qu'on estime qu'il y a eu au moins huit victimes passées en ces lieux. C'est du côté de Montmartre que San-Antonio cherche la dame en question. Grâce à une pharmacienne de la rue Caulaincourt, qui se fait culbuter sans façons par San-A et Béru, ils apprennent le nom de leur cible. Catherine Mahékian est une artiste peintre du quartier. En partie à cause d'une bévue, cette dame réalise être dans le viseur des flics, et prend la fuite. San-Antonio et Béru le Mastard disposent d'une adresse, un chenil de Mériflour-le-Bas, dans les Yvelines. C'est chez Laura Manzardin, sœur de Catherine Mahékian, et son mari Louis, ancien para. Ils prétendent ne pas être en bons termes avec la fuyarde.

Quand la suspecte approche de chez eux, le couple l'alerte néanmoins de la présence des policiers. San-Antonio imagine que le chenil fait bien partie d'une sale organisation, dont il découvre bientôt un nouveau partenaire figurant dans le carnet d'adresses de la fugitive. Le docteur Quentin Skinézi s'occupe, dans un château des Yvelines, d'une maison de repos pour personnes âgées friquées, le Val Chanté. C'est plutôt à son domicile, où il dispose d'un laboratoire (et d'une fidèle assistante) que San-Antonio et Béru espèrent en savoir davantage. Mais le médecin se fait la malle, poursuivi par la Maserati du commissaire. En fait, il va lui falloir un avion, et l'aide du pilote Stanislas Gude, pour continuer la chasse jusque chez les britiches. Si la jeune Mary est charmante, son père le docteur Barnes inspire bien moins confiance à San-Antonio. Quitte à finir à l'hosto, le vaillant commissaire ira au bout de son enquête…

San-Antonio : Fais pas dans le porno (Pocket, 2015)

Cette aventure est répertoriée comme la 127e de la série, initialement parue en 1986. Il s'agit d'une de ces affaires où San-A ne prend guère le temps de se reposer, se contentant de furtifs moments de sommeil. Le scénario nous étant raconté en continu, ça offre un rythme trépidant et mouvementé au récit. On y retrouve avec joie les complices du héros, Bérurier dit Le Gravos et autres sobriquets flatteurs, le brave César Pinaud, et des figurants ponctuels, tels le rouquin Mathias ou le brigadier Poilala. Et même le petit Toinet, nul en orthographe, fils adoptif de San-A.

Si l'on nous gratifie de plusieurs scènes grivoises très épicées, Frédéric Dard n'abuse pas ici de ces logorrhées langagières, typiques chez lui dans les décennies précédentes. “─ Zéro, zéro, un ! fait Béru. Zéro, zéro, deux ! Et ensuite, il faut que je continue comme ça jusqu'à la saint trou de balle ?… Le con ! L'énorme et fantastique con ! Le suprême con ! Le con poussé jusque dans l'arrière-salle du cosmos !” S'il y a de l'humour à chaque page, inutile de le préciser, l'intrigue criminelle tient une place à part entière, avec un véritable suspense. Est-il vraiment besoin de vanter les mérites d'un San-Antonio ? Celles et ceux qui ont fait l'impasse sur ces romans se privent d'un immense plaisir.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 04:55

En ces débuts de la décennie 1970, l'espionnage est une activité à plein temps entre l'Est et l'Ouest, ou inversement. La France compterait presque pour quantité négligeable dans le domaine du secret international, de la barbouzerie tous azimut. Sauf si le commissaire San-Antonio et le mastard Bérurier sont missionnés pour résoudre un bintz d'enfer. Le topo, c'est qu'un agent de l'Est a vendu des documents à nos services français. Mais il s'est fait voler son attaché-case à l'aéroport de Catane, avant de se faire buter plus tard. Voici donc San-Antonio et Béru en Sicile, pour récupérer la valoche et ses papelards. Pour ça, ils repèrent un voleur pro local, le nommé Donato. Ils le filochent jusqu'à domicile, lui mettent la pression en kidnappant sa jolie sœur Lila, pas une farouche.

Passons sur des obsèques motorisées, et sur le moment où San-Antonio risque de périr en étant jeté dans la lave de l'Etna. Le commissaire et le goinfre Bérurier sont “invités” à Messine, pas pour pêcher la sardine mais chez un chef de la Mafia. Marchand de cercueils, cet Aldo Cesarini prétend négocier la valise, qu'il ne possède pas. Un temps captif, San-Antonio est libéré par les femmes du mafieux. Il en profite pour sauter successivement l'épouse de Cesarini, sa fille veuve, et sa petite-fille. Cette dernière, Thérésa, le conduit chez son grand-père maternel, un potier, où il pourra se planquer. Le répit sera court pour San-Antonio. Les sbires de l'organisation “Code Z”, dirigée dans le coin par la vieille actrice Linda Benson, cognent et séquestrent bientôt le vaillant commissaire.

San-Antonio a été contraint de leur avouer que sa mission n'est pas aussi claire que ça. Alors qu'il sert de cible façon stand de tir, un duo de tueur intervient, exécutant la bande de mercenaires de “Code Z”. Ceux-là sont plus ou moins des alliés, puisqu'il s'agit des services secrets ricains. Dont le QG se trouve sur un navire mieux équipé qu'il n'en a l'air. Avec eux, San-Antonio tente une explication de l'imbroglio (un mot rital qui s'impose). Les documents existent sans exister, mais c'est pas le principal, en somme.

Le commissaire en réchappe encore, tandis que les joyeux espions amerloques sont à leur tour dézingués. Il va faire la connaissance d'une belle Suédoise de vingt-cinq ans (pléonasme) nommée Ulla Hopp. Une complice bien utile quand San-Antonio recontacte le voleur Donato. Et puis, nonobstant quelques autres péripéties, il ne faut pas que le commissaire oublie de récupérer son adjoint Bérurier, avant d'aller exposer la situation au Vieux et au ministre de tutelle…

San-Antonio : Si, signore ! (Pocket, 2014)

Un San-Antonio d'il y a tout juste quarante ans. Comme le commissaire est un multi-carte de l'aventure, un varié dans les missions, le voici lancé dans une histoire où une Mata-Hari ne saurait plus qui trahir (c'est une image). Donc, il y a une valoche à retrouver, que tout le monde veut, mais qui n'a aucune importance, vous suivez ? En réalité, ce serait ce qui se passe sur un îlot sicilien qui est inquiétant, paraît-il. L'essentiel, c'est que ça extermine beaucoup autour de San-Antonio. Du cadavre à longueur de chapitres, et pas de temps mort, voyez. Dès que les services secrets passent à l'action, c'est ainsi. Et avec un max de gaudriole sexuelle suggérée, également, car le commissaire ne laisse aucune femme passer à sa portée sans la lutiner à la française. Faut que ça bouge, à tous points de vue.

L'auteur ne manque pas d'ironiser sur les beaux esprits littéraires, microcosme dont il est exclu : “Écrivailleur de calembredaine, c'est pestilentiel, dégradant. Ça rejaillit sur l'espèce entière. Tout le monde en subit les éclaboussures. Le romancier, pour être respecté, faut qu'y soye aussi homme de lettres. Bien tartant, pompeux, verbeux, docte. C'est pourquoi je cantonne dans la bienséance, tu remarqueras. Je me fais oublier le passé. Je me virginise le style en déployant les grands artifices. Pas bête, hein ? P't-être qu'un jour, je serai amnistié. On me laissera mourir dans le rang, en bout de file, en bout de table, mais parmi. Je serai gracié à force d'application. Ils diront : voyez, il avait bon fond, ce Santonio. Il était récupérable. L'âge lui a dessillé les yeux. Il a compris où se trouvait la vérité...” San-Antonio les dépassera en talent pendant encore plus d'un quart de siècle.

Outre “Si, signore !”, sont actuellement réédités “Maman les petits bateaux” et “En avant la moujik”, publiés autour des années 1970. Les occasions de (re)découvrir l'univers de San-Antonio ne manquent pas.

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 04:55

Si le sémillant commissaire San-Antonio reste le fringuant célibataire chéri de ces dames, depuis environ six mois, il file le parfait amour avec Wenda. C'est avec cette blonde et sculpturale poupée Russe d'origine, portée sur les doubles doses de whisky, que ce soir-là il va assister à un spectacle de music-hall. Fakir égyptien hypnotiseur, le Petit Marcel triomphe en ce moment à l'Alcazar. San-Antonio n'est pas chaud pour jouer dans le show, où des pékins du public sont manipulés sur scène. Parmi eux cette fois, se trouve le Gros, l'inspecteur Bérurier en personne, qui se ridiculise encore davantage que les autres. Dès la fin du spectacle, l'adjoint de San-Antonio s'éclipse bien vite, semble-t-il. Tandis que le commissaire s'adonne à la gaudriole avec la belle Wenda, Berthe Bérurier et un de leurs amis recherche vainement son mari (auquel elle n'est pas d'une scrupuleuse fidélité).

Au petit matin, San-Antonio s'en retourne à l'Alcazar, fermé à cette heure. Ça n'empêche nullement le commissaire d'y pénétrer. Dans la loge du Petit Marcel, il découvre Bérurier sans connaissance, ni réaction. Le Gros est en catalepsie, hypnotisé jusqu'à l'os. San-A ne tarde pas à dénicher l'adresse d'Edwin Zobedenib, ce qui est le vrai nom du Petit Marcel. Il a l'occasion de prendre en filature Landowski, le costaud qui sert d'assistant au fakir sur scène. Quand il arrive chez l'hypnotiseur, sa rousse secrétaire particulière Solange Roland apprend au policier que Zobedenib est parti pour Londres, profitant d'un jour de relâche. San-Antonio bigophone à ses collègues d'Orly, afin de retarder le départ de l'artiste.

Toujours dans le même état inquiétant, Bérurier a été ramené chez lui, dans sa chambre : “Elle me rappelle une porcherie que j'ai beaucoup aimée ; en moins moderne toutefois et en beaucoup moins propre. Mon pote Béru gît sur sa couche matrimoniale, plus défoncée qu'un chemin de terre après le passage d'une division de panzers.” Edwin Zobedenib est amené chez Bérurier, afin de le réveiller. Ce qui s'avère totalement impossible, car ce n'est pas Petit Marcel qui l'a hypnotisé. Interrogé sur sa fin de soirée, l'artiste paraît avoir un alibi suffisant. Le coupable court toujours, éliminant au passage le concierge de l'Alcazar, et cherchant à hypnotiser le brave inspecteur Pinaud, qui se trouvait sur son chemin...

San-Antonio : Berceuse pour Bérurier (Pocket 2014)

San-Antonio a été confronté à de dangereux trafiquants, à d'anciens nazis, à des sociétés secrètes, à des affaires d'enlèvements ou des cas d'espionnage, à des complots visant des personnalités. Quant à cette intrigue écrite en 1960, c'est d'une pure enquête policière dont il s'agit. Néanmoins, avec le pétillant San-Antonio, on ne se contente pas de suivre bien gentiment la piste du suspect. Converser courtoisement en guise d'interrogatoire, ce n'est pas dans sa manière. De l'aventure énigmatique et trépidante, du mystère autour de personnages hauts en couleur, voilà ce qui excite ce diable de commissaire.

Et quand c'est “l'hénaurme” Bérurier qui est victime, il met les bouchées doubles pour éclaircir l'affaire. Certes, vu son état cataleptique après une prestation mémorable sur scène, Bérurier reste incapable de participer aux investigations. Le sympathique Pinuche, le deuxième bras droit de San-Antonio, y contribuera quelque peu.

Pour ce qui est du contexte, nous sommes à l'époque où le music-hall connaît un très grand succès. Souvenons-nous de la chanson de Charles Trenet datant de 1955 “Moi, j'aime le music-hall”. Transmission de pensée (Myr et Myroska), prestidigitation et hypnose sont aussi populaires que les chanteurs célèbres de ce temps-là. Concernant le directeur du théâtre, San-Antonio fait allusion à “M.Poulatrix, le champion olympien du lancement du disque (spécialisé dans le trente-trois tours).” Bien sûr, il s'agissait de Bruno Coquatrix (1910-1979), qui s'occupa de Bobino et surtout, dès 1954, dirigea avec un immense succès l'Olympia jusqu'à son décès...

“Berceuse pour Bérurier” s'inscrit dans la meilleure tradition des aventures de San-Antonio.

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