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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 05:53

 

Datant de 1977, Une banane dans l’oreille de San-Antonio est réédité fin janvier 2013 chez Pocket. Bien qu’évidemment mérités, il est inutile d’user une fois de plus des superlatifs élogieux et louangeurs au sujet de l’œuvre de Frédéric Dard, et de ce roman en particulier. Certes, le colossal Bérurier partage ici la vedette avec le commissaire chéri de ces dames, SAN-ANTONIO 1977et tous deux vont forniquer à plaisir. Bien que le style langagier san-antoniesque soit plus délicieux que jamais, c’est l’occasion de rappeler que cette série n’est pas seulement humoristique. Car les rebondissements sont permanents, les péripéties s’enchaînent, alimentant un vrai suspense. Glissons sur quelques références d’époque oubliées (le nain Piéral ou Sheila). L’essentiel reste la merveilleuse tonalité de cette remuante intrigue.

 

À cette époque-là, San-Antonio s’est mué en enquêteur privé, pour la Paris Détective Agency. En réalité, le commissaire reste sous les ordres d’Achille, dit Le Vieux, le patron de la police. Ce dernier a une mission à lui confier, en compagnie d’un duo de petits truands experts en signaux d’alarme, les frères Prince. Ils ont été contactés par des malfaiteurs internationaux, afin de participer au casse de la salle des coffres d’une grande banque de Londres. Mais l’affaire est pratiquement impossible, car l’endroit est hautement sécurisé. Par la Landon Shaffer’s Limited, la société de protection la plus efficace qui soit. Le Vieux exige que San-Antonio s’associe au casse, ciblant un casier bien précis de la banque, le N°44. L’équipe va tester à Bruxelles un autre établissement bancaire, pareillement équipé question sécurité, histoire de voir si le coup est réalisable.

La belle employée de banque Gertrude ne demande qu’à se laisser apprivoiser par San-Antonio. Et il suffit d’un rusé prétexte pour que l’agence Landon Shaffer’s lui fasse une démonstration de son système. Malgré ces précisions, les frères Prince trouvent que c’est trop problématique. Bien que risqué, le plan de San-Antonio a des chances de fonctionner. Le commanditaire anglais leur révèle que ce n’est pas la banque londonienne, mais celle-ci à Bruxelles qu’ils doivent réussir à braquer. Le Vieux a parlé du coffre 44 de celle de Londres. Contacté, il demande pourtant à San-Antonio de continuer, d’ouvrir ce casier bruxellois. Dinant avec Gertrude, le commissaire apprend un autre détail intéressant sur la sécurité. Moi je la sens bien, cette affaire. Mais à condition qu’on m’accorde le don d’ubiquité se dit-il.

L’envoûtante photographe d’art Barbara a prévenu San-Antonio d’un danger. Pas plus tard que le lendemain, Béru et lui essuient des coups de feux. Avant de retrouver le commanditaire anglais assassiné à son bureau. Les frères Prince ne tardent pas à fuir cette ambiance façon massacre. San-Antonio et Bérurier se rendent au studio d’art de Barbara, en réalité une volière de prostituées. Barbara, moins féminine qu’il y semblait, a été défuntée genre sadique. L’enquête du duo se poursuit à Bruges. Ce qui les met sur la piste d’un gros type à barbe blanche, conduisant une Porsche blanche aussi. Ils trouvent son adresse, 69 rue des frères Paul Kenny. Par ailleurs, San-Antonio apprend qui a loué le fameux coffre 44, et s’interroge. Avec Béru, se poursuit le parcours du combattant pour démêler ce furieux mic-mac…

 

SAN-ANTONIO 77-13Pour se mettre en appétit, un petit extrait. Bérurier a été quelque peu contrarié par Fayol, leur complice belge. Voilà le résultat : Béru a le sens des valeurs. Qu’un malfrat de bas étage lui parle sur ce ton, et il sort ses gonds des grandes occasions sans la moindre sommation. En l’occurrence un doublé féroce au menton du crevard. Qui, sans hésiter, part à dame. Sa posture, je te jure qu’on aurait voulu, on serait pas arrivé. Il a exécuté, sous le double impact des poings de Mister King Kong, un demi saut périlleux qui l’a propulsé jusqu’à mi-corps entre le lit et le mur. Son derrière est dressé, ses deux jambes demeurent étalées sur le couvre-lit, inertes, et l’on constate que les semelles de ses tiges en croco commencent à gruyérer vilainement.

Tu l’as entendu ? [dit Bérurier] Non, mais des fois, un saint-panzé pareil, que t’aurais envie, dans tes bons jours, de lu balancer des cacahouètes, m’parler commak !

 

Mes autres chroniques sur San-Antonio : "Le coup du père François", "Descendez-le à la prochaine", "Des clientes pour la morgue", "Turlute gartos les jours fériés", "T'es beau, tu sais", "Votez Bérurier". Sur les romans de Frédéric Dard : "C'est toi le venin", "Le cauchemar de l'aube", "La Peuchère", "La crève". Ainsi que "Frédéric Dard mon père San-Antonio" de Joséphine Dard.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 05:43

 

Ancien missionnaire en Afrique, le chanoine Dubraque est curé à Saint-Firmin-les-Gonzesses. Le genre de prêtre qui répand le bien autour de lui. Si Dieu existe, il doit préférer ce genre de serviteur baroudeur aux culs soutanés évasifs qui glissent comme des ombres noires. Néanmoins, on cherche à l’assassiner. C’est pourquoi Bérurier s’est substitué à l’ecclésiastique. SAN-ANTONIO-1995Pas si difficile, puisqu’ils ont la même corpulence. Peut-être parce qu’ils sont tous deux natifs de Saint Locdu-le-Vieux, bourgade normande où n’existent pas de chétifs. Bien que l’église du curé Dubraque soit sous surveillance policière, voilà qu’une pénitente est trucidée dans le confessionnal. Tuée par une mini fléchette mortelle, c’était bien cette femme qu’on visait, et non le prêtre. On s’aperçoit qu’elle possédait elle-même une arme, avec laquelle la victime envisageait d’éliminer le chanoine Dubraque.

Tandis que le vieil inspecteur César Pinaud est chargé de la protection du curé, le perspicace Bérurier cherche et trouve l’identité de la victime. Irène Ballamerdsche était une antiquaire belge. Le commissaire San-Antonio et le fidèle Béru s’offrent sans tarder un séjour dans la région bruxelloise. La propriété de l’antiquaire est fort luxueuse. Le duo y est reçu par sa secrétaire la rousse Adèle Hurnecreuse. Tout juste apprennent-ils que Mme Ballamerdsche était veuve depuis longtemps d’un haut fonctionnaire ayant fait carrière en Afrique. Qu’elle était devenue par la suite antiquaire, et qu’elle avait une fille adulte handicapée mentale vivant ici. San-Antonio contacte un ami de la police belge, Martin Gueulimans. C’est plus exactement avec Ingrid, l’épouse dudit flic, que San-Antonio a des affinités très intimes. Gueulimans et son adjoint Van Tardyse auront leur rôle à jouer.

Bérurier ne s’était pas trompé : le sous-sol de la propriété Ballamerdsche mérite une visite clandestine. San-Antonio et lui y découvrent une sorte de dortoir. Ce lieu étant fait pour dormir, voilà qu’on anesthésie les deux policiers français. Lola et Gunther, couple d’exécutants, sont chargés de les transporter à Anvers, chez un médecin complice. Lola n’est pas insensible au charme de San-Antonio, encore en plein sommeil. Mais quand il se réveille, l’intrépide commissaire va rapidement reprendre en main la situation, et maîtriser les kidnappeurs. Retour à la demeure de Mme Ballamerdsche. Et là, ça a gravement défunté parmi le personnel, cinq d’un coup. Qui donc est le commanditaire de l’enlèvement et de ces meurtres ?…

 

Publiée en 1995, c’est la 163e aventure (sur 175) de San-Antonio, qui appartient donc à la dernière période de Frédéric Dard. Probablement ces titres sont-ils moins connus par les aficionados historiques de la série, ceux qui l’adoraient dès les années 1950-60 et suivantes. Si la nostalgie incite à relire des titres anciens, ne négligeons pas un roman tel que celui-ci. Car on y retrouve toutes les qualités des bonnes intrigues de l’auteur, ainsi que son univers qui nous est familier. Le vieillissant Pinaud perd la mémoire, mais reste présent. San-Antonio ne manque pas de faire allusion à sa brave femme de mère (Faudra bien que je me décide à lui accorder davantage de temps, à ma Féloche. Bientôt elle me tirera sa révérence en douceur et je resterai planté dans sa cuisine, foudroyé par son absence). Apparaît aussi le policier Jérémie Blanc, dans la série depuis 1986.

Bien sûr, c’est l’incontournable Bérurier qui est, une fois encore, le partenaire et complément idéal de San-Antonio. Fornicateur émérite, le viril Béru va se taper une paroissienne dans l’église, et une flamande dans le train, afin d’entretenir la forme. Au final, San-Antonio ne sera pas en reste, avec la belle Ingrid, après avoir excité sa ravisseuse Lola. Que cela ne nous fasse pas oublier qu’il y a là une enquête centrée sur un meurtre, donc un mystère à résoudre et des péripéties multiples pour y parvenir. Frédéric Dard gardait cette tonalité réjouissante, cette truculence qu’aimeront toujours ses admirateurs.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 05:40

 

Redécouvrons, non sans un brin de nostalgie, une des premières enquêtes de San-Antonio : "Descendez-le à la prochaine".

SAN-A-1953aAu début de la décennie 1950, le commissaire San-Antonio est un agent d’élite d’un service secret français. Sa mission actuelle consiste à dégoter un cadavre idéal pour une mise en scène. À la morgue d’Orléans, le corps d’un polak exilé va faire l’affaire. Une fois le corps conditionné comme il se doit, San-Antonio se dirige ensuite vers la Forêt Noire. À Freudenstadt, il va déposer le cadavre dans la propriété de l’industriel Bunks. Le mort sera censé être son fils, Karl Bunks. Puis, sous pseudonyme, San-Antonio avertit les autorités françaises d’occupation dans cette région d’Allemagne. Son plan semble correctement fonctionner. Il s’installe dans une auberge locale, et rencontre M.Bunks avec sa fille Christia. Tout serait pour le mieux, sauf qu’un attentat fait exploser la voiture de San-Antonio. Alors qu’il retourne en Jeep vers Strasbourg, le commissaire prend une auto-stoppeuse ravissante à son bord, Rachel. Ensemble, ils voyagent en train vers Paris.

Supposé mort, Karl Bunks est en réalité confiné dans les geôles des services secrets. Il appartiendrait à une organisation pronazie, qui vient de kidnapper un attaché d’ambassade russe. San-Antonio essaie une fois encore de l’interroger. Malgré la pression, impossible de le faire parler. Peu après, San-Antonio retrouve une curieuse épingle d’or sur sa veste. Nul doute qu’elle appartienne à Karl Bunks, qui cherche ainsi à faire comprendre qu’il est en vie. À qui est destiné le message ? Certainement à la fameuse Rachel, que San-Antonio rejoint bientôt. Dès qu’il s’absente, la jeune femme fouille dans sa veste, tandis qu’il l’observe en cachette. S’il espère piéger les nazillons grâce à Rachel, c’est raté pour San-A. Il doit retourner à Strasbourg, où a été repéré un homme transportant une bombe dans sa valise.

Hospitalisé en piteux état, le type est interrogé par San-Antonio. Ce qui lui offre une vague piste, à Cannes. À l’hôtel où il était descendu, il n’en apprendra guère plus sur l’homme à la bombe. C’est donc sur la Côte d’Azur que le commissaire poursuit son enquête. Il dispose de cinq adresses, mais il va arriver trop tard. La femme qui pouvait le renseigner a été exécutée. Toutefois, en faisant croire qu’elle est toujours vivante, c’est l’occasion de tenter un traquenard contre ses adversaires. Une tueuse envoyée par les pronazis est vite maîtrisée par San-A. Dans la confusion qui s’ensuit, elle parvient à filer. De retour à Paris, ce n’est pas à l’ambassade soviétique que le commissaire peut espérer obtenir des infos concrètes. S’il a le sentiment d’enquêter sur du vent, il y a pourtant beaucoup de cadavres féminins sur le tapis. Et San-Antonio lui-même va frôler la mort…SAN-A-1953b

 

Ce roman datant de 1953 est la septième aventure de San-Antonio dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. Si la tonalité est déjà enjouée, on n’en est pas encore au festival langagier qui va faire la gloire de l’auteur. Par contre, c’est un authentique roman d’action basé sur une intrigue policière à suspense fort mouvementée. Suivant pas à pas le dynamique commissaire, on ne s’ennuie pas un instant.

Par son contexte, c’est aussi l’équivalent d’un polar historique actuel. Car c’est bien la France de l’époque, l’Allemagne occupée par les Alliés, la résurgence des nazis et le trouble-jeu des Russes, qui sert de toile de fond à cette fiction. Pour les admirateurs du truculent Bérurier, il ne fait que de la figuration, mais intervient quand même pour sauver San-Antonio. Les amateurs éclairés noteront la dédicace à Igor B.Maslowski, le critique incontournable de Mystère Magazine, également romancier. Un passionnant roman, comme il se doit.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 06:38

 

Réédité chez Pocket en avril 2012, Le coup du père François figure parmi les plus sympathiques enquêtes de San-Antonio…

SAN-A-avril12Après avoir été hospitalisé, un ancien prof que ses élèves surnommaient naguère Morpion fait appel à l’un d’eux, le célèbre commissaire San-Antonio. Il pense que son appartement a été occupé durant son absence. Pourquoi se serait-on introduit dans ce logement plutôt bordélique ? Distrait de nature, Morpion a dû imaginer tout ça. Sauf qu’un petit ruban disposé à la fenêtre donne à réfléchir au commissaire. Juste en face, se trouve le Consulat général d’Alabanie (pays dont la capitale est Strukla, comme chacun sait). Il semble bien que des tirs aient visé les locaux diplomatiques récemment, depuis l’appartement de Morpion. San-Antonio en avise son supérieur, Le Vieux, qui lui accorde une enquête officieuse.

Déguisé en vitrier, l’inspecteur Pinaud est envoyé au consulat d’Alabanie. En changeant un carreau, il est victime d’un accident suspect qui l’envoie à l’hosto. C’est au tour de l’inspecteur Bérurier d’investiguer au consulat. La version de l’accident qu’on lui donne est à peine plus crédible que la précédente. S’il s’est produit une tentative d’attentat, le consulat d’Alabanie tient visiblement à garder le secret. D’ailleurs, un voisin de lit de Pinaud à l’hosto est abattu à sa place. Heureusement que l’infirmière n’avait pas indiqué le bon numéro de lit au faux infirmier. Malgré l’opinion de Bérurier, San-Antonio décide d’une visite clandestine nocturne dans les locaux du consulat d’Alabanie. Parmi les visas refusés, il y trouve une photo de Pinaud au côté d’une ravissante jeune fille. Le consulat n’étant pas si vide qu’il le croyait, San-Antonio est bientôt cerné et frôle la piquouze fatale. L’intervention du vaillant Béru lui permet de déguerpir.

Après ces mésaventures, San-Antonio voudrait bien passer une journée de repos auprès de sa brave maman Félicie. Mais le prof Morpion semble avoir de sérieux ennuis, comme l’indique une visite dans son appartement vide. Grâce aux indications de l’inspecteur Pinaud, San-Antonio retrouve la jeune fille de la photo, Yapaksa Danlhavvi. C’est bien une Alabanienne, née en France. Elle est bientôt la cible d’un tireur, qui la rate. Bien que quasiment nu, San-Antonio pourchasse le tueur. Guère de renseignements à glaner sur le cadavre de celui-ci. Sous prétexte d’un emploi de chauffeur, San-Antonio s’infiltre chez le consul. Sinistre maison, où l’on a aussi engagé une nouvelle nurse, Claire, pour s’occuper d’un bébé. Le commissaire finira-t-il par éclaircir cet imbroglio ?…

 

SAN-A-1974Cette enquête de San-Antonio fut initialement publiée en 1963. Elle est assez typique des histoires racontées par l’auteur à cette époque-là. Notre fringant héros conduit une Jaguar, et séduit quasiment toutes les jolies femmes qu’il croise. Il est entraîné dans de tumultueuses péripéties, avec ses acolytes. L’éléphantesque Bérurier est ici cet ogre perpétuellement affamé qui, s’il multiplie les scènes de ménage avec son épouse Berthe, ne supporte pas qu’on médise de sa femme. Quant à l’inspecteur Pinaud, c’est toujours la victime désignée de cette équipe. On nous rappelle qu’il dirigea une officine de détective privé, avant d’intégrer la police.

Mystères et rebondissements, bien sûr, mais c’est aussi un festival de jeux de mots. De ces plaisanteries que n’aimaient guère le patron des Éditions Fleuve Noir, Armand de Caro, beau-père de l’auteur, symbolisé dans le rôle du Vieux. Il a toujours eu en horreur les à-peu-près, le Vioque, surtout dans les périodes graves. Ma boutade doit être de Dijon, car elle lui monte au naze. Oh, je vous en prie mon cher, les calembours… Je m‘obstine à sourire, ça m’évite de lui faire un shampoing avec le contenu de son encrier. Une des très bonnes aventures mouvementées de San-Antonio, qu’on a plaisir à lire ou relire.

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 06:33

 

Une nouvelle édition de Des clientes pour la morgue est disponible dès mi-mars 2012 chez Pocket. Retour sur l’intrigue de ce San-Antonio…

SanAntonio-mars12Suivant son instinct, le commissaire San-Antonio prend en filature une dame d’un certain âge. Ce qui l’oblige à la suivre dans le train Paris-Genève, puis à s’installer dans le même hôtel de luxe genevois que cette personne. En réalité, la dame est un homme encore jeune, ce qu’avait bien compris San-Antonio. En surveillant son suspect, il assiste au suicide de l’inconnu, suite à un appel téléphonique. Avant sa mort, l’homme a dissimulé un disque de métal que San-Antonio s’empresse de récupérer. Si la police helvétique est coopérative, la blonde standardiste de l’hôtel n’est pas très franche. San-Antonio doit un peu la secouer pour obtenir la vérité. Cette rondelle de métal possède assurément une valeur, mais son utilité reste un point d’interrogation pour le commissaire qui rentre à Paris.

L’homme travesti voyageait sous le nom de Mme Fouex. Décédée depuis peu de mort naturelle, cette dame était employée à l’ambassade des Etats-Unis. C’est son neveu, Georges Gerfault, qui avait endossé son identité pour aller en Suisse. Bien qu’élève du Cours Simon, le jeune homme était un comédien sans notoriété. Tout ça n’offre guère d’indications à San-Antonio. Celui-ci habite avec Félicie, sa brave femme de mère, au 103 rue de l’Église à Neuilly. Ils sont la cible d’un tireur à la mitraillette. Qui réussit à disparaître, non sans avoir supprimé la blonde standardiste genevoise qui l’avait guidé là. Le tueur et son commanditaire ne sont pas du genre à laisser vivants des témoins. À l’ambassade des Etats-Unis, on dit à San-Antonio que la défunte Mme Fouex était une employée sans histoire.

Une belle femme occupe l’appartement de Georges Gerfault. Pas assez prudent, le commissaire est visé par l’inconnue armée. Après coup, il s’aperçoit que le disque de métal a disparu : Ce disque ne s’est pas envolé comme une soucoupe, c’est ma miss-pistolet qui me l’a barboté (…) elle a eu le courage de me passer à la ratisse après m’avoir choqué une pastille valda dans le poitrail ! Voilà une pépée qui a froid n’importe où, sauf aux yeux… Suivant la piste d’un costaud au crâne rasé, San-Antonio se trouve embarqué contre son gré dans une péniche. Ses deux ravisseurs cherchent la rondelle de métal, qu’il n’a plus. Rudes adversaires pour San-Antonio, qui ne s’en tirera pas sans quelques brûlures. À peine hospitalisé, le commissaire doit poursuivre sa mission car un danger explosif menace Paris…

 

Il est bon de souligner qu’il s’agit d’un des premiers San-Antonio, datant de 1954. Déjà intrépide, le commissaire appartient à un service de police peu précisé (la DST). Il nomme son supérieur le chef ou le boss, sans se montrer aussi familier qu’il le sera plus tard avec Le Vieux. Il est entouré d’une brochette d’inspecteurs, SanAntonio1954mais Bérurier n’est encore qu’une (grosse) silhouette dans cette histoire. Félicie, la mère du héros, est bien présente et active dans deux scènes agitées.

Le petit univers qui sera celui de San-Antonio est juste esquissé, l’enquêteur prenant seul tous les risques pour mener à bien l’affaire. Il encaisse divers mauvais coups, des chocs plutôt sévères. Comme le titre l’indique, on compte ici plusieurs victimes féminines, dont un homme. Les péripéties s’enchaînent à un rythme soutenu et fort mouvementé. Déjà enjouée, la tonalité est moins marquée par l’humour que dans ses romans à venir. On pourrait noter quelques superflus résumés de la situation, qui n’altèrent toutefois pas le tempo narratif. C’est, bien sûr, une aventure de San-Antonio à redécouvrir.

[Visitez aussi le blog "Ils lisent San-Antonio"]

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 06:33

 

À partir de 2012, San-Antonio est désormais réédité chez Pocket. T’es beau, tu sais !, dont la première édition date d’il y a 40 ans, est disponible dès le 12 janvier…

SAN-ANTONIO-2012Puerto de la Cruz est située dans le nord de Ténérife, dans l'archipel des îles Canaries, en Espagne. C’est là que San-Antonio passe ses vacances. S’y trouvent aussi sa maman Félicie, s’occupant du bébé adoptif du policier, l’énorme couple Bérurier et leur petite nièce, la pétulante Marie-Marie. Pourtant, le commissaire et son gros adjoint ne sont pas venus pour une tranquille villégiature. Le Vieux les a envoyés en mission, pour traquer un redoutable tueur-à-gages. Le renard le plus rusé que San-Antonio va croiser dans sa carrière, pas de doute. L’homme se fait appeler Martin Braham. La mise en scène familiale n’a guère d’effet, car il a rapidement repéré les deux flics français.

Malgré les ordres de son patron, San-Antonio n’a pas vraiment envie d’éliminer leur cible. Béru a une idée qui leur permettrait de s’en débarrasser. Tandis que le duo met Braham hors service, un envoyé du commanditaire se présente. San-Antonio endosse le rôle du tueur-à-gages (et emprunte sa perruque blanche). L’intermédiaire Charly, venu donner des détails à Braham, est un drôle de gars. D’ailleurs, c’est une jeune femme habillée en homme. San-Antonio ne saurait laisser passer une telle occasion intime. Pendant ce temps, l’étage au-dessous, Braham réussit à échapper au couple Bérurier. Le plus inquiétant, c’est qu’il n’a pas disparu seul. Il semble avoir kidnappé Marie-Marie. Certes, San-Antonio a quelque peu enrayé la mécanique de l’opération en cours pour Braham. Mais il sait que son adversaire est aussi malin que dangereux.

Le contrat du tueur concerne une soirée mondaine à venir chez Mme Nino-Clamar. À Lupanar-Desgonzès, San-Antonio trouve bientôt la demeure en question. Et sa propriétaire, une blonde veuve d’une trentaine d’années. Il se présente comme le marquis de San-Antonio, ayant fait fortune dans le parfum. Outre la fille du défunt mari et le gendre, le policier rencontre chez la veuve l’abbé Schmutz. Une vieille connaissance de San-Antonio, si l’on peut dire. Béru et lui vont avoir de gros ennuis avec la police espagnole, qui découvre quantité de drogue dans leur bagages. Emprisonné, San-Antonio va devoir braquer le juge chargé de l’affaire afin de poursuivre ses investigations…

 

SAN-ANTONIO 1972Est-il vraiment nécessaire d’argumenter autour de cette série ? Voilà une aventure typique des meilleurs San-Antonio. D’abord, parce qu’on y retrouve avec plaisir la tribu des personnages habituels, de sa brave femme de mère Félicie jusqu’à l’inévitable Bérurier avec sa grasse épouse Berthe. Ce qui offre l’occasion d’assister à une furieuse scène de ménage dans le couple Béru. Sans oublier le moustique Marie-Marie, l’attachante petite peste amoureuse de San-A. Ensuite, il ne faudrait surtout pas négliger l’intrigue, évidemment riche en périlleuses péripéties et tribulations diverses. Y a pas à dire, il mouille la chemise à chaque fois, le commissaire chéri de ces dames !

Jamais vu un moment de cette qualité, mes gueux. D’aussi dramatiques, ça certes. Des tas de chiées. Mais semblablement cauchemardesques, eh ben non ! Et savez-vous pourquoi la minute est démente ? Parce que les clowns ne disent rien. Ils menacent tout le monde sans parler…

Enfin, ce qu’adorent les admirateurs de San-Antonio, c’est bien sûr son langage qui introduit une complicité avec le lecteur. Cet épisode ne manque pas de souriantes digressions, en particulier sur le métier d’auteur populaire face à l’éditeur. Soulignons qu’est utilisé plusieurs fois le mot polar, fort péjoratif et rare à l’époque. Le métier d’auteur, c’est pire que d’être pilote de boeinge. À bord d’un polar, t’as pas le pilotage automatique… On peut recommander une belle tirade sur la phrase, vers la page 85. Aujourd’hui comme hier, San-Antonio s’adresse à tous, et c’est probablement pour ça qu’on l’aime.

A lire aussi : "Votez Bérurier". Visitez le blog "Ils lisent San-Antonio".

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 05:37

 

Parmi les récentes rééditions de San-Antonio chez Fleuve Noir, Votez Bérurier ! est un polar que je viens de relire avec grand plaisir. Ce roman de 1969 est de nouveau disponible depuis juin 2011...

Le commissaire San-Antonio et sa mère Félicie passent leurs vacances dans la Seine-et-Eure. Il finit par être quelque peu ennuyeux, ce séjour à Saint-Turluru-le-Haut. Certes, l’ex-adjudant Morbleut apporte une certaine animation à l’hôtel, mais ils songent à partir. C’est alors que San-Antonio apprend qu’un crime a été commis à Bellecombe-sur-Moulx, la grande ville voisine. SAN-A-Votez Bérurier11On a assassiné chez lui, à coups de revolver, le candidat de gauche aux prochaines élections partielles. Et c’est maintenant son adversaire de droite qui a été égorgé dans sa baignoire, tel Marat, à l’insu de sa famille présente. Voilà qui excite l’intérêt de San-Antonio. Il retrouve le commissaire Conrouge à Bellecombe, ayant reconstitué les faits dans les deux affaires. Il semble qu’il s’agisse d’un fantomatique criminel.

C’est l’inénarrable inspecteur principal Bérurier qui apporte à San-Antonio son ordre de mission, signé du Vieux, pour reprendre l’enquête. Béru s’installe dans le même hôtel, où il va comme toujours faire son show, et bientôt sympathiser avec l’ex-adjudant Morbleut. Après avoir interrogé le domestique du candidat de gauche, San-Antonio cherche à joindre son jardinier, qui était sur les lieux. Si le commissaire découvre le chien embroché de ce Mathieu Mathieu, le jardinier s’est évaporé. Peut-être est-ce un témoin gênant qui aurait préféré disparaître, pour sa propre sécurité. San-Antonio et Bérurier rendent visite à la veuve du second candidat. La scène du crime, c’est la salle de bains, où il parait bien incertain d’assassiner quelquun. Surtout que toute la maisonnée était à côté.

Si le criminel était un fou, il agirait ouvertement, contrairement à ce qui s’est produit pour les deux meurtres. Une filature permet à Béru de vérifier qu’un ami de la veuve est suspect, mais n’avait pas de raison de tuer l’autre candidat. Le dernier postulant à la députation, indépendant, est sous protection policière. Après avoir connu un beau succès lors d’un meeting, l’homme est mortellement agressé dans son garage. Quoique, l’hypothèse d’une possible mort accidentelle émise par Bérurier n’est pas si stupide.

Voilà que Morbleut et Béru ont une idée qu’ils pensent géniale : puisqu’il n’y a plus de candidats vivants, c’est Bérurier qui va se présenter aux élections de Bellecombe. Le Vieux menace de révoquer son inspecteur principal, mais Félicie intervient pour plaider sa cause. Avec son programme révolutionnaire et faute d’opposant, Béru a toutes ses chances. Entre un attentat à l’explosif visant le nouveau candidat et la piste d’une certaine Natacha, San-Antonio espère bien élucider finalement ces trois énigmatiques meurtres…

 

SAN-A-VOTEZ1Ce roman démontre que les aventures de San-Antonio ne sont pas seulement un exercice de style sur le langage et une suite de situations débridées. Certes, on y retrouve avec un éternel plaisir le vocabulaire de l’auteur, qui enchante depuis toujours ses admirateurs. Bien sûr, dans toute sa démesure, le personnage de Bérurier est savoureux. On peut recommander son programme électoral, un vrai régal de fantaisie. L’adjudant retraité Morbleut, radical dans sa conception des enquêtes, pourrait bien ressembler au regretté comédien Noël Roquevert. On nous offre un peu de douceur pour compenser, avec la tolérante Félicie, mère de San-Antonio.

Surtout, cette histoire nous offre une véritable intrigue à suspense, d’un très bon niveau. L’aspect criminel est aussi subtil que solide. D’ailleurs, on peut noter les clins d’œil à Agatha Christie et au héros de Simenon : J’avise un petit bistrot, tout ce qu’il y a de sympa. C’est le café de province, avec de vieux guéridons de marbre, des boiseries encaustiquées et un comptoir d’étain. Voilà que je me mets à jouer les Maigret, à c’t’heure ! Outre l’humour, c’est donc une vraie enquête qui rend ce roman passionnant.

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