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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 05:55

Lagos, au Nigeria. Korede, l’aînée infirmière, et Ayoola sont deux sœurs vivant dans un milieu aisé avec leur mère, veuve depuis dix ans. Outre son métier à l’hôpital, la mssion de Korede consiste à protéger sa cadette, ce qui n’est pas si simple. Non seulement elle est d’une beauté sans égal et la préférée de leur mère, mais surtout Ayoola a la fâcheuse habitude de supprimer ses amants. Déjà trois victimes au compteur. Au fil du temps, Korede est devenue de plus en plus experte pour faire disparaître les traces de sang (sa méthode en cinq points est très efficace, minutieuse) et les cadavres. Avec le cas de Femi, dernier petit ami en date que sa sœur a poignardé, ça fait trois. Et à trois, on vous catalogue serial killer. Toutefois, Ayoola n’a aucunement l’intention de lui avouer où elle cache le poignard hérité de leur père.

Korede est secrètement amoureuse de Tade, le séduisant médecin qu’elle côtoie chaque jour dans les couloirs de l’hôpital où elle travaille. Quand sa jeune sœur s’invite à l’hôpital, elle sédut immédiatement le médecin Tade. Korede ne peut effectivement pas rivaliser. Non seulement, Ayoola est gagnante d’avance, mais il est à craindre que Tade subisse le même sort que les précédents petits amis de sa sœur. Pour assumer, Korede n’a trouvé qu’un seul confident : Muhtar, un patient dans le coma. Tade fait une offensive de charme envers Ayoola, mais celle-ci se lasse vite de ses "fiancés". Il est vrai qu’avec sa beauté fascinante, elle n’a que l’embarras du choix. Alors que la famille de Femi est sur le point de tourner la page, un indice sanglant – non repéré par Korede – est découvert dans l’appartement de celui-ci. Les policiers ne tardent pas à interroger les deux sœurs. La candeur affichée par Ayoola les convainc, mais son aînée est l’objet de leurs soupçons.

Après tout, Femi est adulte, il a pu choisir de disparaître. Autant clore l’enquête. Sans vraiment délaisser Tade, Ayoola a mis le grappin sur Gboyega, riche homme marié et père de famille. Sous le prétexte de ses affaires, celui-ci lui offre un voyage en amoureux à Dubaï. Comme aurait pu le prédire Korede, ce séjour se termine mal. Gboyega est victime d’un empoisonnement. Pourquoi soupçonnerait-on la jolie Ayoola ? Elle réussit même à ce que son nom n’apparaisse nulle part dans ce dossier. De son côté, le médecin Tade est toujours aveuglé par Ayoola, leur mère voyant du meilleur œil cette relation. Il ne servirait à rien de mettre en garde Tade. Et puis, l’infirmière doit aussi assumer son quotidien, à l’hôpital et en famille. Le patient Muhtar finit par sortir enfin du coma. A-t-il retenu les confidences de Korede ? Ou restera-t-il un interlocuteur en capacité de parler avec elle ? Peut-être serait-elle soulagée si des soupçons finissaient par peser sur sa sœur…

Oyinkan Braithwaite : Ma sœur, serial killeuse (Éd.Delcourt, 2019) – Coup de cœur –

La littérature africaine est probablement sous-représentée en France, ce qui est fort regrettable. On peut y dénicher de vraies perles rares, pas forcément d’une noirceur absolue. C’est le cas de ce livre d’Oyinkan Braithwaite, excellente comédie à suspense. Si la sœur cadette est une tueuse en série, on pourrait lui prêter une certaine innocence. Son aînée déploie tout un savoir-faire pour la protéger sans que la jeune Ayoola semble réaliser ses efforts. Tout juste craint-elle que Korede se mette en colère, mais il n’y a pas de véritable calcul dans ses actes criminels.

Au-delà de l’humour, c’est avec une forme d’ironie que l’auteure relate leurs mésaventures. Non sans laisser une place à une tendresse bienvenue, quand l’infirmière se confie au comateux Muhtar, par exemple. Comment ne pas être sous le charme de cette intrigue, dont les chapitres courts rendent la lecture addictive. Le polar peut s’avérer très sombre, très noir. Mais il est bien agréable dans sa version souriante comme ici.

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20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 05:55

Automne 1954 aux États-Unis. Le shérif Nick Corey est en poste dans le désertique comté de Garfield, dans l'Utah. Lors d’une ronde nocturne, il découvre une voiture abandonnée. On ne vient pas s’égarer dans cette contrée par le simple fait du hasard, il le sait bien. Dans le même temps, Nick Corey voit atterrir un avion de chasse Sabre, sans aucune lumière, ni pilote — ce qui apparaît impossible pour ce genre d’appareil. À moins d’imaginer une intervention des Martiens : si beaucoup de ses compatriotes croient à une invasion prochaine des OVNI, pas Nick Corey. L'armée et le FBI sont immédiatement informé de l’atterrissage improbable du chasseur Sabre vide. Des troupes et des moyens conséquents sont déployés sur le périmètre concerné.

L’agent du FBI qui va chapeauter l’affaire n’est pas le premier venu : Jack White est un conseiller spécial du Président. Simple shérif, observateur sans pouvoir dans le cas présent, Nick Corey n’a nullement l’intention d’entraver son enquête. Il ne doute pas que, vu la position de Jack White, celui-ci progresse assez rapidement. En effet, le pilote du Sabre est vite identifié, ce qui ne dit pas où il est passé. Le plus inquiétant, c’est que l’appareil transportait cent tonnes de TNT, de quoi commettre un sacré attentat. Peut-être dans le cadre d’un plan d’une plus vaste ampleur. Pour le shérif, ce qui importe, c’est cette voiture abandonnée. Les arômes d’un parfum sont subtils, mais il subsiste des fragrances de ce produit de luxe dans le véhicule. La victime est donc une femme.

L’assassin – car Corey est sûr qu’il y a meurtre – n’a pas cherché à masquer les indices. Au contraire, peut-être. Ce qui ramène le shérif à son propre vécu. Avant guerre, un tueur en série supprima ses parents. Pas encore adulte, Nick Corey fit un séjour en prison, accusé de ce crime. À l’époque du conflit mondial, il se comporta brillamment, en véritable héros, non sans séquelles. Mais une telle épreuve ne peut que laisser de profondes traces dans la vie d’un homme tel que lui, exacerber sa sensibilité. Depuis, il croit deviner des signes — comme les interventions de ce fantomatique indien Cherokee, dont il ne comprend pas les messages. Dans son comté, si cet autre indien qu’il a surnommé Stone est bien réel et sans agressivité, il ne l’aidera nullement, ne prononçant jamais un mot.

Nick Corey est convaincu que c’est bien l’assassin de ses parents qui est de retour, tant d’années après. Tandis que l’agent du FBI Jack White poursuit ses investigations, non sans risques, Nick Corey se met sur les pas de celui qu’il a surnommé Le Dindon. Toutefois, le tueur en série – par jeu ou par défi – garde en permanence plusieurs jours d’avance sur lui…

Richard Morgiève : Le Cherokee (Joëlle Losfeld Éditions, 2019) — Coup de cœur —

Il s’est souvenu d’une autre forêt, du Cherokee aux pommettes barrées de deux traits de peinture blanche, qui lui était apparu la nuit où ses parents avait été assassinés. Bien sûr qu’il avait pensé que ce gars pouvait être fin soûl ! Ou fou, fou et soûl, défoncé. Mais il ne pouvait s’interdire d’imaginer qu’il était venu le prévenir. Et il avait remis ça. Oui, il avait remis ça. Il était revenu le voir quand il était dans le coaltar à Guadalcanal, sur une civière avec une blessure à la tête, au ventre, avec une jambe brisée… Le Cherokee lui avait parlé et Corey n’avait rien compris, rien de rien.
Après cinq opérations, Corey s’était mis à voir de temps en temps en noir et blanc. On lui avait dit que c’était impossible et il n’avait pas insisté. C’était impossible d’être accusé du meurtre de ceux qu’on aimait. Impossible de voir simultanément un Sabre atterrir sans pilote et un puma blanc.
Corey avait connecté les deux histoires, celle du Cherokee au visage peint en blanc et celle du puma blanc. C’était interdit par le code de l’enquêteur : tant pis. Il les avaient connectées parce que c’était la même satanée histoire en vérité. La même histoire parce que c’était lui, Nick Corey, qui les vivait, lui le trait d’union.

Comment ne pas se montrer enthousiaste ? Il s’agit d’un roman policier d’excellence, comme seuls les meilleurs auteurs savent en écrire. Une histoire fluide qui ne cherche pas à embrouiller les lecteurs par des détours fallacieux. Pour autant, le scénario ne manque pas de péripéties, évoluant sur un rythme impeccable – qui n’a nul besoin d’ajouter des effets spectaculaires ou inutilement violents, une tension artificielle, des mystères s’imbriquant les uns dans les autres. Trois lignes narratives : l’énigme de l’avion de chasse Sabre, celle de la disparue au parfum français, et le meurtre jamais résolu des parents de Nick Corey. C’est bien ainsi que le fait Richard Morgiève qu’on raconte un tel roman, peaufinant le personnage central et son univers au fil des événements.

Le nom du héros l’indique : c’est un homonyme du shérif de Pottsville, bourgade de 1280 habitants, le shérif (faussement débonnaire) créé par Jim Thompson. Richard Morgiève connaît fort bien ses classiques : ce roman est également – ou avant tout – un hommage d’une belle intelligence aux intrigues d’autrefois, à leur contexte, écrit dans une tonalité actuelle personnelle. Même la présentation des femmes n’est ici pas éloignée de celle de l’époque, avec sa part de clichés. Il n’oublie pas que si perdure le mythe américain, les États-Unis d’alors n’ont pas que de bons côtés (soucoupes volantes ou communisme, c’est un peu la même menace d’invasion : parfait pour favoriser le maccarthysme). Ce n’est pas un hasard non plus s’il situe l’action dans un État désertique peuplé quasi-intégralement de Blancs. L’Amérique des grands espaces ne serait-elle qu’un grand vide ? Ce remarquable roman est, à l’inverse, riche de qualité supérieure.

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 04:55

Fils d’un père persécuté par la dictature, le commissaire athénien Stavros Nikopolidis est aujourd’hui quinquagénaire. La police n’était pas une vocation, mais il voulait contribuer à davantage de justice dans son pays qui compta tant de flics véreux. Le tavli, jeu de stratégie typiquement grec, participa à sa rigueur intellectuelle. Lui qui fut un brillant policier, est miné depuis dix ans par la disparition inexpliquée de son épouse Elena, archéologue. Le coupable, il le connaît : un certain Rodolphe, mafieux d’origine russe, qu’il n’a jamais réussi à alpaguer. Avec sa grand-mère et son amie Matoula, patronne d’un bar qui est quelque peu son QG, Stavros élève son fils Yannis.

Quant à se soumettre à la hiérarchie, représentée par son supérieur Livanos, c’est hors de question pour Stavros. Surtout quand se produit un crime similaire à celui qui causa la disparition d’Elena, dix ans jour pour jour après. D’ailleurs, le meurtrier a signé son acte à destination de Stavros… c’est bien Rodolphe qui est de retour. Même si on lui impose deux flics moins fiables, son équipe d’enquêteurs va l’épauler avec fidélité. La baroudeuse Dora, le hacker Eugène, et Nikos l’Albanais acceptent les humeurs de leur patron. Ainsi que ses méthodes peu orthodoxes, que Livanos croit pouvoir encadrer. Rodolphe espère faire pression sur le commissaire en s’en prenant à l’ex-prostituée Svetlana, la protégée de Stavros, ou en incendiant le bar de Matoula. Ce qui ne fait que renforcer la volonté du policier de mettre la main sur Rodophe.

Ce mafieux russe s’est spécialisé dans le vol d’œuvres d’art et de vestiges archéologiques pour des commanditaires fortunés. La Grèce est son "terrain de jeu" favori, même s’il a dû s’en éloigner durant quelques années. Ayant cultivé des réseaux secrets, Rodolphe baigne par ailleurs dans toutes sortes de trafics. De son côté, le commissaire a aussi des relations dans les milieux du banditisme. Tel Mikhaïl, un caïd russe se faisant appeler le Tsar, qui peut lui fournir des renseignements et des armes à feu. La lutte entre les deux hommes est engagée, et Rodolphe aurait tort d’aller trop loin en s’attaquant à Yannis, le fils du policier. Stavros tuera son adversaire s’il en trouve l’occasion. Toutefois, pas avant de savoir si Elena est réellement morte ou encore en vie…

Sophia Mavroudis : Stavros (Éditions Jigal, 2018) – Coup de cœur –

Sans un regard pour ce qui l’entoure, tête baissée et regard vide, Stavros s’enfonce dans le dédale de ruelles désertes. Seuls les chats et les étrangers s’aventurent désormais dans ces vieux quartiers d’Athènes autour de Metaxourgieo autrefois remplis de bars, de tavernes et de petits entrepôts. Les murs tagués de slogans antigouvernementaux tombent en ruines, les portes des maisons sont cadenassées pour éloigner les squatteurs, les rideaux de fer des entrepôts sont baissés, et les trottoirs défoncés s’ouvrent, béants, sur des flaques d’eau suintantes. Dans ces bas-fonds, Stravos n’erre pas. Il sait où il va.

Ce “Stavros” est une pure merveille, une perle rare qui frise la perfection. L’harmonie entre les deux facettes du roman noir – intrigue et sociologie – est impeccable. Le regard porté sur le contexte, la Grèce depuis près d’un demi-siècle, s’avère d’une indéniable justesse. Illusoire prospérité d’un pays ayant trop longtemps vécu "à crédit" avant d’être frappé par les réalités de la crise économique. Une cible facile pour les financiers, ainsi que pour les mafieux et leurs trafics. La Grèce, riche de culture et de sites magnifiques, possède de multiples atouts favorables. Néanmoins, elle reste si fragile par tant d’aspects. Sophia Mavroudis aime et respecte ses origines, tout en étant lucide sur les flagrantes faiblesses grecques.

Au centre de l’histoire, Stavros Nikopolidis ne fait rien pour nous apparaître sympathique. Un héros déglingué, plutôt caractériel. Finement dessiné, son portrait nous révèle un personnage nettement plus subtil, avec son intelligence et son instinct, avec ses fêlures et sa détermination. Son vécu l’autorise à se comporter en électron libre, à piétiner des règles trop rigides pour un homme tel que lui. Émouvant et combatif à la fois, belle synthèse. Force et humanisme vont de pair, chez lui. Réciprocité dans la fidélité, élément essentiel dans sa vie, privée et professionnelle. Stavros n’est pas le butor qu’il montre. On espère bien le retrouver dans de futures aventures. Quant à son équipe de policiers, elle ne manque pas de singularités non plus – apportant une touche d’humour au récit. Non sans rappeler que certains flics grecs sont les héritiers de l’idéologie fascisante d’extrême droite. Là encore, les nuances aident à installer l’ambiance.

On est loin d’un polar ordinaire. Mille bravos à Sophia Mavroudis pour “Stavros”. Il n’est pas exagéré de qualifier ce roman superbement construit de puissant, aussi clair que son climat est sombre. À ne manquer sous aucun prétexte !

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 04:55

Début 1963. Jourdan est un ancien militaire ayant opéré en Indochine puis en Algérie. Ce baroudeur est devenu un paria, en se mettant du côté de l’OAS. Non par conviction, mais parce qu’il n’a aucun respect pour De Gaulle et le système gaulliste. Se cachant à Paris, il est finalement repéré et arrêté par la PJ. Non sans avoir sauvé entre-temps la vie d’un jeune policier, Norbert Lenz. La toute-puissante DST, les services secrets, prend en charge Jourdan. Mais un commando intervient durant son transfert pour le faire s’évader. C’est le colonel américain Hollyman qui dirige la récupération de Jourdan. Officiellement, Hollyman appartient à la CIA, c’est un officier expérimenté qui connaît déjà le baroudeur français.

Hollyman est un cynique, dans une sorte de tradition familiale qui remonte à loin. Le sexe pervers et le racisme basique, un mépris de la démocratie, telles sont les "valeurs" de l’impitoyable colonel. Il a besoin de Jourdan en tant que tireur d’élite, pour une mission à venir. Tous deux ayant passé la douane pour entrer en Allemagne, le Français ne tarde pas à accepter. Même si les conditions précises de la mission restent encore confuses. Toutefois, Jourdan a bien vite compris qu’on ne met pas en place une pareille opération pour abattre n’importe qui. C’est le politicien le plus symbolique de l’époque qui sera la cible du petit groupe qu’Hollyman est en train de monter.

Âgé de vingt-trois ans, Norbert Lenz est un jeune inspecteur à l’avenir prometteur, que son supérieur soutient avec bienveillance. Au sein de la police, quelques-uns jouent un trouble jeu, au service du gaullisme ou d’autres officines. Lenz et son épouse ont un bébé, ce qui n’empêche pas Denise Lenz de cocufier son policier de mari. Jusqu’au jour où la relation avec un de ses amants tourne mal. Il y aura une enquête, confiée à des flics qui ont (à peu près) la confiance de Lentz. Il se venge, avant de prendre quelques semaines de repos. À son retour au 36 quai des Orfèvres, ses collègues remarquent une dureté nouvelle chez Norbert Lenz. En effet, l’épreuve traversée l’a endurci, et il ne craint pas de grenouiller entre la DST, la PJ, le SAC, le parti UNR. Son but principal reste de faire toute la lumière sur Jourdan et ceux qui l’ont aidé.

Aux États-Unis, le projet meurtrier d’Hollyman commence à prendre tournure. C’est au Texas que se passera l’opération, territoire où les commanditaires du colonel bénéficient de faciles complicités. Jourdan est conscient de ne pas maîtriser tous les rouages de cette affaire et de devoir ne se fier qu’à lui-même. Au Parkland Memorial Hospital de Dallas, une certaine Marina Oswald a besoin de soins et de protection, car son mari Lee est un violent… Quant à Norbert Lenz, c’est avec froideur qu’il ira jusqu’au bout…

Stéphane Keller : Rouge parallèle (Toucan Noir, 2018) – Coup de cœur

Parce qu’il se déroule en 1963, on classerait trop vite ce roman dans la catégorie des polars historiques. Alors que “Rouge parallèle” est un authentique roman d’action, dans la meilleure tradition d’excellence. On trouve ici beaucoup d’atouts favorables. D’une belle limpidité, sans la moindre lourdeur, l’écriture adopte le tempo adéquat afin d’entraîner les lecteurs sur les pas des deux héros, Jourdan et Lentz. À première vue, des personnages opposés, autant par l’âge que par l’expérience de la vie. Pourtant, au cœur de la spirale des faits – marquants pour le monde entier – qui se produisent alors, chacun d’eux va devoir s’adapter. En ces années 1960, l’équilibre international est nettement plus instable qu’il y paraît : la Guerre froide, les tensions entre Cuba et les États-Unis…

Les USA, dont l’hégémonie risque d’être affaiblie par la présidence de JFK ? C’est ce que pensent les partisans d’une politique de fermeté, hostiles à tout changement. En France, le gaullisme règne, berçant d’illusion les citoyens sur "la grandeur" du pays sur la scène mondiale. Sans approuver les opposants (de droite ultra ou de gauche) au général de Gaulle, on sait depuis belle lurette que les arcanes du pouvoir étaient bien plus sombres. La pression sur les médias (par Alain Peyrefitte, ministre de l’information) et sur la police (via le ministre de l’intérieur) était fort peu digne d’une vraie démocratie. Le système mis en place incita sûrement des gens comme Jourdan à dévier vers d’autres voies.

Stéphane Keller s’est parfaitement documenté sur cette époque, restituant ses ambiances. C’est là un autre élément qui crédibilise l’histoire. Quant au suspense, il ne porte pas sur la cible de l’attentat à venir. Dans quelles conditions les faits avancent-ils, et quel sera le sort de Jourdan, celui de Lentz ? Soulignons que la narration n’inclut pas de digression : tout ce qui est décrit au fil du récit possède un sens (par exemple, le comportement de la jeune épouse de Lentz). Les amateurs de polars solides apprécieront ce roman d’aventure impeccable, rythmé par de multiples péripéties, non sans une approche humaine des protagonistes, dans un contexte historique connu. “Rouge parallèle” figure sans nul doute parmi les titres les plus réussis de l’année 2018.

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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 04:55

En ce temps-là, au 19e siècle, deux jeunes Suédois, Håkan et son frère aîné Linus, font partie de la multitude des émigrants vers l’Amérique. Mais, entre deux embarquements, Håkan perd son frère de vue et se retrouve seul, ne parlant pas un mot d’anglais. Néanmoins, il monte à bord d’un navire en partance pour l’Amérique. Celui-ci ne va pas à "Nujårk" (New York) comme le croyait Håkan, mais sa destination est San Francisco. Sur le bateau, il se joint à un prospecteur d’or irlandais avec sa famille, les Brennan. Ils débarquent ensemble en Californie, avant que débute leur périple vers les régions supposées aurifères. Håkan pense pouvoir rejoindre Linus à New York, en traversant le pays. James Brennan a bientôt trouvé un filon, une mine qu’il s’agit de protéger.

À Clangston, bourgade voisine, Håkan va être longtemps prisonnier dans une chambre d’hôtel, à la merci d’une dame – chef du gang local. Il parvient finalement à s’évader, avant de devoir affronter à pied le désert. Au bout de quelque temps, Håkan est recueilli par John Lorimer. C’est un scientifique bienveillant, un naturaliste ayant ses théories sur l’évolution de l’être humain – proches de celles de Darwin. Il donne à Håkan une forme d’éducation, tous deux conversant dans un langage "bricolé" par Lorimer. Celui-ci et ses hommes avancent vers l’Est, jusqu’au lac salé de Saladillo. Grosse épreuve pour la petite troupe, au point que les hommes commencent à se rebeller contre Lorimer. Håkan et le scientifique vont s’occuper d’une tribu indienne ayant besoin de soins, avec l’aide du guérisseur de ce groupe. Håkan apprend ainsi à soigner les autres.

Le jeune Suédois, qui s’est déjà endurci, doit poursuivre sa route vers l’Est, bénéficiant avant son départ des conseils de John Lorimer. Il ne dispose que d’un poney malade pour progresser. Après le désert, vient la Prairie moins hostile. Håkan y croise des convois d’émigrants allant vers l’Ouest. Dont celui de Jarvis Pickett, qui est à la tête d’une "fraternité de colons", et s’avère un fieffé escroc. Avec bravoure, Håkan défend le convoi de Jarvis quand ils sont attaqués par une milice agissant au nom d’une secte. Il tue ceux qui les ont ciblés, soigne les blessés du convoi.

Sa réputation "d’impitoyable" gagne les autres émigrants. La légende de Hawk, le Faucon – ainsi qu’on le surnomme vite – débute à cette époque. Cap sur le Sud et l’Est pour Håkan qui continue seul son périple. C’est encore de cette façon qu’il s’en sort le mieux, se débrouillant avec ce qu’il trouve. D’ailleurs, dans la première petite ville où il arrive, il a de gros problèmes avec le shérif du coin. Grâce à un admirateur, Asa, il réussit une fois de plus à s’enfuir. Mais le chemin vers l’Est est toujours semé d’embûches…

Hernán Díaz : Au loin (Éd.Delcourt, 2018) – Coup de cœur –

Après un long moment à courir sans s’arrêter, Håkan se retourna vers les lueurs de la ville. À sa surprise, Clangston avait disparu. Et ce vent qui lui fouettait maintenant le visage, s’aperçut-il, charriait du sable. Dans un premier temps, les rafales le laissèrent discerner l’aura nocturne des gros rochers et des buissons qui se dressaient à un ou deux pas devant lui, mais bientôt il ne distingua plus rien. Le tourbillon de sable oblitérait jusqu’à l’obscurité. La puissance des bourrasques, combinée à la morsure du sable qu’elles transportaient, composait un nouvel élément qui, en dépit de sa texture sèche et rugueuse, avait plus de points communs avec l’eau qu’avec la terre et l’air. Håkan devait se tenir dos au vent pour respirer, mais il n’interrompit pas sa course , il se sentait protégé par cette tempête qui l’enveloppait et dont le grondement lui bouchait les oreilles…

Que cette histoire est captivante ! Il ne s’agit ni vraiment d’un western, ni d’une intrigue policière, mais d’un roman littéraire d’aventures. Si le postulat – traverser l’Amérique à rebours – paraît incroyable, on est très rapidement convaincus. Håkan est un jeune homme grand et tenace, méprisant la douleur, décidé à atteindre son but (aussi illusoire soit-il) : retrouver son frère aîné à New York. Outre sa force bien réelle, c’est avant tout un garçon intelligent, le naturaliste Lorimer ne s’y trompe pas. Håkan sait tirer des leçons de toutes choses, même si les étapes et les épreuves ne manquent pas sur son long parcours à travers des territoires souvent vides.

La notion du temps qui passe devient forcément aléatoire pour lui, qui se basera beaucoup sur le rythme des saisons. La principale conclusion qu’il en tire, c’est qu’il s’en sort toujours mieux seul qu’en groupe – la solitude ne lui pèse pas, au contraire c’est sa protection. La conquête de l’Ouest a attiré autant de malandrins que de gens honnêtes. Le récit est clair et parfaitement maîtrisé, un tableau très vivant de cette époque si contrastée – narration servie par une traduction française fine et précise, qu’il convient de saluer. On partage avec Håkan – sacré personnage – tout ce qu’il endure, en conservant comme lui un certain optimisme. Voilà un roman remarquable – l’évidence d’un coup de cœur s’impose ; un des meilleurs titres de l’année. À ne surtout pas manquer !

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 04:55

Bert Amandale est un écrivain à succès installé en Provence, du côté de Saint-Rémy. Il vit dans une belle propriété, la villa des Pommiers, avec son épouse Miriam et leur fille adolescente Britney. Non loin de là, habite Chucks Basil, avec qui il entretient une relation fraternelle. Chucks est une rock-star sur le déclin, qui espère un possible retour. Chucks appelle Bert : condusant ivre quelques jours plus tôt, il pense avoir percuté et tué un type errant sur la route en pleine nuit. Bert n’oublie pas que son ami reste hanté par certains fantômes, sujet à des hallucinations. Auprès de Vincent Julian, gendarme quinquagénaire pacifique qu’il connaît bien, Bert se renseigne sur les récents accidents signalés dans la région. Rien qui corresponde à ce que décrit Chucks.

Tourmenté, Chucks se dénonce à la gendarmerie de Sainte-Claire, commune où il habite. Vérification faite, là encore, pas d’accident en rapport avec ce qu’il raconte. Alors qu’il se promène dans la campagne environnante, Bert est attaqué par un chien agressif. C’est ainsi qu’il rencontre les agents de sécurité du centre de désintoxication du Dr Eric van Ern. Ce genre de "clinique" pullule dans les environs. Miriam va bientôt sympathiser avec l’épouse du médecin. Chucks identifie finalement "son" mort : ce serait l’écrivain et polémiste Daniel Someres. Il a souvent traité de sujets sensibles, telle la résurgence de sectes proche des idéaux extrémistes. Sauf que cet homme est décédé plusieurs jours après de supposé accident provoqué par Chucks.

Plus tard, Chucks est retrouvé noyé dans sa piscine. Bert est convaincu qu’il ne s’agit pas d’un suicide, même si son ami n’était pas tellement équilibré. Bert explore l’univers personnel de Chucks – musical et privé. Peut-être y a-t-il quelques indices à dénicher. Invités avec son épouse chez le Dr van Ern, Bert s’ennuie vite mais découvre que le médecin possède une galerie de tableaux évoquant la douleur, l’horreur, l’angoisse. Par ailleurs, Bert cherche à déterminer le sens du mot "ermitage", prononcé – selon ce qu’en disait Chucks – par Daniel Someres juste avant sa mort. Personne ne paraît savoir de quoi il est question, pas même le brave gendarme local Vincent Julian. Néanmoins, Bert imagine que tout cela n’était pas simplement issu de l’état mental fragile de Chucks…

Mikel Santiago : Le mauvais chemin (Actes Noirs, 2018) – Coup de cœur –

Riffle a marqué un silence, songeur. Je lui ai demandé si je devais trouver un avocat à Chucks, mais il a fait non de la tête.
— Sans indice de crime, et tant que nous n’avons pas découvert le cadavre ou enregistré une disparition dans la région, rien ne justifie une mise en examen. M.Basil n’a fourni aucune description, aucun signalement concernant ce prétendu cadavre. Il pourrait tout aussi bien s’agir d’une hallucination, de faux aveux ou d’une envie de se faire remarquer, vous comprenez ? En attendant, on ne peut pas le mettre en détention, mais je compte sur vous pour qu’il ne quitte pas la commune.
— Bien évidemment.

Ce roman est franchement une très belle surprise. La présentation en était modérément attirante – les histoires de rock-stars oubliées, on en a écrit d’autres. Ici, au contraire, on adhère immédiatement. Chucks n’est pas un paumé, juste quelqu’un secoué par une vie déjà trop remplie. L’écrivain Bert Amandale veille à la vie de sa famille, son épouse Miriam se détachant un peu, et leur fille Britney commençant à penser aux garçons. Accident ou pas ? Il existe une vraie énigme autour de cet épisode. Bien sûr, le centre de désintox du Dr van Ern pousse à s’interroger. Les éléments apparaissent au fil des investigations de Bert, troublants ou mystérieux : il suffit de le suivre dans ses recherches. La tonalité du récit est plus que fluide, d’une belle souplesse narrative. Voilà un suspense de haute volée, méritant sans hésitation un coup de cœur.

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 04:55

À tort ou à raison, les Ardennes ne sont pas un département attirant. Ce n’est pas une bourgade comme Awoise-Gelle, petite ville endormie à six kilomètres de la frontière belge, qui en améliorera la réputation. Leur club de foot, le SCAG qui évolue en CFA2, ne donne pas non plus une image brillante de la ville. Néanmoins, une poignée de supporters, piliers du bar L’Ardennais, espère que l’équipe échappera à la relégation. Ce qui signerait la fin définitive du club, lâché par la mairie, les sponsors, les joueurs. Moïse, employé dans un magasin de bricolage et de jardinage, ne vit que pour le SCAG. Les autres supporters sont Jarne Van Hoijdonck, un Belge évitant soigneusement la police, et le Nîmois, un ex-voyou venu du Sud. Sans oublier Étienne, le chasseur, qui participe ponctuellement avec ses congénères salingues à des soirées peu ragoûtantes.

À même pas quarante ans, Moïse a un bide plein de bière, l’oreille droite décollée, les cheveux ras et le visage mollasson. Il habite seul au deuxième étage d’une HLM couleur grisaille. Il ne cherche plus vraiment de relation féminine, bien que sa collègue de travail Firmine puisse éprouver quelques sentiments. Rien d’autre n’importe pour Moïse que le club de foot local, où chacun le connaît, et en conséquence ses soirées arrosées avec ses amis à L’Ardennais. Il est conscient que le prochain match, contre Sarreguemines, le samedi 13 mai à 18h, risque d’être fatal. Il lui vient l’idée de faire pression sur l’arbitre, en kidnappant par exemple son fils. D’ailleurs, il commence bien vite ses repérages. Moïse pourra compter sur le Nîmois et sur Jarne pour cette opération. Étienne prêtant son cabanon de chasse, voilà un endroit idéal pour séquestrer un môme.

Jean-Philippe Hibon est employé de banque et arbitre de foot. Entre son épouse, la rousse Magali, et leur fils de deux ans Brandon, ce n’est pas une famille dans laquelle règne une bonne harmonie… À Grande-Synthe, la libraire Annie est en couple depuis vingt-cinq ans avec Magguy, aide-soignante dans un établissement spécialisé. Si Annie possède un caractère fort, Magguy est fragile. Il y a treize ans, elle a été agressée et violée dans un parking souterrain. Deux des individus ont fait de la prison depuis, mais le troisième s’en est sorti. Pour surmonter son traumatisme toujours vivace, Magguy espère qu’un des complices, libéré, lui offrira des infos sur le malfaiteur non identifié… À Awoise-Gelle, une soirée de fête avec une prostituée a mal tourné pour le pervers Étienne. Les "cousins" de sa victime vont exiger un lourd dédommagement, somme qu’il ne possède pas.

Moïse n’a pas hésité à supprimer un témoin alors qu’avec le Nîmois, ils s’entraînaient avant de passer à l’action. De son côté, Jarne ressasse ses souvenirs tout en tentant de ne pas trop souffrir, car il est en mauvaise santé. Malgré tout, il jouera son rôle durant le kidnapping. Entre-temps, Magguy a progressé dans ses recherche du troisième coupable. Quant à l’arbitre Jean-Philippe, rien n’indique qu’il obéira à Moïse…

Fabrice David : Au pays des barbares (Sang Neuf, Éd.Plon, 2018) – Coup de cœur –

La route s’élargit sur la fin. Rond-point, panneau Awoise-Gelle avec un sexe dessiné dessus au marqueur et un autocollant CGT. Un peu plus loin, une masse sombre. Les HLM. Le clocher, derrière. Quelques lueurs transpercent la pénombre. Paysage familier. Triste. Détour par L’Ardennais. Faut que je voie les autres. Pour le plan. Maintenant que j’ai trouvé les coordonnées de l’arbitre sur Internet, tout va aller vite. J’ai eu largement le temps pendant la pause déjeuner du chef. Il n’éteint jamais son ordinateur. Quelques clics sur le site de la Fédération qui organise notre championnat…

Une très grande partie de la population française vit dans des villages du terroir, dans des petites villes de quelques milliers d’habitants. Même si leur activité s’exerce dans de plus grandes agglomérations, ils quittent volontiers le rythme urbain pour des ambiances plus calmes. Peut-être quelques-uns ont-ils choisi de se faire oublier dans des endroits où l’on vivote sans qu’on vous pose de questions. Les faits divers étant rares, la gendarmerie est moins inquisitrice. Il y a également les natifs, souvent attachés à leur décor de toujours.

Moïse en fait partie. C’est un fanatique du club de foot local, au-delà de toute mesure. Ce genre de personne existe, le portrait qu’en fait Fabrice David n’est pas si caricatural. Pour eux, il ne s’agit pas d’être un fervent supporter. Ils vivent corps et âme à travers le club, une dévotion de tous les instants. Des mauvais résultats ? C’est sûrement que leur équipe a été lésée. Un classement minable en championnat amateur ? Pas de la faute des joueurs qui donnent leur maximum. L’un d’eux a triché pour obtenir un penalty ? C’est de bonne guerre. Ce n’est plus de la mauvaise foi, c’est de l’idolâtrie incontrôlable.

Un dérapage aussi énorme que celui organisé par Moïse pourrait-il se produire ? Dans l’actualité, on a l’exemple d’actions violentes contre des clubs adverses, ciblant parfois des joueurs. Autour de Moïse, digne d’un héros de Reiser en BD, on est là au plus proche de la vie réelle d’une partie de nos concitoyens. L’auteur décrit le quotidien des protagonistes, pas seulement à Awoise-Gelle mais aussi la vie de l’arbitre et celle d’Annie et Magguy. Ce qui offre force et crédibilité au récit. Coup de cœur pour un palpitant roman noir.

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 04:55

Angel Dare a fait carrière comme actrice de films X en Californie, ce qu’elle ne renie pas même si elle a dû changer de vie ces derniers temps. Elle s’est trouvée embarquée dans une affaire de trafic d’êtres humains, un réseau dirigé par des Croates qui l’ont maltraitée. Ayant témoigné contre eux, Angel a bénéficié d’un programme de protection des témoins. Il faut croire que sa sécurité n’était pourtant pas garantie. Des sbires de la bande des Croates s’attaquèrent à Lindsey, la psy qu’on avait imposé à Angel. Coup de chance, cette dernière eut le temps de fuir, son bagage de secours étant prêt. Se faire oublier, ça ne lui posait aucun souci, mais il fallait bien se poser quelque part. Grâce à des marginaux assez chtarbés, elle fit le connaissance de Duncan Schenk. Proprio décalé d’un "diner" à Yuma (Arizona), où Angel devint serveuse, il était capable de lui obtenir des faux papiers.

La tranquillité relative d’Angel vola en éclats quand Vic Ventura pénétra dans le "diner" qui l’employait. Ex-acteur de pornos, dealer et junkie, il fut autrefois l’amant d’Angel. Il paraît un peu plus clean. Il a rendez-vous là avec son fils Cody. Il est bientôt pris pour cible par des jeunes Mexicains. Avant de mourir, Vic demande à Angel de protéger son fils. Facile à dire quand on est soi-même aux limites de la légalité. Ne s’attardant pas sur les lieux, Cody et Angel vont trouver refuge chez Hank, un ami du jeune homme. Angel découvre que le fils de Vic est champion de boxe extrême, de free fight MMA. Hank est, en quelque sorte, son entraîneur. Celui-ci fut lui-même un héros de ce sport. Ce qui est de nature à séduire Angel, qui apprécie les sportifs matures musclés. Toutefois ce qui prime pour Hank et elle, c’est d’éviter les problèmes à venir pour le jeune Cody.

Celui qui organise les combats de boxe extrême dans la région, c’est Vernon Lovell. Il y a les compétitions officielles, mais également des combats clandestins plus violents, sans règle, qui se déroulent dans son club de San Luis. Ça se situe juste après la frontière, du côté mexicain, à seulement quelques encablures de Yuma, et ça rapporte gros. Il n’est pas rare que ces combats soient truqués, d’ailleurs. Lovell en profite pour faire prospérer un trafic de stéroïdes entre Mexique et Arizona. Il y a eu une embrouille à ce sujet avec Cody, dont le jeune sportif n’est pas responsable. Pour récupérer le faux-passeport d’Angel, que Duncan avait réservé, Hank et elle bousculent l’intermédiaire, un minable, mais tout se passe bien à la frontière. Quand ils retrouvent Cody au club de Lovell, la curiosité d’Angel fâche Lovell. Ils frôlent la mort une fois de plus. De retour côté américain, les ennuis ne sont nullement terminés, entre la menace Lovell et les vieux ennemis d’Angel…

Christa Faust : L’ange gardien (Éd.Gallmeister, 2018) – Coup de cœur –

Je poussai un soupir, me résignant déjà à ce que j’allais devoir faire pour obtenir ce passeport. Hank se tenait légèrement sur ma gauche derrière moi, c’est pourquoi je ne le vis pas se redresser brusquement tel un cobra furieux. Je perçus seulement l’ombre soudaine de son mouvement lorsqu’il se rua sur Lenny et décrocha d’un coup de poing le large sourire lubrique de son visage.
Lenny s’écroula comme s’il s’était pris une balle et tomba sur le côté, sa tête heurtant le coin du bureau. Il était dans les vapes avant même de pouvoir songer à attraper son flingue. À la seconde où Lenny atterrit sur le sol, je bondis pour choper le lourd AutoMag coincé sous son aisselle. Ses jambes tressautaient, comme les pattes d’un chien qui fait un mauvais rêve, et de ses lèvres entrouvertes sortait une sorte de ronflement cocasse.

Coup de cœur pour un vrai roman d’action dans la meilleure tradition, magistralement maîtrisé par Christa Faust. On avait adoré “Money shot” (Éd.Gallmeister, 2016), avec cette héroïne hors norme qu’est Angel Dare, que l’on retrouve ici avec un immense plaisir. Tant mieux pour les lecteurs si la vie de cette femme est jalonnée de rebondissements, de multiples péripéties. Elle n’oublie pas d’évoquer à grands traits ses précédentes aventures, ni de raconter son parcours (chaotique, bien sûr) entre-temps, avant d’être lancée dans de nouveaux ennuis. Connaissant son caractère décomplexé, c’est avec un humour certain que la narratrice nous fait partager ses déboires, et ceux de ses compagnons. Devant se défendre elle-même, réussira-t-elle à éviter le pire pour Cody ? Quant au costaud Hank, qui va jouer un grand rôle, c’est assurément le partenaire idéal pour l’intrépide Angel. Un authentique polar mouvementé et souriant, pour notre plus grand bonheur.

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