Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 05:55

Louis Dames est un jeune retraité passionné de nature, en particulier de l’étude des insectes. Il vient tout juste de s’installer dans une des vallées du Vercors, qu’il estime propice à l’entomologie. S’il part à la découverte du milieu, c’est bientôt tout autre chose qui attire son attention. Autour d’une grande maison d’architecture actuelle, Louis assiste à une scène bizarre, qu’il est incapable de décrypter. Il apprend que cet endroit est habité par un artiste coréen, Krim Lee, et sa compagne Ceril, elle-même artiste. Louis est comme aimanté par cette maison, et revient rôder à proximité. Ça ne l’empêche pas d’explorer la nature et les insectes de la vallée. Dans un premier temps, il ne paraît pas aisé d’entrer en contact avec Ceril, qui n’a pas manqué de remarquer sa présence.

Louis finit par lier connaissance avec le couple d’artistes. Il est même invité à séjourner chez eux. Krim Lee n’est guère loquace, soupçonnant Louis de les surveiller. Intransigeant sur son art, le Coréen n’apprécie que l’isolement favorable à la création. La relation entre Ceril et Krim Lee apparaît à Louis conflictuelle. Clairement, il existe une forte tension entre eux, avec une violence certaine. Même s’il se trouve au plus près du couple, l’entomologiste a beaucoup de mal à cerner leurs caractères, bien qu’ils le fascinent. Ce n’est pas au Chalet du Vercors, seul commerce par ici, “point de rencontre des maisons isolées et des hameaux avoisinants, situé à l’intersection de trois routes et à douze kilomètres de la première bourgade”, qu’on le renseignera tellement plus.

Quand Ceril disparaît, difficile de comprendre s’il s’agit ou non de l’acte volontaire d’une artiste fantasque. Néanmoins, cela entraîne une enquête de gendarmerie. D’autant que des traces de sang peuvent se traduire par des faits criminels. Le gendarme Gilbert et sa hiérarchie sont-ils, pas plus que Louis Dames, en mesure de cerner le comportement de personnes telles que Ceril et Krim Lee ? Tandis que Louis reste proche du Coréen, qui ne semble pas inquiet du sort de sa compagne, la gendarmerie suisse sera bientôt concernée par cette affaire, elle aussi…

Philippe Rouquier : Rires de poupées chiffon (Éd.Carnets Nord, 2019)

Comme souvent avec les histoires très originales telles que celle-ci, il ne faut pas se tromper de lecture. Nous ne sommes pas dans un polar rythmé et trépidant privilégiant l’action, mais dans un "roman d’atmosphère". Témoin des faits et de l’ambiance, Louis Dames est un "candide", très éloigné de l’état d’esprit du couple d’artistes. Il constate que la nervosité qui règne se fait plus tendue au fil des jours. Sur quoi peut déboucher ce genre de situation, c’est à la fois trop opaque, trop confus et trop intense pour envisager une explication qui serait logique pour le commun des mortels. Peut-être qu’en restant dans cette sphère, Louis Dames se met-il en danger ? À moins que tout cela ne soit finalement qu’un jeu d’illusion artistique ?

Voilà un roman déstabilisant pour le lecteur qui, par sa thématique et sa tonalité, sort totalement de l’ordinaire. C’est le second titre de Philippe Rouquier dont “Tant pis pour le Sud” (Le Masque) a été récompensé au Festival de Beaune par le Prix du Premier roman.

Partager cet article

Repost0
14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 05:55

Châtignes, c’est la province éternelle, une petite ville d’hier et d’aujourd’hui, où rien n’évoluera jamais vraiment. Endormie, sombre et humide, une bourgade triste. “Il pleuvait depuis quatre jours. Sous un ciel d’un gris fade dont rien ne parvenait à entamer l’uniformité, Châtignes respirait la mélancolie. À midi, les petites villes de province sont mornes, et Châtignes n’échappait pas à la règle. Seul le gargouillis de l’eau dans les caniveaux engorgés troublait le silence, car le bruit de la pluie était devenu si habituel qu’on ne le remarquait plus.” Quant à "L’actualité locale", elle n’est guère basée que sur des commérages, des racontars. Si une tête nouvelle s’y installe, même quelques jours, on voudra savoir. Rien d’excitant pour une population s’encroûtant dans sa routine lassante. Heureusement, le mystère n’y est pas toujours absent.

Des crimes — des soupçons de crimes ou de morts énigmatiques — s’y produisent quelquefois. Grâce à Jean-Pierre Ferrière, qui en a fait le décor de plusieurs de ses suspenses. “Vétéran du polar” né en 1933, auteur de soixante-quinze romans en soixante ans, Ferrière a séduit le public par ses histoires captivantes, racontées avec une certaine malice, souplesse narrative et fluidité étant ses meilleurs atouts. Si la manière apparaît sans agressivité, il s’agit bien d’affaires criminelles, de meurtres et de mystères. Et la population de Châtignes existe assurément encore de nos jours, avec ses états d’âmes et, pour partie, sa méchanceté. Les générations de commères s’éteindront-elles un jour ? Rien n’est moins sûr. Les Éditions Campanile ont l’excellente idée de rééditer trois de ces titres en un seul volume. Explorons ces savoureuses intrigues provinciales, parmi les meilleures de l’auteur.

- Crimes autorisés : Malgré les années qui passent, la petite ville de Châtignes reste parfaitement ennuyeuse. Si le très parisien Stéphane y séjourne quelques jours, c’est pour assister aux obsèques d’Alexandre, qui fut un de ses proches, un intime. Il espère surtout que son vieil ami ne l’a pas oublié dans son testament. Stéphane se demande comment, même souffrant, Alexandre supportait de vivre à Châtignes.

Le jour de l’enterrement, on découvre un drame dans la maison qu’habitait pour moitié Alexandre. Jeanne s’est suicidée. En effet, cette jeune femme semblait ne pas s’intéresser à grand-chose dans la vie. Toutefois, sa sœur Hélène émet des doutes quant à un suicide. Face à l’inspecteur Vialles, elle accuse presque son beau-frère Étienne. Il est vrai que ces deux-là n’ont pas l’air de s’apprécier. Quant à Mathieu, le meilleur ami d’Étienne, il voudrait se rapprocher d’Hélène, plutôt que de se contenter de la serveuse de l’hôtel, Nelly. Mais Hélène est une femme au caractère affirmé. Le journal intime de Jeanne ne permet guère de douter du suicide. Tragique histoire d’amour ? Stéphane n’y croit pas, ayant d’excellentes raisons de penser que la vérité est nettement moins limpide. Désormais, Hélène admet le suicide, alors que Stéphane est sûr du meurtre…

Jean-Pierre Ferrière : Le charme mortel de la province (Éd.Campanile, 2018)

- Marie-Meurtre : Marie, bientôt quarante ans, est bibliothécaire à Châtignes. Cette célibataire est assistée dans son travail par la jeune Joëlle, éprise d’un fils de notaire. Marie a connu l’amour vingt ans plus tôt avec Daniel, qu’elle aime encore, mais qui épousa la riche Irène. La vie de Marie est bousculée par l’arrivée de son frère Gérard. Celui-ci meurt chez elle d’une attaque cardiaque. Peu après, un truand parisien nommé Clarence apparaît, cherchant des bijoux volés. Marie voit là l’opportunité de se venger d’Irène. Elle oblige Clarence à la supprimer.

Le plan de Marie fonctionne, même s’il s’agit réellement d’un accident. Elle va pouvoir enfin récupérer Daniel, ce qui épatera les commères locales. Suite à la mort de son épouse, Daniel estime avoir besoin de s’éloigner un peu. Il part en vacances sur la Côte d’Azur. Ce contretemps cache un gros problème : Daniel a choisi une autre femme. Marie recontacte le truand Clarence. Elle concocte un nouveau plan afin d’éliminer sa rivale. Hélas, si celle-ci est tuée, tout ne se passe pas comme l’a prévu Marie…

- Un climat mortel : Entre ragots et météo pluvieuse, on s'ennuie beaucoup à Châtignes. Telle Marceline Loubet, vieille dame aveugle qui croit au retour prochain de sa petite fille qu'elle ne connaît pas. Telle Simone, sa garde-malade, une rêveuse invétérée. Tel Axel, un jeune homme un peu dérangé, qui espère que sa Denise lui reviendra. Telle la serveuse Yvette, qui ne pense qu'au cinéma. Ceux-là sont à ranger parmi les sympathiques. D'autres s'avèrent plus détestables. Comme la mère d'Axel, une femme cruelle, ou Mme Cochart, la patronne du Grand Hôtel. Avec M.Chandernont et le maire, elle fait partie des personnes influentes de Châtignes. Toujours à l'affût des racontars, elle traque les petits et grands secrets supposés de chacun. Avec une méchanceté à peine dissimulée.

L'arrivée à Châtignes d'Irène Monestier apporte un peu d'animation supplémentaire à ce petit monde. Les questions que se posent Mme Cochart sur sa cliente, et sur son fils (souffrant) qui l'accompagne, restent sans réponse précise. Axel vérifie qu'il ne s'agit pas de sa Denise. Yvette voudrait que Mme Monestier lui parle de Paris et de la vie d'artiste. L'inspecteur de police Vialles tombe vite sous le charme de la nouvelle venue. Quant à Simone, elle ne peut guère transmettre d'infos sur Irène Monestier à Marceline Loubet. Il faut avouer que cette femme est fort étrange. Difficile de croire qu'elle ne connaisse personne ici, qu'elle soit arrivée là par hasard. Mme Cochart est furieuse de ne rien savoir à leur sujet. Un meurtre et un enlèvement se produisent la même nuit au Grand Hôtel. Quelques heures plus tard, un automobiliste est assassiné. Le policier Vialles ne peut évidemment pas être totalement objectif. Malgré les journalistes et la prochaine arrivée de ses collègues, il tente néanmoins d'approcher la vérité…

Partager cet article

Repost0
12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 05:55

New York, juillet 1959, dans le quartier de Harlem, en majorité peuplé de Noirs. Cette nuit-là, c’est la veillée de funérailles avant les obsèques du vieux Big Joe Pullen. Celui-ci fut cuisinier de wagon-restaurant pendant plus de vingt ans sur le Pensylvania Railroad. Au troisième étage de cet immeuble, la nuit s’est bien passée malgré quelques bisbilles entre des jeunes femmes présentes. La vieille Mamie Pullen, la veuve, a raisonné les unes et les autres. Le premier incident viendra du pasteur Short, de l’Église de la Sainte-Culbute, présent avec eux. Alors qu’il se penche à une fenêtre de l’appartement, il est déséquilibré et chute. Heureusement pour lui, Dieu veille : le pasteur Short tombe dans la grande panière où l’épicier du coin stocke ses pains. Plus de peur que de mal.

Néanmoins, le pasteur Short remonte, furibond, chez Mamie Pullen. Short accuse Chink Charlie, un barman invité, de l’avoir poussé. Il est vrai que Chink n’a pas bonne réputation parmi les amis des Pullen. Quand tous se précipitent à la fenêtre, ils aperçoivent un autre corps allongé sur la réserve de pains. Mais celui-là est bien mort, poignardé avec un couteau spécifique. Le cadavre est celui de Val Haines, le frère de Dulcy, la jeune épouse de Johnny Perry – ce dernier étant une figure du quartier. Après de houleux débuts dans la vie, c’est grâce au couple Pullen que Johnny Perry (aujourd’hui âgé de quarante-six ans) s’installa, créant son propre Club. Il s’est montré plutôt généreux envers son beau-frère depuis son mariage récent avec Dulcy.

Le défaut bien connu de Johnny Perry, c’est sa jalousie. Pus jeune que lui, Dulcy ne paraît pas être un modèle de vertu, c’est un fait. Si c’est l’inspecteur Brody, de la Criminelle, qui dirige les interrogatoires des invités de la veille funéraire, les inspecteurs Fossoyeur Jones et Ed Cercueil y assistent – non sans scepticisme. Chink Charlie, accusé par le révérend Short, ferait un bon suspect, pourquoi pas ? Mais le côté délirant de Short incite à la plus grande prudence. Les autres "témoins" n’ont pas vu ce qui s’était produit. Mamie Pullen trace le portrait de leur petit groupe, ne soupçonnant guère Johnny Perry du meurtre. Ce dernier prétend être totalement étranger à l’affaire. Avec sa voyante Cadillac, on l’aurait certainement remarqué s’il avait été dans les parages à l’heure du crime.

Fossoyeur Jones et Ed Cercueil comptent utiliser une autre méthode. Puisque tout commence par le vol d’un sac de pièce de l’épicier, autant retrouver ce Pauvre Mec qui a fait le coup. Ce minable, amateur de billard, était trop pressé de prendre la fuite pour remarquer quoi que ce soit. Malgré leurs investigations chez les indics et autres dealers, Fossoyeur Jones et Ed Cercueil risquent de ne récolter que bien peu d’éléments. Après les obsèques de Big Joe, menés avec une ferveur hallucinée par le révérend Short, une bagarre se produit entre le jaloux Johnny Perry et Chink Charllie. La patience et la tolérance de Johnny ont leurs limites, y compris envers le révérend. Fossoyeur Jones et Ed Cercueil parviendront-ils à trouver le coupable ? Rien n’est moins sûr…

Chester Himes : Couché dans le pain (Série Noire, 1959)

Les premiers interrogatoires furent menés par un autre sergent, l’inspecteur Brody, de la Criminelle, en présence des inspecteurs Jones, alias "Fossoyeur," et Johnson, alias "Ed Cercueil".
Ils eurent lieu dans une pièce insonorisée du rez-de-chaussée, baptisée par la pègre de Harlem : "La Bergerie". On disait, en effet, que le client le plus coriace, s’il y marinait longtemps, se transformait toujours en "mouton".
La pièce était éclairée par le cône lumineux d’un plafonnier de trois cent watts braqué sur un petit tabouret vissé dans le plancher, au beau milieu de la pièce. Les innombrables suspects qui s’étaient assis et tortillés sur ce tabouret l’avaient poli comme un miroir.
Le sergent Brody était assis, les coudes sur un vaste bureau déglingué, à côté de la porte. Le bureau se trouvait un peu à l’extérieur de la zone d’ombre qui devait dissimuler le policier chargé de l’interrogatoire aux yeux du suspect qui grillait sous la lumière aveuglante du projecteur.
À une extrémité du bureau, un sténo de la police était assis sur une chaise à dossier droit, son calepin ouvert devant lui.

Ce roman de 1959 (The Crazy Kill / A Jealous Man Can't Win), troisième enquête d’Ed Cercueil et Fossoyeur Jones n’est assurément pas le plus connu de Chester Himes (1909-1984). Grand Prix de Littérature Policière 1958, transposé au cinéma, La reine des pommes” (Rage in Harlem) reste sans nul doute son titre le plus célèbre. Malgré tout, “Couché dans le pain” est un roman extrêmement sympathique. Bien entendu, il s’agit d’une véritable enquête, avec ses énigmes. Et une belle part d’humour (ah, l’Église de la Sainte-Culbute et son prêcheur avec ses visions). Ce qui prime, ce sont les délicieux portraits des protagonistes, authentiques habitants afro-américains de Harlem, qui apparaissent très crédibles. Tout le monde n’y appartient pas à la pègre, ni à des milieux troubles : “Il y a aussi des coupes légitimes à Harlem, fit observer gentiment Fossoyeur”.

Les policiers Noirs désabusés de Harlem, Fossoyeur Jones et Ed Cercueil, illustrent le double problème de leur communauté : la violence et les combines y sont bien présentes, ce qui contribue au racisme contre eux. Quant au thème abordé, c’est la jalousie. Sentiment exacerbé entre homme et femme, mais pas seulement. Car la réussite sociale d’un Johnny Perry attise également l’hostilité à son encontre. “Un travailleur peut pas jouer et un jaloux peut pas gagner, dit Johnny, citant le vieil adage des flambeurs.” Il en a tiré une certaine sagesse, ce qui n’exclut pas une éventuelle culpabilité. Ce roman est une bonne façon de découvrir (ou de redécouvrir) Chester Himes.

Partager cet article

Repost0
10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 05:55

Au nord de Bastia, le Cap Corse (surnommé l’Île dans l’île) fait partie des magnifiques sites de la région. Si l’un des versants est très apprécié par le pinzutu en vacances, l’autre est en proie à la désertification. Dans quelques villages oubliés subsistent une poignée d’habitants vieillissants. L’apiculteur Ange-Étienne est l’un d’eux. S’il participa au combat nationaliste d’autrefois, voilà vingt ans qu’il a rompu avec ces milieux devenus trop violents, jusqu’à s’entre-tuer. Néanmoins, en cet été 2013, lui vient l’idée d’un dernier coup d’éclat. La centième édition du Tour de France cycliste débutera en Corse. Il s’efforce de remotiver ses amis de “Noi du Capicorsu”, une dizaine de personnes attachés à leur terroir, anciens régionalistes comme lui. La plupart étant plus que sceptiques doit surtout les convaincre du caractère pacifique du projet.

À l’approche de l’opération, ce ne sont pas les contrariété qui manquent pour Ange-Étienne. Il a préparé un arbre à demi-tronçonné, qui servira à perturber le passage de l’étape en barrant le passage. Il a également prévu une bâche revendicative pour attirer l’attention sur leur partie du Cap Corse. Deux amis transmettront aussi anonymement que possible aux médias le sens de leur initiative. Par contre, on risque une météo contraire pour l’étape concernée. Et un autre groupe de nationalistes menace d’empêcher le Tour de passer. Ange-Étienne avait omis la sécurité liée à l’événement : le jour venu, la route qu’il devait emprunter pour aller finir de scier son arbre-obstacle est strictement interdite. Négocier avec la maréchaussée n’avance gère les choses. Trop sûr de son fait, Ange-Étienne n’a pas vraiment prévu de "plan B". L’affaire risque fort de capoter.

Peu après, une jeune femme est mortellement victime d’un accident de la route : l’arbre d’Ange-Étienne a chuté sur sa voiture. Dans le contexte, les autorités doivent envisager un attentat terroriste islamique. La DCRI s’est déjà déployée sur l’Île. La Gendarmerie préfère y voir un exemple de la fatalité. Quant à la famille de la victime, elle engage un détective privé local pour établir ce qui s’est produit. Firmin Lagarce n’est peut-être pas le plus brillant des enquêteurs, mais avec son jeune assistant Baghdâd El Tayeb, on peut espérer des résultats. Baghdâd connaît la mentalité des Arabes, calmes en quasi-totalité. Firmin est Corse, avec de solides relations dans la région, y compris le brigadier de gendarmerie Yann Jaouen. Le duo tente de s’informer dans un bar du coin, mais à part un couple de Belges agaçants, rien à glaner. Un Rasta pourrait être suspecté, mais ça paraît fort aléatoire.

Firmin et Baghdâd se rendent sur le lieu de l’accident mortel. Firmin y relève quelques indices montrant que l’arbre fut pré-coupé, probablement par une personne ayant ses habitudes dans cet endroit. D’un côté, la DCRI ne lâche pas sa piste terroriste. Mais Firmin va exploiter une culpabilité locale. Peut-être finira-t-il par cerner le fautif ? Quant à Ange-Étienne, au besoin, il est prêt pour un baroud d’honneur…

Olivier Collard : Culpacciu (Éditions du Cursinu, 2018)

Mais alors pourquoi cette pauvre femme ? Pourquoi une innocente ? Les proches de la victime voulaient absolument savoir. Ils exigeaient une réponse satisfaisante, tandis que la Gendarmerie se bornait à répéter : "Le mauvais endroit, au mauvais moment". Bien que l’affaire ne fut pas officiellement classée, la Brigade de Recherches avait de toute évidence tourné la page. Elle avait d’autres priorités, et l’enquêteur en charge de l’affaire désirait manifestement passer à autre chose. Ce surcroît de travail au moment où tout le monde profite de ses congés d’été, cette épidémie de règlements de comptes, leur avait donné le tournis. Ainsi, lorsque le frère et les parents de la victime firent le déplacement en Corse, pour accomplir diverses formalités, avec toute la peine, toute la souffrance que l’on imagine, ils eurent la fâcheuse impression que les enquêteurs, dépassés par les événements, n’avaient accordé que très peu d’attention à cette tragique affaire.
Dépitée, la famille de la victime ne tarda pas à se tourner vers un détective privé.

On peut parler ici d’un roman policier de tradition. Si les personnage centraux en sont l’apiculteur Ange-Étienne et, au temps des investigations, le “privé” Firmin Lagarce, ancien policier, c’est bien la Corse qui importe dans cette histoire. Dans toutes les régions de France, aussi remarquables soient-elles, des villages sont désertés, n’intéressant ni les investisseurs ni le tourisme. Nul doute que ce soit le cas dans cette partie du Cap Corse, non-valorisée. Attirer l’attention à l’occasion du passage du Tour de France 2013 n’était pas une mauvaise idée, encore qu’un peu chimérique. Mais les initiatives même pacifiques ont parfois des conséquences désastreuses… Connaissant et aimant son territoire corse, Olivier Collard n’en fait pas seulement un décor, il nous en parle avec une tendresse certaine. Voilà un roman policier très agréable.

Les Éditions du Cursinu étant peu diffusées, il est préférable de les contacter.

Partager cet article

Repost0
8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 05:55

Au centre de l’Angleterre, Peterborough est une ville sinistrée économiquement. La seule qui tire parti de la crise, c’est l’agence de recrutement Pickman Nye. On y emploie des salariés sous-payés, en majorité originaires des Pays de l’Est et des Balkans. Marié à Anna, père du petit Milan, l’inspecteur Dushan Zigic dirige la Brigade des crimes de haine, assisté de la policière Melinda Ferreira, avec l’inspecteur Wahlia et leur équipe. Ils sont sous l’autorité du commissaire Riggott, qui n’est pas du tout un homme de terrain. Au petit matin, il se produit un accident de la circulation pouvant concerner leur groupe. Un véhicule a foncé sur trois personnes : Jelena Krasic est décédée, sa sœur Sofia est blessée et hospitalisée. Un homme qui se trouvait près de l’arrêt de bus voisin est mort, lui aussi. On n’identifiera que tardivement ce Polonais qui, ce matin-là, partait vers son pays natal.

Compliqué de savoir qui était l’acheteur de la voiture d’occasion restée sur les lieux après l’accident, le véhicule ayant été vendu en dépit des règles habituelles, par négligence. Mais Sofia ne tarde pas à accuser l’ex-petit ami de sa sœur Jelena. La police qui débarque chez cet Anthony Gilbert le trouve mourant. Il semble s’agir d’une tentative de suicide, mais il peut avoir aussi bien été la cible d’un empoisonnement. Si le commissaire Riggott souhaite que l’affaire ne fasse pas de vagues – le suspect décédera peu après – c’est que ce n’est pas le premier cas récent de crime raciste à Peterborough. Outre un nommé Didi, sur lequel on ne sait quasiment rien, la seconde victime était Ali Manouf, dont la demande d’asile était en cours de traitement. Le meurtrier s’est affiché, masqué, devant une caméra de surveillance après son crime, faisant le salut nazi.

Richard Shotton est un politicien d’extrême droite, de l’English Nationalist League. Des élections étant proches, ces assassinats d’étrangers ne servent pas ses intérêts. Il ne tient pas à être associé à l’image de ces brutes vociférantes, de ces chien hurleurs dont les exigence vont bien plus loin que le programme de l’ENL. Entre son conseiller Marshall, assez modéré par rapport à leurs idéaux, et son propre chauffeur Christian Selby, qui fut proche de l’extrême droite radicale, comment éviter que s’envenime la situation. Pas sûr qu’il puisse compter sur Ken Poulter, fanatique de leur cause, se qualifiant de défenseur des "valeurs" au-delà des grosses sommes qu’on peut lui offrir. Connu des services de police, c’est un ancien hooligan, un de ceux qui éprouvent un besoin viscéral de violence, profitant généralement de l’effet de groupe pour éructer, voire se battre.

Sortie sans autorisation de l’hôpital, Sofia est bientôt agressée. Quand un nouvel Étranger est assassiné et martyrisé, la méthode est semblable aux cas de Didi et d’Ali Manouf. Les voisins ont immédiatement réagi, retenant le tueur. Si celui-ci observe le silence, on peut penser qu’il avait un complice ayant fui. Spontanément, ses amis de l’ENL se sont rassemblés. Une émeute est à craindre, s’agissant de militants déterminés. D’autant que les médias sont vite arrivés pour filmer l’affaire. Ça non plus, ça n’est pas bon pour le politicien Richard Shotton, ni pour son parti. On lui demande de redresser la situation, mais il n’a plus prise sur Poulter. Exécutant lobotomisé, Pouter est sûrement guidé par d’autres, plus haut que lui. Il se peut que l’enquête de Zigic et de la policière Melinda Ferreira doivent prendre une autre tournure pour éclairer les faits…

Eva Dolan : Haine pour haine (Liana Levi, 2019)

La forme politique ne suffit plus aux activistes radicaux complotistes d’extrême droite. Au discours nationaliste, s’est substituée une violence visant le chaos intégral et permanent. Il ne s’agit même plus de populisme, avec son argumentaire basique. Dans leur esprit, c’est une guerre de résistance qu’ils mènent sans complexe contre tout Étranger, d’une "reconquête patriotique" contre des envahisseurs. Racisme ou formatage des cerveaux ? Personne ne les empêche de brailler "On est chez nous", mais jusqu’où iront ceux d’entre eux qui sont parfaitement organisés, en brigades ou en milices ? Jusqu’aux meurtres ? Au nom d’une "identité nationale" bien relative, ils s’inspirent plutôt de la propagande des suprémacistes américains et du lobby international de l’extrême droite.

Contester, se rebeller n’est ni casser, ni tuer : pour eux, tout ça n’était que l’étape politique précédente, ces "guerriers" sont dans l’action – criminelle au besoin. C’est ainsi que les frontières entre banditisme, terrorisme et chaos d’extrême droite existent de moins en moins, tous ayant besoin du désordre pour mener leurs combats. Avec “Haine pour haine”, son deuxième roman noir, Eva Dolan nous met en garde, autant pour la réalité anglaise actuelle que pour l’ensemble des pays où s’est développée l’extrême droite. Elle nous raconte en détail et avec justesse le quotidien de son couple de héros, Zigic et Ferreira. Ce ne sont assurément pas des "super-flics", et il n’est pas toujours aisé de discerner un crime raciste d’un acte privé. Ce sont là des personnages que l’on suit avec sympathie, après “Les chemins de la haine” (2018), Grand Prix des lectrices de ELLE.

Partager cet article

Repost0
6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 05:55

Né en Argentine en 1959, Carlos Salem vit en Espagne depuis plusieurs décennies. Dans les salons du polar et autres festivals du livre, il est facile à repérer avec son bandeau sur le crâne. Mais ce n’est pas la principale singularité à noter chez cet écrivain, auteur de six romans traduits en français depuis 2010 : Aller simple ; Nager sans se mouiller ; Je reste roi d'Espagne ; Un jambon calibre 45, Le Plus Jeune Fils de Dieu ; Attends-moi au ciel. Tous sont publiés chez Actes Noirs. Ce dernier titre est désormais disponible chez Babel Noir, en format poche.

Carlos Salem, c’est avant tout une tonalité. Si l’on a une préférence pour les intrigues froides, les investigations strictes, les enquêtes confiées à des experts pointilleux, il vaut mieux ne pas lire ses suspenses, mais c’est se priver de grands plaisrs. Ses romans sont placés sous le signe du sourire, de la fantaisie, avec un cynisme amusé et une délicieuse amoralité revendiquée. Pour autant, il serait absurde de croire que les scénarios sont bancals ou négligés. Bien au contraire, le mystère est omniprésent derrière l’humour affiché. À l’origine, dans “Attends-moi au ciel”, un meurtre entraîne une situation vraiment complexe, avec un fort aspect criminel. Les péripéties s’annoncent nombreuses.

Je secoue la tête, me love dans la veste d’Amor, et demande à JR de me faire un café. Quand elle se dirige vers la cuisine, je sais que j’ai au moins un quart d’heure devant moi pour m’éclaircir les idées. JR est un génie des relations publiques et privées, mais elle est aussi capable de confondre une cafetière et une planche à repasser.
Pourquoi est-ce que je devrais lui faire confiance ? Après tout, elle a été la maîtresse de Benito et il se peut que, avant que mon défunt mari lui préfère les jeunes Russes, ils aient prévu de m’évincer de la même façon. D’un autre côté, elle sait se débrouiller dans le monde réel : avant d’enchaîner les mariages, elle a même fini ses études de droit. Et puis, c’est ma seule amie.
Je me rappelle quelque chose, et me lève lentement. Amor n’avait pas menti. Sur le meuble, derrière le sofa, il y a la bouteille. Je déchiffre la marque de la liqueur de bourbon et retourne m’asseoir avec elle. Pendant que JR arrive avec du café qui sent le pneu brûlé, j’effleure ma bouteille de Southern Comfort cachée sous les coussins. Maintenant, j’ai deux amies.

Carlos Salem : Attends-moi au ciel (Babel Noir, 2019)

À Madrid, Piedad de la Viuda aura cinquante ans d’ici quelques jours. Bien qu’ayant étudié les sciences économiques à un très bon niveau, la pieuse Piedad se maria et devint une épouse oisive et bigote. S’occuper de protection des animaux, présider la copropriété de leur résidence, rappeler à tous propos des citations de personnages célèbres, et aller se confesser, voilà ce qui occupe son temps. Avec la musique, car elle adore les boléros. Sa seule amie, c’est Juana Ramona Benavídez (dite JR), avec laquelle Piedad ne peut rivaliser pour la séduction. Les parents de Piedad étaient d’origine modeste et rurale. Ils surent faire fructifier un bel héritage. Antonio de la Viuda créa une grosse société, qu’il légua à sa fille. Elle en est la dirigeante en titre, mais c’est son mari Benito Casado qui s’en occupe.

Piedad est veuve depuis un mois, son époux étant mort dans un accident de voiture. C’est ainsi qu’elle découvre que sa société est quasiment en faillite. Ce que lui confirme Juan Ortega, ami de jeunesse du couple et actionnaire mis sur la touche par Benito. Il lui confie un dossier soulignant l’ampleur des dettes. Certes, Piedad touchera une assurance-vie, qui sera loin de renflouer l’entreprise. Ouvrant enfin les yeux, elle réalise que JR fut sûrement l’amante de Benito. Deux billets d’avion pour le Brésil témoignent que son mari avait programmé un départ imminent. Avec la jeune Svetlana, une blonde Ukrainienne étudiant le portugais en Espagne. Le commissaire Bermúdez et son séduisant adjoint Ricardo Amor révèlent à Piedad que la voiture de Benito a été sabotée, ce qui provoqua l’accident.

Une petite voix intérieure l’incite à réagir. Dans un crucifix creux, elle découvre une lettre posthume de Benito qui pourrait indiquer où il a caché le pactole qu’il détourna. Ou bien s’agit-il juste de venger son défunt époux ? Des obstacles se dressent sur son chemin : un tueur-à-gages au service d’un mafieux russe jouant au gourou para-religieux ; le gardien de la résidence qui veut exercer un chantage sexuel. Piedad ne tarde pas à les éliminer. Elle entre en contact avec Raúl Soldati, un drôle d’Argentin vivant à Madrid, qui s’avère plutôt habile quand il se prend pour un détective. En allant se frotter aux Russes, Soldati risque d’être malmené, mais ça ne le fera pas renoncer. Piedad va se trouver une autre alliée : la jeune et belle Nati, employée de sa société, n’est pas si potiche qu’elle paraît.

Grâce à la très compétente Nati et en réintégrant Ortega, Piedad commence à restructurer l’entreprise. Elle possède un atout supplémentaire : le policier Ricardo Amor devient son amant. Toutefois, Piedad peut se demander si cet Apollon n’est pas avant tout intéressé par les millions détournés de Benito. Quant à la jeune Svetlana, elle fait sa connaissance dans un ascenseur. Elles sont sous la menace d’un sbire russe, que Piedad supprime bien vite. Néanmoins, il vaut mieux essayer de mettre la jolie Slave à l’abri. Constatant la disparition de plusieurs protagonistes, le commissaire Bermúdez imagine cette affaire telle une sorte de match de football. Les indices laissés par Benito sont toujours obscurs, et le mafieux-gourou reste dangereux. La vérité n’est sans doute pas si évidente…

Dénicher un énorme magot caché et retrouver un assassin, tout en affrontant des Russes malfaisants, pas si simple pour l’héroïne de cette histoire. Jusqu’à là, Piedad menait une vie éthérée, ignorante des plaisirs charnels et des sombres réalités de l’existence. Heureusement, une voix intérieure s’est réveillée en elle, qui l’autorise à se comporter de façon moins sage qu’à l’ordinaire. Écraser ce qui entrave son parcours, ça ne lui pose plus de problème. Une mise au point pleine de fermeté avec des proches, dont son amie JR, ça ne l’effraie pas non plus. Quant à exploiter son charme de presque-quinquagénaire, elle le fera désormais sans complexe. De bonnes rasades de Southern Comfort, ça motive.

Au cours de ses aventures, Piedad va croiser une galerie de savoureux personnages. Dont Raúl Soldati, un des singuliers héros de “Aller simple”, premier roman de Carlos Salem traduit en français. L’employée sexy Natalie (dite Nati) est également étonnante à bien des égards. Grâce à une narration enjouée, on suit avec grand plaisir les tribulations de la combative Piedad. Carlos Salem ne déçoit jamais ses lecteurs !

Partager cet article

Repost0
4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 05:55

Gabriel Lecouvreur est surnommé par ses amis Le Poulpe à cause de ses longs bras semblables aux tentacules de cet octopode. C’est un enquêteur indépendant qui aime fouiner dans les faits divers, à la recherche de situations pouvant souligner certains dysfonctionnements de nos sociétés actuelles. Sans être un justicier, Le Poulpe n’hésite pas à régler des comptes, au besoin. Cette fois, c’est à Toulouse que se produisent deux affaires concomitantes. La jeune Marie et son compagnon Paco Escobar assistaient à une soirée à l’Opéra de Toulouse, quand elle fut la cible d’un tir mortel. Sous l’effet de la peur, Paco a disparu. Dans le même temps, René Blanchon est mort dans l’explosion de sa villa, un acte criminel. Il était entre autres copropriétaire du club Le Bambou. Son employée Caroline Lebedel, qui logeait chez lui, avait été agressée peu avant. Elle est hospitalisée.

Gabriel Lecouvreur se rend sans délai à Toulouse. À l’adresse de Paco Escobar, pas de trace du jeune homme. Mais il tombe sur Pascal Destains, son colocataire. Connaissant bien la ville, Pascal peut utilement l’aiguiller dans son enquête. C’est par son intermédiaire que Gabriel rencontre Michèle Casanueva, séduisante journaliste locale – à laquelle ce diable de Gabriel ne saurait résister longtemps. Le parcours de René Blanchon ne manquait pas de singularité : il fut d’abord militant syndical dans l’aéronautique, avant de sa lancer dans les affaires commerciales. Outre le club Le Bambou, il créa Restoplus, une société de restauration collective en constant développement. Dans toutes ses sociétés, il avait des associés, chacun tirant parti financièrement du succès de ses initiatives. Qu’il se soit fait des ennemis au fil du temps est plus que probable.

Avec Pascal, Le Poulpe fait un passage au club Le Bambou, où les associés du défunt sont bavards et peu discrets. S’introduire à l’hôpital afin d’interroger Caroline Lebedel n’est pas si simple, malgré l’aide de Pascal. D’ailleurs, la jeune femme dit ignorer les raisons du meurtre de son patron. C’est du côté de la société aéronautique et du syndicalisme qu’il espère des réponses. La réputation de René Blanchon y reste très mauvaise, sachant qu’il a, en son temps, profité outre mesure des budgets alloués au syndicat. C’était déjà un combinard, ce que confirme un ouvrier retraité qui l’a bien connu. Quant à sa société Restoplus, il est certain que tout n’y est pas facturé. Toutefois, Gabriel Lecouvreur doit se méfier, car un gros ventru l’a à l’œil. Ce dernier cogne et séquestre un temps Le Poulpe, qui échappe à ses griffes. Pour Gabriel, arrive le moment de la riposte…

Claude Mespldède : Le cantique des cantines (Éd.Baleine, 1997)

Défenseur acharné des littératures populaires, ami des romanciers, Claude Mespède n’a lui-même écrit que très peu de fictions. En 1997, il fit partie de la cohorte d’auteurs qui racontèrent chacun un épisode des aventures du Poulpe. Un personnage à l’esprit libre, qui ne pouvait que lui convenir, évoluant dans une ville que Mesplède connaissait bien. Il y est question de clubs de nuits, mais également des pratiques de responsables syndicaux – un milieu qu’il avait fréquenté – et des moyens de s’enrichir dans le privé par la corruption et la magouille. Une enquête de bon aloi, fluide à souhaits. Meplède n’oublie pas de rendre hommage, çà et là, à des géants du roman noir – tel Jim Thompson. Pour les initiés, des noms, un peu transformés, comme Pascal Destains ou Caroline Lebedel sont évocateurs.

Initialement publié dans la collection Le Poulpe en 1997, “Le cantique des cantines” fut réédité en 2013 (version revue et corrigée) dans “Trente ans d’écrits sur le polar” publié aux Éditions Krakoen. Cet ouvrage rassemble une partie des multiples articles, entretiens, et chroniques que Claude Mespède dédia au polar. On y trouve en particulier des interviews de James Ellroy, Robin Cook, ou des portraits de James Lee Burke, Francisco Gonzales Ledesma, ou de Joseph Bialot, parmi les grands de ce genre littéraire. Le gratin des écrivains, la crème du crime ! Plus un petit historique de la Série Noire au cours des décennies successives. Mesplède a œuvré jusqu’au bout pour mettre en valeur la diversité de ce genre littéraire qui était sa passion. Relire ses textes est un bonheur. Découvrir un roman comme “Le cantique des cantines”, un autre moyen de lui rendre hommage.

Partager cet article

Repost0
2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 05:55

L’Amérique au milieu des années 1950. Âgé de vingt-neuf ans, Jerry Clinch est emprisonné pour une longue peine. C’est un solitaire, qui ne se mélange pas avec les autres détenus. Ce qui lui vaut de sérieuses inimitiés. Un jour, il reçoit un coup de poignard – qui ne met pas sa vie en danger. Clinch est envoyé à l’infirmerie de la prison. Pas question pour lui de dénoncer le petit caïd qui l’a suriné. Au repos, il est bientôt approché par Dan Moford, qui a des problèmes de santé récurrents. Ce dernier n’est pas un truand, mais un homme d’affaire poursuivi pour malversations financières. L’avocat de Dan Moford va le faire sortir de prison sous peu. Il propose à Clinch de bénéficier des services du même avocat. Quand Clinch sera dehors, Moford aura un job de chauffeur pour lui – car sa propre épouse est une calamité au volant.

Peu après avoir été libéré, Clinch intervient pour protéger la jeune Lola, harcelée par un proxénète. Il est vrai que cette brune paraît fragile, avouant dix-huit ans, mais n’étant probablement pas majeure. Lola et Clinch s’installent ensemble. Hermétique aux sentiments, Clinch ne saurait dire s’il est amoureux d’elle. Du moins, il ne veut pas la perdre. Durant la semaine suivant sa sortie de taule, Clinch dépense beaucoup d’argent pour eux deux, et son pécule fond rapidement. Il se résout à se présenter chez Dan Moford, qui possède une propriété luxueuse. Il fait la connaissance de sa blonde épouse, Rhea. Clinch devrait sauter sur ce poste de chauffeur, logé et nourri, proposé par Moford. Mais il hésite, ce job risquant de l’éloigner de Lola. Compréhensif, Moford lui permet d’avoir des horaires peu contraignants, et de continuer à vivre avec Lola.

La fonction de chauffeur s’avère vite routinière. Si Rhea sympathise bientôt avec Lola, ce n’est pas par hasard. La femme de Moford n’a guère confiance en Clinch, qu’elle voit tel le repris de justice qu’il est. Quant à Lola, elle est sûre que la jeune fille est mineure. De son côté, Clinch découvre l’entourage de Dan Moford. Homme d’affaire se mêlant de politique – la corruption étant toujours utile au bizness – il compte des amis comme Al Carmer ou Mike Leavitt, qui brassent aussi beaucoup d’argent. Bien que sa santé reste instable, Dan Moford est un fêtard, avec ces deux derniers. Au-delà des soirées mondaines, il fréquente un club de jeux clandestins appartenant à Al Carmer. Rhea continue à soupçonner Clinch d’avoir un but néfaste contre Moford. C’est plus sûrement des autres employés de son mari dont elle devrait se méfier, ceux qui s’occupent de l’entretien des voitures de Moford.

Clinch et Lola poursuivent leur vie commune, mais Clinch sent bien que les "amis" de son patron sont loin d’être sincères à son égard. Trop de fric en jeu, que Moford claque avec une générosité quelque peu naïve, et au détriment de sa santé. Au contraire de ce qu’en pense Rhea, ce sera sans doute à Jerry Clinch d’opérer un nettoyage dans l’entourage de Moford…

W.R.Burnett : Tête de lard (Série Noire, 1957)

Si W.R.Burnett (1899-1982) fut un scénariste productif, il reste surtout le meilleur auteur de "romans de gangsters". Non pas que ses romans glorifient la pègre, la plupart de ses héros étant des perdants. Mais il décrit admirablement l’univers des truands, des plus friqués aux plus minables. Ici, la principale qualité de Jerry Clinch, c’est d’être "réglo". Il n’exprime guère ses sentiments, y compris envers la jeune Lola ou envers Moford, ni vis-à-vis des types possiblement louches qui côtoient son patron. Clinch observe, et saura agir le moment venu.

C’est avec finesse que Burnett explore les frontières entre le banditisme et les affaires "légales", avec le flot d’argent que tout cela génère. Une réalité de l’époque ? Les grands mafieux de légende – tels Bugsy Siegel, Al Capone, Lucky Luciano, Meyer Lansky – ont, pour l’essentiel, disparu. Par contre, de multiples caïds profitent à leur tour de leur part du gâteau. Clinch n’en fait pas partie : c’est un exécutant, à ranger dans le camp des perdants. Néanmoins, il possède sa propre morale. Malgré son titre français déplorable, un très bon roman de W.R.Burnett.

Partager cet article

Repost0

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Action-Suspense Ce Sont Des Centaines De Chroniques. Cherchez Ici Par Nom D'auteur Ou Par Titre.

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

ACTION-SUSPENSE EXISTE DEPUIS 2008

Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/