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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 04:55

Dino Scalla est aujourd’hui âgé de quarante-cinq ans. Originaire de la banlieue lyonnaise mal famée, voilà deux décennies que les circonstances l’ont conduit à s’installer au Grand-Duché du Luxembourg. Dino y est depuis le compagnon de Lucienne Courtois, de trente-deux ans son aînée, authentique milliardaire luxembourgeoise. Vingt années de farniente pour Dino, qui ne se considère pourtant pas comme un gigolo – bien que bénéficiant d’une vie d’un luxe insolent. À cause d’un incident avec un banquier belge moqueur, Dino risque cette fois des ennuis. Toutefois, un arrangement est possible pour éviter une plainte : que Dino s’éloigne quelques temps, dans le yacht de Lucienne basé à Saint-Tropez.

Posséder une voiture classieuse n’empêche pas que puisse se produire un problème. C’est ainsi que Dino tombe en panne du côté de La Ciotat. Réparer le véhicule dans un garage local va demander quelques jours. En ce mois de juillet, guère d’hébergements vacants. Dino est contraint de séjourner dans le meilleur camping de la région, louant un bungalow. À son arrivée, il y a un peu d’agitation, avec la présence de gendarmes. Rykaard, un ado hollandais, s’est noyé dans la piscine du camping. Dino ne tarde pas à sympathiser avec Charles Desservy, son voisin de bungalow. Desservy est un écrivain, Prix Goncourt, venu là se reconnecter avec la vie réelle des gens ordinaires, pour y trouver l’inspiration.

Le duo passe surtout son temps sur les plages bondées – au risque d’apparaître tel un couple d’homos, et s’offre des dîners très arrosés au restaurant du camping. Tandis que Charles ne sait comment approcher l’animatrice en chef du camping, Johanna, Dino a des motifs d’inquiétude. Plusieurs jours que Lucienne ne répond pas à ses appels téléphoniques. Serait-il déjà remplacé par cet abruti de Jean-Pierre, récemment engagé pour s’occuper de l’invalide Macha, la mère de sa compagne ? Dino se rend compte qu’il n’a jamais rien fichu de sa vie, qu’il serait bien en peine de repartir de zéro. Quelques évènements fâcheux au camping l’aident quand même à moins se tracasser.

La famille belge aussi envahissante que ridicule perturbant leur tranquillité, ça concerne en priorité Charles. Par contre, la mort d’une Anglaise dans les WC du camping provoque le retour de la gendarmerie. Dino et l’un des jeunes gendarmes, Florian, partagent la même passion sportive – ce qui ne sera pas sans importance pour la suite. Dino subit un nouveau retard, ne pouvant récupérer rapidement son automobile. La fréquentation de Charles lui convient, après tout. Néanmoins, malgré une blessure à la cheville, il est grand temps que Dino retourne au Grand-Duché, afin de savoir si Lucienne l’a largué ou non. Ayant terminé ses vacances anthropologiques, Charles se fait un plaisir de l’y conduire…

Jacky Schwartzmann : Pension complète (Éd.Seuil, 2018)

Leur tente avait été littéralement lacérée de coups de couteaux, et chacune des cordelettes qui rattachaient la toile aux sardines soigneusement coupée […] Charles a choisi ce moment pour remettre une messe de France Culture sur son téléphone, le volume de son enceinte au maximum. La synchronisation était telle que le message était limpide. La grande classe, le héros dans toute sa splendeur qui accomplit une action d’éclat sans se soucier des conséquences pour lui : la mort ! C’est en tout cas ce que j’ai craint lorsque le Belge a traversé son emplacement et bondi sur la terrasse de Charles, furieux et prêt à en découdre. "C’est toi ça, hein, hurlait-il, c’est toi qui a fait la merde, là". Charles est resté imperturbable. Son indolence lui donnait des airs de détachement total, à la Dean Martin. Le faciès aussi neutre que celui de Kim Jong-un, Charles ne laissait transparaître aucune émotion. Néanmoins, personne n’était dupe : c’était bien lui, l’homme aux ciseaux.

Après “Demain c’est loin” (2017), Jacky Schwartzmann a concocté pour les lecteurs un nouveau roman savoureux, parfaitement jouissif. Dino, son héros, est confronté à une cascade ininterrompue de péripéties, tout en ayant matière à s’inquiéter pour son avenir. Si ses tribulations et celles de son ami de fraîche date, Charles, sont fort mouvementées, Dino n’est pas un personnage qui manquerait de substance, au contraire. Il a un vécu, et son regard sur le monde est plein d’ironie. Ancien pauvre d’un quartier déshérité, Dino apprécie le luxe et son confort affiché. Il est plutôt à l’opposé de Charles, qui connut tôt succès et richesse, beaucoup plus cultivé que lui sans doute. Dino a conservé un côté bagarreur, populaire, même si la meute des vacanciers l’exaspère carrément.

La tonalité du récit, ponctué de morts possiblement suspectes, est enjouée et caustique à la fois. C’est le naturel de la narration qui séduit dans ce roman souriant (comme dans le précédent), gommant le côté "improbable" de l’action. Un tel scénario destiné à divertir, à tenir le lecteur en haleine, à multiplier les situations agitées, n’a pas vocation à être oppressant, anxiogène. On s’amuse énormément, on se régale à dévorer les trépidantes mésaventures de Dino et de Charles. Aucun doute, Jacky Schwartzmann est un auteur très inspiré à ne pas manquer.

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 04:55

Le film de Mélanie Laurent adapté du roman "Galveston" est sorti le 10 octobre 2018. Cliquez sur la bande-annonce...

C'est aussi l'occasion de redécouvrir le remarquable roman de Nic Pizzolatto.

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 04:55

Florida Meyer est documentariste, réalisant des films sur des sujets sociaux, en particulier sur des "déclassés" tels les SDF. Ayant perdu tôt sa propre mère, son parcours de vie fut quelque peu chaotique, basé sur une part de mensonges. Toutefois, elle s’efforce de rester proche de son père. Florida est l’amante de l’avocat Guizot, le mari de sa meilleure amie Marlène, père de deux jeunes enfants. De cette relation, elle n’attend rien de précis si ce n’est le fait de passer quelques bons moments. Ce week-end, Philippe Guizot a inventé un prétexte pour qu’ils le passent ensemble, dans les gorges du Verdon, en Haute-Provence. Hélas, se produit un accident : Guizot fait une chute mortelle. Florida pense avoir la solution, afin de ne pas nuire à la réputation de l’avocat et de préserver sa famille. Elle place le corps dans le canoë que tracte la Triumph TR4 de son amant.

Georges Maheu, un randonneur, a été témoin de l’accident. Il entreprend d’aider Florida à rapatrier le cadavre à Aix, où habite l’avocat. Maheu et Florida vont bientôt prendre avec eux un auto-stoppeur, Renan, qui s’affiche "anti-système". C’est un admirateur de Franck Mata, un syndicaliste médiatique utilisant le rock hard pour véhiculer un message social. En ces temps où se multiplient les licenciements suite à des fermetures d’entreprises, ce Che Guevara d’aujourd’hui renouvelle l’image des luttes ouvrières. Avec le risque de s’y brûler les ailes, sans doute. Avocat efficace pour la défense des droits des travailleurs, Guizot semble avoir hésité à être son défenseur dans une affaire très sensible impliquant le rockeur syndicaliste. Peut-être Guizot subissait-il des pressions ? Henri, son mentor et ami, vieil avocat, s’est lui-même mis au vert pour ne pas être mêlé à tout cela. 

Le retour vers Aix de Florida et Maheu est sans cesse retardé, divers contretemps se produisant pour l’amante de l’avocat – qui n’est pas si pressée de revenir aux réalités, d’une certaine façon. Ceci n’empêche pas le couple improbable de suivre les mouvements de grève à travers la France, Florida s’informant davantage sur le cas de Franck Mata. Devrait-elle s’interroger sur Georges Maheu, ayant perdu son emploi et très concerné par le combat syndical ? Pour l’heure, il reste son meilleur atout afin de mettre un terme à la situation. Son amie Marlène contacte bientôt Florida, et la rejoint en Haute-Provence, pour une virée "entre copines". Elle lui avoue que, malgré les apparences, son union avec Guizot n’est plus si solide ces derniers temps. Florida tarde à lui révéler la mort de l’avocat, faisant passer Maheu pour son nouveau compagnon.

La vie de Florida ayant toujours baigné dans une large proportion de mensonges, peut-être que ça l’aide à affronter l’épreuve actuelle. Quant au charismatique Franck Mata, être le symbole de la résistance face au diktat patronal n’entraîne pas que des sympathies. Le rôle de Maheu, qui possède la preuve de l’innocence de Florida dans la mort accidentelle de l’avocat, mérite probablement d’être éclairci, aussi. Difficile de sortir indemne d’une histoire aussi embrouillée…

Cédric Fabre : La folle cavale de Florida Meyer (Éd.Plon, coll.Sang Neuf, 2018)

Il est bon de considérer que ce roman n’est pas fixé dans une époque précise, qu’elle peut se situer entre la fin des années 1980 et la période actuelle. Son contexte sociétal et les crises économiques impactant les salariés ont peu évolué entre-temps. Le syndicalisme en perte de vitesse pourrait-il retrouver un poids en lui donnant une tonalité rock ? C’est ce que suggère l’auteur, à travers l’épopée de Franck Mata. Telle est la toile de fond, bien présente, de ce scénario – où il y a mort d’homme. Mais ce sont les pérégrinations de l’héroïne dans les paysages provençaux qui animent le récit. Une région que Cédric Fabre, Marseillais, aime et connaît fort bien, visiblement. 

S’il s’agit donc bien d’une road-story, ça se déroule dans un périmètre limité, avec ses déplacements en tous sens. Sans oublier les interrogations personnelles de Florida, dont la légèreté n’est qu’apparente. Sa principale constante étant de ne faire de mal à personne. Au passage, elle viendra au secours d’une femme battue, par exemple. Un bienfait n’est jamais perdu. Quant à l’affaire Franck Mata, elle essaie de la comprendre, de savoir pourquoi son amant avocat s’en méfiait. Les péripéties ne manquent pas, le caractère énigmatique de certains protagonistes non plus. Un bon roman noir, sinueux comme les routes empruntées par Florida au volant de la Triumph TR4.

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 04:55

Casablanca, au Maroc, le 14 juillet 1955. Après sa période militaire, le jeune Manu est de retour dans sa ville natale. Européen, il ne méprise nullement les Arabes, à l’inverse d’une large partie de ses congénères installés dans ce pays. Il regrette même d’être incapable de parler leur langue. Il est conscient que le Maroc marche vers son indépendance. Manu va bien vite retrouver ses amis à Casa, comme Scooter, Ferton ou Émile Gonzalès – qui est devenu agent de police depuis peu. Surtout, il va revoir sa petite amie Gin. Âgée de dix-neuf ans, Ginette Garcia est une très jolie fille, plus sérieuse qu’il n’y paraît. Manu apprend qu’elle vient d’être agressée, violentée et violée, la nuit précédente. Il semble que l’acte soit le fait d’une bande de Marocains. Après avoir été soignée par une sorcière locale compétente, Gin a été hospitalisée, souffrant d’une amnésie provisoire. Manu va illico prendre de ses nouvelles, se promettant de se venger sans pitié des coupables.

En réalité, la jeune fille a été victime de Georges Bellanger, vingt ans. C’est le fils d’une notabilité de Casablanca, le docteur Hélène Bellanger. Cette dernière possède une clinique huppée dans cette ville. Georges est un jeune dragueur lourdingue, ayant peu de succès auprès des femmes. Gin et lui avaient passé la soirée ensemble dans une fête, avant qu’il subisse un nouvel échec en tentant d’aller plus loin. Il l'a frappée, violée, puis s’est forgé un vague alibi. Quand il se fait rosser et voler sa belle Buick, il invente une version fausse pour sa mère. Peu importe qu’elle le croit vraiment : Hélène Bellanger fait immédiatement jouer ses relations pour que les autorités désignent des agresseurs arabes. Ce qui ne déplaît pas à l’inspecteur Jean Schumacher, le plus haineux flic du commissariat. Émile Gonzalès est bien obligé d’obéir à ses ordres, même s’il n’a rien contre les Marocains. La population d’Européens est très vite informée de cette version de l’agression de Gin. 

Ginette Garcia a été transférée à la clinique du docteur Hélène Bellanger. Un bon moyen pour la mère de Georges de maintenir la jeune fille dans un état semi-comateux, afin qu’elle ne retrouve pas la mémoire. Si Mme Bellanger pense tout maîtriser dans son petit univers, elle se trompe. Car Bouchaïb, son principal infirmier, ne se contente pas de lui voler du matériel médical : c’est un activiste de l’indépendance du Maroc, qui n’hésitera pas à commettre un attentat le moment venu. Tandis que la pression monte chez les Européens de Casablanca, des émeutes débutant dans les rues, Manu obtient des témoignages sur l’agression de Gin. Il n’est pas du tout convaincu que les coupables soient des Arabes. Sans la moindre preuve, l’inspecteur Schumacher est sûr de tenir le violeur marocain de Gin, bientôt arrêté et maltraité. Ce n’est pas son supérieur, qui entend bénéficier des relations d’Hélène Bellanger, qui l’empêchera d’exploiter cette piste…

Tito Topin : 55 de fièvre (La Manufacture de Livres, 2018)

Dans la petite épicerie de Brahim que le rideau de fer à moitié baissé gardait dans une pénombre assez fraîche, Manu réfléchissait en achetant des provisions pour les enfants.
Il était clair que l’annonce du viol à la radio avait déclenché la colère de la rue. Les mâles anisés qui avaient l’habitude d’affirmer à l’heure de l’apéro qu’une femme n’était violée que parce qu’elle le voulait bien n’avaient pas supporté qu’une Européenne, une des leurs, le soit par des Arabes.
Mais il réalisait que c’était lui, Manu, qui avait transformé cette indignation en folie meurtrière, en laissant accuser les Arabes à sa place. Et cette folie avait conduit une meute sanguinaire à assassiner le vieux goumier et un de ses gosses. À cause de lui.

Que ce roman de Tito Topin ait été récompensé par le Prix Mystère de la critique 1984, ce n’est que justice. L’éditeur de La Manufacture de Livres a mille fois raison de donner une nouvelle vie à cet ouvrage. Par delà l’intrigue criminelle, l’auteur – lui-même originaire de Casablanca – utilise un contexte historique certainement oublié : les prémices de l’indépendance du Maroc, la tension chez les coloniaux européens, les attentats montrant la détermination des autochtones. À travers le personnage de Georges, "fils-à-maman" se considérant avec morgue au-dessus des Arabes et même des autres Européens, c’est l’illustration de la classe dirigeante d’alors au Maroc dont Tito Topin dresse le portrait. Il existait par ailleurs une population plus ordinaire, tels Manu et ses amis, ne partageant pas les mêmes valeurs – sans être forcément proches des Marocains arabes.

Ce fut le troisième titre de Tito Topin, très habile à décrire l’ambiance d’alors. Mais il s’agit avant tout d’un roman noir mouvementé et excellemment construit. Les péripéties se succèdent à bon rythme, ne faiblissant jamais en intensité. Si l’agent de police inexpérimenté Gonzalès offre quelque peu l’occasion de sourire, la tonalité est à l’action avec sa violence induite. On éprouve autant d’empathie pour la victime et pour le jeune Manu que d’aversion envers le hautain Georges, menteur protégé, ou le policier raciste Schumacher. Un polar noir de premier ordre, à l’évidence.

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 04:55

Westbridge, petite ville résidentielle, aisée et tranquille, à l’est des États-Unis. Fils d’un père Français et d’une mère Américaine, Nap Dumas est âgé de trente-trois ans. C’est ici qu’il a grandi, suivi ses études. Nap est aujourd’hui policier enquêteur à Westbridge. Il le doit en partie à Augie, son mentor, capitaine de police tout proche de la retraite. Et aussi au drame qui marqua sa jeunesse, quinze ans plus tôt. Lors d’une nuit festive, Leo (le frère jumeau de Nap) et sa petite-amie Diana (la fille d’Augie) sont morts heurtés par un train. Accident ou suicide du jeune couple ? Nap n’est jamais parvenu à connaître la vérité sur leur décès. Depuis, il continue à s’adresser mentalement à son défunt frère. S’il est très proche d’Ellie, qui dirige un foyer d’accueil pour femmes battues, Nap n’a pas de compagne. Car il n’a jamais oublié Maura Wells, son amour d’alors, qui quitta la région sitôt après la mort de Leo et Diana.

Nap est contacté suite au meurtre de Rex Canton, policier patrouilleur en Pennsylvanie, qui fit ses études dans le même collège que lui. C’est surtout parce que les empreintes de Maura figurent sur le lieu du crime que ça le concerne. Ce n’est pas elle qui a abattu Rex : elle était sa complice dans une combine au service d’un avocat, visant des hommes divorcés. Mais cette fois, le sexagénaire ciblé n’a pas hésité à tirer sur Rex, épargnant la jeune femme. Ellie a sorti pour Nap le trombinoscope de leurs années de collège. Le jumeau du policier faisait partie d’un Club des conspirateurs, comptant quelques jeunes. Rex et Maura en étaient également. Ils s’interrogeaient sur l’ancienne base militaire implantée à Westbridge, disposant de puissants missiles au temps de la Guerre Froide. La zone n’était pas si secrète, mais interdite d’accès, avant d’être reconvertie en unité de recherches pour l’agriculture.

Le Club des conspirateurs comptait deux autres membres. Hank était un petit génie, qui fit de brillantes études. Il a désormais le cerveau dérangé, rôdant dans la région tel un clochard repoussant. Une habitante de la ville l’a même accusé d’être un exhibitionniste pervers, publiant via Internet une vidéo très regardée qui se veut accablante. La dernière du Club, c’était Beth. Elle est maintenant médecin dans un autre État. Nap estime qu’elle peut être en danger, ou du moins qu’elle sait quelque chose au sujet de la mort des autres membres, sur celle de Leo et Diana en particulier. Mais Beth semble très difficile à joindre. Quant à Maura Wells, sa mère n’a plus guère de relations avec elle non plus. Augie et Nap rencontrent le père de Hank, qui ignore où est passé son fils depuis trois semaines. La raison du meurtre de Rex échappe encore à Nap, mais il pense à une vengeance. Quel lien avec la base militaire ? Ça paraît assez flou. Pas question pour lui de renoncer à retrouver Maura, ni d’établir les circonstances de ces affaires – même quinze ans plus tard…

Harlan Coben : Par accident (Belfond, 2018)

Il serait faux de prétendre que l’incontestable succès d’Harlan Coben n’est que le fruit d’un marketing avisé. Pas plus qu’il ne s’agirait d’une recette qu’il déclinerait avec des variantes à chaque roman. On adhérera peut-être moins à quelques-uns de ses titres, mais si cet auteur séduit le grand public, c’est grâce à un véritable savoir-faire. Le mystère est omniprésent, le suspense est élaboré avec précision et savamment entretenu. Ce “Par accident” nous en offre un nouvel exemple. Dès les premiers chapitres, on réalise qu’il n’y a qu’à se laisser porter par la narration. L’auteur sait où il va, concédant çà et là de petits indices, maîtrisant en permanence les divers degrés de l’intrigue.

Ça peut apparaître frustrant à certains lecteurs, c’est vrai. À n’être que spectateurs, on n’éprouve qu’une empathie relative envers les personnages et leurs épreuves. On aime se poser des questions, imaginer des hypothèses. Dans la grande tradition populaire, Harlan Coben est lancé dans un récit clair et sans temps mort, captivant notre attention. C’est lui qui décide de la tournure de l’histoire, et c’est très bien ainsi. Les protagonistes sont bien identifiés, les lieux et les circonstances tout autant. Le but du héros, c’est de tout faire pour clarifier des faits passés ainsi que des meurtres récents – et de retrouver son amour d’antant, la belle Maura : suivons-le dans ses investigations, aussi sinueuses soient-elles. Ce roman ne décevra assurément pas ses lecteurs.

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 04:55

James Brady, trente-quatre ans, est marié à May, une veuve qui a deux enfants. La famille s’est installée dans la lointaine banlieue de New York. Ce qui ne simplifie pas la vie de Brady, par rapport à son métier. Rédacteur publicitaire pour une société new-yorkaise, un travail mal payé, il prend le train chaque jour pour rejoindre son emploi. Il a du mal à faire face financièrement pour assumer les charges familiales. Un meilleur salaire serait inespéré, son job étant déjà précaire. Ce jour-là, la météo étant mauvaise sur New York, il prend un taxi, car il est en retard. Une jeune femme vêtue d’un imperméable rouge avait choisi le même véhicule. Face à Brady, elle semble effrayée, et sort vivement du taxi. Elle est percutée par une voiture, blessée sans gravité, et va être bien vite hospitalisée.

Brady fait comme s’il n’avait rien vu de l’incident. Peu après, il découvre dans le taxi un paquet oublié par la jeune inconnue. Bien qu’il ne puisse pas immédiatement compter la somme en billets, il réalise qu’il y a là un gros pactole. L’honnête Brady s’interroge. Avec cet argent, c’est la fin de ses soucis financiers. Il décide de le garder. Il s’isole dans un hôtel douteux afin de chiffrer la somme. 50.000 dollars, c’est énorme. Ne pouvant pas le ramener tout de suite chez lui, il dépose le paquet à la consigne de la gare de Grand Central. Il est bientôt conscient que tant d’argent en billets, emballés dans un journal de Chicago, ça appartient sûrement à quelqu’un de la pègre. Brady sait pertinemment que les gangsters ne plaisantent pas avec ceux qui dérobent leurs biens.  

La jeune blessée a vingt-et-un ans, elle se nomme Ruby La Rue. Officiellement danseuse à Chicago, elle transportait ce paquet pour le compte de Louie Diamond. Ce dernier est un des grands caïds de la ville, ayant fait partie de la mafia des temps héroïques à l’époque d’Al Capone, Bugsy Siegel et autres chefs du banditisme. Se faire doubler par une fille comme Ruby ou par quiconque ayant piqué le paquet, pas question ! Louie Diamond envoie rapidement deux sbires à New York pour retrouver le paquet de billets. Pour sa part, Ruby étant sortie de l’hôpital, elle cherche à remettre la main sur le fric. Elle a retenu le nom du chauffeur de taxi, dont elle trouve l’adresse personnelle. Mais les hommes de main de Louie sont déjà sur sa trace., réagissant sans pitié.

Pendant deux jours, James Brady traîne dans les bars, échafaudant les projets qu’il pourra concrétiser avec ce pactole. Y compris réussir à écarter sa jeune belle-fille, qui se montre trop sentimentale avec lui. Échapper aux mafieux ne sera sans doute pas facile non plus. Par ailleurs, deux policiers ont fait le lien entre Ruby et Louie Diamond, surveillant aussi discrètement que possible la jeune femme. Garder les 50.000 dollars n’est probablement pas la meilleure solution pour Brady…

Day Keene : Un colis d’oseille (Série Noire, 1959)

Dans ce roman publié en 1959 dans la Série Noire, Day Keene (1904-1969) utilise avec une belle habileté un sujet souvent traité par les auteurs de polars. Un gros paquet de billets tombé miraculeusement entre les mains d’un quidam, et tout peut arriver. Brady est un citoyen ordinaire, assez désargenté, employé modeste et chargé de famille, auquel une telle somme ferait grand bien – mais sa trouvaille devient aussi embarrassante. Si Day Keene nous présente le mafieux de Chicago propriétaire du pactole, ce sont les cas de Brady et celui de Ruby qui priment.

Pour la jeune femme, un moyen d’échapper à ce monde de la pègre si malsain. Pour Brady, qui réfléchit aux conséquences favorables mais également aux risques, il y a là un coup à tenter. Dans les romans de Day Keene, c’est le vécu des personnages qui leur confère une authenticité, une crédibilité. S’y ajoute un atout fort : le contexte, l’Amérique de l’époque. Au-delà de l’intrigue proprement dite, l’auteur se veut témoin de son temps. Il convient de souligner la fluidité narrative du récit, qui ne cherche jamais à égarer les lecteurs. Injustement dédaigné, Day Keene fait partie des très bons romanciers de la Série Noire. Relire (ou découvrir) ses polars est toujours un vrai plaisir. 

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5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 04:55

Début des années 1970. Luj Inferman et La Cloducque forment un duo d’éternel fauchés, incompatibles avec tout emploi salarié, combinards sans succès. Luj Inferman essaie de conserver une allure acceptable, tandis que La Cloducque – dont on ne sait si c’est un homme ou une femme – cache son hygiène inexistante sous un miteux manteau. Ces deux clodos-là sont inséparables, bien qu’entretenant une relation conflictuelle. L’hiver ayant été bigrement froid, ils ont trouvé refuge chez leur ami Nénesse dans une sombre banlieue parisienne. Hélas, Nénesse est moribond. Il se fait prier pour leur confier un ultime secret. Il détient un lot de faux billets, pour cinq milliards de Francs. Sauf que ce fric est inutilisable, à cause du graveur. Néanmoins, Nénesse ayant clamsé, Luj Inferman et La Cloducque s’emparent du lot de biftons et se tirent vers les Alpilles.

À Digne, ils font la connaissance de Ferdinand de Dinan, patron d’un cabaret, qui les présente à Gino, un caïd de Marseille. Ce dernier a flairé le bon coup, car il s’avère que ces billets sont magiques. En effet, en les plaçant dans un portefeuille, ils se multiplient. Voilà qui intéresse Gino, qui tente de les arnaquer. Il vaut mieux s’éloigner pour l’instant du truand marseillais. Autre problème : le miracle ne fonctionne pas pour le duo, qui reste dans la dèche. Probablement à cause de La Cloducque, qui leur porte la poisse. Il/elle a planqué le lot de biftons dans une cachette qu’il/elle ne révèle pas à Luj Inferman. Tous deux repartent vers Paris, en quête d’un moyen pour se financer entre-temps. Pas grâce à un boulot régulier, c’est sûr. La Cloducque ne se gêne pas pour dévaliser les mendiants aveugles et autres méthodes à sa portée.

Peut-être qu’en cambriolant avec succès un château dans le Loiret, le duo verra le bout du tunnel ? Non, car la police intervient chez le receleur qui allait leur offrir un bon prix, réduisant leurs efforts et le butin à zéro. Luj Inferman et La Cloducque se font engager par le détective Tive pour une mission – traquer un mari cocufiant son épouse – qui finira en eau de boudin, comme le reste. Il n’y a que la solution marseillaise qui leur permettrait de tirer parti des faux biftons, tout en se méfiant de ce satané Gino. La Cloducque retrouve, non sans mal, avec son compère la grotte où il planqué le lot de cinq milliards en billets ratés. Si la cachette est vide, ce n’est pas le fait de Gino et sa bande. Le duo s’est fait doubler par d’hallucinants monarchistes préparant un complot, rien que ça ! Leur aventure ne s’achèvera pas là, les entraînant bien loin de la métropole, toujours en galère… 

Pierre Siniac : Les 5 milliards de Luj Inferman (Série Noire, 1973)

Nous voilà bombardés agents provocateurs à la solde du patronat. C’est surtout Clod’ qui a été sollicitée ; moi, on m’a pris pour faire plaisir à l’herma et un peu à contrecœur. Je ne sais trop – Clod’ non plus, d’ailleurs, à ce qui semble – en quoi consiste l’étrange turbin qu’on exige de nos pauvres personnes, mais je pense que des types de notre trempe sauront se débrouiller et plaire à la haute direction sans faire trop de dégâts.
La Clod’ s’est refusée à quitter son pardingue salopé par les âges et les intempéries. Elle a cependant consenti à ôter son chapeau cloche, jugé trop bourgeois par le monde ouvrier. Elle a plié la coiffe salingue en huit et l’a glissée dans une de ses poches ; à la place, sur la citrouille avariée qui enveloppe son ciboulot spongieux, elle a posé une petite casquette grise à longue visièretrès plate, et glissé un gros crayon entre une de ses feuilles de chou et sa tempe.

Parmi son œuvre abondante, Pierre Siniac (1928-2002) est l’auteur d’une série de romans ayant pour héros cette paire de clochards déjantés : Luj Inferman et La Cloducque, Les 401 coups de Luj Inferman, Les 5 milliards de Luj Inferman, Luj Inferman dans la jungle des villes, Pas d’ortolans pour La Cloducque, Luj Inferman chez les poulets, Luj Inferman ou Macadam-Clodo. Au fil de leurs sept tribulations, le duo éternellement sans-le-sou est confronté à mille péripéties… destinées à nous faire sourire, et même bien davantage. Ces personnages ont un sympathique côté anar, dans le contexte de l’époque (de 1971 à 1982). Entre eux, c’est autant le chacun-pour-soi et les disputes que la solidarité, selon les cas. Même s’il cherche à se débarrasser de l’encombrant hermaphrodite, Luj Inferman ne peut longtemps se passer de lui (ou d’elle plutôt, encore que…).

Avec “Les 5 milliards d Luj’Inferman, nous les suivons dans un périple à travers la France. En possession de faux-billets miraculeux, ils se débrouillent aussi mal que possible pour se renflouer tant soit peu. Le scénario ne cherche nullement à être crédible, l’essentiel pour l’auteur étant de proposer une histoire désopilante, pleine d’action et de rebondissements en tous genres. Ce postulat étant vite accepté, on se régale à la lecture des déboires qu’ils traversent. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de dresser le portrait de personnages secondaires particulièrement insolites. L’humour n’a jamais été incompatible avec le roman noir, Pierre Siniac le prouva avec brio. Luj Inferman et La Cloducque, sept romans à redécouvrir.

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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 04:55

Victor Rey est un policier débutant de vingt-quatre ans. La mythologie des enquêteurs-héros de fiction ayant une influence certaine sur lui, Victor ne manque pas d’ambition. La première grosse affaire qui se présente apparaît singulière. Dans le 2e arrondissement de Paris, un chantier de fouilles archéologiques a été saccagé. Six cadavres anciens ont été démembrés, tous ayant un pieu de bois enfoncé dans l’orbite de l’œil gauche. La date du méfait conduit Victor à penser qu’il y a du satanisme dans cet acte. Ce qui n’est pas aussi rare que le public se l’imagine. Des caméras de surveillance sur le boulevard Sébastopol permettent d’identifier rapidement les coupables. Il s’agit d’un duo de Lyonnais ; c’est dans la capitale des Gaules que Victor poursuit son enquête. Si l’un d’eux n’est que complice, l’autre semble très impliqué dans l’occultisme.

Âgée de quarante-six ans, la célibataire Céline Verger est en poste à la PJ du 36 quai des Orfèvres depuis six années. Le corps sans tête d’une septuagénaire a été repêché dans la Seine. C’est dans une poubelle qu’un clochard découvre bientôt la tête manquante. Ayant situé la chambre d’hôtel de la victime, Céline trouve l’identité de cette dame Écossaise. Elle faisait partie d’un groupuscule appelé "Aube dorée". Rien à voir avec l’extrême droite grecque, ce sont ici des adeptes d’un nébuleux ésotérisme qui a des origines historiques. Elle se renseigne sur les pratiques de ces personnes, peu nombreuses, qui ne menacent nullement l’ordre public. L’Écossaise a un fils, Thomas Allen, avec lequel elle n’avait plus guère de contacts, qui est actuellement présent à Paris. Une piste possible pour Céline. 

De son côté, Victor s’est informé sur les superstitions, le satanisme et l’occultisme. À Lyon, avec une collègue percutante, il coince le principal protagoniste du saccage des fouilles archéologiques. C’est avant tout un voleur d’objets anciens recherchés par les collectionneurs. Cette fois, il exécutait en plus une mission pour un mystérieux commanditaire. Quant à Céline, professionnelle, si elle ne néglige aucune éventualité, elle sait que c’est en explorant la vie de la victime qu’elle obtiendra les meilleurs résultats. Les deux affaires peuvent avoir des points communs, autour d’obscures croyances – ou pas. Bien que chacun opère sur son propre dossier, Céline et Victor auront peut-être à mettre en commun leurs investigations pour avancer. S’il est question de vengeance, tout cela présente également un aspect beaucoup plus actuel…

Patrick Caujolle : Haine noire (Éd.De Borée, 2018)

Vérité ! Quel joli mot en vérité ! Comme un clap de fin, comme une fermeture de dossier. Petite affaire, petits délinquants, petits médiocres… mais bon, terminé. À l’écoute de ces deux guignols, c’est vrai qu’il avait parfois eu l’impression de marcher comme un zombie dans un film de série B, un peu à côté du décor, un peu à côté de la réalité. Certes, il n’avait pas obtenu les raisons de leur saccage, de leur cérémonial macabre , mais après tout qu’importe. Ils avaient avoué, il n’était pas venu pour rien, et sa procédure aussi petite soit-elle était bel et bien solutionnée. Du moins le croyait-il.

C’est toujours un plaisir de lire les romans d’enquête de Patrick Caujolle. Ancien policier, il fait la part belle à son métier et au vécu des flics. La vie privée de Céline et les ambitions du jeune Victor participent à la crédibilité de l’histoire. Au cœur de l’intrigue, l’auteur nous fait découvrir certaines facettes de l’archéologie – y compris concernant les épidémies de peste ayant frappé par le passé – et des sciences occultes, que d’aucun prennent très au sérieux. Par expérience sans doute, Patrick Caujolle lance diverses pistes, ouvre plusieurs possibilités, tout en n’oubliant pas de doter le récit de quelques scènes d’action.

Ce qui est particulièrement agréable, c’est – comme dans ses précédents titres – la tonalité souple adoptée par l’auteur. L’agressivité narrative n’est pas indispensable pour qu’un roman s’avère excitant. Parce que le métier de policier ne se résume pas à des interventions musclées, à un job de cow-boy. Bien cerner un contexte, c’est probablement ce qui importe le plus… ce que décrit fort bien Patrick Caujolle. Une double enquête énigmatique avec ses convergences ainsi que ses éléments divergents, dans laquelle on s’immerge volontiers.

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