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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 04:55

En Suède. Greta, son compagnon Alex et leur fillette Smilla, ont loué pour quelques jours un cottage à Marhem. Ça se situe aux abords d’un lac qu’on appelle ici le Cauchemar, mais qui porte sûrement un nom plus officiel. Ce jour-là, tous trois vont faire un tour en canot sur le lac. Alex et Smilla en profitent pour explorer l’îlot, d’allure assez hostile, au milieu du lac, Greta restant dans la barque. Quelques heures plus tard, la jeune femme s’inquiète quand elle ne voit pas revenir Alex et Smilla. Elle débarque sur la petite île, à leur recherche. Mais ses efforts sont vains, pas de traces d’Alex et Smilla. Elle retourne à leur cottage, hésitant à prévenir la police de cette double disparition. Seule, Greta est assaillie de mille pensées. Les plus agréables étant les souvenirs des débuts de sa relation avec Alex.

Le lendemain, Greta va de nouveau tenter de retrouver les disparus su’ l’îlot, sans plus de succès. Revenue sur le rivage, elle fait face à une bande d’ados menaçants, dont le meneur pourrait s’avérer dangereux. Le cottage est son meilleur refuge. Les appels téléphoniques répétés de sa mère deviennent envahissants, estime Greta. À force de ruminer dans la solitude, elle sait bien que ça risque de virer au délire. Il faudrait qu’elle rentre maintenant chez elle, mais ne dépasse guère en voiture les environs de Marhem. La police, qu’elle a finalement contactée, trouve de grosses contradictions dans le témoignage de Greta, dans sa propre situation. Elle ne compte pas expliquer que, comme bien d’autres, elle a longtemps été suivie par des psychologues, mais que c’est du passé. L’endroit où elle se sent le mieux pour le moment, c’est le cottage près du lac.

Bien qu’elle l’ignore, Greta est effectivement en danger. Quelqu’un envisage de se venger d’elle, à cause d’un épisode de sa vie. Sa fragilité ne joue pas en sa faveur, c’est sûr. La protection de sa mère ne sera probablement pas suffisante. Il lui reste l’espoir d’un "retour à la normale"…

Caroline Eriksson : L’île des absents (Presses de la Cité, 2018)

Bien sûr, je me lance tout de même à leur recherche. Ignorant cet instinct qui me souffle que c’est peine perdue. Je tire le bateau au sec avec des gestes maladroits, attrapant au passage le sweat qu’Alex a abandonné à l’arrière.Un certain malaise progresse le long de mon dos. Je crie les noms d’Alex et de Smilla. Quand je passe ma tête dans l’encolure du pull, je m’aperçois que mes bras sont engourdis. L’odeur masculine imprègne encore le tissus, m’entoure. L’odeur d’Alex.
Cela me fait l’effet d’un coup de poignard dans le ventre, mais je me focalise sur la montée de la colline. Je n’ai pas fait plus de quelques pas que mon cœur s’accélère.Je m’essouffle. La pente est pus raide que je ne le croyais.

Voilà un pur suspense psychologique dans la plus belle tradition, ménageant une part d’angoisse chez l’héroïne, et une multitude de questions. Évidemment, on devine que les faits ne sont pas aussi clairs que ce qu’elle nous raconte. Greta est un personnage perturbé, dont on ne doute pas qu’elle garde des secrets, et ce lac qui n’a rien d’accueillant contribue à une atmosphère troublante. N’en disons pas davantage. Le récit est mené avec souplesse, l’intrigue parfaitement maîtrisée – renouvelant plutôt habilement le thème de la disparition mal explicable. Un suspense convaincant, captivant, qui séduira inévitablement les amateurs d’énigmes psychologiques.

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 04:55

Bert Amandale est un écrivain à succès installé en Provence, du côté de Saint-Rémy. Il vit dans une belle propriété, la villa des Pommiers, avec son épouse Miriam et leur fille adolescente Britney. Non loin de là, habite Chucks Basil, avec qui il entretient une relation fraternelle. Chucks est une rock-star sur le déclin, qui espère un possible retour. Chucks appelle Bert : condusant ivre quelques jours plus tôt, il pense avoir percuté et tué un type errant sur la route en pleine nuit. Bert n’oublie pas que son ami reste hanté par certains fantômes, sujet à des hallucinations. Auprès de Vincent Julian, gendarme quinquagénaire pacifique qu’il connaît bien, Bert se renseigne sur les récents accidents signalés dans la région. Rien qui corresponde à ce que décrit Chucks.

Tourmenté, Chucks se dénonce à la gendarmerie de Sainte-Claire, commune où il habite. Vérification faite, là encore, pas d’accident en rapport avec ce qu’il raconte. Alors qu’il se promène dans la campagne environnante, Bert est attaqué par un chien agressif. C’est ainsi qu’il rencontre les agents de sécurité du centre de désintoxication du Dr Eric van Ern. Ce genre de "clinique" pullule dans les environs. Miriam va bientôt sympathiser avec l’épouse du médecin. Chucks identifie finalement "son" mort : ce serait l’écrivain et polémiste Daniel Someres. Il a souvent traité de sujets sensibles, telle la résurgence de sectes proche des idéaux extrémistes. Sauf que cet homme est décédé plusieurs jours après de supposé accident provoqué par Chucks.

Plus tard, Chucks est retrouvé noyé dans sa piscine. Bert est convaincu qu’il ne s’agit pas d’un suicide, même si son ami n’était pas tellement équilibré. Bert explore l’univers personnel de Chucks – musical et privé. Peut-être y a-t-il quelques indices à dénicher. Invités avec son épouse chez le Dr van Ern, Bert s’ennuie vite mais découvre que le médecin possède une galerie de tableaux évoquant la douleur, l’horreur, l’angoisse. Par ailleurs, Bert cherche à déterminer le sens du mot "ermitage", prononcé – selon ce qu’en disait Chucks – par Daniel Someres juste avant sa mort. Personne ne paraît savoir de quoi il est question, pas même le brave gendarme local Vincent Julian. Néanmoins, Bert imagine que tout cela n’était pas simplement issu de l’état mental fragile de Chucks…

Mikel Santiago : Le mauvais chemin (Actes Noirs, 2018) – Coup de cœur –

Riffle a marqué un silence, songeur. Je lui ai demandé si je devais trouver un avocat à Chucks, mais il a fait non de la tête.
— Sans indice de crime, et tant que nous n’avons pas découvert le cadavre ou enregistré une disparition dans la région, rien ne justifie une mise en examen. M.Basil n’a fourni aucune description, aucun signalement concernant ce prétendu cadavre. Il pourrait tout aussi bien s’agir d’une hallucination, de faux aveux ou d’une envie de se faire remarquer, vous comprenez ? En attendant, on ne peut pas le mettre en détention, mais je compte sur vous pour qu’il ne quitte pas la commune.
— Bien évidemment.

Ce roman est franchement une très belle surprise. La présentation en était modérément attirante – les histoires de rock-stars oubliées, on en a écrit d’autres. Ici, au contraire, on adhère immédiatement. Chucks n’est pas un paumé, juste quelqu’un secoué par une vie déjà trop remplie. L’écrivain Bert Amandale veille à la vie de sa famille, son épouse Miriam se détachant un peu, et leur fille Britney commençant à penser aux garçons. Accident ou pas ? Il existe une vraie énigme autour de cet épisode. Bien sûr, le centre de désintox du Dr van Ern pousse à s’interroger. Les éléments apparaissent au fil des investigations de Bert, troublants ou mystérieux : il suffit de le suivre dans ses recherches. La tonalité du récit est plus que fluide, d’une belle souplesse narrative. Voilà un suspense de haute volée, méritant sans hésitation un coup de cœur.

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 04:55

Un avion s’est crashé en survolant les Alpes. Si ce drame intéresse les autorités américaines, c’est que se trouvait à bord Mike Stone, quatre-vingt quatorze ans. C’était un héros militaire, fortuné, dont il faudra rapatrier les restes aux États-Unis. Il suffit d’avoir l’ADN du défunt pour l’identifier. Sauf que Mike Stone n’avait plus de famille depuis bien longtemps. La solution, c’est de prélever l’ADN de son frère Samuel Stone, mort lors du Débarquement en Normandie, enterré au cimetière d’Omaha. C’est Andrew Johnson, Noir de quarante-huit ans, qui se trouve chargé de cette mission par la hiérarchie militaire. Lui qui avait besoin de prendre du recul, bonne occasion que ce séjour en France. À Caen, Andrew fait la connaissance des magistrats locaux. Dont Marie-Line Montgoubert, jeune substitut. Ensemble, ils vont procéder à l’exhumation au cimetière d’Omaha.

Surprise : dans la tombe de Samuel Stone, il y a un second corps, celui d’une femme. La jeune inconnue a été étranglée, un meurtre certainement encore récent. Pour Andrew, cela signifie une prolongation de son séjour, le temps de comprendre la situation. Il connaît bien l’histoire du Débarquement, n’oublie pas qu’il y eût autant de profiteurs que de Résistants en cette fin de guerre. Dans une bourgade de la côte normande, Andrew sympathise avec la population du cru. On le surnomme vite Obama, car il est vrai qu’il lui ressemble quelque peu. Pendant ce temps, Marie-Line explore les dossiers relatifs au faits historiques du Débarquement. Aucun lien flagrant entre Samuel Stone et l’autre victime. Par contre, Marie-Line déniche une piste. Ça concerne la disparition de la jeune Sonia Devers, en 2005. Qui n’a jamais été considérée comme une affaire criminelle.

Marie-Line et Andrew s’associent pour mener l’enquête. Un certain Kevin Sandret apparaît comme fortement suspect. Il ne fait pas de doute qu’il soit à la tête d’un trafic de drogue dans la région. Au total, trois disparitions de jeunes femmes rousses sont à prendre en compte. Outre Sonia, il y a un cas en 2013 et un autre remontant à une semaine environ. Selon le procureur Flochard, supérieur de Marie-Line, ça reste des supputations, ces jeunes femmes étant adultes et libres de leurs vies. Heureusement, Andrew partage l’opinion de Marie-Line. Non seulement ils poursuivent l’enquête, mais ils espèrent bien sauver une captive, et démêler toute cette affaire…

A.Liard-D.Azencot : La fille d’Omaha (Toucan Noir, 2018)

Deux squelettes étaient couchés l’un sur l’autre, le bras gauche de celui du dessus comme enlaçant le cou de celui du dessous. Sur le corps du dessus, des morceaux de peau séchée collaient aux os. Il était sur le ventre, crâne tourné de profil, comme s’il essayait de chuchoter quelque chose à son compagnon, là où aurait dû se trouver son oreille gauche.
— Extraordinaire. Vous saviez que des siamois avaient débarqué à Omaha ? lâcha Andrew.
Pour toute réponse, il se fit crucifier le pied par le talon pointu de Marie-Line. Le fossoyeur fronçait les sourcils.
— Il y a un homme et une femme, ajouta-t-il pointant du doigt le bassin du corps du dessus.

Les romans faisant référence à la 2e Guerre ne sont pas toujours convaincants, le sujet ayant été surexploité. De même, une "collaboration" entre magistrats américains et français, aux statuts et aux états d’esprits si différents, peut frôler la superficialité.

La première réussite de ce roman est d’être très crédible sur ces points. On éprouve une réelle empathie pour Marie-Line et Andrew. Le récit, actuel et fluide, est ponctué de scènes autour du Débarquement. L’intrigue s’avère solidement énigmatique : morts d’hier, meurtres ou disparitions d’aujourd’hui. Les auteurs nous proposent là un roman de fort belle qualité, à découvrir absolument.

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 04:55

Ex-femme active londonienne, Agatha Raisin s’est installée au village de Carsely, dans la campagne anglaise. Depuis, elle s’est improvisée plusieurs fois détective amateur, pour des affaires dont la police semblait peu s’intéresser. Agatha s’est fait des amis, telle Mrs Bloxby l’épouse du pasteur, ou le jeune policier anglo-asiatique Bill Wong. La quinquagénaire a connu quelques problèmes de couple. Si elle s’est finalement mariée à son voisin James Lacey, trop de déséquilibre existait entre eux. La pétulance et le calme ne font pas bon ménage. James l’a quittée pour aller vivre dans un monastère français. Pour s’en remettre, Agatha s’est offert un voyage sur la lointaine île de Robinson Crusoe.

Peu après son retour à Carsely, les crues et les inondations envahissent la région. Le cadavre de la jeune Kylie flotte sur la rivière. Agatha soupçonne immédiatement un meurtre. Dont le coupable pourrait être Zak, le petit ami de Kylie. La police envisage une overdose, un possible suicide. Ni Agatha, ni les proches de la victime ne croient qu’elle ait été toxico. Agatha mène sa petite enquête à la discothèque du père de Zak, avec de rencontre la rivale de Kylie, Phyllis. Celle-ci est une fille prétentieuse, égoïste, mais est-ce que cela l’a menée au crime ?… John Armitage, le nouveau voisin d’Agatha, est auteur de romans policiers. Il accepte de suivre la détective amateur dans ses investigations. Même si tout ça déplaît au policier Brudge, qui s’occupe mollement de la mort de Kylie.

Freda Stokes, la mère de Kylie, est prête à engager Agatha afin de faire toute la lumière sur la mort de sa fille. Agatha interroge Harry, un ancien petit ami de la jeune fille, ainsi que les copines de la défunte. Une piste pourrait désigner M.Barrington, l’employeur de Kylie. Il s’est passé des choses pas nettes entre elle et lui, c’est sûr… C’est alors qu’une habitante du village est découverte assassinée. On l’a probablement prise pour Agatha, déjà victime d’une agression. Le policier Brudge est d’accord là-dessus. Toujours épaulée par son voisin John Armitage, en bon limier, Agatha se rapproche certainement de la vérité. Quand celle-ci sera établie, Agatha compte bien retourner sur l’île de Robison Crusoe, pour un séjour plus reposant…

M.C.Beaton : Crime et déluge (Albin Michel, 2018) – Agatha Raisin 12 –

Chez elle, Agatha alluma sa télévision pour regarder les infos. Sur l’écran se succédaient des images des Midlands inondés et des récits de personnes arrachées à la vie par la fureur des flots. Puis le présentateur annonça : “Le corps d’une jeune femme a été repêché par des plongeurs dans la rivière Avon à Evesham. Des promeneurs qui se trouvaient sur le pont l’avaient repérée alors qu’elle flottait juste en dessous d’eux, vêtue d’une robe de mariée. La police ne dévoilera pas son identité avant que l’a famille n’ait été informée. À ce stade, rien ne laisse penser qu’il s’agisse d’un acte criminel.”
— Pff… pesta Agatha. Qu’est-ce qu’ils en savent ?
La sonnerie de la porte retentit et elle alla ouvrir. Miss Simms se tenait sur le seuil, en équilibre précaire sur ses sempiternels talons aiguilles.

On éprouve un véritable plaisir à la lecture des aventures à rebondissements de la pugnace Agatha Raisin. Il s’agit d’excellentes "comédies policières", souriantes à souhaits, dans la meilleure tradition des détectives amateurs – souvent plus efficaces que la police officielle. Agatha suspecte, Agatha se déguise, Agatha triche avec ses interlocuteurs, et parvient à ses fins. Sans oublier les affaires de cœur compliquées de notre mûre héroïne. En un mot, on s’amuse beaucoup à suivre ses investigations, pas si désordonnées que ça.

Dans “Crime et déluge”, Agatha Raisin montre une fois de plus qu’elle est la plus forte. Une série de roman extrêmement distrayants, à ne pas manquer.

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 06:50

Campagne électorale dans l’Ohio. Lee Rogers, le sénateur sortant, sera réélu, cela ne fait aucun doute. Il bénéficie d’une grande popularité, à défaut d’être plus efficace qu’un autre. Il est marié à Connie, une femme malade – mais l’est-elle vraiment ? Lee Rogers est un séducteur, c’est son meilleur atout. Toutes les femmes tombent sous son charme, et souvent dans son lit… En face, Barton Brock est le directeur de campagne de son adversaire, un obscur candidat n’ayant aucune chance. Alors, pourquoi ne pas avoir recours aux vieilles méthodes : un scandale sexuel ? Brock engage Elizabeth, une serveuse de McDo, d’une beauté ravageuse. L’opération est un flop. Car Elizabeth est loin d’être stupide. Si cette affaire lui crée dans un premier temps des ennuis, elle est de celles qui savent rebondir,et ne manquera pas de le prouver.

Brock a bien compris que c’est autour de Lee Rogers que se passent les choses les plus excitantes, dans le cadre de la campagne autant qu’en privé. Le sénateur retrouve bientôt Jenny, une hôtesse de l’air qu’il a connue vingt ans plus tôt. Celle-ci fut éperdument amoureuse de Lee Rogers, déjà marié. Jenny a une fille, Fanny. Cette étudiante intègre la campagne du sénateur, en tant que vidéaste, supposément pour améliorer encore l’image de Lee Rogers. Encore une qui pourrait bien devenir la maîtresse du politicien… De son côté, Elizabeth s’est mariée à un homme d’affaires fortuné de Las Vegas, Bruce Diamond. La jeune femme fait la connaissance de Nick, un photographe pro de trente-deux ans. Elle va l’entraîner dans des mésaventures qui, finalement, ne se terminent pas trop mal pour lui – puisqu’il va aller vivre à Paris.

Pour Elizabeth, toute nouvelle expérience est bonne à prendre. C’est ainsi qu’elle va devenir "Chère Dottie", répondant aux courriers de personnes soit désespérées, soit ayant des intentions meurtrières. Installée dans le Maine, elle semble avoir trouvée sa voie. La campagne de Lee Rogers se poursuit. Le candidat devra sûrement tenir davantage compte de son épouse Connie, pour sa campagne. S’exilant à Paris, Fanny fait la connaissance du photographe Nick. À force de manipulations dans tous les sens, la mort guette certains des protagonistes. Par exemple, il n’est pas si difficile de faire tomber quelqu’un du haut de la Tour Eiffel. Car rien ne doit compromettre la réélection de Lee Rogers…

Brian de Palma – Susan Lehman : Les serpents sont-ils nécessaires ?  (Rivages-Noir, 2018)

Quinze jours plus tard, Fanny est assise en face de Rogers. Celui-ci est derrière un bureau, équipé, comme tous ls bureaux de chambres désormais, d’un chargeur pour Ipod, d’un bloc de papier à lettres que personne n’utilisera jamais et de la liste des services prposés par l’hôtel, dans une reliure en cuir.
Fanny, installée dans un fauteuil recouvert d’un tissus en feuilles de palmier, tient son caméscope devant elle. L’œil collé au viseur, elle zoome sur Rogers. Son autorité ne tient qu’à un fil. On dirait une jeune maman qui filme la fête d’anniversaire de son bambin.

L’ironie est omniprésente dans cette histoire de campagne électorale à l’Américaine. Quand la caricature est réussie, donc d’une belle drôlerie, le résultat est réjouissant. Les auteurs s’en donnent à cœur-joie, dressant le portrait d’un politicien et de son entourage. Lee Rogers est l’archétype du fonceur, dénué de tout sentiment sincère. Cela dit, il ne force aucune femme à tomber dans ses filets. Quoi qu’il fasse, la victoire l’attend. Par bien des aspects, il semble assez représentatif des politiciens de son pays. Un roman très amusant et riche en péripéties variées.

Une lecture vivement conseillée, très souriante.

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9 juin 2018 6 09 /06 /juin /2018 07:00

Voici la liste des sélectionnés pour le Grand Prix de Littérature Policière 2018 :


 

Les auteurs français


 

Xavier Boissel : Avant l’aube (Ed.10-18, 2017)

Marion Brunet : L’été circulaire (Albin Michel, 2018)

Lionel Fintoni : Il ne faut jamais faire le mal à demi (L’Aube noire, 2017)

Marin Ledun : Ils ont voulu nous civiliser (Flammarion, 2017)

Olivier Norek : Entre deux mondes (M.Lafon, 2017)

Jean-Bernard Pouy : Ma ZAD (Série Noire, 2018)

Sébastien Raizer : Minuit à contre-jour (Série Noire, 2017)

Jacky Schwartzmann : Demain c’est loin (Seuil - Cadre noir, 2017)

Gilles Sebhan : Cirque mort (Rouergue noir, 2018)

Isabelle Sivan : Dankala (Serge Safran, 2018)

Marc Vilard : Les biffins (J. Losfeld, 2018)


 

Les auteurs étrangers


 

Tove Alsterdal : Tango fantôme (Rouergue noir, 2017)

Fernando Aramburu : Patria (Actes Sud, 2018)

Alex Berg : Semailles mortelles (J.Chambon – Noir, 2018)

Eva Dolan : Les chemins de la haine (Liana Levi, 2018)

Peter Farris : Le diable en personne (Gallmeister, 2017)

Colin Harrison : Manhattan vertigo (Belfond noir, 2018)

Jake Hinkson : Sans lendemain (Gallmeister, 2018)

Jorn Lier Horst : Les chiens de chasse (Série noire, 2018)

Dirk Kurbjuweit : Peur (Delcourt, 2018)

Alan Parks : Janvier noir (Rivages, 2018)

Tom Piccirilli : Les derniers mots (Série noire, 2018)

Gabriel Tallent : My absolute darling (Gallmeister, 2018)

Grand Prix de Littérature Policière 2018 les sélectionnés

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 04:55

Le Festival du film britannique de Dinard se déroule tous les ans en octobre, dans cette station balnéaire d’Ille-et-Vilaine, proche de Saint-Malo. De longue date, depuis le milieu du 19e siècle, Dinard est très appréciée des Britanniques. Ce festival permet de prolonger l’attrait pour les Anglais, de milieux naturellement aisés. Cette année-là encore, on s’apprête à faire la fête, en présente de stars. Sauf que dès le lendemain de la soirée d’ouverture, un cadavre est retrouvé sous un manège en pleine ville. Il a été percuté par un véhicule, volontairement sans doute, avant d’être dissimulé. Il s’agit du scénariste Simon Leigh, pris à partie la veille par un de ses confrères, Guy Brandon.

Le commissaire Hervé Le Goff doit démêler les premiers éléments. Pendant ce temps, il y a un peu d’agitation parmi les invités du festival. La productrice Margareth Woodward ne tarde pas à jeter le gigolo qui l’accompagnait, qui a dépassé les limites du cynisme. Épouse du cinéaste Charles Hamilton, Helen s’aperçoit que son mari – plus endetté que jamais – cherche à la spolier. Ambiance tendue dans les coulisses du festival. Le SRPJ de Rennes va diriger l’enquête sur le meurtre de Simon Leigh. Mais il ne semble pas si facile de mettre la main sur Guy Brandon, pourtant participant aux festivités. D’ailleurs, il ne faudrait pas l’accuser trop vite, car c’est plutôt contre Charles Hamilton qu’il en a.

A Saint-Servan, une festivalière a été précipitée du haut de la Tour Solidor. Un suicide ne semble pas crédible. Il s’agit de Norma Gray, la meilleure amie d’Helen Hamilton, qui l’aidait à ne pas être lésée par son mari. La police hésite à établir un lien avec le crime de Dinard. Toutefois, le témoignage d’Helen Hamilton peut faire progresser les choses. Même si le festival se poursuit vaille que vaille, on sent bientôt une menace planer. Peut-être sur les stars présentes. Des suspects, il n’en manquerait pas. Sans doute pas ce Charlot,plus envahissant que vraiment dangereux. Mais ce genre de festivités rassemble quantité de personnes, pas toujours identifiées. D’autres morts sont-elles à redouter ?…

Renée Bonneau : Meurtres chez sir Alfred (Éd.Cohen&Cohen, 2018)

Au palais du Festival, ni les agents municipaux qui en gardent l’accès, ni les hôtesses d’accueil n’ont aperçu le scénariste, dont on guettait l’arrivée en cas d’autre manifestation intempestive.
Tout cela n’a rien de rassurant. Si le crime est avéré, après le scandale de la veille, on peut penser comme Charles Hamilton à une vengeance du scénariste. La rancune de Brandon envers son remplaçant doit couver depuis longtemps. Et si c’était lui, le conducteur qui, après avoir refusé Helen Hamilton, avait chargé Simon Leigh ? Il faut absolument le retrouver sans délai.

C’est dans la meilleure traditions du roman d’enquête que Renée Bonneau nous présente une intrigue solide. Ce festival se plaçant sous l’égide d’Alfred Hitchcock, l’ambiance s’y prête déjà tant soit peu. Le déroulement des festivités est perturbé, mais le spectacle continue. Le mystère est dense, sans être inutilement chargé. Il suffit de suivre le tempo narratif souple et ses péripéties pour apprécier l’énigme. Un très bel exemple de polar classique.

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 04:55

En quête d’infos sur les dysfonctionnements de notre époque, Léo Tanguy est un cyber-journaliste qui sillonne en priorité l’Ouest de la France. C’est ainsi que ce grand rouquin à l’allure nonchalante alimente son site internet, suivi par de nombreux abonnés. Son look vestimentaire est un peu passés de mode. Il circule dans le vieux Combi de ses parents. Il ne dit jamais non aux occasions alcoolisées. Il est profondément attaché à la Bretagne, sa terre d’origine, ses racines. En ce moment, il reste dans son cocon, entre Monts d’Arrée et côte nord de la région. En ces temps de campagne présidentielle, où s’excitent certains extrémistes, autant ne pas s’éloigner de chez soi. Sa vieille voisine Marguerite Le Saux, dite Guitte, le chouchoute.

Une dame a été poignardée dans les environs. Elle semblait originaire du Havre. Ce qui n’est pas sans rappeler à Léo Tanguy un crime suivi par son confrère normand Bob Mougin, animant un site d’infos comme lui. Un homme a été retrouvé mort dans un bassin du port du Havre. Un indice donne a penser qu’il serait de Morlaix. Léo entre en contact avec le cyber-journaliste havrais, qu’il invite chez lui. La victime poignardée en Bretagne est vite identifiée : Emmy Lehner, patronne d’une crêperie connue du Havre. Léo interroge quelques amis, dont son coiffeur, au sujet d’un certain Rémy Lehner, qui n’est probablement pas un simple homonyme. Originaire de Morlaix, il est revenu y monter des entreprises, après un long séjour en Afrique. Tout laisse à penser qu’il fricota avec la "Corse connexion", qui couvre tant de magouilles et d’argent sale en Afrique.

Bob Mougin a rejoint Léo Tanguy. Ensemble, ils vont déterminer que Rémy et Emmy étaient jumeaux. Le majordome de Rémy en sait sûrement bien davantage qu’il ne le dit. Pour pénétrer dans l’entreprise légumière, il va falloir ruser avec le vigile. Qui, au final, se montre très coopératif. Léo découvre que de nombreux Bretons ont depuis bien longtemps migré au Havre, où ils forment une colonie importante, gardant souvent des liens avec leur région d’origine. Autour de Rémy, plusieurs pistes : le Belle Thérèse, amante du défunt, qui fait un show SM au club Le Lapin Rosse. Ou Luba Collinet, la trop séduisante épouse d’un libraire spécialisé dans les livres très rares. Mais c’est quand Bob trouve ce que cachent les choux-fleurs livrés à l’entreprise de Rémy que leur enquête fait un grand bond en avant. C’est au Havre que le duo va devoir chercher des réponses.

Après les obsèques "à la bretonne" d'Emmy, Léo et Bob rencontrent Faschini, le flic qui renseigne Bob. Tous les éléments fournis par les deux reporters l’intéressent fortement. Dans un vaste port comme Le Havre, bien difficile de déceler les filières des trafics en tous genres. Faut-il aussi s’intéresser à l’entourage d’Emmy Lehner, dont la crêperie qui n’a pas tardé à rouvrir ? Plus que quelques étapes pour démêler cette affaire…

Max Obione : Les amours noires (Éd.La Gidouille, 2018) – Léo Tanguy –

Effectivement, Guitte s’est souvenue. Le type en question s’appelle Rémy Lehner, grossiste exportateur en choux-fleurs, oignons, cocos de Paimpol et autres légumes de cet acabit, principalement vers l’Angleterre. L’homonymie avec le cadavre de Dourduff est troublante. Par extraordinaire ces deux personnages seraient-ils de la même famille ? Rémy et Emmy, la consonance de ces deux prénoms pourrait suggérer des parents facétieux. Ma cervelle mouline, les synapses fricotent de drôles de rapprochements, et si… et si…
Et si je servais à Bob dont j’attends l’arrivée prochaine quelques révélations sur son "sucé à mort", qui pourrait bien être un dénommé Rémy Lehner. Supposé encore.

Peut-être faut-il rappeler le principe d’une série comme "Les nouvelles aventures de Léo Tanguy". À chaque titre, c’est un autre auteur qui exploite l’univers du héros. La tonalité personnelle et l’inspiration de chacun permettent de plonger Léo dans des ambiances fort différentes. Outre ses racines bretonnes, il existe un vrai sens de l’amitié autour de Léo, tous ses proches possédant comme lui un véritable libre arbitre, un esprit se refusant au formatage. Il ne s’agit assurément pas de jouer au justicier, mais de s’immiscer dans les recoins d’affaires où les forces de l’ordre n’avancent pas tant.

Qu’il s’agisse de nouvelles ou de romans, Max Obione est de ceux qui apportent un ton à leurs récits. Ici, Léo – pour une fois narrateur – est grâce à lui un personnage familier, qui ne crache jamais sur les petits plaisirs de la vie. Fier de sa liberté, toujours. Côté cœur, il hésite beaucoup à s’engager, ce dont ce diable de Bob Mougin va profiter, on verra la suite. Il nous suffit de marcher dans les pas des deux compères, dont un "Havrais-de-vrai", pour nous souvenir du poète maudit breton Tristan Corbière, et pour tenter d’élucider le mystère concernant ce double meurtre. Un polar franchement réussi. 

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