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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 04:55

En cette fin mars 2016, voici deux excellentes comédies policières dont il a déjà été question chez Action-Suspense. La deuxième enquête d'un gamin futé d'Istambul qui joue au détective, ou un petit groupe de flics sur la touche, deux aventures très différentes, mais de trépidantes intrigues.

 

Alper Canigüz : Une fleur en enfer

Bien qu'âgé de cinq ans seulement, Alper Kamu figure parmi les plus insolites d'entre les habitants d'Istambul. Déjà autodidacte, il est dispensé d'école maternelle. Il écrit et il lit couramment, des romans et des ouvrages savants. Ses parents ont engagé une baby-sitter, Hatice Abla, ne manquant pas de charme aux yeux du gamin. Âgée de seize ans, elle vient d'un lointain village. Malgré sa présence, Alper continue à passer du temps dans la rue. En particulier avec ses amis de l'immeuble Güzelyayla, quelque peu plus vieux que lui. Il ne craint plus trop d'y croiser Gazanfer, son ennemi juré, qui séjourne en prison. Alper y fait la connaissance d'Ümit, douze ans, qui habite là avec sa famille depuis peu.

Ümit ne respire guère la joie de vivre, car Alper comprend que c'est parce que “toute sa famille ressemblait à un paratonnerre de malheurs”. Il y a sa mère, souffrant de tachycardie, perpétuellement en train de geindre sur ses maux. Et puis ses deux sœurs aînées, Dilek et Safinaz, qui n'affichent pas leurs sentiments. Seul Yusuf, le jeune oncle d'Ümit, apparaît sympa. Colombophile amateur, il a placé un pigeonnier sur le toit de l'immeuble Güzelyayla, essayant d'entraîner un couple de pigeons, Héra et Zeus. Une réussite relative. Il y a encore l'oncle Abdullah, vague parrain de toute la famille. Et aussi, il y avait Mehmet, le frère handicapé d'Ümit. Ce dernier l'a étouffé mortellement, acte qu'il reconnaît et qui lui vaudra, pour le moins, un suivi social.

Dans le même temps, les parents d'Alper sont également confrontés au décès de l'oncle Nebi. Celui-ci vivait pauvrement, ayant rompu quelques années plus tôt avec son épouse, la tante Feriha. Elle n'a pas bonne réputation auprès de la mère et du père d'Alper. En guise d'héritage, Alper récupère la série complète des romans Pardailhan et un lot de photos ayant appartenu à l'oncle Nebi. Sur une d'elles, une certaine Adalet, qui semble bien avoir été "la femme de sa vie" du défunt oncle. Alper imagine qu'il existe un petit mystère, puisque c'est Feriha que Nebi épousa. Il y a donc une énigme la concernant. Bien que la version d'Ümit soit claire, Alper ne croit pas que son ami ait tué son frère. Il faut des preuves pour convaincre Onur Çalışkan, le commissaire de police adjoint, qui a de l'estime envers l'art déductif d'Alper…

Après “L'assassinat d'Hicabi Bey”, c'est avec un franc plaisir que l'on retrouve le petit Alper Kamu pour une deuxième aventure. S'il n'a que cinq ans, il est diablement débrouillard, le bougre ! Doté de belles capacités intellectuelles, Alper reste un émule de Sherlock Holmes et autres détectives prestigieux. S'il suit les évènements et observe son univers citadin, s'il interroge plus ou moins habilement les protagonistes, des réponses ne lui seront données que tardivement. La vie du quartier ne se résume pas à des énigmes, il a aussi une "vie sociale". C'est avec beaucoup d'humour qu'est racontée cette délicieuse nouvelle enquête d'Alper Kamu.

Chez Le Livre de Poche : Alper Canigüz et Sophie Hénaff

Sophie Hénaff : Poulets grillés

Anne Capestan, trente-sept ans, est commissaire de police. Six mois après qu'une bavure l'ait mise sur la touche, la voici réintégrée. Pas de quoi se réjouir, toutefois : c'est d'une brigade de placardisés dont elle hérite, des recalés d'autres services. Leur mission consistera à réétudier des affaires non résolues. Ils vont disposer d'un ancien appartement rue des Innocents, en guise de bureaux. Capestan y est rejointe par José Torrez, un flic qui porte la poisse ; Lebreton, homo veuf depuis peu, venu de l'IGS où il enquêta sur la bavure de la commissaire ; Eva Rosière, flic s'étant enrichie en écrivant des polars et des scénarios de téléfilms ; Merlot, vieux policier alcoolique ; et le caractériel Orsini, qui joue un trouble jeu avec les médias. Une fine équipe.

Deux vieilles affaires attirent l'attention du groupe. La première sera confiée à Rosière et Lebreton. Il y a près de vingt ans, le marin Yann Guénan fut retrouvé dans la Seine, après avoir été exécuté. Fait majeur dans sa vie, lors du naufrage d'un navire à passagers, il put sauver des gens. Plus tard, il considéra Jallateau, constructeur du bateau, comme le grand responsable, élaborant un lourd dossier contre lui. Depuis, ce Jallateau s'est installé aux Sables d'Olonne, où il s'occupe de bateaux de plaisance. Le duo d'enquêteurs se déplacera jusqu'à lui, ce qui est assez confortable dans la Lexus d'Eva Rosière. Il existe une sorte de carnet de bord tenu par Yann Guénan, mais il faudrait que sa veuve Maëlle le leur confie.

Outre le cas bientôt résolu d'un jeune dealer fils de ministre, la deuxième grosse affaire concerne le meurtre d'une dame âgée, sept ans plus tôt. La commissaire Capestan et le flic poissard Torrez s'en chargent. Ancienne institutrice habitant Issy-les-Moulineaux, Marie Sauzelle était encore fort active. Cambriolage ? Des détails ne concordent pas. La maison n'a été ni vendue, ni entretenue depuis le décès. Tout juste est-elle surveillée par un des voisins, Serge Naulin, qui n'inspire guère confiance aux deux policiers. Un déplacement à Marsac, dans la Creuse, est nécessaire pour interroger le frère de Marie Sauzelle. Le groupe s'est légèrement étoffé, avec la blonde lieutenant Evrard, un expert en informatique et un brigadier. Anne Capestan doit remotiver son équipe…

Délicieuse comédie policière. L'auteure nous présente un groupe de flics déclassés. Elle parvient à éviter habilement un écueil courant, le risque de ne pas distinguer les personnages. Ici, chacun possède assez de singularité pour être remarquable. On voit qu'il ne s'agit pas de tocards, mais de flics s'étant marginalisés au sein de la police. Beaucoup de remue-ménage en perspective, donc. Et l'aspect enquêtes criminelles, alors ? Que l'on se rassure, notre petit groupe est là pour résoudre des énigmes obscurcies par le temps, mais pas si impossibles à comprendre pour eux. Suspense, humour, péripéties agitées, polar divertissant : tous les atouts sont réunis pour plaire aux lecteurs.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 04:55

L'atelier d'Alexandre Kovacs était situé dans un immeuble du 13e arrondissement de Paris dédié aux artistes, quartier de Tolbiac. C'est là que ce sculpteur a été assassiné, piqué à la strychnine. Le tueur a répandu des toiles de ce créateur partout sur son corps, dans une énigmatique mise en scène. Étonnant pour ceux qui connaissaient Kovacs, et qui savaient que l'artiste avait renoncé à la peinture. Chargés de l'enquête, le commissaire Joubert et son adjoint Lucas n'ont pas de mal à retracer la carrière de la victime. Kovacs débuta grâce à des commandes publiques, produisant des sculptures monumentales pour des collectivités locales. Puis il eut un passage à vide durant quelques années, s'adonnant à l'alcool et aux drogues. Sous la houlette du galeriste Lassus, qui misa financièrement sur lui, Kovacs se mit à créer des "installations" minimalistes d'art contemporain. Il redevint assez connu.

Originaire de Suisse, la blonde et maigre quadragénaire Johanna Bernard fut pendant une décennie l'épouse d'Axel, psychiatre réputé et médiatisé. Quand elle rencontra Kovacs, ce fut la passion absolue. Elle s'installa bientôt avec l'artiste, dépensant beaucoup d'argent pour lui. Ce qui explique les années improductives du sculpteur. Puis il se concentra sur ces "installations", qui devinrent rentables. Bien qu'étant divorcée d'Axel, Johanna est restée en bon termes avec son ex-mari. Par contre, sa relation s'avérait plus tourmentée avec Kovacs. Si le couple habitait rue Froidevaux, face au cimetière de Montparnasse, le fait qu'il ait un atelier ailleurs, à Tolbiac, engendra probablement un déséquilibre. Pour les policiers Joubert et Lucas, Johanna et le galeriste Lassus figurent en tête des suspects. Un meurtre causé par une rivalité artistique ou une soirée de beuverie, c'est moins crédible.

Malgré une visite clandestine à son atelier, Johanna n'a pas découvert où son compagnon rangeait ses dernières œuvres. Pour Lassus, la situation devient critique car il ne possède que trois "installations", et ses créanciers se montrent menaçants. Aux policiers, il déclare ne pas croire que des spéculateurs véreux aient pu faire supprimer Kovacs. Pour son propre témoignage, Johanna n'a rien dissimulé de sa relation particulière avec le défunt. Le commissaire Joubert n'exclut quand même pas l'hypothèse d'une fiesta fatidique, bien que Lucas en doute. En consultant les relevés de comptes bancaires de Kovacs, Johanna trouve une piste à explorer. Ces deux dernières années, l'artiste retournait souvent à Pontault-Combault, où il érigea jadis une statue monumentale. Elle déniche l'adresse de Marie-Paule Delacour, une blonde masseuse-kiné qui fut proche de Kovacs…

Michel Dresch : Le plasticien (Éd.Cohen & Cohen, 2016)

Comme son nom l'indique, la collection ArtNoir est consacrée à des romans ayant pour contexte l'univers artistique. C'est autour de l'Art contemporain que tourne l'intrigue de ce suspense de Michel Dresch. Beaucoup d'efforts ont été consentis par les pouvoirs publics pour mettre en valeur les œuvres actuelles, depuis quelques dizaines d'années. Souvent, elles ornent les parcs, les ronds-points, et divers espaces où la population peut admirer le résultat. Des créations très symboliques, voire franchement hermétiques, peuvent parfois laisser perplexes. Néanmoins, l'esthétique de nombreuses œuvres de type "land art" est séduisante, ajoutant de la grâce au décors urbains. Quant aux "installations", on a le droit d'être moins convaincus par leur côté artificiel ou minimaliste, mais il n'est pas interdit de les apprécier également. L'essentiel n'est-il pas la présence de l'Art dans le quotidien ?

Dans ce “milieu, il y a des escrocs, des petits malins, des spéculateurs” mais le galeriste Lassus n'y voit pas de meurtriers. “Toutefois, [il] se rendait compte qu'il s'était sans doute légèrement avancé en disant qu'en Amérique, où la moindre croûte se vendait dix millions de dollars, il n'y avait jamais eu d'assassinat découlant de la spéculation sur les œuvres. Il n'en était, en fait, pas totalement sûr.” Enjeux financiers, vengeance, crime d'intérêt ou passionnel ? L'auteur ne se contente pas d'une enquête policière balisée. C'est plutôt la compagne du défunt qui cherche la vérité… et les ultimes travaux de la victime. Ce qui offre au récit une tonalité vivante, et cultive un très sympathique suspense. Voilà un polar thématique de fort bon niveau.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 04:55

À Los Angeles, quand vous avez un petit problème à résoudre, adressez-vous donc à Dick Henry. Sous le surnom de l'Expéditif, c'est le multi-service des solutions rapides. Imaginez qu'un pseudo-Rasta blanc squatte devant votre commerce pour fourguer sa camelote, il ne faudra guère de temps à Dick Henry pour qu'il décampe définitivement. Supposez que ce soit un type à l'odeur pestilentielle qui chasse les abonnés de votre bibliothèque, Dick se charge de l'éloigner. Encore qu'un gars nauséabond tel Rutland Atwater puisse rendre des services à l'Expéditif. Si vous avez besoin d'une copie d'œuvre d'art à l'identique, Dick a aussi un faussaire dans ses relations. Les cas fâcheux ou limite légaux, il s'en occupe, tout en sillonnant L.A. au volant de sa Cadillac Coupé DeVille 1969.

Il y eut quelques femmes dans la vie de l'Expéditif. Georgette, la mère de ses enfants, bien sûr. Et en ce moment, la caractérielle asiatique Kiyoko. Son grand amour fut sans nul doute Nedra Scott, une Noire militante. À l'instar de son frère Charles qui fut très actif pour leur cause, avant de disparaître. Aujourd'hui, Nedra défend son quartier de Bledsoe contre un projet immobilier, Azure Gardens. Puisqu'elle est menacée, Dick lui donne un garde du corps, Bosto Ket, capable de dissuader les plus agressifs. Nedra trouve l'occasion de médiatiser son combat pour Bledsoe, même si Dick est convaincu que l'immobilier sera finalement plus fort qu'elle. Par ailleurs, la sculpturale strip-teaseuse Pussy Grace a aussi un urgent besoin des services de son ami Dick l'Expéditif.

Âgée de trente-deux ans, de son vrai nom Penelope Grafton, la belle Pussy était devenue l'amante d'Art Lewis. À soixante-quatorze ans, ce riche homme d'affaire a bien le droit de dépenser sa fortune avec qui il veut. Toutefois, il ne tient pas à dilapider son argent à tort et à travers. L'investissement dans le cinéma proposé par l'actrice Ellen Havertine et son mari le juge Harry Glidden, ce serait du pur gaspillage. Certes, même s'il participe à des productions télévisuelles, il s'agit d'un authentique juge en activité. Il a divorcé après vint-sept ans de mariage pour épouser la comédienne. Depuis son adolescence, Ellen n'a pas lésiné sur les moyens afin d'assurer sa carrière. Glidden et elle étant fauchés, l'actrice a un plan pour sortir de cette regrettable mauvaise passe financière.

Pussy n'arrivant plus à joindre Art Lewis, Dick et elle joue aux employés du gaz pour se renseigner chez l'amant de la strip-teaseuse. La drôle d'infirmière qui les reçoit n'est autre que la sœur d'Ellen. Drogué à mort, Art Lewis succombe sous les yeux de Pussy et Dick. Il est préférable qu'ils s'éloignent au plus vite. Conformément à son idée, Ellen demande à son ancien mari Bobby, ex-rock star éphémère, recyclé junkie, d'inviter Pussy à ne pas entraver le futur mariage d'Art Lewis. Les médias se sont fait l'écho de cette prochaine union. Sauf que ce fondu déchaîné qu'est Bobby se trompe de cible, et qu'il tue sans s'en apercevoir la victime. Aux obsèques de la jeune femme, Dick l'Expéditif va être fixé sur l'identité de ses adversaires. Auxquels il n'a pas l'intention de faire de cadeau…

p.g.Sturges : Les tribulations de l'Expéditif (Éd.Calmann-Lévy, 2016)

Il est extrêmement plaisant de lire une telle comédie criminelle, dans l'esprit de celles que l'on publia longtemps dans les grandes collections dédiées au roman noir. C'est sous le signe de la plus sympathique fantaisie que se place cette histoire, deuxième aventure du héros imaginé par p.g.Sturges. On ne peut pas dire que l'Expéditif ait un métier défini. Agent intermédiaire, en somme, il agit en toute indépendance, contre rétribution ou pas. Il sait tirer parti des compétences de ses relations, flingueurs menaçants, faux-mafiosi ou vrais faussaires, si le besoin s'en fait sentir. Si nécessaire, Dick intervient en personne. Il se montre aussi téméraire ou perspicace qu'imaginatif pour contrer les malfaisants. Los Angeles et sa contrée n'ayant pas de secrets pour lui, il trouvera les bons remèdes.

Dès que l'on parle d'humour dans le polar, une moue dubitative apparaît sur le visage de certains lecteurs. Si c'est drôle (et peuplé de femmes au physique sensuel), c'est que l'intrigue doit être très légère, non ? Ne croyons pas cette assertion, dans le cas présent. Car "l'affaire Art Lewis-Pussy Grace" est fort mouvementée, la partie adverse n'étant pas décidée à lâcher prise. Or, l'Expéditif n'est pas du genre à se faire mordre sans répliquer. Quant à "l'affaire Nedra Scott", elle peut aussi réserver de sacrées surprises. Flegmatique ou fataliste, Dick Henry est un personnage dont on suit les tribulations avec grand plaisir. Un suspense souriant et très excitant.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 16:10
L'écrivain américain Jim Harrison est décédé à 78 ans

Né le 11 décembre 1937 à Grayling, dans le Michigan, l'écrivain américain Jim Harrison est décédé dans la nuit du 26 au 27 mars 2016, à 78 ans, dans sa maison de Patagonia, Arizona. En France, l'essentiel de son œuvre est publiée par l'éditeur Christian Bourgois et chez Flammarion. Les formats poche de ses livres sont disponibles chez 10-18 et J'ai Lu.

L'écrivain américain Jim Harrison est décédé à 78 ans

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 05:55

Fils d'un diplomate suisse, Mark Walpen est veuf. Son épouse Shannon et leur fille furent victimes des attentats du 11-septembre. Il élève ses jumeaux, Zoé et Elliott, aidé de son amie intime Anook, tandis que son père Ralph s'est exilé en Australie. Mark Walpen a créé le Sword, un service de renseignements géostratégiques indépendant et neutre basé en Suisse, qu'il dirige. Cet organisme s'est doté d'unités d'action, les Faucons, intervenant dans le monde entier. Prenant de l'ampleur, le Sword a engagé de nouveaux baroudeurs fiables et entraînés aux conditions extrêmes. Mark s'est également adjoint les services de quelques analystes de la situation mondiale. Prenant la succession de Ralph, c'est Barbara Apfelbaum qui assurera désormais l'interface avec les autorités suisses.

Dans notre époque en ébullition, Mark Walpen se doit d'être sur tous les fronts. Lors de son périple aux États-Unis, il rencontre le Président américain afin d'évoquer la situation en Syrie. Impossible d'envisager une intervention directe sur le terrain, mais il faut définir qui va bientôt livrer des avions de chasse et des hélicos à Bachar el-Assad. De retour en Suisse, Mark apprend que des ingénieurs de plusieurs nationalités ont été enlevés dans le Sahel, entre Tchad et nord-Niger. Comme d'habitude, la France payera sans l'avouer une rançon pour ses propres otages. Ce n'est pas le cas des autres pays, dont la Suisse, qui sont partisans de les récupérer manu-militari. Ami de Mark, le banquier Laurent Boissier risque le scandale et la prison, étant accusé par les Américains de pratiques illégales.

Le Sword doit encore garder un œil sur la Russie, dont le Président agit trop à sa guise, en prétextant la sauvegarde des intérêts de son pays. S'il a assaini une partie de l’Économie russe, quelques douteux oligarques gravitent toujours autour de lui. Il oppose son veto à toute remise en cause du régime syrien, pourtant soupçonné de massacrer une partie de sa population. Chargée par Mark d'un rapport sur l'Afrique actuelle, Alexia Pictet ne cache pas qu'après les Chinois, ce sont les Russes qui s'y implantent pour des trafics. Bien qu'enceinte, Anook a accepté d'aider une amie de MSF à comprendre les raisons de malformations constatées chez des populations du Kivu et du Katanga. Anook se rend en République du Congo (ex-Zaïre), dans la région bordant la rivière Lualaba.

Une équipe de quatre Faucons du Sword est envoyée dans le nord-Niger. L'un d'eux, ayant tenté d'infiltrer un secteur dangereux, est à son tour enlevé. Un autre groupe de Faucons a pour mission d'intercepter la livraison des avions et des hélicos pour la Syrie. Mark ne perd pas de vue le cas de son ami banquier, arrêté et promis à l'extradition vers les États-Unis. Pendant ce temps, le chaos règne en Ukraine et en Crimée, sous pression russe. Par le père ex-général de son agente israélienne, l'attention du Sword est attirée sur le cas de Viktor Grylov. Riche homme d'affaire appartenant à la sphère du Président de la Russie, il pourrait bien tirer profit de certains conflits. Alors que son père Ralph revient en Suisse, Mark a de réelles raisons de s'inquiéter pour la santé d'Anook…

Mark Zellweger : Double jeu (Éd.Eaux Troubles, 2016)

Voici le troisième opus d'une série de romans d'action, où Mark Zellweger renoue avec les intrigues d'espionnage dans la plus agitée des traditions. Des auteurs tels les Américains Olen Steinhauer, Tom Clancy, Robert Ludlum, le britannique Jack Higgins, le gallois Ken Follett et bien d'autres, ont perpétué ce type de scénarios. On peut considérer que cet auteur suisse n'a rien à leur envier, qu'il est digne d'entrer dans le même club. D'autant que, si l'aventure est omniprésente dans cette histoire, il n'oublie pas la part personnelle de son héros, qui a aussi une vie privée. Belle façon de l'humaniser, sachant que Walpen est amené à prendre des décisions ayant un impact sur la situation planétaire. Certes, son organisation et lui sont neutres, mais pèsent sur l'imbrication des problèmes mondiaux.

Mark Zellweger “dédie ce livre à toutes les victimes de toutes les barbaries, quelle qu'en soit l'idéologie...” avec une pensée pour celles des attentats parisiens de novembre 2015. Hélas, l'actualité continue à déverser son lot d'horreurs : si le régime syrien est en grande partie évoqué dans cette fiction, le djihad islamiste poursuit son combat terroriste contre les Occidentaux, avec de nouveaux attentats. Rien de réglé non plus au sujet de la Russie imposant son diktat à l'Ukraine. Quant à l'Afrique, du Sahel jusqu'au sud du continent, c'est toujours un “terrain de jeu” où s'invitent trop de pays, au gré de leurs intérêts et de leurs combines, au détriment des peuples locaux. C'est bien dans ce contexte international d'une complexité inextricable que s'inscrit ce roman d'espionnage.

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 05:55

"Sous l'emprise des ombres" de John Connolly est désormais disponible en format poche, chez Pocket. Un suspense à ne pas manquer !

Charlie Parker est détective privé à Portland, dans le Maine, côte Est des États-Unis. Son épouse et leur fille furent assassinées autrefois, une affaire non résolue, et Charlie vit séparé de sa seconde compagne, avec qui il a aussi une fille. Avec ses amis new-yorkais Louis et Angel, le détective traque toujours un insaisissable criminel, Le Collectionneur. Une fois de plus, alors que le trio a repéré une de ses planques, le tueur a pu s'éclipser in-extremis. Retour aux affaires ordinaires pour Charlie. Jude était un SDF bienveillant, généreux, connu de beaucoup de gens à Portland. On l'a retrouvé pendu, on suppose un suicide. Étonnant quand on sait qu'il réunissait depuis quelques jours une petite somme d'argent, afin d'engager le détective.

Annie Broyer, la fille de Jude, était une jeune femme ayant connu divers déboires durant sa vie. Le SDF était sans nouvelle d'elle depuis quelques temps. Il la rechercha à Bangor, où il apprit qu'elle était passée, puis dans une ville des environs, Prosperous. Là-bas, le chef de la police Morland lui indiqua qu'on n'avait jamais vu Annie. Et que lui-même n'était pas le bienvenu dans cette communauté tranquille. Jude insista un peu, mais seul un pro de l'enquête tel que Charlie pouvait arriver à quelque chose. Selon ses contacts dans la police, le suicide de Jude est avéré. Sauf qu'à l'autopsie, on remarque trop d'hématomes sur son corps. Un doute incertain, pas de client pour le payer, mais Charlie essaie quand même de retrouver Annie “parce que personne d'autre ne le fera.”

Comme son nom l'indique, Prosperous est une petite ville qui connaît la prospérité depuis le lointain temps où des exilés venus d'Angleterre s'y installèrent. Ils reconstruisirent même leur église d'origine, devenue un symbole puissant pour tous. À l'origine, leur culte était celui de “la Famille de l'Amour”, religion monothéiste qui s'éloignait sensiblement des autres dans leur pays comme dans le Nouveau Monde. Ils cultivent toujours cette croyance, sous l’œil sévère d'un pasteur-menuisier, Warraner, aux qualifications religieuses relatives. Lors de sa visite à Prosperous, Charlie Parker rencontre le chef de la police, Lucas Morland. Il donne sa version du passage de Jude ici, présentant une image positive de sa ville.

Néanmoins, tout ne va pas pour le mieux à Prosperous. Annie Broyer y fut effectivement kidnappée, puis gardée chez le couple Dixon. Endettés, ceux-ci n'avaient pas le choix. Ils devaient obéir au Conseil, dirigé d'une main de fer par Hayley Coyner. Celle-ci se veut la garante de leurs traditions séculaires. Soutenue non sans fourberie par Thomas Souleby, elle dicte ses volontés même au chef de la police. Pendant ce temps, un loup rôde autour de Prosperous. À Bangor, il se confirme qu'Annie avait trouvé un job à Prosperous. C'est grâce à Euclid Danes, figure locale d'une ville voisine, que le détective obtient des infos. Sûrement pas parano, il les considèrent telle une secte maléfique. Quand plusieurs personnes de Prosperous décèdent le même jour, on pourrait y voir un sombre signe. Le pasteur et le policier Morland se montrent nerveux quand Charlie revient en ville…

John Connolly : Sous l'emprise des ombres (Pocket, 2016)

Avec une douzaine de romans à son actif dans cette série, John Connolly connaît un vif succès, largement mérité, grâce aux enquêtes du détective Charlie Parker. Héros meurtri, dont les aventures sont pleines de tension, explorant les frontières de l'ésotérisme mais restant cruellement humaines. C'est évidemment le soin des détails qui offre une densité aux récits écrits par cet auteur. On le constate une fois encore, par exemple quand il évoque avec indulgence les SDF.

Ce qui fascine dans “Sous l'emprise des ombres”, c'est surtout le portrait de cette ville de Prosperous. C'est un endroit dont on se dit qu'il peut exister dans la réalité, à l'image des bourgades amish ou des mormones dissidentes. Une ville aisée, imprégnée par un esprit religieux, héritage des ancêtres, qui se protège en cultivant ses coutumes. On pourrait imaginer que la population, votant Démocrates, acceptant sans problème l'homosexualité, est tolérante (c'est la devise de la ville). Derrière la façade respectable d'une communauté tranquille, juste prudente envers les nouveaux venus, de plus noirs secrets sont masqués par les décisions quasi-dictatoriales d'un Conseil occulte. Qui aurait droit de vie et de mort sur quiconque “menace” la paix apparente de Prosperous. Il est troublant de penser que ça n'a rien d'impossible. L'auteur y ajoute le mythe du loup, symbole malsain et néfaste. John Connolly signe ici une des plus palpitantes aventures de la série Charlie Parker, un suspense de très belle qualité.

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 05:55

Dans la région niçoise, de nos jours. Jeune femme d'une vingtaine d'années, Maud est la fille du professeur en médecine Armand Reynier. Riche sexagénaire de belle allure, il est le mari de la séduisante Charlotte, environ quarante ans. Il s'agit de la seconde épouse du médecin. Sara, la mère de Maud est décédée alors que la fillette avait trois ans et demi, une noyade accidentelle dans leur piscine. Le directif Armand Reynier adore plus que tout sa fille, mais les rapports sont assez distants entre Maud et Charlotte. Cette dernière a un fils, Lukas, né dix ans plus tôt, avant son mariage avec le professeur. Un enfant auquel elle rend périodiquement visite. Plus jeune, Maud s'est laissée tenter par la drogue. Mais, sportive et intelligente, elle est parvenue à surmonter cette addiction.

La demeure des Reynier est une magnifique villa ancienne sur les hauteurs de Grasse, nichée dans un parc immense. Amanda, la gouvernante, Eurasienne d'une trentaine d'années, et le jardinier Ferraud en sont les seuls employés. Un soir où elle se balade avec son chien Charly, Maud est molestée par un inconnu. Un homme intervient, chassant l'agresseur. Âgé de vingt-six ans, Luc Garnier est actuellement gardien de nuit dans un musée. Pratiquant la boxe thaï, détenteur d'un permis de port d'arme, Luc a exercé le métier de garde du corps. S'il pense souvent à une certaine Marianne, il est célibataire. Il est reçu par le père de Maud, auquel on a envoyé des messages de menace, mais qui ne tient pas à y mêler la police. D'ailleurs, le policier niçois Lacroix ne serait sûrement pas à la hauteur.

Luc accepte l'offre de Reynier, afin de protéger Maud. Il s'installe dans une dépendance de la propriété. Il peut compter sur une certaine complicité avec Amanda, et plus si affinités. Par contre, même si Maud se sent amoureuse de lui, Luc ne l'encourage pas, s'en tenant à son rôle de garde du corps, bien qu'il sympathise avec la jeune femme. Lors d'une sortie de Maud, l'agresseur revient à la charge, et Luc doit se bagarrer sévèrement avec lui. Ce qui ne va pas améliorer le sommeil cauchemardeux de Maud. Celle-ci est jalouse de sa belle-mère, Charlotte semblant attirée par l'athlétique Luc. Il est vrai que la belle épouse du professeur Reynier se sent telle un esthétique "faire-valoir" pour son mari. Charlotte va bientôt être agressée par un conducteur cagoulé, certainement l'agresseur de Maud.

Les courriers menaçants reçus par Armand Reynier citent plusieurs dates : 11 janvier, 16 mars, 19 septembre. À part cette dernière date correspondant à l'anniversaire de sa fille, le médecin prétend d'abord ne pas comprendre. Quand on lui adresse une page déchirée d'un livre, la menace est explicite : “...Et avant de crever, tu vas perdre tout ce que tu as construit. Et tous ceux qui te sont chers.” Une nuit, la collection de masques africains du médecin est dérobée chez lui, nouvel avertissement. Maud risque de replonger dans la drogue, en renouant avec son fournisseur Axel. Lorsque Reynier lui avoue une erreur chirurgicale ayant causé la mort d'un enfant, c'est une piste à suivre pour Luc. Celui qui prépare sa vengeance depuis deux années est déterminé à aller jusqu'au bout…

Karine Giébel : De force (Éditions Belfond, 2016)

En 2004, le regretté Jacky Pop et sa compagne WoôManh eurent l'excellente idée de publier dans leur collection Rail Noir le premier roman de Karine Giébel “Terminus Elicius”, suivi deux ans plus tard par “Meurtres pour rédemption”, toujours chez Rail Noir. Depuis, cette romancière a largement confirmé le talent discerné par ses premiers éditeurs. Elle a glané de multiples récompenses et son lectorat lui est fidèle (on peut, en particulier, le constater dans les Festivals). Il n'est donc pas indispensable de faire l'éloge des romans de Karine Giébel. Ce nouveau thriller démontre une fois de plus les qualités de l'auteure.

Suspense psychologique et vengeance inexorable? Certes oui, mais la définition serait réductrice. Grâce à une narration fluide, à une tonalité juste et familière, nous pénétrons naturellement dans le microcosme gravitant autour du professeur Armand Reynier. On ne peut douter que le parcours d'un homme tel que lui, sûr de sa position sociale, soit resté sans tache. Ce qui est ici marquant, c'est la manière dont Karine Giébel nous fait entrer dans "l'intime" des protagonistes. À l'évidence, les Reynier ont "tout pour être heureux", mais au fond d'eux-même, c'est loin d'être le cas. D'autres héros de cette intrigue sont également perturbés, on l'imagine bien. Mystère et menaces sont au rendez-vous, pour un roman maîtrisé, palpitant, très réussi.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 16:09
Attentats en Belgique : barbarie, encore et toujours

Bruxelles a été frappée par des attentats ce mardi 22 mars, à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro de Maelbeek. On déplore quantité de morts et de blessés. Mes pensées vont vers nos amis Belges, victimes des mêmes drames et de la même barbarie, qui ont touché la France.

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Publié par Claude LE NOCHER

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