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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 07:16

 

Dans son nouveau roman,Bien connu des services de police(Série Noire), Dominique Manotti dresse un sombre portrait d’une police gangrenée par des flics ripoux et par la politique sécuritaire. D’abord, un petit résumé de l’intrigue.

Dans la banlieue nord de Paris, la ville de Panteuil constitue un secteur sensible en matière de délinquance et de criminalité. Solidaire des efforts du ministère de l’Intérieur pour une meilleure sécurité, la commissaire Le Muir est bien décidée à trouver des solutions. MANOTTI-2010.JPGIl faut commencer par les squats, générateurs de tous les trafics. Elle peut compter sur son chauffeur, le brigadier major Pasquini, dont les relations dans les milieux mi-truands, mi-fachos sont bien utiles. Au sein du commissariat de Panteuil, les policiers partisans de la méthode forte sont légion, pour servir les objectifs de Le Muir.

Le plus excité d’entre eux est Paturel, chef d’une brigade de la BAC. Avec son équipe, il rançonne un groupe de prostituées réfugiées dans un parking, proxénétisme ignoré de sa hiérarchie. Ivan fait partie des collègues de Paturel, mais sans partager leur enthousiasme. Deux problèmes le tracassent. Son ami africain Balou, qui vit de divers bizness, exige qu’Ivan l’aide à obtenir de faux-papiers, en échange des services qu’il lui a rendus. Par ailleurs, il y a ce procès dont le jugement sera bientôt prononcé. Bien que ce ne soit pas l’exacte vérité, Ivan y apparaît comme victime, mais il a déjà décidé de quitter la police sitôt après. Si possible en évitant d’aider l’insistant Balou.

Deux jeunes policiers viennent d’arriver au commissariat de Panteuil. La blonde Isabelle Lefèvre, Adjoint De Sécurité, doit calmer les ardeurs sexuelles de certains collègues. Elle est affectée à une brigade de Police-Secours. Suite à un banal vol de portable, un contrôle d’identité dérape, causant une fusillade entre flics, entraînant l’arrestation massive de femmes du quartier. Il est préférable de ne pas trop faire d’écho à ratage exemplaire. Sébastien Doche, l’autre nouveau, a intégré le Bureau des plaintes. Entre cynisme et fausse compassion, le vieux brigadier en poste gère les situations en fonction de critères discutables. Les cas insolubles, qui n’améliorent pas les chiffres de la sécurité, il les écarte.

L’honnête Doche entreprend une enquête sur les vols de voitures de luxe. Il ne tarde pas à repérer le garage Vertu, curieusement fréquenté par Pasquini, le chauffeur de la commissaire, qui y rencontre des types à l’allure suspecte. Noria Ghozali appartient aux R.G. Avec le soutien de Macquart, un ancien du service encore influent, elle espère faire tomber l’ambitieuse Le Muir. Le proxénétisme version Paturel et l’appartenance de Pasquini à l’extrême-droite ne suffisent pas. Quant un incendie ravage un squat peuplé de Maliens, causant quinze morts, Noria sent que Le Muir n’est pas étrangère à ce sinistre. Entre le témoignage d’un travelo violenté par Paturel et la piste du garage Vertu, elle possède déjà quelques éléments. À condition que l’IGS ne se laisse pas berner par une version préparée de l’équipe Paturel. Et que la Justice ne soit pas manipulée concernant l’incendie du squat. Pour l’heure, Le Muir est très appréciée du Ministère…

Sans doute s’agit-il d’une fiction, dans laquelle peu de policiers admettront se reconnaître. Néanmoins, cette “ambiance commissariat”, ce microcosme décrit par Dominique Manotti est plus que plausible. On trouve ici beaucoup de flics ripoux, d’autres pas, un policier tourmenté, une opiniâtre enquêtrice des RG. “Sur le terrain, on n’a jamais fait la police avec les Droits de l’Homme” dit-on pour motiver les forces de l’ordre. La guerre contre délinquants et criminels n’exclut pas, pourtant, le respect des règles, ni celui des présumés innocents. Adepte de la “comédie sécuritaire” au bénéfice des politiciens, l’arriviste commissaire fait dégénérer une situation précaire et tendue en prétendant nettoyer Panteuil. Possible reflet de la réalité, non ? Notons que l’auteur n’édulcore pas le quotidien violent des banlieues, entre petits trafics juteux, squats insalubres, mortelles brutalités conjugales. Un roman militant, visant les noires facettes d’une police qui n’est pas irréprochable, parfois trop proche des ambitions politiques de nos dirigeants. Illustration par l’exemple, autant que matière à réflexion pour les lecteurs.

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commentaires

Mic 30/12/2010 20:38


Je me souviens très bien de ce billet, "pas très sympa" que je t'avais laissé, concernant cette romancière dont jusqu'à présent je n'avais rien lu ... Depuis, j'ai bouquiné ce livre et j'ai
découvert un grand écrivain (excuse-moi, mais je déteste l'écrire au féminin le mot écrivain). Lors d'un séjour en Angleterre cet été, j'ai découvert avec surprise qu'elle était( avec Fred Vargas)
connue et reconnue, elle a d'ailleurs remporté là-bas un prix polar important (je ne me souviens plus lequel, mais ça me reviendra sûrement!). Alors merci, cher Claude pour ce billet qui m'avait
tout de même "titillé" à l'époque. De plus, j'ai eu l'occasion de l'écouter à la télévision, et j'ai découvert une femme douce, charmante et très cultivée. Amitiés, MIC.


Claude LE NOCHER 30/12/2010 21:15



Salut Mic,


Oui, l'aspect politique, militant, ou impliqué, te déplaisait quant à ce roman, je m'en souviens. Moi-même, j'avais des hésitations sur certaines scènes (le côté
"bistrot des fachos", en particulier). Mais, globalement, j'approuvais que D.Manotti pointe du doigt "certains flics", qui ne respectent pas la démocratie. Et elle a été récompensée par le
"Trophée 813" (entre autres) pour ce roman, ce que je ne désapprouve pas...


Ce genre de roman est effectivement destiné à "titiller", à s'interroger. Dire qu'il n'y aurait aucun policier au comportement malvenu, voire zéro ripou, serait
faux. Ce qui n'en fait pas une généralité, non plus. Tout est question de mesure, bien sûr. La position de leur ministre qui prétendait absoudre des flics ayant eu un mauvais comportement ne
sert ni leur profession, ni la démocratie. L'émulation type cow-boy n'engendre pas la sécurité, les chiffres le démontrent... Le roman noir est, par définition, destiné à restituer une
vérité de la société, souvent pas la plus agréable.


La personnalité des auteurs, vaste question. Certes, un auteur est seul quand il écrit, mais il s'adresse à un public. J'ai beaucoup fréquenté les Festivals et
évènements polars. Certains romancier(e)s sont de bons auteurs, mais possèdent peu de bases culturelles, même et surtout en Littérature populaire. D'autres ont une véritable profondeur, même
s'ils-elles restent plus distants. Evidemment, je ne peux citer de noms. J'essaie d'estimer chaque roman, librement, sans trop m'attacher à ce que je sais d'eux. Car, au final, soit un roman est
vraiment réussi, soit (hélas, ça arrive) il y manque trop de qualités.


Amitiés (et meilleurs voeux pour 2011).



Mic 12/02/2010 21:03


Bonjour Mr Le Nocher,

Je suis très réticent à ce genre de livres, où l'auteur mêle la fiction à sa politique. Je n'adhère pas à ce côté manichéen,à l'envers cette fois-ci, on l'a compris sa cible ce sont les flics, les
choses sont devenues assez graves, pour jouer aux apprentis sorciers. Désolé mais je ne lirai pas ce livre, Manotti est trop engagée pour moi. A bientôt, et longue vie à Action Suspense.


Claude LE NOCHER 13/02/2010 10:11


Bonjour Mic,
D'aucun trouveront sans doute mon commentaire "modéré" quant au contenu de l'histoire. Comme je l'ai indiqué, il s'agit d'une fiction et d'un roman "militant". D'ailleurs, Dominique Manotti affiche
depuis longtemps ses positions, ce qui est son droit. Est-elle trop dans la démonstration ? dans la globalisation manichéenne "flics = tous pourris" ? C'est à chaque lecteur de répondre. Je ne
m'étendrai pas plus, puisque je ne ferais que répéter mon commentaire sur ce livre. Je conçois qu'on puisse préférer des histoires moins "impliquées" (ou "engagées"), mais elles ont aussi un
lectorat. Cela étant, il y a par ailleurs beaucoup d'autres nouveautés -moins polémiques- à découvrir.
Amitiés.


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