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Bien que publiés chez “Grasset Jeunesse”, les romans d’Hervé Moisan (qui signe H.M.) s’adressent autant aux adultes qu’aux lecteurs ados. Certes, les faits ont pour décor l’univers lycéen (ainsi que des quartiers parisiens). Néanmoins, c’est sur la réalité actuelle que s’appuie l’auteur pour nous raconter ces histoires. Découvrons les aventures diablement mouvementées (et sanglantes) dans lesquelles sont entraînés Alex et Alexandra.
“Gorges Rouges” (2008). Le lycée professionnel Arthur
Rimbaud est situé dans le 7e arrondissement de Paris. En Seconde BEP, Alex est un des 230 élèves de l’établissement. Ce jour-là,
avec son pote black Tiago, ils découvrent leur prof de maths assassiné dans sa classe. Le sévère M.Guillaume a été égorgé. Ils alertent les autres enseignants. Peu après, la séduisante proviseure
est tuée de la même manière dans son bureau. Alex pense avoir vu s’enfuir John, son copain de primaire et frère de sang, qui fréquente aujourd’hui des cailleras.
L’enquête de police est dirigée par le commissaire Marouet, un Noir que les élèves surnomment vite Mariolle. Il interroge Alex, qui garde le silence au sujet de John.
Ensuite, Alex a besoin de se confier à son amie complice, la rousse Alexandra, qui est en Terminale Bac Pro. Émettre des hypothèses ne les avance guère. Bien qu’il y ait une poignée de mecs
louches parmi les élèves, ils pensent que l’assassin est plutôt un adulte.
Cherchant John, le duo passe chez son père, M.Moukrane, épicier Rue des Martyrs et fan de Johnny Hallyday. Grâce à Leïla, amie d’Alexandra, ils trouvent une piste. Mais Alex est agressé par deux jeunes caïds, Requin et Squale, qui protègent la planque de John. Quand Alex parvient à lui parler, John s’explique. Risquant d’être impliqué, il voulait récupérer le cassette de vidéo-surveillance dans le bureau de la proviseure. Il a assisté au meurtre, sans reconnaître le tueur. Le lendemain, peu concentré durant les cours, Alex est encore interrogé par le commissaire. Celui-ci suspecte fortement John, trop connu des services de police. Alex n’imagine pas son copain dans le rôle de l’Affreux (c’est ainsi qu’il surnomme l’assassin). Le soir, Alex et Alexandra tentent de contacter à nouveau John. À proximité de la planque, Squale a été égorgé par l’Affreux. Il leur faut retrouver Requin, dans une soirée reggae, pour suivre la piste de John.
Alex est directement confronté à l’assassin, qui le pourchasse et commet un véritable carnage. Heureusement, Alexandra intervient à temps pour sauver son ami. Hospitalisé, Alex apprend du commissaire que le criminel a fait en tout sept victimes. Cette série de meurtre a-t-elle un rapport avec le militantisme de M.Guillaume ? Le policier ne peut rien affirmer. Si, grâce à son héroïsme, Alex est devenu la star du lycée, il est conscient d’être surtout un appât pour attirer le tueur. Par un cousin de John, Alex va bientôt disposer d’un indice capital…
D’un côté, l’auteur évoque le harcèlement des jeunes blacks ou le sort de l’amie Leïla, mais n’oublie pas qu’il y aussi des cas graves de délinquance parmi la jeunesse “issue de l’immigration”. Et le racisme imbécile est contagieux. Pas de candeur complaisante dans le propos, donc. Narration claire et tempo rythmé, suspense et rebondissements au programme !
“Samira” (2009). Alex et Alexandra sont toujours scolarisés au même lycée. Ce jour-là, un incident se produit à la sortie de l’établissement : les frères de leur copine Samira, qui a fui sa famille et vit dans un foyer, débarquent pour la récupérer de force. Le commando est vite repoussé, en particulier grâce à l’intrépide Katia, qui va héberger Samira chez elle. Selon Alex et Alexandra, reste à savoir qui a mouchardé pour que les frangins arrivent à point nommé. Sans doute Saïd, plus délinquant que vrai lycéen. Pour glaner des infos, Alex se rapproche d’Ahmed, ami de Saïd. Comme Ahmed n’est pas bavard, Alex le prend en filature jusqu’au Père-Lachaise. Il a rendez-vous avec Saïd et un autre jeune. Le trio repère vite Alex. Soudain, Saïd est abattu par arme à feu. Ahmet préfère fuir, tandis qu’Alex contacte (sans trop en dire) le commissaire Marouet.
Au Lycée, la réunion du petit comité de soutien à Samira est perturbé par des ados machos provocateurs. Mauvais prétextes et autres rumeurs sur la jeune fille fusent. Ça risque de virer à l’altercation violente. Pour une fois solidaires, les écervelées de Seconde arrivent en renfort. Pour comprendre le meurtre de Saïd, seul Ahmed a les réponses. Alex et Katia, toujours offensive, le pistent depuis les Passages Couverts jusqu’à La Défense. Bien que jouant au chef de gang protégé par ses comparses, qui malmènent Alex, Ahmed est abattu comme le fut Saïd. Pour Alex et Katia, la situation reste tendue tant qu’ils n’ont pas quitté le quartier. En y réfléchissant un peu plus tard avec Alexandra, ils concluent que le troisième jeune vu au Père-Lachaise est également en danger. Il s’agit d’un nommé Seb, vivant dans un milieu aisé, qui a un job dans un restaurant. Avec les deux autres, c’était la fête, le shit, le fric, et les filles trop crédules.
Alex et Alexandra s’arrangent pour le rencontrer. Seb est déjà conscient d’être la nouvelle cible. Il hésite quand Alex lui propose de tout raconter au commissaire. Il a tort, car le tueur n’est pas loin. Pour Alex, impossible de rattraper l’assassin qui s’enfuit en Vélib’. Une fois encore, Alex est interrogé par le policier Marouet. Tous deux pensent que le motif de ces crimes est probablement une vengeance. De leur côté, les frères de Samira ont maltraité une fille du Lycée pour savoir que le sœur se cachait chez Katia…
Cette histoire vivante, et même trépidante, montre une réalité du monde actuel, sans masquer ses contradictions et ambiguïtés. Si ados et adultes n’ont logiquement pas les mêmes valeurs, certains comportements n’évoluent guère : “Un mec qui couche, c’est un vrai de vrai, et une nana qui les imite, c’est une salope.” La tolérance n’empêchant pas la lucidité, Hervé Moisan nous décrit sans naïveté le contexte. Alex est de nouveau mêlé à une affaire dure et mouvementée, qui laisse une petite place à ses émois amoureux. Il va prendre quelques coups, y compris au moral. Car, à l’heure où l’enquête semble se dénouer, il va connaître des surprises supplémentaires.