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Existant depuis 1946, le Prix du Quai des Orfèvres ne récompense pas uniquement des polars aux intrigues citadines ou purement parisiennes autour du fameux “36”. En parcourant la liste des lauréats, on trouverait certainement bon nombre de romans situés en secteur campagnard. En voici deux exemples, à une vingtaine d’années d’intervalle.
Roland Pidoux : "On y va, patron ?"
-Prix du Quai des Orfèvres 1963-
L’affaire commence le 3 septembre 1959. Le commissaire Brunois, de la Police Judiciaire, reçoit une lettre anonyme indiquant où se trouve le cadavre d’une jeune
femme. Le policier et son adjoint, Tixier, ont bien raison d’aller vérifier sur les lieux. Le corps de la victime est vite identifié par le fermier accompagnant les enquêteurs, puisqu’elle était
employée chez lui. Ayant séjourné un temps dans une maison de redressement, cette Marcelle Comte était une personne dont il n’avait pas à se plaindre. Alfred, le commis de la ferme, était
amoureux de Marcelle. On apprend qu’il fut même question de mariage entre eux. D’autant que la victime possédait de belles économies. Pourquoi quitta-t-elle la ferme ce jour-là, alors que nul
problème ne s’annonçait ?
La véritable Marcelle Comte va très bien. Elle est mariée, menant une vie sans histoire. C’est Danielle Duperron qui usurpa naguère son identité. Depuis sa sortie du centre de redressement, son parcours fut fort chaotique. Elle se prostitua à Lyon pendant deux ans, lâchant rapidement le souteneur en lequel elle ne pouvait avoir confiance, envisageant de se marier avec un “homme bien” qu’elle appelait M.Jean. L’enquête découvrira des précisions pas si nettes à propos de ce dernier. Marié, ce M.Jean menait une drôle de double vie. Comment Danielle, fille adoptive d’un honorable notaire, en arriva-t-elle à cette existence dissolue ? Pourquoi, alors que son clerc était amoureux d’elle, le père la fit-il placer jusqu’à sa majorité en établissement surveillé ? En sortant, Danielle changea d’identité afin de ne pas renouer avec son passé.
Les policiers savent que la victime a rencontré plusieurs hommes peu avant sa mort. La réaction du notaire vaut-elle un aveu ? Les mensonges de M.Jean plaident-ils vraiment contre lui ? À moins que la passion des jeux d’argent ne soit le mobile de l’assassin ? Son arrestation, avant la frontière suisse, s’annonce agitée… Un roman à l’ambiance rurale sans doute un peu datée, mais qui n’est pas sans qualités. En effet, la narration est vive autant que l’intrigue est solide, sans superflu, avec des scènes s’enchaînant parfaitement, et une chronologie habilement bousculée sur la fin. Un bon roman de mystère.
Roger Labrusse : "Les crimes du Bon Dieu"
-Prix du Quai des Orfèvres 1985-
Un petit village de Champagne, non loin de Reims, autour duquel on cultive la betterave. Une bourgade paisible ancrée dans ses traditions éternelles, avec ses
figures locales dont les comportements alimentent les conversations. Au café Les Trois Moineaux, chacun commente à sa manière les petits évènements de la commune. Ici, le curé est encore très
présent dans la vie de ses ouailles, et le maire refuse de prendre parti dans aucun conflit. Tout n’est pas si tranquille, pourtant. Le curieux accident dont a été victime le bedeau reste une
broutille à côté du meurtre qui vient d’être commis. On a assassiné un des plus importants fermiers de la région, un homme qu’on pensait apprécié de tous.
La rumeur désigne rapidement les ouvriers agricoles qui avaient de sérieux démêlés avec la victime. Heureusement, tous ont des alibis à peu près solides. Alors, s’agit-il d’une brouille entre groupes de chasseurs ? Un chien gravement blessé est-il à l’origine du problème, peut-être du meurtre ? Là aussi, le maître du chien parait hors de cause. Le garde-champêtre a une conception rigoureuse de l’Ordre. Convaincu de la culpabilité d’un vagabond habitué du secteur, La Cloche, il cherche à faire partager son avis par ses concitoyens. Si ce bonhomme marginal se fait discret depuis le crime, cela l’accuse-t-il réellement ? Deux semaines plus tard exactement, survient un deuxième meurtre.
Intrigué par cette histoire, le héros-narrateur revient dans son village natal. Il constate que le commissaire de police chargé de l’affaire n’y comprend rien, qu’il suit un peu trop facilement l’opinion publique. Il accepte d’assister le policier, qui le soupçonnera un temps. Est-ce que l’histoire ne tournerait pas autour du bureau de poste ? La sensuelle employée aime les hommes, et nombreux sont ceux qui la convoitent. Quant à l’attitude de Mélie, qui s’occupe de la maison de notre héros, il la trouve plutôt étrange. Une nouvelle agression se produit durant les fêtes de fin d’année. Ce qui inspirera une explication tarabiscotée à notre narrateur… La France campagnarde qui est présentée dans ce suspense ne correspond guère à celles de cette décennie 1980. Ça fait plus sûrement penser à un milieu rural de l’après-guerre, peut-être. Les personnages sont donc caricaturaux. L’intrigue reste sympathique, il est vrai, à défaut d’être d’une originalité novatrice. Là encore, un bon petit roman de mystère.