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Hommage à l'immortel Juge Ti

 

En s'inspirant de vieux récits chinois, Robert Van Gulik (1910-67) a écrit dix-sept récits policiers, affaires élucidées par son juge Ti, qui aurait réellement existé (puissant magistrat, né en 630, mort en 700). Rendons ici hommage à Van Gulik et à ses successeurs. Car, à travers divers auteurs, le juge Ti continue à vivre de passionnantes aventures. Commençons par relater trois des dix-sept histoires de Robert Van Gulik (publiées chez 10-18, Grands Détectives).

TI-1Le paravent de laque”. En 663, le juge Ti vient de séjourner dans la capitale, et retourne à Peng-Laï où il est en poste. Tsiao-Taï, un de ses fidèles lieutenants, l’accompagne. Il souhaite se reposer incognito durant quelques jours à Wei-Ping. Dès son arrivée, le juge Ti réalise que cette ville n’est pas aussi calme qu’il le pensait. Il est reçu fort peu aimablement par M.Teng, magistrat du district et poète réputé Visblement, M.Teng a de gros soucis. Par ailleurs, le juge Ti voudrait savoir pourquoi un affreux personnage nommé Kouen-Chan s’intéresse tant à lui. Quant au suicide d’un riche commerçant de la ville, M.Ko, le juge n’y croit guère. Encore une affaire à éclaircir.
Ti et son lieutenant font connaissance avec la pègre locale, dominée par Le Caporal. Cet ancien valeureux soldat ne veux pas de meurtres dans "sa" ville. À l’auberge du Phoenix, le juge rencontre une prostituée plutôt aimable, Œillet-Rose. Ainsi qu’un jeune voyou appelé L’Étudiant, que les truands locaux n’estiment pas beaucoup. À juste titre, semble-t-il. Le meurtre de Lotus d’Argent, l’épouse de M.Teng, apparaît fort mystérieux. L’attitude de la veuve du suicidé M.Ko est étonnante. Le banquier Leng est assurément peu scrupuleux. Kouen-Chan propose un marché au juge Ti, ce qui permet celui-ci de dénouer certains fils de l’affaire…

TI-2Le monastère hanté”. En 666, le juge Ti est en poste à Han-yuan. Accompagné de ses trois épouses et de son lieutenant Tao-Gan, il rentre de voyage quand leur convoi est surpris par la tempête et l’orage. Ils trouvent refuge dans le monastère taoïste du Nuage Matinal. Durant toute la nuit, le juge va enquêter dans ce labyrinthique monastère. Est-ce à cause de la fièvre qu’il a assisté à une étrange scène ? À travers une fenêtre (qui n’existe pas), il a cru voir un homme casqué agressant une jeune fille au bras coupé.
L’ancien supérieur du monastère, Miroir-de-Jade est décédé un an plus tôt. Peut-être pas de manière si naturelle que l’on cru les témoins. La mort de trois jeunes femmes au cours des derniers mois mérite de meilleures explications que celles de l’actuel supérieur des lieux. Le juge Ti s’interroge sur diverses personnes présentes. Mlle Ngeou-Yang, actrice, semble avoir un secret à cacher. Le comportement de Mlle Ting, aussi actrice, est assez curieux. Rose-Blanche, la fille de Mme Pao, apprécie Tsong-Li, poète charmeur mais qui fait de fort mauvais vers. Quant au sage taoïste Maître Souen, son rôle parait bien obscur au juge Ti…

TI-3Le squelette sous cloche”. En 668, le juge Ti prend ses fonctions à Pou-Yang. Il est bientôt confronté à trois affaires très différentes. La première est un viol suivi d’un meurtre. On a déjà un suspect, le jeune Wang, amant de la victime. Ti doute qu’il s’agisse du meurtrier. Un détail capital dans le témoignage de Wang conduit le juge sur la bonne piste. L’efficacité d’un de ses lieutenants fait le reste… Le temple bouddhiste de la ville n’inspire pas confiance au juge Ti, ni à ses hommes. À cette époque, les moines bouddhistes sont puissants en Chine. Il est dangereux de s’en prendre à eux. Ti s’interroge sur l’histoire de Déesse Féconde, qui agirait sur les femmes venues la prier…
La famille de la vieille Mme Liang a été jadis assassinée et ruinée par le puissant négociant cantonais Lin Fan. La dame âgée présente une fois encore cette affaire devant le tribunal du Juge Ti, qui comprend vite que le cas sera difficile à résoudre. La découverte d’une grande cloche dans un temple taoïste vidé de ses moines, le témoignage d’un mendiant, la surveillance intensive de Lin Fan, et une ruse durant l’audience, permettent au juge de faire son métier.

Depuis, plusieurs auteurs ont donc repris la narration des aventures du juge Ti, dont Frédéric Lenormand, publié chez Fayard. TI-4De “Le château du lac Tchou-an” et “La nuit des juges”, jusqu'à “Diplomatie en kimono”, il est l'auteur de quatorze enquêtes du Juge Ti.

Un exemple avec “Le mystère du jardin chinois” (2009). En 669, sous le règne de l'impératrice Wu, le juge Ti est sous-préfet de Pou-Yang, importante cité sur le Grand Canal impérial qui traverse la Chine du nord au sud. Une étrange "guerre du ciel" provoque la mort massive des volailles et des oiseaux migrateurs dans le district. Pris dans une attaque de canards fous, le juge Ti tombe au sol et perd la mémoire. Émissaire du Censorat venu examiner la situation, l'inspecteur Peng Shen l'envoie se reposer à la campagne avec ses trois épouses et ses enfants. La famille Ti trouve asile dans la luxueuse propriété d'un négociant en thé, Hu Nong. Il est préférable pour le juge Ti de s'y faire passer pour un médecin. Le domaine se compose de quatre jardins, chacun symbolisant une saison, créés par le jardinier taoïste Ding Quon et son assistant eunuque Rossignol. Le juge Ti se pose bientôt des questions sur les invités de leur hôte, qui reste invisible : un militaire loyal et rigide, un moine bouddhiste plus ambitieux que religieux, un peintre célèbre, une voyante alcoolique parfois inspirée, une hautaine dame de cour qui fut lectrice de l'impératrice, et tout un personnel qui ne voit jamais Hu Nong.
Au centre des quatre jardins, un enclos difficile d'accès, doté d'une décoration plutôt laide. C'est là que le propriétaire semble se cacher, dans une tour vouée à la méditation. Quand le juge Ti explore l'endroit, il parait vide. Les invités sont là pour voir éclore le mythique lotus bleu. L'improbable miracle se produit : les fleurs bleues sont remarquables. Le militaire est chargé de veiller à ce que personne n'y touche. Selon sa Première épouse, qui l'aide à surmonter son amnésie, “Quelqu'un [a] organisé entre ces murs une belle réunion d'imbéciles avides de gloire et de fleurs rares.” En effet, tous les invités furent membres de la cour impériale. Si la mort suspecte du moine bouddhiste ne les a guère affectés, l'empoisonnement de l'économe du domaine signifie que le danger se précise autour d'eux. Quels noirs secrets s'abritent derrière les murs de cette étrange propriété ?

TI-5
Un petit scoop !
Dès début avril 2010, la collection Grands Détectives chez 10-18 présente une nouvelle version des enquêtes du juge Ti. C’est l’auteur Zhu Xiao Di, né en 1958 à Nanjing, professeur à Harvard, qui nous offre ces péripéties inédites dans la vie du juge. Ce volume s’intitule tout simplement “Les nouvelles affaires du juge Ti”. En 669, du meurtre de très jeunes femmes, au mystère de l’or disparu dans un temple bouddhiste, en passant par un énigmatique testament, le juge Ti enquête dans le district de Pou-Yang. Tout l’éventail de la société chinoise défile sous le regard de l’intraitable Ti : veuves éplorées, épouses trompées, riches négociants, pauvres étudiants, magistrats, pêcheurs. Le juge est humaniste, mais la justice doit être rendue le plus habilement possible. Voilà qui va nous permettre de renouer avec l’un des plus attachants héros de la littérature policière.

Le juge Ti serait-il immortel ? C’est-ce que souhaitent tous ses admirateurs.

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<br /> Van Gulik avait noté que le roman policier chinois des XVII, XVIII et XIXe siècles était presque inconnu et ignoré du public occidental, il avait essayé de cerner les raisons :<br /> <br /> Il "pense que la raison principale réside dans le fait que ces romans ne correspondent pas au goût occidental. Les romans policiers chinois ont une « conception des exigences auxquelles un roman<br /> policier se doit de répondre si éloignée de la nôtre que ces récits peuvent ne présenter aucun intérêt pour ceux d’entre nous qui lisent de tels romans à seul fin de se distraire ». Le sinologue<br /> néerlandais relève cinq caractéristiques du polar chinois. Le coupable est connu dès le début du roman. Les Chinois aiment le surnaturel, les fantômes et les démons font souvent leur apparition.<br /> Les détails, avec de longues digressions, des poèmes et des contes abondent. Les personnages sont très nombreux. Les récits chinois décrivent de manière circonstanciée l’exécution du coupable,<br /> voire avec tous les détails macabres."<br /> http://aupolicierchinois.over-blog.com/article-de-la-litterature-des-affaires-judiciaires-au-policier-chinois-42536856.html<br /> <br /> Van Gulik a écrit sa série en s'adaptant aux goûts occidentaux et en s'écartant des récits chinois, avec réussite.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> En effet, Van Gulik respecte en partie le principe consistant à faire s'inter-pénétrer les histoires, à multiplier les personnages et les détails, mais en l'adaptant<br /> aux lecteurs occidentaux. Il parsème ses récits "d'étrangetés" ou de points "légèrement macabres", sans aller probablement jusqu'à la dureté traditionnelle des histoires chinoises (ni trop évoquer<br /> l'érotisme lié à cette violence). Souvent apparaît une sorte de dualité dans le personnage du juge Ti : la toute-puissance du magistrat, et une certaine impuissance de l'enquêteur. Encore que ce<br /> dernier mot soit impropre, puisqu'il "cherche à comprendre" une situation énigmatique ou improbable, plutôt qu'il n'enquête.<br /> En précisant que, si j'adore depuis longtemps le juge Ti, l'expert c'est Xavier. A lire sur sont site : http://aupolicierchinois.over-blog.com/article-de-la-litterature-des-affaires-judiciaires-au-policier-chinois-42536856.html<br /> <br /> <br />