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Relisons l’argument éditeur de “Un voyou argentin”, roman d’Ernesto Mallo publié chez Rivages/Noir : «Laissé pour mort, le policier Perro Lascano a perdu logement et travail; il a surtout perdu son grand amour, Eva. Dans une Buenos Aires où la démocratie peine à se mettre en place, la guerre est déclarée entre les services de police qui veulent reprendre à leur compte les trafics que contrôlaient les militaires. Tandis qu'un jeune procureur s'efforce de faire le ménage dans les rangs des anciens membres de la junte, Lascano est recruté comme enquêteur privé. Il doit mettre la main sur "Topo" Miranda, truand de la vieille école, qui a dévalisé une banque. Les commanditaires ne sont pas forcément des gens bien, mais Lascano a besoin d'argent pour retrouver Eva... Voici le nouveau héros attachant et atypique d'Ernesto Mallo, aux prises avec le chaos de l'après-dictature. Noir, ironique, poétique, ce roman raconte, sur fond d'amitié virile, de belles histoires d'amour et de fidélité.»
Le sieur "Topo" Miranda sort de prison. C’est pénible d’être enfermé, mais comme il avait plein de fric, il a arrosé le caïd dominant. On l’a donc laissé
tranquille, et on lui a fourni un giton pour ses besoins sexuels. Cet Andrés est bien triste que Miranda le quitte. Toutefois, le truand libéré ne rejoint pas immédiatement son épouse Susana (ou
Negra, on ne sait pas trop). Il s’installe dans une planque, et demande à un médecin de lui prescrire un test VIH au cas où il serait contaminé. Rassuré, il retourne en priorité chez son amie
Lia, artiste plasticienne. Quant au fric, il n’en a plus guère de côté. Son complice Tornillo a quasiment tout claqué. Pour la bonne cause, ce qui fait que Miranda ne lui en veut pas. Mais bon,
il va sûrement falloir trouver de l’argent sans tarder.
Policier honnête, Perro Lascano est mal en point. Il a été gravement blessé par le major Giribaldi et d’autres ex-militaires. Recueilli et soigné chez Jorge Turcheli, commissaire principal de la police fédérale, il est provisoirement déclaré mort. Le chef des flics, un manipulateur parvenu à côtoyer les nouvelles sphères dirigeant l’Argentine, est avant tout un sacré ripou qui palpe des bakchichs. Il est bientôt exécuté dans son bureau par deux tueurs. Ça sent le roussi pour Perro Lascano, qui doit disparaître et se trouver une nouvelle activité. Le major Giribaldi regrette que la roue ait tourné, que l’autorité dictatoriale militaire ait cédé la place à cet état de mollassons. Pourtant, il n’a probablement pas dit son dernier mot. Fiancé à la belle Vanina, le jeune procureur Marcelo appartient à la génération qui voudrait assainir le pays, mais qui mesure combien c’est difficile…
Stop ! Page 70 (sur 238), impossible de continuer. Trop d’efforts déjà fournis pour arriver jusqu’à là. Le thème des séquelles de l’histoire argentine, la transition vers la démocratie actuelle, c’était fort attirant. Mais le résultat est navrant. Pour tout dire, lourdingue. Ça se rapproche davantage du sombre mélo (ah, pauvre petite Noelia) que du violent tango mortifère. Heureusement, dans ce sale pays de tous les vices (c’est l’auteur qui le suggère), un héros reste blanc comme neige, pur et dur. La preuve que c’est un mec bien, ce sont les méchants militaires qui l’ont sérieusement blessé, le pauvre. Son obsession réside dans le fait de retrouver une certaine Eva, qui ressemble beaucoup à l’Arlésienne.
Quant au style d’écriture, parlons-en. De longs et illisibles passages en italiques sont censés servir de dialogues ou exprimer des pensées intérieures. Fausse originalité, plus pénible qu’innovante. D’autres paragraphes descriptifs ne sont pas moins longuets. Comment adhérer à un récit pas tellement bien construit, et si peu fluide ? Tenter la diversité, la découverte d’auteurs encore peu connus, oui. Si la lecture en devient éprouvante, non. Rien d’excitant en soixante-dix pages, pas trace de l'ironie ni de la poésie annoncés, c’est tout de même un signe révélateur. D’autres ont été/seront plus indulgents, sans doute. Pour moi, cette daube passablement indigeste mérite le Nanar d’Or 2012 du roman à éviter.