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Les éditions Pascal Galodé nous donnent l’occasion de redécouvrir un joyau de la littérature populaire du 19e siècle, grâce à la réédition du roman d’Émile Gaboriau “La clique dorée”.
Paris, fin des années 1860. Mlle Henriette loge dans une chambre miséreuse d’un immeuble de mauvaise réputation. Le père Ravinet, brocanteur que l’on dit avare
et guère honnête, y habite également. C’est lui qui va sauver la jeune femme, qui vient de tenter de se suicider. Il découvre deux lettres accusatrices, qui l’éclairent sur la situation de sa
pauvre voisine. D’autant qu’il semble connaître un nom cité dans ces missives de la suicidaire, Maxime de Brévan. Bien que Mlle Henriette ne cache pas ses réticences, Ravinet décide de se montrer
protecteur à son égard. Il est vrai que la jeune femme a connu un parcours des plus chaotiques.
Son père est le comte de la Ville-Haudry, qui fut un riche propriétaire en Anjou. Il se maria avec Pauline de Rupert, qui hérita bientôt d’un oncle. Ambitieuse épouse incitant, vite et sournoisement, le comte à quitter son domaine du Val de Loire pour s’installer à Paris. Ils menèrent une vie mondaine animée dans leur hôtel particulier de la rue de Varennes. La comtesse renoua avec Daniel Champcey, bel officier de Marine, qui était le jeune frère de son amour de jeunesse. Bien que sa fille Henriette ne fut en âge, Mme de la Ville-Haudry songeait sérieusement à la marier un jour avec Daniel Champcey. Mais, menant une vie très active dans la bonne société, elle succomba prématurément à une rupture d’anévrisme.
Devenue orpheline, Henriette ne renonce pas à cette idée de mariage voulue par sa mère. Tous deux sont prêts à se marier un jour à venir. Veuf, le comte de la Ville-Haudry se remet assez vite du décès de son épouse. Il est question qu’il se remarie avec une certaine Sarah Brandon. Si Daniel connaît peu les mondanités parisiennes, il se renseigne auprès de son ami Maxime de Brévan. Ce dernier lui révèle que c’est une fieffée intrigante. “Miss Sarah Brandon est bien une des ces aventurières cosmopolites comme les cinq parties du monde nous en envoient depuis les progrès de la vapeur… Ni plus ni moins que les autres, elle est venue tendre à Paris son piège à imbéciles et à pièces de cent sous. Mais elle est d’une pâte plus fine et plus souple que les autres.”
En effet, Sarah n’a-t-elle pas ruiné le jeune et riche Charles de Kergrist, dupé la Société d’Escompte mutuel et son comptable Malgat, par exemple. Entourée de mistress Brian et de sir Thomas Elgin, habitant avec elle rue du Cirque, Sarah est une adversaire fort redoutable qui ne peut que contrarier les projets maritaux de Daniel et Henriette. Pourtant, le comte reste certain de la probité de sa future épouse, et cherche à convaincre Daniel. Guère de parade pour Maxime et Daniel, car le cossu mariage du comte est finalement célébré à l’église de Sainte-Clotilde. Tandis que la nouvelle comtesse Sarah se pavane, Henriette est traitée plus que mal chez son père. Si Daniel espère encore renverser la situation, il risque bien d’être prochainement confronté à la Justice pour répondre d’un crime…
Il semble parfaitement inutile de vanter les mérites d’un roman d’Émile Gaboriau. C’est un portrait remarquable de
l’aristocratie mondaine parisienne de l’époque qu’il nous présente en détail. Le mystère plane autour de tous ces personnages, dont la psychologie et les actes sont finement décrits. L’auteur met
en avant le cynisme de ces supposés puissants, leurs manipulations et leur noirceur. Selon le principe du roman-feuilleton, péripéties et rebondissements abondent à chaque chapitre.
Rien n’est plus entraînant pour les lecteurs, la découverte progressive de la cause des malheurs d’Henriette et Daniel. Le récit est en permanence captivant sur plus de
cinq cent pages. Il faut l’avouer, c’est un pur bonheur de lecture.
Peu réédité, ce roman est présenté par Thierry Chevrier, grand spécialiste de l’œuvre d’Émile Gaboriau. Le nom de
cet écrivain est naturellement associé à celui de Monsieur Lecoq : un des premiers enquêteurs de la littérature policière, dont s’inspira en partie Sir Arthur Conan Doyle, pour Sherlock Holmes.
Les cinq affaires traitées par M.Lecoq ont été rééditées en 2011 et 2012 aux éditions Omnibus. Le premier tome regroupe : “L’affaire Lerouge”, “Monsieur
Lecoq”, et “Le crime d‘Orcival”. Dans le second tome, “Le dossier n°113” et “Les esclaves de Paris”,
deux romans peut-être moins connus. Dans ces deux volumes, il faut lire les préfaces de Thierry Chevrier, qui situent autant l’auteur et son époque (le Second Empire), que son personnage
principal.
Lecoq est un agent de la Sûreté dont les méthodes bousculent les habitudes policières : astucieux, champion du déguisement, il s'attache aux indices pour reconstituer des faits mystérieux, qu'il s'agisse d'usurpation d'identité (L'Affaire Lerouge), de vendetta républicaine (Monsieur Lecoq) ou d'adultère menant au meurtre (Le Crime d'Orcival). Qu'il s'agisse du vol d'une forte somme à la banque Fauvel (Le Dossier n°113) ou de l'effroyable machination orchestrée par un génial trio de maîtres chanteurs qui a placé Paris sous sa coupe (Les Esclaves de Paris), l'inspecteur Lecoq mène l’enquête sans compromis. Des histoires policières qui sont autant de fresques familiales et sociales où se côtoient des aristocrates dévoyés, des fils de famille en rupture de ban, des bourgeois retors, des âmes pures et virginales, des filles perdues et des gredins. Avec ses intrigues tortueuses et énigmatiques, Émile Gaboriau fut un des premiers maîtres de la littérature policière. Un auteur dont le style reste particulièrement palpitant.