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De 1962 (“L’incroyable Monsieur Beachet”) à 1981 (“Opération Bégonia”), André Caroff publia une quarantaine de titre dans la collection Spécial-Police. Il fut un des très efficaces auteurs du Fleuve Noir, y compris dans la collection Angoisse avec son héroïne Mme Atomos. Par ailleurs, il publia sous plusieurs pseudos pour diverses productions. Ne cherchant pas forcément à exploiter des thèmes novateurs, il a bâti des intrigues généralement assez solides, pleines de suspense. Des romans non dénués d’une certaine dérision ironique car, très souvent, les personnages semblent ne pas maîtriser leurs mésaventures. Voici quatre exemples assez typiques de ses polars.
La bouche d’égout (1963)
Employé insignifiant, Maxime Devatine est marié à Bertha depuis vingt ans. Il aimerait tant changer de vie! Grasse et molle, sa femme le dégoûte. En ce premier
jour de vacances, chez eux dans une petite ville belge, il a le temps de réfléchir, se promenant sans but toute la journée… Annie Prost est la concubine du nommé Gustave, qui va bientôt toucher
une forte somme. Sauf qu’il ne s’est pas rendu chez le notaire, comme prévu. Quand ce notaire téléphone, Annie réalise vite la situation. Son compagnon n’étant pas du genre à négliger la somme
annoncée, c’est qu’il lui est arrivé malheur. Annie risque donc de se retrouver seule, sans moyens financiers.
À la terrasse d’un bar, Annie remarque Maxime. Non pas pour sa beauté, mais parce qu’il ressemble tant soit peu à Gustave. Pourquoi ne pas l’aborder, pourquoi ne pas lui proposer de remplacer le disparu chez le notaire pour toucher le fameux héritage ? Tout ça mérite un peu de finesse, dont Annie est capable. De son côté, Maxime envisage d’assassiner Bertha. Plus facile d’élaborer un plan, que de le mettre en œuvre. Pourtant, se sentant apprécié par Annie, il passe à l’acte, droguant le vin préféré de son épouse. Lorsqu’il rentre chez lui, après un après-midi en compagnie d’Annie, un inspecteur l’attend, alerté par des gens trop curieux. Il risque des ennuis, alors que Bertha n’a pas été empoisonnée. Annie et lui seront tout autant suspect, lorsque la mort (accidentelle ou pas) de Gustave sera avérée. Pas facile pour un brave homme tel que Maxime de sortir du pétrin. (Réédité dans la collection Polars50 du Fleuve Noir, en 1989).
Meurtres en commun (1965)
Nathalie Rothstein et son mari Arnold, Janet Stanton et son époux Hank, deux couples. Amante de Hank, Nathalie est certaine que son mari Arnold ne lui laissera pas
leur fille s’ils se séparent. En face, la femme de Hank ne se satisfera pas d’une compensation financière en cas de divorce. Issue d’un milieu modeste, Janet ne renoncera pas facilement à son
actuel statut aisé. “L’inconnu du Nord-Express” de Patricia Highsmith inspire Nathalie. Elle s’arrange pour sympathiser avec Janet, au club où celle-ci a ses habitudes.
Jouant à l’épouse malheureuse en ménage, elle lui suggère un plan, une sorte d’entraide : Janet assassine le mari de Nathalie, avant que Nathalie tue celui de Janet. Ainsi, chacune aura un alibi
au moment du meurtre du mari.
Bien sûr, Nathalie n’a aucune intention d’accomplir sa part du projet, de tuer son amant. En dénonçant anonymement Janet à la police, Hank et elle seront débarrassés de l’épouse gênante. Quand intervient le meurtre d’Arnold, Nathalie possède donc un alibi et la police reçoit un courrier accusant Janet. Mais celle-ci a aussi un solide alibi. Ce serait maintenant au tour de Nathalie d’assassiner son amant. Prétextant son récent veuvage, elle gagne du temps. Pourtant, un matin, Hank est retrouvé mort dans sa voiture, tué par la même arme qu’Arnold. La police ne voit pas le lien réel entre ces deux crimes, où les épouses sont couvertes par des alibis. Il faut un troisième meurtre pour que les enquêteurs progressent…
La douloureuse (1969)
Paul Padirac, Louis Angevin, Jo Legrand et le Niçois sont quatre truands minables, n’ayant quasiment plus un sou en poche. Padirac a proposé aux autres un hold-up
dans une banque, mais ils n’ont pas assez d’argent pour acheter des armes. Si la femme de Padirac ne peut les aider, ils peuvent solliciter la petite amie de Jo, Simone. Plutôt que de leur
avancer le fric, elle leur présente une affaire en or, rafler quinze millions en attendant le coup de la banque. La société qui emploie Simone a, pour quelques jours, cette somme dans son coffre.
Spécialiste en la matière, Angevin se sent capable de le forcer sans laisser de traces.
L’affaire est lancée, se déroulant parfaitement. Sauf que Jo et Simone filent sous le nez de leurs complices. Priorité au hold-up programmé, qui se fera à trois, c’est-à-dire dix briques chacun. Tandis que Jo s’ennuie quelque peu à Saint-Prest, près de Chartes, le Niçois rumine sa vengeance. Récupérer le premier butin et éliminer Jo, tel est son objectif. Ayant supprimé Angevin, le Niçois maltraite la mère de Simone afin de savoir où se cache sa fille. De son côté, Padirac obtient le même renseignement, plus facilement. Et c’est lui qui retrouve en premier le couple. Tous les trois doivent faire front ensemble contre le Niçois, qui a les trente millions du second braquage. Sans doute Simone est-elle agréable envers Padirac, mais celui-ci sait qu’il ne faut faire confiance à personne. Le Niçois étant prêt à tout pour tuer le trio, on risque le carnage…
Opération Bégonia (1981)
Alix Poncet, Manuel Simonetti et Éric Marchand sortent le même jour, chacun d’une prison différente, après avoir passé huit ans à l’ombre pour la même affaire.
Libération anticipée, qui les incite à penser que la police les pistera discrètement. Ils trouvent refuge chez Simon Pavese, receleur parisien respecté de tous. Dès qu’il sera mis au courrant de
leur sortie, ce qui ne tardera pas, leur complice Mueller réclamera évidemment “le paquet” (dont la valeur a doublé en huit ans). Ce n’est pas qu’ils refusent de le lui
rendre, mais le trio affirme ne pas le posséder. Ce que Mueller ne peut pas croire. L’affaire en question se déroula dans la vie natale d’Éric. Il s’agissait pour le trio de s’emparer du fameux
“paquet”, dont-ils ignorent toujours quel était le contenu. L’opération ratée causa plusieurs mort, entraînant l’arrestation rapide des trois hommes.
Cerveau de la petite bande, Alix Poncet est convaincu qu’il y avait ce jour-là une tierce personne, qui rafla “le paquet”. Homme d’action aux instincts primaires, Manuel croit que l’objet est resté caché sur place. Ils iront vérifier dans l’hôtel où se déroula l’affaire. Très affecté par son séjour en prison, Éric ne semble pas vouloir se démener pour retrouver l’objet. Suite à un accident, il est hospitalisé. De son côté, Mueller s’énerve. Son adjoint Klotz et ses sbires passent à l’action. Marika, la compagne de Mueller, s’éclipse quand elle pense avoir deviné où se trouve “le paquet”. L’inspecteur Belhomme essaie, tant bien que mal, de garder à l’œil le trio d’ex-taulards ainsi que Mueller et sa bande. Il y a du règlement de comptes meurtrier dans l’air, avant qu’on ne sache quel était le contenu du “paquet” en question...
Le portrait détaillé d'André Caroff est ici, chez l'Oncle Paul.
- Un romancier à ne pas confondre avec Martial Caroff, auteur de "Liberté pour la libertine" (une enquête du journaliste Léo Tanguy) et de "Karl" (roman jeunesse) -