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Le livre d’Albert Laot “Contrebande et surveillance des côtes bretonnes” publié en 2009 chez Coop Breizh n’est pas un suspense, ni même un roman. Il s’agit d’un ouvrage historique fort bien documenté, qui peut néanmoins intéresser les lecteurs de polars. Car, s’agissant de contrebande ou de fraudes, l’auteur ne manque pas de citer bon nombre d’anecdotes ou d’épisodes avérés.
La première partie, “De l’origine à la Révolution”, commence par l’évocation de la surveillance de la frontière maritime du duché de Bretagne. Longtemps contrée indépendante, la région connut quelques tentatives d’invasion, et autres conflits. Maintes querelles de succession compliquaient la sécurité du littoral breton. C’est à partir du 18e siècle que s’organise un service du guet, avec de véritables garde-côtes. Il sera supprimé en mars 1791, quand les douaniers seront chargés de toute surveillance maritime. Le sel et l’impôt qui y est associé, la gabelle, supposent des trafics, que les autorités royales traquent et répriment. “La vigilance comme les contrôles sévères de gabelous, s’ils limitaient quelque peu l’importance de la contrebande, ne parvenaient cependant pas à l’éradiquer, tant le gain escompté était élevé, et cela malgré la sévérité particulièrement lourde des sanctions.”
La deuxième partie traite “De la Révolution à a fin du 19e siècle”. Les Douanes existent désormais en tant qu’organisation nationale, jouant autant un rôle militaire
qu’économique. En effet, même si la France révolutionnaire est isolée, le négoce se poursuit, enjeu important notamment vis-à-vis de l’ennemi anglais. Les moyens techniques de douaniers sont
dérisoires, mais ils s’acquittent aussi bien que possible de leurs missions. L’Empire ayant rétablit l’impôt sur le sel, les gabelous retrouvent les mêmes fonctions fiscales qu’au temps de la
royauté. Ils doivent parfois s’attaquer aux pilleurs de salines, comme ce fut le cas dans les marais de Séné. Le commerce du tabac aussi est sérieusement réglementé. La contrebande du tabac fait
partie des compétences douanières. La douane contrôlait également “journaux et ouvrages en provenance de l’étranger”, censure politique contre les publications hostiles au régime en
place.
Un chapitre est consacré aux “Naufrages et sauvetages”. On peut ne pas être d’accord avec Albert Laot quand il affirme que les cas de naufrageurs, causant la perte des navires dans la tempête, furent juste un fantasme d’écrivains romantiques du 19e siècle. Il admet que la population pouvait récupérer des marchandises perdues sur la côte, mais ne provoquait pas ces naufrages. Les témoignages directs, émanant souvent d’anciens marins, quant à ces actes sont pourtant bien connus. Et les côtiers de jadis n’ont pas inventé les faits qu’ils racontaient à leurs descendants, parfois en s’en flattant. Mais il y eut aussi quantité de sauvetages, quand il n’était pas trop tard.
La troisième partie concerne “L’époque contemporaine”. Ayant passé toute sa carrière aux Douanes, l’auteur est cette fois témoin direct. Le 20e siècle voit la modernisation des moyens, face à la multiplication des trafics et fraudes. Dans les années 1950 et 1960, c’est contre le trafic de cigarettes que luttent les douaniers. Plus tard, vient le trafic de la drogue. Pour l’un comme pour l’autre, on utilise fréquemment des bateaux, abordant illégalement nos côtes. Ou, si tout parait en ordre, il vaut mieux vérifier les cargaisons de certains navires. On ne peut occulter la pollution pétrolière, suite aux naufrages qui depuis 1967 jusqu’à 2002 ont souillé les rivages bretons. Albert Laot évoque aussi un cas exemplaire de trafic d’arme. Il termine en faisant le point sur la situation actuelle des missions confiées à la Douane, et des dispositions légales européennes qui existent à ce jour. La mondialisation élargit, hélas, la diversité des trafics.
Un cahier central propose une iconographie, complétant utilement l’évocation historique : cabanes et abris de douaniers d’autrefois, corps de gardes plus habitables, gravures et photographies illustrant la vie au 19e et début 20e siècle, images plus récentes avec les navires et avions de gardes-côtes dont disposent les Douanes depuis quelques décennies, photos autour de naufrages de pétroliers et de saisies lors de trafics…
Un ouvrage historique fort intéressant, qui ne nous éloigne pas trop de notre thème puisqu’il y est question de délits et de crimes.