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Figure majeure de la littérature américaine, Dashiell Hammett (1894-1961) est considéré comme le fondateur du roman noir. “Moisson rouge”, “Sang maudit”, “Le faucon maltais”, “La clé de verre”, “L'introuvable” : cinq titres, et des dizaines de nouvelles, qui ont fait sa réputation. Au-delà du parcours de l'écrivain, celui de l'homme Dashiell Hammett s'avère singulier. C'est probablement au travers des lettres qu'il adressa à ses proches, que se dessine le mieux son portrait personnel. Toute sa correspondance réunie dans cet ouvrage (publié précédemment sous le titre “La mort c'est pour les poires”) permet de le cerner. Il n'est pas inutile de lire les présentations dues à Josephine Hammett, fille de l'auteur, et de l'éditeur Richard Layman, qui a composé ce livre. Une bonne entrée en matière.
On distingue ici cinq étapes de la vie de Dashiell Hammett. Ses débuts ("Écrivain") et sa grande période ("Célébrité") sont déjà intéressants. En particulier parce que cet homme marié, père de deux filles, rencontre la femme de sa vie, la dramaturge Lillian Hellman. La fidélité qui naît entre eux n'est pas "conjugale", puisque l'une et l'autre ne se priveront pas de relations amoureuses extérieures. Leur complicité est autant artistique qu'intime. C'est à la troisième étape ("Soldat") que l'on va vraiment partager les sentiments profonds de Dashiell Hammett, exprimés dans ses lettres. Malgré sa santé précaire, le patriotisme de l'écrivain l'a poussé à s'engager dans l'armée. Âgé d'une quarantaine d'années, il est affecté dans une garnison des îles Aléoutiennes, au sud de l'Alaska.
Il va créer et animer, quasiment seul, un petit journal à destination des troupes locales. Une publication intelligente, loin de la simple propagande militaire. Il écrit beaucoup à ses proches, isolement oblige : à Lillian Hellman, à ses filles Josephine et Mary, à des amies de New York, etc. On sent un certain enthousiasme, et il a tant de choses à raconter, sur lui-même et sa tendresse envers les personnes qui lui tiennent à cœur, sur son quotidien dans l'armée : “Cette machine à écrire, que j'ai récupérée à la suite de marchandages compliqués avec un mécanicien de la marine, n'a pas été beaucoup utilisée, et vu qu'elle a été bringuebalée de bateau en bateau, certaines de ses pièces sont foutues, ce qui ne rend pas son utilisation facile. Je dois penser à la faire réparer...”
De ce période, pas si désagréable pour lui, Dashiell Hammett tirera l'ébauche d'un sixième roman, quelque peu autobiographique, “Tulip”. L'après-guerre ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices pour l'écrivain. C'est l'étape du "Militant" : avant le conflit mondial, il ne cachait nullement ses sympathies communistes. Non pas pour imposer cette idéologie aux États-Unis, mais pour donner la parole au peuple, au nom de la liberté d'expression. La Guerre Froide n'est pas sans conséquence sur le monde culturel américain : début 1950, le sénateur Joseph McCarthy entreprend la persécution de nombreux intellectuels. Écrivain et président d'une association communiste, Dashiell Hammett est entendu par le comité de McCarthy. Il va être condamné à quelques mois de prison, pour refus de coopérer.
Ses lettres d'alors se veulent optimistes, mais cette incarcération le marque fortement sur le plan physique. Il subissait depuis longtemps des problèmes respiratoires, que les abus d'alcool aggravaient. “J'ai pris une cuite monumentale pendant trois semaines pour fêter mon retour à la vie civile, puis j'ai essayé de m'en remettre, ce qui n'est pas allé sans quelques difficultés” racontait-il déjà en octobre 1945 à sa fille Josephine. Après la prison, et compte-tenu de divers problèmes financiers, l'état de santé d'Hammett le fait entrer dans l'ultime étape de sa vie, "Survivant". Entre son appartement de Katonah (État de New York) et ses séjours à Martha's Vineyard, sa santé est instable, mais il reste en contact avec Josephine, prenant des nouvelles de la famille de sa fille.
Dashiell Hammett meurt le 10 janvier 1961, à l'âge de soixante-six ans, d'un cancer et suite à une généralisation de ses maux. Son œuvre littéraire, interrompue de longues années plus tôt, fait référence pour quantité de lecteurs. Réunie sur 700 pages, sa correspondance nous offre quelques clés pour comprendre son personnage privé, et la fascination dont il est toujours l'objet. Un ouvrage documentaire remarquable.
Mes chroniques sur quelques livres dans l'univers de Dashiell Hammett :
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Dashiell Hammett : Terreur dans la nuit (Fleuve Éditions, 2016) - Le blog de Claude LE NOCHER
En 1931, Dashiell Hammett est âgé de trente-sept ans. Il est au sommet de sa gloire : son troisième roman "Le faucon maltais" a connu un triomphe, et son nouveau titre "La clé de verre" rencont...
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Owen Fitzstephen : Le dossier Hammett (Rivages/Noir, 2015) - Le blog de Claude LE NOCHER
À l'origine, un fait divers vécu par Dashiell Hammett, à l'époque où il était détective chez Pinkerton, lui inspira son célèbre roman "Le faucon maltais" (1930), qui consacra son talent. L...
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Dashiell Hammett : Coups de feu dans la nuit (Omnibus) - Le blog de Claude LE NOCHER
Né en 1894, Dashiell Hammett est décédé le 10 janvier 1961, il y a tout juste cinquante ans. Fin 1922, il intègre l'équipe du magazine Black Mask , qui publie des nouvelles criminelles. Hamme...
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Dashiell Hammett, mon père - interview de Natalie Beunat - Le blog de Claude LE NOCHER
Natalie Beunat, traductrice de "Dashiell Hammett mon père", par sa fille Jo Hammett (Ed.Rivages), a accepté de répondre à quelques questions pour Action-Suspense. Selon vous, la fille de Dashie...