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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 05:55

Ça fait onze ans que Jeff Sutton est chauffeur de taxi à Dallas. Âgé de trente-six ans, il est un des rares Américains bancs employés par la compagnie Dillon. Lors d'une journée de repos, il reçoit la visite intrusive de trois policiers. Bien qu'il n'y comprenne rien, Jeff est bientôt menotté et transféré au poste de police de Westboro, quartier chic des environs. Fiché pour un vieil incident sans importance, il est accusé de l'enlèvement d'une gamine de douze ans, Gara Worth. Il a effectivement conduit la mère de cette collégienne à son domicile, la veille. On a trouvé les empreintes de Jeff sur une fenêtre chez cette cliente. Une explication pourtant rationnelle ne suffit pas : les enquêteurs sont convaincus d'avoir arrêté le coupable. Les médias adoptent immédiatement la version des policiers.

Jeff Sutton est placé en détention sans délai. Le lendemain, l'avocat commis d'office ne lui paraît nullement motivé, n'évitant pas son inculpation. Devant les caméras de télé, la mère de la kidnappée provoque un esclandre. Présomption supplémentaire de culpabilité pour Jeff. Il est enfermé dans le Couloir de la mort à la prison, afin de ne pas être mêlé aux criminels et délinquants ordinaires. Au parloir, il rencontre un inspecteur noir de la police de Waco, Larry Watson. Celui-ci a un autre suspect, Vernon Brightwell. Mais il est conscient que ses collègues bornés de Westboro ne suivront pas cette piste. Pour le reste, rares sont les discussions entre les quelques détenus du Couloir. Éviter tout affrontement est préférable, Jeff ne l'ignore pas.

Robert, psychopathe dénué du moindre remord, est son principal interlocuteur. Un homme à l'allure normale, plutôt attachant et clairvoyant, tant qu'on ne l'appelle pas Bob. Quand Jeff est hospitalisé pour une appendicite aiguë, il ne cherche pas à tricher pour rester plus longtemps loin de la prison. À son retour, l'avocat négocie un arrangement. Impossible, puisque Jeff n'est pas en mesure de dire où est la jeune victime. Si la Dr Comming est une séduisante psychologue, Jeff n'est pas sûr de pouvoir lui faire totalement confiance. Après dix mois de détention, le procès va commencer. L'avocat n'a pas retrouvé les étudiantes qui auraient pu expliquer une partie de l'affaire. Peu de témoins en faveur de la défense, tandis que l'accusation en présente deux, pourtant des repris de justice.

Dans son costume ayant appartenu à un condamné qui a été exécuté, Jeff n'a plus guère d'espoir. Même s'il est avéré que, pour le policier qui l'a arrêté, c'était sa première enquête criminelle, qu'il était inexpérimenté. Les jurés ne lui semble pas bienveillants, non plus. La police de Waco reste favorable à Jeff. L'inspecteur Watson vient d'ailleurs témoigner, mais ne paraît pas convaincre. Suit une longue délibération du jury, qui finalement condamne l'accusé. Jeff ne peut qu'espérer un miracle, un improbable rebondissement pour ne pas retourner dans le Couloir de la mort…

Iain Levison : Arrêtez-moi là ! (Éd.Liana Levi) au cinéma début 2016

Ce roman extrêmement vivant de Iain Levison a connu un beau succès depuis sa sortie en 2011. C'est largement mérité, car l'auteur nous fait partager (par un récit à la première personne) les épreuves traversées par le chauffeur de taxi Jeff Sutton. Une exploration du système judiciaire et carcéral américain, ainsi que des dérives policières lors d'enquêtes. On montre ici comment, lors d'un débat-télé, la censure s'opère dès que la police est tant soit peu mise en cause. Ce livre est dédié à la mémoire de Richard Ricci, mort des suites d'incarcération, soupçonné à tort de l'enlèvement d'Elizabeth Smart âgée de quatorze ans. L'auteur nous décrit les conditions d'emprisonnement, avec les chaînes aux pieds, les cages du Couloir de la mort, la nourriture infecte, et de rares gardiens compatissants.

C'est Robert, le psychopathe, qui évoque le mieux toute l'hypocrisie judiciaire : “Au cours de l'audience qui a fixé ma peine, mon avocat et la juge ont décidé d'un commun accord que je devais présenter mes excuses aux familles des victimes. Que je devais les écouter me raconter pendant deux heures que les gens que j'avais tués étaient merveilleux, et ensuite lire une déclaration disant combien je regrettais… La juge avait entendu trois experts psychiatres affirmer que j'étais incapable de remords, et elle venait me demander d'exprimer mes regrets par écrit… Mes victimes étaient un tas de merdes exigeantes, collantes et cupides. Et elles n'auraient donné leur chemise à personne. La plupart n'auraient pas filé dix cents à un mendiant… Tout ça c'est des connerie. C'est un spectacle.”

Réalisme et humour caustique vont de pair dans cet excellent roman, qu'on dévore avec passion. À noter la sortie au cinéma le 6 janvier 2016 du film de Gilles Bannier, avec Reda Kateb, Léa Drucker, Gilles Cohen, Erika Sainte, Stéphanie Murat, adapté d'après ce roman. L'action se passe en France, à Nice. Reda Kateb incarne Samson Cazalet, un coupable idéal détruit en toute bonne conscience par les dérives de la justice.

Iain Levison : Arrêtez-moi là ! (Éd.Liana Levi) au cinéma début 2016
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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 05:55

Armand Roux est un romancier parisien. Veuf tôt, il apprécie sa vie de célibataire endurci. Il doit effectuer un séjour thermal d'un mois à Vichy. Il choisit de louer une maison, un peu à l'écart de la ville. Sans être sinistre, l'endroit n'est pas exempt de mystères. Ce qui excite sa curiosité. Les deux occupants de la maison, Salomon Denis et sa mère, se sont récemment pendus. On a suspecté l'homme d'être le criminel qui étrangla neuf jeunes femmes, six victimes puis trois autres, dans la région. Plutôt des ragots, sans doute. Explorant la pièce où furent retrouvés les corps des pendus, le locataire découvre une statue du Christ de grande taille, inversée, avec les pieds de Jésus vers le haut. Après s'être installé, il accepte l'invitation de l'octogénaire d'en face, Mlle Locre.

La vieille dame raconte qu'avec sa défunte sœur, elles naquirent dans la maison des Denis. Un revers de fortune les obligea à partir, pour habiter de l'autre côté de la même placette. On appela longtemps cet endroit La-Croix-de-Judas. Mlle Locre est convaincue que le fils Denis était un assassin. Sa mère devait supporter ce jeune homme ombrageux, souvent violent envers elle. D'ailleurs, Mlle Locre fut indirectement témoin d'un de ses crimes. Elle et sa sœur en avisèrent la police, sentant qu'on ne la croyait pas tellement. Il y eut bien une vague surveillance de Salomon Denis par un policier. Plus tard, l'étrangleur récidiva, en toute impunité. Son comportement restait bizarre aux yeux de la vieille demoiselle. Il disparut pendant six ans, et trois derniers crimes furent commis après son retour.

La version de Mlle Locre n'apparaît finalement pas si crédible. Néanmoins, le locataire rêve à Salomon et à Judas, pensant même entendre des bruits nocturnes. Il va trouver une collection d'articles sur les six premiers crimes, ainsi que des cadavres de poupées. Ce qui ressemble davantage à des gamineries qu'à de la monstruosité. Il contacte l'ex-notaire de la famille Denis, désormais retraité. À l'opposé de Mlle Locre, M.Delavigne déclare que le fils était quelque peu simplet, et plutôt victime de la cruauté de sa mère. Celle-ci savait se faire plaindre, alors qu'elle était très dure avec Salomon. La disparition durant six ans de Salomon Denis s'explique par son état de santé. Il se produisit également une sombre histoire de femme et d'enfant en bas âge, mal éclaircie par l'ancien notaire.

S'interrogeant toujours après les versions contradictoires, le romancier croit discerner des signes d'une présence fantomatique dans la maison. Il déniche bientôt trois cahiers de la main de Salomon. Un relevé des crimes de l'étrangleur, des poèmes, et des "Mémoires" intitulés "Ma Croix". À part son somnambulisme, l'auteur retrace quelques indices sur son existence. Ce qui fait de lui “un sympathique crétin”, selon le Parisien. Convoqué par le commissaire de police local, Roux lui livre ses trouvailles. Malgré tout, il lui reste bien des choses à découvrir concernant l'univers du défunt Salomon Denis…

Marc Agapit : La Croix de Judas (Fleuve Noir, 1972)

Sachant qu'il publia dans la collection Angoisse de 1958 jusqu'en 1974, ce roman de 1972 appartient à la dernière période de l'œuvre de Marc Agapit. S'il eut toujours une aisance dans l'écriture, on sent là une virtuosité d'auteur chevronné. En particulier grâce à la structure de l'histoire : récit à la première personne d'Armand Roux jouant au détective, témoignages de la commère voisine puis de l'ex-notaire, textes de Salomon Denis. Basé sur une série de mystères, un scénario qui n'a donc rien de linéaire. L'auteur se permet même un souriant "clin d'œil" final. Un suspense avec de la psychologie, des références au controversé Judas, des moments intenses voire durs, et d'autres bien plus légers : voilà la belle manière utilisée par Marc Agapit pour captiver ses lecteurs.

Soulignons cet hommage de Marc Agapit au créateur de Sherlock Holmes, éloge pouvant servir de leçon à quantité de romanciers de toutes les époques :

“Il suffit de lire Conan Doyle. Vous connaissez la façon de procéder de cet émérite conteur : au lieu d'exposer, comme font tant d'autres, un petit problème de rien du tout qui se complique à mesure que le temps passe jusqu'à devenir un véritable imbroglio absolument incompréhensible grouillant de personnages nouveaux et d'actions nouvelles entassées, si bien qu'on crie "Grâce" et qu'on ferme le livre avant d'avoir tout lu… Sherlock Holmes lui, ou si vous préférez Conan Doyle, vous met au contraire sous les yeux un problème très difficile en apparence, lequel peu à peu s'amenuise avec de plus en plus de clarté jusqu'à la solution finale. Et alors on s'écrie "Ah, ça n'était que ça !" Eh oui, c'est là le grand art : aller du compliqué au simple. Faire surgir la clarté de l'obscurité, et non pas le contraire.”

Prenez-en de la graine, amis auteurs.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 05:55

À Paris, au milieu des années 1980. Âgé de trente-cinq ans, Charles Gaubert habite rue de Sèvres. Célibataire, il n'est guère attirant et s'habille de façon vieillotte. Il occupe un poste d'aide-comptable dans l'entreprise Renard-et-Richard, cent quarante-trois employés. À l'opposé de cette vie routinière, Charles Gaubert est un tueur sadique. Il aime maltraiter ses victimes, les frapper avant de les supprimer. La première fut une jeune Anglaise, qu'il rencontra par hasard. La deuxième était une brune antiquaire des Puces de Saint-Ouen. Il vient d'en éliminer une troisième : Évelyne, dix-huit ans, travaillant à la RATP. Il suit dans les journaux l'avancée de l'affaire, quand le commissaire Bouvier fait le lien avec le cas de l'antiquaire. On traite bientôt le tueur de Monstre, des psys s'expriment sur sa folie. On indique qu'un clochard était été témoin du meurtre d'Évelyne.

Chez Renard-et-Richard comme partout, le personnel commente le double crime. Denise Liénard, jeune rousse excitante, est intérimaire depuis la veille à la Comptabilité. Elle ne tarde pas à soupçonner Charles Gaubert. Celui-ci la frappe mortellement dans les bureaux de l'entreprise, avant de cacher le corps dans un placard. Ce soir-là, il va voir “Vera Cruz” au cinéma, une histoire de tueur cynique avec Burt Lancaster. Puis il faut se débarrasser du cadavre en le jetant dans la Seine, non sans contre-temps. D'ailleurs, on retrouve bien vite le corps de Denise Liénard. Dès le lendemain, le commissaire Bouvier interroge les employés de chez Renard-et-Richard, en particulier ceux de la Compta ayant tant soit peu connu la nouvelle victime du tueur. Charles Gaubert ne présente qu'un alibi incertain. Il sent que le policier est sûr que l'assassin est membre du personnel, et qu'il le coincera.

Charles Gaubert estime prudent de jeter aux égouts quelques indices pouvant l'incriminer. Le soir même, un inspecteur de l'équipe du commissaire Bouvier s'invite à son domicile, rue de Sèvres. Bien qu'il ne paraisse pas vraiment le suspecter, il vaut mieux jouer profil bas, ce dont l'aide-comptable a l'habitude. En fait, c'est son collègue Georges Dumonier qui se trouve dans le collimateur de la police. Il est vrai que cet homme marié se prend pour un grand séducteur. Au sein de l'entreprise, les petites secrétaires s'inquiètent, aussi organise-t-on un covoiturage pour les protéger.

C'est ainsi que la décomplexée Babette devient l'amante de Charles Gaubert. Pour lui, le sexe reste moins puissant que sa cruauté de tueur. Tandis que Georges Dumonier est toujours absent, on pense à une dépression. La direction en profite pour complètement restructurer le service comptabilité. Au bénéfice de Charles Gaubert, qui monte un peu en grade. On apprend l'arrestation de Dumonier. Néanmoins, la police possède également des indices pouvant, après examen, les orienter sur la piste de Charles Gaubert. Il va se mettre au vert en Corrèze, dans une ferme abandonnée du côté d'Uzerche. À l'heure où toute la France recherche le criminel, pas sûr qu'il y soit véritablement à l'abri…

Gérard Delteil : Un garçon ordinaire (Fleuve Noir, 1985)

Il s'agit là du cinquième polar de Gérard Delteil, publié en 1985 dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir sous l'égide de Patrick Mosconi, après Solidarmoche, Kalashnikov, Votre argent m'intéresse” et Les Chiens de garde” (parus en 1984). Si la France d'il y a trente ans ne nous paraît pas si lointaine, certaines ambiances sont néanmoins assez différentes. L'entreprise Renard-et-Richard veut garder l'aspect d'une "grande famille", plus besogneuse que dynamique. L'habillement du jeune inspecteur Tridon (jeans, boots, blouson) tranche avec celui des policiers de génération précédente. Surtout, même si des affaires se sont déjà produites en France, il n'est pas si fréquent que l'on parle chez nous de "tueurs en série". Une notion encore souvent réservée aux Américains ou aux Anglais, avec leurs "serial killers", à l'époque.

Il y a aussi des situations qui ne changent pas, décrites avec une bonne dose d'ironie : Plusieurs individus, dénoncés par des voisins ou des collègues, ont été appréhendés, interrogés et relâchés. On compte parmi eux trois Arabes, un Chinois, et un réfugié polonais qui ne parle pas un mot de français… Ça me rassure un peu sur l'efficacité de la police et de la collaboration de la population. Le pays se mobilise, paraît-il, pour la chasse au monstre, des associations d'anciens combattants proposent leurs services pour effectuer des battues, un ancien candidat aux présidentielles en profite pour se faire interviewer et rappeler qu'il a toujours réclamé le renforcement des effectifs des forces de l'ordre et l'îlotage systématique de la région parisienne. Un autre politicien déplore la suppression de la guillotine. L'ex-fiancé d’Évelyne déclare qu'il fera justice lui-même si le maniaque lui tombe entre les mains. La famille de l'antiquaire offre une prime et veut engager un détective privé. Les médias sont assaillis de coups de fils et de lettres anonymes...

Gérard Delteil choisit ici la narration à la première personne : c'est le tueur qui raconte son histoire. En effet, le récit est plus percutant en employant ce procédé. Son héros sadique prétend maîtriser ses instincts, contrairement à l'interprétation par les psys. Ce qui ne l'empêche pas de commettre quelques bourdes. Il nous invite à partager son jeu du chat et de la souris (et ses tourments) face aux enquêteurs. Les péripéties ne vont donc pas manquer. Un livre à classer parmi les romans noirs, pour son climat et son excellent portrait de "tueur en série".

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 05:55

Los Angeles, 1947. Amanda Garth, dite Mandy, est âgée de vingt-trois ans. Par hasard, elle apprend une anecdote autour de sa naissance. Le peintre Tobias Garrison la confondit un instant avec son propre fils, Terry. Rien à voir avec un échange de bébés, toutefois. Même si elle possède un grand sens artistique, Amanda est bien la fille de son défunt père et de sa mère Kate. Âgé aujourd'hui de soixante-cinq ans, Tobias Garrison est un peintre riche et célèbre. Amanda l'aperçoit avec son épouse Ione, et son séduisant fils Terry, de passage en Californie. L'incident de l'erreur de bébé lui fournit un prétexte pour rencontrer Tobias Garrison dans sa belle propriété à flanc de canyon. Amanda réalise que Ione n'est pas la mère de Terry, même si elle est la première et la troisième épouse du peintre.

À une époque, Garrison tomba amoureux d'une autre femme, Belle. Elle lui inspira un de ses plus beaux tableaux, “Belle à sa porte”. C'était elle la mère de Terry. Elle est décédée six ans plus tôt, par accident, encore que les circonstances de sa mort aient été plutôt bizarres. Ça ne justifiait qu'une enquête de routine. Le peintre ré-épousa par la suite Ione, petite dame sexagénaire potelée, aux cheveux blancs et au caractère ferme. Elle sut réconforter son ex-mari. C'est grâce à l'actrice Fanny Austin, amie de longue date de Garrison, qu'Amanda apprend quelques détails sur cette famille. Selon elle, depuis une mésaventure récente, Terry est circonspect vis-à-vis des jeunes femmes, d'autant que sa fortune peut attirer les malfaisantes. Il ferait mieux de se méfier de l'épouse de son père.

Amanda s'interroge sur Ione, la suspectant de vouloir empoisonner Terry. Elle fait analyser par un ami du chocolat chaud destiné au jeune homme, qui contient en effet du poison. Il est possible que Ione ait dû changer son plan meurtrier, à cause de la présence d'Amanda. Terry ne prend pas au sérieux l'avertissement de la jeune femme. Son père Tobias se montre bienveillant envers Amanda, et son talent de peintre débutante. Comme si elle eût pu être sa fille. Ce qui ne peut que déplaire à Ione. Au contraire, fine mouche, Ione propose d'inviter Amanda pendant une semaine chez eux. Terry prend conseil auprès de l'actrice Fanny Austin, avant de rencontrer Kate Garth, la mère d'Amanda.

Quant aux accusations renouvelées par la jeune femme, y compris concernant le décès possiblement criminel de Belle, Terry ne veut rien admettre. Néanmoins, il n'est pas contre le fait qu'Amanda passe la semaine dans la maison du canyon. Ainsi, Amanda va laisser planer le doute, qu'elle pourrait être la fille de Belle. Bien que fatigué, Tobias Garrison est très présent et chaleureux avec Amanda. Celle-ci contacte le lieutenant Ellis Kelly, policier de Pasadena qui enquêta sur la mort de Belle mais ne trouva pas de preuve formelle. Terry est d'autant plus convaincu désormais de la fourberie de Ione, que plusieurs faits actuels sont identiques à ceux d'il y a six ans. Il s'agit de contrecarrer les plans de Ione. Même si des alliés sont prêts à intervenir, Amanda s'expose à un danger mortel…

Charlotte Armstrong : Et merci pour le chocolat (1948)

Charlotte Armstrong (1905-1969) figure parmi les grands noms de la littérature policière, avec près de trente romans et quantité de nouvelles à son actif. Elle fut récompensée en 1957 par le Prix Egar-Allan-Poe, pour “Une dose de poison”. Une douzaine de ses titres ont été traduits en français. “Et merci pour le chocolat” fut initialement publié en 1949 dans la coll.Détective-Club des Éditions Ditis, puis dans la coll.La Chouette en 1956, aux Éd.NéO en 1983, chez Le Masque en 1992, et chez Rivages en 2000 quand Claude Chabrol adapta ce roman au cinéma. C'est dire que le succès de ce roman a traversé les époques. Tout simplement parce que l'intrigue est excellente.

La subtilité de Charlotte Armstrong consiste ici à ne cacher aux lecteurs ni le but de Ione, ni la psychologie qui motive ses actes. Ce sera à la jeune héroïne Amanda de provoquer la coupable, en espérant obtenir des preuves incontestables. Elle ne manque pas de ténacité, même si elle n'enquête pas au sens strictement policier du terme. La construction du récit est habile, le petit élément déclencheur (erreur de bébés) servant l'ensemble de l'énigme. Il convient juste d'être attentif à la description de la maison du peintre, ainsi qu'à certains détails sur le passé. Inutile de préciser que les personnages sont présentés avec soin, et que l'évolution de l'affaire est riche en péripéties.

Un classique du suspense, pour tous les passionnés de polars.

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 05:55

Âgé de douze ans, Jean-Pierre est le fils de Suzanne et Hector Duruy. Employé de banque, son père est un homme à la morale rigoureuse et aux idées définitives. Jean-Pierre avoue préférer sa tante Mathilde, sœur de sa mère, et son oncle Euloge Malec. Ex-comptable, ce dernier est devenu inventeur. On ne sait s'il a déposé des brevets, mais le couple vit assez modestement. Ce qui suscite les railleries d'Hector Duruy, même si l'oncle Euloge exprime toujours une belle convivialité. Toutefois, les parents de Jean-Pierre reçoivent une lettre où tante Mathilde apparaît fort inquiète, probablement effrayée. La nouvelle invention de son mari pourrait bien s'avérer terrifiante, au point de présenter un danger

Ce dimanche-là, les Duruy rendent visite (sans Jean-Pierre) au couple, mais Euloge reste absent. À leur retour, le soir-même, l'oncle et la tante arrivent chez les Duruy. Plus sobre et sérieux que d'habitude, Euloge affiche une soudaine aisance financière. Grandiloquent et sans réplique, il affirme : “En effet, j'ai réussi à découvrir, à mater, à mettre à mon service la force la plus formidable qui existe depuis la création… Qu'il vous suffise de savoir que désormais, toutes les possibilités me sont permises. Je puis obtenir, rien qu'en le souhaitant, tout ce que je désire...” D'ailleurs, se qualifiant de "super-démiurge", l'oncle Euloge exige de pouvoir adopter Jean-Pierre, dont il ferait son successeur.

Sans doute à cause de la contrariété causée par ce diable d'oncle Euloge, le père de Jean-Pierre meurt d'une attaque d'apoplexie. Peu après, c'est son épouse qui décède d'une crise cardiaque. Se retrouvant orphelin, après les obsèques, Jean-Pierre se rend chez son oncle et sa tante. Cette dernière vient de mourir d'un coup de poignard dans le cœur. Une courte enquête suffit à déterminer que c'est réellement un suicide. S'installant avec son oncle, Jean-Pierre doit bientôt aller se ravitailler au village voisin. Il subit des réactions agressives de la population locale. En fait, c'est parce que l'on considère ici Euloge comme un sorcier, suite à un malentendu et à une altercation avec le maire.

Dépressif et lymphatique ces derniers temps, l'oncle Euloge est habité par un sursaut de vie. Il tient à initier son jeune neveu, en lui montrant comment exercer la toute puissance qu'il détient. Euloge emprunte à des gens qu'il croise leur fluide, afin de “se gonfler d'Id”, c'est à dire d'alimenter ce flux qui lui permet tout. Impressionnant pour Jean-Pierre, même s'il ne comprend pas les détails du raisonnement. Le gamin s'avoue intimidé, mais fait confiance à son oncle. Euloge aurait inventé une machine utile à des malfaiteurs en fuite. Grimé en groom, Jean-Pierre va participer au processus quand un client et sa femme paient pour voyager grâce à ladite machine. Autre problème à venir pour l'oncle Euloge : les villageois sont décidés à lui “faire la peau”, l'accusant toujours d'être un sorcier…

Marc Agapit : Le fluide magique (Fleuve Noir, 1965)

Ce roman de Marc Agapit fut publié il y a cinquante ans (1965) dans la collection Angoisse du Fleuve Noir, dont cet auteur fut un des ténors. Comme pour “Greffe mortelle”, qui vient d'être réédité, c'est un enfant qui raconte l'histoire. C'est donc dans l'esprit d'un môme de douze ans que Jean-Pierre décrit sa relation avec son oncle. À cet âge, comment ne pas être influencé par un personnage charismatique de son entourage ? Même pas besoin de pratiquer un hypnotisme virtuel : il est plus excitant de vivre avec lui, qu'avec son père trop strict. Toutefois, le jeune narrateur peut en arriver à sa poser des questions sur la santé mentale de cet oncle original. Quant à ses activités rémunératrices, elles relèvent du domaine de l'intrigue policière.

Évoquant en guise d'explication le philosophe Spinoza autant que le scientifique Newton, l'oncle Euloge se situe entre les deux. La toute-puissance, c'est ce qu'il prétend approcher, en précisant : “Pour agir, il me suffit de "tordre" mon cerveau d'une certaine façon. Ce n'est là, naturellement, qu'une image : il s'agit seulement de mettre en œuvre une certaine faculté de notre cerveau, lequel en contient des quantités latentes que nous découvrirons un jour.” Suffit-il de vouloir, d'ordonner par la pensée, pour que se réalisent les choses, pour tout dominer ? Tel est le thème exploité par l'auteur, illustré par de multiples péripéties car nous sommes dans une fiction animée, un conte énigmatique. Le talent de Marc Agapit mérite d'être souligné, afin que des lecteurs actuels s'y intéressent.

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 05:55

Quand on utilise l'expression "culture polar", c'est une manière de souligner que cette littérature à succès possède de longue date son histoire. À partir des débuts du 20e siècle, les éditeurs lancent des collections populaires, avec plus ou moins de réussite. Après la 2e Guerre Mondiale, la demande est bien plus forte, pour des romans français ou étrangers ménageant du suspense, qu'il s'agisse d'espionnage ou de policiers. Chez Gallimard, la Série Noire nait durant l’été 1945, à l'initiative de Marcel Duhamel. Il la dirigera durant trente-trois ans (1945-1977). Trois autres mousquetaires du roman noir vont lui succéder : Robert Soulat (1977-1990), Patrick Raynal (1990-2005), Aurélien Masson (depuis 2005). Les impératifs de l'édition ont changé entre-temps : on est passé du petit au grand format, et les parutions sont moins nombreuses. Mais l'esprit du roman noir a été préservé depuis soixante-dix ans. La Série Noire est donc toujours pleine de vie… et de crimes.

70 ans de la collection : C'est l'histoire de la Série Noire (1945-2015)

À l'occasion de cet anniversaire paraît un ouvrage dédié à cette collection : “C'est l'histoire de la Série Noire (1945-2015)”. Édition publiée sous la direction d'Alban Cerisier et Franck Lhomeau, avec la collaboration d'Aurelien Masson, Claude Mesplède, Patrick Raynal, et Benoît Tadié. Avant-propos d'Antoine Gallimard.

« Ami de longue date de Jacques Prévert et de Raymond Queneau, féru de littérature américaine, Marcel Duhamel s’est entièrement voué à cette passionnante et frénétique entreprise éditoriale, commencée modestement avant de devenir l’une des collections phares de la NRF. Bon marché et largement diffusée, la Série Noire a été accueillie à bras ouverts par les lecteurs français de l’après-guerre fascinés par l’Amérique, scène mythique de ces romans noirs rugueux et haletants, hérités des pulps et puissamment relayés par le cinéma. "C’est Duhamel qui a créé le genre avec sa Série Noire, a pourtant écrit Manchette. Duhamel a inventé la grande littérature morale de notre époque. Il faisait semblant de ne pas le savoir." L’homme, professionnel tenace, n’était pas dogmatique ; sa collection ne l’a pas été plus que lui, trouvant, de son vivant comme à sa suite, les moyens de se réinventer ou de se réajuster, sans piétiner l’héritage. Jamais un album n’avait été consacré à l’histoire éditoriale, commerciale et littéraire de cette collection emblématique, riche de quelque trois mille titres. L’anniversaire de ses soixante-dix ans offre l’occasion d’y remédier, en retraçant un parcours rythmé par la succession de quatre directeurs et par les métamorphoses d’un genre, porté par plusieurs générations d’auteurs – anglo-saxons, français puis du monde entier –, tous porteurs d’une certaine conscience de notre temps. Trois cents documents, issus notamment des archives de la maison Gallimard, viennent ainsi illustrer des contributions inédites sur l’histoire de la Série Noire, d’hier à aujourd’hui » nous dit la présentation de ce livre.

Exemple, parmi les documents, se trouve la fiche de lecture du "Grand sommeil" de Raymond Chandler, rédigée par Raymond Queneau : "Roman de policier plutôt que roman-policier" écrit-il. "Ne brille pas par l'ingéniosité de l'intrigue, ni la profondeur du mystère". Néanmoins, "Le grand sommeil", traduit de l'anglais par Boris Vian, paraîtra dans la Série Noire en 1948. Bien d'autres documents et anecdotes sont là pour mieux faire connaître l'univers de cette collection mythique. Franck Lhomeau et Claude Mesplède, grands spécialistes du roman noir, ayant contribué à ce livre, c'est encore une sacrée référence. À la fin de l'ouvrage, on retrouvera tous les titres de la collection depuis 1945.

 

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 05:55
Alix Karol : le retour d'un héros d'anthologie, de Patrice Dard

Alix Karol, le personnage créé par Patrice Dard en 1973 en pleine guerre froide, est à l’espionnage ce que San-Antonio est au policier. Alix Karol et son compère Bis forment un couple à la manière de San-Antonio et Bérurier, utilisant comme couverture un numéro de music-hall. Ils sont employés par une organisation tout aussi farfelue qu’eux, les Services Secrets du Tiers-Monde, pleine de bonnes intentions, chargée de défendre les intérêts des pauvres face aux pays riches. Vingt-et-une aventures d'Alix Karol ont été publiées de 1973 à 1977. Des intrigues mouvementées, souriantes et teintées d'érotisme.

 

À raison de quatre titres par volume, l’Anthologie Patrice Dard propose de redécouvrir l’intégralité des romans écrits au début des années 70 par Patrice Dard, l’auteur des nouvelles aventures de San-Antonio. Ce tome n°1 comporte les quatre premiers titres de la série Alix Karol : "En tout bien toute horreur", "Assassin pour tout le monde", "Suicides par contumace", "Et cinquante qui font sang". Il s'agit de rééditions de l’œuvre originale, dans la chronologie de l’époque, chaque opus étant agrémenté d’un texte de présentation de Maxime Gillio, auteur et ami de Patrice Dard.

© Mathieu Deschott, Hippollyte Dard, Atelier Mosésu

© Mathieu Deschott, Hippollyte Dard, Atelier Mosésu

Excellente initiative de la part de Sébastien Mousse et de Maxime Gillio, tout deux membres de l’association des amis de San-Antonio, qui se sont connus grâce à leur admiration pour Frédéric Dard. Éditer aujourd’hui Patrice Dard, celui qui a repris le flambeau de San-Antonio, est un rêve qu’ils réalisent. Recevoir au fil du temps des signatures prestigieuses au sein d’une petite maison d’édition telle que l'Atelier Mosésu, un véritable bonheur pour eux. L'Anthologie Patrice Dard (30€, 586 pages, volume 1) est disponible dès le mois de novembre. Bonne occasion de rencontrer l'auteur : le 28 novembre 2015, Patrice Dard sera à partir de 15h00 en la librairie du Hérisson, 70 rue du Général Leclerc, 45200 Montargis.

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 05:55
Michel Gourdon : Les "Espionnage" du Fleuve Noir, un livre-hommage

Michel Gourdon (1925-2011) fut le principal illustrateur des couvertures aux éditions Fleuve Noir jusqu'en 1978. Il reste une grande référence pour les amateurs de polar. Une conférence sur Michel Gourdon et une exposition de gouaches originales ont fait partie des animations du festival Polar Cognac 2015, c'est dire qu'il est encore et toujours d'actualité. L'Association des Amis de Michel Gourdon continue à perpétuer sa mémoire et son œuvre.

Elle vient de publier en édition limitée à 300 exemplaires numérotés "Les ESPIONNAGE de Michel Gourdon", ouvrage de 240 pages consacré aux illustrations de Gourdon pour la collection Espionnage du Fleuve Noir entre 1950 et 1978. Plus de 1400 romans de cette collection ont bénéficié de couvertures signées M.Gourdon. Pour rendre compte de cette mosaïque, le livre présente, parmi plus de 680 illustrations, des couvertures introuvables et des reproductions de gouaches originales qui rendent perceptibles jusqu’au tracé du pinceau, le talent de Gourdon.

Album quadri - Dos cousu collé - Format 210 x 297 mm - 240 pages - Impression offset sur papier couché 150 gr. - Couverture cartonnée. 300 exemplaires numérotés. Comment commander le livre ? Par courrier : Prix 30€ + frais de port 6€, soit un chèque de 36 € à libeller à l'ordre de "Association des Amis de Michel Gourdon" et adresser à :

Association des Amis de Michel Gourdon - 2 rue Rousselle - 92800 PUTEAUX

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