Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 07:30

Né le 16 janvier 1924 au Havre, Gilles-Maurice Dumoulin est décédé le 10 juin 2016. Dès l'après-guerre, il devint l'un des traducteurs les plus actifs de l'édition française. En particulier pour la collection Un Mystère, des Presses de la Cité. Il a continué ses traductions jusqu'à ces dernières années. En parallèle, il fut auteur de polars, de SF et de romans d'espionnage sous plusieurs pseudos : G.Morris, Géo Morris, Gilles Morris, G.M.Dumoulin, G.Morris Dumoulin, Vic St Val. Il fut récompensé en 1955 par le Grand Prix de Littérature Policière pour son roman "Assassin mon frère". Il fut aussi scénariste de cinéma, adaptant entre autres San-Antonio.

J'ai consacré plusieurs articles à cet écrivain, que l'on peut lire en cliquant sur les liens.

D'abord, une chronique sur quatre de ses premiers romans :

Les romans ayant pour héros le détective Peter Warren :

Les romans ayant pour héros l'espion Johnny Sanders :

Les romans de la série Vic St Val :

En 2013, Gilles-Maurice Dumoulin publia "Le bout de l'horreur" :

Partager cet article
Repost0
18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 04:55

Frank Cairnes est plus connu en tant que Felix Lane, pseudonyme sous lequel il signe ses romans policiers à succès. Veuf âgé de trente-cinq ans, il habite depuis cinq années dans un cottage du Gloucestershire. Son fils Martie avait à peine sept ans quand, le 3 janvier de cette année-là, il fut victime d'un mortel accident de la route. Le chauffard qui l'a renversé s'est enfui. Felix Lane culpabilisa d'abord, puis reçut des témoignages de sympathie. Pas plus que la police, il ne trouva de renseignement sur le responsable de la mort de Martie. Néanmoins, il confie dans son journal intime sa volonté inébranlable de châtier le coupable en préservant sa propre impunité. Parmi ses hypothèses, il en retient une qui explique que la voiture cabossée du chauffard n'ait pas été retrouvée : il s'agit certainement d'un pro de la mécanique, peut-être d'un garagiste capable de réparer les dégâts.

Alors qu'arrive l'été, Felix trouve finalement un témoin : prénommé George, le conducteur coupable était accompagné d'une jolie passagère. Il est bientôt établi que c'est l'actrice de cinéma Lena Lawson. Felix s'installe à Londres, et trouve facilement un prétexte pour faire la connaissance de la jeune femme. Après quelques dîners et autres sorties ensemble, la frivole actrice s'avoue éprise de Felix (qu'elle surnomme Pussy). Grâce à elle, il obtient le nom qu'il cherche : George Rattery, propriétaire d'un garage automobile à Severnbridge, dans le Gloucestershire, est le beau-frère – et l'ex-amant – de Lena Lawson. Felix et elle vont séjourner en ce mois d'août chez les Rattery. Outre l'antipathique et brutal George, tyran domestique nerveux et méprisant, s'y trouvent son épouse trop soumise Violet, leur fils de douze ans Philip, ainsi que la rigide mère du chef de famille, Ethel Rattery.

À cet endroit, la rivière Severn est assez large pour pratiquer le nautisme, un des loisirs favoris de Felix Lane. Ce qui l'inspire pour son projet d'éliminer George Rattery, assassin de son fils. Mais, ne sachant pas nager, le garagiste n'est guère pressé d'accepter son invitation à une balade en bateau. Felix se sent proche du jeune Phil : parce qu'il lui fait penser à son fils, et parce qu'il est rudoyé par son père George et sa grand-mère Ethel. Il est temps pour Felix de convaincre le garagiste, et d'organiser le chavirage du voilier qui causera la mort de George. Rapidement, la navigation sur la Severn s'avère fort agitée, Felix s'arrangeant pour effrayer son passager. Toutefois, George est d'un caractère méfiant et il a pris quelques dispositions en cas de décès suspect. L'auteur de romans policiers se retrouve dans une impasse. Néanmoins, George va mourir peu après.

Nigel Strangeways est un détective amateur qui, avec son épouse Georgia, contribue aux enquêtes de Scotland Yard. D'ailleurs, c'est son ami l'inspecteur Blount qui s'occupe de la mort de George Rattery. Le suicide ayant été écarté, Felix Lane apparaît comme le plus suspect dans l'entourage actuel du défunt garagiste. Son journal intime montre qu'il était déterminé à supprimer George, quoi qu'il soit advenu. Première interrogée, Lena Lawson défend ardemment Felix. Nigel et son épouse comprennent qu'il est souhaitable d'écarter le petit Phil de ce drame, et le prennent sous leur protection. Ce qui mécontente la mère du garagiste, Ethel Rattery. Les investigations de Nigel s'annoncent sinueuses…

Nicholas Blake : Que la bête meure (BibliOmnibus, 2016) ― Coup de cœur ―

On peut l'affirmer sans crainte : “Que la bête meure...” figure parmi les chefs d'œuvres de la littérature policière. Claude Chabrol ne s'y trompa pas, en l'adaptant à l'écran en 1969. La structure de l'histoire est exemplaire : le "journal" de Felix Lane nous éclaire sur toutes les circonstances de l'affaire, puis vient une tentative vengeresse de meurtre, à laquelle succède l'enquête du détective amateur, avant la conclusion explicative de l'ensemble des faits. On ne nous cache rien des péripéties, ni des éventualités. Peut-être garde-t-on plus secrètes les intentions de certains protagonistes. Tous sont là, devant nos yeux, présentés avec leurs défauts et leurs qualités, leur psychologie et leurs actes. Le récit limpide est parfaitement ajusté pour nous offrir un suspense impeccable. Et même intense.

Bien que l'intrigue se place vers 1938, il serait absurde d'y voir quoi que ce soit de "daté" ou de "vieillot". Canots à voile et TSF ont été remplacés par nos voiliers et médias actuels, mais le contexte général est valable à toute époque, y compris aujourd'hui. La vengeance est un thème éternel, d'autant plus quand il s'agit d'un parent s'en prenant au meurtrier de leur enfant. Notons encore que la partie "enquête criminelle" ne se résume pas à une audition de témoins tant soit peu balisée. Elle explore toutes les facettes des relations entre les personnages impliqués, imagine des hypothèses contradictoires mais crédibles. Écrit avec maestria, construit avec brio, ce polar d'énigme reste une véritable référence.

Partager cet article
Repost0
27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 04:55

Nick Corey est le débonnaire shérif de Pottsville, une bourgade rurale, en ce début de 20e siècle. Il habite un logement au dessus du tribunal, avec son épouse Myra et le frère de celle-ci, un demeuré prénommé Lennie. Sa femme étant plutôt vindicative, les disputes sont fréquentes entre Myra et Nick Corey. Il faut dire qu'elle l'a naguère piégé afin qu'ils se marient, peu après leur rencontre lors d'une fête foraine. Pacifique par nature, Nick ne cherche qu'à apaiser les récriminations de Myra. Il n'y a qu'avec son amie Rose Hauck que Myra se montre gentille. Rose est flanquée d'un mari agressif, Tom, qui ne l'aide guère dans leur ferme. Jusqu'ici, Nick a réussi à cacher la liaison sexuelle qu'il entretient avec Rose. Malgré le vocabulaire vulgaire de son amante, Nick apprécie sa disponibilité.

L'élection du prochain shérif est pour bientôt. Sam Gaddis paraît nettement en tête, pour remplacer Nick. Étant donné que c'est le seul métier qu'il connaisse, et surtout le moins fatigant, il y a de quoi se montrer indécis. Ça remonte à son enfance, au temps de son père violent, cette habitude qu'à Nick de préférer les solutions de facilité. Il ne va quand même pas commencer à faire régner la loi dans le Comté de Potts, comme le voudrait Robert Lee Jefferson, le commerçant-procureur ! Néanmoins, il y a quelques situations à assainir : en priorité, ces cabinets publics qui puent sous sa fenêtre. Ce sera au banquier, qui en est un des utilisateurs, de prendre la décision qui convient. Pour le reste, Nick va d'abord consulter son collègue Ken Lacey, shérif dans un comté du genre métropole.

Finalement, Nick a bien assimilé la leçon donnée par Ken et son adjoint servile, Buck. Pas de raison, par exemple, de continuer à subir les railleries et brimades du Frisé et de Caribou, les deux proxénètes de Pottsville. Inquiet que Nick puisse passer à l'acte contre ces deux-là, Ken Lacey vient le relancer : ses fanfaronnades de grand redresseur de torts risquent d'entraîner certaines conséquences. Ensuite, Nick devra s'arrêter sur le cas de Tom Hauck, le mari de Rose, aussi méchant avec les Noirs qu'avec sa femme. Il ne va pas manquer à grand monde, s'il disparaît. Quant à Sam Gaddis, postulant à la fonction de Nick, il existe un moyen de le contrer : semer une graine de ragots, qui deviendront bien vite de florissantes rumeurs, monstrueuses au point de séduire leurs concitoyens.

C'est Amy Mason que Nick voulait épouser autrefois, si cette diablesse de Myra ne lui avait pas mis le grappin dessus. Lorsqu'Amy vient se plaindre du voyeurisme de ce taré de Lennie, c'est l'occasion pour le shérif de renouer intimement avec la jeune femme. Faire des projets ensemble ? Peut-être, mais il y a aussi Rose (qui doit toucher une assurance-vie), ainsi que Myra et Lennie. Sans compter les multiples contrariétés que Nick doit affronter. Éliminer des témoins gênants, ruser pour incriminer Ken Lacey ou Sam Gaddis, bluffer en expliquant pourquoi il n'est pas intervenu lors d'un incendie. Il s'en donne du mal pour montrer aux gens qu'il est honnête, courageux et travailleur, ce qu'il n'est pas…

Jim Thompson : Pottsville, 1280 habitants (Rivages/Noir, 2016)

Il y avait bel et bien 1280 habitants à Pottsville, et non 1275 âmes. On le savait, cette nouvelle traduction nous le certifie. Jean-Paul Gratias a récupéré les pages écartées de la première version française, afin de nous présenter l'intégrale du texte. Et de le rafraîchir, par la même occasion. Petites nuances, telles : “Me voilà de retour à Pottsville, et je vous fous mon billet que c'est bien la nuit la plus sombre de l'année” devient, en gommant l'expression argotique : “Quand je descends du train à Pottsville, il fait tellement sombre que c'est sûrement la nuit la plus noire de l'année.” La fonction de Robert Lee Jefferson est la même dans les deux cas, mais “[il] n'est pas seulement quincaillier, mais aussi aussi attorney général du canton” devient “pas seulement le propriétaire du magasin, c'est aussi le procureur du comté”. Par contre, on notera à propos des deux proxénètes qu'ils se nommaient Curly et Moose, alors qu'ils sont ici Le Frisé et Caribou. Les amateurs peuvent s'amuser à comparer plus amplement les deux traductions.

L'esprit reste évidemment identique :“Je dis pas que vous avez tort, mais je dis pas que vous avez raison non plus” restant le signe de la mollesse apparente du shérif Corey. Il ne peut pas s'en prendre aux puissants, alors il fait le ménage autour de lui, parmi les plus faibles. Faisant en sorte de passer entre les gouttes, il ment et bluffe avec une conviction désarmante. Face à un agent de la Talkington (Parkington, dans la première traduction), il joue les naïfs pour saluer la répression violente contre les ouvriers dont était chargés les hommes de chez Pinkerton. À la fin, la leçon qu'il peut donner à Buck, c'est que quand on n'est pas le plus fort il faut être le plus malin. Cette version rejoint ainsi l'œuvre de Jim Thompson inédite ou retraduite, une vingtaine de titres, dans la version Rivages/Noir. On n'ignore pas l'admiration de François Guérif pour cet écrivain. Même en connaissant déjà l'intrigue, c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Nick Corey, shérif futé de Pottsville.

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 06:40

"Le mauvais sujet" :  Deux meurtres ont été commis dans des pubs de Long Piddleton, village anglais typique. Richard Jury, inspecteur de Scotland Yard, est envoyé sur place avec son maladif adjoint, le sergent Wiggins. Jury fait vite connaissance avec les principaux habitants de la bourgade. Ceux-ci se trouvaient dans ces deux pubs les soirs des crimes. Pour eux, les victimes étaient des inconnus, étrangers à leur village. Le policier en est moins sûr. Il apprend aussi que Ruby, la jeune bonne du pasteur, a disparu depuis une semaine. Cela surprend peu les gens, car elle est réputée volage.

Jury sympathise immédiatement avec Melrose Plant, un châtelain dilettante, qui va l’aider dans son enquête. L’agaçante tante de Melrose, Lady Agatha, se prétend capable de découvrir le criminel. Jury ne la soupçonne pas vraiment, mais s’associe à son neveu pour s’en moquer. Les suspects sont variés, tous ayant des choses à se reprocher. Parfois, c’est grave : un meurtre non élucidé, une tentative de captation d’héritage. D’autres cas sont moins sérieux.

Après un troisième cadavre, on retrouve le corps de Ruby. Elle apparaît bientôt comme le pivot de ce dossier. Elle avait couché avec tous les hommes argentés du secteur. Surtout, elle taisait des secrets et semblait pratiquer le chantage. On ne sait où elle cachait son journal intime, ni son coûteux bracelet. Quand le pasteur est assassiné, Jury interroge une fois encore l’ensemble de ses suspects. Aucun n’a d’alibi. Grâce à ses renseignements, il devine maintenant la face cachée de chacun. Une reconstitution d’un passage d’Othello permet à Melrose d’établir la vérité sur une affaire vieille de seize ans…

"Le collier miraculeux" : Richard Jury, de Scotland Yard, est envoyé à Littlebourne, village près duquel une jeune femme a été assassinée. Il y rencontre le policier local, Peter Gere, et les plus remarquables habitants de la bourgade. Emily, dix ans, passionnée de chevaux et de coloriage, lui paraît bien curieuse. D’autres faits divers se sont produits ici. Un an plus tôt, un collier d’émeraude de grande valeur fut volé à Lord Kennington. On suspecta Trevor Tree, son secrétaire décédé depuis. Récemment, la jeune Katie (fille de la patronne du pub) fut agressée dans le métro londonien. Elle est toujours dans le coma. Autre affaire : plusieurs habitants ont reçu des lettres anonymes, qui ne semblent guère sérieuses. Enfin, cette Cora Binns est victime d’un meurtre, et ses doigts sont sectionnés.

Tandis que son ami Melrose Plant s’installe à Littlebourne, Jury enquête à Londres dans le quartier où vivaient Cora et Trevor Tree. Katie fut attaquée non loin de là. Un pub, Le Collier Miraculeux, pourrait être au centre de l’affaire. Les habitués y jouent à un jeu de stratégie, autour d’un mystérieux plan. Trevor Tree fit partie de ce groupe. La petite Emily confie à Jury un étrange dessin qui appartenait à son amie Katie. Ce plan incompréhensible pour le policier doit indiquer où Trevor Tree cacha le collier volé.

Melrose Plant observe la population de Littlebourne lors de la fête paroissiale. Alors qu’Emily et son poney font l’attraction, une autre femme est assassinée. Elle connaissait Cora et soupçonnait le tueur. Sans le savoir, Emily est aussi en danger. Pourchassée par le criminel, elle se réfugie auprès de Melrose Plant, au pub. À Londres, Jury s’est d’abord trompé de suspect, mais il rectifie ses hypothèses…

Trois suspenses de Martha Grimes, disponibles chez Pocket

"Le crime de Ben Queen" : L’histoire se passe dans l’Amérique rurale, entre Spirit Lake, Cold Flat Junction, et La Porte. Voilà quarante ans, Mary-Evelyn Devereau, une fillette vivant avec ses trois sœurs, s’est noyée dans le lac. Plus tard, sa sœur Rose épousa Ben Queen. Quand on assassina Rose, Ben ne nia pas. On le condamna à vingt ans de prison. Il est sorti depuis peu. Fern, sa fille, vient d’être victime d’un meurtre. Ben est en fuite, fortement suspecté de ce crime.

Emma Graham, 12 ans, vit à l’Hôtel Paradise dont sa mère est co-gérante. Cette gamine débrouillarde et imaginative se passionne pour l’histoire de Mary-Evelyn. Elle doute de la version de l’accident. Ayant croisé par hasard Ben Queen, elle ne croit pas en sa culpabilité, ni pour Fern, ni pour Rose. Emma n’a pas parlé de cette rencontre à son ami Sam, le shérif, pas plus qu’à Maud, la serveuse du Rainbow Café. Profitant du départ en vacances de sa mère et de son associée, Emma va mener son enquête sur ces trois morts.

Avec l’aide du braconnier Dwayne, un as de la mécanique, elle visite un cottage pas si abandonné qu’il n’y paraît. Sous divers prétextes, elle se rend dans les bourgades voisines pour interroger ceux qui ont connu les sœurs Devereau et Ben Queen. Elle collecte indices et témoignages. Elle a plusieurs fois remarqué « La Fille », qui pourrait bien être la petite-fille de Ben Queen. Le shérif a deviné qu’Emma enquêtait. Il craint qu’elle prenne des risques pour peu de résultat. Emma comprend qu’une histoire d’amour causa un drame chez les sœurs Devereau. Puisque le shérif ne la soutient pas, Emma va seule au devant du danger. Son adversaire veut la tuer, mais Ben intervient et sauve Emma… ce qui ne blanchit pas si vite Ben Queen…

Partager cet article
Repost0
26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 05:55

Luc Gervaix est un fêtard parisien âgé de quarante-cinq ans, au passé agité, qui connaît un beau succès avec ses romans populaires depuis vingt-trois ans. En réalité, Luc serait bien incapable d'écrire un livre. C'est son jumeau Paul, qui est l'auteur des dizaines de titres publiés. Bonhomme disgracieux et boiteux, il habite un château dans l'Yonne, hérité de leurs parents. La demeure manque d'entretien, mais Paul se contente de quelques pièces. Son bonheur, c'est l'écriture : il laisse toute la gloire à Luc. Ce dernier ne lui rend pas souvent visite. Tant mieux, car il se montre parfois violent envers Paul. Pourtant, le 5 août, Luc reçoit un message de détresse de son jumeau, qui l'incite à revenir au château.

C'est par une nuit d'orage que Luc arrive jusqu'à la demeure familiale. Personne n'est là pour l'accueillir. Un majordome se présente, ce qui est étonnant, Paul vivant seul. Il reste introuvable, le jumeau ! Bientôt, Luc se retrouve ligoté, face au majordome, à un vieux monsieur et à sa jeune femme. Qui sont ces inconnus, ayant une étrange manière de s'exprimer en français ? L'explication du monsieur, évoquant un séjour involontaire ici, n'est pas très plausible. La version de sa jeune épouse s'avère encore plus énigmatique. Elle dit se prénommer Eve, son mari Adam, et leur serviteur Caïn. En débarquant dans ce château hanté, Luc aurait dérangé les "esprits" qui y ont trouvé refuge de longue date.

Il s'agirait de "squelettes luminescents" qui donnent des "ordres mentaux" au trio que Luc a rencontré. Ces êtres fantomatiques se comportent tels des vampires, en témoignent les cous abimés des trois personnages auxquels ils ont sucé le sang. Le trio disparu, Luc est surpris par trois coups de gong théâtraux, suivis de longs gémissements lugubres. Rien de rassurant, d'autant qu'apparaît un spectre squelettique très menaçant. Au matin, Luc découvre le cadavre de son frère Paul dans le jardin. C'est un meurtre. Il alerte le maire et le gendarme du patelin voisin, revenant avec eux sur les lieux. Les cahiers posthumes de Paul accablent son frère, indices accusateurs qui conduisent illico Luc en prison.

Le juge d'instruction organise une reconstitution des faits au château, transport de justice avec Luc et son avocat, ce qui ne révèle rien de plus. Par contre, Luc espère que M.Gilles, détective particulier, pourra l'aider à prouver son innocence. L'enquêteur va attendre le 5 août suivant pour passer une nuit au château. Entre-temps, le procès de Luc s'est déroulé, aboutissant à une lourde condamnation. Apparitions fugaces de fantômes et autres faits étranges se produisent en présence de M.Gilles. Pour un début d'explication, il va même voyager à travers les siècles. Le coupable ayant tué Paul, il le trouvera sûrement. Mais le reste de son aventure exceptionnelle, il devra garder tout ça secret…

Marc Agapit : Parade des morts-vivants (Fleuve Noir, 1968)

Encore un délicieux roman de Marc Agapit, mêlant une part de Fantastique, un brin de Science-Fiction, et une intrigue quelque peu criminelle, dans un château hanté et isolé. Un savoir-faire indéniable et une grande inventivité, donnant une sorte de conte maléfique… et souriant. Car l'auteur ne cherche pas tant à effrayer ses lecteurs, préférant les entraîner au gré de son imagination. Des jumeaux dissemblables en tous points, au départ. Plus un improbable détective privé, dans la seconde partie. Avec Adam, Eve et Caïn, en vedettes invitées du spectacle. Ce n'est pas vraiment caricatural, mais ça signifie que tout est ici irréel, de pure fiction. De la littérature de divertissement, revendiquée par Marc Agapit.

L'histoire étant intemporelle, racontée avec une tonalité enjouée, évitant d'inutiles scènes glauques ou morbides, on se laisse volontiers embarquer. Des péripéties incroyables, ce n'est pas ce qui manque dans ce récit. “Parade des morts-vivants” a été adapté en bande-dessinée, dans le n°13 du magazine Hallucinations, de janvier 1972 (Comics Pocket). On ne se lasse jamais de l'univers des romans de cet écrivain, figurant parmi les romanciers à redécouvrir.

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 07:30

Après un début de carrière dans les hautes sphères des assurances, Ralph Bakchine dirige sa propre agence à Versailles. Âgé de trente-huit ans, il est marié à Édith. Ils ont depuis peu des jumelles. S'il est expérimenté, Ralph est aussi stressé à cause de soucis récents. Il va déconnecter en allant seul pêcher à la mouche dans le Doubs. Il s'installe pour deux semaines dans une auberge de Lomont, tout près de la frontière suisse. Panel de clients variés, tous étant attirés là par la pêche en rivière. Ralph apprécie le vieux M.Bourgin, et sa femme. Mais il y a un autre couple qu'il remarque davantage : Alexandre Bloch, un industriel sexagénaire chauve fier de sa réussite, et sa jeune épouse Nina, aux cheveux acajous, aux yeux verts et à la flagrante sensualité. Outre la notable différence d'âge, avec leur Jaguar rouge et leur doberman, ils ne passe pas inaperçus.

Alexandre Bloch ne tarde pas à sympathiser avec Ralph. Sans doute partagent-ils un même dynamisme, et une certaine lucidité sur la vie. Bien que de santé faiblissante, Bloch est assez provocateur. Ce qui explique son mariage avec une jeune femme comme Nina. Celle-ci cherche à exciter Ralph, que cela agace : “J'étais venu pour pêcher la truite et l'ombre, pas la morue”. S'il s'interroge sur son avenir familial, Ralph n'a pas l'intention de tromper Édith. “Je n'étais ni prude, ni froussard, ni impuissant. Cependant cette fille me faisait peur.” Il lui faut éviter de succomber aux avances à peine masquées de Nina, alors qu'il est là pour se désembrouiller l'esprit. D'autant qu'il pratique “le coup du soir” en compagnie de Bloch, la pêche en soirée juste à côté dans le Doubs. Pourtant, lui sera-t-il possible de résister longtemps à une femme telle que Nina ?

En Suisse, le village voisin de Pierrelégier est tout proche. Il arrive à Ralph d'y faire un détour, avec une pause au Café de la Poste. Le bistrot est tenu par la blonde Jeanne, vingt ans, et sa sœur. Jeanne ressemble plus à la tendre Édith, qu'à la voluptueuse Nina. Ralph sent une complicité non formulée avec la Suissesse. Mais il n'oublie pas son épouse, avec laquelle il faudra sûrement envisager un nouveau départ, une stabilité sur des bases plus familiales. Céder aux avances de Nina, ce n'est qu'une torride expérience sexuelle pour Ralph, qui espère ainsi que ça permettra de clore leur relation. Nuit d'amour, qu'un client de l'auberge a remarquée, ce qui ne sera pas sans conséquences. Car il va survenir un drame, un accident mortel que Ralph n'a ni causé, ni pu empêcher. Même s'il retourne auprès d'Édith peu après, l'affaire est loin d'être terminée pour lui…

Hervé Jaouen : Histoire d'ombres (Éd.Denoël, 1986)

S'il s'agit bien d'un roman noir, cette intrigue offrait d'abord l'occasion à Hervé Jaouen d'évoquer sa passion pour la pêche (à la mouche). Il y décrit autant les ustensiles que vont utiliser les protagonistes, que les techniques et les moments fiévreux vécus par les pêcheurs, de truites ou d'ombres dans le cas présent : “L'ombre tirait toujours, et plus il s'éloignait, plus j'avais l'impression que sa force augmentait. Je lui avais donné toute ma soie, et j'attaquais le backing. Soudain, l'ombre a cessé de tirer. Il s'est collé au fond. Un instant, j'ai cru qu'il s'était décroché, ma soie s'étant détendue. J'ai repris du fil, sans résistance : l'ombre remontait vers moi.” Ceci contribue fortement à l'intérêt de l'histoire, même si l'on n'est pas soi-même expert dans cette activité.

À l'époque de la publication de ce livre (1986), d'aucuns ont fait le parallèle avec certains titres de James Hadley Chase. C'est assez exact. Un trio de personnages centraux, le mari, la femme, et le troisième larron, rien de plus classique. Mais ils sont, comme chez J.H.Chase, placés dans un univers piégeux, faussement facile ou tranquille. Les nuances sont très subtiles : par exemple, s'il existe une part de cynisme chez le vieux et riche mari, l'homme n'est pas désagréable. Quant au héros-narrateur, il a suffisamment de soucis personnels pour ne pas s'enliser dans un adultère sans avenir. Nina représente la “femme fatale” dans toute sa splendeur, bien entendu. La mort plane autour de Ralph, pas seulement dans les eaux du Doubs. Entre noirceur et nature, un suspense de haute qualité.

Partager cet article
Repost0
20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 06:30

Joseph Britton est un Américain blanc de trente-deux ans séjournant en Europe : “Son trait physique le plus caractéristique était encore ses yeux, qu'il avait d'un bleu près pâle, presque incolore, et ronds comme des billes. Bien qu'ils fussent d'une belle couleur, il n'émanait d'eaux aucune sensibilité. Son teint pâle mais légèrement hâlé de blond à la peau transparente et parsemée de tâches de son avait une coloration verdâtre. Sa barbe blonde se voyait à peine.” Désargenté, Joe loue une chambre chez l'habitant à Palma de Majorque. Venant de Paris, il végète là depuis cinq mois, ne parlant pas un mot d'Espagnol. Il vit aux crochets de son amante du moment, Pamela Grabs, arrivée ici de son côté. Elle est originaire de Boston, comme quelques Américains louant des villas à Majorque. Dont Roger et Douglas, chez lesquels Joe et Pam ont passé la soirée, la veille.

Buveur de gin invétéré, Joe apprécie de pouvoir en absorber des quantités à peu de frais, dans ce pays. Moroses lendemains d'ivresse pour lui : “Sa gueule de bois se traduisait par quelques grimaces en guise de remords… C'était toujours la même chose après une cuite : on ne se rappelait de rien. Si on y parvenait, les quelques souvenirs qui venaient titiller votre cerveau ne vous procuraient que du désespoir. C'était insupportable. À la moindre réminiscence, on n'avait qu'une envie : se trancher la gorge.” Le gros problème de Joe, c'est qu'il ne sait plus trop ce qu'il fait s'il est en état éthylique : “D'habitude, quand je suis pété, je continue à me déplacer, à parler et à agir normalement. Seulement, je ne me rends compte de rien. J'ai des trous de mémoire. C'est l'absence totale.”

Lorsque le policier Sabater (des services secrets espagnols) interroge Joe, il ne peut lui raconter que des bribes anecdotiques de la journée précédente, très arrosée. N'ayant pas les moyens financiers de quitter l'île, la priorité serait de retrouver Pam. Joe croise Ramon, qui se dit avocat. C'est ce dernier qui l'aurait raccompagné à son logement quand Joe est revenu à Palma. Ramon lui offre un bon repas dans une auberge, avant que Joe ait affaire à une bohémienne de mauvais augure.

Joe retourne à Puerto de Pollensa, chez Roger et Douglas, espérant retrouver Pam et éclaircir ses souvenirs disparus. Susie et Nookie, couple qu'il a rencontré la veille lui apprennent qu'il y a eu meurtre. Et qu'il pourrait être suspect, ayant eu une vive altercation avec la victime. Le couple a peut-être un plan de fuite pour Joe, grâce à des contrebandiers pouvant l'amener à Tanger. Volant une voiture de touristes, l'Américain préfère retourner à Palma. Retrouvant Ramon, il doit d'abord démêler un problème marital avec deux prostituées bohémiennes. Faute d'argent, sans nouvelle de Pam, Joe doit-il compter sur Ramon, Susie et Nookie pour s'en sortir ?

Chester Himes : Un joli coup de lune (Points, 1989)

Ce roman de Chester Himes (1909-1984) fut publié en 1988 aux éditions Lieu Commun, puis réédité en poche chez Points l'année suivante. L'action se déroule en Espagne (encore franquiste), où l'auteur s'installa dès 1965 jusqu'à son décès. Si Chester Himes évoqua surtout les Noirs dans ses livres, ce sont ici des Américains blancs qui en sont les héros. Des gens de la bonne société de Boston, claquant leur argent sous le soleil espagnol. Un milieu auquel n'appartient pas Joe Britton, gigolo sans fortune ni grand avenir. Il est plongé dans une cascade de mésaventures, dues à sa mémoire défaillante (à cause de l'abus de gin). Une histoire agitée à souhaits.

Hormis l'intrigue, il faut souligner l'écriture de Chester Himes. Percutante, dans les scènes d'action ; impeccable, quant aux dialogues ; précise dans les descriptions. Exemple avec cette auberge où débarque Joe : “Près de l'entrée, des tonneaux de vin à robinets de bois s'entassaient jusqu'au plafond. Plus loin se trouvait le comptoir, devant des étagères remplies de bouteilles souillées de chiures de mouches. Au fond de la salle, des tables étaient occupées par des hommes au masque grave qui buvaient à longs traits solennels leur vin blanc. Il n'y avait aucune femme. La fumée des cigarettes conférait à l'air une certaine épaisseur. L'endroit paraissait incroyablement sale, la nourriture peu appétissante.” En quelques lignes, on est immédiatement dans l'ambiance du lieu.

Un roman bien moins connu que sa série avec Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, mais qui mérite d'être lu ou relu.

Partager cet article
Repost0
18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 05:55

En Belgique, Léopold Develde est un artiste peintre bénéficiant d'une certaine notoriété. Il prépare une nouvelle exposition pour la galerie bruxelloise Pascal Berg, sur le thème des tarots. Ses sujets s'avèrent plutôt sinistres, proches du Fantastique, genre H.P.Lovecraft. Ce matin-là, Léopold est agressé chez lui par un inconnu masqué, qui massacre sa dernière série de toiles. Même s'il apprécie sa voisine du dessus, la veuve Jeanne Bogaert, pas question pour Léopold de lui faire des confidences sur ce fâcheux incident. Convoqué par la police, le peintre est reçu par Verhaeren, un drôle d'enquêteur. Un nommé Alexis Brigard a été assassiné à son domicile. Léopold ignore totalement qui est la victime.

Avec Verhaeren, ils se rendent sur le lieu du crime. Surprise : Alexis Brigard était un collectionneur possédant vingt-trois tableaux de Léopold. Comme chez l'artiste, toutes les toiles ont été saccagées par le criminel qui lui a tranché la gorge avec un couteau. Léopold évite de révéler à Verhaeren ce qui s'est passé dans son atelier. Mais le policier ne tarde pas à relancer le peintre, chez lui. Léopold sera obligé de montrer à l'enquêteur les dégâts sur ses toiles. Si Pascal Berg ne connaît pas non plus Brigard, son amie Élisabeth Goldberg semble avoir disparu depuis trois jours. Léopold se sait surveillé par Maréchal, l'adjoint de Verhaeren, mais aussi par une jeune homme inquiétant rôdant autour de lui.

Le peintre interroge Pascal Berg sur le cas Brigard. Pour lui, l'assassin est un fou : “Il n'a pas nécessairement détruit tes œuvres, il a détruit ces tableaux comme il l'aurait sans doute fait s'il y en avait eu d'autres.” Léopold n'en est franchement pas certain. Deux noms de clients attitrés, passionnés de ses tableaux, apparaissent : James Vandeputte et Fabrice Delrock. Le second semble absent de Bruxelles depuis quelques jours. Léopold prend contact avec James Vandeputte. Le soir même, il se rend sous une pluie battante à Rixenart. La demeure de son client, dans le genre manoir anglais hanté, lui apparaît aussi sinistre que ses propres tableaux. Ceux que possédaient Vandeputte ont été tailladés, et lui-même a été égorgé. Léopold fuit les lieux sans prévenir la police.

Bien vite informé, Verhaeren est en droit de considérer Léopold comme très suspect. Il juge malfaisante son œuvre : “Lorsque je dis que votre peinture est malfaisante, c'est que j'en suis convaincu… Vous savez parfaitement que vous êtes au centre de quelque chose qui vous dépasse, et qui dépasse aussi la police. Vous savez que vos tableaux jouent un rôle capital dans cette lamentable affaire...” L'exposition doit être annulée, ce qui est une catastrophe pour Pascal Berg. Dans les albums d'archives de celui-ci, Léopold découvre une piste. Parmi les photos, figurent celles d'un nommé Hervé Boon, passionné de l'univers pictural de Léopold. L'homme s'est suicidé voilà quinze mois…

Jean-Baptiste Baronian : Tableaux noirs (Éd.Clancier-Guénaud, 1984)

Ce roman fut initialement publié en 1984 aux Éd.Clancier-Guénaud sous le pseudonyme d'Alexandre Lous. En 2004, il est réédité avec la signature de Jean-Baptiste Baronian, Éd.Paperview "Collection Noire". Il se compose de quatre-vingt-une séquences, scènes courtes et intenses formant autant de chapitres.

Puisqu'on baigne dans une ambiance déjà assez troublante – voire morbide – l'intelligence de l'auteur consiste à ne pas rajouter de noirceur pesante. À l'inverse, on trouve ici une narration fluide et précise. Gros fumeur (de cigarettes Saint-Michel), Léopold est d'un naturel anxieux, tourmenté, ce qui explique ses toiles. Il sera réellement soupçonné par le policier Verhaeren (sans rapport avec le poète homonyme). De son côté, se sentant cible, il cherche qui et pourquoi on s'en prend à son œuvre, et à ses admirateurs. Probablement, il ne faut pas s'attendre à un “happy-end”, qui ferait contre-sens à l'histoire. Un captivant suspense, à redécouvrir.

Partager cet article
Repost0

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Action-Suspense Ce Sont Des Centaines De Chroniques. Cherchez Ici Par Nom D'auteur Ou Par Titre.

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

ACTION-SUSPENSE EXISTE DEPUIS 2008

Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/