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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 04:55

Originaire du Maine, âgé de trente-huit ans, Nick Hawthorne est employé depuis dix ans des journaux locaux de la côte Est des États-Unis. Rien d'excitant, mais ses ambitions sont modestes. En ces années 1990, il flashe un jour sur une carte de l’Australie. L’envie lui prend de s’offrir avec ses économies un voyage à travers ce pays. C’est ainsi que Nick a débarqué à Darwin, dans le nord de l’Australie. La chaleur intense, première mauvaise surprise pour l’Américain. Envisageant un périple jusqu’à Perth, à 4500 kilomètres de son point de départ, il acquiert un vieux Combi VW. Si le vendeur est un chtarbé de religion, le véhicule est nickel, lui. Nick a juste occulté un principe de base : ne jamais conduire de nuit dans le désert. Deuxième surprise désagréable : il heurte un kangourou. Il n’est pas loin de renoncer, l’outback australien s’avérant plutôt hostile.

Une halte est la bienvenue à Kununurra, le temps de se remettre. Une dizaine de jours, ce n’est pas trop car il n’est plus si pressé. Ensuite, ce sera mille kilomètres à travers le bush jusqu’à Broome. Entamant le trajet, Nick fait la connaissance d’une auto-stoppeuse. Look rétro, cheveux blonds cendrés courts, bronzée naturelle, la jeune femme de vingt-et-un ans se prénomme Angie. “J'avais affaire à une Walkyrie, option surf : un mètre-quatre-vingt de muscles, et des mains comme des battoirs…” Costaude mais séduisante, Angie vient de Wollanup, un village oublié du cœur mort de l’Australie. Sa culture musicale date de vingt ans et plus : elle admet ne jamais avoir quitté son bled jusqu’ici. Avec Angie, le sexe ressemble assez au catch : “On se retrouvait complètement nettoyé en deux temps trois mouvements. Elle ne vous faisait pas l’amour, elle vous prenait d’assaut.”

Nick songe fortement à larguer Angie, mais il est déjà trop tard. Il se réveille un matin dans un poulailler de Wollanup, après avoir été drogué. L’oncle Gus lui annonce qu’il s’est marié entre-temps avec Angie. Aucun souvenir, bien sûr. Il faut bien quatre jours à Nick pour se désintoxiquer, avant des retrouvailles avec Angie. Pas le temps d’examiner ce qui paraît un “monstrueux malentendu” durant leur lune de miel, au village. L’ambiance va vite changer : “Transformation à vue. Déjà la virago perçait sous la tendre épousée.” Nick s’aperçoit qu’on lui a pris son passeport et son argent. Il comprend qu’il est prisonnier dans “un puits sans fond, écrasé de soleil. Un gouffre sans issue.” La petite ville la plus proche se trouve à des heures de là, sans vraie route. Nick est convoqué par le comité qui dirige Wollanup, les chefs des quatre familles vivant ici, une cinquantaine d’habitants.

Délesté sous la menace de ses économies, Nick n’a plus qu’à obéir aux singulières lois de Wollanup. À gagner sa vie en tant que mécanicien, payé en monnaie locale. À composer avec la famille d’Angie, des gens aussi méfiants qu’agressifs. À se désaltérer à la bière, l’eau étant rare, et à digérer les plats infects d’Angie. À supporter la puanteur, y compris émanant de l’abattoir à kangourous, seule industrie de l’endroit. Sa stratégie vise à ne pas montrer son désir de s’échapper, tout en réparant à neuf son Combi. Cela fonctionnera-t-il ? Des mois passeront avant qu’une complicité et un plan bancal lui offrent l’espoir d’une éventuelle fuite aléatoire…

Douglas Kennedy : Cul-de-sac (Série Noire, 1998)

Douglas Kennedy figure depuis quelques années parmi les auteurs de best-sellers. Il faut avouer que, ne manquant pas d’esprit, le personnage est plutôt sympathique. Si ses livres rencontrent un beau succès, c’est probablement mérité. Quand est publié le premier titre de cet auteur dans la Série Noire, c’est encore un inconnu. Même si ce roman a été adapté au cinéma : pas sûr que “Bienvenue à Woop Woop” (1997) de Stephan Elliott ait vraiment séduit les cinéphiles. Plus tard, quand Christian de Metter créée une version bédé de ce roman sous le titre (de la nouvelle traduction) “Piège nuptial” (Casterman, 2012), on ne saurait garantir que cet album ait marqué les amateurs de BD, non plus.

Aussi remarquable soit-elle, l’histoire de “Cul-de-sac” n’est pas à aborder si l’on est un peu déprimé, cafardeux. Car il s’agit d’un scénario sombre, dont la part de dérision peut ne pas être si flagrante. Ce fut mon cas à première lecture, à l’époque de la sortie du livre : je sentais que je passais à côté de l’esprit du roman – Nick n’avait qu’à assumer ses conneries et se sortir du pétrin, pas d’empathie. D’une certaine façon, je ne me trompais pas totalement : Douglas Kennedy dresse un portrait ironique de "l’Américain en voyage". Toutefois, à mieux lire ce récit, son sort ne nous laisse pas indifférents. Sa capacité à surmonter l’épreuve à laquelle il est confronté, et une improbable évasion, créent un vrai suspense palpitant. Il s’agit bien d’un authentique roman noir.

Via des articles de journaux, on nous raconte l’origine de cette "communauté" qui s’est constituée à Wollanup, se faisant oublier des autorités australiennes. C’est fort troublant, autant que réaliste. En effet, il y eut des "expériences" de ce genre, soit en suivant les préceptes égalitaires hippies, soit quand des gens se laissèrent guider par quelque gourou. À la tête de tout groupe, se révèlent fatalement des chefs autoproclamés. Qui ne tardent jamais à imposer des lois iniques, qui dominent avec une cruauté jouissive. Au-delà des mésaventures de Nick, c’est assurément la description de ce climat malsain qui donne sa force à ce très bon roman.

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 04:55

Tom Kendall tient depuis an et demi une boutique de monnaies anciennes, timbres, livres d’occasion, magazines. Un commerce qui fonctionne, mais ne sera vraiment rentable que dans les années à venir. C’est pour Tom Kendall un moyen de reconstruire sa vie. Ancien combattant durant la guerre de Corée, il avait épousé la brune Marie, timide et taciturne. Une nuit, il retrouva Marie morte égorgée. Évidemment, Tom fut le premier suspect. Mais le docteur Greene démontra que son emploi du temps plaidait pour lui. Et qu’il pouvait s’agir d’un suicide, car la dépressive Marie souffrait de "mélancolie régressive". Leur ami Art Hughes avait tenté de la soutenir moralement. Après l’affaire, il resta fidèle à Tom.

Ce dernier fit un séjour en psychiatrie, puis ouvrit sa boutique. Sa petite amie Katherine Munson, dite Kit, une grande blonde au franc-parler, collabore avec lui et souhaite qu’ils se marient. Elle finit par quitter Tom, qui retarde toujours l’échéance car il culpabilise encore. Il imagine possible qu’il ait assassiné Marie. En effet, Tom a des "absences", des trous de mémoire sur des moments précis, quelques heures ou toute une nuit. Le fait qu’il ait tendance à s’alcooliser n’arrange rien. Les mots tels "tailler" ou "trancher" le révulsent. Son ami Art Hugues semble prendre ses distances, lui conseillant de consulter un psy. Un soir dans un bar, il est pris à partie par un sale voyou muni d’un couteau, Joe Calgary, bientôt stoppé par Tom et les barmen.

Tom finit la nuit avec Trixie Fisher, la fille rousse que l’autre ringard espérait racoler. Au matin, quand il se réveille, Tom se retrouve avec le cadavre ensanglanté de Trixie, égorgée. Il ne peut certifier qui l’a tuée, Joe Calgary ou lui. “Un couteau est silencieux”, se répète-t-il. Tom alerte la police, puis il est amené au commissariat. Le lieutenant de police Cohen fait correctement son métier. Le District Attorney Howard apparaît bien plus roublard. Vu le passé de Tom, de lourdes charges peuvent être retenues contre lui. Le poignard ayant servi pour tuer Trixie a été volé dans la boutique de Tom. Joe Calgary, introuvable, semble hors de cause.

Kit ne laisse pas tomber Tom : elle a engagé un avocat sérieux, son ex-fiancé Anthony Mingo. Toutefois, un témoignage accable Tom : il est reconnu par l’aveugle Blind Bill. Quand Joan, une amie de Trixie, est assassinée de manière identique, le D.A.Howard n’a d’autre choix que de faire libérer Tom. Ne pas se disculper par lui-même, comment serait-ce possible ? “Brusquement, je réalisai que je n’avais pas l’intention de tenir ma promesse envers Howard. Je ne pouvais pas rester à l’écart de ceci, parce que j’étais toujours dedans, jusqu’au cou. Et je resterais impliqué dans cette affaire jusqu’à ce qu’on ait retrouvé le tueur. Jusqu’à ce que j’aie été réellement innocenté et que Kit le sache, et n’ait plus peur de moi” se dit Tom.

Après que Blind Bill soit passé à sa boutique pour s’excuser de son erreur, Tom se rend chez l’avocat Mingo. Il s’aperçoit de la fascination de celui-ci pour les criminels sanglants d’autrefois. Une passion excessive, estime Kit, qui le connaît bien. Dans un bar mal famé, Tom est contacté par Helen Calgary. Sans nouvelles de Joe, celle-ci lui avoue tout ce qu’elle sait. Le policier Cohen préférerait que Tom cesse de jouer au détective amateur. Pourtant, il lui appartient de définir le rôle de chacun autour de cette série de crimes…

Robert Bloch : L’Éventreur (Fleuve Noir, 1983) – Coup de cœur –

Bien qu’il y ait évidemment ici des allusions au célèbre criminel londonien de 1888, il ne faut pas confondre ce roman avec “La nuit de l’Éventreur” du même auteur, qui évoque l’histoire de Jack l'Éventreur. Le présent titre fut publié (par François Guérif) en 1983 dans la collection Engrenage du Fleuve Noir, puis chez NéO en 1989, et chez Pocket en 1994. Plus aucune réédition depuis vingt-deux ans, ce qui est aberrant pour un suspense d’aussi belle qualité. Car c’est un chef d’œuvre du roman criminel qu’avait concocté Robert Bloch. Le mot n’est pas un superlatif exagéré : tout est agencé avec maestria pour ménager le suspense, offrir de multiples hypothèses – toutes plausibles – quant au nom du coupable, et même envisager que le héros ne soit pas si innocent qu’il le prétend.

Si le principal suspect se nomme Joe Calgary, ce n’est ni un hasard, ni en référence à la ville canadienne, dans l’Alberta. C’est un clin d’œil au film de Robert Wiene “Le cabinet du Docteur Caligari” (1920). D’ailleurs, il en est question dans une scène, citant en particulier les acteurs Werner Krauss et Conrad Veidt. Ce film-culte traite de la folie meurtrière, tout comme cette fiction de Robert Bloch. Un thème qui passionnait cet écrivain. Il prête à un de ses personnages une (malsaine) fascination comparable pour les assassins.

Écrit en 1954, ce livre présente aussi un aspect sociologique. Le héros a été marqué par un épisode vécu durant la guerre de Corée, alors encore récente. Il souffre d’amnésie partielle, problème de santé longtemps mal compris aussi par la justice. À l’époque, les États-Unis n’admettant ni leurs faiblesses, ni les séquelles des conflits, la médecine s’occupe peu des troubles post-traumatiques. À noter aussi, deux belles pages sur la clochardisation : “Oh, c’est facile de se sentir satisfait de soi-même, distingué et supérieur, quand on passe à côté des clodos […] Il suffit de presque rien pour commencer, une toute petite pichenette… Vous perdez votre boulot, votre maison, votre femme ou les gosses, ou tout simplement vous perdez votre sang-froid…”

Ce roman n’est pas dénué d’humour. À l’exemple de Cohen, l’enquêteur, qui n’est pas un Irlandais comme beaucoup de flic d’alors, et n’a pas l’allure de sa fonction : “C’était peut-être un excellent policier, mais jamais il n’obtiendrait un rôle dans une émission policière à la télé.” Ou de ce barman, agacé par les ruses grossières des flics. Sans oublier une sacrée auto-dérision de la part du héros : “Tom Kendall, le détective amateur. Quelle était l’histoire déjà ? Ah oui, le détective amateur qui s’introduit dans la chambre du meurtrier, à la recherche de preuves et qui se fait assommer. Très amusant, vraiment, pourtant c’est ce que je faisais en ce moment même. J’étais là sans revolver, ni couteau, ni lime, ni pince-monseigneur, ni même une lampe électrique. Rien, à part une petite intuition et une grande case en moins.” [traduction de François Truchaud].

Bien au-delà d’un "classique de la Littérature policière", un roman magistral qui mérite un Coup de cœur pour son excellence absolue.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 04:55

À Paris, le quinquagénaire Victor Lefaucheux est propriétaire d’un club, le Bar Becue. Mais c’est avant tout un chef de bande, qui prépare un gros braquage. Ses complices Varcher, Giquel et Ober, sont d’excellents exécutants. Il y aura aussi le jeune Morland, dit le Gosse, qui a contribué à monter l’affaire. Et puis Ferdinand Bobin, ancien pilote de course qui eut quelques exploits à son actif. S’il n’est plus le cador qu’il fut, il a conçu un véhicule blindé qu’il conduira, qu’il a appelé le Casse-route. Imitant une ambulance militaire, son engin atteint des vitesses capables de laisser loin derrière tout poursuivant. Dans la bande, il y a encore Paul Chaumel, dit Fine-de-Claire, à cause de son goût immodéré pour les huîtres.

C’est le maillon faible du groupe, Lefaucheux le sait bien. Officiellement, Fine-de-Claire est représentant en horlogerie. Marié à Pierrette, père du petit Jean-Loup (dit Shérif), il habite entre Nantes et l’Atlantique, à Louangé-en-Retz. C’est justement à Rezé, dans la région nantaise, qu’aura lieu le braquage programmé. Étant convaincu que Fine-de-Claire va se dégonfler pendant l’opération, Lefaucheux le vire brutalement de la bande, au profit du Gosse qui, lui, ne flanchera pas. Fine-de-Claire prend très mal cette éviction. Il pense déjà à se venger. S’il dénonçait ses complices, on saurait illico que c’est lui qui a trahi la bande. Par contre, il confie à son ami Tiennot qu’il saurait saboter le Casse-route de Ferdi Bobin.

Pourquoi s’attaquer à une banque de Rezé ? Depuis quelques années, le mouvement Black Power se constitue un trésor de guerre pour financer ses actions aux États-Unis. Il s’agit de pierres précieuses, de diamants, dont une partie est stockée dans cette petite banque. Il y en a pour seize millions de dollars. En ce mois d’octobre, le trésor va bientôt être transféré, c’est pourquoi il est temps pour Lefaucheux et ses hommes de l’intercepter. Qui plus est, il a des clients qui l’attendent en Irlande pour récupérer les diamants. Ce sont des émissaires du Ku-Klux-Klan : une bonne façon de court-circuiter financièrement leurs ennemis du mouvement de défense des Noirs, qui prend toujours plus d’ampleur.

Le scénario du braquage a été bien préparé. Deux complices feront diversion en simulant le cambriolage d’une bijouterie voisine, tandis que les autres attaqueront la banque. Il est prévu de buter le caissier, de vite s’éloigner et de rejoindre le Casse-route, puis de filer en direction de l’océan (toutes sirènes hurlantes), où attendra un bateau pour l’Irlande. Le jour J, autour de neuf heures du matin, Lefaucheux et ses comparses sont à pied d’œuvre autour de la banque, à Rezé. De son côté, Fine-de-Claire n’est pas loin : il veut observer les effets du sabotage du Casse-route. Certes, il y a des impondérables dans un braquage tel que celui-là, et des motards risquent de prendre en chasse les voleurs. Le Casse-route va foncer comme prévu, malgré certains dangers en passant à Louangé-en-Retz…

Pierre Siniac : Le casse-route (Série Noire, 1969)

Bien qu’il ait publié trois romans entre 1958 et 1960 sous le nom de Pierre Signac, les vrais débuts de l’auteur datent de 1968, avec “Les morfalous” paru dans la Série Noire. L’année suivante, est publié son deuxième titre dans la collection, “Le Casse-route”. À la base, c’est une histoire de truands assez conventionnelle. Avec un grain-de-sable, comme il se doit : Paul Chaumel, dit Fine-de-Claire, “un quadragénaire presque chauve, à la figure ronde, au long nez de renard, aux yeux bleus à fleur de tête”. Père de famille aux idées bien arrêtées, il n’a plus vraiment sa place parmi les malfaiteurs. Son portrait d’amateur glouton d’huîtres nuance la noirceur de l’intrigue, apportant une légèreté souriante. Celui de Bobin, ex-pilote de course, amène aussi une certaine dérision.

L’essentiel de l’histoire se déroule près de Nantes, dans le Pays de Retz. Il est amusant de penser que, près d’un demi-siècle plus tard, l’agglomération nantaise n’est plus du tout si "provinciale". On nous parle ici de l’aérodrome de Château-Bougon, devenu quelques années plus tard l’aéroport de Nantes-Atlantique en prenant de l’extension. Les routes conduisant à la mer sont meilleures que celles décrites. Néanmoins, en quittant la proximité urbaine, ce secteur a su conserver une allure tant soit peu naturelle. Notons aussi une allusion à l’époque, fin de la décennie 1960, avec le KKK encore très puissant, face aux organisations des Noirs américains gagnant du terrain. Un suspense habile et captivant, par un Pierre Siniac qui montrera par la suite toute l’étendue de son originalité.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 04:55

Reno dans les années 1950, la capitale des divorces rapides. Le Nevada, “l’État dépotoir ! Vous avez du fric à claquer au jeu ? Venez chez nous. Vous voulez vous débarrasser de votre petite épouse ? Faites donc ça ici. Vous avez une bombe atomique de trop ? Faites-la exploser dans le secteur, tout le monde s’en lavera les mains. C’est le slogan du Nevada : Tout est bon pour nous, seulement ne venez pas vous plaindre après.” Ex-danseuse en boîtes de nuit, la blonde Roslyn Taber s’est installée chez Isabelle Steers, le temps de la procédure de divorce d’avec son mari Raymond. Roslyn vient de l’Est des États-Unis, du côté de Chicago. Isabelle Steers est une dame âgée servant de témoin pro aux divorces.

Dès qu’il aperçoit la séduisante Roslyn, le mécanicien Guido flashe illico sur elle. On le surnomme Pilote, car il possède un petit avion. Son meilleur copain est Gay Langland, un cow-boy de quarante-neuf ans. Accompagné de sa chienne Margaret, il revendique une large liberté. Les femmes passant dans sa vie sont de récentes divorcées de Reno, pour lesquelles Gay n’éprouve ni attachement, ni mépris. Après officialisation du divorce de Roslyn, un quatuor se forme dans un bar avec Isabelle, Guido et Gay. Isabelle prévient sa jeune amie Roslyn : “Les cow-boys sont peut-être les derniers hommes dignes de ce nom sur terre. Mais on ne peut pas plus se fier à eux qu’à des lapins sauvages.”

Malgré tout, ils vont faire la fête dans la maison inachevée de Guido, dans la campagne environnante. Le mécano-pilote n’y a pas de bons souvenirs. S’il est sous le charme de Roslyn, celle-ci est plus sûrement attirée par Gay, homme mûr à l’esprit libre. Tous deux s’installent finalement seuls dans la maison de Guido. Même si Roslyn et lui sont d’accord pour simplement profiter de ces bons moments, Gay sent qu’il pourrait s’attacher à elle. Une tendresse mutuelle les relie. Roslyn a su aménager la maison, tandis que Gay s’est occupé du potager : quand Guido et Isabelle reviennent quelques temps plus tard, s’il est un peu jaloux, le mécano-pilote avoue qu’il apprécie le décor que le couple a composé.

Les sentiments de Roslyn restent incertains, mais le dynamisme de Gay lui convient. Avec Guido, ils prévoient d’aller à la chasse aux mustangs sauvages dans les montagnes de la région. Roslyn apprendra plus tard qu’on ne les attrape plus pour leur valeur, hélas. Elle qui aime tant les animaux en sera plus que contrariée. Gay et Guido ont besoin de l’aide d’un troisième : ils s’adressent à Perce Howland, un habitué des rodéos. D’ailleurs, ils vont tous assister à celui de Dayton, auquel il participe. Dans la ville en fête, Roslyn glane un paquet de dollars sur des paris. Affronter un cheval fougueux puis un taureau agressif, ça vaut quelques séquelles à Perce Howland. Roslyn s’inquiète, mais il s’en remet vite.

Bien qu’ils soient rentrés tous ivres du rodéo de Dayton, il faut déjà se préparer pour la chasse aux mustangs. Ils vont bivouaquer dans le désert, en attendant que Guido arrive avec son avion. C’est en affolant ainsi les chevaux, qu’ils les acculent avant d’en attraper autant qu’ils peuvent. Ce qui ne peut qu’écœurer Roslyn, et probablement lui donner envie de partir, de quitter Gay…

Arthur Miller : Les misfits [Les désaxés] 1957 – Éd.Robert Laffont

Précision qu’il ne s’agit nullement d’une novélisation, d’une version adaptée en roman, du film de John Huston, avec Marilyn Monroe, Clark Gable, Montgomery Clift, Eli Wallach, Thelma Ritter. C’est l’évidence, puisque ce livre date de 1957, alors que le film est sorti en 1961. Il est certain qu’Arthur Miller a écrit ce roman-scénario pour son épouse Marilyn. Il s’inspire d’ailleurs de sa fragilité complexe, de sa hantise de la solitude. Si on a vu ce film d’anthologie, impossible d’imaginer d’autres comédiens dans les rôles principaux. C’est en particulier vrai pour Clark Gable, dont ce sera l’ultime rôle. S’il est encore bel homme, Montgomery Clift a ici un air plus tourmenté, plus ténébreux, en lien avec sa propre vie.

Arthur Miller explique en préface la construction de l’histoire, futur film : “C’est le genre de récit auquel la forme du découpage cinématographique, avec tout ce qu’elle comporte de sommaire et de schématique, ne saurait convenir, car sa signification dépend autant des nuances de caractère et de situation que de l’intrigue.” Si l’auteur ne néglige pas les descriptions, elle sont souvent assez elliptiques tout en restant visuelles. Le cas de la maison de Guido en est un bon exemple. Les dialogues sont ciselés, telle cette réponse de Gay qui résume son fatalisme : “C’est aussi naturel de mourir que de vivre, pour autant que je sache. Alors la seule chose à faire, c’est de ne pas y penser.” Très beau film, “Les misfits”, mais c’est également un roman d’une humanité et d’une force remarquables.

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 04:55

Été 1959. Le commissaire Mareuil, de la PJ, est appelé à l’usine de la Compagnie Générale des Propergols, à Courbevoie. Dans le pavillon du bureau d’étude, l'ingénieur en chef Georges Sorbier a été assassiné durant la pause du déjeuner. Les propergols sont un carburant pour les fusées : Sorbier avait récemment inventé un procédé différent des techniques habituelles pour la propulsion. L’un des spécimens de l’appareil tenait dans un tube de vingt kilos, qui a été dérobé à l’occasion du meurtre. Une véritable bombe pouvant détruire une partie de Paris, si l’objet est mal manipulé. Le vol de cette invention secrète laisse supposer une affaire d’espionnage. Pourtant, l’arme de petit calibre 6.35 est rarement utilisée par des pros. Aucune trace du criminel dans les locaux.

Il y a trois témoins : le gardien Legivre avec deux ingénieurs, Renardeau et Roger Belliard, ami du commissaire Mareuil depuis la guerre. Tous avaient beaucoup d’estime pour la victime. Ils n’ont vu sortir personne, alors que quelqu’un portant un tube de vingt kilos ne serait pas passé inaperçu. Si le coffre-fort a été ouvert entre la mort de Sorbier et l’arrivée des ingénieurs, ça laisse un laps de temps fort court. Mareuil avait rencontré l’ingénieur en chef, lui aussi. Dans le bureau, il trouve une enveloppe de lettre recommandée adressée à Sorbier, mais pas la lettre elle-même. Difficile pour lui de comprendre le déroulement du crime, mais il suppose que le coffre contenant le tube était déjà ouvert. Mareuil interroge les témoins, avant de visiter l’usine, qui est avant tout un centre de recherches.

Accompagné par Belliard, le policier va annoncer la mauvaise nouvelle à l’épouse de Sorbier, Linda, dans leur belle maison de Neuilly. Âgée de vingt-huit ans, Linda une blonde d’origine suédoise, de famille aisée. Elle ne dévoile guère ses sentiments. Le directeur de la PJ et le ministre mettent la pression sur le commissaire Mareuil, sachant le danger que représente le tube disparu. Le policier trouve bientôt une piste : celui qui adressa la lettre à Sorbier, c’est son ancien chauffeur viré depuis peu, Raoul Mongeot. Sa maisonnette se situe quai Michelet à Levallois, de l’autre côté de la Seine, face à l’usine de propergols. Il pouvait l’observer avec des jumelles. Filé par la police, Mongeot mène une vie routinière. Néanmoins, on pense qu’il vient de tenter de pénétrer clandestinement chez Sorbier.

Mareuil fait appel à son ami Belliard pour surveiller avec lui le domicile de leur suspect. Raoul Mongeot est pris pour cible par l’assassin-fantôme, et gravement blessé. Mareuil réalise vite que, comme à l’usine, le tireur paraît s’être évaporé : une victime, et pas de trace du criminel. Hospitalisé, Mongeot est très faible à son réveil, et ment sûrement en affirmant ne pas avoir reconnu son agresseur. Rien de formel ne peut être retenu contre Mongeot, quand il retourne guéri chez lui. Las de manquer d’indices, le policier va laisser l’essentiel des investigations, qu’il sait inutiles, à son collègue Tabard. Le dangereux tube reste introuvable. Lorsque Raoul Mongeot s’introduit une fois de plus chez Sorbier, Linda est effrayée. Belliard et Mareuil espèrent la protéger efficacement…

Boileau-Narcejac : L’ingénieur aimait trop les chiffres (Denoël, 1959)

Cet excellent "roman de mystère" est le dixième en duo pour Pierre Boileau (1906-1989) et Thomas Narcejac (1908-1998). L’intrigue s’avère exemplaire, énigmatique à souhaits. Elle utilise un contexte "moderne" pour son temps, puisque ça débute dans un centre de recherche autour des fusées atomiques. Quand le policier Mareuil visite les lieux, il avoue que c’est inhabituel : “Et savez-vous ce qui me gêne le plus ? Ce n’est pas le crime lui-même. C’est tout ce que vous venez de me montrer. Dans une banque, dans une bijouterie, dans un hôtel, je me sentirais à l’aise. Je saurais par quel bout prendre l’enquête. Mais dans ce décor futuriste… on a l’impression que n’importe quoi peut arriver, ici… Qu’on peut devenir invisible, ou tuer à distance.”

[Pour l’anecdote, le Quai Michelet à Levallois (où habite un des protagonistes) est devenu Quai Charles Pasqua en juin 2016.]

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après, ça peut nous apparaître tel un roman d’enquête traditionnel. C’est à la fois vrai et faux. S’il s’appuie sur un adjoint nommé Fred, figurant ici le policier-type quasi-anonyme, le commissaire Mareuil n’est pas un enquêteur au sens strict. Ses hypothèses "ne collent pas", il en est conscient et ça le déprime quelque peu. Les personnages sont décrits avec bien plus de nuances, d’infimes détails, de psychologie, que dans bon nombre de romans policiers : l’un est nouvellement père de famille, l’autre est un oisif sans complexe, etc. Bien entendu, le récit ne manque pas de péripéties. Un suspense de très belle qualité, toujours disponible au catalogue Folio policier.

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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 04:55

Simon est un ancien flic, au visage marqué et aux cheveux prématurément blancs. Il a été viré de la police à cause d’une embrouille, piégé pour le meurtre de Cora qu’il n’avait pas tuée. Derrière ce complot, il y avait de l’argent sale et de la politique. Ceux qui perdirent les élections de 1981 possédaient encore un certain pouvoir. Depuis, Simon a décidé de travailler pour son propre compte. C’est ainsi qu’un commanditaire lui promet une forte somme afin qu’il retrouve Victor Emmanuel Cerutti. Ce comptable doté d’une mémoire infaillible était employé par la société Morin, laquelle masquait des activités politiques peu démocratiques. Sentant qu’il deviendrait bientôt un témoin gênant à supprimer, Cerutti a disparu volontairement depuis quelques temps.

C’est sous le surnom de "Verlaine" que Simon connaît de longue date le comptable. Ils ont été ensemble dans l’armée, naguère. L’ex-flic accepte la mission, car il veut retrouver lui aussi Verlaine, pour des raisons personnelles. Avec son complice Tony l’Arméno, Simon a prévu le braquage d’un camion-laboratoire participant au trafic de drogue. Ils ont besoin de Verlaine dans leur équipe car ça nécessitera une opération commando. Après un pique-nique avec Tony, afin d’évaluer la situation, Simon part dans le Sud pour obtenir des infos sur la famille de Verlaine. Il dégote une piste : Cerutti-Verlaine a une demie-sœur, Myriam Stein. Celle-ci se trouverait actuellement à Dijon. La ville où Simon fut policier, où débutèrent ses ennuis à cause de la corruption locale.

À Dijon, Simon est attendu, deux flics ripoux cherchant à lui mettre la pression. Il pouvait compter sur la fidélité de son copain Pierrot. Mais ce dernier vient d’être mis hors-circuit par les sbires de Tonton, mi-notable mi-caïd. C’est chez Tonton que Simon va récupérer Myriam, qui n’est pas vraiment intime avec ce type. “Une brave fille un peu pute qui a fait les quatre cent coups, une paumée comme on en ramasse à la pelle à tous les coins de discothèque, une conne un peu dérangée avec quand même un cœur gros comme ça, que les coups de pieds au cul et le reste sont pas arrivés à pourrir.” Tous les deux trouvent refuge chez "Tokyo", une amie lesbienne de Myriam. Pour autant, Simon n’est pas sûr qu’ils soient à l’abri. La suite ne tarde pas à le lui prouver, et c’est Tokyo qui en fait les frais. Il serait prudent de vite quitter la ville, mais ne sont-ils pas déjà poursuivis ?

Simon et Myriam font un détour par la planque où s’est caché Verlaine. Il a laissé des indices, des preuves. Le couple tombe sur le commissaire Guyenne, dit Le Viet. C’est un cador de l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme, section des Stupéfiants), un des meilleurs policiers de France, celui-là. Pourtant, ses méthodes peuvent s’avérer discutables, aussi. Simon et Myriam vont continuer leur périple jusqu’à Lyon. Où ils ont rendez-vous avec Tony, pour finaliser l’opération commando programmée. Toutefois, pour être efficaces, il leur faut se procurer du matériel militaire et renforcer leur équipe…

Hugues Pagan : Je suis un soir d’été (Fleuve Noir, 1983)

En vérité, contrairement à beaucoup d’amateurs de romans noirs l’ayant porté au pinacle, je n’ai jamais aimé les livres d’Hugues Pagan. On me répondra que si tous les romans de cet auteur ont été réédités ou publiés aux éditions Rivages, c’est signe de qualité. On aura sans doute raison, en partie. Il y a bien une tonalité propre aux histoires d’Hugues Pagan, une noirceur fatale qui englue des personnages amers ou paumés. Ambiances dénuées de véritable espoir, armes à feu toujours à portée de main, cadavres martyrisés ou victimes abattues froidement, c’est du viril qui ne rigole pas, du costaud qui riposte.

Mon impression négative serait donc totalement subjective ? Non, il est facile d’écrire du "plus noir que noir" quand on ne respecte pas les règles de la narration. “Je suis un soir d’été” en apporte l’illustration. Hugues Pagan reste dans le flou concernant cet ex-policier, ne concédant que des bribes de portrait. Un "pur et dur" ou même "loup solitaire", croit-on comprendre. Sauf qu’il n’est pas si isolé que ça. Il faut bien que soit dressé le profil de son ami Verlaine, sinon on ne pigerait carrément rien, mais le portrait de son copain Pierrot ne nous dit presque rien sur lui. Quant à la jeune Myriam, son image est aussi parcellaire : une fille sans repères, manquant de caractère, mais sa psychologie n’apparaît guère.

On nous suggère encore – mais sans précision – le braquage d’un camion préparé par l’ex-flic Simon et son complice Tony. Très vague. Les adversaires du héros sont moitié des policiers ripoux, moitié des flics de choc, sans que ce soit clarifié non plus… La règle d’or du polar, c’est d’être le plus complet possible dans les éléments offerts aux lecteurs. Une base évidente, méprisée par Hugues Pagan. Quant au "parler populaire" ou argotique, ça frise le ridicule. Bien sûr, s’agissant là de son troisième titre publié (en 1983), on pourrait plaider qu’il n’a pas encore la maturité d’écriture. Qu’avec “Dernière station avant l’autoroute” (Prix Mystère 1998), il fut plus convaincant – c’est exact. Le présent roman n’est ni bon, ni mauvais, mais relativise les éloges exagérés sur Hugues Pagan.

 

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 04:55

À Milan, Mario est un voleur à la tire âgé de trente ans, un pickpocket récidiviste qui sort tout juste de la prison de San Vittore. Obtenir enfin un travail stable, alors que ça fait quinze ans que la société l’oblige à vivre de petits larcins ? Trop tard ! Mario retrouve bien vite Giovanna, sa complice pour le vol à la tire. Il faut rapidement se procurer de l’argent. Mario doit également clarifier la situation auprès de Caterina Ronaldi. Assistante sociale d’une vingtaine d’années, elle est éperdument amoureuse de Mario. Ce que la mère de Caterina ne voit pas d’un bon œil. Néanmoins, le couple s’offre un petit voyage jusqu’à Orvieto, célèbre pour sa cathédrale Le Dôme et ses musées. Un long trajet depuis Milan, mais Caterina en rêvait depuis fort longtemps.

S’étant brièvement absenté, Mario découvre la jeune femme égorgée dans leur voiture, qui appartient à Giovanna, place du Dôme. Il est repéré par un trio d’étudiants barbus, dont Josué Brignone, leader anarcho-gauchiste. Les carabiniers sont alertés, mais Mario prend bientôt la fuite en voiture, avec le cadavre de Caterina. Son périple en train le mène de Civitavecchia à Milan, où il rejoint Giovanna. Celle-ci sait où se réfugier : au village de Passignano, près de Pérouse. Là-bas, ils sont accueillis par le grand Carlo et Rosa, couple de septuagénaires vivant dans leur ferme. Ceux-ci ne doutent pas de la version de Mario, quand il clame son innocence. Il faut prendre quelques précautions : cacher leur voiture, être prêts à disparaître momentanément quand les carabiniers passent à la ferme.

Toutes les forces de polices traquent effectivement Mario. Le portrait qu’a dessiné Josué Brignogne est, hélas, très ressemblant. L’étudiant anar n’aime guère les flics, néanmoins il s’implique avec ses amis pour rattraper Mario. Seule la mère de Caterina répond, dans un article de journal, qu’il n’est certainement pas coupable. Voleur, oui, mais pas tueur. Mario doit se disculper par ses propres moyens. Changeant d’aspect, il repasse à Milan afin que la mère de Caterina lui cite les proches de la victime. Il obtient dix-huit noms, encore que ce ne soit pas facile de les contacter dans sa situation. Giovanna s’inquiétant pour Mario, elle est revenue à Milan de son côté. Elle ne tarde pas à avoir des ennuis avec les policiers de la Questure, mais la jeune femme leur tient tête bravement.

Bien que surveillée par la police, Giovanna va ruser pour leur échapper. Mario n’en a pas fini avec le leader anar Josué Brignogne et ses amis barbus, dont le gros Berto qui cogne volontiers. Parmi eux, la belle Raffaella, dont l’oncle est un vieil avocat influent. La tension a déclenché chez Mario une crise de paludisme, qu’il faut soigner. Après quoi, il adopte un look étudiant façon John Lennon, afin d’enquêter sur les proches de Caterina. Quant à Giovanna, ses soucis avec la police ne sont pas terminés. Puisque le crime s’est produit à Orvieto, c’est dans cette ville que Mario espère enfin dénicher des indices…

Giorgio Scerbanenco : Du sang sur le parvis (Ed.Plon, 1972)

Né en 1911, Giorgio Scerbanenco est décédé en 1969. C’est en 1971 que fut publié “Ladro contro assassino (Du sang sur le parvis), traduit en 1972 chez Plon, puis réédité dans la collection Grands Détectives chez 10-18, en 1984. Il ne s’agit pas d’un des quatre romans noirs ayant pour héros Duca Lamberti, qui valurent la célébrité à l’auteur. Pourtant, c’est aussi une histoire très réussie. Parce qu’elle exploite un thème solide de la littérature policière : l’innocent qui doit démontrer seul qu’il n’est pas un assassin. Pour ce faire, il va voyager entre plusieurs villes italiennes : Milan, Arrezo, Orvieto et un village de la région de Pérouse. Des tribulations mouvementées, comme il se doit.

Scerbanenco n’avait pas son pareil pour décrire les personnages. Y compris ceux ne jouant qu’un rôle annexe, tels d’anciennes connaissances de la victime, ou un conducteur qui est suspecté par Mario. De même, quelques réactions de la mère de Caterina suffisent à nous faire comprendre sa tolérance derrière son apparente réprobation. Le portrait de Josué, le leader anar (comparé au Cohn-Bendit d’alors), témoigne de l’époque propice à la rébellion sociale. D’autres protagonistes sont également bien mis en valeur. C’est le couple Mario-Giovanna qui est au cœur de l’affaire. Vivotant de petits vols, n’étant même pas amants, ils se complètent, et gagnent immédiatement notre sympathie.

Un très bon polar de Giorgio Scerbanenco, à redécouvrir.

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 04:55

Fin des années 60, Patrick et Renata sont un couple d’étudiants d’environ vingt-cinq ans. Cet été-là, dans la 403 bariolée du jeune homme, ils se rendent à Florence, ville d’origine de Renata. Alors qu’ils font une pause en Provence, quelqu’un est abattu dans sa voiture, non loin d’eux. Patrick ne tarde pas à s’emparer du portefeuille de la victime, contenant une belle somme en billets, et de sa mallette. Le couple n’a pas l’intention de prévenir la police. D’autant moins qu’il y a quantité de sachets de cocaïne dans la mallette, ce qui représente beaucoup d’argent. Renata pense trouver preneur à Florence. Sur place, c’est au club "Le voyage", avec sa faune hippie, qu’elle recherche son amie Gennie Volapo.

Le couple rencontre Paolo, un rebelle aux cheveux longs, qui est proche de ladite Gennie. En compagnie de la blonde Erika et d’Olaf, autres "invités" hippies, Renata et Patrick vont camper dans l’appartement de Gennie, baptisé "La roulotte". Entre-temps, le couple a prudemment planqué la mallette. Quand Renata est abordée par deux émissaires du trafic de drogue, alors qu’elle fait des emplettes, il y a matière à s’inquiéter. Face au danger, Gennie et Paolo estiment qu’il est préférable que tous les six restent enfermés, à l’abri dans l’appartement. Ces partisans du "Faites l’amour, pas la guerre" n’ont rien contre cette idée. Néanmoins, Renata finit par quitter l’endroit sous un faux prétexte.

Le commissaire parisien Jérôme Thiébaut s’est rendu à la morgue de Marseille, après le meurtre du conducteur dont Patrick et Renata ont été témoins. Même si délinquance et crime changent à Marseille, selon son collègue le commissaire Valade, cette exécution est attribuable au "milieu" traditionnel, celui qui dirige le trafic de drogue. Dans la calanque de la Redonne, Thiébaut part à la pêche… aux renseignements. Adèle, ex-maquerelle, et son compagnon Pascal, ancien truand corse, ne peuvent assurément pas dire tout ce qu’ils savent. Malgré tout, le commissaire parisien n’a pas de mal à traduire "l’historiette" que lui raconte Pascal, comportant des indications fort utiles.

C’est ainsi que, sous l’égide d’Interpol, Jérôme Thiébaut a rejoint à Florence son confrère italien, le commissaire Aldo Ortelli. Son équipe de lutte contre les trafiquants ne tient pas à collaborer avec la Questura de Florence. Le but est de remonter l’ensemble de la filière. L’appartement de Gennie est sous surveillance. Quand Renata en sort, peut-être afin d’aller voir la police, ça provoque immédiatement l’interpellation de Patrick et de Gennie. Renata et Patrick négocient leur collaboration avec les deux commissaires, en échange d’une éventuelle prime. La première tentative de contact avec le chef du trafic se termine de façon explosive. Le couple est certain que c’est en mettant la pression sur le barman du club "Le voyage" que, sous le contrôle des policiers, ils approcheront l’adversaire…

Claude Joste : La came de l’été (Fleuve Noir, 1968)

De 1965 à 1987, Claude Joste fut un des plus productifs auteurs des éditions Fleuve Noir. Il débuta avec des romans de guerre dans la collection Feu, écrivit dès 1971 de nombreux romans d’espionnage, et publia une grosse soixantaine de titres dans la collection Spécial-Police. Son enquêteur récurrent est le commissaire Jérôme Tiébaut, fumeur de pipe tel Maigret. Bien qu’en poste à Paris, il voyage en France au gré des affaires traitées, parfois même à l’étranger. Selon les cas, il a pour adjoints plus ou moins attitrés des inspecteurs. Des histoires où l’on joue sur les ambiances, soit au sein d’un groupe de personnes, soit dans des lieux bien décrits (ici, une calanque marseillaise et la ville de Florence).

Avec “La came de l'été”, Claude Joste présente un honnête roman policier. Le thème du trafic de drogue n’a rien d’original, c’est vrai. Ce qui est plus intéressant, c’est l’évocation des jeunes de la génération "peace and love" de l’époque (on est en 1968). Le besoin de liberté, y compris sexuelle, qui habitait cette jeunesse peut apparaître tel un témoignage pour les lecteurs actuels. L’auteur ne caricature pas tant que ça leurs comportements ou leurs aspirations. L’intrigue n’est donc pas dénuée d’aspects sociologiques.

Autre point à noter, l’évolution de la délinquance à Marseille : “Avant, il y avait le mitan et les caves. Barrière infranchissable. On était l’un ou l’autre. Maintenant, il y a les amateurs, les voyous mi-pédés mi-gonzesses. On casse un peu, on bricole. Ça vous vole une voiture, vous corrige des bourgeois au sortir d’un bal et ça se poivre au chanvre [indien, marijuana]… C’est comme pour les filles. Tenez, avant il y avait les professionnelles. Maintenant je peux vous présenter des petites vendeuses mignonnes comme tout qui font du supplément en sortant du boulot ou entre midi et deux…”

Un scénario riche en péripéties, une narration limpide, pour un polar qui se lit encore avec un plaisir certain.

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