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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 04:55

Pierre Grematz a fait partie des grandes figures de la politique française. Âgé de soixante-six ans, il fut deux fois Président du Conseil sous la 4e République, occupa d’autres postes ministériels, participa aux débuts de la 5e dans un gouvernement gaulliste. Il traversa un long purgatoire, n’étant plus que sénateur pendant quinze ans. Mais son retour dans le jeu politique semblait imminent car, en cette toute fin des années 1970, des fédérateurs ayant des réseaux efficaces tel que lui sont incontournables. Bien qu’appartenant à l’élite, Pierre Grematz se voulait assez ironique et provocateur envers son milieu, la bourgeoisie. Ainsi, il cachait à peine son goût prononcé pour les prostituées. Il semble bien que ce soit l’une d’elles qui l’ait assassiné chez lui, rue Lauriston, lui fracassant le crâne.

En effet, Martine Brunet est une prostituée parisienne qui a accepté l’invitation de Pierre Grematz. Mais elle a seulement été témoin du meurtre de l’ancien Président. C’est un vieux truand corse, Sauveur Sanguetti, et ses sbires qui ont supprimé le politicien. En prenant la fuite, la voiture de Martine a été repérée par le trio de malfaiteurs. Elle a dû provoquer un accrochage afin de s’échapper. Il est plus qu’urgent que la jeune femme se fasse oublier. Elle va trouver refuge chez sa cousine Louise, qui habite avec son mari et sa famille à Mérifontaines, un village de Normandie, dans l’Eure. Toutefois, Sauveur a chargé un de ses comparses de retrouver et d’éliminer Martine, témoin gênant. Débrouillard, ce dernier ne tarde pas à trouver son adresse, et constate qu’elle a filé.

C’est au jeune commissaire Tardier qu’échoit l’enquête sur le meurtre du Président Grematz. Ce policier appartient à une riche famille lyonnaise qui, à toute époque, participa au fonctionnement de la société française. Conscient qu’il s’agit d’une affaire sensible, il garde sa lucidité de limier. Plus âgé que lui, son adjoint Chaumeil est critique envers les politiciens. Le scénario du crime semble sans équivoque : le Président a été tué par cette prostituée qui l’accompagnait. Meurtre improvisé au gré des circonstances, ou alors crime crapuleux ? On est certains que Grematz détenait des archives secrètes, des dossiers très probablement compromettants. Qui peuvent devenir des armes redoutables entre des mains malintentionnées. Sa hiérarchie met un peu la pression sur le commissaire Tardier.

Le policier rencontre Arlette Monestier, depuis trente ans l’assistante de Grematz. Pour elle, le défunt était un homme d’État admirable, exceptionnel, qui avait ses secrets et ne manquait sûrement pas d’ennemis. Que ces adversaires passent à l’acte paraît néanmoins improbable. S’il possédait des dossiers sulfureux, ils doivent se trouver dans le coffre-fort de sa maison de campagne, en Vallée de Chevreuse. De leur côté, les Corses de Sauveur Sanguetti sont toujours sur la piste de Martine. Si jamais ils la retrouvent, elle n’est pas prête à se laisser abattre sans réagir…

Adam Saint-Moore : Le dernier rendez-vous du Président (Fleuve Noir, 1979)

— Le Président était un homme d’un assez remarquable courage physique, dit Arlette Monestier. Il avait fait une guerre très belle, avec blessures et citations. Il s’était évadé de son oflag et il avait travaillé dans la Résistance, en prenant de grands risques. Il avait même un certain mépris du danger. En outre, c’était un homme qui possédait un excellent système nerveux… Rien d’un anxieux ou d’un inquiet… Même aux pires moments de sa carrière – et il y en a eu de difficiles – il gardait son calme et son ironie, et il dormait comme une souche. Mais depuis quelques temps, il était nerveux, il était même soucieux, il donnait l’impression de redouter quelque chose…

De 1956 à 1985, Adam Saint-Moore (1926-2016) publia des dizaines de romans policiers, d’espionnage et d’anticipation, dans les collections du Fleuve Noir. C’est dire qu’en 1979, quand il écrit le présent polar, c’est déjà un auteur chevronné, un pro de l’écriture. Ce que démontre la construction du récit, qui suit parallèlement la prostituée Martine, le caïd corse Sauveur et l’enquête de police. En cette décennie 1970, Adam Saint-Moore remplaça son vieux commissaire Paolini, héritier d’un classicisme façon Maigret, par un jeune flic un peu plus dans l’air du temps, Tardier. Celui-ci était assurément plus crédible quand l’auteur pimentait ses histoires de scènes teintées d’un érotisme léger. Ici, on reste sur des bases plutôt traditionnelles, avec un grand banditisme à l’accent corse.

En ce temps-là, circulait une plaisanterie assez révélatrice. Dans une réunion publique regroupant une foule de gens, un appariteur lance un appel : “Le Président est demandé au téléphone”… et vous avez vingt-cinq personnes qui se lèvent pour y répondre. Ce titre honorifique de Président reste très prisé, mais il avait encore plus de prestige, à l’époque. Le politicien dont il est question est-il typique de cette période ? Sans doute, oui. Mais on peut vérifier que, aujourd’hui comme hier, bon nombre d’entre eux font une longue, une très longue carrière dans les milieux politiques, dans les cercles du pouvoir. Et que la tentation d’un retour au premier plan est toujours forte. Derrière cet aspect, l’intrigue criminelle est ici exploitée avec une belle maîtrise.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 04:55

Né en 1936, le matelot de première classe Ordo Tupikos est en poste à New London, dans le Connecticut, à l’automne 1974. Il lui reste encore deux ans à tirer dans la Marine, avant de prendre sa retraite à quarante ans. Ses deux mariages, en 1958 et en 1960, ont été des échecs. Il est aujourd’hui le compagnon de Fran, une divorcée. Un jour, ses collègues repèrent dans un journal une photographie où figure Ordo. Elle date de sa première union, avec Estelle Anlic, originaire du Nebraska. Cette jeune fille se prétendait majeure, alors qu’elle n’avait que seize ans. Ce qu’Ordo ne pouvait soupçonner. La mère d’Estelle, une personne odieuse, intervint afin d’annuler leur mariage, et fit placer sa fille dans un foyer. Par la suite, Ordo n’eut plus jamais de nouvelle d’elle, se remaria, divorça.

Cette photo illustre un article consacré à l’actrice Dawn Devayne, retraçant sa carrière d’icône sexy du cinéma. Ordo l’a vue dans des films, mais n’a noté aucune ressemblance avec Estelle. Ce n’est pas uniquement qu’Estelle était brune tandis que Dawn est blonde. Dawn aurait-elle payé pour emprunter la biographie d’Estelle, afin de masquer son passé ? En seize ans, a-t-elle pu changer au point d’être méconnaissable ? Ayant obtenu une longue permission, Ordo passe par New York, où il revoit un film avec Dawn Devayne. Pas de point commun, ça se confirme. Pour en avoir le cœur net, Ordo prend l’avion jusqu’à Los Angeles. Bien qu’il ne connaisse rien à ces milieux, il se débrouille pour entrer en contact avec l’agent artistique de l’actrice, Byron Cartwright.

Dawn Devayne est absente en journée pour cause de tournage en extérieur, mais Byron Cartwright reçoit chaleureusement Ordo. Avec cordialité, l’agent l’appelle “Orry”, surnom que lui donnait Estelle et qui est encore utilisé par ses amis à lui. Il assure que l’actrice sera très heureuse de le revoir. D’ailleurs, elle invite Ordo à séjourner dès à présent dans sa maison de Bel Air, luxueuse propriété avec piscine. Sur place, le marin est pris en main par le domestique Wang, efficace régisseur de la maisonnée. Le soir, Dawn Devayne est de retour chez elle, accompagnée d’une bande d’amis évoluant dans le cinéma. Se laissant entraîner par le tourbillon de la vie de l’actrice, Ordo apprécie ces chaudes retrouvailles. Pourtant, Estelle n’a-t-elle pas définitivement disparu ?

Donald Westlake : Ordo (Éd.Rivages/noir, 2017)

Ce film avait été fait en 1967, donc neuf ans seulement après mon mariage avec Estelle, alors j’aurais dû pouvoir la reconnaître, mais vraiment elle n’était pas là. Je regardai cette femme sur l’écran, encore et encore et encore, et la seule personne qu’elle me rappelait c’était Dawn Devayne. Je veux dire, au temps où je ne savais pas qui elle était. Mais il n’y avait rien d’Estelle. Ni la voix, ni la démarche, ni le sourire, ni rien.
Mais sexy. J’ai vu ce que voulait dire l’auteur de l’article, parce que si on regardait Dawn Devayne on pensait immédiatement qu’elle serait fantastique au lit. Et puis on se disait qu’elle serait aussi fantastique autrement, pour parler ou faire un voyage, ou n’importe. Et puis on se rendait compte que comme elle était tellement fantastique en tout, elle ne pouvait choisir qu’un type fantastique en tout, donc pas vous, donc on l’idolâtrait automatiquement. Je veux dire, on la voulait sans penser une seconde qu’on pourrait jamais l’avoir…

Beaucoup de gens ont connu cette expérience : retrouver quinze à vingt ans plus tard un ami ou un proche perdu de vue. Autrefois, on avait de fortes affinités. Si le temps s’est écoulé, on ne l’a jamais oublié. Chacun a mûri, évolué vers d’autres directions. On est conscient d’avoir changé, physiquement et mentalement. Parfois, l’un ou l’autre aura renié des pans entiers de son passé, tourné définitivement ces pages. Tout le monde n’accumule pas des images d’antan, n’encombre pas sa mémoire de souvenirs. Rien d’anormal, ainsi va la vie. On ne côtoie pas pour toujours les mêmes personnes, les mêmes milieux. Observer une nette distance envers hier, ça se conçoit.

Mais il y a aussi d’anciens proches qui, à tous points de vue, sont carrément aux antipodes de ce qu’ils furent. Tel le quelconque devenu remarquable, le tolérant devenu sectaire. La différence peut apparaître tranchée, voire brutale. Renouer est alors hasardeux, inutile, improbable, même si peuvent exister des exceptions. Voilà ce que nous raconte Donald Westlake dans ce roman court, non criminel. C’est l’histoire d’un type ordinaire, stable, pas compliqué. Il faut un sacré talent pour restituer cette simplicité de caractère. Il est plus facile de décrire un héros au passif chargé, tumultueux.

L’époque n’est pas choisie sans raison non plus. Écrite et publiée en 1986, au catalogue Rivages/noir depuis 1995, l’intrigue évoque la période 1958/1974. Tant de changements s’opérèrent dans la société pendant ces années-là. Concernant les actrices de cinéma, on était passé des grandes séductrices au charme vénéneux, à des jolies femmes sexy plus affriolantes mais moins distinguées. Rééditer “Ordo” est une excellente initiative. Car lire ou relire Donald Westlake, le découvrir peut-être, c’est l’assurance de ne jamais être déçu.

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 04:55

Automne 1952. Âgé de trente-cinq ans, Mark Harris était un brillant avocat californien. Il était marié à Maria, sœur du caïd mafieux Cass Angelo. Sa femme lui demandait d’arrêter de couvrir des affaires douteuses, en particulier celles de son frère. D’autant que cette situation était responsable d’un alcoolisme de plus en plus addictif chez Mark. Celui-ci était toujours très épris de Maria, mais il fut responsable de sa mort. Quand la voiture de Mark tomba du haut d’une falaise du côté de San Chino, la police locale estima qu’il ne pouvait avoir survécu à l’accident. Par contre, tant qu’on n’aurait pas retrouvé son cadavre, Cass Angelo ne se contenterait pas de cette version. Il ferait tout pour venger sa sœur.

Cinq semaines ont passé depuis la disparition de Mark. C’est dans un asile pour clochards de Chicago qu’il reprend finalement ses esprits. Tout ce qui s’est produit entre-temps reste flou dans sa mémoire, bloquée par l’éthylisme. Il s’est énormément alcoolisé durant cette période, et n’a quasiment plus d’argent. Sans doute apparaît-il différent de ses congénères d’infortune, car Mark est bien vite remarqué par la riche et bienveillante Mme Hill. C’est une jeune blonde de vingt-neuf ans, assistée par sa domestique Adèle, venant en aide aux clochards. Brièvement mariée à un concessionnaire vendeur de voiture qui était largement son aîné, May Hill est veuve depuis dix ans, et héritière des biens du défunt.

Quand elle interroge Mark, il se fait passer pour un certain Phillip Thomas, ancien expert-comptable originaire d’Atlanta. Un homme qui a réellement existé et qui connu beaucoup de déboires. May Hill fera vérifier ces informations par une agence spécialisée. Elle engage Mark en tant que chauffeur. Il sera logé dans la belle demeure où May vit recluse depuis dix ans. Les fenêtres sont closes par des planches, mais l’intérieur est très confortable. Il y a des bruits nocturnes comme dans toute vieille maison, rien d’inquiétant. Si May Hill est attirée par Mark, elle semble encore hésitante. Lui se renseigne sur les circonstances de la mort de Harry Hill, une décennie plus tôt. Il s’agissait d’un meurtre.

À une époque, May fréquenta Link Morgan, un gangster. Il disparut sitôt après qu’il eût assassiné l’époux de la jeune femme. Heureusement, ce crime ne causa pas d’ennuis à May. Si Morgan était impliqué dans un casse, seuls quelques-uns de ses complices finirent en prison. Devenue intime avec Mark, le jeune femme a maintenant envie de retrouver la joie de vivre. May propose le mariage à Mark, avant que tous deux partent en voyage à Rio-de-Janeiro, avec une étape à La Havane. Un bon moyen pour Mark de s’éloigner du danger représenté par Cass Angelo. Pour cela, il a besoin d’un passeport au nom de Phillip Thomas. Il fait en sorte d’obtenir des papiers d’identité authentiques. Certains mariages peuvent réserver de mauvaises surprises…

Day Keene : Vive le marié ! (Série Noire, 1955)

Je retournai au garage et ramassai une longue corde que j’avais vue traîner sur l’établi. J’essayai de la casser avec les mains, sans y parvenir. Elle était relativement neuve. Ce fut plus difficile de trouver un poids pour lester le cadavre. J’hésitai entre deux pavés poussiéreux d’une quinzaine de kilos et une vieille roue d’acier qui semblait provenir d’une Daimler. Je choisis finalement les pavés. Je les mis dans la malle arrière avec la corde et Martin. J’étais en train de refermer, quand la porte s’ouvrit et May descendit les marches. Si elle avait peur, ça ne se voyait pas. Ses hauts talons sonnaient sec sur la pierre. Elle portait un long manteau de vison et une élégante toque de vison, assortie. Le froid avivait le rose de ses joues. Sa respiration, qui se condensait en petites bouffées de vapeur, était précipitée…

De 1949 à 1964, Day Keene (1904-1969) fut un des piliers de la Série Noire, avec environ trente-cinq titres publiés (dont quatre initialement parus chez Denoël, en 1952-53). Dans bon nombre de ses livres, le héros est un quidam devant démontrer son innocence. Sur une trame différente, “Vive le marié !” n’est pas moins représentatif de sa conception des intrigues. D’emblée, le "vécu" du héros est sombre et compliqué. Il est dans la dèche, après une affaire criminelle qui l’a contraint à fuir sa vie aisée. La chance va tourner en sa faveur, grâce à la rencontre avec May Hill. Et à leur coup de foudre mutuel. Mais une menace est toujours présente. Et il doit mentir à sa bien-aimée pour pouvoir reconstruire sa vie. Échappe-t-on à son destin ? Dans ce type de romans noirs, c’est très rare.

Il est intéressant de noter que cette histoire est située dans son époque, faisant référence par exemple à Pearl Harbor, dix ans auparavant. Ou évoquant le mafieux Frank Nitti, un des successeurs d’Al Capone. On est donc dans l’Amérique de ce temps-là. On ne peut que partager l’opinion du "Dictionnaire des Littératures Policières" de Claude Mesplède : “Le décor est réaliste, sans plus. L’action, le suspense et les coups de théâtre sont privilégiés et font de tous ces romans d’excellents divertissements.” En effet, c’est ici un roman sans temps mort, parfaitement construit, d’une fluidité idéale. Il a été adapté au cinéma par René Clément en 1964 sous le titre “Les félins”, avec Alain Delon, Jane Fonda, Lola Albright, Sorrel Booke (Boss Hogg, dans "Shérif, fais-moi peur"). Ce film fut exploité aux États-Unis sous le titre original du roman, “Joy house”. Un bel exemple de la Série Noire traditionnelle.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 04:55

En littérature policière, il n’est pas rare que le mot "nuit" figure dans des titres de romans. On peut en rappeler quelques-uns en vrac : William Irish : Les yeux de la nuit (1945), Ken Follett : La nuit de tous les dangers (1991), Gunnar Staalesen : La nuit tous les loups sont gris (2005), Graham Hurley : La nuit du naufrage (2006), Hugo Buan : La nuit du tricheur (2010), Kishwar Desai : Témoin de la nuit (2013), Arnaldur Indridason : Les nuits de Reykjavik (2015), Denise Mina : La nuit où Diana est morte (2015). Dans la Série Noire, notons par exemple Day Keene : Bonne nuit, brigadier (1954), M.J.Naudy : Equipe de nuit (1998), Nino Filasto : La nuit des roses noires (2001). Dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, il y aurait Benoît Becker : Nuit des traqués (1957), Adam Saint-Moore : Les voix de la nuit (1965) et La nuit du chat (1967), J.P.Conty : Première nuit dans ma tombe (1972), Pierre Nemours : La longue nuit d’Alice Fairfield (1974), , Claude Joste : La nuit commence à l’aube (1977), Eric Verteuil : Le punch d’une nuit d’été (1979), Joël Houssin : La nuit du Doberman (1981). Sans oublier J.P.Ferrière : La nuit de Mme Hyde (1977).

Constellation d’étoiles dans la nuit du polar

Revenons plus en détail sur une vingtaine de romans d’anthologie.

Georges Simenon : La nuit du carrefour (1931). Maigret enquête sur le meurtre d’un diamantaire anversois, du côté d’Arpajon, au Carrefour des Trois-Veuves, un hameau de quelques maisons.

Fredric Brown : La nuit du Jabberwock (1950). À Carmel City, Al Grainger et Doc Stoeger sont deux admirateurs de Lewis Carroll. Doc se voit proposer par un certain Yehudi Smith d'assister aux séances de la société secrète des Sabres verzibafres. Il le suit jusqu’à une maison abandonnée où Smith meurt bientôt, empoisonné. Dans le coffre de sa voiture, Doc va découvrir les cadavres de Ralph Bonney, un industriel, et du shérif-adjoint Miles Harrison.

Thomas Walsh : Ronde de nuit (1952). Trois flics surveillent l’appartement de Harry Wheeler, qui a cambriolé une banque. McCallister, un des policiers, abat le braqueur et rafle le pactole qu’il convoitait. Son collègue chevronné Sheridan tente de l’arrêter.

Jim Thompson : Nuit de fureur (1953). Quand, à trente ans on en paraît dix-sept, qu’on mesure un mètre cinquante avec des talonnettes, qu'on est presque aveugle et en train de crever de tuberculose, on ne vus prend pas au sérieux. Mais ce n'est pas par hasard si c'est à vous qu'on offre trente mille dollars pour descendre un mafioso trop bavard. Pas de coïncidence non plus si deux superbes filles vous tombent dans les bras, l'une d'elles souffrant d'une curieuse infirmité.

Léo Malet : La nuit de Saint-Germain-des-Prés (1955). Nestor Burma est engagé par un assureur afin de retrouver des bijoux volés. Le receleur doit être Charlie Mac Gee, ex-musicien de jazz noir devenu trafiquant de drogue. Le détective plonge dans l’univers culturel de Saint-Germain-des-Prés.

Davis Grubb : La nuit du chasseur (1955). Orphelins, John (9 ans) et sa sœur Pearl ont des raisons d’avoir peur du Prêcheur, individu inquiétant qui s’installe dans leur village de Cresap. Car il cherche le pactole caché par leur père avant que celui-ci soit pendu.

Frédéric Dard : Les bras de la nuit (1956). A Seattle, le policier Leonard Wilkins enquête sur la disparition de Steeve Huff. Il peut supposer que son épouse Doris Huff est impliquée. Wilkins a du mal à refouler son attirance pour la jeune femme.

David Goodis : Ceux de la nuit (1961). Ex-policier, Corey Bradford rencontre Walter Grogan, parrain de la pègre locale, qui l’engage afin de retrouver le commanditaire de l'agression dont il a failli être victime. Par ailleurs, deux flics de la "Night Squad" lui offrent de récupérer son badge de policier s’il met fin aux agissements de Walter Grogan. La solution pour lui, jouer un double jeu.

Agatha Christie : La nuit qui ne finit pas (1967). Quelque peu déçu par la vie, Michael Rogers raconte ses amours avec Ellie, leur mariage, leur installation dans leur nouvelle demeure.

Pierre Siniac : Le nuit des Auverpins (1969). Une bande d’Auvergnats (Le Cantalou, le Charbonnier et la belle Laurette) cherchent à récupérer un milliard et demi en barres d'or, enfermé dans le coffre-fort d’une ferme abandonnée en Haute-Provence. Ils ne sont pas seuls sur le coup, et ça risque de flinguer à tout-va.

Mary Higgins Clark : La nuit du renard (1977). À New York, le Renard est un criminel ayant déjà assassiné cinq femmes. De leur côté, Steve Peterson et son amie Sharon Martin sont séquestrés dans une pièce de la gare de Grand Central, sous la menace d’une bombe. Grand Prix de Littérature Policière 1980.

Constellation d’étoiles dans la nuit du polar

Bernard Lenteric : La nuit des enfants rois (1981). Sept adolescents surdoués, six garçons et une fille, bénéficient d'une bourse d'études. Lors d'une sortie nocturne à Central Park, ils sont agressés et victimes de violences sexuelles. Ils s'enferment alors dans une spirale de folie meurtrière, visant d’abord ceux qui les ont conditionnés. Jimbo Farrar, qui les observe depuis dix ans, peut-il faire cesser leurs crimes vengeurs ?

James Ellroy : À cause de la nuit (1984). Le policier Lloyd Hopkins du LAPD est chargé d’enquêter discrètement sur la disparition d'un autre flic de son service, Jack Herzog. Au même moment, un magasin d'alcool est braqué, et trois personnes exécutées. Il existe un lien entre les deux affaires. Hopkins est bientôt confronté à un criminel surnommé Le voyageur de la nuit.

Andrea Camilleri : L’odeur de la nuit (2003 ). En Sicile, un homme d'affaires douteux disparaît de Vigàta, et avec lui, les économies de beaucoup d'habitants. Est-il vivant, en train de profiter de l'argent escroqué ou bien mort, exécuté par la mafia ? Sa secrétaire, Mlle Cosentino, amoureuse de lui, attend son retour. Le commissaire Salvo Montalbano et son équipe s’en occupent.

Val MacDermid : Quatre garçons dans la nuit (2005). Écosse, en 1978, Ziggy, Mondo, Weird et Gilly rentrent chez eux par une nuit d’hiver. Fortement alcoolisés, les quatre étudiants découvrent le cadavre poignardé de la barmaid Rosie. Ils ne sont que témoins, mais on va bientôt les suspecter. Aucune preuve n’existe contre aucun d’entre eux, pourtant. Mais l’affaire va ruiner leur amitié. D’autant que tous ont, fatalement, quelques secrets persos à taire.

James Lee Burke : La nuit la plus longue (2007). Été 2005, l'ouragan Katrina sème le chaos à La Nouvelle-Orléans. Des pillards vident les maisons abandonnées, des milices se créent pour contrer les voleurs, et les flics véreux ne sont pas les derniers à se montrer violent. Dave Robicheaux débarque en ville, pour élucider la mort de deux jeunes Noirs dans le quartier blanc.

Tess Gerritsen : Au bout de la nuit (2009). Déclarée morte noyée, attendant d’être autopsiée par le Dr Maura Isles, une inconnue se réveille soudain à la morgue. La jeune femme abat bientôt un garde, puis prend plusieurs personnes en otage dans l’hôpital. Dont la policière Jane Rizzoli, enceinte de neuf mois. Pour comprendre la situation, encore faut-il que Jane survive à cette longue nuit.

John Connolly : Les anges de la nuit (2009). Les Faucheurs, c’est l'élite des tueurs, des hommes terrifiants. Ami du détective Charlie Parker, Louis a été formé par cette armée de l'ombre avant de tourner la page. Aujourd'hui il est la cible des Faucheurs, et surtout de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Dennis Lehane : Ils vivent la nuit (2012). Boston, 1926, à l’époque de la Prohibition. Jeune fils du policier Thomas Coughlin, Joe espère se faire une place au sein de la pègre. Il braque un bar clandestin appartenant à un caïd local et commet l'erreur de séduire sa maîtresse. Joe se retrouve bientôt en prison. C'est ainsi qu'un vieux parrain, Maso Pescatore, se charge de son "éducation" et que la carrière de Joe va prendre son essor.

Peter Robinson : Face à la nuit (2014). Un meurtre à l'arbalète, c’est pour le moins insolite. La victime est un officier de police médaillé, Bill Quinn, veuf d'une femme à laquelle on le disait fidèle et dévoué. Ce qui ne colle pas avec les photos compromettantes trouvées près de la scène du crime, montrant Quinn avec une mineure. Contrairement à Joanna Passero de l'Inspection Générale de la Police, l’inspecteur Banks ne croit pas à une affaire de corruption interne. La mort de Quinn peut être liée à une enquête menée six ans plus tôt, sur la disparition d'une jeune Anglaise en Estonie.

Jo Nesbø : Soleil de nuit (2016). Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d’Oslo, Jon Hansen succombe un jour à la tentation : l’argent proposé par un homme qu’il devait liquider lui permettrait de payer un traitement expérimental pour sa fille leucémique. En vain… Jon se réfugie dans un village isolé du Finnmark, où il croise la route de Lea et de son fils de dix ans, Knut. Une rédemption est-elle possible? Toutefois, on ne trahit pas impunément le Pêcheur.

Constellation d’étoiles dans la nuit du polar
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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 05:55

Les femmes et le polar, toute une histoire. Certes, les héros de romans sont souvent des hommes, soit de fins limiers, soit des durs-à-cuire. Pourtant, il y a belle lurette que les héroïnes leur dament le pion. À l’exemple de la brave Miss Marple, vieille demoiselle très observatrice et fouineuse d’Agatha Christie. Celle-ci raconta aussi les enquêtes du couple Thomas Beresford et Prudence Cowley, autrement dit Tommy et Tuppence Beresford (Le crime est notre affaire, Associés contre le crime). Récemment traduites en France, on peut aussi lire les aventures très souriantes d’Agatha Raisin, une londonienne transplantée dans un village so british, par M.C.Beaton. D’excellentes comédies dotées de vraies intrigues.

On n’oublie pas que les personnages d’Anne Perry, conjointes de policiers au 19e siècle, sont très actives dans l’univers de leurs maris. Telle l’infirmière Charlotte Pitt, épouse de Thomas Pitt, dirigeant vaille que vaille un dispensaire, et Hester Monk, mariée au chef de la police fluviale William Monk. Des héroïnes à part entière dans ces histoires. Peut-être Miss Monneypenny n’est-elle qu’une figurante dans les tribulations de James Bond. S’il approche tant de jolies et fourbes jeunes femmes, elle a quand même son rôle à jouer. Un peu moins, bien sûr, que Velda, la secrétaire sexy du détective Mike Hammer, de Mickey Spillane. Beaucoup moins que Della Street, l’assistante de l’avocat Perry Mason (d’Erle Staney Gardner), dont la fonction est essentielle auprès de son patron. Très intuitive, Della alerte souvent Perry Mason sur les probables mensonges d’une nouvelle cliente.

Une myriade d’héroïnes de polars

Carolyn Kayser, l’amie lesbienne du libraire new-yorkais Bernie Rhodenbarr (de Lawrence Block) n’est pas un simple faire-valoir, aussi intrépide que soit le cambrioleur Bernie. Il veille toutefois à ne pas trop l’impliquer dans ses méfaits. L’entourage féminin du commissaire sicilien Salvo Montalbano a son importance. Avec son éternelle fiancée Livia Burlando, l’indispensable cuisinière Adelina (qui déteste Livia), et la très libre amie de cœur du policier, Ingrid Sjostrom. Parmi les enquêtrices chevronnées, il faut citer l’inspectrice Jane Rizzoli et la légiste Maura Isles, de Tess Gerritsen. Mais aussi la détective Claire DeWitt, de Sara Gran, qui sévit à La Nouvelle-Orléans.

Des intrigues internationales riches en péripéties et en danger pour l'avocate allemande Valérie Weymann, héroïne des romans d’Alex Berg. Mariée à un médecin, Nora Linde est juriste bancaire en Suède et mère de famille. Dans ces romans de Viveca Sten, elle fait de fréquents séjours dans sa maison sur l'île de Sandhamn (La reine de la Baltique). Et se trouve concernée par des affaires criminelles obscures à élucider en parallèle avec son ami policier Thomas Andreasson. En Suède aussi, les suspenses de Camilla Läckberg mettent en vedette la romancière Erica Falck, originaire de Fjällbacka. Elle a des relations dans la police, mais c’est elle qui découvre les plus noirs secrets des protagonistes liés aux crimes. La plus insolite des héroïnes et certainement la plus inquiétante, ne serait-elle pas Lisbeth Salander, dans "Millenium" de Stig Larsson ?

Une myriade d’héroïnes de polars

En France également, nous avons de longue date des héroïnes capables d’investigations mouvementées. Autrefois publiés chez Le Masque, les enquêtes de Sœur Angèle, d’Henry Catalan, ne manquaient pas de péripéties. Cette jeune et dynamique religieuse était une sacrée baroudeuse. À la même époque, fin des années 1950, Jean-Pierre Ferrière nous faisait sourire avec Blanche et Berthe Bodin, deux sœurs provinciales quelque peu âgées, mêlées où qu’elles se trouvent à des affaires mystérieuses ou criminelles. Championnes pour dénouer les énigmes, ces deux-là. Quelques années pus tard, J.P.Ferrière fit vivre plusieurs aventures à la bourgeoise Évangéline, confrontée à des situations compliquées, où cette snob pourrait passer pour suspecte – et fort amusantes.

Aussi passive fut-elle, on n’oubliera évidemment pas Louise Maigret, l’épouse du célèbre commissaire créé par Georges Simenon. Qui écouterait Jules avec compréhension et lui mitonnerait sa blanquette de veau, si Louise n’était pas là ? Pour le commissaire San-Antonio, celle qui compte plus que toute autre, c’est sa brave femme de mère, Félicie. Si le paisible inspecteur César Pinaud n’est pas un homme-à-femmes, le mahousse Bérurier est l’époux de l’adipeuse et volcanique Berthe. C’est un caractère, la Berthe ! Le parcours de Marie-Marie, auprès de San-Antonio, est étonnant : fillette espiègle quand elle entre dans la vie du commissaire, la jeune femme deviendra au fil des ans son amante puis son épouse légitime. Avec San-Antonio, il fallait s’attendre à toutes les surprises.

Une myriade d’héroïnes de polars

Affectée au commissariat de Quimper, la policière Mary Lester (de Jean Failler) voyage en Bretagne et sur la façade-ouest de la France pour ses enquêtes. Son intrépidité n’est plus à vanter, même face à des puissants. Si elle est assistée du costaud Jean-Pierre Fortin, c’est elle qui mène la danse. La détective privé Lily Verdine (de Jérôme Zolma) se plonge aussi volontiers dans des enquêtes où elle prend de gros risques pour elle-même. Dominique Sylvain nous raconte les investigations parisiennes de l’ancienne policière Lola Jost, pleine de sang-froid, et de son amie la pétulante américaine Ingrid Diesel (Passage du désir), des personnages opposés pour des enquêtes originales. À noter que Dominique Sylvain créa une autre héroïne pas moins intéressante, Louise Morvan, héritière d’une agence de détective qui prend le relais en investiguant elle aussi.

Sans doute Carole Matthieu, dans "Les visages écrasés" de Marin Ledun, est-elle confrontée à de pénibles situations dans le monde du travail. Remontons-nous le moral en suivant Anne Capestan, commissaire gérant une brigade de recalés de la police, dans les romans de Sophie Hénaff (Poulets grillés, Restons groupés). Un semblant de discipline est-il possible dans leur capharnaüm ? La blonde coiffeuse Chéryl, compagne de Gabriel Lecouvreur (dit Le Poulpe), de Jean-Bernard Pouy (et autres auteurs) a connu ses propres aventures dans cette série de romans. Elle n’a rien à envier à son "Poulpinet d’amour", dès qu’elle se met en quête de vérité. Dans les enquêtes du policier Leoni (d’Elena Piacentini), un Corse installé à Lille, on se prend de sympathie pour deux femmes : la légiste Éliane Ducatel, compagne de Leoni, et l’authentique îlienne de tradition Mémé Angèle, la sagesse personnifiée, toutes deux jouant là encore un rôle certain.

Une myriade d’héroïnes de polars

Cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut, il y aurait tant d’héroïnes de polars à citer. Terminons l’énumération en beauté, avec l’explosive Mémé Cornemuse, amoureuse transie de l’acteur Jean-Claude van Damme, dans les romans de Nadine Monfils. Elle nous en fait voir de toutes les couleurs, bousculant la morale et piétinant la routine. Hilarant ! Rien n’empêche les lectrices et les lecteurs d’ajouter à ce florilège quelques autres personnages féminins notoires…

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 05:55

Domi est un cadre commercial parisien. Âgé d’environ trente-cinq ans, il est marié avec Christine. Ils habitent dans le 10e arrondissement, du côté de la place Franz-Liszt. Leur brave chien noir, Laskar, est un groenendael ou berger-belge, vif au possible malgré ses neuf ans, assez craintif. La fête du Comité d’Entreprise de sa société s’est poursuivie en boîte de nuit, pour Domi et quelques collègues. Il s’est largement alcoolisé durant cette soirée inhabituelle. Pourquoi se voit-il tel un aventurier, tandis qu’il rentre chez lui en taxi à un horaire matutinal ? Dans ce club, il vient de rencontrer le grand amour. Elle s’appelle Armelle, c’est une mignonne blonde, employée de banque de vingt-cinq ans. Armelle est prête à le suivre pour le projet auquel il rêve depuis des années.

On peut être un responsable commercial pragmatique et éprouver des envies d’ailleurs. Ce qui excite Domi, c’est l’idée d’imiter l’écrivain Robert-Louis Stevenson. Du moins, de faire lui aussi son “voyage avec un âne dans les Cévennes”, tel l’Écossais en 1878. Partir de la Haute-Loire, traverser la Lozère, cheminer jusque dans le Gard, admirer pour de vrai les paysages escarpés et retrouver l’ambiance de la randonnée de Stevenson. Lors de cette soirée en boîte de nuit, Armelle a accepté de l’accompagner. Elle a indiqué son adresse sur un paquet de cigarettes. Pas encore vraiment désenivré, Domi repasse par chez lui, évite de réveiller Christine, quitte son domicile avec le chien Laskar. Entre-temps, il a cassé ses lunettes. Pas si grave, Domi a une paire de rechange à son bureau.

C’est ainsi que Laskar et lui vont traverser à pieds la moitié de Paris. S’il pense à certains écrivains, comme Marcel Aymé ou Jacques Perret, ayant raconté ce genre de périples, il se souvient surtout des fugues qu’il vécut dans sa prime jeunesse. Certes, Domi n’y voit pas trop clair, mais le trajet pourrait se faire sans incident. L’esprit à l’aventure, il va chercher néanmoins querelle à un quidam, au sujet d’un chantier interdit au public qui ralentit son parcours. “Ergoter, discutailler, perdre infiniment de temps à prouver ses droits”, Domi est sur ce point un Français bien ordinaire.

Vu que Domi va manquer de cigarettes et qu’il est dans le flou, il urge d’arriver – à six heures du matin – aux bureaux de la société qui l’emploie. Il ne peut échapper à une halte auprès du gardien de nuit, un drôle de bonhomme catarrheux. Avant d’inopinément croiser le PDG de l’entreprise, un monsieur bavard, agaçant quand on a la gueule-de-bois et besoin de l’air des Cévennes. Ce que Domi ne risque pas d’oublier, c’est l’adresse d’Armelle. Elle ne l’espère sans doute pas si tôt, mais il a tellement hâte d’aventure, avec ses surprises…

A.D.G. : La nuit myope (Éd.La Table Ronde, 2017)

Le veilleur se trouvait être un personnage pitoyable : d’allure plutôt nunuche et de taille brève, des yeux jaunes veinulés d’incarnat, un nez cassé et rose à l’arête, le teint d’un sac de jute et l’haleine d’une charogne. Il picolait comme un boyard, égarant ses kils de rouge à tous les étages lors des rondes réglementaires et comme il était sujet également à une bronchite chronique, il se rinçait le gosier avec des sirops relativement opiacés, sans préjudice des tranquillisants qu’il croquait assidûment au motif d’une vie insignifiante.
Ces séduisants coquetèles faisaient alterner en lui une hébétude joviale et d’extravagantes colères ; au demeurant, le meilleur homme du monde, n’était la manie fatigante qu’il avait de ne pas vous lâcher la main de sitôt après l’avoir serrée…

De 1971 à 1988, le romancier A.D.G. (1947-2004) figura parmi les piliers de la Série Noire chez Gallimard, où furent publiés près de vingt de ses titres. Il fut récompensé en 1977 par le Prix Mystère de la critique pour “L’otage est sans pitié”. Écrivain et journaliste pour le moins sulfureux, il se démarqua des auteurs de sa génération en adoptant des positions marquées à l’extrême droite politique. Provocateur réac controversé sans doute, mais les idéologies opposées n’excluaient pas les sympathies personnelles, en particulier avec son confrère Frédéric Fajardie. S’il restait infréquentable, A.D.G. ne manquait pas de talent. Ce court roman présenté dans la collection "La petite vermillon" par l’écrivain Jérôme Leroy en apporte la démonstration.

Cette “Nuit myope” n’est pas une histoire criminelle. Ce roman court est une déambulation littéraire amusée à travers Paris, sur les pas d’un “navranturier”. De l’humour, le récit en regorge. Par exemple : “La friture immonde qui frétillait dans les eaux répugnantes fut dispersée par un poisson-chat assermenté : — Circulez, y a rien nageoires. Caudales, je vous dis.” A.D.G aimait les mots, et se servait à merveille du vocabulaire. Simple, l’idée du scénario ? Oui, ce qui n’empêche pas que ce roman soit enthousiasmant. À redécouvrir, dans cette réédition bienvenue.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 05:55

Début des années 1980, les opérations qu’il organise s’avèrent généralement fructueuses pour cet aventurier maniant volontiers les armes. En Franche-Comté, il s’agit de braquer un homme par ailleurs honorable qui va passer en Suisse une grosse somme d’argent. Il est à craindre que l’intéressé ne survive pas, l’essentiel étant de récupérer le butin. Il est probable que le commanditaire du trafic vers l’Helvétie, Roman Markos, envoie quelques tueurs à ses trousses. Mais notre héros s’est déjà carapaté vers la Belgique, goûtant aux charmes de la ville d’Ostende. Le hasard faisant bien les choses, il y rencontre la superbe Michelle Le Troadec, une blonde distinguée. La jeune femme et lui sont bientôt cibles de coups de feu, auxquels la belle Michelle riposte, car elle est aussi armée.

Ce n’est pas à Bruges, où s’est réfugié le couple, qu’ils trouveront la tranquillité. Face à de vils tueurs rôdant autour d’eux, l’aventurier appelle à la rescousse son ami Dominique. Ce dernier est assez aguerri pour les extirper du pétrin, avant de les accueillir chez lui et sa fille Charlotte. Les déboires de Michelle semblent avoir un lien avec Roman Markos et le paquet de fric volé au passeur, en Franche-Comté. Contre une attaque-surprise au lance-roquettes, il n’est guère possible de résister. Dommage pour Dominique et sa fille. Quant au couple, il file vers le Luxembourg, puis s’arrange pour regagner la France. Michelle finit par lui expliquer son rôle dans cette nébuleuse affaire. Outre Markos, des personnes très haut-placées paraissent impliquées dans ces mouvements d’argent frauduleux.

Du côté d’Épinal, dans les Vosges, deux motardes brunes s’intéressent de trop près au couple. Ces tueuses pros n’ont pas été engagées par Markos. Notre héros se débarrasse de l’une, mais la seconde – Delphine Van der Hallen – n’a pas dit son dernier mot. C’est dans les hauteurs alpines savoyardes que le couple se pose, chez Michelle Le Troadec. Obtenir sous la menace des aveux écrits du magistrat qui protège les combines de Roman Markos n’est pas tellement difficile. Fin de la carrière sur cette terre du procureur véreux, Delphine s’en charge. À cette occasion, le type d’un chalet voisin aurait mieux fait de ne pas intervenir, il serait encore vivant. Pas moins attirante que la blonde Michelle, la brune Delphine change de camp et devient une précieuse alliée pour notre aventurier.

Si l’on en croit la veuve du défunt magistrat, tout cela prendrait une tournure politique. La petite enquête de Delphine et de son compagnon les mènent jusqu’à Cassis, dans une société de transport plus que suspecte. C’est ainsi qu’apparaît un nom, bien connu pour Michelle : un personnage pervers qui fraie avec un marquis italien adepte de la nostalgie fasciste et nazillonne. Un détour par Rome s’impose pour Delphine et l’aventurier. Comme ce dernier, on peut être un voleur, tout en détestant les fanatiques visant la destruction de la démocratie. Cette tortueuse affaire risque de causer encore quelques morts brutales…

Kââ : La princesse de crève (Éd.La Table Ronde, 2017)

Elle en savait des choses, la jeune personne. Je commandai un autre demi en me demandant où elle avait appris à distinguer une fausse carte d’identité d’une vraie. Surtout que, dans le cas présent, ça n’avait rien d’évident. Il faut, comme moi, en avoir utilisé de nombreuses pour trouver le défaut. Ou alors, il faut être flic.
Ça me traversa le crâne comme ça. Ou alors, il faut être flic. Mais les flics sont gros, laids, bêtes, du genre masculin et vont toujours au moins par deux. Ils ont des armes réglementaires et pas des objets de collection De toutes façons, personne ne leur paye des BMW 728i. Ils ne lient pas conversation avec n’importe qui. Bref : ça se repère, on pige tout de suite, on comprend. Poursuis, tu verras bien, disait une voix. Elle n’en a pas l’air, mais certainement elle est très paumée. Ça ne me paraissait pas. Mais alors, pas du tout. Elle avait l’air songeuse, suçotant le bord de sa tasse...

Merci à l’écrivain Jérôme Leroy d’avoir honoré la mémoire de Kââ (1945-2002) dans cette collection, "La petite vermillon". Ce romancier fut un de nos plus remarquables auteurs de noirs polars, même si l’on fait plus souvent l’éloge d’autres parmi ses contemporains. Quel régal de retrouver ses ouvrages ! Kââ fit preuve d’un talent exceptionnel. Avec lui, on ne s’attarde pas sur les états d’âme des protagonistes. On glisse bien vite sur des hypothèses qui se confirmeront ou pas. C’est du récit coup-de-poing qu’il nous propose. Encore qu’on s’y défende moins par le pugilat qu’à coups de feu en rafale. Ça dézingue avec des armes de précision, des flingues de compétition. Le héros anonyme n’a quasiment pas le temps de prendre du repos, aucun répit ne lui étant accordé. Enfin si, pour s’essayer à quelques galipettes érotiques avec ses belles partenaires, Michelle et Delphine, quand même.

Tout homme d’action qu’il soit, notre aventurier est quelqu’un de cultivé, de raffiné. Ce sont seulement les circonstances qui l’entraînent à oublier la philosophie pour brusquer des adversaires pas assez loquaces, pour revolvériser de fâcheux ennemis… Certes, ce roman fut publié initialement en 1984 chez Spécial-Police, aux Éd.Fleuve Noir. Il serait absurde de penser que, placée dans un contexte quelque peu ancien, cette intrigue aurait vieilli. Les modèles des puissants véhicules cités ont changé, mais la violence des truands et les magouilles politico-financières restent de mise. Cette réédition est une excellente initiative, répétons-le.

“La princesse de crève” de Kââ est un polar grandiose au rythme effréné, un bonheur pour les lecteurs d’histoires mouvementées.

 

Disponible dans la coll.La petite vermillon, dès le 9 mars 2017 —

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:09

Gisors est une petite ville riche d’Histoire, située dans l’Eure entre Paris et Rouen, au bord de l’Epte, aux confins du département de l’Oise. Celui que d’aucuns appellent ici l’Albinos se nomme Germain Gouyaude. C’est un retraité de la police criminelle. Voilà quelques années qu’il vit avec une compagne plus jeune que lui, Aline Gruber. C’est une femme ordinaire, discrète, plutôt banale, qui ne se pose guère de question sur leur couple. Pour arrondir ses fins de mois, Germain Gouyaude est gardien d’usine à temps partiel. Sa passion, ce sont les livres : ce lecteur assidu en a rempli sa maison. Avant tout, même s’il peut lire autre chose, ce sont les polars qui le passionnent. Il fréquente très régulièrement la boutique du bouquiniste Mérouilleux, qui présente beaucoup de choix à moindre coût.

Ce jour-là, dans un livre de Françoise Sagan, se trouve un papier façon bristol comportant un curieux message : “Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime est resté impuni, mais ça pourrait changer”. Ce pourrait être autant une mauvaise plaisanterie qu’une vraie menace. Le soir-même, Germain Gouyaude décède d’un infarctus. Sa compagne retrouve le message et s’interroge. En effet, huit ans plus tôt, elle fut impliquée dans la disparition de Colette Sénardin, amie intime de Germain. Après la mort de son compagnon, ne va-t-on pas chercher à l’atteindre à son tour ? Aline contacte Joseph Chalampin, ex-collègue de Germain, auquel elle raconte toute l’affaire et à qui elle confie ses craintes.

Jo Chalampin resta un inspecteur de police de base, tandis que son ami Germain sut tirer son épingle du jeu et monter en grade. Il avait pourtant quelques taches sur son dossier professionnel et n’était pas tellement compétent, ce cher Gouyaude. S’il vérifie ce que lui raconte Aline au sujet de Colette Sénardin, Jo n’est pas absolument surpris. Maintenant, sans mener une véritable enquête dont il n’a pas les moyens, Jo tente de comprendre par quel hasard Germain est tombé sur ce papier, ce message. S’il y a un second bouquiniste à Gisors, qui propose peu de livres populaires, c’est plus sûrement chez Mérouilleux que s’approvisionnait le défunt. Le bouquiniste connaissait bien Germain, bien entendu, mais il se souvient mal de cet exemplaire du récent roman de Sagan, d’ailleurs quasiment neuf.

Tout ce que Mérouilleux apprend à Jo et Aline, c’est que Germain achetait également bon nombre de romans pornographiques. Ce qui étonne fortement sa compagne. Imaginer que Germain ait appartenu au très secret club libertin de Gisors ? Aline se refuse à croire une telle supposition. Dans une petite ville comme ça, les racontars circulent vite grâce à des commères malintentionnées. Faute d’indices, Jo abandonne ce semblant d’enquête aux hypothèses trop incertaines. Mais se produit un rebondissement décisif, quand est trouvé le cadavre d’une jeune femme de Gisors…

Pierre Siniac : Des amis dans la police (Le Masque, 1989)

Elle avait une fois de plus ce maudit livre entre les mains. Elle le feuilleta de façon machinale et n’y vit pas de page cornée. Germain était-il en train de lire ce roman ? Le fait de l’avoir trouvé sur la table de nuit ne prouvait rien. Le carton était-il une marque pour retrouver une page ? Sûrement non, car Germain avait la fâcheuse habitude de corner les pages du livre qu’il était en train de lire. En feuilletant à nouveau le Sagan, attentivement cette fois, elle crut trouver – le pli était infime – deux pages qui avaient été cornées, la 9 et la 12. Mais comme il s’agissait probablement d’un livre acheté d’occasion, ces pages pouvaient avoir été cornées par le lecteur précédent. Tout cela ne démontrait absolument rien, ne fournissait aucun éclaircissement.

On peut souhaiter que Pierre Siniac (1928-2002) ne soit pas trop vite oublié par le public amateur de polars et de romans noirs. Pour ses admirateurs fervents, il reste l’auteur de la série “Luj Inferman’ et La Cloducque”, des histoires marquantes par leur fantaisie et leur non-conformisme. On peut se souvenir également que le film “Les morfalous” (d’Henri Verneuil, 1984) était une adaptation d’un de ses titres parus dans la Série Noire, où furent publiés une bonne quinzaine de ses romans. Pierre Siniac eut de nombreux éditeurs, de la collection Engrenage du Fleuve Noir à Rivages/Noir, en passant par la coll.NéO et même Le Masque – plus coutumier des stricts romans d’énigme et d’enquête.

Intrigue mystérieuse, certes. Car rien n’est dû au hasard dans un roman policier, même court comme celui-ci. Une explication alambiquée nous offrira les clés de l’histoire. En réalité, Pierre Siniac en profite pour rendre hommage à beaucoup de grands auteurs de la littérature policière. “Parmi les grands lecteurs de polars, nous avions le docteur Petiot. Il serait amusant de savoir quel est l’auteur qui l’a inspiré. Mais il n’y a pas que les lecteurs. Les auteurs, aussi, travaillent un peu du chapeau.” D’une certaine manière, il salue le rôle des bouquinistes qui permettent aux dévoreurs de livres d’en acheter d’occasion, sans se ruiner. C’est d’ailleurs chez eux qu’on dénichera ce roman publié en 1989, non réédité.

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