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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 06:11

Déjà publié au Québec, Lazy Bird d’Andrée A.Michaud est disponible en France dès le 28 octobre 2010 (Éditions Seuil). C’est le premier titre de cette auteure confirmée que nous découvrons.

Animateur de radio québécois, albinos, Bob Richard n’a guère d’amis, à part son chien Jeff. Il reste marqué par la mort prématurée de ses parents, quand il avait vingt ans. On lui propose une émission de nuit pour une radio du Vermont, un programme axé sur le jazz et le rock d’anthologie. Cliff Ryan, son prédécesseur, a déserté sans préavis. Pour Bob Richard, frontalier sans véritables racines, les Etats-Unis ne représentent pas un exil. Depuis des années, je traduisais ma vie du français à l’anglais, et inversement, de même que celles des gens croisés au hasard de mes allées et venues. Plus souvent qu’autrement, j’avais l’impression d’être né dans un roman américain traduit au Québec. C’est ainsi que le 26 juin 2007, Bob Richard s’installe à Solitary Mountain, commençant à la radio le soir même. Après quelques jours dans un motel, il loue le Blossom Cottage, MICHAUD-2010dont la propriétaire est une homonyme de Rita Hayworth. Ses rares amis, il va les trouver au Dinah’s Diner. D’abord, il y a là l’aimable serveuse Georgia. Surtout, il sympathise avec Charlie Parker, autre homonyme, un sexagénaire excentrique.

Une auditrice téléphone plusieurs fois durant son programme, demandant : Play Misty for me. Son insistance n’est pas sans rappeler à Bob Richard un film de Clint Eastwood. Des appels peut-être inquiétants. À part Charlie et le patron de la radio, l’animateur n’est entouré que de femmes. Georgia, Polly Jackson qui anime l’émission d’avant minuit, June Fisher et sa mère Vera, Sarah Cassidy. Et puis, il y a le cas de Lucy-Ann Thomas, qu’il a surnommé Lazy Bird. Mineure, la jeune fille fuit la normalité. Si elle se montre parfois agressive avec Bob Richard, celui-ci reste protecteur. Logiquement, Lazy Bird est la première qu’il soupçonne d’être l’énigmatique Misty, mais il réalise son erreur. Cassidy, le policier local, ne parait d’abord pas accorder d’importance à son histoire. Pourtant, Misty fait bientôt planer une menace sérieuse, allant même jusqu’à blesser le chien de Bob Richard, là-bas au Québec. Maigre indice, le parfum Late Summer est sans doute trop courrant pour identifier Misty. Ayant croisé plusieurs fois un chevreuil albinos rôdant autour de la ville, Bob Richard pourrait y voir un signe maléfique.

Cliff Ryan, son prédécesseur à la radio, a disparu. Lui aussi semble avoir reçu les appels téléphoniques menaçants de Misty. Quand le policier Cassidy fait fouiller la décharge d’ordures, on y découvre le cadavre d’une femme. Puis c’est Lazy Bird qui choisit de disparaître, avant que Georgia ne démissionne du Dinah’s Diner. Cette dernière se sent aussi menacée. Insidieusement, la mort gagne du terrain à Solitary Mountain. Prise en charge par les services sociaux, Lazy Bird serait probablement à l’abri, si elle était capable de s’adapter à la situation. Bob Richard continue à chercher qui, dans son entourage, est la mystérieuse Misty…

 

Pour aborder l’histoire, il est indispensable d’imiter le héros, de s’installer avec lui dans cette petite ville du Vermont. Car le lecteur entre dans un roman psychologique cultivant une ambiance mêlant le quotidien et l’énigme. Bob Richard apprend à connaître les personnages, insolites ou instables, qu’il est amené à croiser. Sans être précisément des marginaux, ils ont un parcours de vie singulier. Secrète par nature, la nuit fait partie du décor. Comme sur un tempo de jazz lent, on avance vers une intrigue criminelle qui ne se dessine que progressivement. Qu’on ne cherche pas une stricte enquête policière. D’ailleurs, Cassidy l’explique bien : Le crime n’est pas toujours rationnel, Richard. Il faut parfois se laisser porter par l’incohérence de la folie pour saisir le sens du mal qui l’habite. Néanmoins, l’aspect meurtrier reste une ligne directrice du récit.

Est-il nécessaire de souligner que l’on nous propose de multiples références musicales, de John Coltrane aux Doors, en passant par plusieurs grands noms du jazz ? Le cinéma est également très présent, aux marges de ce scénario. Si ce roman est teinté d’une certaine nostalgie, c’est dans le regret que règne désormais une banalité du comportement, un manque de caractère : Les Baby Doll et les Lolita d’aujourd’hui ne pouvaient être que des versions édulcorées de celles d’antan, des filles ne connaissant pas la véritable odeur du péché, alors que la peau des authentiques Baby Doll secrétait cette odeur à la fois acide et huileuse qui damnait les hommes. Voilà une histoire qui, par ses diverses facettes, s’avère riche et excitante.

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 06:14

 

Le roman de Dominic Bellavance Toi et moi, it’s complicated est une des nouveautés de l’automne 2010 la collection Coups de tête. Sans doute n’est-ce pas strictement un polar, mais l’histoire s’avère très réussie…

Daniel Perrault est étudiant en deuxième année au Cégep de Sainte-Foy, au sud-ouest de la ville de Québec. Ce qui l’intéresse plus que tout, c’est Facebook. Il est connecté quasiment en permanence sur ce réseau social. Ce jour-là, parmi ses messages, une maudite surprise l’attend. Il est le héros d’une suite de vidéos. On l’y voit en train d’embrasser fougueusement la belle Vickie dans une soirée d’étudiants. Certes, Daniel est censé être célibataire, mais il a une petite amie depuis huit mois. Il ne tient pas trop à s’afficher avec Véronique Larose, un peu à cause du look gothique de sa blonde. Daniel ne connaît pas cette Anne-Sophie Mainguy, qui l’a ainsi filmé avant de diffuser ça via Facebook. BELLAVANCE-2010Sans doute Maude, son ex, peut renseigner Daniel. Il préfère interroger Sara, la meilleure copine de Vickie. Elle ne la situe pas, non plus. S’il veut qu’elle l’aide pour séduire la craquante Vickie, Daniel est ben obligé d’expliquer son cas à Sara.

Maintenant, l’étudiant veut savoir qui est cette Anne-Sophie Mainguy. Rien de plus simple pour lui que de pirater le compte de cette fille. Les échanges entre Anne-Sophie et ses correspondantes sont clairs : il s’agissait bien d’espionner et de piéger Daniel en le filmant. Celui-ci doit se résoudre à rompre avec Véronique. C’est toujours désagréable de casser avec une fille (…) D’abord, elle ne comprend pas la nouvelle qui lui arrive de même, en pleine face; ensuite c’est l’engueulade, jusqu’à ce que le deux parties aient la mâchoire fatiguée. Et enfin, on retourne chez soi, on baisse les stores et on danse tout seul dans sa chambre: youpi, c’est fait! Affaire réglée, même si Daniel n’a pas de preuve formelle que l’hypothétique Anne-Sophie Mainguy ne soit qu’un leurre inventé par Véronique. Il est temps pour lui de faire la conquête de la belle Vickie. S’il a trouvé l’âme sœur, pas question de rater l’occasion.

Sur une autre vidéo, brièvement diffusée, on voyait Anne-Sophie prête à faire une fellation à Steeve, un bon pote de Daniel. Si c’était bien Véronique grimée en Anne-Sophie, ça permet à Daniel de déculpabiliser. Les affaires de cœur se présentent au mieux. Puisque Sara l’ai aidé concernant Vickie, Daniel favorise son rapprochement avec Steeve. Pourtant, tous les comptes ne sont pas à jour. Daniel devrait se montrer moins sûr de lui, et de Facebook…

 

Il ne s’agit donc pas d’un roman criminel. Encore que, finalement…? Parmi toutes les ressources qu’Internet met à notre disposition, les réseaux sociaux ne sont pas exempts d’effets pervers. Que des utilisateurs en deviennent accros, nul doute là-dessus. Certains y étalent beaucoup trop d’éléments sur leur vie privée sans évaluer les risques : Ça prouve que [Vickie] ne capote pas sur la confidentialité de ses informations. Par défaut, tous les violeurs de la ville peuvent savoir qu’elle existe. Sur Facebook, on valide sans vérification n’importe quel "ami" : Je pensais que même le chien du concierge du cégep était dans tes amis. Ce qui peut amener des embrouilles dans le relationnel vis-à-vis d’un groupe, ainsi que le montre cette histoire.

L’auteur nous raconte une sorte de fable moderne, dont la tonalité est humoristique, voire ironique et grinçante. Les lecteurs français rencontreront ici de multiples exemples du vocabulaire québécois, mâtiné de mots anglophones. La traduction n’est pas bien difficile, c’est même un jeu assez plaisant. Grâce à un traitement actuel du sujet, voilà un court roman fort sympathique et plutôt original.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 06:04

 

Parmi les nouveautés d’automne 2010 dans la collection Coups de tête, voici le roman de Dominique Nantel L’humain de trop. De la science-fiction qui ne nous éloigne pas tellement du polar, on va le constater.

La jeune et frêle Fasciola n’a pas d’existence légale, dans cet avenir proche où la Loi n’autorise qu’un enfant par famille. Sa mère Sarah l’a longtemps cachée et protégée. Risquant fort d’être dénoncée, Fasciola s’enfuit de son village natal. Ignorante du monde miséreux et de la bassesse humaine, elle n’a d’autre choix que de poursuivre son voyage jusqu’au port. Là, elle embarque avec des masses de pauvres gens vers Cité-Sur-Mer. NANTEL-2010Moins il y a de survivants à l’arrivée, mieux ça vaut, c’est la consigne.

Immense mégalopole flottante, la cité s’étend à perte de vue sur l’océan, elle est peuplée dit-on de tout ce dont le continent n’a pas voulu : ramassis de loques humaines, de racailles et d’assassins sanguinaires. Cité-Sur-Mer repose sur des milliers de radeaux arrimés les uns aux autres, toujours en mouvement… Dans cette ville où l’on doit sans cesse bouger, le plus difficile consiste à trouver un endroit pour dormir. Devant supporter promiscuité et risques d’agression, la fragile Fasciola se repose peu et mal. Il lui arrive d’agir en somnambule, tel un zombie, donnant à penser qu’elle se prostitue.

Quand les dangereux Hommes du Docteur s’attaquent à Fasciola, Mitri et son géant ami Sweet interviennent. C’est au bar Pit, dans le quartier CCB24, que ces marginaux tiennent leur QG. Ils y accueillent Fasciola. Ce qui ne plait pas du tout à leur copine Bylie, une amazone à la démarche de tueuse. Pour Bylie, il est clair que cette maigrichonne anémique ne ferait pas long feu dans la cité. Entre cette affamée d’expériences sexuelles qu’est Bylie, et Sweet l’obsédé de vidéos pornos, Fasciola n’a effectivement pas sa place. Le mouvement Squat revendique l’occupation des propriétés des plus riches, souvent inoccupées. Mitri est le plus efficace pour forcer les serrures. Chef des Chasseurs de Squats, Mike Cody n’est jamais parvenu à l’en empêcher. Mitri initie Fasciola à l’art d’entrer par effraction dans les maisons et appartements. Elle fait vite des progrès.

Quand Mitri et Fasciola squattent Le Sanctuaire, propriété du grand patron de la multinationale dominant le monde, les choses tournent mal. Consciente qu’elle fascine l’inspecteur Gonogo, Bylie a dénoncé Fasciola sans savoir que Mitri serait avec elle. C’est ainsi que Mike Cody peut enfin piéger son adversaire. Enfermé comme dans un bunker, le duo risque la mort. Mais Sweet alerte Sarah, la mère de Fasciola. Via ses réseaux, Sarah organise l’offensive contre la multinationale. Elle fait circuler des rumeurs, qui entraînent un début de rébellion, suivi d’une risposte sanglante. À Cité-Sur-Mer comme sur le continent, la population s’agite. Tandis que Sweet sauve Bylie en péril, Mitri et Fasciola vont devoir affronter Mike Cody. Ce qui va offrir un début d’explication à l’amnésie dont souffre Mitri, et ouvrir la porte à bien d’autres révélations…

S’il faut étiqueter la littérature, ce roman de science-fiction nous donne un très bel exemple de polar futuriste. Le monde qui y est décrit reste l’hypothèse fort possible d’un avenir sombre, âpre, violent, oppressif. Probable univers où règnera encore l’individualisme forcené, alors que la solidarité serait la bonne réponse. Peut-être cette voie va-t-elle se dessiner, d’ailleurs. Comme la chétive Fasciola, ses amis possèdent chacun son secret, lié à son parcours de vie. Au fil de l’histoire, on nous les révèle progressivement. Avec quelques surprises, assez spectaculaires. Des personnages attachants, peut-être parce que leur faiblesse ne les rend pas cyniques. Ils conservent une pureté dans leur opposition à ce monde-là, sinistré. D’où l’importance du contexte social dans lequel ils évoluent. Dominique Nantel nous propose ici un roman d’anticipation très réussi.

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 05:46

 

Il semble bien qu’un “esprit polar” en provenance du Québec apporte une vigueur nouvelle à cette littérature populaire. En rassemblant une génération d’auteurs actuel, la collection “Coups de tête” (également disponible en France) nous présente une excitante tonalité rock’n’roll, inventive et noire. CdT1Il serait dommage de ne pas s’intéresser à ces titres plutôt innovants. D’autant que cet automne 2010 sera riche en nouveautés pour “Coups de tête”. Rencontre avec Michel Vézina, le créateur et responsable de cette collection, lui-même auteur.

 

Michel Vézina, un rapide survol de votre parcours ?

Enfance à Rimouski, petite ville de l’Est du Québec possédant une grande tradition littéraire. S’y déroule le plus ancien salon du livre du Québec.

Études en cinéma, en littérature, en philosophie et en histoire de l’art, à Rimouski et à Montréal. Là, je découverte la mouvance punk : j’entre en réaction totale contre le hippisme en court à l’époque. Je développe une répugnance (non-justifiée, mais faudra que jeunesse se fasse!) envers la littérature francophone et québécoise de l’époque. Je découvre les auteurs américains. Quelques auteurs antillais, principalement Césaire et Jacques Roumain.

Longue période sex and drugs and rock’n roll. Séjours fréquents à New York, découverte hallucinée de la scène poétique américaine du début et du milieu des années 80 : Les poètes du Lower East Side, le spoken word, les bars de nuit où se côtoient poètes et putes, transsexuels et travestis.

CdT2Puis la France et “Bérurier Noir”, de 87 à 89… Road manager, un peu clown, beaucoup de dérision et de désespoir. Affirmation politique de plus en plus libertaire.

Retour au Québec en 1991. Aller simple vers l’écriture, le théâtre et le cirque : le cinéma est devenu trop commercial, trop cloisonné, trop impossible. Fassbinder est mort, presque plus rien n’est alors possible… Et puis Casavetes… Années 90 sous le signe du cirque, du théâtre de rue, des voyages et jeux forains : entre l’Amérique et l’Europe, la vie dans une caravane et l’écriture à tous les jours. Publication d’un premier recueil de nouvelles en 1991, republié en 1993 : Acid Run, Éditions de l’Incertain, Paris.

Puis 2000 et la quarantaine. Pour un vieux punk, ça fait bizarre : on ne devait pas se rendre là. Une fois arrivé, que faire? Mourir? Non, pas encore. Plus qu’une chose possible, donc : écrire. Journaliste pour gagner ma croute : Le Mouton Noir puis le ICI Montréal. Chroniqueur littéraire, critique (Le Libraire, CIBL, Radio-Canada, montrealexpress.ca)…

CdT3Enfin, un premier roman, en 2005 : Asphalte et Vodka (Québec-Amérique). Suivront Élise en 2007, puis La machine à orgueil (Québec-Amérique) en 2008, puis Sur les rives, en 2009, et enfin, Zones 5, cet automne.

À quelle époque et dans quelles circonstances avez-vous créé la collection Coups de tête ?

En 2006, mon maître es-chroniques littéraires se fait virer du journal où je travaille. Je décide de suivre, par solidarité. Mais j’ai 46 ans et plus de boulot fixe. Un ami éditeur, propriétaire des “400 coups”, me demande si j’ai déjà envisagé faire de l’édition. Il me met au défi de lui soumettre une idée.

“Coups de tête” est né dans un flash la nuit suivante, probablement un peu saoul. Je me demandais depuis des années comment le rock et la littérature pouvaient se retrouver sans que ça sonne comme Manchette ou Eudeline.

C’est aussi simple que ça. Les premiers titres sont parus en mai 2007, et bientôt, nous publierons notre quarantième roman…

Votre ligne éditoriale consiste à publier des suspenses riches en péripéties, percutants tendance rock ?

CdT-VéZINAIl y a un peu plus d’une vingtaine d’années, à l’époque où je sillonnais la France avec “Bérurier Noir”, j’ai été témoin d’une conversation dans un train. Un libraire, une galeriste et une bibliothécaire discutaient d’art. J’écoutais, témoin invisible. À un moment donné, une des dames, probablement la galeriste, a dit : en art, aujourd’hui, manque désespérément le cri de la rue. Dans ma tête, j’ai tout de suite répondu : c’est la faute du rock. Depuis, j’essaie de recréer ce cri dans toutes les formes que je pratique : littérature, cinéma, théâtre, cirque.

Il était donc normal qu’en démarrant une maison d’édition, j’ai eu envie d’y faire entendre ce cri délicieux et rauque. Celui du rock.

Étant vous-même auteur, est-ce une manière de montrer l’exemple, d’indiquer une tonalité d’écriture ?

Je n’aurais pas cette prétention, non. Chaque auteur à sa langue, son style, et c’est la spécificité de chacun que je cherche à montrer chez “Coups de tête”. Ce serait moche, sinon, de ne publier que ceux qui me ressemblent!

Auteur et traducteur connu des lecteurs français, Luc Baranger est associé à cette aventure éditoriale ?

Luc agit pour l’instant à titre de réviseur sur de nombreux titres parus chez “Coups de tête”. Nous sommes de bons amis et je ne désespère pas d’un jour publier un de ses livres.

CdT4Vous avez déjà des auteurs attitrés : Alain Ulysse Temblay, Laurent Chabin, Léo Lamarche, Sylvain Houde, Mathieu Fortin, Pascal Leclercq, Édouard H.Bond. Une dream team des talents actuels québécois ? Avec de nouveaux venus…

Parmi les noms que vous citez, l’un est Belge (Pascal Leclercq) et l’autre Française (Léo Lamarche est une femme, elle vit en banlieue parisienne). Pour ce qui est d’Alain, de Laurent, de Sylvain, de Mathieu et d’Edouard, oui, il s’agit de piliers et d’auteurs que je considère comme mon dream team. Je m’en voudrais de ne pas parler d’auteurs comme Mandalian, Emcie Gee, Dynah Psyché qui sont, elles aussi, des maillons importants de la chaîne “Coups de tête”. D’autres auteurs se joindront à l’équipe sous peu : des Québécois(e)s, des Français(e)s, des Haïtien(ne)s, des Suisses, des Algérien(ne)s… Des jeunes, des plus vieux : tous durs, tous rocks.

Quelques mots en hommage à Nelly Arcan ?

Trop difficile, désolé. Il faut lire Paradis clef en main.

Quelle est la place des auteures femmes dans cette collection, et dans l’écriture québécoise ?

CdT5Déjà, plusieurs sont des femmes. Mandalian, Emcie Gee, Dynah Psyché, Roxanne Bouchard, Léo Lamarche, Dominique Nantel. Et d’autres encore qui se joindront à l’équipe en 2011.

Il y a au Québec plusieurs jeunes auteurs qui sont des femmes. Ceci dit, la ligne éditoriale de “Coups de tête” peut donner l’impression de faire plus appel à un imaginaire d’homme… Ce qui ne saurait être plus faux. Qui a dit que les femmes ne pouvaient pas rocker?

Une petite place pour des auteurs français dans votre collection ?

Oui, une grande : pour l’instant, nous publions Léo Lamarche et Guillaume Lebeau, mais de nombreux manuscrit sont en cours d’édition. Je ne voudrais par contre pas trop vendre la mèche… Ceci dit, il y a encore de la place!

Quels sont les romans les plus excitants de votre production 2010, en particulier de la rentrée d’automne ?

Je ne m’attarderai pas trop sur le mien, Zones 5, qui paraît en France en septembre… Mais je pense qu’il en étonnera plusieurs! Disons simplement qu’il s’agit du numéro 4 de La Série Élise, une série qui est née de la parution d’Élise, signé de ma rude main… Il faut aussi lire les numéros 2 et 3 : Luna Park, de Laurent Chabin, et La phalange des avalanches, de Benoit Bouthillette.

CdT6Autrement, la France verra paraître pas moins de huit titres, de septembre à novembre. Même s’il m’est très difficile d’établir lesquels sont les plus excitants (je les aime tous, vraiment!), je me permets d’attirer votre attention sur Big Will, par Alain Ulysse Tremblay, sur Les chemins de moindre résistance, de Guillaume Lebeau (tiens, un français!), sur Comment appeler et chasser l’orignal, de Sylvain Houde, de même que sur Park extension, de Laurent Chabin. Comme je le disais tout à l’heure, nous avons ici trois piliers des “Coups de tête” qui s’expriment cet automne en France.

De l’histoire d’un Cree dans le monde des Innu du nord, qui n’a rien à envier à un Jack London moderne, au volume 5 de La Série Élise, en passant par le récit d’un enfant leucémique à la recherche de son écrivain fétiche et à celui d’un journaliste sur la piste d’une organisation éco-terroriste qui fait exploser des véhicules utilitaires sport dans les parking de grandes surfaces, le choix est multiple et diversifié!

Comment aussi ne pas parler du Serrurier, de Mathieu Fortin, qui fait se mêler une douloureuse rupture amoureuse contemporaine avec une histoire d’amour impossible de la période des Médicis à Florence? Et comment ne pas glisser un mot sur L’Humain de trop et de cette jeune fille qui se retrouve sur une ville flottante à mi-chemin entre l’Europe et l’Amérique, une petite goutte dans un océan de mort et de souffrance…

Bref, impossible pour moi de choisir.

CdT7Un message pour les lecteurs français de France ?

Même si “Coups de tête” est né à Montréal et y a ses quartiers généraux, la maison se veut plus ambitieuse que ce que ces limites géographiques présupposent. Bien entendu, “Coups de tête” publie principalement des auteurs Québécois, mais il ne faudrait jamais oublier que plus de onze des titres publiés jusqu’à présent ont été écrits par des auteurs originaires d’autres régions de la francophonie (Belgique, France, Martinique, Suisse), et que d’autres aussi s’en viennent.

Si le rock n’a pas de pays d’origine autre que celui du cri de la liberté, Coups de tête ne s’impose aucune autre limite que celle d’une littérature contemporaine, hurlante et grinçante, des livres où la narration s’appuie sur l’action.

Question de vous faire une tête, je vous invite à visiter notre site (*). Vous pourrez y lire des extraits de tous nos livres, de même que visionner les capsules vidéos promotionnelles que nous produisons depuis le début de l’année 2010.

Merci de vos réponses.

Tout le plaisir était pour moi!

(*) www.coupsdetete.com

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 06:03

 

Voici un auteur qui méritant de figurer dans un Spécial Québec, bien qu’il soit né en 1951 à Trélazé, dans l’ouest de la France. Romancier, traducteur, auteur de nouvelles, parolier, Luc Baranger est aujourd’hui citoyen canadien. Il a longtemps voyagé (Angleterre, Suisse, États-Unis, Océan Indien, Pacifique sud) avant de s’installé au Québec, tribulations qui ont nourri ses romans et recueils de nouvelles. En douze textes, Dernières nouvelles du blues (2004, L’Ecailler du Sud) nous en donne un bon exemple :

BARANGER-2004Le blues de la Couleur en Noire et Blancs. En 1969, dans une bourgade du Mississipi, la nouvelle institutrice Noire ne trouve pas de logement. La ségrégation raciale règne ici. Honeymoon blues. Après avoir tenté de vivre aux Etats-Unis, un ex-prof français devient détective pour une agence de Bordeaux. Son enquête le mène jusqu’à Port-Vila, au Vanuatu. Jailhouse blues. La réinsertion de Georges, un magouilleur sorti de prison, semble réussie. Afin de changer de vie, il essaie une dernière arnaque – qui échoue. Country blues. Guitariste américain moyen, John est devenu l’homme de confiance d’un riche musicien dépressif. A son décès, il se souvient de leur complicité malgré leurs différences. Le blues du coup de pied de l’âme. Il fut tardivement innocenté pour un précédent meurtre. Par haine des puissants, il vient de tuer l’arrogant patron du patronat français, et explique ses raisons. Le blues du coup de pédale. Influencé par son prof de géographie et soutenu par son papy, Sébastien fait le tour du monde à vélo, en guise de "crise d’adolescence". Rock blues. Dans les années 1960, quatre copains d’une cité HLM braquent en finesse un vieux convoyeur de fonds, afin de financer leur éphémère groupe de rock. Blues suisse. Pendant 7 ans, Théo prend en charge le fils diminué de son patron suisse. Comme prévu, ils restent dans l’hémisphère sud. Mais, usé, Théo est finalement interné. Cathodique blues. Un pompier américain retraité raconte de macabres souvenirs, vécus avec Jesse et Frank, deux amis pompiers vivant comme des jumeaux. Mercury blues. Eugène fut prisonnier de guerre dans une ferme allemande. Il protégea un évadé natif de sa région. "Libéré" par les Russes, il fut envoyé dans un camp sibérien. Casse-croûte blues. Accusé de recel, Samuel enquête sur le pedigree d’un tableau volé. Un officier allemand l’emprunta pendant l’Occupation qu’il passa dans la villa de l’aïeul de Samuel. BARANGER-PhotoTropical blues. A La Réunion, il s’aperçoit que les fonds destinés au RMI sont détournés par la mafia municipale, au profit de projets immobiliers privés. Menacé, il laisse tomber…

Marqué par le rock, le blues, et l’ardoise de Trélazé, Luc Baranger est l'auteur des romans et recueils suivants : Visas antérieurs (1996) - Éculé sans haine (1998) - Blue Polar (1999) - Backstage (2001) - Dernières nouvelles du blues (2004) - Tupelo Mississippi Flash (2004) - À l’est d’Eddy (2005) - Crédit revolver (2005) - La balade des épavistes (2006) - En données corrigées des variations saisonnières (2007) - Au pas des raquettes (2009).

Son site perso http://www.lucbaranger.com/ 

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 06:12

 

Il y a tant de talents à découvrir au Québec, à travers les romans et la bande-dessinée ! Les Éditions de la Pastèque publient les fleurons de la BD québécoise. Afin de bien montrer la diversité proposée, intéressons-nous à deux auteurs d’inspiration totalement différente.

BD-RABAGLIATI"Paul à Québec", de Michel Rabagliati.

Dessinateur, Paul est marié à Lucie. Ils ont une petite fille, Rose. Ils vont devoir s’installer dans une maison plus spacieuse, avec le bricolage que ça suppose. Le 24 juin, c’est la Fête Nationale du Québec. En 1999, à l’occasion de ce week-end de la saint Jean-Baptiste, toute la famille de Lucie se réunit chez les parents de celle-ci. Roland et Lisette Beaulieu sont retraités. Le beau-père de Paul a eu des problèmes de santé, qui semblent résolus. Si Roland Beaulieu a fini sa carrière professionnelle comme vice-président d’une grosse compagnie, son parcours de self made man fut d’abord chaotique et industrieux. Avec son épouse Lisette, ils ont eu trois filles (Suzanne, Lucie, Monique), qui leur ont donné cinq petits-enfants, autant de lapins à choyer.

Dans la belle-famille de Paul, l’ambiance est souriante, festive. À part ce jeu incompréhensible, J’achète, qui ne cesse de dérouter Paul. Les enfants Beaulieu ont espéré l’indépendance québécoise, mais n’y croient plus guère… Le temps passe. Les années 2000 débutent. L’informatique et Internet arrivent, casse-tête horripilant et coûteux pour Paul. L’état de santé de Roland Beaulieu se dégrade. Cancer, trois mois à vivre. BD-RABAGLIATI-vueHomme depuis toujours actif, il supporte mal cette déchéance annoncée. Lisette ne peut faire face seule. Bientôt, il a besoin de soins palliatifs. La Maison La Chênaie est plus agréable qu’un triste hôpital. Toute la famille se mobilise autour de Roland…

C’est un témoignage drôle et touchant sur le quotidien d’une famille québécoise que nous présente Michel Rabagliati dans ce sixième album de la vie de Paul, personnage qu’il créa en 1999. Soulignons que quasiment toutes les BD de cet auteur ont obtenu diverses prestigieuses récompenses. "Paul à Québec" a été primé au Festival d'Angoulème. Le graphisme apparaît simplifié, mais ne nous y trompons pas. Les séquences expriment, avec plus ou moins de détails décoratifs, le sens et l’importance des scènes. La mise au point entre le médecin et Roland à son arrivée à la Maison La Chênaie en est un bon exemple. La dame âgée quittant sa maison vendue, tout autant. Il s’agit donc de raconter les joies et les peines, les petits plaisirs et les douleurs d’un groupe de personnes, avec cette véracité qui rejoint nos propres souvenirs. Comment ne pas se sentir proche de cette famille ? Un histoire très attachante.

BD-MARSI"Miam-miam fléau", de Marsi.

Que se passe-t-il dans la contrée ? Un monstre dévore toutes les nourritures qu’il trouve sur son passage, détruisant potagers et murs des maisons pour s’approprier tout ce qu’il y a de comestible. Il vient de passer au village Chez Freux. La population a courageusement tenté de résister, vainement. Tous continuent à traquer la bête, qui s’est enfuie dès qu’elle n’eût plus rien à manger. Elle se dirige vers le village de Chez la Mère Crapette. Bien gardé, à l’abri de sa haute muraille, cette bourgade-là est sans doute mieux protégée. Il est vrai que ses réserves de vin, le fameux Château Gros-Lot Double zéro, sont précieuses...

Quel est ce monstre et d’où vient-il ? Les majestueuses Gorges de la Rigôle cachent un royaume parallèle, peuplé de créatures différentes. Le roi est désespéré, car son goûteur officiel l’a quitté. Peut-être ne mangeait-il pas à sa faim. Certes, nombreux sont les postulants pour le remplacer. BD-MARSI-vueMais le moral royal reste au plus bas. Sire Pouette et Coco Météore, le meilleur coursier du royaume, essaient de rattraper le monstrueux goûteur qui assouvit sa boulimie aux dépens des habitants de la contrée. Au village de Chez la Mère Crapette, le peuple est mobilisé. Aussi, quand ils aperçoivent Pouette et son destrier, ils les confondent avec le monstre. Coco Météore est assez rusé pour les obliger à lui obéir. Ils vont pouvoir rencontrer la Mère Crapette, afin de mettre au point un plan permettant d’intercepter le goûteur en cavale…

Il s’agit d’une BD humoristique, on l’aura compris. Il convient de noter la belle inventivité de cet album. Confrontant des humains et des êtres venus d’un étrange royaume, l’intrigue est simple et solide. Néanmoins, le scénario est fort bien agencé et les idées sont créatives. On apprécie les scènes-choc, poursuites et mouvements de foule. Le graphisme s’apparente à la traditionnelle ligne claire, non sans accorder un certain soin aux détails. Le tempo est vif, l’histoire est souriante, très agréable à lire.

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 06:06

 

On peut découvrir le Québec à travers ses romans et auteurs actuels, dont la collection "Coups de tête" nous donne d’excellents exemple. C’est également possible grâce à la BD. La série Magasin Général de Loisel & Tripp nous offre une chronique villageoise très convaincante. Sans nul doute bien documenté, le scénario retrace des épisodes de la vie quotidienne d’habitants vivant dans la simplicité de leur époque. BD-LOISEL-TRIPPAdultes et enfants, artisans locaux, fermiers, jeune institutrice enceinte, curé et vieilles paroissiennes râleuses, couple dont la jeune épouse est jalouse d’une jolie veuve, autant de situations qui fleurent bon la réalité du temps passé. L’auteur Jimmy Beaulieu contribue aux dialogues, donnant une tonalité québécoise traditionnelle au langage des personnages. Petit résumé du premier tome de la série, intitulé Marie.

Dans les années 1920 au Québec, Notre-Dame-des-Lacs est un village rural. Félix Ducharme vient de mourir. Voilà vingt ans qu’il s’occupait du Magasin Général, approvisionnant la population locale qui ne bouge guère d’ici. Il laisse derrière lui une veuve encore jeune, Marie, native de Chicoutimi. Les villageois s’interrogent sur la suite, eux qui ne reçoivent plus leurs commandes depuis quelques semaines. Marie elle-même n’est pas sûre de continuer seule, de jouer ce rôle d’équipeur qui fut celui de Félix. Quand un gamin du village est blessé, c’est à elle qu’on s’adresse pour téléphoner au médecin. Puisque celui-ci ne peut se déplacer, elle le conduit dans sa camionnette jusqu’à la ville de Saint-Siméon. Un peu maladroite à chauffer son char, elle en profite pour ramener de la marchandise, toutes les commandes en attente. C’est bien compliqué de servir tout le monde en même temps, tout en vérifiant le stock de ses produits. Si Gaétan est l’attardé mental de la bourgade, il est parfaitement capable d’aider Marie dans son commerce.

BD-LOISEL-TRIPP-vueLe nouveau et jeune curé du village sympathise bientôt avec Noël Poulin, vieux menuisier anticlérical, bien plus agréable que les bigotes âgées qui agaçaient déjà son prédécesseur. Noël projette la construction d’un bateau, mais certains détails techniques lui échappent. Le curé aura de bonnes solutions à lui proposer. À Notre-Dame-des-Lacs, on aime aussi faire la fête au son de la musique, buvant fort. Même si le curé doit s’interposer lors de la bagarre générale qui clôt la soirée, tous se sont bien amusés. Malgré la perte de son Félix et le fait qu’elle ne soit pas d’icitte, Marie parviendra à poursuivre l’activité du Magasin Général…

Publiée depuis 2006 chez Casterman, la série Magasin Général semble connaître un beau succès. Elle comporte cinq tomes principaux (Marie, Serge, Les hommes, Confessions, Montréal) et trois hors-série (L’arrière-boutique du Magasin Général). Elle est l’œuvre des dessinateurs et scénaristes Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, vivant à Montréal. C’est dans la complémentarité qu’ils construisent cette bande-dessinée. Loisel élabore un story-board déjà très évolué, repris et affiné par Tripp qui joue sur les ombres et les décors. Le choix des plans est assez diversifié et le graphisme apparaît chaleureux, y compris dans des scènes plus tristes. La belle colorisation de François Lapierre tient habilement compte de cette précision des images, des ambiances.

C’est une autre approche du Québec et de son histoire, aussi intéressante que par les romans, polars ou littéraires.

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 05:46

 

Datant de fin 2009, Paradis, clef en main de la québécoise Nelly Arcan (Les 400 coups, coll.Coups de tête) entre peut-être dans la Littérature plus que dans le domaine du polar. Pourtant, son thème n’est pas si éloigné de nos lectures.

À Montréal, Antoinette Beauchamp est âgée d’une trentaine d’années. Depuis deux ans, elle est paraplégique, grabataire et malpropre. C’est suite à un suicide raté qu’elle se retrouve désormais dans cet état. Pourtant, elle s’était adressée à la compagnie Paradis, clef en main, connue pour sa réussite dans les suicides de ses clients. Bien avant elle, son oncle Léon avait fait appel à cette entreprise, et était parti en beauté. Le suicide est une sorte de tradition familiale, puisque le grand-père maternel d’Antoinette avait déjà choisi cette voie. La jeune femme n’a plus que sa mère, propriétaire d’une société vouée à la beauté, vendant des cosmétiques nouveaux. Dynamique, mais surtout écrasante pour ses proches, la mère d’Antoinette, y compris pour le défunt oncle qui était son frère aîné. Elle déteste Paradis, clef en main, pour sa pratique (largement illégale) du commerce de la mort. Son fonctionnement est digne d’une secte, dont Léon fut un adepte.

ARCAN-2009Si Antoinette n’a plus envie de mourir, elle n’a rien d’autre à faire que de se remémorer sa vie. Elle n’y cherche pas les raisons de ses pulsions suicidaires, juste le souvenir de son parcours depuis l’enfance. Sans doute fut-elle marquée par l’expérience humiliante du chandail jaune quand elle avait dix ans. Bien sûr, sa relation avec son oncle était fusionnelle, non pas sexuelle. Ce n’est pas ce qui causa son instinct suicidaire, estime Antoinette. À quatorze ans déjà, elle tenta de se supprimer. C’est bien longtemps après la spectaculaire mort de Léon que sa décision d’en finir fut prise. Elle connaît l’historique de Paradis, clef en main. Médecin, M.Paradis avait un fils au caractère apathique. Adolescent, ce fils fit une tentative de suicide. Son père essaya toutes les solutions pour qu’il échappe à cet état d’esprit permanent, mais ne put le sauver de lui-même. Ensuite, il créa cette société pour aider des gens à en finir dans de bonnes conditions.

Antoinette dut traverser un étonnant processus de sélection, afin de tester sa volonté suicidaire, elle qui voulait mourir comme la reine Marie-Antoinette. Jeu de piste d’un parking à une salle de gym, rencontre d’un comité de gens coiffés de chapeaux melons, rendez-vous nocturne avec un psy dans une église, psy qui ne parle que de ses problèmes au lieu de l’écouter elle, duel au poker dans un zoo, autant d’épreuves en apparence farfelues. C’est M.Paradis en personne qui lui confirma que son souhait était accepté. Il est vrai que la mise en scène de sa mort fut somptuaire. Mais aujourd’hui, à l’heure où sa mère donne des signes visibles d’affaiblissement, avec ou sans fauteuil roulant équipé high-tech, Antoinette veut vivre: Une affaire christique. D’être revenue d’entre les morts m’a transformée

Il ne s’agit pas d’un polar, mais d’une histoire qui abolit les genres littéraires. En effet, si le roman noir a pour but de montrer une réalité sociétale avec des héros conduits vers une destinée fatale, on est ici dans un tel contexte, hormis l’aspect criminel. Encore que la mort y soit forcément très présente, et que les activités de Paradis, clef en main soient au-delà de la légalité. Loin d’un pesant traité défendant l’idéologie du choix et du droit au suicide, le sujet est présenté avec une belle part de drôlerie ou de fantaisie.

C’était ma mère. Elle était revenue sans faire de bruit, en rabat-joie, avec ses gros sabots, sa grosse cravache mentale. Le retour de la Mère Fouettard.

Remarquable écriture, vibrante et mordante, aussi forte dans la violence directe et parfois scatologique, que dans la tendresse ne cherchant nul apitoiement. Certes, le manque d’énergie de vivre qui entraîne l’envie d’en finir est au cœur du récit d’Antoinette. Plus positive, elle souligne aussi la singularité de chacun d’entre nous, nécessaire pour exister. On oscille donc entre mort et vie, espérant que l’espoir prendra un léger avantage sur la fin. Dans la réalité, ce ne fut pas le cas. Un jour de septembre 2009, Isabelle Fortier estima qu’à trente-cinq ans, la vie ne l’excitait plus. Auteur des deux autofictions Putain et Folle, et du roman À ciel ouvert, Nelly Arcan choisit de partir. Elle nous laisse cet ultime livre, une fiction au goût de dernier témoignage.

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