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28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 04:50

Chicago, peu avant 1930. Sam Vettori est le patron du Club Palermo, mais c’est avant tout le chef d’un gang. Il dispose d’une petite équipe, de type fiables. Grâce à son indic Scabby, il a préparé un braquage à la Casa Alvarado. Menée par Rico, l’affaire ne traîne pas. Sauf que Rico abat un des témoins, le policier Courtney, qui aurait pu les reconnaître. Au final, le braquage rapporte plus de neuf mille dollars, beau pactole à se partager. Sam Vettori est conscient que la mort d’un flic, ce sont des ennuis à venir, aussi peu suspect soit-il dans un premier temps. Car le policier Jim Flaherty a l’œil sur la bande de Vettori. Surtout Joe, le chauffeur du gang, montre des signes de faiblesse. Il faut l’éliminer sans tarder. Malgré tout, la position de Sam Vettori est moins forte suite à ce braquage.

Les complices de Sam préfèrent désormais suivre Rico, apparaissant comme le nouveau chef. C’est beaucoup de pression pour Rico, même s’il assume son rôle. Dans la Petite Italie, où les gangs sont nombreux, son autorité reste relative. Son ambition est assez grande pour réussir à s’imposer, estime-t-il. D’autant que le puissant caïd Big Boy se montre régulier avec Rico, un atout sacrément favorable. Ce qui n’empêche pas que, peu de temps après, Rico soit la cible d’une fusillade. Le commanditaire, c’est forcément Petit Arnie, autre chef de bande qui n’apprécie pas l’ascension rapide de Rico. Pour ce dernier et son gang, l’heure est à la contre-attaque. Supprimer Petit Arnie ne serait pas la bonne solution, mais Rico l’oblige à quitter au plus vite Chicago.

Rico a trouvé sa place de chef du gang, même s’il doit se méfier un peu de certains truands voulant le rejoindre. Le pouvoir nécessite de la jugeote. Pendant ce temps, la police n’est pas restée inactive. Flaherty n’a jamais cessé de surveiller de près le gang de Vettori, devenu celui de Rico. Bien que n’étant pas le plus impliqué, c’est Joe – le séducteur de la bande – qui est arrêté le premier par la police. Otero, le fidèle lieutenant de Rico, est un des prochains sur leur liste. Rico comprend immédiatement que son tour ne tardera pas. Heureusement, il s’est trouvé quelques alliés qui l’aideront dès que le risque d’une interpellation est évidente. Certes, il devra sûrement quitter la ville, mais l’essentiel est de conserver la liberté…

W.R.Burnett : Le petit César (Série Noire, 1948)

Écrit en 1929, “Le petit César” est le premier roman de W.Riley Burnett. Durant l’entre-deux-guerres, la réputation de Chicago n’est pas usurpée : c’est la ville des gangs, des braquages, des rackets et de tous les trafics. La guerre fait rage entre bandes. À la base, celle de Sam Vettori n’est pas la plus violente. Mais Chicago ne manque pas de truands plein d’ambition, tel Rico. Entre grandeur et décadence, Burnett décrit avec un vrai réalisme l’ambiance chez les mafieux. On est dans l’action, peu dans la psychologie. Si ce livre figure parmi les classiques du roman noir, c’est aussi parce qu’il fut adapté au cinéma par Mervyn LeRoy avec Edward G.Robinson et Douglas Fairbanks Jr. Roman et film connurent un grand succès. Un pilier du roman noir, à découvrir ou à relire.

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 04:55

En Norvège, William Wisting est policier depuis trente-et-un ans. Il a une compagne, Suzanne, qui tient un bistrot. Line, la fille de William, est journaliste. Dix-sept ans plus tôt, William Wisting dirigea l’enquête sur l’enlèvement et le meurtre d’une jeune fille, Cecilia Linde. Le coupable fut arrêté, un nommé Rudolf Haglund. Les preuves contre lui étaient faibles, mais il fut condamné. Aujourd’hui, le nouvel avocat d’Haglund obtient sa liberté et demande la révision de l’affaire, arguant que des preuves furent falsifiées. William étant suspendu de ses fonctions le temps d’éclaircir les choses, l’info est rapidement à la une des médias, le journal employant Line Wisting en parlant abondamment.

La jeune reporter s’intéresse à une toute autre affaire. À Fredrikstad, un homme de quarante-huit ans qui promenait son chien a été assassiné. Sur place, la police ne distille guère de détails. Grâce au numéro de puçage du chien de la victime, Line ne tarde pas à découvrir son nom : Jonas Ravneberg. Il ne lui est pas difficile de trouver l’adresse de cet homme. C’est à cet endroit que Line est violemment agressée, peut-être par l’assassin de Ravneberg. À Fredrikstad, peu de gens semblaient connaître cet homme. Néanmoins, Line contacte un certain Roxrud, qui fréquenta quelque peu Ravneberg. Comme Roxrud, celui était collectionneur de voitures miniatures anciennes.

De son côté, William Wisting réexamine l’affaire Ceciia Linde. Il utilise les archives de a police, les confronte avec ses propres souvenirs du dossier. Ses principales hypothèses sont : une demande de rançon n’ayant pas abouti, un conflit dans la vie professionnelle du père de Cecilia, établir le rôle du petit ami de la jeune fille – le photographe Danny Flom, un kidnapping dû à un parfait inconnu. Quant à la question des preuves relatives, quel policier aurait pris l’initiative de les truquer ? William n’oublie pas que Rudolf Haglund fut formellement identifié par un témoin fiable, Karsten Brekke. Certes, le collègue de William ne respecta pas exactement la procédure, mais il s’agissait d’un flic honnête.

Tandis que Line continue à enquêter sur le meurtre de Fredrikstad, Rudolf Haglund a recouvré la liberté et son avocat se montre offensif. Parmi les éléments, William Wisting réécoute une cassette-audio que la pauvre Cecilia enregistra au temps de sa captivité. On ne sut jamais où elle fut séquestrée avant d’être assassinée. Probablement était-ce une ferme, dont le propriétaire ignorait quel drame se jouait à en son absence. En quelques jours, supportant mal son éviction provisoire, William ne ménage pas ses efforts pour se disculper. Dix-sept ans après les faits, ça paraît quasiment impossible…

Jørn Lier Horst : Les chiens de chasse (Série Noire, 2018)

Le policier William Wisting est, depuis 2004, le héros d’une série de romans de Jørn Lier Horst. C’est le septième titre, “Fermé pour l’hiver” (Série Noire, 2017) qui a inauguré les traductions françaises de la série. Un roman qui valut à l’auteur d’être lauréat du Norwegian Booksellers Prize en 2011. Avec le huitième, “Les Chiens de chasse, Jørn Lier Horst a remporté le Prix Riverton 2012, le Prix Clé de Verre 2013 et le Martin Beck Award 2014. Des récompenses que l’on ne saurait contester, à la lecture de ce polar supérieur. Double intrigue au programme, Wisting reprenant minutieusement un vieux dossier – ayant pu comporter erreurs ou trucages, sa fille Line s’occupant d’un meurtre tout frais. Une histoire d’autant plus séduisante qu’elle ne sombre jamais dans la noirceur absolue., privilégiant l’aspect humain. Un suspense construit et raconté avec une belle maestria.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 04:55

Les Mabille-Pons forment une famille nombreuse. Le père, Charles, est clerc de notaire. La mère, Adélaïde, est infirmière. Des parents ayant toujours refusé d’officialiser un mariage. Ils ont six enfants, les trois premiers étant de jeunes adultes, les trois derniers ont été adoptés. Une telle smala, c’est de l’animation permanente. Ce qui convient fort bien à Rose, vingt-et-un ans, diplômée cultivant un certain décalage sociétal. Animatrice littéraire en salon de coiffure, celui de Vanessa, ce n’est pas commun. Par ailleurs, elle garde un œil sur la tribu. Ce matin-là, il en manque un : Gus, son frère collégien, originaire de Colombie. Très vite, il s’avère que l’ado est en fuite, accusé du braquage d’un bureau de tabac avec deux complices, le propriétaire étant sévèrement blessé. On le reconnaît bien sur la vidéo de surveillance, entre deux types cagoulés.

Ce genre de méfaits, ça ne correspond nullement au caractère de Gus. La gentillesse est son trait dominant, c’est pourquoi il est franchement apprécié de tous. Mais c’est aussi un garçon poursuivi par la malchance, qui a déjà souvent servi de bouc-émissaire dans des situations troubles. Bien qu’il respire la bonté, on le suspecte, on le désigne. La famille est convoquée au commissariat, où on ne leur cache pas que l’affaire du braquage est grave. Ce qui met en fureur Adélaïde, telle un volcan en éruption, qui est depuis toujours rebelle face aux flics. En revanche, Rose se sent attirée par le policier Richard Personne, au yeux si particuliers. Selon la coiffeuse Vanessa, il a plutôt bonne réputation dans le quartier. Et Rose ne le pense pas animé par une vocation de flic pur et dur. Il est prêt à admettre que Gus peut être innocent.

Rose s’est aperçue que leur frère Antoine, venu lui aussi de Colombie, était en contact avec Gus. La jeune femme parvient à rejoindre le fugitif, qui lui donne sa version des faits, assurément crédible. Mais sitôt après, Rose est assommée tandis que Gus est enlevé par des inconnus. Il serait bon que la police s’agite un peu pour le retrouver. À l’heure où son père Charles risque des ennuis avec son employeur, le notaire, Rose en vient aux vieilles méthodes : elle distribue des affichettes pour un appel à témoins. Entre les indifférents et les soupçonneux chroniques, le résultat n’est pas garanti. Au salon de coiffure, la clientèle est dans le camp de Rose. Sauf quand se pointe l’épouse du notaire, patron de Charles, ce qui s’achève en pugilat. Si Rose est hospitalisée, pas de lien direct. Partageant sa chambre avec un centenaire moribond, elle a ses propres problèmes de santé à régler.

L’hôpital, c’est le royaume de sa mère, ce qui ne signifie pas que Rose s’y trouve bien traitée. D’autant qu’Adélaïde a laissé des consignes, afin que le policier Richard Personne ne puisse pas approcher sa fille. Tandis que sa sœur Camille vaque à ses amours, Rose ne renonce pas à retrouver le pauvre Gus, avec l’appui de sa famille…

Marin Ledun : Salut à toi ô mon frère (Série Noire, 2018)

Un silence présumé coupable s’abat sur la chambre, entrecoupé des reniflements d’Adélaïde et du va-et-vient des policiers dans le reste de la maison. Minute de calme avant l’ouragan qui s’annonce. Je vois ma mère reprendre progressivement des forces dans le bras de mon père. Et vice versa. C’est quelque chose que j’admire profondément chez eux, cette façon de faire front devant l’adversité, quoi qu’il advienne, comme deux sémaphores en pleine tempête. À mon tour de verser une larme. Merde, voilà que je tombe dans la sensiblerie, maintenant !

En une dizaine d’années, Marin Ledun est devenu une valeur sûre du polar, du roman noir, et ce n’est que justice. Bien sûr, plusieurs prix littéraires ont souligné ses qualités d’auteur. Mais ce sont avant tout les lecteurs qu’il est parvenu à convaincre, avec des intrigues très sombres, et son regard acéré sur la société. Une bonne histoire n’en est que meilleure quand l’auteur y apporte sa tonalité. C’est d’autant plus convaincant quand la souplesse narrative est au rendez-vous, comme dans cette "comédie policière". On peut alimenter la tension en faisant sourire, sans être obligé de dramatiser à l’excès. Ce que nous démontre ici Marin Ledun, avec tout le talent qu’on lui connaît.

Belle succession d’aventures pour cette famille pas si ordinaire. Cela n’empêche pas de glisser des remarques bienvenues sur notre époque et ses travers. Ni de rappeler que même la littérature classique peut offrir une part de plaisir, y compris à des publics qui aiment en priorité le rock dur, telle Rose. Si le titre du roman est emprunté aux Bérurier Noir, la jeune femme n’en est pas moins romantique. D’ailleurs, cette histoire est pleine d’amour, ce que traduit également la solidarité familiale. On prend un immense plaisir à suivre ces multiples péripéties, fort drôles, une facette de l’inspiration de Marin Ledun qui séduit franchement. À ne pas manquer !

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 04:55

Gus accepte de raconter à un écrivain qui l’a retrouvé dans son refuge un épisode de sa vie, soixante ans plus tôt, début 1958. En ce temps-là, dans le Jura, Gus est associé avec André. Dans leur camion Citroën fatigué, ils transportent du fret à travers le département. Pas de quoi s’enrichir avec cette activité-là, faute de chargements réguliers. Ils font des pauses chez Simone, l’amie intime d’André, ou couchent ailleurs. Les troubles en Algérie ont certaines conséquences, même ici. La gendarmerie multiplie les contrôles routiers. Pas bon quand on circule comme eux dans un vieux camion. Par ailleurs, les ouvriers arabes des usines de la région se mettent en grève. Les réactions de la population sont hostiles : “Là-bas, ils égorgent nos soldats. Ici, ils foutent le souk.”

Ces derniers jours, André et Gus croisent un personnage fantomatique, pas inquiétant, un de ces vagabonds qui trouvent à s’engager comme journaliers pour gagner leur pitance. Encore que celui-là soit certainement d’un caractère différent, et qu’il ne rôde pas par hasard dans le coin. D’ailleurs, il vérifie auprès de Simone l’identité d’André. Cet homme, qui dit se prénommer Pierre, a participé à la guerre en Algérie où il a connu Paul, le défunt frère d’André. Inspiré par le mythe du légionnaire, l’idée d’héroïsme, Paul avait quitté les monts jurassiens pour les djebels. Sauf qu’une guerre est toujours beaucoup plus sale et sanglante qu’on ne la décrit, Pierre en sait quelque chose. S’il traîne alors dans la région, évitant les gendarmes, c’est parce qu’il a des révélations à faire sur la mort de Paul.

La tension entre Français et Arabes entraîne parfois des bastons dans certains quartiers, y compris à Dole. Pas de véritable raison d’en découdre, plutôt de la provocation, un trop-plein d’adrénaline pour Gus qui se frotte à des Algériens. Et qui, blessé, se trouve à l’hosto avec un arrêt de travail, une incapacité à conduire et à s’occuper du fret. André n’a d’autre choix que de recruter Pierre, laissant bientôt Gus provisoirement désœuvré. Gus rumine une envie de s’attaquer au premier Arabe venu. Un Algérien de moins dans le Jura, ça passerait presque inaperçu. Quant à Pierre, il ne peut rester plus longtemps dans la région. La frontière toute proche n’est pas infranchissable pour quelqu’un comme André. Sauf s’il se produit des complications causées par Gus et par une tierce personne, risquant de faire plusieurs morts…

Patrick Pécherot : Hével (Série Noire, 2018)

Le barrage passé, on a roulé sans parler. Un tel cirque pour une grève nous turlupinait. Une grève d’Arabes, c’est particulier, j’en disconviens pas, mais les gendarmes auraient été plus utiles devant l’usine. En pleine cambrousse, ça rime à quoi ?
On est entrés dans les faubourgs de Morez. Ils semblaient bien tranquilles. Bien calfeutrés sous la froidure. Les usines alignaient leurs toits en dents de scie. C’était de la belle industrie, alors. Tout en pendules, en lunettes et en clous. La ville tournait rond dans sa vallée. Avec le soleil qui traînait pour se lever, des soirs tombant tôt, et l’ombre des forêts à flanc de coteau. C’est des lieux à demi-jour, par ici. Du sombre jusque dans le vert qui coule des bois comme une rivière.
On a rangé le bahut dans la cour de la fabrique. On devait y pendre du fret à monter sur Dole. À l’entrée, le planton a examiné son registre. "J’ai rien pour aujourd’hui". Il avait l’air embêté. Il tournait les pages, baladait son index sur les lignes.

La fin des années 1950, une toute autre époque. On pourrait l’évoquer telle une France en noir et blanc, mais ce sont plus sûrement ses facettes grises qui apparaissent ici. Depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, encore récente dans les esprits, on cultive la joie de vivre et une certaine légèreté. On s’informe via la radio et les journaux. La jeune Brigitte Bardot est une star. Les suites de l’affaire Dominici passionnent toujours le public. On se distrait en écoutant à la radio “Sur le banc”, avec les chansonniers Raymond Souplex et Jane Sourza. La guerre d’Algérie, on en discute un peu partout. Généralement, sans vraiment comprendre ce qui se passe là-bas. Elle a quelques répercussions en métropole, du moins dans les régions industrialisées où travaillent des ouvriers arabes.

Une France grise, comme les murs d’usines, les blouses des maîtres d’école, les costumes des employés, les salopettes des salariés manuels. Pas si riante que ça, quand on gagne péniblement sa vie tels André et Gus, dans les décors vallonnés du Jura. On est loin de l’image triomphante de ce que l’on baptisera plus tard “les trente glorieuses”. Peut-être plus près du mot hébreu “hével”, signifiant une réalité éphémère, absurde, illusoire. Mais les souvenirs de Gus ne sont-ils pas biaisés par son impulsivité d’alors, un regard sur le monde qui s’est apaisé depuis ? C’était un nerveux, Gus. Patrick Pécherot ne se contente pas de retracer l’époque, de nous raconter l’histoire d’une poignée de personnages. Le récit bénéficie d’une vraie écriture, d’une tonalité stylée, tant dans le contexte esquissé que pour le côté humain de ses héros.

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 05:55

Le parcours du quinquagénaire Mc Cash a toujours été chaotique. Né d’une mère Bretonne et d’un père Irlandais, il a grandi dans la violence à Belfast. C’est ainsi que Mc Cash est devenu borgne. S’installant en France à l’âge adulte, il devint policier. Sans perdre ses addictions pour l’alcool et les drogues. Ce qui influait sur son caractère autant que sur sa santé. Son bon œil restant lui cause de plus en plus de douleurs. S’il a quitté la police, c’est pour ça et parce qu’il appliquait ses propres méthodes, hors des règles. Également, parce qu’il a depuis peu une enfant à charge. Alice, treize ans, n’est pas issue de son mariage avec la Sénégalaise volcanique Angélique, mais d’une relation beaucoup plus éphémère. Si Mc Cash doit mourir bientôt, autant jouer pendant quelques temps le rôle de père.

Voyageant au hasard vers la pointe de la Bretagne-sud dans la Jaguar de l’ex-policier, le duo débarque finalement dans la région d’Audierne. C’est là que Mc Cash apprend la mort de son ami Marc Kerouan. Appartenant à une riche famille, ce dernier était avocat. Mais la véritable nature de Marco, c’était de bourlinguer sur les mers à la voile. Marin aguerri et alcoolique cynique, l’ami de Mc Cash était toujours un authentique aventurier dans l’âme. Il venait d’acquérir un nouveau voilier en Grèce, et le ramenait par la mer en Bretagne, quand il a été victime d’un naufrage. Étonnante disparition, estime Mc Cash, à moins qu’il ait malencontreusement croisé un gros navire qui l’aura éperonné. L’ex-policier cherche des informations à Brest, où il fut en poste et où il garde une poignée de relations.

Mc Cash ignorait que Marc Kerouan s’était marié et avait un enfant en bas âge. L’épouse du disparu n’est autre que Zoé, la sœur d’Angélique, l’ancienne femme de Mc Cash. Toutes deux travaillent dans le domaine social, du côté de Douarnenez. L’ex-policier apprend que la Sénégalaise se trouvait à bord du voilier de Marc, navigant vers la France. Angélique a donc péri avec lui. Mc Cash ne tarde pas à identifier le cargo qui a probablement heurté le bateau de Marc. Ce navire grec, le Jasper, est provisoirement bloqué à Brest. Lorsque Mc Cash s’en approche, il est agressé. Par ailleurs, il va devoir se frotter à Yann Lefloc, un ex-flic devenu détective privé. Ce dernier est employé par la famille de Marc, qui n’entend pas laisser une partie de sa fortune à une Africaine telle que Zoé.

Tandis que le cargo Jasper est autorisé à repartir vers la Grèce, Mc Cash laisse plusieurs cadavres derrière lui. Confiant sa fille à la sœur de Marc, il s’envole vers Athènes. Déjà, il sait que le voyage maritime de Marc et Angélique ne consistait pas seulement à convoyer le voilier vers la France. Mais l’essentiel reste d’affronter les commanditaires du naufrage. C’est dans un bar-rock de la capitale grecque que Mc Cash débute son enquête. Il parvient à entrer en contact avec Stavros Landis et ses amis militants, qui ne supportent pas que l’Économie de leur pays soit pillée sous la pression internationale. Maintenant, il s’agit de savoir ce que le Jasper a dans le ventre…

Caryl Férey : Plus jamais seul (Série Noire, 2018)

Un pic glacé traversa l’œil de Mc Cash, qui le fit vaciller. Une crise. Son étreinte se relâcha sur le pouce du frisé, qui se dégagea aussitôt. Mc Cash voyait double, triple. Une crise fulgurante, comme elles lui tombaient parfois dessus. Le frisé agita sa main endolorie en pestant. D’autres phrases dans leur langue, l’arme dans son dos, ses sbires qui approchent : Mc Cash vivait au ralenti. Il chancela, les vit à peine l’empoigner par le col de son blouson et le tirer derrière le hangar.
Ils chuchotaient dans leur langue, l’homme armé à leur suite. Les docks déserts, leurs pas pressés sur le bitume, les avant-bras puissants qui lui pressuraient la glotte, le réel avait suspendu son vol ; ils plaquèrent Mc Cash contre un mur de tôle et lui maintinrent les bras. Il ne résistait plus. D’un uppercut, le frisé le cueillit au foie. Mc Cash avala ses poumons, en apnée. Une larme coula de sa prothèse tandis que des mains fouillaient ses poches. Il distinguait mal les visages à l’ombre du hangar.

Après “Plutôt crever” (2002) et “La jambe gauche de Joe Strummer” (2007), ce diable de Mc Cash est enfin de retour. Si au début de cette troisième aventure, usé par les douleurs, il n’a pas l’air en grande forme, ne nous y fions pas. La hargne qui l’anime est toujours aussi vive, et ses réflexes ne laissent que peu de chances à ses adversaires. La mort d’un de ses meilleurs amis est trop mal expliquée pour que ça ne cache pas quelque chose de très sombre. Mener une enquête quand on n’est plus flic, encombré qu’il est par une fille qui est à peine la sienne, rien d’insurmontable pour Mc Cash. Croiser son ex-belle-sœur et poursuivre ses investigations en allant se faire voir chez les Grecs, c’est à sa mesure.

Si Mc Cash est un personnage paraissant ambigu, c’est parce qu’il ne s’aime pas. Ce qui a pour conséquence une certaine détestation des autres, du moins de ceux qui préfèrent le confort de la norme plutôt que de s’exposer au risque. Tel est le point commun avec Marc, son ami disparu en mer. Toutefois, ce dernier avait entrepris de se mettre au service d’une cause utile. Un trafic "positif", contrecarré par des malfaisants dont c’est le bizness. C’est dans les remarquables paysages de la Cornouaille bretonne que commence le périple de Mc Cash, et d’Alice. De Concarneau et Penmarc’h jusqu’à la rade de Brest, en passant par la baie d’Audierne et celle de Douarnenez, même si la mer est clémente, il y a avis de tempête autour de l’intrépide borgne. Son séjour en Grèce ne sera pas plus calme.

Les enquêtes de Mc Cash, ce sont de magnifiques romans d’action, cultivant une ambiance énigmatique sur un rythme hard-rock. On frappe, on riposte, on menace, on dézingue, on dégage les importuns, on force le passage, on ne fait pas de cadeau. C’est la seule vie qui vaut d’être vécue pour un homme tel que Mc Cash… Quant à la noirceur, elle est aussi dans le contexte, en ce monde actuel où l’Économie est manipulée par quelques-uns, au détriment de l’être humain. Non, Mc Cash n’est pas si indifférent au sort des autres. Cette remuante aventure s’avère franchement excitante.

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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 05:55

Peut-être faut-il préciser une nouvelle fois que “Temps Noir” n’est pas un magazine polar, mais une publication de référence destinée à celles et à ceux qui sont intéressés par l’univers des littératures policières, d’hier et d’aujourd’hui. Animée par Franck Lhomeau, cette revue présente de précieux témoignages, documents et illustrations, sur ce genre littéraire et son histoire. Soulignons la belle et riche iconographie accompagnant à chaque fois les textes. Dans ce vingtième numéro, il est largement question des liens entre les romans noirs et le cinéma…

S’il publie quelques romans au début des années 1950 dans la collection Fleuve Noir Spécial-Police (Priez pour elle, Méfiez-vous des blondes, Massacre en dentelles), c’est en tant que scénariste et dialoguiste que Michel Audiard acquiert une notoriété certaine dès cette époque. Il a le sens des répliques qui font mouche (“Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît” Le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner.”), servies par de grands acteurs. Ayant contribué au succès de nombreux films, il symbolise un cinéma populaire qui marqua trois décennies. Mais il subsiste des zones d’ombres dans la vie de Michel Audiard, qui ne souhaitait guère s’exprimer sur ses débuts professionnels.

Né en 1920, s’étant forgé une culture ambitieuse, le jeune homme vivote dans le Paris de la guerre. Sa rencontre avec Robert Courtine lui permet d’entrer à l’hebdomadaire L’Appel, publication collaborationniste dirigée par Pierre Costantini. De juillet 1943 à août 1944, il va écrire, principalement des nouvelles, pour ce journal – dont les Juifs sont la première cible. Les textes de Michel Audiard sont parfois sombres, mais généralement guillerets, souriants. Toutefois, respectant l’idéologie de L’Appel, il n’est pas rare que l’on trouve des allusions directes à une supposée fourberie juive. Dans d’autres articles, en tant que critique, il a parfois la dent dure contre le monde artistique d’alors, mais défend aussi des talents tels les cinéastes Jacques Becker ou Gilles Grangier.

À la Libération, tandis que Robert Courtine est en fuite à Sigmaringen, Audiard est brièvement inquiété car il a été chargé de veiller sur l’appartement de Courtine. Son rôle est minimisé, quelle qu’en soit la raison. Après la guerre, il entre au journal L’Étoile du Soir, où il écrit des articles sur le cinéma. S’il se montre mordant vis-à-vis de certains films ayant plu au public, il défend des chefs d’œuvres comme “Citizen Kane”, “Arsenic et vieilles dentelles” et des films américains issus du roman noir… Franck Lhomeau retrace en détail cette période méconnue de la vie de Michel Audiard.

Revue “Temps Noir” n°20 : le roman noir, quel cinéma ! (Éd.Joseph K)

Après-guerre, deux grandes collections sont lancées en parallèle, qui ont pour but de présenter au public français des auteurs anglais et américains. Face à la Série Noire, sous la direction de Marcel Duhamel, l’éditeur Sven Nielsen a créé les Presses de la Cité, avec sa collection Un Mystère. La rivalité s’installe vite, concernant les traductions et les droits d’auteurs accordés aux écrivains étrangers. Nielsen a deux atouts de poids : il récupère la publication des romans de Simenon avec lequel il est ami ; et il se montre généreux quant aux sommes et pourcentages octroyées aux auteurs traduits. Peter Cheney est alors le plus en vue, tant pour ses polars que pour ses romans d’espionnage. C’est Sven Nielsen qui rafle la mise, au grand dam de Marcel Duhamel. Ce dernier est conscient qu’il y a un auteur à ne pas rater : Raymond Chandler. Les tractations vont bon train, compliquées car les nouvelles de celui-ci intéressent moins la Série Noire… Un épisode éditorial que raconte Cécile Cottenet dans un article documenté.

De la fin des années 1940 à la décennie 1960, le cinéma britannique a produit quelques remarquables films noirs. Certains sont restés très célèbres, y compris pour leur ambiance musicale, d’autres méritent d’être redécouverts. Ce qui est possible grâce aux DVD. L’auteure Cathi Unsworth, dont plusieurs romans ont été publiés chez Rivages, propose sa sélection de titres. Des perles rares, choisies avec pertinence… Dans ce n°20, Pierre Charrel présente un dossier qui permet aux lecteurs de mieux connaître Fabrice Colin, Brian Everson, Claro, François Angelier (à propos de la collection dédiée à Jean Ray), et David Peace évoque Sherlock Holmes à travers un petit texte inédit en français.

La Série Noire et le cinéma, toute une histoire que nous rappelle François Lhomeau. Bon nombre de romans américains publiés dans la collection ont été adaptés au cinéma. Films de gangsters, scènes nocturnes et urbaines, tension et trahison entre les héros, violence et coups de feu, durs-à-cuire et femmes fatales, la légende du "film noir" est déjà sur les écrans quand naît la Série Noire. Durant les premières années, les auteurs français sont rares dans la collection, à l’exception notable de Jean Amila. Difficile de produire des films de truands "à la française". C’est le “Touchez pas au grisbi” d’Albert Simonin qui, se déroulant dans le monde de la pègre, sera le premier à être transposé au cinéma. On y utilise l’argot comme, dans les films américains, le slang. C’est une sorte d’aristocratie du banditisme qui est au centre de l’histoire : “Max-le-Menteur et ses amis déambulent comme des pachas dans les rues de la Capitale, au volant de voitures de luxe…”

Suivront “Du rififi chez les hommes”, “Razzia sur la chnouf”, “Le rouge est mis”, autant de films évoquant les vicissitudes du Milieu. Mais il ne faudrait pas oublier l’atmosphère d’un grand film de l’époque, “Gas-Oil”, d’après le roman de Georges Bayle. L’auteur est un chauffeur routier, qui décrit admirablement son univers. Ce sera fort bien illustré à l’écran par le cinéaste Gilles Grangier, avec Jean Gabin et Jeanne Moreau. Quant à “Classe tous risques”, roman de José Giovanni s’inspirant du truand Abel Danos, ce rôle offre à Lino Ventura l’occasion de changer de style : “Plus mature, dépouillé de ses allures de brute épaisse et cosmopolite, il entre aisément dans le costume du caïd vieillissant…” Un autre roman de José Giovanni, “Un nommé La Rocca”, sera bientôt adapté au cinéma, histoire sombre et percutante à souhaits.

On ne peut passer à côté du film de Jean-Pierre Melville “Le Doulos”, truffé de références à l’Amérique revendiquées par le cinéaste. Mais l’humour va finalement s’imposer dans ces productions, remplaçant le strict climat de la pègre par des parodies appréciées du grand public. “Le cave se rebiffe” et “Les tontons flingueurs” en sont la meilleure illustration. Un truand semi-retraité et un orfèvre de la gravure de "faux talbins" doublant leurs congénères, la démonstration est plutôt jouissive dans le premier. (Ça court les rues, les grands cons ! — Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !”). Quant au second, pas une scène qu’on ait oubliée tant ce film regorge de drôlerie. Un dossier qui nous replonge dans une époque où inventivité et audace permirent de créer des films d’anthologie.

Encore un numéro de Temps Noir à ne pas manquer.

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 05:55

Être sympathisant d’une Zone À Défendre, ça expose le quidam à quelques tracas. Camille Destroit, quarante-quatre ans, en fait la fâcheuse expérience. Le site de Zavenghem, dans le Nord, est un projet controversé mis en œuvre par la société Valter & Frères, un géant du BTP. Il s’agit d’une plateforme multimodale de trente kilomètres carrés, destinée à dispatcher des millions de conteneurs venant du port de Dunkerque. Bétonnage maximum et nuisances tous azimuts garantis. Camille a hérité de ses défunts parents une ferme dans les environs. Plutôt favorable à la production bio et au respect de la nature, il a apporté un soutien actif aux zadistes. Ce qui lui a valu d’être alpagué par les flics, avant que le hangar attenant à sa ferme soit détruit par un incendie carrément suspect.

Dans la foulée, il est viré de l’hypermarché Écobioplus qui l’employait. Quand on sait que Valter & Frères sont actionnaires de l’entreprise en question, on s’étonne moins. Ils ne manquent pas de "gros bras" pour mettre le feu au hangar d’un gêneur, non plus. Ils sont aussi capables de provoquer maintes tracasseries administratives contre lui, afin de le démoraliser. Pour Camille, une villégiature iodée en Pays Bigouden permettra de faire une pause bienvenue. La tempête du côté de Saint-Guénolé, où il compte quelques amis piliers de bistrots, ça rafraîchit les idées. Par là-bas, pour faire sauter les problèmes, ils ont des solutions directes. Plaisant séjour qui, pour l’heure, ne résout rien. Camille n’a plus qu’à rentrer dans le Nord, mais il aura sûrement l’occasion de revenir sur les côtes bretonnes.

Parmi les pacifiques compagnons de lutte que Camille héberge dans sa ferme, se trouve la ravissante Claire Mernotte, vingt ans. Entre eux, plus d’attirance que d’état amoureux, ce qui convient à Camille. Malgré quelques succès, le combat continue. C’est ainsi qu’une baston contre des fachos envoie Camille à l’hôpital. À peine convalescent, sa rage et son besoin de vengeance s’accentuent. Il commence par les véhicules de son agresseur, joli feu d’artifice. Toujours aux petits soins pour lui, Claire lui offre un bon alibi face aux flics. Des enquêteurs peu passionnés par ces bisbilles, il est vrai. C’est à Jérôme Valter, le PDG du BTP, que Camille doit s’attaquer. Pas encore frontalement, il y a des limites. Mais en appliquant la recette de la datcha lettone au molotov, un sacré cocktail.

Certes, Camille ne peut publiquement se glorifier d’un tel fait d’arme, quand il regagne ses pénates des Hauts-de-France. Toutefois, Claire sait bien qu’il n’est pas allé se ressourcer entre-temps au cœur de la ruralité profonde, comme il le prétend. Quant aux motivations personnelles de la jeune femme, au-delà du militantisme, Camille a fini par s’interroger. Est-ce que le périple du couple jusqu’aux montagnes d’Interlaken suffira à éclaircir les secrets de la famille Valter ? Rien n’est moins certain. Le jusqu’au-boutisme de Camille risque de provoquer chez lui une schizophrénie d’enfer…

Jean-Bernard Pouy : Ma ZAD (Série Noire, 2018)

Quand je suis sorti de l’hosto, avec interdiction de faire le zazou, chez moi on m’a accueilli comme si j’étais le meilleur ami de la famille, de passage dans le coin. Ça m’a presque fait plaisir puisque ça me confortait un peu plus dans l’idée qu’il fallait que je change tout, et que cette maison ne devrait plus, dans quelques temps, être la mienne. Tout ça me menait silencieusement à une réalité : abandonner peu à peu ce qui avait fait ma vie d’avant, et qui se soldait par un échec, une impasse et la gueule comme un compteur. Entamer un nouveau parcours. Même avec embûches. Comme cette maison n’était presque plus la mienne, je ne pouvais désormais la regarder que d’une oreille.

Au 20e siècle, il y eut le Larzac, paysage campagnard qu’il n’était pas utile de militariser à outrance. Et Plogoff, où une centrale nucléaire aurait fait tache à quelques encablures de la Pointe du Raz. Après les mobilisations citoyennes, on calma les esprits avec, entre autres, la Loi Littoral qui évitait de bétonner le bord de mer. Puis vinrent les années 2000, et le retour de projets pharamineux. Des élevages de porcs ou de poulets par millions, ici. Un barrage inondant telle vallée ou un aéroport démesuré, ailleurs. Une part des citoyens ne trouvaient pas indispensables ces initiatives de développement économique, aux effets destructeurs pour l’espace naturel. Oublié l’aménagement raisonné du territoire, au profit de groupes industriels et financiers déjà largement bénéficiaires, estimaient-ils.

Faute de décisions équilibrées, ça engendra une nouvelle espèce d’hominidés, les zadistes. Sincères défenseurs des valeurs éternelles, ou baroudeurs plus politisés tels les No Border ou les Black Bloc, les activistes firent de la résistance de terrain, occupant les Zones À Défendre. Parmi les nostalgiques des combats d’antan, peut-être y en eût-il quelques-uns pour soutenir ces mouvements de désobéissance civile, de rébellion. C’est le cas de notre Camille qui, après une enfance qu’il décrit comme heureuse, a été ballotté par la vie. Il sent un grand besoin de tourner la page, d’envisager un autre futur. En franchissant les bornes de la stricte légalité, probablement. Et parce que l’ennemi, ce ne sont pas les gens aussi modestes que soi-même, mais les puissants qui imposent leurs règles.

Voilà un sujet que l’on peut traiter avec sérieux, de façon didactique et argumentée. Jean-Bernard Pouy préfère toujours illustrer son propos, sur une tonalité enjouée. En prenant pour exemple un personnage ordinaire, candide un peu romantique, insatisfait du monde actuel, trublion se fourvoyant peut-être mais incontestablement de bonne foi. L’amitié, la solidarité et jongler avec le vocabulaire pour en extirper de souriants jeux de mots, ce sont là des repères qui conviendraient à son bonheur. Mais vient un temps où le passage à l’acte se présente comme une nécessité. Quelques déceptions seront fatalement au rendez-vous. Grâce à la virtuosité stylistique de J.B.Pouy, on suit avec plaisir Camille dans ses épatantes tribulations agitées.

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 05:55

Barney Mandell est un champion de boxe connaissant une célébrité certaine dans la région de Chicago, autour de 1950. Il est né dans une famille d’immigrés polonais, et s’appelle officiellement Bernard Mancztochski. Il a été élevé dans le quartier des abattoirs, le plus pauvre de Chicago. Ma, sa mère, y habite toujours, ainsi que Rosemary Doyle, leur voisine infirmière, amie d’enfance de Barney. Son père est décédé, de même que son oncle Vladimir qu’il n’a jamais connu. Cet enseignant polonais s’était, lui, expatrié au Brésil. Barney a épousé la séduisante Gale Ebbling, fille du fortuné Juge Ebbling, lequel vit dans une belle propriété de Lake Forest. Ces deux dernières années, sujet à des hallucinations pouvant entraîner des violences, Barney les a passées dans un hôpital psychiatrique.

Cette épreuve est terminée pour le boxeur, qui est sorti le jour-même. Il s’est installé dans un hôtel de Randolph Street. En partie parce qu’il est déçu que Gale ne soit pas présente, il a passé la journée à s’enivrer dans des bars. Agressé dans sa chambre d’hôtel, Barney découvre bientôt le cadavre d’une blonde dans sa salle de bains. Cette Virginie Marvin l’avait allumé quelques heures plus tôt, mais il ne lui avait pas cédé. Barney est presque sûr de ne pas avoir tué cette fille. Il pense fuir, mais manque d’argent. Alors, autant qu’il appelle la police. Appartenant à une famille de flics, Rosemary le rencontre en cellule. Elle ne le croit pas coupable. Mais c’est évidemment l’intervention du Juge Ebbling qui s’avère capitale. Si l’enquête se poursuit, les charges contre Barney semblent occultées.

M.Curtiss est un agent officiel du fisc, qui paraît informé dans les détails de tout ce qui concerne Barney et sa famille. Toutefois, le boxeur n’en saura pas davantage, car Curtiss est abattu par un inconnu. Barney ne peut pas exclure avoir été lui aussi visé. Prévenir la police ? Non, il a hâte de rejoindre Gale à l’hôtel. Mais avant, il fait un détour par chez sa mère. Où se trouve Rosemary, mécontente contre Barney, et surtout Pat Doyle, le frère policier de la jeune femme. Ce dernier reproche au boxeur d’avoir laissé sa mère sans soutien financier depuis deux ans, Ma ayant vécu de la charité du voisinage. Ce n’est pas ce qu’avait prévu Barney pour sa mère, pourtant. De nouveau, il va être interpellé par les policiers, concernant cette fois le meurtre de M.Curtiss.

Cette fois, son beau-père s’est carrément déplacé pour le sortir de prison. Voiture avec chauffeur, prestige du personnage, Barney n’a d’autre choix que de jouer "profil bas" face au Juge Ebbling. Il ne sait trop si une caution a été versée. Dans un premier temps, il rejoint Gale à l’hôtel, pour des retrouvailles torrides. Puis le couple quitte Chicago, pour la maison des Ebbling, à Lake Forest. L’inspecteur Carlton et le lieutenant Rose viennent jusqu’à là relancer Barney, qui redoute de sombrer à nouveau dans un état psychologique le renvoyant à l’asile…

Day Keene : Deuil immédiat (Série Noire, 1958)

Alors on le regarderait comme on regarde un fou. On annulerait sa caution et on le retiendrait, comme témoin, sans même lui donner le temps de voir Gale. Mandell se remit à transpirer. La police pouvait tout aussi bien penser qu’il avait tué Curtiss. L’inspecteur Carlton le considérait comme un assassin. La dernière chose que Carlton avait dite, c’était : "Je mettrais ma tête à couper que Mandell était avec la souris, et qu’il l’a descendue."
Le jour commençait à éclairer la fenêtre. Les périodes de silence, entre les grondements du métro, diminuaient au fur et à mesure que le rythme du jour croissait pour acheminer le premier flot matinal. Il y eut un bruit précipité, quelque part dans l’immeuble. Dehors, dans le couloir, des portes de fer s’ouvraient et se fermaient ; c’étaient les groupes d’ascenseurs qui s’étaient mis en marche.

Écrit en 1951, “Deuil immédiat” fut le cinquième roman signé Day Keene (1904-1969). On peut préférer son titre original “To kiss, or kill” (Embrasser ou tuer), plus évocateur. Paru en 1954 dans la collection Oscar, peu diffusée, il trouva sa place en 1958 dans la Série Noire, dont l’auteur était déjà un des piliers. Il fut réédité en poche dans la collection Carré Noir en 1973. Day Keene reste un des experts du roman noir de l’après-guerre. En examinant une intrigue telle que celle-ci, on réalise à quel point elle est finement pensée et fort bien construite. Il ne s’agit pas simplement de présenter un héros accusé à tort, qui s’enferre dans la position de coupable idéal. L’auteur ne noircit pas les situations, mais il entretient des questions énigmatiques autour du personnage central.

Barney Mandell n’est pas un quidam ordinaire. Issu d’une modeste famille de Polonais, son parcours ascensionnel plaide pour lui : c’est un type réglo. Ce qu’il rappelle ainsi à un de ses amis du quartier : “Je ne vous ai rien fait et vous me traitez comme une merde. Je suis fort en gueule, je suis un gars prudent, je suis un voyou de derrière les abattoirs, à qui un petit succès sur le ring et un riche mariage sont montés à la tête. Tout ça c’est des conneries. Vous le savez. Pourquoi est-ce que je n’aurais pas une bonne opinion de moi-même. Je suis en haut de l’échelle, à côté des meilleurs gars de ma série. J’ai gagné un tas de fric avec mes poings…” Peut-être a-t-il des défauts, et fut-il un temps ébranlé par les coups au point d’être interné, mais c’est quelqu’un qui n’a rien à se reprocher. Et c’est ainsi qu’on le suit dans ses mésaventures, qu’on espère qu’il se tirera du pétrin, car on est confiant quant à son innocence.

Les romans de Day Keene étaient d’excellents polars, il faut s’en souvenir.

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