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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 04:55

Ayant perdu toute sa fortune à cause du "Jeudi noir" d’octobre 1929, Joachim Muzardin de Falgoncoul se suicida en Amérique. Son fils Romuald fut rapatrié en France, puis élevé par sa grand-mère au village de Quièffrans, entre Gray et Vesoul, une enfance dont Romuald garda surtout des mauvais souvenirs. Quatre décennies plus tard, âgé de quarante-quatre ans, Romuald est photographe de cartes postales pour une entreprise parisienne. Sa tournée provinciale le ramène (trente années après qu’il en soit parti) à Quièffrans. Un lieu que ce royaliste considère comme la pire des cambrousses, peuplée de péquenots, de ploucs. Le château-fort de ses ancêtres est toujours là, mais en ruines. Il rêve de richesse afin de le rénover, d’imposer sa domination aux habitants de Quièffrans.

Ce n’est pas exactement par hasard que Romuald rencontre la blonde bergère Irène de Vesoul, car cette orpheline de vingt-et-un ans a de l’ambition. Si elle peut "mettre le grappin" sur Romuald, elle n’y manquera pas. Thibaut, le cousin de Romuald, inventeur pratiquant des recherches secrètes, le prévient de se méfier d’Irène. Chez le notaire, Romuald a confirmation que son château et la propriété des Falgoncoul n’ont pas la moindre valeur marchande, qu’il n’a même aucun droit à des dédommagements. Ce n’est pas ainsi, sans un sou, qu’il redorera le blason de sa famille.  

Au printemps suivant, ayant perdu son emploi, il sympathise avec Rik, un Hollandais. Ils embarquent ensemble pour travailler sur un navire. En Mer d’Oman, la chance va sourire à Romuald. Un pêcheur local de perles lui offre une fortune en pierres précieuses. Face à de fieffés margoulins, de vrais malfrats, Romuald perd gros au poker et paye en perles. Sans doute est-il préférable de rentrer au plus vite en France, de retrouver Irène au village. Mais ses partenaires escrocs, eux aussi de retour à Paris, s’aperçoivent que les perles de Romuald ne valent pas grand-chose. Ils savent où le retrouver : ils vont le traquer au village de Quièffrans. Prévenu par Irène, Romuald se réfugie chez son cousin Thibaut, où les malfrats n’iront pas le chercher.

Romuald va bientôt comprendre pourquoi ces perles valant des millions près de la Mer d’Oman ne sont plus que des colifichets en France. Néanmoins, Irène y tient à son collier de perles. Plus qu’à Romuald, c’est certain, bien qu’il fasse beaucoup d’efforts pour que la parure reste éclatante. Irène va au-devant des ennuis, la prison la guette, et pour plus longtemps que prévu…

Pierre Siniac : Des perles aux cochonnes (Série Noire, 1977)

Il est possible que “Des perles aux cochonnes” (1977) ne soit pas le plus mémorable des romans de l’excellent Pierre Siniac (1928-2002). Dans une dédicace en début d’ouvrage, il parle de "féerie noire". On pourrait qualifier cette histoire de "tribulations fantaisistes". Il s’agit là d’une comédie, dont le héros – fauché, mais s’estimant supérieur à la plèbe rurale de cette région de Haute-Saône – va vivre quelques improbables aventures. S’enrichir ? Pas autant qu’il l’espère. La caricature est assumée (là-bas, les campagnards disent "Vzoul" ; le cousin de Romuald est un drôle d’énergumène). Le roman noir et l’humour ne sont pas incompatibles, surtout avec des auteurs comme le regretté Siniac.

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 04:55

L’affaire est relativement simple. À trois reprises, des fillettes de sept et huit ans ont été violées et tuées par le même homme. Pour le sergent Bell et l’inspecteur Lyle, le coupable est George Barker, quarante-cinq ans. Beaucoup trop de coïncidences dans son emploi du temps : il se trouvait près des lieux dans les trois cas. C’est lui qui, se promenant avec le chien de ses voisins, a découvert le troisième cadavre, celui de la petite Gwen, sept ans. Il est d’ailleurs curieux que ce ne soit pas le fox-terrier Spot qui ait repéré le corps, mais bien George Barker. Selon plusieurs voisins, le chien n’était peut-être pas avec lui ce soir-là. Quant aux deux autres cas, c’est sur le parcours de ses balades vespérales que se sont produites les agressions des gamines, ça a déjà été démontré.

L’inspecteur Lyle, expert en interrogatoires, ne s’y trompe pas : George Barker est un faible qui craquera forcément. C’est un petit homme timide, un éternel vaincu, un simple employé administratif, un fonctionnaire qui n’a pas d’amis dans sa profession, pas un de ces criminels aguerris capables de résister longtemps face à la police. Il a accepté de venir au commissariat. L’interrogatoire débute à 22h40. Avec résignation, Barker répond aux questions de l’inspecteur Lyle, tandis que le sergent Bell note tout. Oui, il a trouvé le cadavre de Gwen, qu’il connaissait vaguement. Non, il n’avait jamais entendu parler de Pauline, ni de Rosemary, les deux autres petites victimes. Pauline était une dévergondée, d’après l’inspecteur. Possible, Barker n’en sait rien du tout.

Pas question de relâcher le suspect : Barker est en état d’arrestation – pour le plus grand plaisir du sergent Bell. C’est alors qu’intervient Edwina Barker, l’épouse. Lyle avait bien compris que c’était une femme de caractère, une dominante dans leur couple. Elle "exige" de voir son mari qui, lui, ne le souhaite pas. Edwina est accusatrice, ne doutant pas que George Barker soit un assassin. Quand il se promène le soir avec le chien Spot, c’est pour pratiquer le voyeurisme, affirme-t-elle. Elle se souvient aussi d’un réveillon, cinq ans plus tôt, où son mari se montra trop câlin avec la petite Cindy, alors âgée de sept ans. Voilà qui conforte l’opinion de l’inspecteur Lyle. Pendant ce temps, le sergent Bell finit par user de violence contre Barker. Il est remplacé par l’agent Adams. Tandis que le petit matin approche, le suspect fatigué finira-t-il par tout avouer ?…

John Wainwright : À table ! (Série Noire, 1980)

Il serait faux de penser que le postulat choisi par l’auteur britannique John Wainwright (1921-1995) se base sur une intrigue facile. Décrire l’interrogatoire (nocturne) du principal suspect d’une série de crime odieux, c’est installer un huis-clos, un face-à-face, qui ne doit pas amener une ambiance pesante. Wainwright a l’habileté de garder une tonalité souple. Possédant de très bons atouts, les policiers sont quasiment sûrs du résultat ; il suffit d’être patient et de souligner les incohérences, les coïncidences, les faiblesses. Et voila l’épouse du suspect qui rajoute une bonne dose de détails troublants sur la perversité potentielle de son mari ! On pourrait en sourire, mais Barker fait remarquer à l’inspecteur que ce n’est pas drôle : “La situation caricaturée sur certaines cartes postales. La femme imposante, dominatrice, et le petit mari qui tremble devant elle, mais dans la vie réelle ça n’a rien d’une plaisanterie.” À l’avantage de qui tournera le duel entre les policiers et le coupable idéal ? Un vrai suspense.

Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre “Garde à vue” en 1981, avec Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand, Romy Schneider. Un film récompensé par plusieurs Prix et quelques "César du cinéma", qui connut un beau succès public. Une autre version, américaine, a été réalisée en 2000 (“Suspicion”), avec Gene Hackman, Morgan Freeman et Monica Bellucci.

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 04:55

En Bretagne, Hoellic est une commune du Morbihan rural, dans la vallée de l’Oust, du côté de Josselin, à une soixantaine de kilomètres du littoral. Quadragénaire, après avoir exercé dans le social du monde pénitentiaire à Rennes, Solenn Triquenot a été élue maire de Hoellic. Elle a eu pour compagnon Jean-Noël Raël (dit Nono), mort récemment, un éleveur qui s’essaya à des méthodes moins polluantes. Si elle reste en contact avec Yvonne, la mère de Nono, ses rapports avec le père Raël – son prédécesseur à la mairie – sont tendus. Présidente du Syndicat pour la collecte et l’élimination des déchets, Solenn Triquenot se penche sur l’historique des dossiers en question, sentant que les pratiques y sont nébuleuses.

Par contrat avec le Syndicat, c’est l’entreprise Maturin qui assure la collecte des déchets et la société Souig qui est chargée de leur élimination. Deux entités qui n’en font qu’une, car Maturin appartient au groupe Souig. C’est Yann Rufenec, le sémillant directeur régional de la Souig, qui a mené les transactions pour le rachat de Maturin. À Pontivy, Solenn visite l’usine d’élimination des déchets gérée par la Souig. Directeur d’exploitation du site, Hervé Terrasse ne cache pas à Solenn que, par le passé, il y eût quelques tricheries coûtant cher à la collectivité. Et qu’il y aura quelques "dépenses à programmer" pour le Syndicat, en vue de la mise aux normes de l'usine de Pontivy.

Rencontrant à Lorient le directeur régional Yann Rufenec, Solenn éprouve une impression défavorable à son égard. Les réponses préparées et l’obséquiosité de Rufenec laissent à penser qu’il ne dit pas la vérité. Solenn rencontre ensuite Mme Maturin. Celle-ci lui expose ingénument – en l’absence de son mari – les conditions de la vente de l’entreprise, et les combines permettant de frauder sur les chargements. Peu après, Solenn est contactée par Annie, une ex-détenue dont elle s’occupa naguère. Le mari de celle-ci, Jean-Luc Chaunay (surnommé Bitos), a des révélations pour Solenn. Concernant les entourloupettes sur le traitement des déchets et quant au rôle de Yann Rufenec.

Tandis que "l’enquête" de Solenn ne passe pas inaperçue, le directeur régional de la Souig rôde autour d’Yvonne Raël, qui doit bientôt vendre les biens de son fis Jean-Noël. Celui-ci était en contact avec Maurice Sempé, d’Avignon. Ce dernier expérimente des solutions sur le traitement des déchets, afin de réduire la pollution. Les cercles de l’agro-agri semblent approuver les progrès en la matière (on y suivait les initiatives de Jean-Noël), mais n’est-ce pas pour récupérer et annihiler ces méthodes nouvelles, moins néfastes ? Solenn est alertée d’un gros souci sanitaire à Hoellic : le captage d’eau consommable présente une inquiétante augmentation du taux de nitrates. La population n’est pas sans réagir. Solenn avait remarqué que plusieurs personnes étaient atteintes de dermatoses à Hoellic.

Grâce à Hervé Terrasse, Jean-Luc Chaunay et Maurice Sempé, Solenn progresse – mettant en évidence les manœuvres frauduleuses de Nicolas Maturin et Yann Rufenec. Mais s’en prendre à des sociétés comme la Souig n’est pas sans danger. Une brillante avocate et un soutien journalistique ne seront pas inutiles. Savoir pourquoi la soi-disant brocanteuse Catherine Le Deric et son fils Youenn ont reçu une vache en cadeau peut apporter à Solenn un des éléments de réponses…   

Hélène Crié-Wiesner : On peut toujours recycler les ordures (Série Noire, 2002)

Face à mon air ahuri, elle se reprit et expliqua sans la moindre gêne :
— Je ne sais pas ce que Bitos a dit exactement mais, dans le métier, tout le monde connaît la combine. On est payé à la tonne collectée. Les camions sont donc pesés à leur arrivée au centre de traitement, que ce soit une usine d’incinération ou une décharge. Les chauffeurs s’arrangent pour ne pas vider entièrement leur cargaison. Personne ne voit rien, ce sont des bennes hermétiques. Ils repartent en partie chargés, et quand ils reviennent à nouveau pleins, la balance enregistre une part de ce qui a déjà été compté […] Je vous dévoile aussi la variante : on arrosait les ordures avant d’arriver sur la balance. C’étaient des pratiques courantes, autrefois. Je ne dis pas que certains ne continuent pas…

Sans être extrémiste sur ces sujets, environnementaux et écologiques, il n’est pas interdit de s’interroger. Ruraux ou citadins, que l’on soit attentif à ne pas surcharger en produits phytosanitaires dans les campagnes, que les "urbains" trient ou pas leurs déchets, nous engendrons tous de la pollution. Qui, au final, se mesure par dizaines de milliers de tonnes d’ordures. La collecte et l’élimination des déchets forment un business utile, nécessaire, perpétuel. Avec probablement ses dérapages, ses connivences, ses arnaques. “On peut toujours recycler les ordures” d’Hélène Crié-Wiesner remonte à une quinzaine d’années, en 2002. Depuis, les contraintes environnementales ont évolué, se sont durcies. On pourrait ainsi supposer que, désormais, tout est limpide dans le traitement des déchets. Est-on sûr que ce soit le cas pour tous produits toxiques et autres métaux lourds ?

De nos jours, les dépotoirs sauvages ont été remplacés par des éco-stations, des centres de recyclages, des sites propres. Comme le montrait déjà l’auteure, ce sont les gros groupes qui décrochent les marchés de collecte et d’élimination des ordures. Quitte à confier la mise en œuvre à des sous-traitants, peut-être encore. Nos décideurs politiques de terrain sont satisfaits : la Délégation de Services Publics paraît fonctionner, et ils n’ont plus à se charger de ces affaires-là, chapeautées par des Communautés de communes ou d’agglomération (qui en assurent le financement, c’est quasiment tout). Ils se proclament bons gestionnaires des deniers publics. Le Code des marchés publics est respecté. Système exemplaire, vraiment ? La DSP, solution parfaite ? Possible, mais qui vérifie que de "vieilles pratiques", de l’approximatif ou des combines, des accords douteux, ne subsistent pas ? Il ne s’agit pas d’accuser, juste de comprendre.

C’est sur une tonalité enjouée, avec une part d’ironie bienvenue*, qu’Hélène Crié-Wiesner écrivit cette fiction – après que cette journaliste se soit documentée sur la question des déchets. (* “Les propriétaires des terrains menacés de restriction d’activités n’allaient pas se laisser faire facilement. Il est vrai que perdre la liberté de dégueulasser l’environnement est une dure contrainte. Décider que sur deux kilomètres à la ronde, personne n’aura le droit de stocker des huiles usées ou des produits phytosanitaires, d’installer une casse de vieilles bagnoles ou une production de porcs, ou tout simplement d’épandre du lisier alors que les cuves sont pleines, voilà qui constitue des atteintes intolérables au droit de propriété.”)   

Si elle situe l’action dans le Morbihan, plutôt moins intoxiqué par la pollution agricole que d’autres départements de l’Ouest, c’est visiblement parce qu’elle connaît bien les lieux qu’elle décrit – un élément rendant crédible son scénario. Son héroïne narratrice Solenn Triquenot, maire de la commune fictive de Hoellic, est partisane d’une vie "au plus proche du naturel", sans intransigeance radicale. Mais les magouilles au détriment de l’argent public, portant parfois sur des montants considérables – des chauffeurs restant dans leur camion à la pesée des déchets, ça finit par chiffrer lourdement, par exemple – ça mérite d’être révélé à la population, aux contribuables.  

L’auteure évoque aussi le rôle des maires, de plus en plus complexe, entre le social, les intérêts de leurs concitoyens, les moyens dédiés à l’entretien local, et les réglementations changeantes. Beaucoup d’entre eux (en particulier dans les communes petites et moyennes) font le maximum pour le bien de tous. L’urbanisation galopante dans certaines régions (où les terrains sont plus abordables) ne simplifie sûrement pas le problème des déchets, quand grossit inexorablement le nombre d’habitants. Aborder tout cela par le biais d’un roman permet d’illustrer ces thèmes actuels de façon moins aride que des rapports officiels ou des reportages. Afin de garder en tête que nos déchets représentent une vraie question sociétale.

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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 04:55

C’est le printemps à Isola, la métropole américaine. Âgé de quarante-cinq ans, l’homme d’affaires Anthony Forrest est abattu en pleine rue à la sortie de son bureau. Ce meurtre ayant été commis dans le 87e district, l’inspecteur Steve Carella est chargé d’enquêter. Il sera assisté par le lieutenant Meyer Meyer, du même commissariat. Selon les témoins, Anthony Forrest était unanimement apprécié, ce qui rend ce crime surprenant. Peu après, c’est au tour de Randolph Norden, quarante-six ans, d’être éliminé dans des conditions identiques. Pour le policier Carella, pas de doute : le tueur est un "canardeur" supprimant presque impunément qui bon lui semble – puisque apparaissant anonyme dans la ville.

La troisième victime est Blanche Lettiger, une prostituée alcoolique. Son proxénète Harry Wallach est cuisiné par Steve Carella et Meyer Meyer, mais il n’a pas un profil d’assassin. Blanche fut jadis étudiante, elle joua dans une pièce de théâtre semi-amateur. Le duo de policiers reste en contact avec l’Université, au cas où les archives révéleraient quelque chose. Le marchand de fruits et légumes Salvatore Palumbo et l’attorney adjoint Andrew Mulligan sont les victimes suivantes. La théorie initiale de Meyer Meyer – le tueur viserait des quadras ayant obtenu une belle réussite sociale – tombe à l’eau. Cindy Forrest, fille du premier mort, suit le dossier. Pour elle, le mobile du tueur est psychologique.

Tandis qu’un sixième meurtre est commis, le jeune policier Bert Kling est de retour de vacances. Il pourrait avoir un œil neuf sur cette suite criminelle. Deux personnes vont tant soit peu éclairer Steve Carella et Meyer Meyer. Thomas di Pasquale et David Arthur Cohen se souviennent d’un épisode datant de plus de vingt ans, qui justifierait peut-être une vengeance. Entre-temps, à Minneapolis, un certain Peter Kelby a été supprimé, septième victime du même tueur… Aujourd’hui, Helen Vale (ex-Struthers) est devenue une actrice connue. Elle contacte Steve Carella, au sujet de l’épisode déjà évoqué par Di Pasquale. Le plus suspect est Cohen. Durant la guerre, qu’il passa dans le Pacifique, il était tireur d’élite et parmi les plus efficaces. Mais le tueur se manifestera encore, même s’il rate sa victime suivante qui n’est que blessée…

Ed McBain : Dix plus un (Série Noire, 1964)

Le canardeur appartient à une race peu commune de meurtriers, qui n’a de commun avec son homologue du temps de guerre, le tireur d’élite, que la méthode employée. Ce peut être un gosse qui étrenne sa nouvelle carabine en tirant sur les passants, de la fenêtre de sa chambre. Ce peut être un monsieur qui a décidé de tirer sur tout ce qui porte du rouge. Ce peut être une sorte de Jack l’Éventreur qui tire sur toute blonde bien balancée qui passe dans la rue. Ce peut être un anticlérical, un anti-végétarien, un anti-octogénaire, un antisémite, un anti-pacifiste, un anti-tout.
Le canardeur qui œuvre en temps de paix a tout le loisir de tuer et de disparaître. Il est tranquille parce que ses victimes ne sont presque jamais armées et ne s’attendent pas à un acte de violence. L’affolement suit en général le coup de feu et lui permet de disparaître. Personne ne risque de riposter. Il laisse derrière lui un cadavre et il pourra se balader tranquillement dans les rues comme un paisible citoyen.
Carella et Meyer ne tenaient pas à avoir affaire à un canardeur.

Les amateurs de polars ont plaisir à lire ou relire, de temps en temps, une aventure des policiers du 87e district d’Isola. Steve Carella, Meyer Meyer et Bert Kling sont à l’honneur cette fois. “Dix plus un” fait partie des très bons titres de la série. Dès la page 92, l’auteur nous offre la principale clé de cette suite de meurtres. Si le tireur vise depuis des toits, utilisant des cartouches Remington 308, l’essentiel reste de comprendre ce qui motive ses actes… et de l’identifier. Une intrigue fort bien pensée.

Ce roman fut adapté au cinéma en 1971 sous le titre “Sans mobile apparent”, avec Jean-Louis Trintignant (Carella), Dominique Sanda, Sacha Distel, Carla Gravina. L’action se déroulait à Nice, dans ce film.

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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 04:55

Pour le plaisir, un petit jeu. Voici un extrait d’un "classique" de la Série Noire, roman d’un auteur français paru en 1958. Il fut adapté au cinéma en 1960, sous le même titre. De quel roman s’agit-il, et qui en était l’auteur ? À vous de jouer…


 

Il indiqua le chemin de son dernier domicile, rue de Bruxelles, près de la gare. Éric stoppa deux cent mètres avant, et regarda partir Abel. Les enfants avaient posé sur la couchette la longue boîte plate du marchand de jouets. Cette voiture immense, avec un lit, des petites fenêtres ornées de rideaux, ressemblait à une chambre. Ça leur faisait drôle aussi de voir Éric revêtu d’une blouse blanche.

Le temps s’écoulait. Abel tardait. Éric ôta la blouse et sortit. Il s’achemina jusqu’à l’hôtel et passa devant, lentement, sans s’arrêter. Il revint sur ses pas et poussa la porte battante. Il y avait deux ou trois personnes devant le petit comptoir de la réception. À droite, s’ouvrait une sorte de salon. Deux hommes attendaient, assis dans des fauteuils autour d’une table ronde, très basse. Éric s’avança et prit place à la table voisine. Il pouvait observer l’ascenseur et la descente de l’escalier. Si Abel était arrêté dans sa chambre, il le verrait sortir avec les flics. Les deux types qui attendaient le regardaient. Ils ne parlaient pas entre eux.

Éric se demandait combien ils pouvaient être en haut pour avoir ceinturé Abel sans qu’il puisse se servir de ses armes. Bientôt, un homme apparut dans les escaliers; il était suivi d’Abel et un autre homme fermait la marche. Abel portait une petite valise. Éric se leva et glissa la main vers son automatique. À côté de lui, les deux clients ne bougeaient toujours pas.

En voyant Stark, Abel marqua l’étonnement et obliqua dans sa direction.

Tiens, tu es là, fit-il.

Stark comprit qu’Abel était seul. Il soupira et sa main reprit sa place. Abel avait vu le geste. Ils sortirent.

Ça m’a paru long, expliqua Éric, alors je suis venu et j’ai vu des types. On aurait dit qu’ils t’emballaient.”

Polar mystère
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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 04:55

Anglais, Martin Neale a cru faire fortune en Argentine, mais il est dans la dèche. Il se retrouve dans le petit village d’Itapangua. Il espère mettre la main sur son compatriote Stephen Darnley, recherché pour un kidnapping meurtrier. Il y a une forte récompense à la clé. Neale n’y parviendra pas seul. Aussi contacte-t-il le commissaire d’Itapanga, Carjaval, un citadin qui ne se plaît guère dans ce trou perdu. Le policier accepte de s’associer à Neale. Il mobilise un camion et quelques "vigilantes" parmi les hommes étant sous ses ordres. Ils filent vers le désert, dans la direction où sont partis Darnley et sa compagne Suzanne. Le couple étant tombé en panne d’essence dans un village indien, il a poursuivi sa route à dos de mulets.

Neale, le commissaire Carjaval et sa petite troupe doivent opter pour la même solution : continuer la chasse sur les pistes du désert avec des mulets. Ils rattrapent Darnley et Suzanne. Il s’agit maintenant de rentrer à Itapangua, un périple sous le soleil ardent de cent-cinquante kilomètres, avec peu de vivres et d’eau en réserve. Quand les "vigilantes" comprennent qu’il y a une grosse prime pour ramener Darnley, ils exigent leur part. Neale et le commissaire Carjaval n’ont pas le choix, d’autant que Resi – un des "vigilantes" – ne compte pas en démordre. La progression est de plus en plus pénible à travers le désert, sous ce soleil de plomb. Deux des mulets meurent, à bout de forces. Tous n’ont d’autre choix que de tenir bon, à pied ou sur les mulets restants.

L’Indien Ceja, celui qui connaissait le mieux la région, décède en cours de route. Tant qu’il est simple de suivre la même piste qu’à l’aller, le groupe s’inquiète peu. Néanmoins, la confiance n’est pas au beau fixe entre Neale, le commissaire Carjaval et les "vigilantes". Mais Resi ne peut pas tout surveiller : en pleine nuit, Neale ne fait rien pour empêcher Darnley et Suzanne de tenter leur chance seuls. Il est conscient que, même s’ils prennent un peu d’avance, le défi est trop incertain. Arriver les premiers à Itapangua, essayer une autre solution pour disparaître ? C’est illusoire. En outre, il faut craindre une réaction radicale de Resi si le groupe rattrape le couple de fuyards. Et au final, combien seront-ils pour toucher la grosse récompense promise ?…

Michael Barrett : Balade au soleil (Série Noire, 1956)

L’arme au poing, ils arrivèrent à la hauteur des deux mulets chancelants. L’homme et la femme se tournèrent lentement, très lentement vers eux. Leurs visages toisèrent les uniformes bruns et débraillés, les revolvers, les peaux sombres, la figure barbue de Carjaval et finalement s’attardèrent sur Neale.
Un masque de poussière ternissait le visage de la femme, creusé par la fatigue et la peur ; elle l’observa un instant, puis ses yeux se tournèrent de nouveaux vers les hommes, leurs uniformes, leurs dagues et leurs revolvers. Neale y lut la terreur, l’amertume et la haine : l’autre l’avait reconnu et compris. Il détourna les yeux et pensa à l’argent. Cinq cent mille pesos.

Michael Barrett (1924-1999) était un romancier anglais. Il a publié une douzaine de livres, plusieurs ayant été traduits en français – dont “Les fuyards de Zahrain” (1963), “Feux de bush” (1968), ou “Ce soir à Sacarra” (1972). “Balade au soleil”, son premier suspense paru en 1956 dans la Série Noire, s’avère très bien construit – même si le scénario peut nous sembler aujourd’hui assez conformiste, un peu tel un western caniculaire en Amérique latine. Malgré tout, grâce aux péripéties bienvenues, on se passionne pour le sort de Neale, du commissaire Carjaval et de ses hommes. Un polar qu’il n’y a pas de raisons de reléguer dans les oubliettes de la littérature policière, qui se lit encore de nos jours avec un plaisir certain.

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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 04:55

À cette époque, fin des années 1970, il y a encore de l’argent en billets dans les banques. C’est pourquoi Billy Richards et sa petite bande braquent la National Westminster bank de Beechwood Brook. Pas une succursale d’importance, mais ils espèrent un beau butin quand même. À l’intérieur, se trouvent quatorze personnes, dont cinq clients. Glover, le directeur, se montre d’emblée coopératif. Mieux il obéira, plus vite ce sera fini. Sans doute est-il un peu trop optimiste. Un agent de police au repos s’est aperçu qu’il y avait un problème. Informé, l’inspecteur Tallboy prend la situation au sérieux. D’abord, vérifier par téléphone qu’il s’agit bien d’un hold-up. Ce que confirme Trotter, un des clients, producteur de télévision.

Rapidement, la complice qui attendait les braqueurs dans une voiture est arrêtée. Dans la banque, le vieux Ralph Reacher essaie de raisonner Billy Richards. Ce dernier est bien trop déterminé pour l’écouter. D’autant que Reacher devient vite barbant avec son bon-sens d’homme d’expérience. Billy finit par lui tirer dessus, le blessant sérieusement. Pendant ce temps, la police encercle les lieux et des tireurs d’élite sont prêts. Pour l’heure, les otages ne dramatisent pas, même s’ils n’ont guère de solution immédiate pour s’en sortir. Établir une ligne directe téléphonique entre la police et la banque n’est pas si simple, car Billy redoute un piège. C’est le père O’Connor qui va servir d’intermédiaire afin de mettre en place ce téléphone direct.

La police a identifié Billy Richards, un multi-récidiviste du banditisme, ainsi que son principal complice Walter Regan, un truand qui ne craint pas de tuer. Les deux autres comparses n’ont pas vraiment de poids. Évacuer Ralph Reacher par ambulance est désormais une priorité. Là encore, Billy craint une entourloupe des policiers. Si l’inspecteur Tallboy se fait passer pour un ambulancier, c’est surtout pour observer ce qui se passe à l’intérieur de la banque. Pour garantir la sécurité des otages, il est exclu de donner l’assaut. Une voiture pour prendre la fuite avec butin et quelques otages, c’est maintenant ce dont ont besoin Billy et ses complices. Les policiers temporisent. Au bout de trois heures, il va être temps que l’on intervienne pour en finir…

John Wainwright : Une si jolie petite banque (Série Noire, 1980)

John Wainwright (1921-1995) fut l’auteur de quatre-vingt-trois livres, dont seulement quelques-uns traduits en français (chez Le Masque et à la Série Noire). Le plus connu en France est certainement “À table !”, adapté au cinéma par Claude Miller en 1981, avec Lino Ventura et Michel Serrault. Se déroulant principalement en lieu clos, “Une si jolie petite banque” ne tombe jamais dans le théâtral. L’excellente idée de l’auteur, c’est d’alterner les versions, les témoignages par plusieurs clients et employés, tous ne réagissant évidemment pas de la même manière. Au départ, c’est avec désinvolture que le producteur-télé Trotter prend la chose, par exemple. Fréquent dans les années 1960 et 1970, ce type de braquage est aujourd’hui extrêmement rare : il n’y a quasiment plus de billets dans les banques, le plus stupide des voyous le sait bien. Raconté avec souplesse, ce polar témoigne donc d’une époque, restant diablement captivant. John Wainwright est assurément un auteur talentueux, injustement oublié.

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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 04:55

Chicago, au milieu des années 1950. Jim Lathrop est professeur de maths au collège de Palmer Square. Depuis trois mois, il est marié à la blonde Wilma, vingt-et-un ans. Ce jour-là, Jim est agressé dans un parking par un duo de brutes. Ceux-ci lui donnent un paquet destiné à Wilma. Jim rentre chez lui. Quand son mari lui raconte sa mésaventure, Wilma affirme n’y rien comprendre. Dans le paquet il y a environ 5000 dollars, sacrée somme ! Le matin suivant, Jim s’aperçoit que Wilma a disparu. Il contacte illico la police. Le lieutenant Jezierna écoute attentivement les malheurs de Jim. La fiche de Wilma figure dans les dossiers de la police, sous plusieurs identités. Comme son mari Jim, les flics possèdent très peu de renseignements sur les proches de Wilma.

Jim vient en aide à un couple de petits délinquants, Eddie Mandell — dix-sept ans — et son amie Jenny. Il vaut mieux les remettre dans le droit chemin, faciliter leur union. Mais surtout, Jim cherche des pistes pour retrouver sa bien-aimée. Plus adroit que la police, il déniche l’adresse de Vladimir, le frère de Wilma. Celui-ci ne se montre pas hostile envers Jim, même s’il ne cache pas que sa sœur l’a choisi car c’était un homme respectable. Peu après, Jim découvre Nielsen – le gardien de son immeuble – assassiné dans la cave. Cette fois encore, il alerte la police. Ça commence à faire beaucoup d’énigmes autour de Jim, se disent les enquêteurs. Leur principale hypothèse, c’est que Wilma a été incinérée dans la chaudière se trouvant à la cave.

Voulant contacter son avocat, Jim est à nouveau agressé par le duo des brutes du parking. Simple plaisir de cogner le professeur, peut-être. Pensent-ils vraiment que Jim sait où sont cachés les diamants volés par Wilma ? Jim a intérêt à profiter de sa liberté pour retrouver la trace de Wilma, dont il ne doute pas qu’elle soit encore vivante. Car il est désormais recherché pour meurtre. Bien que devant prouver son innocence, Jim possède assez de sang-froid pour ne pas paniquer. D’autant que la police ne semble pas traquer le fugitif. Les flics ont déjà compris que Wilma, morte ou vive, est davantage victime que coupable dans cette affaire-là. Jim va être de nouveau confronté au duo de brutes, mais avec de meilleurs atouts, ce coup-ci…

Day Keene : Question de braises (Série Noire, 1956)

Day Keene (1904-1969) fut un des auteurs populaires de la Série Noire dans les années 1950-60. Si ses romans n’avaient pas la noirceur de ceux d’un David Goodis, ni la complexité d’un John D.MacDonald, par exemple, il s’agissait de solides intrigues polars, riches en rebondissements. Les protagonistes sont toujours crédibles, correspondant aux Américains de l’époque. Dans ce “Question de braises” (1956), le héros est un professeur de collège ordinaire, respectueux de la loi et de la morale. Ce qui explique une bonne dose de lucidité chez lui, malgré les épreuves qu’il va traverser. C’est son amour pour sa femme – qu’il connaît si mal – qui le guide dans ses actes. Day Keene démontrait qu’il n’est pas obligatoire de faire du spectaculaire, du pétaradant, pour raconter une histoire qui "tient la route". Scénario de qualité et narration claire, le secret des romans agréables à lire.

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