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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 04:50

Léanne Galji a longtemps été policière au sein de la Brigade des Stups à Nice. Quand elle choisit un nouveau poste, c’est naturellement qu’elle devient commandant de police à Brest. En effet, c’est en Bretagne qu’elle passa sa jeunesse et fit ses études. Elle y a gardé des amies : Élodie, aujourd’hui médecin légiste, et Vanessa, désormais psychologue, toutes deux collaborant avec la police. Elle ne tarde pas à avoir l’occasion de les retrouver quand une affaire criminelle se présente. À Combrit-Sainte-Marine en Pays Bigouden, Corentine Ledantec a été assassinée à coups de marteau. Cette dame de quatre-vingt-neuf ans possédait un caractère désagréable, une chieuse selon le voisinage.

Gwenaëlle Le Floch, fille de la victime, a découvert le cadavre. Quand Léanne l’interroge, elle est encore sous le choc. La policière et son équipe commencent à explorer toutes les hypothèses. Corentine a été tuée de six à sept coups de marteau, il en fallait de la haine pour que l’assassin s’acharne ainsi sur sa victime. Une piste implique un petit réseau de dealers quimpérois, auquel pourrait appartenir Julien Le Floch, petit-fils de Corentine Ledantec. Mais le coup de filet organisé par Léanne est un échec, le principal dealer ayant réussi à s’enfuir et Julien Le Floch restant introuvable. Une autre possibilité mène Léanne sur la piste de deux frères, plus ou moins Gitans, voleurs sévissant dans la région. Ces deux-là auraient-ils sauvagement tué Corentine pour lui voler ses quelques biens ?

Outre ses amies Élodie et Vanessa, avec lesquelles elle passe de bonnes soirées, Léanne n’est pas mécontente d’avoir de l’aide du côté du colonel de gendarmerie Erwan Caroff. Elle doit s’avouer ne pas être insensible au charme et au charisme de l’officier. Julien Le Floch ou les frères Reinach, les "Gitans", tels sont les principaux axes des investigations de Léanne et de son équipe. Mais il peut encore s’agir d’un problème de voisinage qui aurait dégénéré ou d’une traditionnelle question d’héritage, Corentine n’étant pas pauvre. Julien Le Floch, le petit-fils qui fréquentait fréquemment sa grand-mère, détient sûrement une partie des clés de l’affaire. Le trio des Brestoises (Léanne, Élodie et Vanessa) et le colonel Erwan Caroff détermineront bientôt la vérité…

Pierre Pouchairet : Haines (Éd.du Palémon, 2018)

Pierre Pouchairet fit carrière dans la police. Ayant fait valoir ses droits à la retraite en 2012, il s'est lancé avec boulimie et avec succès dans l'écriture. Ses titres ont été salués par la critique et récompensés, entre autres, par le Prix du Quai des Orfèvres 2017 (Mortels Trafics) et le Prix Polar Michel Lebrun 2017 (La Prophétie de Langley). En 2018, il a été finaliste du Prix Landerneau avec Tuez les tous... mais pas ici (Sang Neuf, Plon). C’est aux Éditions du Palémon qu’il a choisi de publier une nouvelle série de titres, ayant toujours Léanne Galji pour héroïne. Enquête policière et ambiances bretonnes détaillées au programme. Le tempo n’est pas des plus rapides, ce qui ne nuit en rien au récit (se déplacer de Brest jusqu’en Pays Bigouden prend plus d’une heure, par exemple). Voilà un polar solide, confirmant les qualités d’auteur de Pierre Pouchairet.

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 04:50

En Argentine au temps de la dictature, dans la première moitié des années 1970. Le commissaire-adjoint Lascano, n’appartenant pas aux sphères dirigeantes, est cantonné à des missions secondaires. Cette fois, il s’agit d’enquêter sur le suicide d’un Allemand nommé Rolf Böll. On impose même à Lascano un jeune assistant, Miguel Siddi. Comme le légiste Fuseli, le commissaire-adjoint a de fortes raisons de douter du suicide – qui a en effet été provoqué. En revanche, le policier peut s’interroger sur le rôle de Herta Bothe, l’épouse du défunt. Elle semble avoir disparu. Lascano récupère un carnet écrit par Rolf Böll, qui est rédigé en allemand, langue qu’il ne comprend pas. 

Le CV d’Herta est éloquent : elle fut gardienne dans les camps nazis, Ravensbrück et autres, une des plus dures. Elle fut condamnée à dix ans de prison à l’issue de la guerre, avant de venir se réfugier en Argentine où elle se maria à Böll. Elle est bientôt arrêtée et interrogée par Lascano. Pour le carnet de l’Allemand, le policier a besoin d’une traductrice. Son chemin croise celui de la jeune Marisa Frauberg. Lascano est immédiatement séduit par Marisa, mais il est maladroit pour exprimer ses sentiments. Ayant perdu de la famille dans les camps nazis, Marisa n’est guère enchantée de traduire le carnet. Il y est question de profiteurs qui, sentant venir la fin du Reich hitlérien, se préparaient à continuer plus tard leurs combines financières – restant dans l’esprit du nazisme.

La hiérarchie n’apprécie pas que Lascano mène une véritable enquête sur le suicide de Böll. Dès qu’il demande quelques jours de vacances, ça lui est accordé afin de l’écarter de cette affaire. C’est avec Marisa que Lascano va passer ce temps de repos, devenant vite très intimes. Entre-temps, le professeur Lévi – qui aurait pu fourni un élément-clé à Lascano – est exécuté par la police dictatoriale. Par ailleurs, la répression arbitraire sévit dans toute l’Argentine.  

À son retour, Lascano est muté aux Archives, ce qui indique bien qu’on ne veut plus qu’il enquête. Poursuivant sa traduction, Marisa mesure à quel point les sbires du nazisme furent et sont encore des personnes médiocres, sans honneur. Quant aux dirigeants actuels de l’Argentine, ils ne se font pas de cadeau entre eux non plus. Lascano ira au bout de ses investigations, trouvant l’assassin de Rolf Böll…

Ernesto Mallo : La conspiration des médiocres (Rivages, 2018)

Période troublée pour l’Argentine que ces années 1970. Même superficiellement, tout le monde connaît le contexte d’alors. Sans doute y eut-il des gens comme Lascano, moins impliqués dans la frénésie dictatoriale. S’il est surnommé "Le Chien" pour sa supposée capacité à être offensif dans ses investigations, cela apparaît modérément ici. Il a du caractère, c’est vrai, mais fait son métier consciencieusement, sans éclat particulier. Ce que l’on retient, c’est sa relation amoureuse progressant avec la jeune Marisa. Un homme tel que Lascano n’a rien d’un séducteur sûr de son fait, mais ses sentiments sont vrais. Via le carnet de Böll, on nous montre la bassesse des partisans du nazisme, dont l’Argentine fut un pays d’accueil un peu trop complaisant. Jamais ce peuple n’exprima depuis l’idée d’avoir protégé ces criminels. Cette “conspiration des médiocres” est un bon petit polar qui se lit sans déplaisir, mais qui manque un peu de relief.

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 04:55

Noël 2008, en Suède. Pour Nora Linde, analyste financière, son mari et leurs deux fils, ce temps de fête s’annonce heureux sur l’île de Sandhamn, sur la mer Baltique, son havre de paix. De son côté, son ami le policier Thomas Andreasson – inspecteur à la Criminelle au commissariat de Nacka – passe aussi un agréable Noël avec sa petite famille. Mais le 26 décembre, Thomas est appelé sur l’île. Une cliente de l’hôtel local a été retrouvée morte, gisant dans le froid extérieur. Un décès plus que suspect. Jeanette Thiels, cinquante-trois ans, n’était pas n’importe qui. Cette reporter avait une réputation de fonceuse. L’équipe du commissariat de Nacka se met en action pour comprendre les faits. L’appartement de Jeanette a été "visité", son ordinateur a disparu. 

La reporter était la mère d’Alice, treize ans, qui vit chez son père, Michael Thiels, divorcé de Jeanette depuis plusieurs années. Ce dernier semble posséder un alibi en bonne et due forme. La police perquisitionne l’appartement de la victime. Thomas interroge la voisine de Jeanette, Anne-Marie Hanson. Le premier bilan est maigre pour les policiers. L’un d’eux va se pencher sur les archives de Jeanette, les reportages – souvent sensibles – qu’elle a traités ces dernières années. Elle s’est rendue dans les Balkans, afin d’observer la réalité sur le terrain. Mais d’autres dossiers n’ont pas moins d’importance. L’émergence du parti politique d’extrême droite Suède Nouvelle, dont le leader est Pauline Palmér, figurait parmi les sujets que suivaient Jeanette.

L’autopsie de la reporter montre qu’elle était très gravement malade, développant un cancer bientôt fatal. Elle a ingéré du poison, probablement dans les vingt-quatre heures avant sa mort. Thomas et l’équipe d’enquêteurs réalisent que Michael Thiels s’avère bien plus suspect que prévu. Alcoolique et brutal, mais adorant sa fille, il a beaucoup manigancé afin de conserver la garde d’Alice. Bertil Ahlgren, voisin de Jeanette, pourrait sans doute témoigner. Mais à quatre-vingt-six ans, son état de faiblesse ne permet pas aux policiers de l’entendre. La petite Alice, qui comprend mal que sa mère est morte, court un réel danger. Elle possède une des clés des secrets de Jeanette. Les enquêteurs suivent toutes les pistes possibles, privées ou en lien avec les activités de la reporter, qui a été empoisonnée de façon fort singulière…

Viveca Sten : Retour sur l’île (Albin Michel, 2018)

Par terre devant eux, ce qui ressemblait à une personne accroupie. De derrière, elle avait l’air d’être tombée la tête la première, le front était enfoncé dans le sol, le visage enfoui dans la neige. La main droite était levée au-dessus de la tête, le gant pointant en avant, en direction de Lökholmen.
Thomas essaya de comprendre ce qu’il voyait. La victime était-elle tombée ? Ou cette main était-elle tendue pour se défendre ?
Quelqu’un avait commencé à brosser la neige du cadavre, mais s’était ravisé: le haut du corps était presque dégagé, mais les jambes encore recouvertes d’une épaisse couche blanche. Il distinguait a forme d’un talon bas.

Une partie du charme des suspenses de Viveca Sten – dont c’est ici le 6e titre – tient dans l’ambiance qu’elle installe, en particulier par son aspect insulaire. Chaque protagoniste est décrit avec le plus grand soin, les rendant très crédibles. Les chapitres sont courts, offrant sa place à chacun.

Autour de Thomas Andreasson, l’enquête policière en équipe avance sur un rythme traditionnel, sans précipitation, au fil des infos collectées. Pas de révélation-choc à espérer, ce sont les indices divers qui font progresser les investigations. Divorce houleux, motifs causés par le métier de la victime, inimitiés ? On le verra. Si le rôle de Nora est moindre, elle reste un des jalons de l’intrigue. Ce petit séjour en Suède, entre autres sur l’île de Sandham, est un plaisir de lecture confirmant le talent de Viveca Sten.

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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 04:55

En Suède. Greta, son compagnon Alex et leur fillette Smilla, ont loué pour quelques jours un cottage à Marhem. Ça se situe aux abords d’un lac qu’on appelle ici le Cauchemar, mais qui porte sûrement un nom plus officiel. Ce jour-là, tous trois vont faire un tour en canot sur le lac. Alex et Smilla en profitent pour explorer l’îlot, d’allure assez hostile, au milieu du lac, Greta restant dans la barque. Quelques heures plus tard, la jeune femme s’inquiète quand elle ne voit pas revenir Alex et Smilla. Elle débarque sur la petite île, à leur recherche. Mais ses efforts sont vains, pas de traces d’Alex et Smilla. Elle retourne à leur cottage, hésitant à prévenir la police de cette double disparition. Seule, Greta est assaillie de mille pensées. Les plus agréables étant les souvenirs des débuts de sa relation avec Alex.

Le lendemain, Greta va de nouveau tenter de retrouver les disparus su’ l’îlot, sans plus de succès. Revenue sur le rivage, elle fait face à une bande d’ados menaçants, dont le meneur pourrait s’avérer dangereux. Le cottage est son meilleur refuge. Les appels téléphoniques répétés de sa mère deviennent envahissants, estime Greta. À force de ruminer dans la solitude, elle sait bien que ça risque de virer au délire. Il faudrait qu’elle rentre maintenant chez elle, mais ne dépasse guère en voiture les environs de Marhem. La police, qu’elle a finalement contactée, trouve de grosses contradictions dans le témoignage de Greta, dans sa propre situation. Elle ne compte pas expliquer que, comme bien d’autres, elle a longtemps été suivie par des psychologues, mais que c’est du passé. L’endroit où elle se sent le mieux pour le moment, c’est le cottage près du lac.

Bien qu’elle l’ignore, Greta est effectivement en danger. Quelqu’un envisage de se venger d’elle, à cause d’un épisode de sa vie. Sa fragilité ne joue pas en sa faveur, c’est sûr. La protection de sa mère ne sera probablement pas suffisante. Il lui reste l’espoir d’un "retour à la normale"…

Caroline Eriksson : L’île des absents (Presses de la Cité, 2018)

Bien sûr, je me lance tout de même à leur recherche. Ignorant cet instinct qui me souffle que c’est peine perdue. Je tire le bateau au sec avec des gestes maladroits, attrapant au passage le sweat qu’Alex a abandonné à l’arrière.Un certain malaise progresse le long de mon dos. Je crie les noms d’Alex et de Smilla. Quand je passe ma tête dans l’encolure du pull, je m’aperçois que mes bras sont engourdis. L’odeur masculine imprègne encore le tissus, m’entoure. L’odeur d’Alex.
Cela me fait l’effet d’un coup de poignard dans le ventre, mais je me focalise sur la montée de la colline. Je n’ai pas fait plus de quelques pas que mon cœur s’accélère.Je m’essouffle. La pente est pus raide que je ne le croyais.

Voilà un pur suspense psychologique dans la plus belle tradition, ménageant une part d’angoisse chez l’héroïne, et une multitude de questions. Évidemment, on devine que les faits ne sont pas aussi clairs que ce qu’elle nous raconte. Greta est un personnage perturbé, dont on ne doute pas qu’elle garde des secrets, et ce lac qui n’a rien d’accueillant contribue à une atmosphère troublante. N’en disons pas davantage. Le récit est mené avec souplesse, l’intrigue parfaitement maîtrisée – renouvelant plutôt habilement le thème de la disparition mal explicable. Un suspense convaincant, captivant, qui séduira inévitablement les amateurs d’énigmes psychologiques.

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 04:55

Bert Amandale est un écrivain à succès installé en Provence, du côté de Saint-Rémy. Il vit dans une belle propriété, la villa des Pommiers, avec son épouse Miriam et leur fille adolescente Britney. Non loin de là, habite Chucks Basil, avec qui il entretient une relation fraternelle. Chucks est une rock-star sur le déclin, qui espère un possible retour. Chucks appelle Bert : condusant ivre quelques jours plus tôt, il pense avoir percuté et tué un type errant sur la route en pleine nuit. Bert n’oublie pas que son ami reste hanté par certains fantômes, sujet à des hallucinations. Auprès de Vincent Julian, gendarme quinquagénaire pacifique qu’il connaît bien, Bert se renseigne sur les récents accidents signalés dans la région. Rien qui corresponde à ce que décrit Chucks.

Tourmenté, Chucks se dénonce à la gendarmerie de Sainte-Claire, commune où il habite. Vérification faite, là encore, pas d’accident en rapport avec ce qu’il raconte. Alors qu’il se promène dans la campagne environnante, Bert est attaqué par un chien agressif. C’est ainsi qu’il rencontre les agents de sécurité du centre de désintoxication du Dr Eric van Ern. Ce genre de "clinique" pullule dans les environs. Miriam va bientôt sympathiser avec l’épouse du médecin. Chucks identifie finalement "son" mort : ce serait l’écrivain et polémiste Daniel Someres. Il a souvent traité de sujets sensibles, telle la résurgence de sectes proche des idéaux extrémistes. Sauf que cet homme est décédé plusieurs jours après de supposé accident provoqué par Chucks.

Plus tard, Chucks est retrouvé noyé dans sa piscine. Bert est convaincu qu’il ne s’agit pas d’un suicide, même si son ami n’était pas tellement équilibré. Bert explore l’univers personnel de Chucks – musical et privé. Peut-être y a-t-il quelques indices à dénicher. Invités avec son épouse chez le Dr van Ern, Bert s’ennuie vite mais découvre que le médecin possède une galerie de tableaux évoquant la douleur, l’horreur, l’angoisse. Par ailleurs, Bert cherche à déterminer le sens du mot "ermitage", prononcé – selon ce qu’en disait Chucks – par Daniel Someres juste avant sa mort. Personne ne paraît savoir de quoi il est question, pas même le brave gendarme local Vincent Julian. Néanmoins, Bert imagine que tout cela n’était pas simplement issu de l’état mental fragile de Chucks…

Mikel Santiago : Le mauvais chemin (Actes Noirs, 2018) – Coup de cœur –

Riffle a marqué un silence, songeur. Je lui ai demandé si je devais trouver un avocat à Chucks, mais il a fait non de la tête.
— Sans indice de crime, et tant que nous n’avons pas découvert le cadavre ou enregistré une disparition dans la région, rien ne justifie une mise en examen. M.Basil n’a fourni aucune description, aucun signalement concernant ce prétendu cadavre. Il pourrait tout aussi bien s’agir d’une hallucination, de faux aveux ou d’une envie de se faire remarquer, vous comprenez ? En attendant, on ne peut pas le mettre en détention, mais je compte sur vous pour qu’il ne quitte pas la commune.
— Bien évidemment.

Ce roman est franchement une très belle surprise. La présentation en était modérément attirante – les histoires de rock-stars oubliées, on en a écrit d’autres. Ici, au contraire, on adhère immédiatement. Chucks n’est pas un paumé, juste quelqu’un secoué par une vie déjà trop remplie. L’écrivain Bert Amandale veille à la vie de sa famille, son épouse Miriam se détachant un peu, et leur fille Britney commençant à penser aux garçons. Accident ou pas ? Il existe une vraie énigme autour de cet épisode. Bien sûr, le centre de désintox du Dr van Ern pousse à s’interroger. Les éléments apparaissent au fil des investigations de Bert, troublants ou mystérieux : il suffit de le suivre dans ses recherches. La tonalité du récit est plus que fluide, d’une belle souplesse narrative. Voilà un suspense de haute volée, méritant sans hésitation un coup de cœur.

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 04:55

Un avion s’est crashé en survolant les Alpes. Si ce drame intéresse les autorités américaines, c’est que se trouvait à bord Mike Stone, quatre-vingt quatorze ans. C’était un héros militaire, fortuné, dont il faudra rapatrier les restes aux États-Unis. Il suffit d’avoir l’ADN du défunt pour l’identifier. Sauf que Mike Stone n’avait plus de famille depuis bien longtemps. La solution, c’est de prélever l’ADN de son frère Samuel Stone, mort lors du Débarquement en Normandie, enterré au cimetière d’Omaha. C’est Andrew Johnson, Noir de quarante-huit ans, qui se trouve chargé de cette mission par la hiérarchie militaire. Lui qui avait besoin de prendre du recul, bonne occasion que ce séjour en France. À Caen, Andrew fait la connaissance des magistrats locaux. Dont Marie-Line Montgoubert, jeune substitut. Ensemble, ils vont procéder à l’exhumation au cimetière d’Omaha.

Surprise : dans la tombe de Samuel Stone, il y a un second corps, celui d’une femme. La jeune inconnue a été étranglée, un meurtre certainement encore récent. Pour Andrew, cela signifie une prolongation de son séjour, le temps de comprendre la situation. Il connaît bien l’histoire du Débarquement, n’oublie pas qu’il y eût autant de profiteurs que de Résistants en cette fin de guerre. Dans une bourgade de la côte normande, Andrew sympathise avec la population du cru. On le surnomme vite Obama, car il est vrai qu’il lui ressemble quelque peu. Pendant ce temps, Marie-Line explore les dossiers relatifs au faits historiques du Débarquement. Aucun lien flagrant entre Samuel Stone et l’autre victime. Par contre, Marie-Line déniche une piste. Ça concerne la disparition de la jeune Sonia Devers, en 2005. Qui n’a jamais été considérée comme une affaire criminelle.

Marie-Line et Andrew s’associent pour mener l’enquête. Un certain Kevin Sandret apparaît comme fortement suspect. Il ne fait pas de doute qu’il soit à la tête d’un trafic de drogue dans la région. Au total, trois disparitions de jeunes femmes rousses sont à prendre en compte. Outre Sonia, il y a un cas en 2013 et un autre remontant à une semaine environ. Selon le procureur Flochard, supérieur de Marie-Line, ça reste des supputations, ces jeunes femmes étant adultes et libres de leurs vies. Heureusement, Andrew partage l’opinion de Marie-Line. Non seulement ils poursuivent l’enquête, mais ils espèrent bien sauver une captive, et démêler toute cette affaire…

A.Liard-D.Azencot : La fille d’Omaha (Toucan Noir, 2018)

Deux squelettes étaient couchés l’un sur l’autre, le bras gauche de celui du dessus comme enlaçant le cou de celui du dessous. Sur le corps du dessus, des morceaux de peau séchée collaient aux os. Il était sur le ventre, crâne tourné de profil, comme s’il essayait de chuchoter quelque chose à son compagnon, là où aurait dû se trouver son oreille gauche.
— Extraordinaire. Vous saviez que des siamois avaient débarqué à Omaha ? lâcha Andrew.
Pour toute réponse, il se fit crucifier le pied par le talon pointu de Marie-Line. Le fossoyeur fronçait les sourcils.
— Il y a un homme et une femme, ajouta-t-il pointant du doigt le bassin du corps du dessus.

Les romans faisant référence à la 2e Guerre ne sont pas toujours convaincants, le sujet ayant été surexploité. De même, une "collaboration" entre magistrats américains et français, aux statuts et aux états d’esprits si différents, peut frôler la superficialité.

La première réussite de ce roman est d’être très crédible sur ces points. On éprouve une réelle empathie pour Marie-Line et Andrew. Le récit, actuel et fluide, est ponctué de scènes autour du Débarquement. L’intrigue s’avère solidement énigmatique : morts d’hier, meurtres ou disparitions d’aujourd’hui. Les auteurs nous proposent là un roman de fort belle qualité, à découvrir absolument.

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 04:55

Ex-femme active londonienne, Agatha Raisin s’est installée au village de Carsely, dans la campagne anglaise. Depuis, elle s’est improvisée plusieurs fois détective amateur, pour des affaires dont la police semblait peu s’intéresser. Agatha s’est fait des amis, telle Mrs Bloxby l’épouse du pasteur, ou le jeune policier anglo-asiatique Bill Wong. La quinquagénaire a connu quelques problèmes de couple. Si elle s’est finalement mariée à son voisin James Lacey, trop de déséquilibre existait entre eux. La pétulance et le calme ne font pas bon ménage. James l’a quittée pour aller vivre dans un monastère français. Pour s’en remettre, Agatha s’est offert un voyage sur la lointaine île de Robinson Crusoe.

Peu après son retour à Carsely, les crues et les inondations envahissent la région. Le cadavre de la jeune Kylie flotte sur la rivière. Agatha soupçonne immédiatement un meurtre. Dont le coupable pourrait être Zak, le petit ami de Kylie. La police envisage une overdose, un possible suicide. Ni Agatha, ni les proches de la victime ne croient qu’elle ait été toxico. Agatha mène sa petite enquête à la discothèque du père de Zak, avec de rencontre la rivale de Kylie, Phyllis. Celle-ci est une fille prétentieuse, égoïste, mais est-ce que cela l’a menée au crime ?… John Armitage, le nouveau voisin d’Agatha, est auteur de romans policiers. Il accepte de suivre la détective amateur dans ses investigations. Même si tout ça déplaît au policier Brudge, qui s’occupe mollement de la mort de Kylie.

Freda Stokes, la mère de Kylie, est prête à engager Agatha afin de faire toute la lumière sur la mort de sa fille. Agatha interroge Harry, un ancien petit ami de la jeune fille, ainsi que les copines de la défunte. Une piste pourrait désigner M.Barrington, l’employeur de Kylie. Il s’est passé des choses pas nettes entre elle et lui, c’est sûr… C’est alors qu’une habitante du village est découverte assassinée. On l’a probablement prise pour Agatha, déjà victime d’une agression. Le policier Brudge est d’accord là-dessus. Toujours épaulée par son voisin John Armitage, en bon limier, Agatha se rapproche certainement de la vérité. Quand celle-ci sera établie, Agatha compte bien retourner sur l’île de Robison Crusoe, pour un séjour plus reposant…

M.C.Beaton : Crime et déluge (Albin Michel, 2018) – Agatha Raisin 12 –

Chez elle, Agatha alluma sa télévision pour regarder les infos. Sur l’écran se succédaient des images des Midlands inondés et des récits de personnes arrachées à la vie par la fureur des flots. Puis le présentateur annonça : “Le corps d’une jeune femme a été repêché par des plongeurs dans la rivière Avon à Evesham. Des promeneurs qui se trouvaient sur le pont l’avaient repérée alors qu’elle flottait juste en dessous d’eux, vêtue d’une robe de mariée. La police ne dévoilera pas son identité avant que l’a famille n’ait été informée. À ce stade, rien ne laisse penser qu’il s’agisse d’un acte criminel.”
— Pff… pesta Agatha. Qu’est-ce qu’ils en savent ?
La sonnerie de la porte retentit et elle alla ouvrir. Miss Simms se tenait sur le seuil, en équilibre précaire sur ses sempiternels talons aiguilles.

On éprouve un véritable plaisir à la lecture des aventures à rebondissements de la pugnace Agatha Raisin. Il s’agit d’excellentes "comédies policières", souriantes à souhaits, dans la meilleure tradition des détectives amateurs – souvent plus efficaces que la police officielle. Agatha suspecte, Agatha se déguise, Agatha triche avec ses interlocuteurs, et parvient à ses fins. Sans oublier les affaires de cœur compliquées de notre mûre héroïne. En un mot, on s’amuse beaucoup à suivre ses investigations, pas si désordonnées que ça.

Dans “Crime et déluge”, Agatha Raisin montre une fois de plus qu’elle est la plus forte. Une série de roman extrêmement distrayants, à ne pas manquer.

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 06:50

Campagne électorale dans l’Ohio. Lee Rogers, le sénateur sortant, sera réélu, cela ne fait aucun doute. Il bénéficie d’une grande popularité, à défaut d’être plus efficace qu’un autre. Il est marié à Connie, une femme malade – mais l’est-elle vraiment ? Lee Rogers est un séducteur, c’est son meilleur atout. Toutes les femmes tombent sous son charme, et souvent dans son lit… En face, Barton Brock est le directeur de campagne de son adversaire, un obscur candidat n’ayant aucune chance. Alors, pourquoi ne pas avoir recours aux vieilles méthodes : un scandale sexuel ? Brock engage Elizabeth, une serveuse de McDo, d’une beauté ravageuse. L’opération est un flop. Car Elizabeth est loin d’être stupide. Si cette affaire lui crée dans un premier temps des ennuis, elle est de celles qui savent rebondir,et ne manquera pas de le prouver.

Brock a bien compris que c’est autour de Lee Rogers que se passent les choses les plus excitantes, dans le cadre de la campagne autant qu’en privé. Le sénateur retrouve bientôt Jenny, une hôtesse de l’air qu’il a connue vingt ans plus tôt. Celle-ci fut éperdument amoureuse de Lee Rogers, déjà marié. Jenny a une fille, Fanny. Cette étudiante intègre la campagne du sénateur, en tant que vidéaste, supposément pour améliorer encore l’image de Lee Rogers. Encore une qui pourrait bien devenir la maîtresse du politicien… De son côté, Elizabeth s’est mariée à un homme d’affaires fortuné de Las Vegas, Bruce Diamond. La jeune femme fait la connaissance de Nick, un photographe pro de trente-deux ans. Elle va l’entraîner dans des mésaventures qui, finalement, ne se terminent pas trop mal pour lui – puisqu’il va aller vivre à Paris.

Pour Elizabeth, toute nouvelle expérience est bonne à prendre. C’est ainsi qu’elle va devenir "Chère Dottie", répondant aux courriers de personnes soit désespérées, soit ayant des intentions meurtrières. Installée dans le Maine, elle semble avoir trouvée sa voie. La campagne de Lee Rogers se poursuit. Le candidat devra sûrement tenir davantage compte de son épouse Connie, pour sa campagne. S’exilant à Paris, Fanny fait la connaissance du photographe Nick. À force de manipulations dans tous les sens, la mort guette certains des protagonistes. Par exemple, il n’est pas si difficile de faire tomber quelqu’un du haut de la Tour Eiffel. Car rien ne doit compromettre la réélection de Lee Rogers…

Brian de Palma – Susan Lehman : Les serpents sont-ils nécessaires ?  (Rivages-Noir, 2018)

Quinze jours plus tard, Fanny est assise en face de Rogers. Celui-ci est derrière un bureau, équipé, comme tous ls bureaux de chambres désormais, d’un chargeur pour Ipod, d’un bloc de papier à lettres que personne n’utilisera jamais et de la liste des services prposés par l’hôtel, dans une reliure en cuir.
Fanny, installée dans un fauteuil recouvert d’un tissus en feuilles de palmier, tient son caméscope devant elle. L’œil collé au viseur, elle zoome sur Rogers. Son autorité ne tient qu’à un fil. On dirait une jeune maman qui filme la fête d’anniversaire de son bambin.

L’ironie est omniprésente dans cette histoire de campagne électorale à l’Américaine. Quand la caricature est réussie, donc d’une belle drôlerie, le résultat est réjouissant. Les auteurs s’en donnent à cœur-joie, dressant le portrait d’un politicien et de son entourage. Lee Rogers est l’archétype du fonceur, dénué de tout sentiment sincère. Cela dit, il ne force aucune femme à tomber dans ses filets. Quoi qu’il fasse, la victoire l’attend. Par bien des aspects, il semble assez représentatif des politiciens de son pays. Un roman très amusant et riche en péripéties variées.

Une lecture vivement conseillée, très souriante.

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