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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 04:55

Le commissaire Nazer Baron est policier à Nantes. Alors que son père vient de mourir, une amie juge d’instruction lui demande de revenir sur une affaire probablement bâclée par le magistrat qui s’en est occupé. Infirmier à l’Hôpital nord Laënnec de Saint-Herblain, Léo Bréval est actuellement en prison. Il est accusé d’avoir assassiné sa femme, Adénaïs, trente-et-un ans. Elle a été tuée par strangulation, sûrement avec son propre foulard. Léo Bréval, qui assure le service de nuit à l’hôpital, affirme avoir découvert son corps en rentrant au matin chez eux. Il est vrai qu’il a un peu tardé – environ un quart d’heure – avant d’alerter les secours, estimant qu’il était trop tard pour sauver son épouse. Mais il y a beaucoup trop d’approximations dans le dossier.

Une visite au domicile du couple n’apprend pas grand-chose de plus au commissaire. Il se confirme juste que la victime était dépressive, et que la réaction de Léo peut s’expliquer par un état de sidération. Hubert Arneke, l’adjoint de Baron, interroge la plus proche voisine des Bréval. Laurence Ternier confirme son témoignage, défavorable à Léo, qu’elle considère comme l’assassin d’Adénaïs. La piste professionnelle mérite également d’être explorée. La victime était en arrêt-maladie depuis quelques semaines. Elle était considérée par ses collègues comme réservée, mais pas triste par nature. Toutefois, “un événement était advenu dans la vie d’Adénaïs Bréval, dix ou quinze jours avant sa mort, suffisamment grave pour la plonger dans un état dépressif.” Elle aurait confié à sa collègue Judith : “Les choses ne seront jamais plus comme avant”.

Le commissaire Baron rencontre Léo, afin que celui-ci lui répète sa version des faits. Léo dit qu’il ignorait qu’existait une liaison entre son épouse et Fabian Prentice. Les policiers ne tardent par à interroger ce dernier, chef d’entreprise. S’il admet cette relation, ce ne fut pour lui qu’une aventure d’un soir. Fabian Prentice est marié, sa femme est enceinte, il n’a jamais eu l’intention de remettre en cause sa situation, ni de revoir en privé Adénaïs. Le commissaire Baron peut envisager qu’une tierce personne, encore non identifiée, ait joué un rôle dans cette affaire. La suite de son enquête va le mener jusqu’à La Rochelle. Où il y aura une autre victime, en lien plus ou moins direct avec le cas d’Adénaïs…

Hervé Huguen : Le troisième des deux (Éd.du Palémon, 2018)

C’était ça qui intéressait le commissaire. Adénaïs qui avait la réputation de soigner ses tenues vestimentaires, ne portait pas un vêtement de nuit de flanelle épaisse, uniquement destiné à protéger du froid, mais de satin gris, agrémenté de dentelle et dont le col baillait largement sur la poitrine. On distinguait nettement, au travers du tissu, la marque d’aréoles brunes.
Baron reposa les clichés, songeur. À qui Adénaïs aurait-elle ouvert la porte dans cette tenue ? À qui se serait-elle montrée ainsi, vêtue d’un pyjama au travers duquel on devinait qu’elle était nue dessous ?

Ce roman est le douzième titre de la série ayant pour héros le commissaire Baron, basé à Nantes. S’il arrive que certains crimes le mènent à Vannes (Morbihan), c’est bien dans la région nantaise (jusqu’à Ancenis) que se déroulent ici ses investigations. Baron n’est pas un "flic de choc", il pratique des enquêtes réfléchies, cherchant à comprendre chacun des protagonistes, ne soupçonnant tel ou tel que lorsque des éléments probants se font jour. L’intrigue est énigmatique et réserve quelques surprises. Comme il se doit dans la bonne tradition du genre, s’agissant d’un roman policier de bon aloi.

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 04:55

À Ratisbonne, en Bavière, à une centaine de kilomètres au nord de Munich. Âgée d’une trentaine d’années, Sybille Aurich se réveille dans une chambre d’hôpital. Le Dr Muhlhaus lui explique qu’elle a été agressée et qu’elle est restée dans le coma durant deux mois. Les premières pensées de Sybille vont vers son mari Johannes et, surtout, leur fils Lukas, sept ans, dont elle pense qu’il a été kidnappé. Selon le médecin, elle n’a pas de fils. S’apercevant qu’elle est prisonnière dans cette chambre, Sybille assomme le Dr Muhlhaus et parvient à s’enfuir. La pièce où elle fut enfermée se trouve curieusement dans une cave d’un hôpital de la ville. Dans la rue, une automobiliste complaisante – une dame mûre prénommée Rosie – accepte de la prendre en voiture et de la ramener chez elle.

À son domicile, Johannes Aurich affirme ne pas la reconnaître, et ne pas avoir d’enfant. Les photos du couple montrent plutôt une autre Sybille, encore qu’elle ne soit sûre de rien. Johannes ayant prévenu la police, deux flics arrivent bien vite. Ces inspecteurs Grohe et Wittschorek, ils ne croient pas non plus qu’elle soit la vraie Sybille Aurich. Ensemble, ils retournent à l’hôpital. C’est un autre Dr Muhlhaus qui les reçoit, certifiant n’avoir jamais eu affaire à Sybille. Celle-ci fausse compagnie aux deux policiers. À qui s’adresser, sinon à Rosie, qui la rejoint vite et l’amène chez elle. Quand Sybille lui raconte ses mésaventures, aussi incroyables soient-elles, Rosie lui fait confiance. Toutes deux rendent visite à la belle-mère de Sybille, en résidence médicalisée, mais rien de probant n’apparaît.

Un certain Christian Rössler propose son aide à Sybille, lui conseillant de se méfier de Rosie. La jeune femme contacte sa meilleure amie, Elke. Cette dernière ne la reconnaît pas non plus, bien que Sybille évoque des détails qu’elles sont seules à avoir vécu. Alors qu’elle sort de chez Elke, Rössler la prévient que la police l’attend dehors. On pourrait imaginer que c’est Rosie qui les a alertés, car le policier Wittschorek est en pleine conversation avec elle. Fuir, encore fuir. D’après Rössler, Sybille serait victime d’une expérience, mais il ne sait préciser à quelles fins. Elle se demande pourquoi Munich – où elle a habité voilà quelques années – lui revient ponctuellement en mémoire. Mais la principale obsession de la jeune femme, c’est de retrouver son fils Lukas…

Arno Strobel : Souvenirs effacés (L’Archipel, 2018)

Ce n’est évidemment pas le premier thriller utilisant le thème de la mémoire viciée, des souvenirs flous ou tronqués, de l’exactitude fort incertaine des images que le personnage principal garde en tête. Ce type de suspense possède ses ingrédients, ses codes, ce qui permet de sans cesse relancer le mystère. L’essentiel, c’est que ces éléments servent l’intrigue. Sur ce point, “Souvenirs effacés” d’Arno Strobel s’avère efficace, percutant. On partage le désarroi de Sybille, l’héroïne, qui reste déterminée à comprendre ce qui lui arrive. Finalement, Rosemarie Wengler (Rosie) lui volerait presque le premier rôle, par son originalité. Un polar dans les meilleures règles du genre, énigmatique à souhaits… On ne demande qu’à se laisser séduire.

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 04:55

Au village de Carsely, dans les Cotswolds, la pétulante quinquagénaire Agatha Raisin a enfin convolé avec l’objet de tous ses fantasmes, son voisin James Lacey. Mais ce n’est pas la réussite attendue. La première ombre au tableau est apparue deux semaines après leur retour de voyage de noces à Vienne et à Prague. À Carsely, chacun continua à habiter son propre cottage, gardant son espace privé. Vu qu’Agatha Raisin est une médiocre cuisinière et commet de bourdes en lavant le linge, James n’y voyait guère d’inconvénients. Mais, au-delà des problèmes quotidiens, c’est la jalousie qui accentua la catastrophe au sein de leur couple. Car James semblait toujours fricoter avec la belle Mélissa Sheppard, qui avait été sa maîtresse avant leur mariage. Insupportable pour Agatha Raisin. 

Lorsque James disparaît, la police soupçonne en priorité son épouse Agatha. Il est vrai que du sang a été décelé chez lui, ainsi que dans sa voiture abandonnée vide. Toutefois, elle n’est pas inculpée. Son ami célibataire Charles Fraith et Mrs Bloxby, la femme du pasteur, soutiennent le moral d’Agatha. Trois semaines plus tard, toujours aucune nouvelle de James. C’est alors que Charles et Agatha découvrent le cadavre de Mélissa Sheppard. À n’en pas douter, il s’agit bien d’un meurtre – que l’on pourrait attribuer à James. Agatha et Charles s’intéressent plutôt à la vie de la défunte qui – quelque peu mythomane – se comportait avec ses proches telle une héroïne de feuilleton-télé ; ainsi qu’aux anciens maris de Mélissa, John Dewey et Luke Sheppard.

John, le premier époux, avait vite compris le caractère romanesque de la jeune femme. Depuis leur séparation, il est resté sans nouvelle compagne. Luke Sheppard s’est remarié avec Megan, une trentenaire jouant volontiers les Lolita. Son union avec Mélissa n’était sûrement pas destinée à durer, il l’admet. Aucun des deux ex n’avait de véritable raison de la supprimer. Agatha essaie de soutirer des infos sur l’enquête policière auprès de son ami le jeune inspecteur anglo-asiatique Bill Wong. Pendant ce temps, James – qui n’est pas mort – a trouvé un endroit calme loin d’Agatha pour se requinquer.

La sœur de Mélissa émet un opinion tranchée sur elle : “On lui a diagnostiqué une psychose. Mensonges compulsifs, incapacité à distinguer le bien du mal. Un de ses grands plaisirs, c’était de prendre le contrôle des hommes et de les manipuler. Un vrai caméléon… Et elle ne se sentait jamais responsable de quoi que ce soit. La connaissant, je n’en reviens pas qu’elle ait pris la peine de rédiger un testament – elle était du genre à se croire immortelle. Vous devez me trouver très dure, je m’en doute, mais elle était impossible à aimer...C’est horrible de penser qu’on a un meurtrier en cavale, mais ma sœur pouvait rendre les gens complètement dingues, elle disait des choses atroces.” Serait-ce la cause de sa mort ? Agatha Raisin n’a pas dit son dernier mot…

M.C.Beaton : L’enfer de l’amour (Albin Michel, 2018) – Agatha Raisin 11

Alors qu’ils traversaient le village, Agatha remarqua les regards curieux et les mouvements de rideaux aux fenêtres. C’est moi la victime, pas James, se justifia-t-elle en son for intérieur. J’ai été trahie et abandonnée. Aussitôt, le souvenir de la tumeur de James la remplit de tristesse.
Comme elle, Mélissa habitait un cottage au toit de chaume, mais le jardinet qui donnait sur la rue était bien mieux entretenu que le sien. Une profusion de roses de toutes les teintes débordait par-dessus la palissade peinte en blanc. La porte aussi était blanche, mais Agatha nota que le heurtoir en laiton n’avait pas été astiqué. Bizarre, songea-t-elle. Mélissa se vantait toujours d’être une fée du logis.

Il n’y a pas de hasard : si cette série de romans connaît un beau succès (en France comme en Grande-Bretagne et ailleurs), c’est qu’il s’agit d’excellentes comédies policières. Agatha Raisin s’inscrit dans la longue tradition des détectives amateurs se mêlant d’affaire qui ne les concernent pas toujours directement. Volontaire, fouineuse, exaspérante par certains côtés, touchante dans d’autres cas, la quinquagénaire Agatha Raisin entraîne les lecteurs dans des situations drôlatiques et mouvementées. On est séduit par l’ambiance énigmatique "à l’Anglaise" dans le décor des Cotswolds, avec le petit village de Carsely et sa rare population. Non seulement, on adhère aux tribulations d’Agatha Raisin, mais on attend ses prochaines aventures avec impatience. C’est un signe qui ne trompe pas. Le polar et l’humour ne sont pas contradictoire, la preuve !

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8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 04:55

En novembre à Vannes (Morbihan). Au bout d’une voie autrefois goudronnée qui n’est plus qu’un chemin crevé d’ornières, près des ruines d’une usine désaffectée, une voiture brûle cette nuit-là. Le commissaire Nazer Baron est appelé pour enquêter, car il y a un corps calciné dans le coffre du véhicule. Celui-ci appartient à Agathe Miracki, quarante-deux ans, commerciale en produits financiers pour une compagnie d’assurances. Disposant de son adresse, le policier commence par le domicile de cette Agathe. Le vieux voisin Jos Doaré peut utilement renseigner Nazer Baron. Il a vu la jeune femme quitter sa maison la veille au soir avec cette voiture. Une perquisition s’impose chez Agathe Miracki, même si l’on est pas encore sûr que ce soit elle, la victime.

Si tel est le cas, a-t-elle été assassinée chez elle ? Un tapis imbibé de traces de sang le laisse à penser. Il est surprenant qu’Agathe soit sortie en oubliant son téléphone portable sur son lit. Nadine Houlard, une de ses collègues, se présente alors que les policiers sont en train d’inspecter les lieux. Elle devait voir Agathe pour des questions professionnelles. Grâce aux relevés téléphoniques, le commissaire Baron et son équipe trouvent le nom du compagnon actuel de la jeune femme. Âgé de quarante-quatre ans, Jérôme Ségui est dentiste. Agathe et lui avaient rendez-vous la veille au soir pour participer au vernissage d’une exposition au cœur de Vannes. Jérôme, ne pouvant joindre son amie Agathe, s’est évidemment inquiété, mais il n’a pas jugé nécessaire d’aller jusqu’à chez elle.

Nadine Houlard est une amie de Thomas Darmain, l’ex d’Agathe. À trente-neuf ans, il a fait des tas de petits boulots. Il est employé comme magasinier dans une société de transport. Il n’a ni le profil d’un délinquant, ni d’un criminel. Toutefois, il a eu du mal à tourner la page après sa rupture avec Agathe. La police peut aussi envisager qu’Agathe, dont on admet que c’est bien la victime, ait été agressée par un cambrioleur ou par un violeur. À moins que certains dossiers professionnels de la jeune femme soient à l’origine de cette affaire ? Après tout, elle traitait des transactions financières, ce qui peut amener parfois des conflits. La hiérarchie d’Agathe ne semble pas au courant de problèmes de ce genre. Le commissaire Baron va se pencher sur l’entourage personnel de la jeune femme…

Hervé Huguen : La source du Mal (Éd.du Palémon, 2018)

Depuis 2009, le commissaire Baron a été le héros d’une douzaine de polars, souvent situés entre Vannes (56) et la région nantaise. Le voici de retour avec “La source du Mal”. Il s’agit d’un roman d’enquête s’inscrivant dans la bonne tradition du genre, une intrigue énigmatique. Une belle galerie de personnages présentés avec crédibilité, parmi lesquels on peut en soupçonner quelques-uns – comme il se doit. Collecter des indices et des témoignages, ne pas en tirer trop rapidement des conclusions, tel est le rôle d’un policier connaissant son métier comme le commissaire Baron. Loin des polars spectaculaires, il est très agréable de suivre des enquêtes policières à la tonalité juste.

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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 04:55

Julie Loubriac est une jeune lycéenne de tout juste dix-huit ans vivant dans la région de Quimper. Elle a disparu depuis plusieurs semaines. Ses parents divorcés, Martine et Louis, sont très inquiets car ce n’est pas une simple fugue. La police ne peut guère agir. Il est temps pour Louis Loubriac de prendre les choses en main. Il se renseigne auprès des profs du Lykès, le lycée de sa fille. Il charge un de ses amis, expert en informatique, d’explorer l’ordinateur de Julie. Ce dernier trouve des éléments : Julie a été entraînée par son ami Yacine, partis pour le djihad en Syrie. En effet, la jeune fille fait partie d’un groupe de "volontaires" transitant par un camp à la frontière syrienne. Julie est un peu désorientée, mais puisque Yacine lui a promis que c’était pour la bonne cause, celle de Daesh…

Louis Loubriac se rend chez la famille de Yacine, mais il ne doit pas compter sur leur coopération. Peu après, il est contacté par Meggane, la fille d’un défunt ami. Elle appartient à la DGSI de Quimper, surveillant les éventuels djihadistes de retour en France. C’est à Paris que le nommé Berlic est membre de la DGSI. Il semble tout savoir sur le cas de Julie. Louis se demande quand même s’il peut lui faire confiance, le policier Berlic agissant en marge des consignes de sa hiérarchie. Bientôt, une autre lycéenne est repérée pour son projet de départ vers la Syrie. Louis prend en filature cette Magalie, de Quimper à Paris, puis en train jusqu’à Mulhouse d’où elle va prendre un avion vers le Moyen-Orient. Louis fait de même, et se retrouve à Istanbul.

Pendant ce temps, dans le contexte des attentats commis en France, la situation syrienne agite les sphères du pouvoir, autour de l’Élysée. Certes, les pros de l’anti-terrorisme ne sont pas inactifs. Par exemple, ils mettent la pression sur Saber Kaanali, un recruteur de futurs djihadistes. Que sa filière continue à les expédier en Syrie, pas de problème. S’ils partent, ils ne participeront pas aux attentats sur le sol français. Toutefois, des conseillers du pouvoir, il en existe de plusieurs sortes : des expérimentés tel Sébastien Matteoli, et de nouveaux promus ambitieux. Tous manigancent, davantage pour leur intérêt que pour celui de l’État… De retour à Quimper, Louis Loubriac poursuit ses investigations, ignorant les combines politiciennes, manipulations qui risquent de causer quelques morts…

Pierre Pouchairet : Tuez-les tous… mais pas ici (Coll.Sang Neuf – Éd.Plon, 2018)

Pierre Pouchairet utilise ici un thème d’actualité récente : l’incitation au départ massif de jeunes combattants pour entrer dans les rangs de Daesh – ou de l’État islamique, en Syrie. Comme tant d’autres, les parents de Julie n’ont pas décelé ses projets. Si certaines familles étaient favorables à l’engagement de leur enfant, sous prétexte de religion, beaucoup n’ont pas compris le choix de leur fils, de leur fille. Julie elle-même ne sait pas vraiment à quoi elle s’expose. C’est une expérience de non-retour, pourtant. Quand, comme Louis Loubriac, des parents se mobilisent, il est forcément trop tard.

L’auteur nous rappelle à juste titre la portée politique de cette guerre contre Daesh. Derrière les fermes déclarations de nos dirigeants et l’action bien réelle et efficace de nos services anti-terroristes, grenouillent un tas de "conseillers" discutables. Un noir suspense très entraînant, à la narration captivante. Une histoire palpitante restituant un sombre aspect de notre 21e siècle. Un authentique roman noir "à la française" (ce n’est nullement péjoratif).

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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 04:55

Âgé d’une cinquantaine d’années, Gabriel Lavilla est flic à la PJ de Nice. Il revendique ce terme de "flic". Vocation ? “Non, je crois que le mot exact qui m’a conduit a exercer ce métier, à me cogner des heures et des jours de planques, à foutre mon mariage en l’air, c’est injustice. Oui, l’injustice, cette maladie qui déchire vos entrailles chaque fois que vous vous pointez devant des corps meurtris, qui s’immisce dans votre sommeil pour vous rendre responsable de leurs vies volées, qui vous file la gerbe et l’envie d’exploser les types qui les ont dérobées.” Avec son équipe de la Criminelle, Gabriel est chargé d’enquêter sur la disparition de Laurent Ghiberti, quarante-six ans, patron du BTP aux activités diverses, puisqu’il possédait aussi l’hôtel Azur Palace qu’il vient de vendre. 

Gabriel connaît depuis leur adolescence Emmanuelle Ghiberti, la très classe épouse du disparu. En perquisitionnant chez eux, le policier découvre un pistolet appartenant à Laurent Ghiberti. Parmi ceux qui étaient en conflit avec le disparu, il y a l’entrepreneur en bâtiment Pironi. Une histoire d’impayés que Pironi n’a pas digérée. Mais celui-ci possède des alibis suffisants pour être peu suspect. Il faut compter aussi avec la mairie, Laurent Ghiberti étant proche du maire de Nice. Vergeat, le supérieur de Gabriel, et Lavilla font preuve d’une certaine diplomatie à son égard. Autre piste possible : Jade, la maîtresse de Ghiberti. De son vrai nom Camille Fournet, la jeune femme est plus une escort-girl qu’une amante passionnée. Emmanuelle savait que son mari la trompait. 

Pour les policiers, il faudrait éclaircir le rôle de Giordano, vice-président des principales sociétés de Ghiberti, sans doute amoureux platonique d’Emmanuelle. Gabriel Lavilla interroge aussi Mélanie, la fille du couple Ghiberti. Elle confirme des tensions entre ses parents. L’hôtel Azur Palace a été vendu à un riche Russe, un certain Timpraska. L’avocat de ce dernier intervient : en tant que résident monégasque, Timpraska refuse de venir témoigner au commissariat. Qu’à cela ne tienne, les policiers iront le questionner à son domicile. Qu’il s’agisse d’une disparition volontaire, d’un problème privé ou d’une affaire professionnelle, ça reste encore confus. Mais le chevronné Gabriel Lavilla, son adjoint Gérard et leur équipe sont tenaces, explorant à fond toutes les hypothèses…

Michel Tourscher : Une disparition (Éd.Toucan noir, 2018)

Si Marseille est la ville de tous les trafics, Nice est de longue date celle de toutes les magouilles financières, d’arrangements souvent frauduleux. Agissements sur lesquels les autorités ferment les yeux, non sans complaisance. L’image de Nice ne doit pas être ternie par ces malversations. Depuis quelques années, des "milliardaires russes" sont entrés dans la danse, étalant des millions d’Euros issus d’on ne sait quel bizness, faussant encore davantage les choses. L’argent coule à flots, Nice en profite.

Michel Tourscher, l’auteur, est officier de police dans les Alpes-Maritimes. Dans ce troisième roman, il décrit son métier avec ses aléas, le mode opératoire des enquêtes. La tonalité détaillée s’avère de bon aloi, mais le tempo eût mérité plus de rythme narratif. Néanmoins, “Une disparition” est un bon polar actuel, dont le héros est sympathique.

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 04:55

Pete Harper est musicien, compositeur. Il s’est installé pour quelques mois en Irlande, dans le Donegal. Il espère y trouver l’inspiration. Son ex-femme vit aux Pays Bas, à Amsterdam, avec leurs enfants Jip et Beatrice. Pete entretient une relation amoureuse ponctuelle avec Judie, commerçante locale. À Tremore Beach, il a sympathisé avec un coupe de voisins, Leo et Marie Kogan. Leo a vécu mille expériences, qu’il raconte volontiers. Malgré la violente tempête estivale qui est annoncée, Pete se rend à une soirée entre amis chez Leo et Marie. Au retour, l’orage monte en puissance. Alors qu’il évacue un obstacle sur la route, Pete est frappé par la foudre. Heureusement, il est rapidement hospitalisé, même s’il ne s’éternise pas dans ces services de soins. 

Quelques jours plus tard, Pete pense se sentir mieux. Ce n’est pas tout à fait exact, car il a par moments mal au crâne. Il va même être victime d’hallucinations cauchemardesques, d’une sorte de délire onirique ressemblant à un dramatique rêve éveillé. Il retourne à l’hôpital consulter a Dr Anita Ryan. Selon elle, ces céphalées ne sont pas anormales, il subit des séquelles courantes après avoir reçu un impact de foudre. Avec le temps, ça devrait disparaître. Mais il peut aussi s’adresser à un psy, au besoin. La douleur persiste dans la tête de Pete. Une nuit, il croit avoir affaire à des malfaiteurs rôdant autour de chez lui. Nouvelle hallucination. Malgré le soutien moral de Judie, de Leo et de Marie, Pete s’inquiète de plus en plus, redoutant de sombrer dans la schizophrénie.

Pete s’efforce de faire en sorte que son état n’ait pas d’impact sur les vacances de Jip et Beatrice. Finalement, il se résout à contacter le psychiatre Kauffman, de Belfast. Sa méthode pourrait être efficace, ou du moins utile. Amélioration toute provisoire, car en revenant à Tremore Beach, Pete est encore victime de troubles. Peut-être qu’un séjour en service psy lui apporterait un certain apaisement. Prémonition ou pas, Pete sent planer le danger sur son entourage. Sur ses enfants, sur Judie, sur Leo et Marie ? Tout ça reste trop flou, mais l’impression de péril est forte. Est-ce le lieu lui-même, Tremore Beach, qui porterait malheur ? Si Leo a souvent été loquace sur ses aventures à travers le monde avec Marie, il a masqué certains secrets…

Mikel Santiago : La dernière nuit à Tremore Beach (Babel Noir, 2018)

Il s’agit ici du premier roman de Mikel Santiago, désormais disponible en version poche chez Babel Noir, avant le remarquable “Le mauvais chemin” (Actes Noirs, 2018). Les déboires de santé de Pete Harper trouvent-ils une explication dans le paranormal, ou bien est-il en train de verser dans la folie ? C’est une histoire très vivante, intense, un suspense psychologique riche en péripéties et en questions, qu’à concocté l’auteur. On entre vite dans le petit univers de Pete – et de ses amis, grâce aux descriptions détaillées mais jamais lourdes. Une narration souple, c’est le premier atout des bons romans, une qualité essentielle dont fait preuve Mikel Santiago. Voilà un auteur à suivre de près.

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 04:55

En Norvège, William Wisting est policier depuis trente-et-un ans. Il a une compagne, Suzanne, qui tient un bistrot. Line, la fille de William, est journaliste. Dix-sept ans plus tôt, William Wisting dirigea l’enquête sur l’enlèvement et le meurtre d’une jeune fille, Cecilia Linde. Le coupable fut arrêté, un nommé Rudolf Haglund. Les preuves contre lui étaient faibles, mais il fut condamné. Aujourd’hui, le nouvel avocat d’Haglund obtient sa liberté et demande la révision de l’affaire, arguant que des preuves furent falsifiées. William étant suspendu de ses fonctions le temps d’éclaircir les choses, l’info est rapidement à la une des médias, le journal employant Line Wisting en parlant abondamment.

La jeune reporter s’intéresse à une toute autre affaire. À Fredrikstad, un homme de quarante-huit ans qui promenait son chien a été assassiné. Sur place, la police ne distille guère de détails. Grâce au numéro de puçage du chien de la victime, Line ne tarde pas à découvrir son nom : Jonas Ravneberg. Il ne lui est pas difficile de trouver l’adresse de cet homme. C’est à cet endroit que Line est violemment agressée, peut-être par l’assassin de Ravneberg. À Fredrikstad, peu de gens semblaient connaître cet homme. Néanmoins, Line contacte un certain Roxrud, qui fréquenta quelque peu Ravneberg. Comme Roxrud, celui était collectionneur de voitures miniatures anciennes.

De son côté, William Wisting réexamine l’affaire Ceciia Linde. Il utilise les archives de a police, les confronte avec ses propres souvenirs du dossier. Ses principales hypothèses sont : une demande de rançon n’ayant pas abouti, un conflit dans la vie professionnelle du père de Cecilia, établir le rôle du petit ami de la jeune fille – le photographe Danny Flom, un kidnapping dû à un parfait inconnu. Quant à la question des preuves relatives, quel policier aurait pris l’initiative de les truquer ? William n’oublie pas que Rudolf Haglund fut formellement identifié par un témoin fiable, Karsten Brekke. Certes, le collègue de William ne respecta pas exactement la procédure, mais il s’agissait d’un flic honnête.

Tandis que Line continue à enquêter sur le meurtre de Fredrikstad, Rudolf Haglund a recouvré la liberté et son avocat se montre offensif. Parmi les éléments, William Wisting réécoute une cassette-audio que la pauvre Cecilia enregistra au temps de sa captivité. On ne sut jamais où elle fut séquestrée avant d’être assassinée. Probablement était-ce une ferme, dont le propriétaire ignorait quel drame se jouait à en son absence. En quelques jours, supportant mal son éviction provisoire, William ne ménage pas ses efforts pour se disculper. Dix-sept ans après les faits, ça paraît quasiment impossible…

Jørn Lier Horst : Les chiens de chasse (Série Noire, 2018)

Le policier William Wisting est, depuis 2004, le héros d’une série de romans de Jørn Lier Horst. C’est le septième titre, “Fermé pour l’hiver” (Série Noire, 2017) qui a inauguré les traductions françaises de la série. Un roman qui valut à l’auteur d’être lauréat du Norwegian Booksellers Prize en 2011. Avec le huitième, “Les Chiens de chasse, Jørn Lier Horst a remporté le Prix Riverton 2012, le Prix Clé de Verre 2013 et le Martin Beck Award 2014. Des récompenses que l’on ne saurait contester, à la lecture de ce polar supérieur. Double intrigue au programme, Wisting reprenant minutieusement un vieux dossier – ayant pu comporter erreurs ou trucages, sa fille Line s’occupant d’un meurtre tout frais. Une histoire d’autant plus séduisante qu’elle ne sombre jamais dans la noirceur absolue., privilégiant l’aspect humain. Un suspense construit et raconté avec une belle maestria.

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