Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 05:55

En Islande, Óđinn Hafsteinsson travaille au bureau des commissions d'enquête. Âgé de trente-cinq ans, il a dû quitter son emploi chez son frère Baldur pour celui-ci. Car il doit désormais s'occuper de sa fille Rún, onze ans, depuis le décès de Lára, son ex-femme. Ils formaient dès le départ un couple mal assorti. Óđinn lui avait laissé la charge d'élever leur fille, avec sa belle-mère. Hélas, Lára est morte défenestrée, une chute accidentelle. Si on a pu s'interroger sur les circonstances du décès, le rapport d'enquête consulté par Óđinn ne détermine aucun fait mystérieux. Lára avait eu des liaisons amoureuses depuis leur séparation, mais son dernier amant n'est pas impliqué. Étant en froid avec sa belle-mère, Óđinn n'oblige guère Rún à voir sa grand-mère. D'ailleurs, c'est une gamine solitaire, qui semble plutôt bien s'adapter avec son père, même si elle est suivie par une psy.

Óđinn a parfois l'impression que des inconnus rôdent dans leur immeuble si peu habité, un sentiment paranoïaque qu'il ne cherche pas à soigner. À son bureau, il reprend un dossier que commença à traiter sa défunte collègue Róberta. Il s'agit d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes. L’établissement est fermé depuis quarante ans, mais des abus découverts dans d’autres centres incitent l’État à étudier les cas de tous ces foyers pour éviter tout scandale. À Krókur, deux jeunes moururent par accident, Einar Allen et Tobbi Jónasson. Nul témoignage indiquant de suspicion de crime. Que les méthodes utilisées dans ce genre de foyer n'aient jamais donné que de piètres résultats, ce n'est pas un secret. Pitty, un ancien de Krókur qu'Óđinn rencontre, en est un triste exemple. Il semble que Róberta ait reçu des messages afin qu'elle cesse d'enquêter.

Yrsa Sigurđardōttir : Indésirable (Actes Noirs, 2016)

En janvier 1974, Aldís est l'employée de service à Krókur, entourée de trois ouvriers et de sept à huit adolescents hébergés là. Âgée de vingt-deux ans, elle espère échapper un de ces jours à l'ambiance lourde que fait régner ici le couple de responsables, Lilja et Veigar. Elle sait qu'ils interceptent les colis et les lettres des pensionnaires. Aldís ne peut parler à quiconque d'un incident s'étant produit une nuit, la naissance d'un bébé mort-né. Quand Einar Allen rejoint le foyer, la jeune femme sympathise avec lui. Elle lui relaie même un message téléphonique de sa mère, bien que ce soit interdit. Einar a la réputation d'être un "dur". En fait, c'est sans doute parce qu'il a dix-neuf ans, alors que les autres ont dans les treize ans, comme Tobbi Jónasson. Ce dernier a fait une sorte de crise : Aldís en a été témoin, sentant une présence inquiétante et une odeur de sang dans la pièce.

Óđinn trouve quelques éléments nouveaux sur ce sinistre foyer de Krókur. Mais lui-même perd de plus en plus son équilibre mental, comme si des fantômes issus du passé venaient s’insinuer dans sa propre vie et celle de sa fille. Ça n'arrange pas ses rapports avec son ex-belle-mère. Son frère Baldur et son épouse Sigga ne peuvent guère l'aider. Les dessins et le comportement de la jeune Rún font qu'il s'interroge. Óđinn est tragiquement hanté par les morts du foyer de Krókur…

 

Yrsa Sigurđardōttir nous entraîne dans une histoire étrange, oppressante, et fascinante. Il est impossible de commenter au-delà de ce résumé. Non pas que l'on risque de révéler des indices supplémentaires, mais c'est le climat général troublant qui prime, et qu'il est difficile de transmettre. Bien sûr, personne n'ignore que les orphelinats ou les foyers pour jeunes semi-délinquants offraient des conditions de vie plutôt rudes, sévères à l'extrême, détestables, et même propices à la violence. Tels les ouvriers adultes côtoyés par Aldís, certains en prenaient leur parti, mais les adolescents mal traités en gardèrent sûrement des séquelles. Toutefois, cette histoire est avant tout celle d'Óđinn et de ses proches. Car des questions se posent sur la mort de son ex-femme. Devenant obsessionnelles pour lui, embrumant toute réflexion. Voilà un suspense psychologique de très belle qualité.

Partager cet article
Repost0
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 05:55

Dominique Constantin est âgé de cinquante-trois ans. Depuis plusieurs décennies, sa vie n'est qu'une succession d'échecs. À cause de sa timidité ou de son incapacité à prendre en main son existence, Dominique s'est placé en retrait de la société, sans amis ni emploi. Il a cru que vivre dans l'anonymat parisien vaudrait mieux, ça l'a détruit davantage. S'il a souvent fait des mauvais choix, celui qu'on lui propose est peut-être sa dernière chance. Il a été repéré par Ivan Korolyov, baroudeur originaire d'Ukraine. À l'opposé de Dominique, après un parcours personnel "à la dure", Ivan a fait partie d'une certaine élite. “Il avait ensuite intégré l'armée de l'air, mais malgré sa rapide promotion au grade de capitaine, il s'était vite senti oppressé par sa hiérarchie. Il avait besoin de liberté. Si bien qu'il avait fini par troquer ses galons contre un aller simple vers la vie civile. La meilleure décision de son existence.” Aujourd'hui, dans l'ombre, il est le factotum du ministre Z.

Âgé de dix-sept ans, Nicolas est le fils dudit ministre. Il évolue dans un cocon doré, bien conscient que son père est là pour rattraper ses éventuels écarts. Ce soir-là, il se trouve avec un duo de copains dans une soirée à Saint-Mandé. Si Sandra Sparagi, qu'il connut en classe lorsqu'ils étaient enfants, fut quelques années plus tôt un laideron, elle est devenue une ravissante jeune fille. Nicolas est convaincu d'avoir toutes ses chances s'il tente de la séduire. La suite va très rapidement le refroidir. Bien qu'il s'agisse d'une mort accidentelle, Nicolas doit pas être inquiété. Il alerte son père, qui envoie d'urgence son homme de main Ivan afin de nettoyer le lieu du crime et de faire disparaître le cadavre de Sandra. Nicolas se ménage un alibi pour le reste de la soirée. Par la suite, après le dur coup de semonce paternel, son mode de vie va radicalement changer. Études sérieuses et emploi fictif au ministère, synonymes de solitude ennuyeuse pour le jeune homme.

Le contrat qu'Ivan propose à Dominique, c'est d'endosser le crime accidentel commis par Nicolas, contre une forte somme. Il finit par accepter mais, avant d'aller en prison, il veut passer quelques semaines à la campagne. L'incarcération de Dominique s'annonçant très longue, Ivan est d'accord. Ils vont donc séjourner dans le gîte tenu par Martine Michoux. Dans sa ferme, elle produit du fromage. Le tarif de location supérieur au prix inclut qu'elle ne doit pas se montrer trop curieuse envers Ivan et Dominique, rebaptisé Raphaël. Pour ce dernier, c'est le paradis, et il ne tarde pas à éprouver des sentiments tendres quant à leur logeuse. Irascible, Ivan va bientôt se concentrer sur une tentative de roman, basé sur sa propre vie. Fatalement, Dominique a de moins en moins envie de respecter le contrat. Mais Ivan veille, gardant le contact avec le ministre, suivant l'enquête de police.

Quand la disparition de Sandra est signalée par sa mère, le commissaire Osmond réalise sans tarder qu'il va se trouver en terrain glissant. Le fils d'un ministre a côtoyé la jeune fille ce soir-là. Il interroge Nicolas, qui prétend ne rien savoir de plus. La policière Eva Têtu progresse assez peu dans un premier temps. Pourtant, à Saint-Mandé, le témoignage d'une voisine âgée de soixante-et-onze ans ferait avancer les choses. Même s'il relance Nicolas, Osmond s'avoue impuissant, faute d'éléments probants. Si un quinquagénaire un peu paumé venait se dénoncer, ça lui simplifierait la tâche…

Élodie Geffray : Et le silence sera ta peine (Éd.Belfond, 2016)

Il s'agit d'un suspense psychologique. Afin d'offrir une bonne crédibilité aux personnages, il est nécessaire de dissocier leurs portraits : Dominique, Ivan, Martine, Nicolas, tous ont un vécu particulier. Que ce soit passé familial de l'un, qui a accentué sa faiblesse, dans le cas de Dominique. Ou la détermination d'Ivan, qui tient à conserver son libre arbitre. Ou le rôle de Martine, probablement prête à entamer un nouvel épisode de sa vie. Et puis, il y a le jeune Nicolas, jouissant d'une impunité quasi-parfaite. À son âge, est-il réellement possible d'assumer un crime, d'outrepasser la culpabilité ? Car au fond, la culpabilité est le thème de cette histoire, l'idée même de prendre ses responsabilités.

Le postulat est plausible. Ce contrat fait penser à ces familles riches qui pouvaient jadis engager un remplaçant pour effectuer le service militaire à la place de leur rejeton, s'il était conscrit désigné. L'auteure ne crée pas de pression inutile, le sujet ne l'exigeant pas. Par courts chapitres, l'intrigue nous présente alternativement les protagonistes, y compris les enquêteurs dont la fonction est évidemment relative ici. Structure ordinaire, toujours efficace. Initialement publié sous le titre “Les somnambules se réveillent tard”, réécrit pour cette version finale, ce polar sympathique se lit très agréablement.

Partager cet article
Repost0
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 05:55

Le lieutenant de police Paul Massat est en poste à Solieu, une sous-préfecture de quarante mille habitants, vers l'Est de la France. Il est le fils de Jules Massat, un auteur de SF très connu n'ayant plus publié depuis quelques années. Peu liant, plutôt introverti, l'écrivain a choisi de s'isoler autant que possible, dans sa maison non loin de Solieu. Après un divorce houleux, Paul Massat s'occupe de temps à autre de son fils Armand. Au commissariat, il ne cherche pas vraiment à briller, ne prenant en main les affaires qu'en l'absence d'autres collègues. Cette fois, c'est le cadavre d'un inconnu qui est découvert dans un squat occupé par trois SDF vaguement dealers. Selon le légiste, il s'agit d'une mort naturelle. Pourtant, il est souhaitable que Paul Massat parvienne à identifier cet homme mûr.

Harry Pitman est Californien, appartenant à un milieu aisé. “Retraité” âgé de trente-et-un ans, il a fait très tôt fortune grâce à une société innovante. Avant de mourir d'un cancer à cinquante-quatre ans, sa mère lui a confié un secret : son père officiel n'est pas son vrai géniteur. Ce qu'a confirmé une analyse ADN. Harry règle les questions financières et passe par la Floride, où vit sa tante Elena. Celle-ci lui confirme que le vrai père d'Harry était un Polonais que sa mère avait connu alors qu'elle résidait en France. Il fut assassiné en 1985, sans qu'on sache la vérité. Le fait que cet Andrzej ait alors été un opposant au régime communiste fut peut-être la raison de ce meurtre. Harry s'envole bientôt pour Paris, où il compte rencontrer la personne chez qui sa mère logea trente ans plus tôt.

Paul Massat identifie l'homme du squat : Louis Boisrond était un notable, cadre dans une banque privée très select. Son épouse Fabienne confirme qu'il n'était absolument pas un consommateur de drogues. Ça explique d'autant moins ce qu'il faisait dans ce squat. Le policier a déjà fait accidentellement la connaissance d'Agathe, la fille de Louis Boisrond. Un brin bordélique dans sa tête et dans sa vie, cette artiste-peintre fantasque est en instance de divorce. Un caractère qui ne déplaît pas à Paul Massat. Agathe témoigne que son père était assez égoïste, avare d'affection. Le policier n'a pas grand mal à retrouver Verdon, un des squatteurs, qui lui donne quelques précisions. Quant à Jules Massat, qui entame un nouveau roman, il se rapproche d'une thérapeute pratiquant l'hypnose.

La quête d'Harry Pitman le conduit jusqu'en Pologne. Il sait désormais que son père était originaire de Skierniewice. À Varsovie, il entre en contact avec la journaliste indépendante Kinga. Pas inutile pour un Américain, qui assimilerait avec difficulté l'esprit polonais. Harry sent, depuis la Floride, une menace diffuse autour de lui. Ayant obtenu quelques infos sur sa famille, il est d'ailleurs agressé. Peut-être des séquelles de l'époque totalitaire, dont on n'a pas forcément fait le deuil dans ce pays. Harry devra revenir en France pour obtenir de nouveaux détails oubliés sur le meurtre de son père…

Gilles Vidal : Les sentiers de la nuit (Éd.du Jasmin, 2016)

Le récit comportant deux lignes parallèles, l'histoire d'Harry Pitman et celle se déroulant dans une ville française, on ne doute pas qu'existe un point commun entre ces affaires semblant éloignées. Il s'agit d'une structure classique de roman à suspense, encore faut-il que ce soit bien exploité. C'est là que l'on peut compter sur la solidité d'un auteur tel que Gilles Vidal. D'abord, il est habile pour construire cette double intrigue, sans chercher des effets artificiels ou spectaculaires. On sait que ça aboutit souvent à une lourdeur inutile.

Ensuite, il aborde avec une belle aisance les personnages, à travers de délicieux portraits. On remarquera en particulier celui d'Agathe. Cet élément contribue à l'ambiance, entre sombres énigmes et plaisants sourires. On aura même droit à des visites touristiques de Paris et de Varsovie ; normal pour un Américain sur les traces de ses origines. Enfin, on peut affirmer que Gilles Vidal sait que rien ne remplace la souplesse narrative : c'est avec fluidité qu'il raconte les faits. Certes, le chemin de la vérité n'est pas rectiligne, mais il nous amène malgré tout à destination. Un suspense très réussi, qui captive le lecteur.

Partager cet article
Repost0
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 05:55

Le détective privé Charlie Parker a été gravement blessé lors de sa précédente enquête. Il doit passer sa convalescence à Boreas, bourgade côtière du Maine. Bobby Soames, agent immobilier et élu local, est un peu dépassé par les mesures de sécurité prises par les amis de Parker, les new-yorkais Angel et Louis, pour que le détective séjourne tranquillement à Green Heron Bay. Toujours affaibli, Parker poursuivra les soins dans une maison de santé de la région. La quadragénaire Ruth Winter et sa fille de neuf ans, Amanda, se sont aussi installées dans une maison à quelques centaines de mètres. Cela ne semble pas supposer de danger pour Parker. Comme l'agent immobilier, la chef de la police Cory Bloom connaît la réputation du détective d'attirer les ennuis. Toutefois, leur contact initial est positif.

Boreas est une petite station balnéaire endormie, où il ne se passe jamais grand-chose. Quand le cadavre d'un inconnu est découvert près des dunes de Mason Point, en bord de mer, Cory Bloom peut conclure à un suicide ou un accident. Bruno Perlman, quarante-cinq ans, habitait en Floride. Le Maine est un peu loin de chez lui pour venir s'y suicider. Parker propose son aide à la policière. Il a noté certains détails curieux. C'est surtout la série de nombre tatoués sur son avant-bras qui pose question. Ça ressemble à un matricule datant des camps nazis, mais Perlman est beaucoup trop jeune pour être un rescapé de la Shoah. Renseignements pris, cet homme serait devenu un obsédé de l'histoire des camps, car une partie de sa famille aurait été exterminée dans celui de Lubsko, en Pologne.

En Floride, le cynique Steiger interroge le barman Lenny et maltraite son épouse, au sujet de Perlman. Quel est le lien avec ces deux nazis très âgés, actuellement poursuivis par la justice américaine ? Ensuite, le commanditaire de Steiger lui ordonne de se rendre à Boreas, afin de surveiller Ruth Winter. Sur place, Charlie Parker a bien remarqué que Ruth semble sur la défensive. Même si Sam, la fille du détective parvenait à sympathiser avec Amanda Winter, pas sûr que Parker puisse amadouer Ruth. Un crime atroce secoue l’État du Maine : quatre membres de la famille Wilde ont été tués chez eux, avant que la maison soit incendiée. Oran Wilde, leur fils adolescent, en a réchappé avant de disparaître. C'est lui qui est fortement suspecté de ce massacre. En réalité, il a été kidnappé.

Parker et son ami policier Walsh ne croient guère en la culpabilité d'Oran Wilde, mais se demandent ce que ça cache. L'autopsie de Perlman confirme qu'il s'agit d'un meurtre. Le détective se munit d'un pistolet, en prévision de problèmes à venir. Le tueur Steiger passe à l'action, causant une victime, mais il ne parvient pas à éliminer Parker avant de mourir dans les dunes. S'informant sur Steiger, Angel et Louis dénichent une piste. Cambion, un vieux routier du banditisme, servait d'intermédiaire pour transmettre les ordres à Steiger. Parker pense savoir à qui Perlman rendait visite dans la région, sans que ça éclaircisse vraiment les crimes récents, ni le carnage chez la famille Wilde…

John Connolly : Le chant des dunes (Presses de la Cité, 2016)

Peut-être que certains lecteurs n'ont pas encore exploré les romans de John Connolly. Ils manquent quelque chose, assurément. Néanmoins, ils peuvent fort bien aborder l'univers du détective Charlie Parker sans avoir lu la douzaine de titres précédents. L'auteur s'arrange pour les initier au passé de son héros : il est aisé de comprendre qu'il traverse à chaque fois des aventures tumultueuses, et même très violentes. On retrouve ici Louis et Angel, le fidèle duo d'anges gardiens de Parker, et quelques-uns de ses contacts dans la police ou chez les religieux juifs. La première famille du détective a été tuée, il est séparé de sa seconde femme Rachel et de leur fille Sam. Pourtant, Sam a le don de communiquer avec Jennifer, la défunte première enfant de Parker, qui paraît encore veiller sur leur père.

L'intrigue criminelle fait ici référence aux camps de la mort, à la Shoah. La question raciale n'était pas l'unique motivation du régime hitlérien, ainsi qu'en témoigne le pillage des biens de familles juives : “Les nazis étaient des bandits, des gangsters. Ils étaient mus autant par la cupidité que par l'idéologie. Les purs idéologues n'arrachent pas les dents en or des bouches des morts.” Aux États-Unis, il est possible qu'on ne pense plus guère à cet aspect historique, mais n'oublions pas que l'auteur est Européen, un Irlandais de Dublin. Un des atouts principaux chez John Connolly, c'est tonalité équilibrée (et stylée) du récit. Même un décor paisible, revigorant pour son héros diminué, n'empêche pas que le danger s'invite dans ce nouvel épisode de la vie tourmentée de Charlie Parker.

Partager cet article
Repost0
13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 05:55

Belle détective de trente-deux ans basée dans la région de Dunkerque, fougueuse enquêtrice impliquée dans des affaires agitées, Virginia Valmain nous raconte ses exploits. Brève présentation de ses remarquables associés. Sa tante Mère-Grand est une corpulente lesbienne, spécialiste (entres autres) en informatique et en réparties vachardes. Quant à Lao-Tseu, comme son nom ne l’indique pas, c’est un géant Malien au QI faiblard mais aux muscles puissants. Deux énergumènes manquant un peu de distinction, mais plutôt efficaces. Afin de glaner quelques infos, Virginia fait aussi appel à David, beau gosse surnommé Curly pour des raisons intimes. Enfin, la détective est proche du policier Adam Bathany, qui aimerait bien reconquérir son ancienne amante Virginia. Voilà pour la photo de groupe des protagonistes.

Virginia Valmain est engagée par l’épouse anglaise d’un des disparus de l’affaire Saint-Folquin. C’est dans ce village en bordure de l’A16 qu’ont disparu depuis six mois quatre hommes et une femme: Évelyne Maes, femme au foyer d’Angers ; Raymond Tournier, cuisinier à Limoges ; Brian Slatter, chauffeur routier anglais ; Dirk Rummenigge, footballeur pro allemand ; et Jos Vandewaele, citoyen belge. Aucun point commun entre eux. Peut-être que les fréquents changements de clubs du footeux allemand peuvent fournir une piste. Rien ne confirme qu’il soit le pivot de l’affaire. À Saint-Folquin, l’ambiance est dantesque quand y débarquent en camping-car Virginia et ses amis. À l’auberge des Dupuis, ils font la connaissance de Silke, journaliste allemande qui enquête sur le cas de son compatriote.

Florine Zoonekind, la maire du village au visage orné de pustules, admet que ces disparitions ont dopé le commerce local. La présence de la détective semble déranger : le camping-car de Mère-Grand est vandalisé. Virginia fait un détour par Angers, découvrant la famille de nazes d’Évelyne Maes. Chez la pieuse épouse du disparu belge, Virginia constate qu’il n’y est pas regretté. Sa cliente, la femme de l’Anglais, n’étant pas plus agréable, la détective en conclut que la plupart des disparus étaient mal mariés. Lao-Tseu est agressé avec violence à Saint-Folquin, encore un avertissement menaçant. David Curly serait bien avisé de s’interroger sur la belle journaliste Silke, devenue si câline avec lui. Après une réapparition bizarre et quelques meurtres, la détective va devoir démêler les nœuds de cette énigme…

Maxime Gillio : Les disparus de l’A16 (Éd.J'ai Lu, 2016)

La pétulante héroïne, un qualificatif qui lui correspond idéalement, installe une complicité amusée avec le lecteur, un peu à la manière d’un San-Antonio. Outre ses pittoresques associés, auxquels une dose de vulgarité ne fait pas peur, Virginia est confrontée à une galerie de personnages hauts en couleur. Il faut même avouer qu’ils sont carrément déjantés, grotesques, etc. Nous sommes ici dans une comédie à suspense, revendiquée comme telle.

Néanmoins, exploiter une veine comique ne suffit pas pour captiver. Virginia n’oublie pas de nous rappeler que nous sommes dans un polar vrai de vrai, où la gaudriole doit laisser une large place à l’intrigue. C’est pourquoi elle nous présente une véritable affaire criminelle, avec ses mystères et une cascade de péripéties, sans oublier une pléiade de suspects et moult rebondissements. Une aventure dynamique et débridée, une enquête énergique. Franchement réjouissant.

Partager cet article
Repost0
12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 05:55

Le commissaire Amédée Mallock possède un faciès que l'on n'oublie pas : “Des cheveux blonds coupés au sécateur, un gros nez, un menton jamais content et des yeux d'un vert lumineux, ça ne passe pas inaperçu.” Avec son équipe d'enquêteurs du CAS (Crimes et Affaires Sévères), il a quitté le Quai des Orfèvres pour la rue du Cloître-Notre-Dame, sur l'île de la Cité. En cet automne très pluvieux, c'est au Musée du Louvre que se produit une affaire incroyable : on a volé la Joconde ! Ce qui apparaît impossible, la sécurité étant maximale autour du chef d'œuvre. L'opération commando a fait une victime, un artiste de renommée internationale nommé Ivo. Hospitalisé, il sera bientôt remis et témoignera de ce qu'il a vu. Quant à espérer la discrétion sur ce vol abracadabrant, sûrement pas.

Effectivement, le voleur déguisé en Polichinelle, avec un masque de médecin moyenâgeux, a illico revendiqué l'acte via Internet. Il se fait appeler Docteur Ockham. Les adjoints de Mallock connaissent aussi bien les légendes autour de la Joconde, déjà volée une centaine d'années plus tôt, que les fumeuses théories sur “le rasoir d'Ockham”. Quand le coupable leur adresse un bocal de “confiture de Joconde” après avoir massacré le tableau, on peut se demander s'il a détruit le vrai chef d'œuvre. Et surtout dans quel but ? S'agit-il d'en tirer un bénéfice financier, ou de discréditer le Louvre au profit d'autres grands musées à travers le monde ? Polichinelle ou Ockham, l'inconnu est cultivé, et capable de déjouer les investigations techniques, en particulier de brouiller sa piste Internet.

Tandis que les intempéries continuent, Ockham se lance dans des “raids capillaires” qui visent d'abord un philosophe médiatique, avant que soit aussi scalpés des grands patrons et d'autres personnalités. Mallock commence à s'inquiéter pour sa compagne Margot, reporter coutumière des risques. Mais, deux semaines durant, Ockham ne fait plus parler de lui. C'est parce qu'il a sévi au États-Unis. Ami de Mallock, Tom Marvin du FBI s'occupe des agressions perpétrées là-bas. Après un bocal de “Soupe de cheveux” et un autre de “Pervers au vinaigre”, Mallock est pris du mal de mer à Paris. Tout ça pour récupérer, sur la Seine en délire, un bocal de “d'aspic de langue” que le fou furieux y a balancé.

Ockham poursuivra avec des “Oreilles de cochon vinaigrette” tranchées sur un député et son assistant, puis des “Couilles d'ânes aux marrons” coupées à trois journalistes, dans leurs bocaux. La montée des eaux menace de faire déferler des crues sur Paris. Quand il assassine un chanteur connu, Mallock devrait réaliser qu'Ockham est passé à un nouveau stade. Sa prochaine victime est une des collaboratrices du commissaire, mortellement agressée en direct sur Internet et mutilée par le dément Polichinelle. Un défi à Mallock, très certainement, afin de démoraliser le policier et son équipe. Ça pourrait, au contraire, stimuler Mallock. Encore que l'arrestation d'un suspect ne signifie pas la fin de l'affaire…

Mallock : Le principe de parcimonie (Fleuve Éditions, 2016)

Il s'agit de la cinquième aventure du commissaire Mallock. L'auteur ponctuant le récit de rappels concernant la carrière du policier, et de détails sur sa vie privée, il n'est nullement indispensable d'avoir lu les précédents titres. Personnage paradoxal que cet enquêteur, “ours bipolaire, anarchiste défendant l'ordre” aux états d'âme mêlant calme et violence, misanthropie et mélancolie. Perspicace, sans doute, mais il est confronté à un redoutable ennemi. Il faudrait aller fouiller dans la mémoire d'un enfant qui a grandi sur le Plateau du Larzac, hanté par des enlèvements hallucinatoires, pour en percer la psychologie. Cet adversaire peut longtemps espérer l'impunité, d'autant que les menaces de crues sur Paris perturbent quelque peu les recherches policières.

À l'instar de San-Antonio signant de son nom ses romans, l'auteur Mallock décrit le monde du commissaire éponyme. Avec moins de fantaisie, même si l'histoire comporte une part non négligeable d'humour, on l'imagine bien. Avec beaucoup de mystères et des passages d'une certaine gravité. Il est vrai que c'est un monstre singulier qu'il affronte ici. Grâce à une intrigue foisonnante, le lecteur est entraîné dans un suspense fort divertissant.

Partager cet article
Repost0
11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 07:45

Christoffer Carlsson : "Le syndrome du pire"

Originaire de Salem, dans l'agglomération de Stockholm, Leo Junker est aujourd'hui âgé de trente-trois ans. Quand le policier émérite Charles Levin remarqua les qualités du jeune agent Leo Junker, il lui fit intégrer le service des Affaires Internes. Leo se montra très efficace, jusqu'au fiasco d'une opération de police sur l'île de Gotland. Le but réel semblait être de piéger les flics. C'est ainsi que Leo tira sur un de ses confrères. Mis en congé-maladie, soigné psychologiquement, il comprit qu'on faisait de lui le bouc-émissaire dans cette affaire. En outre, il y avait eu quelques temps avant sa séparation d'avec la tatoueuse Sam Falk. Désormais, Leo ingurgite des calmants et se remémore le passé.

Salem n'était pas une ville agréable, avec ses pavillons tristounets, ses tours d'habitation trop hautes et trop grises, son château d'eau. C'est près de ce dernier bâtiment que Leo sympathisa avec John Grimberg, à l'époque de leur adolescence. Klas et Diana Grimbert formaient un couple moins équilibré qu'il y semblait. Leur fils “Grim”, comme il se faisait appeler, gérait beaucoup la vie de famille, et protégeait sa jeune sœur Julia. Créatif, Grim l'était sans doute. Ce fut bientôt en confectionnant de faux papiers d'identité, qu'il en fit la démonstration. Ce qui l'obligea à séjourner dans un camp d'été pour pré-délinquants. En son absence, Julia et Leo vécurent une relation amoureuse de plus en plus intime. Elle veilla à ce que son frère ignore leur romance. L'affaire tourna finalement mal pour Julia.

Dans l'immeuble de Léo, un meurtre a été commis au foyer associatif accueillant pour la nuit des SDF. Âgée d'environ vingt-cinq ans, Rebecca Salomonsson était une junkie et une dealeuse. On l'a abattue de très près. Bien qu'étant interdit de se prévaloir du titre de policier, Leo est le premier sur les lieux. Il remarque le collier que la victime serre dans sa main. L'objet a appartenu à quelqu'un que Leo connaissait bien. Il en dit le moins possible à son collègue Gabriel Birck. Il évite de lui parler des messages anonymes reçus depuis peu sur son téléphone. Par contre, l'aide de Charles Levin ne sera pas inutile, car celui-ci a une secrétaire qui fournit très rapidement les renseignements voulus. Leo contacte son ex-compagne Sam, proche de milieux underground. Si Rebecca était visée, pourquoi ne pas l'éliminer dans un endroit moins risqué ? s'interroge Sam…

 

L'adolescence de Leo Junker avec John et Julia Grimberg dans cette ville de banlieue qu'est Salem nous est racontée en alternance avec les faits actuels. C'est là que prend racine cette histoire, car on ne doute pas un instant qu'existe un lien entre les deux époques. Le “double récit” est mené avec une finesse exemplaire, soulignant le contraste entre l'ado Leo, qui s'est trouvé un ami et une petite copine, et le flic désabusé qu'il est devenu à cause de circonstances mal éclaircies. Heureusement pour lui, Leo le solitaire est moins seul qu'on pourrait le penser, pour cette enquête parallèle. Grâce aux réminiscences qui le hantent, de possibles réponses se font jour. Excellent roman noir jouant sur les ambiances autant que sur les caractères de singuliers personnages, avec aussi de courtes pauses un brin plus souriantes. Un suspense subtil et excitant.

Polars en poche, chez J'ai Lu : Marin Ledun et Christoffer Carlsson

Marin Ledun : "Au fer rouge"

À Bayonne, une cellule de police est détachée pour enquêter sur une affaire énigmatique, sous la direction du Toulousain Axel Meyer. Il a été prévenu par son supérieur, Maldjian, qu'ils risquaient fort d'être confrontés à un panier de crabes, entre séquelles politiques autour de l'ETA et trafics de drogue. Meyer est assisté d'Emma Lefebvre, jeune policière ayant entamé sa carrière après avoir fait partie des victimes des attentats de Madrid, en 2004. Hantée par le terrorisme, Emma est bien informée sur la complexité de la question basque, indépendantistes de l'ETA face aux brigades anti-terroristes des GAL au service de la police espagnole. Le troisième larron de l'équipe, c'est Simon Garnier. Ce flic corrompu mesure la dangerosité de ses relations avec celui qui orchestre la chienlit actuelle au Pays Basque.

Un trafiquant de drogue a été retrouvé mort dans une valise sur la plage du Penon, dans les Landes, après avoir vogué en mer bien qu'il ait été jeté à l'eau pas si loin. Il fallait s'y attendre : en Espagne, ce Domingo Augusti a été soupçonné de méfaits politisés, avant de se tourner vers le lucratif trafic de drogue. Il s'avère que le père d'Augusti fut lui-même un policier anti-terroriste aux méthodes violentes. Ami de ce dernier, Adis García fut un des tortionnaires anti-ETA dont Emma compte explorer la piste. Il est possible que ce García ait reconstitué une milice active, mais son dossier est "Secret Défense". Si le procureur Stéphane Boyer débloquait les choses, ça aiderait grandement Emma et Axel Meyer. Nina, la petite amie prostituée madrilène de Domingo Augusti, a été supprimée. Simon Garnier ne tarde pas à vérifier que le tueur est Aarón Sánchez, l'adjoint de Javier Cruz.

Officier de la Guardia Civil en poste à la section antiterroriste de Bordeaux, Javier Cruz est un policier censé œuvrer pour la sécurité des citoyens français et espagnols. Mais il a entrepris de révolutionner les méthodes ordinaires. Non sans arrière-pensée d'un profit personnel, peut-être. Cruz a commencé par créer une nébuleuse de sociétés, dirigées par Aarón Sánchez, criminel aguerri. Pour financer son action, Javier Cruz a détourné une grosse quantité de cocaïne, éliminant des passeurs tels Domingo Augusti. Il veut acquérir un terrain appartenant à Jean-Christophe Giraud, puissant industriel local. Que cet endroit soit contaminé ne doit pas entraver son opération immobilière.

Gaizka, dont le père ouvrier est mort à cause de la contamination, entend bien le prouver et démontrer les fautes de Giraud. La prostituée Yaiza Gónzalez, dite Macrina sait qu'elle doit se montrer prudente, les putes étant insignifiantes dans cet univers mafieux. Mais elle aura son rôle à jouer. Ayant examiné les dossiers des Stups, Axel Meyer interroge un dealer emprisonné, López, qui sait comment les 55 kilos de cocaïne ont été détournés…

 

Si un roman n'est pas un documentaire, la fiction peut interroger sur le réel. L'organisation indépendantiste ETA a mis fin à son action armée. Étonnant de constater le calme apparent qui, si rapidement, semble s'être installé au Pays Basque des deux côtés de la frontière. Contraints et forcés, les ex-militants sont-ils priés d'oublier leur cause, tandis que d'autres en tirent profit, peut-être selon des méthodes mafieuses ? C'est à travers les protagonistes d'une enquête, forcément faussée par un contexte où se mêlent politique et trafic, que Marin Ledun nous suggère une situation pas si clarifiée. Une certaine impunité donne de mauvaises habitudes, autant à des malfaiteurs prêts à toutes les missions, qu'à des policiers sur lesquels la hiérarchie n'a plus d'autorité.

Pour construire une solide intrigue sinueuse, une sacrée maîtrise est indispensable. Passer d'un personnage à l'autre sans "perdre" le lecteur, décrire des protagonistes de caractères différents voire opposés, esquisser le passé sans faire de "leçons d'histoire", conserver un tempo narratif souple et rythmé, c'est visiblement le défi que s'est fixé ici l'auteur. C'est magistralement réussi. On se passionne vite pour son intrigue foisonnante, un chassé-croisé permanent et dense. Un noir suspense absolument réussi.

Partager cet article
Repost0
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 05:55

En Norvège, Jo Uddermann est marié avec Agnete, qu'il connaît depuis leur scolarité. Ils ont une fille âgée de six ans, Emma. Ils habitent à Frysjaveien, dans la banlieue d'Oslo. Jo a hérité cette maison de son défunt père, qui fut agent des pompes funèbres associé avec son oncle. La fille de ce dernier, sa cousine Jenny, est aujourd'hui dans la police. Jo reste en très bons termes avec elle. Jo est un écrivain quelque peu connu. Il vient de publier un roman autobiographie intitulé "La craie". L'histoire s'inspire avec une grande véracité d'un épisode de son adolescence. Quand il avait treize ans, un élève de sa classe provoqua un incendie dans le gymnase du collège.

À l'époque, Jo avait une allure d'intello à grosses lunettes, tandis que son copain Georg, le fautif, était un ado singulier ressemblant à un gnome aux cheveux blancs. Tous deux composaient ensemble des bandes-dessinées, sur des thèmes assez cruels initiés par Georg. Vingt-deux ans plus tard, Jo pense que son ami était animé par un "plaisir du mal", de la destruction. Dans leur classe, ils côtoyaient deux filles complètement dissemblables. Agnete, la future épouse de Jo, était du genre réservée et studieuse, se tenant en retrait, refusant de se livrer vraiment. Un trait de caractère qui reste vivace chez elle, bien longtemps après. Agnete était dans l'ombre derrière Katinka, sa meilleure copine.

Katinka était une fille flamboyante, extravertie. Par la suite, elle fut quelque peu mêlée à des affaires pas nettes. D'autant que son compagnon Vebjørn, autre élève de leur classe d'alors, fit un séjour en prison pour vente de stupéfiants. Jo et Georg masquaient mal leur attirance pour Katinka, au temps du collège. L'adolescente avait un rapport trouble avec eux, se méfiant un peu de Georg, plus proche de Jo. C'est par Greta Nymann, la mère de Georg, que Jo apprit par hasard que celui-ci était mort en Irlande. Elle ne donna guère de précision. C'est cette rencontre de hasard avec Mme Nymann qui incita Jo à écrire "La craie", l'histoire de Georg. Il sollicita le témoignage de Katinka, un prétexte pour renouer avec elle. Tous deux trouvèrent l'occasion de devenir intimes.

Le livre de Jo connaît un certain succès de la part des critiques. L'interview-télé de l'auteur se passe de façon satisfaisante. Encore que Jo ne soit pas totalement sûr de sa prestation. Quelques signes lui donne à penser qu'un inconnu rôde autour de sa famille. Le cadavre de Katinka est découvert près du chalet où elle résidait. Jo l'avait revue récemment encore. Sa cousine Jenny ne tient à l'impliquer en aucune manière, mais la collègue de la policière, Thea, s'avère beaucoup plus suspicieuse. Ayant compris que Jo l'avait trompée avec Katinka, Agnete quitte la maison avec leur fille Emma. Faut-il suspecter Vebjørn du meurtre de Katinka ? Quand Jo se retrouve face à un élément du passé, il risque de s'enfermer dans une maussade paranoïa. Jenny ne paraît pas croire ce qu'il lui raconte. Le danger qui plane semble pourtant bien réel…

Nikolaj Frobenius : Branches obscures (Actes Sud, 2016)

Nikolaj Frobenius nous présente une sorte de conte funeste autour du métier d'écrivain, et de la création littéraire. Il y a là une référence avouée à “La part des ténèbres” (The dark half) de Stephen King, même si le scénario est très différent. C'est probablement David Goodis (1917-1967) qui, dans l'esprit, influence le plus ce roman. Le héros a une pensée pour son histoire personnelle, “ses démons intérieurs et son alcoolisme croissant, son manteau élimé, et son frère attardé mental. Goodis était l'écrivain tragique classique, manifestement talentueux, mais chroniquement malchanceux, il lui manquait la confiance en soi nécessaire et il s'était fait exploiter par des producteurs de cinéma cyniques.” Avant tout, David Goodis est l'écrivain du destin, de la fatalité, de la descente aux enfers. C'est, toutes proportions gardées et sans les comparer, ce qu'exploite ici Nikolaj Frobenius.

L'intrigue est pleine de mystère, d'interrogations. On va même replonger dans des scènes datant de l'adolescence des protagonistes afin de mieux comprendre. La famille du héros est sans doute menacée, mais c'est quelque chose de plus "intérieur" qui sera en péril. Un suspense de très belle qualité, mais aussi une réflexion sur la position de l'écrivain : “Tout ce que je vois autour de moi a l'air si faux, si fabriqué. Le monde est une scénographie branlante, les hommes sont de mauvais comédiens […] Le sentiment de les percer à jour est convaincant, mais je ne sais pas ce que j'ai démasqué. Si ce n'est que tout est faux, et que la vie est sans nécessité.” Nikolaj Frobenius signe là un roman qui ne recèle que des atouts favorables.

Partager cet article
Repost0

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Action-Suspense Ce Sont Des Centaines De Chroniques. Cherchez Ici Par Nom D'auteur Ou Par Titre.

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

ACTION-SUSPENSE EXISTE DEPUIS 2008

Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/