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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 05:55

Château-Les Églantiers est un lieu-dit sur la commune de Coumeyrac. Ce territoire isolé reste mal couvert par la téléphonie actuelle. Autour de son église du 12e siècle, Château-Les Églantiers est une ancienne halte sur la route de Compostelle. “Une guérisseuse réputée ─ une sorte de sainte ─ y bénissait les pèlerins.” Le jeune curé Berdoulle n'a plus tellement de paroissiens, aujourd'hui. À part la fringante Suzette, fille de la défunte bonne du regretté curé précédent, il ne fédère pas foule. Une secte réunissant des Portugais s'est développée par ici, grâce au culte imaginé par Henri Podeval.

En outre, Château-Les Églantiers fut autrefois un haut-lieu de la confiserie. Même si l'entreprise de Philippe Vanderlan, maire et châtelain du cru, fabrique encore des bonbons, ça n'a plus le prestige du passé. Avec ses amis Lionel Esquirol et Cyprien Darmagnacq, le maire espère relancer l'activité locale. Grand lecteur de romans policiers, ayant tâté de la criminologie, Philippe Vanderlan a essayé de créer un festival théâtral, avec des pièces à suspense. L'idée n'a pas séduit grand monde. Pour l'opération qu'il prépare avec ses deux adjoints, il a engagé une attachée de presse issue du milieu cinématographique, Martine Secret-Duval. Celle-ci y voit une aubaine car elle en a sa claque des sphères parisiennes.

Son cousin cameraman Zéphir la rejoindra pour filmer la procession dédié à la Sainte de Château-Les Églantiers. La fête se passera autour de la statue érigée devant l'église, représentant un gros bonbon dégoulinant. Un petit évènement à médiatiser, mais Philippe Vanderlan a prévu de corser cette célébration. Anonymement, il a fait venir le délinquant Seb Dafi-Dakir avec ses deux complices, le Bègue et Maurice. Ceux-ci espèrent dérober un tableau de valeur. Certes, il s'agit d'un trio de tocards, mais aussi nuls soient-ils, ces trois-là peuvent faire preuve de dangerosité. Surtout Maurice, le plus excitable de la bande.

Mathilde est la fille de Philippe Vanderlan. Hermione est la meilleure amie de la jeune fille, originaire du même hameau. Australienne, Samantha est la petite copine de Mathilde, qui n'aime que les filles depuis sa première expérience d'ado avec Suzette. Hermione, qui flirta avec son amie Mathilde, est quelque peu jalouse de Samantha. Le père de la jeune Australienne s'inquiète pour sa progéniture. Aussi a-t-il pris à son service le détective Maxime, chargé de la surveiller. Les trois jeunes femmes ayant décidé de passer le week-end à Château-Les Églantiers, sans en prévenir le châtelain, Maxime suit le mouvement. Non sans avoir remarqué le charme de Martine Secret-Duval, lors du trajet en train.

Ce qui précède, l'écrivain-bibliothécaire Origène Pildefer l'avait prédit dans son nouveau roman. Un manuscrit refusé par les éditeurs, comme ses précédents livres. Mais il est convaincu que son œuvre influence la réalité. Ces gens et ces situations, il les a décrits dans sa fiction. Il va donc suivre les protagonistes sur le terrain, tout en essayant de rester en contact avec les membres de l'atelier d'écriture qu'il anime. En espérant, bien que s'annonce une météo tempétueuse, que le dénouement sera moins sombre que dans son roman…

Vincent Ravalec : Bonbon désespéré (Éditions du Rocher, 2016)

Ne cherchons pas à situer géographiquement Château-Les Églantiers, l'essentiel est que ça se situe dans les confins oubliés de notre terroir. Par contre, afin d'obtenir un regain de notoriété, ce lieu-dit cherche à s'inspirer de Bugarach. Ce village du Sud, cher à tous les adorateurs de fées, de lutins, d'elfes et de farfadets, n'est-il pas habité par une énergie extraordinaire, tellurique, cosmique ? “Bugarach permettait des reprogrammations de chakras, des annulations karmiques, des entrebâillements divinatoires… Et surtout, surtout, Bugarach allait être épargnée par l'Apocalypse proche.” Une arnaque à reproduire partout où il ne se passe rien, comme dans les environs de Coumeyrac. Du surnaturel, une procession et un petit fait divers, tout cela filmé, c'est le succès médiatique assuré.

On l'aura compris, c'est une comédie polar que nous raconte ici Vincent Ravalec, auteur de “Cantique de la racaille” (1994, récompensé par le Prix de Flore). Ne se contentant pas d'une narration linéaire, qui eût pu être déjà sympathique, Ravalec y ajoute du “style”, conformément à la définition qu'il donne dans les premières pages de ce livre. Avec une forme particulière de “mise en abyme”. Au fil des scènes, on saute d'un personnage à l'autre, puis aux suivants. Ceux-ci sont nombreux, il l'avoue. Ils sont tellement différents et typés, que l'on n'éprouve aucune difficulté à les identifier, à les placer dans le puzzle. Et tout ça alimente une délicieuse intrigue à suspense, aux multiples péripéties. Un roman d'une certaine originalité, qui mérite un large lectorat.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 05:55

Gordon Ferris : La cabane des pendus

Écosse, 1946. Natif de Kilmarnock, Douglas Brodie est aujourd’hui âgé de trente-quatre ans. Avant la guerre, il fut inspecteur de police à Glasgow. C’est au combat qu’il gagna le grade de major dans les Seaforth Highlanders. Démobilisé, il vécut une période alcoolisée, avant d’être engagé comme reporter pour un journal de Londres. Il est de retour à Glasgow, suite à l’appel de son ami de jeunesse Hugh Donovan. Leur rivalité d’antan, autour de la belle Fiona, est mise de côté car l’affaire est grave. Sérieusement brûlé durant la guerre, Hugh fut soigné mais garde le visage détruit. Il ressent toujours de vives douleurs, qui l’ont incité à prendre de la drogue. Quelques mois plus tôt, Hugh s’est réinstallé dans un quartier modeste de Glasgow. C’est par hasard qu’il a retrouvé Fiona, maintenant veuve, et son fils Rory. Il lui arrivait de s’occuper du gamin. Rory disparut soudainement. Son corps fut découvert quelques jours plus tard.

Même si l’enquête de police fut imparfaite, quatre autres précédentes disparitions d’enfants restant énigmatiques, les indices accablaient Hugh. Assommé par la drogue et l’alcool, il était incapable de donner sa version. Il avoua dans des conditions mal définies, se rétracta. Son avocate Samatha Campbell souligna au procès les détails approximatifs ou inexacts. Elle ne fut pas loin de lui sauver la mise, mais on le condamna quand même à mort. Hugh doit être très prochainement exécuté par pendaison.

Logeant chez l’avocate, Douglas Brodie admet la probable innocence de son ami. Le prêtre catholique Cassidy ne se prononce pas mais soutien moralement Hugh. Brodie ne tarde pas à être confronté aux sbires des caïds du secteur, les frères Slattery. Ce sont certainement eux qui fournissaient sa drogue à Hugh. Au poste de police de Tobago Street, où il était affecté autrefois, Brodie fait face à des flics fort peu coopératifs, s’accrochant à leur version. De son côté, il ne s’explique toujours pas pourquoi une machination viserait Hugh. Son enquête le mène sur l’île d’Aran. Au retour sur le ferry, Brodie frôle la noyade après avoir été agressé. Le revolver Webley Mark VI du père de l’avocate Samatha Campbell sera bien utile à Brodie…

Les romans explorant les périodes de transitions consécutives aux guerres ne sont pas si nombreux. Glasgow et l’Écosse n’ont pas été énormément touchées par les destructions. Sa population modeste s’est appauvrie pendant cette guerre, la faisant ressembler à une bande de néandertaliens. Un terreau propice au banditisme, aux trafics, à la criminalité. En face, une police mal réorganisée, prête à fabriquer des preuves pour conserver sa crédibilité. Avec également, des héros de la guerre peu récompensés de leurs exploits. Un aspect essentiel de leur marginalisation : ils ont moins de quarante ans, et sont déjà plutôt inscrits dans le passé. La société de 1946 n’a pas encore retrouvé son équilibre. Tel est le contexte qui prime sur la stricte enquête de Brodie. Entre Irlandais expatriés, héros disgraciés, et justice incertaine, la noirceur de ce temps-là imprègne ce sombre suspense. Loin d’une banale enquête balisée, linéaire, une histoire franchement prenante.

(Disponible dès le 17 mars 2016)

Formats poches, chez Points : Gordon Ferris et Christophe Molmy

Christophe Molmy : Les Loups blessés

Approchant de la cinquantaine, le commissaire Renan Pessac est chef du Service central de répression du banditisme. Il supervise diverses enquêtes, notamment celles confiées à l'équipe de Philippe Lelouedec, qui n'a pas grande estime pour son supérieur. Pessac garde un indic personnel très fiable, le Grand, et obtient parfois des infos grâce à la prostituée Tania, amie de cœur plus que de sexe. Un braquage de convoyeurs de fonds a fait deux victimes parmi les employés. Ça ne manquait pas de professionnalisme, mais l'affaire n'a rapporté que soixante mille Euros. Si les policiers disposent de peu d'éléments, ils pensent que ce sont deux semi-amateurs et un pro qui ont attaqué ce transport de fonds.

En effet, le jeune Doumé Astolfi s'est associé à Imed et Nordine Belkiche, deux frères du Val-de-Marne. Nordine, l'aîné, fait plutôt dans le trafic de drogue, blanchissant ses gains en achetant et exploitant des commerces dans leur cité. Plus fougueux, son cadet Imed est partisan d'actions d'éclat, et aime claquer du fric. Nordine n'apprécie pas tellement ce Corse, qui organisa le braquage. Doumé est le frère de Matteo Astolfi, un caïd du grand banditisme. Il affiche une vie tranquille auprès de sa compagne Carole et de leur fils Roch. Après l'avoir sermonné, il a expédié Doumé en Espagne, du côté de Malaga, en compagnie de son adjoint Sergio. Un braquage avec deux morts, il vaut mieux se faire oublier.

Tandis que Matteo, bien renseigné, prépare un nouveau coup bien plus fructueux contre un fourgon de transport de fonds, les frères Belkiche ont également un projet en cours, à Savigny-sur-Orge. Par son indic le Grand, Pessac est mis sur la piste d'un fournisseur d'armes appelé Angelco. S'il en sait davantage, le Grand conserve des billes. C'est grâce à Tania que Pessac obtient le nom d'Imed Belkiche. Un dispositif de surveillance et de filature est bientôt en place par l'équipe de Lelouedec, autour d'Imed. À Marseille, Matteo, Doumé, Sergio et leur complice l'Acrobate braquent sans bavure un convoi de fonds…

Christophe Molmy est commissaire divisionnaire, chef de la brigade de recherche et d’intervention (BRI, surnommée l'Antigang). C'est donc un flic de carrière qui est l'auteur de ce roman, son premier titre. Dans ces conditions, il faut bien sûr s'attendre à un polar trépidant qui s'inspire d'un univers criminel brutal. Sans doute l'auteur n'ignore-t-il pas qu'il y a quelque chose d'intemporel dans le grand banditisme. Les petits voyous, d'origine maghrébine ou non, cherchent toujours à montrer leur valeur en montant des coups qu'ils ne maîtrisent pas forcément. Et les expérimentés caïds, de Corse ou d'ailleurs, espèrent encore impressionner par des braquages spectaculaires et très rentables. Il est vrai que les transports de fonds restent le maillon faible de la sécurité bancaire, cible des truands les plus déterminés. Une tension certaine règne, tant du côté des policiers que chez les malfaiteurs. Un suspense classique et solide, dans la bonne tradition du polar.

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 05:55

Le juge Alberto Lenzi est en poste en Calabre, sa région natale. Longtemps peu passionné par son métier, il est désormais très actif contre la 'Ndrangheta, les familles mafieuses de sa contrée. Il vit aujourd'hui en couple avec Marina, adjudante des carabiniers, parfois un peu trop directive à son goût. Il n'est pas pressé d'officialiser, en particulier vis-à-vis de la mère de Marina. Lenzi reste proche de la belle magistrate Chiara Allegri, même si celle-ci n'encourage pas ses approches amoureuses. Lucio, ami aristocrate de Lenzi, est souvent de bon conseil lors de ses enquêtes. Le juge ne fut pas concerné par la révolte d'ouvriers Noirs qui secoua la campagne calabraise quelques mois plus tôt. Ainsi ignore-t-il qu'il y eut quand même trois victimes au moins, d'autant que la scène du crime fut nettoyée par des sbires de la 'Ndrangheta. On s'est empressé d'oublier le cas de ces Noirs exploités.

Une lettre de dénonciation anonyme prévient les autorités que deux cent kilos de drogue sont cachés dans une cargaison de bois d'ébène arrivant sous peu. Lenzi, les carabiniers et la Douane vérifient que c'est exact, mais on compte pister la livraison pour opérer un coup de filet. Au final, la planque de la drogue est vide : elle a été subtilisée malgré la surveillance. Il y a forcément des complices chez les douaniers. Furieux, le procureur rejette toute la faute sur le juge Lenzi. Peu après, on découvre le cadavre martyrisé d'un homme dans une villa campagnarde inoccupée. La victime est l'informateur, auteur du courrier anonyme. “Il y avait mille hypothèses possibles, on était sur les terres de la 'Ndrangheta, on pouvait passer l'arme à gauche pour des raisons qui, ailleurs, n'auraient causé qu'une rancune de quelques jours, une brouille silencieuse, une petite baffe.”

Sorti de prison au prétexte de sa mauvaise santé, le vieux don Mico Rota est assigné à son domicile. Ce qui ne l'empêche pas, épaulé par son petit-fils Mimí, d'observer l'activité des familles de la 'Ndrangheta. Dans l'affaire de la drogue disparue, il s'agit d'éviter que les clans s'entre-tuent. Aussi don Mico joue-t-il le rôle de "juge de paix" entre les familles Pinnuto et Cortara, décidant d'un statu-quo bien relatif. Au cercle où se réunissent tous les notables de la ville, on cherche à comprendre le sens du crime de la villa et ce que cache cette drogue envolée : “Il faut dire que deux familles, c'est trop pour une seule zone. Ce vol, c'est un prétexte à la guerre. Ça devait arriver tôt ou tard, la trêve durait depuis assez longtemps.” De son côté, Lenzi interroge agressivement le directeur de la Douane, le mort étant son employé, mais il n'obtient guère de piste sérieuse.

Par son avocat, don Mico Rota provoque une rencontre avec le juge, au bureau de celui-ci. Courtoisie hypocrite entre eux, dont Lenzi n'est pas dupe. Don Mico évoque le désordre qui règne désormais dans le banditisme, plaidant qu'il ne contrôle rien du tout. Il laisse entendre que le premier lot de drogue en masquait un second, bien plus conséquent, au profit de bandes extérieures. “Non, ce coup-ci, Rota fait le malin, il veut brouiller les pistes. Il faut comprendre pourquoi, quel est son intérêt là-dedans” selon Lucio. Grâce à l'ADN, on trouve un lien entre la victime martyrisée et les Noirs tués dans la même villa. Chiara Allegri et Alberto Lenzi vont coopérer pour établir les faits. Quitte à les truquer au besoin, le moment venu, pour faire tomber quelques personnes de la 'Ndrangheta…

Mimmo Gangemi : Le pacte du petit juge (Éd.Seuil, 2016)

Deuxième enquête pour le “petit juge” Lenzi, autour des réseaux mafieux qui gangrènent cette région du sud de l'Italie, en face de la Sicile. Le récit nous fait sentir l'omniprésence de la 'Ndrangheta, dont l'atout principal est l'organisation transversale : chaque famille est censée régner sur un secteur, en complémentarité avec les autres. S'il y a des règlements de comptes entre ces clans, le juge Lenzi s'en réjouit avec hargne. Cette nébuleuse étant des plus complexes, les paraboles des réponses de don Mico Rota relèvent davantage de la manipulation que d'informations véridiques. Quant au sens de l'honneur "chrétien" face aux "infâmes", quant au courage héroïque de ces mafieux, rien que de la vantardise !

Si les personnages masculins ne sont pas épargnés, joliment caricaturés, des femmes ont le droit à des portraits sans concession. La caractérielle compagne du juge, bien sûr. Mais aussi : “La mère de Marina, c'était Marina multipliée par deux. Dans le sens de la largeur, car en hauteur, elle était pareille que sa fille. À vue de nez, catégorie des poids lourds-légers, mais tendance graisse ramollo… La dame n'avait pas seulement bon appétit, elle avait aussi la langue bien pendue.” L'avocate Laura est présentée de manière bien plus vacharde encore, avec son allure ultra-sexy : “Laura arriva au rendez-vous comme la bombasse qu'elle avait conscience d'être : elle mettait en relief ses meilleurs morceaux dans une robe qui exaltait ses formes.” Son manque d'intelligence gâche tout contact avec elle.

La noirceur étant largement compensée par l'humour, c'est cette alchimie qui séduit et qui offre une très belle qualité aux histoires mettant en scène ce “petit juge”.

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 05:55

Âgée de vingt-cinq ans, Penny Harrigan est originaire du Nebraska. Ses parents habitent à Omaha, où elle fut étudiante. Aspirante avocate, elle n'a pas encore réussi ses diplômes. Peut-être parce que Penny ne croit guère être destinée à ce métier. Depuis six mois, elle est employée dans un grand cabinet d'avocats à Manhattan. Elle est consciente de n'être qu'une sous-fifre besogneuse obéissant aux ordres. Moins réaliste, Penny imagine que des agents de sécurité lui servent d'anges gardiens à New York. Entre sa moqueuse collègue Monique et ses deux colocataires, elle se demande ce que l'avenir lui réserve. C'est alors qu'elle fait par hasard, au cabinet d'avocats, la connaissance de Linus Maxwell. Malgré l'allure assez quelconque de Penny, ce milliardaire l'invite à dîner le soir-même.

Maxwell est un bel homme de quarante-neuf ans. Il a fait fortune dans les technologies qui s'appliquent à tant de produits actuels. Propriétaire de médias, il soigne son image en jouant au pygmalion avec certaines femmes. Grâce à Maxwell, Clarissa Hind est devenue Présidente des États-Unis. Il a été le mentor de l'actrice française Alouette d'Ambrosia, qui a reçu plusieurs Oscars. Si la princesse anglaise Gwendolyn est montée sur le trône, c'est suite à leurs rapports. À chaque fois, les relations entre Maxwell et ses compagnes durent exactement cent trente-six jours. Que cet homme puissant s'intéresse à une jeune femme aussi ordinaire que Penny, c'est très flatteur pour elle. Tel un conte de fée dont elle serait la Cendrillon. C'est lors d'un séjour à Paris que débute vraiment leur idylle insolite.

Penny y croise Alouette d'Ambrosia, qui lui conseille de ne jamais faire l’amour avec Maxwell. Jalousie d'ex-amante ? Néanmoins, elle ne tarde pas à entamer une expérience sexuelle avec son prince charmant. Penny admet vite qu'elle sert de cobaye à Maxwell : il lui fait connaître l'extase absolue, la jouissance permanente, en testant sur elle tous les gadgets qu'il a inventés. Cette gamme de sex-toys est innovante, issue de ses recherches scientifiques depuis de nombreuses années. Ils sont conçus pour satisfaire sexuellement tous types de femmes, dont Penny est exemplaire de la "normalité". Ils vont bientôt être commercialisés sous le label Beautiful You. Même si leur relation s'achève brutalement, les aspects financiers et médiatiques devraient convenir à la jeune femme.

Les ventes de la gamme Beautiful You explosent rapidement. Monique, avec qui Penny habite maintenant, en est une utilisatrice forcenée, comme des milliers de femmes. Elles pourront se passer des hommes si ça continue ainsi. Mais le produit-phare Beautiful You, la libellule intime, semble souvent défectueux. Envisager une action en justice contre Maxwell ? Le jeune avocat Tad Smith, ami de Penny et Monique, n'y croit pas longtemps. La Présidente des États-Unis intervient en personne auprès de Penny. L'affaire ayant pris une tournure meurtrière, et les diverses conséquences de l'utilisation de ces sex-toys étant néfastes, Penny doit réagir. Elle entreprend un périple jusqu'aux confins du monde pour mesurer le danger des projets de Maxwell…

Chuck Palahniuk : Orgasme (Sonatine Éd., 2016) – Coup de cœur –

À n'en pas douter, voilà un des romans les plus enthousiasmants de l'année. La tonalité de la narration s'avère à la fois ironique et énigmatique. Ça commence à la façon de milliers de romances, par l'ébauche d'un amour improbable entre la pauvre héroïne et le séduisant mâle charismatique. À l'opposé des codes classiques, la jeune femme pénètre dans un univers de débauche, bien plus pervers que "Cinquante nuances de Grey". Sans vulgarité ni masochisme, puisqu'il s'agit d'expériences basées sur la science et certaines traditions, Penny jouit des initiatives de Maxwell, scènes à la fois chaudes et techniques. On mesure l'écart entre l'image proprette des Américaines et la quête de plaisir intense qui habite les femmes ciblées par le démiurge. Tout cela étant raconté sur un tempo sans temps mort.

Le suspense porte donc sur la finalité des manipulations dirigées par ce diable de Maxwell. L'intrigue joue sur ses secrets et ses méthodes. C'est là qu'intervient la part sociologique du roman. Le marketing (depuis la conception des produits jusqu'à la vente, en passant par la publicité, facile quand les médias vous appartiennent) permet le conditionnement des clientes de sex-toys. Peut-être au point d'en faire des zombies. Alors, pourquoi ne pas les attirer vers d'autres articles que vendent aussi vos sociétés ? Mais l'objectif est encore plus vaste. Répudiés, des hommes tentent vainement de contrer le phénomène, non sans créer des troubles à New York. Ce qui ajoute une dose d'humour mordant au récit. Quant aux secrets de Maxwell, sa protégée est loin de les imaginer.

Même si ce n'est pas la seule cause, Internet a entraîné le développement de bon nombre de pratiques décomplexées. Le sexe étant de moins en moins tabou, même des personnes en apparence équilibrées peuvent glisser vers l'excès. Il est évident que Chuck Palahniuk a bien observé nos mœurs actuelles pour écrire cette fiction incluant des péripéties agitées, une satire sociale, des agissements criminels, et de multiples sourires narquois sur la recherche du nirvana. Le résultat est carrément fascinant ! Une histoire particulièrement inspirée.

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 05:55

Le commissaire Bordelli est un policier célibataire âgé de cinquante-quatre ans, en poste à Florence. Il est assisté par le jeune Piras, dix-neuf ans, originaire de Sardaigne, un enquêteur intuitif et cultivé. Durant la guerre, dans le bataillon San Marco, le père de Piras fut le plus proche ami de Bordelli. Époque tumultueuse à laquelle il repense souvent. Le commissaire se veut bienveillant envers les gens modestes, même les petits délinquants. C'est pourquoi il déteste effectuer ces rafles décidées par son supérieur. Il respecte la compétence du septuagénaire Diotivede, le médecin légiste. En privé, Bordelli s'offre des pauses amicales chez la mûre prostituée Rosa, apprécie les bons plats de son restaurant habituel. À son âge, le policier craint de finir sa vie sans trouver une nouvelle compagne.

En ce mois d'avril 1964, le nain Casimiro est retrouvé assassiné, son corps étant caché à son domicile dans une grande valise. Quelques jours plus tôt, il avait attiré l'attention du commissaire sur une villa de la région, appartenant au baron allemand von Hauser. Seule la gouvernante revêche semble habiter là, en l'absence du propriétaire. Il est probable que Casimiro ait été supprimé près de ladite villa. Selon le légiste Diotivede, on l'a empoisonné avec du cyanure conditionné selon une ancienne formule. Il trouve aussi trace d'alcool, peut-être bien du cognac De Maricourt, une marque naguère réputée. Retournant de nuit aux alentours de la villa, Bordelli est agressé par un inconnu à l'accent étranger. Une toute autre affaire sinistre préoccupe depuis quelques jours le policier.

La petite Valentina a été étranglée dans un parc de la ville. La fillette porte des traces de morsures. Quand Bordelli interroge la jeune mère hospitalisée, il n'obtient guère d'indices utiles. Ni elle, ni l'enfant ne sont supposés avoir d'ennemis. Peu après, un autre crime est commis dans un autre parc de Florence. Âgée de cinq ans, Sara Bini a échappé un instant à la surveillance de sa grand-mère. Le mode opératoire est le même que pour Valentina. Une femme témoin accuse un nommé Simone Fantini, vingt-cinq ans. Bien que Bordelli et Piras ne le croient pas coupable, ils font une enquête de voisinage. C'est ainsi qu'ils font la connaissance de Sonia, une séduisante Sicilienne dont Piras tombe bientôt amoureux. Le jeune homme s'en défend, mais le commissaire est très heureux pour lui.

Tandis qu'est lancé un avis de recherche contre Simone Fantini, Bordelli retrouve une de ses anciennes relation, Levi. Ce dernier appartient à une organisation traquant les ex-nazis. Il est aidé par la belle Milena, qui émeut beaucoup le commissaire, bien qu'elle ait trente ans de moins que lui. Il se peut que Levi et Bordelli soient sur la piste des mêmes adversaires mais pas avec la même finalité. Il existe certainement un point commun entre les fillettes victimes. Bien qu'il ne reste pas inactif, ayant même mis sous surveillance un suspect, Bordelli ne parvient pas à empêcher les meurtres de deux autres gamines…

Marco Vichi : Une sale affaire (Éd.Philippe Rey, 2016)

Après une très excitante première aventure (disponible en format poche chez 10-18) “Le commissaire Bordelli” est de retour un an plus tard. Ancien combattant, c'est un homme d'expérience empreint d'un réel humanisme. En ces années 1960, le petit banditisme n'est qu'un moyen de survivre au quotidien pour certains de ses compatriotes, Bordelli en est conscient. Par contre, lui qui a été durablement marqué par ses années de guerre, il tente de réprimer les crimes avec efficacité. D'autant qu'il s'agit dans cette affaire de meurtres odieux, l'assassin s'attaquant à des petites filles. S'il circule dans une Coccinelle, il garde une part de méfiance contre les Allemands, naguère alliés du fascisme.

La fin du conflit ne remontant alors qu'à deux décennies, les références historiques sont logiques. Cette sombre intrigue criminelle est heureusement éclairée par des moments plus tendres et tranquilles, auprès de l'amie de cœur Rosa ou dans sa trattoria préférée. Si le jeune sarde Piras affiche toujours un air impassible et un professionnalisme sérieux, sa relation avec la belle Sonia nous incite à des sourires complices. Ce deuxième titre de Marco Vichi nous présente encore une fois un suspense impeccable, raconté dans la vraie tradition du roman policier. Excellent !

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 05:55

Ce mois de juillet est caniculaire sur le bergeracois, “ce coin de Périgord qui regardait vers la Guyenne et lorgnait dans son dos vers le Quercy, sans jamais s'être totalement affranchi de cette capitale régionale qui ne jurait que par le bordeaux. Du côté de Bergerac, on ne tenait pas en haute estime l'aristocratie des Chartrons. Et ce depuis des siècles et des siècles.” C'est autour de Monbazillac que le célèbre œnologue Benjamin Cooker et son jeune assistant Virgile Lanssien se rendent cette fois, commençant par une visite culturelle au château où vécut Michel de Montaigne. Sorte de retour au pays natal pour Virgile : il garde des souvenirs mitigés de sa jeunesse ici, mais reverra avec plaisir son amourette d'antan, Gaëlle Dumesnil, devenue une vigneronne émérite du secteur.

La responsable de la coopérative de Monbazillac souhaite que Benjamin Cooker les aident à contrer de récentes directives de l’Union européenne. Les technocrates de Bruxelles prévoient d’interdire la chaptalisation des vins liquoreux. Une absurdité, puisque c'est ce principe maîtrisé qui permet la production de Monbazillac. Certains vignerons utilisent des techniques différentes aujourd'hui, il est vrai. Tels les jumeaux Gaétan et Gontran Verdier, dont les méthodes biodynamiques font des jaloux. De malsaines rumeurs parlent de secte, à leur sujet. S'il hésite d'abord, Benjamin Cooker ira jusqu'au Ministère plaider la cause des viticulteurs. Après ses retrouvailles avec Gaëlle, Virgile comprend bientôt qu'elle ne tient pas à renouer avec lui, mais il ne renonce pas complètement.

Un crime a été commis au domaine de Truquevent, appartenant à la famille Rostand. Leur fille Clotilde est devenue avocate parisienne, et leur fils marié Julien a préféré le baroud militaire. C'est leur enfant adoptif Miko qui avait perpétué avec succès la tradition du vin. Originaire de Centrafrique, il fut “importé” ici parmi d'autres au temps où Bokassa était le propriétaire du château de Bridoire. Recueilli par le couple Rostand, ce Noir se montra à la hauteur. Il a été égorgé sur une ancienne stèle sacrificielle, ce qui peut faire penser à un rituel, ou plus simplement à un meurtre raciste. Le commissaire bordelais Barbaroux fait, une fois de plus, appel à Benjamin Cooker pour l'aider à résoudre l'affaire. L'œnologue n'en oublie pas pour autant sa mission, défendre les viticulteurs qui sont sous tension.

Si des commérages se sont naguère interrogés sur l'argent des Rostand, c'est maintenant l'aisance financière des jumeaux Verdier qui alimente les rumeurs. Leur comptabilité est sans doute opaque, mais est-elle illégale ? Sitôt après les obsèques de Miko, Clotilde et Julien Rostand sont prêts à vendre illico le domaine de Truquevent. Décision irrévocable, qui met en rage leur père et mine le moral de leur mère. Toutefois, Benjamin Cooker aura son mot à dire dans cette transaction…

Jean-Pierre Alaux–Noël Balen : Raisin et sentiments (Fayard, 2016)

Cette série de romans, “Le sang de la vigne”, en est à deux douzaines de titres. Chacune des intrigues explore un cépage, un terroir vinicole, ce qui permet de montrer une riche diversité de la viticulture française. Benjamin Cooker nous entraîne là dans une partie du Périgord qui ne manque pas de sympathiques produits de la vigne. Ah, le Monbazillac ! Si l'on a connu de charmantes aïeules qui, ponctuellement, se recevaient l'une l'autre autour d'une bonne bouteille de ce vin liquoreux accompagné d'un quatre-quart, voilà qui ravive de doux souvenirs. Elles ne s'alcoolisaient pas, nos grand-mères, mais appréciaient le goût sucré-fruité du Monbazillac.

Est-il vrai que, comme le suggèrent les auteurs, l'Europe veut “harmoniser” la fabrication des vins, au détriment du caractère particulier de celui-ci ? Il y a eu la même menace sur nos fromages les plus goûteux, autant de produits régionaux savoureux à préserver afin d'empêcher la standardisation. Détruire le savoir-faire n'est pas un progrès. Cette intrigue nous invite autant à y réfléchir, qu'à imaginer ces vignobles et les châteaux locaux (dont l'un appartint à Bokassa, ce grand ami d'un de nos présidents amateur de diamants). Sans oublier l'aspect criminel de l'affaire, bien sûr, mais sans qu'il s'agisse d'une stricte enquête. Un roman policier de bon aloi, d'une lecture vraiment agréable.

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 05:55

Homme mûr, Joss Beaumont fut journaliste gastronomique, avant d'exercer désormais le métier de détective privé : “Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un disciple de Nestor Burma” dit-on à son sujet. Sans doute mène-t-il ses investigations "à l'ancienne", même si dans son vieux break Volvo des années soixante-dix, il n'enquête pas seulement dans Paris. Joss Beaumont a pour petite amie Marie, une avocate de quinze ans plus jeune que lui. Son expérience de vie le fait hésiter à s'engager, au-delà de leurs rencontres dans des hôtels confortables. Samira est l'assistante du détective, une Berbère au caractère affirmé, et d'une naturelle efficacité : “Elle avait le contact immédiat, pas celui mécanique et poussif du vendeur, celui empreint d'une chaleur non feinte, d'un orientalisme communicatif. Samira est un personnage haut en couleur.”

Son ami le commissaire Fernand Tabourin avertit Joss qu'une de ses clientes vient d'être brutalement assassinée. Âgée de vingt-deux ans, Audrey Croisic était un des espoirs de la télévision, ayant déjà joué dans des téléfilms populaires. Fille de parents aisés vivant dans la région brestoise, Audrey avait certes débuté en posant pour des clichés pornos. Mais le photographe pro qui s'en chargea n'est pas suspect, ayant d'autres chats à fouetter que la mort de cette actrice. Son ami journaliste François Merlin donne au détective quelques détails supplémentaires sur Audrey, peut-être une piste à suivre. Joss se déplace jusqu'en Bretagne pour les obsèques de la victime. Dans leur manoir, il fait la connaissance de ses parents : le père a l'air d'un gentleman british, la mère est une séduisante quinqua. Ils souhaitent que le détective poursuive son enquête.

L'actrice Caroline Lombard est actuellement en tournage à Rome. Joss Beaumont se rend en Italie afin de l'interroger. Il arrive trop tard, car la quadragénaire est décédée. Revenu à Paris, le détective doit faire un détour par Brest. C'est l'occasion de rencontrer un jeune homme amoureux d'Audrey, qui lui fait d'importantes révélations la concernant. Joss doit explorer d'autres pistes : l'acteur mégalo Jean Tuffot lui en apprend moins que Marylin Godard, comédienne lucide sur ce métier, habitant Sancerre. Il est possible qu'elle ne dise pas tout à l'enquêteur, finalement. Ses recherches le mènent ensuite à Étretat, du côté de chez Arsène Lupin. Il peut toujours demander au technicien de téléfilms s'il a assassiné Audrey, mais ça relève de l'impossibilité totale. Après un week-end en amoureux à Biarritz avec Marie, les faits pourraient bientôt s'accélérer. Du moins, s'il s'agit bien du coupable…

Thomas Morales : Madame est servie ! (Éditions du Rocher, 2016)

Il n'y a absolument aucun doute : Joss Beaumont revendique de s'inscrire dans la lignée du détective Nestor Burma, célèbre héros créé par Léo Malet (1909-1996). Affichant une certaine nostalgie, et un dilettantisme trompeur, l'enquêteur privé doit suivre un parcours sinueux pour éclaircir l'affaire en cours, telle est la règle. À vrai dire, le dénouement n'a bien souvent qu'une importance relative : suivre les pas du détective, rencontrer avec lui des protagonistes plus ou moins soupçonnables, écouter les témoignages de chacun, voilà ce qui fait le charme de ces investigations. Une petite dose de vie personnelle ne peut pas nuire, entre la jeune amante avocate de Joss Beaumont, et le goût de celui-ci pour les dégustations gastronomiques.

La Bretagne est ici présentée de façon "impressionniste", citadine mais nuancée : “Il avait plu sans débander. Le taux de suicide record, l'alcoolisme atavique et la morosité ambiante s'expliquaient par ce climat chafouin qui rejetait les étrangers et minait le moral des autochtones. Quand, par chance, au bout d'efforts incommensurables, vous vous retrouviez nez à nez avec l'océan, vous oubliiez les galères du trajet. Les vagues se fracassaient avec entrain sur les rochers, l'écume moussait abondamment, les mouettes criaient leur désespoir et de valeureux pécheurs sur des embarcations de fortune jouaient leur vie pour ramener quelques kilos de poissons. La Bretagne se méritait.” On l'aura bien compris : les ambiances importent autant sinon davantage dans cette histoire que le strict mystère. Un roman fort plaisant, et un personnage de "privé" très sympathique.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 05:55

Le culte d'Elvis Presley a redoublé depuis le 16 août 1977, date de son décès. À travers le monde, il compte une multitude de sosies, dont la plupart présentent des spectacles en hommage à leur idole. On ne s'étonnera pas de trouver un de ses imitateurs en Belgique : Elvis Cadillac. Sa mère Raymonde Pirette lui avait réellement attribué le prénom du King. Quand elle disparut mystérieusement, le petit Elvis Pirette fut placée dans une famille qui admirait Georgette Plana. Si "Riquita jolie fleur de Java" fut la chanson la plus populaire de 1968, pas vraiment le même univers musical que Presley. Depuis quelques années, Elvis Cadillac et sa chienne carlin Priscilla mènent une vie entièrement dédiée au King, même si le sosie commence à ressembler à l'Elvis rondouillard des années 1970.

Tiens, Raymonde Pirette est de retour dans la vie de son fiston. Cette admiratrice d'Hervé Vilard s'avère vite envahissante, prétendant prendre en main la carrière d'Elvis Cadillac. Un programme plein d'ambition, qui passe par l'élimination de Priscilla, mais la chienne survit à cette épreuve. Quant à Elvis, il se concentre sur son prochain contrat. La famille Montibul van Piperzeel l'a engagé pour l'anniversaire de leur riche aïeule Olivia, qui fêtera ses quatre-vingt ans. Rendez-vous est pris au château de Tourinnes-Saint-Lambert, dans le Brabant wallon. Les chansons du King, ça rappelle à Olivia son amant Mario, et le fils qu'ils ont failli avoir ensemble. Quant aux héritiers de la châtelaine, ils sont gratinés : une belle bande de bons-à-rien, toutes générations confondues.

D'un côté, on trouve Philomène et son mari Philibert, dit Fifi. Leur fils Aurélien fréquente volontiers des petits voyous dans le genre de Joe, et des travelos comme Pepita (qui se prénommait précédemment Gérard). De l'autre, il y a Colette qui, malgré son flagrant manque de talent, se prend pour une poétesse. Avec son mari Charles-Henry, qui claque tout l'argent qu'il n'a pas en jouant aux courses et en entretenant une maîtresse. Leur fille Caroline a deux passions : le théâtre et son chat Houellebecq. Doter un chat du nom de ce littérateur, indique bien qu'elle n'est pas plus fine que les autres Montibul van Piperzeel. Néanmoins, la vieille Olivia et elle éprouvent une tendresse mutuelle. Philibert prépare de sombres projets (et un gâteau au chocolat) à l'occasion de cet anniversaire.

Le reporter Robert Bertache sera présent pour la fête, afin d'écrire un article élogieux sur Elvis Cadillac, une initiative de Raymonde Pirette. Homard et champagne sont au menu du repas d'anniversaire, histoire d'installer une dose de bonne humeur, avant le spectacle du sosie du King. Caroline est perturbée, car on la fait chanter. Aurélien ne l'est pas moins, à cause du drag-queen Pepita. Malgré tout, la fête pourrait se dérouler sans anicroche. Sauf qu'il y aura des cadavres. Pas sûr que le commissaire Cramik soit à la hauteur pour mener l'enquête. Le sosie pense qu'Elvis Presley essaie de lui donner un coup de main : “Et si c'était vraiment le King himself qui l'avait appelé de l'au-delà pour l'aider à résoudre cette affaire ?” Se mêler de tout cela n'a peut-être pas grand intérêt pour lui…

Nadine Monfils : Elvis Cadillac King from Charleroi (Fleuve Éd., 2016)

Avec les romans de Nadine Monfils, on entre davantage dans le domaine de la comédie que dans celui du polar. Même si l'intrigue comporte quelques éléments énigmatiques, qui pimentent le suspense. Avant tout, l'auteure fait preuve d'une fantaisie entraînante, dont le but premier est évidemment de nous amuser. Adepte de Frédéric Dard, elle inclut même ici un drôle d'oiseau qui connaît par cœur les pensées drolatiques du créateur de San-Antonio. Elle ne peut manquer d'évoquer l'hilarante Mémé Cornemuse, le personnage qu'elle créa pour une série de romans : vieille dame indigne devenue l'égale des people (ou presque), elle rêve toujours d'épouser un certain Jean-Claude Van Damme.

Cette histoire permet également de nous initier à la belgitude. On apprendra ainsi que les langages wallons et bruxellois, avec (entre autres) leurs stûûts, leurs clouches, leurs rawètes, leurs essuies, leurs slaches et leurs crolles, diffèrent sensiblement du parler académique français. Toutefois, on n'est pas obligés de boire de la Jupiler tout en lisant ce livre, aussi populaire que soit cette bière. On eût aimé un peu plus de respect pour Georgette Plana, et un peu moins pour Michel Houellebecq. Mais puisque c'est une Belge qui caricature ses compatriotes, ne boudons surtout pas notre plaisir : les tribulations d'Elvis Cadillac et de Priscilla nous offrent un très bon moment de lecture.

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