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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 04:55

Préfecture de la Côte d'Or, Dijon est une ville réputée pour son taux de délinquance assez faible. Néanmoins, certaines cités populeuses sont sensibles, abritant trafics et activités en marge de la légalité. Cette fois, c'est pour le suicide de la jeune Malika, seize ans, que le policier Simon Carrière et son équipe doivent intervenir dans ces immeubles. Une mort qui apparaît effectivement volontaire, mais sera prétexte à de vagues escarmouches dans ces quartiers. Les enquêteurs obtiennent peu de témoignages sur la victime, de la part de sa famille ou de ses amies. Carrière et son adjointe Monique Randell associent rapidement ce décès à la disparition récente de Najila Lakmar, aussi âgée de seize ans.

Le capitaine de gendarmerie Francis Humbert voudrait pouvoir consacrer du temps à sa compagne Marianne. Isolée dans sa propriété champêtre, déjà de nature fragile, elle se remet mal après un procès perturbant. Humbert doit mener l'enquête sur la mort d'une jeune inconnue blonde dans un sous-bois de la région dijonnaise, violentée et abattue d'une balle dans la tête. Les parents séparés d'Aude Marchand, dix-huit ans, contactent Simon Carrière, qui les envoie vers le capitaine Humbert. Les gendarmes interrogent une amie d'Aude, dont la mère est avocate. Cette Magalie leur raconte la dernière soirée que la victime et elle ont passé entre copains, le week-end précédent. Humbert retient le nom de Gaétan Daurelle, ex d'Aude, étudiant à Arles, procurant des drogues à ses amis.

Pour le policier Carrière, si la famille de la suicidée Malika semble à peu près propre, c'est nettement moins clair du côté de celle de Najila. Le père est un repris de justice, associé à son gendre tout autant soupçonnable. Sous l'identité de sa sœur aînée, Najila a fait des allers-retours en train de Dijon à Genève ces derniers temps. Simon Carrière apprend par sa compagne Marie-Shan Li, criminologue et psy, que la prostitution se développe chez les mineures, et que la Suisse n'est pas exemplaire pour y remédier. En effet, selon la police helvétique, Najila était employée dans un lupanar genevois, le Luna Lounge. Ni Carrière, ni Humbert ne souhaitent que la fureteuse journaliste Noëlle Rondot publient trop vite des articles sur les cas de ces jeunes filles, mais elle se tient informée de près.

Au BNK (Black Night Klub), les gendarmes questionnent le barman, qui se souvient d'avoir vu Aude méfiante à l'égard de deux jeunes d'origine arabe. Rien ne prouve toutefois qu'ils soient cause des viols qu'elle a subi, ni de son exécution. La piste de Gaétan n'est pas à négliger, non plus. Agressée avec violence, multi-violée, la jeune Adriana Scheder a réussi à s'en sortir. Si son frère Jimmy n'est pas coopératif, elle raconte les sordides détails de sa mésaventure à Simon Carrière et Monique Randell. Ayant peu d'espoir sur son avenir, elle cite des noms. Il se confirme que, comme Najila, elle fréquentait le Luna Lounge. Ce que sait aussi la police Suisse. Le duo de jeunes Arabes est bientôt identifié, ainsi que d'autres voyous parmi leurs proches. Pour les policiers Carrière et Randell, comme pour Francis Humbert avec sa collègue Betty Solvana, l'enquête s'annonce laborieuse…

Marie Vindy : Chiennes (La Manufacture de Livres, 2015)

C'est dans un dédale de trafics de stupéfiants et d'extrême maltraitance, que Marie Vindy nous entraîne à travers cette percutante “chronique criminelle des années 2010”. C'est bien d'un noir aspect de notre époque, dont elle nous parle. Dans des villes moyennes telles que Dijon, on ne suspecte guère la violence souterraine qui peut régner. Car ça se résume à de petits groupes de délinquants et trafiquants, publiquement discrets mais usant intensément du téléphone, éloignés des habituels critères relatifs aux réseaux mafieux. Peu de charges à retenir contre eux s'ils se font prendre, d'ailleurs ils affirmeront ne rien savoir. En fait, ils ne sont que les minuscules rouages d'un système.

Derrière un trafic paraissant dérisoire, destinés aux jeunes ou moins jeunes d'une ville sans histoire, la réalité est beaucoup plus dure. Pour ces féroces petits caïds locaux, les jeunes filles (en particulier de leur entourage) ne sont que des “Chiennes” exploitables. Violence, séquestration, viols à plusieurs dans des endroits miteux, ils démontrent leur supposée virilité, leur position de chef. Un moyen de contrôler leur univers et de faire prospérer leur bizness. N'invoquons pas un laxisme de la police ou de la justice, voire l'absurde argument d'une impunité. Ces jeunes racailles s'arrangent pour faire le moins de vagues possibles. Ce n'est que par la rébellion de certaines victimes, ou quand un meurtre spectaculaire est commis, qu'il est possible de les alpaguer.

La part criminelle, relatée au besoin avec la crudité qui s'impose, n'est pas le seul élément de l'intrigue. Nous suivons également le quotidien des enquêteurs : ce sont des êtres humains ordinaires, avec leur vie privée, leurs petits ou gros tracas, leur sensibilité et leurs interrogations. Ce qui, pour l'ambiance, crédibilise le récit : ce côté personnel n'est pas moins important que la recherche de la vérité, de coupables. Après “Une femme seule” (Fayard noir, 2012) et Cavales” (La Manufacture de livres, 2014), utilisant le même contexte géographique, ce troisième roman réussi confirme le réel talent de Marie Vindy.

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 04:55

Allarmont est une commune aux confins des Vosges et de la Meurthe-et-Moselle, non loin de Raon-l'Étape. La montagne avec ses forêts de sapins y domine la vallée. Paisible de nos jours, cet endroit fut le théâtre d'un épisode dramatique de la guerre, à l'automne 1944. Le jeune Alfred, quinze ans, faisait partie des ultimes recrues de l'armée allemande. Il pensait beaucoup à son amie de cœur, Hilda. Les lettres qu'il écrivait, pour les lui donner un jour, c'était le trésor d'Alfred. Tout comme le soldat Franz avait le sien, son accordéon hérité de ses aïeux. Après une halte dans la cave d'une ferme en ruine, la petite troupe repartit dans la nuit noire de la montagne vosgienne, laissant sur place tout l'excédent. Alfred cacha le paquet de lettres à Hilda, plus un message écrit dissimulé. Un commando français les intercepta peu après dans les sous-bois.

À notre époque, ces paysages sylvestres sont idéaux pour les colonies de vacances. En particulier, lorsque des parents souhaitent que leurs enfants oublient quelques temps leurs outils informatiques. Dans cette colo, on pratique des activités "à l'ancienne", des jeux de piste aux petits travaux ludiques, ce qui induit des journées bien occupées. À quatorze ans, c'est le second séjour de Christophe au sein de la colo, devenu chef de groupe. Il a des rapports difficiles avec Olivier, garçon renfermé avec lequel il aimerait sympathiser. Si ce dernier est maussade, c'est la séparation de ses parents qui le perturbe, mais il ne se confie à personne. Jeu avec indices dans la montagne, marche à la boussole, nettoyage de la tombe d'un soldat allemand inconnu, personne ne s'ennuie dans l'équipe dirigée par le moniteur Bernard. On a même retrouvé un message rédigé en allemand.

La traduction du petit texte reste obscure : “Mon amour, j'ai dû me séparer de mon trésor, je l'ai confié à la chouette”. Ce qui tracasse Christophe. Quand il descendent au village pour du ravitaillement, l'adolescent contacte une grand-mère locale. Elle lui raconte une légende de la contrée, qui ne correspond pas à ce que cherche Christophe. Par contre, il songe à cette maison en ruine, envahie de végétation, auprès de laquelle il sont souvent passés. Il voudrait bien qu'Olivier l'accompagne pour une expédition nocturne, mais l'autre garçon est de plus en plus mal dans sa tête et refuse. Christophe va ainsi devoir agir seul, affronter cette aventure sans aide. Parmi les broussailles, il repère bientôt une entrée de la cave où la lointaine présence des soldats allemands est encore visible. Son exploration ne sera pas sans conséquences, ni séquelles…

Jean-Marie Charron : Le mystère de la chouette (Éditions Le Verger des Hespérides, 2016)

Ayant pour héros, d'hier et d'aujourd'hui, des ados de quatorze-quinze ans, cette histoire est en priorité destinée à la jeunesse, bien sûr. Néanmoins, pourquoi ne s'adresserait-elle pas autant à des adultes ? Un contexte d'origine remontant à la 2e Guerre Mondiale, une colonie de vacances respectant la tradition des jeux de plein air, un décor lorrain qui ne manque pas de charme, un petit mystère qui plane, voilà de quoi satisfaire un public assez large. D'ailleurs, l'auteur évite une tonalité trop mièvre, ce qui vaut toujours mieux dans un récit de ce genre. S'il n'abuse pas des traditions régionales, notons ce passage qui évoque la vie villageoise : “Cette architecture qui transforme le village en place impose une vie sociale sur le devant des maisons, le long de la grand'rue, c'est "l'usoir". Un banc de pierre permet de prendre le frais le soir, mais surtout favorise le "couarail", discussions qui fusent d'un bord à l'autre de la rue.”

Important, à noter : ce livre est ©2016, donc pas disponible partout. Cependant, il existe en version papier : on peut l'acquérir dans les animations et festivals où est présent cet éditeur de Lorraine. En contactant le site internet des Éditions Le Verger des Hespérides, il doit être possible de l'acheter également. Illustré par Jean-Michel Damien, “Le mystère de la chouette” mérite bien d'être découvert par un maximum de lecteurs, de tous âges.

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 04:55

Ex-journaliste, auteur du livre “Neuf pères”, Adam Langer se considère tel un littéraire. En réalité, il végète quelque peu à Bloomington, dans l'Indiana. Il est marié à l'universitaire Sabine, d'origine allemande. Ils ont deux filles, Ramona et Béatrice, dont Adam s'occupe. Ce qui constitue l'essentiel de son activité. À part pour alimenter leur blog satirique avec Sabine, il n'écrit plus guère depuis six ans. Lorsque le romancier Conner Joyce vient faire une prestation à Bloomington, Adam le contacte. L'auteur des aventures de Cole Padgett se souvient de l'interview qu'il lui accorda quelques années plus tôt. Les ventes des livres de Conner Joyce faiblissent, il est moins inspiré, et son quotidien avec son épouse Angie (Angela De La Roja), ex-flic new-yorkaise, mère de leur fils, apparaît plutôt morose. Son éditrice préfère miser sur Margot Hetley et ses histoires abracadabrantes, qui se vendent beaucoup mieux que les polars un brin répétitifs de Conner Joyce.

À Chicago, le lendemain, le romancier est contacté par un certain Pavel Bilski. Il le met en contact avec le septuagénaire Dexter Dunford, Dex, qui l'appâte avec dix mille dollars. Ce dernier lui montre sa bibliothèque, unique en son genre. Car il est le seul lecteur d'œuvres écrites spécialement pour lui par des auteurs rares, tels Truman Capote, Norman Mailer, Harper Lee, Jaroslaw Dudek, J.D.Salinger, B.Traven. Il propose à Conner Joyce un contrat se chiffrant en millions de dollars pour écrire lui aussi un roman policier en un exemplaire. Cet accord doit rester strictement secret. Néanmoins, Conner parle de l'offre étonnante à Adam Langer. Peut-être est-ce là un aspect de l'avenir du métier d'écrivain, alors Conner aurait bien tort de refuser. Les semaines passent, la situation d'Adam Langer et de son épouse se complique, les espoirs universitaires de Sabine étant contrariés. Ayant terminé son roman pour Dex, Conner Joyce recontacte Adam, lui racontant tout. Au départ, il était excité d'écrire, mais ça ne prenait pas la tournure du polar exigé par Dex.

Au nom de la rentabilité, il fut carrément viré par son éditrice, choisissant définitivement la vulgaire Margot Hetley. C'est alors qu'un scénario lui vint à l'esprit. Dans “Manuscrit sous embargo”, Conner Joyce se défoula sur les travers du monde de l'édition, pouvant désigner pléthore de suspects dans une affaire criminelle. Pas grave s'il y citait de vrais noms, Dex et Pavel seraient les seuls lecteurs. D'ailleurs, Conner toucha la somme qui lui était promise. De quoi vivre une longue période dans la tranquillité financière.

Entre-temps, il avait dû mentir à son épouse Angie sur le projet en cours, ce qui ne resta pas sans conséquences. La suite des évènements pose un gros problème au romancier. Ayant ses propres soucis, Adam Langer ne tient pas à s'impliquer là-dedans. Il s'étonne même que Conner lui fasse tant de confidences. Écrire un second roman pour Dex, intitulé “Coup du sort”, pourrait sortir Conner Joyce de la panade, ou pas…

Adam Langer : Le contrat Salinger (Super 8 Éditions, 2015) – Coup de cœur –

On ne trouve dans ce roman que des atouts favorables. À commencer par sa construction. Le narrateur est bel et bien Adam Langer. Il nous retrace les mésaventures de son "ami" romancier, en témoin autant que par le récit direct, tout ça avec une remarquable fluidité et des chapitres courts. Une histoire assez addictive, il faut le reconnaître. Le postulat (un contrat singulier) est également séduisant. On pense à ces riches notables d'autrefois, qui commandaient des films érotiques à leur seul usage. En plus "élégant", bien sûr, puisqu'il s'agit ici de littérature.

Comment ne pas être touché par les références évoquant B.Traven, J.D.Salinger, Harper Lee, auteurs se comportant en ermites après leurs succès ? Pour l'anecdote, il est question de la suite "Écrivain", chambre 813, à l'hôtel Drake de Chicago. En hommage à Arsène Lupin ?

L'Édition et son bizness servent de toile de fond à ce roman. L'industrie culturelle a ses règles de fonctionnement, comme les autres. “Toutes les grandes maisons d'édition ont leur superstar...” C'est grâce aux ventes importantes de ces "locomotives" que chacun est payé, que l'on continue à publier des auteurs peu rentables, qu'on tente de nouveaux talents. Adam Langer ne dénonce pas un fait connu et légitime, s'insurgeant plutôt avec ironie contre des comportements hautains, désagréables et stupides. Quant à son propre personnage, il a lui aussi son parcours, avec des détails signifiants quant au sujet. Une formule biscornue, que les futurs lecteurs et lectrices comprendront. Une intrigue riche et diablement maîtrisée, sur le thème du livre et teintée d'un humour bienvenu : on ne peut que savourer avec délectation !

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 06:30
Nolwenn et Maria Blanchard : La Bretagne au cinéma (Riveneuve Éd.)

Coup de projecteur sur un ouvrage à découvrir.

« Depuis les débuts du cinéma, la Bretagne est un lieu privilégié pour les tournages de films. Certains y cherchent un beau décor ou un bâtiment historique, tandis que pour les autres, la Bretagne fait partie intégrante de l’histoire. Elle entoure les protagonistes d’une ambiance, d’une lumière, d’une culture, donnant au film une couleur propre à la région. De Jean Epstein à Claude Chabrol, de "L’Homme du large" à "Un long dimanche de fiançailles" en passant par "Les Vacances de monsieur Hulot", des côtes sauvages de Ouessant à la ville de Nantes, le paysage breton devient parfois le personnage principal. Témoin des premières amours ou berceau des tensions familiales, terre d’angoisse ou de retour aux sources, au gré des films se dessinent différents visages de la Bretagne.

Deux sœurs originaires du Morbihan, toutes deux passionnées de cinéma et attachées à leur région, offrent ici un panorama des représentations de la Bretagne au cinéma. En explorant les différentes visions des réalisateurs au travers de textes richement illustrés, l’ouvrage invite à découvrir les multiples facettes de l’une des plus belles régions de France. Nolwenn Blanchard est ethnomusicologue et travaille sur les enjeux de la transmission des savoirs et des traditions, en Bretagne comme en Afrique. Maria Blanchard est réalisatrice et monteuse professionnelle. [texte éditeur]

Elles ont sélectionné cent trois films tournés entre 1913 et 2013. « Nous ne voulions pas faire un simple catalogue des films qui ont été tournés en Bretagne, raconte Nolwenn. Nous voulions vraiment montrer comment les réalisateurs parlent de notre région. » Après avoir visionné près de 400 films, les sœurs en ont tiré dix thèmes. La mer, l’histoire, la révolte, la carte postale ou encore, les vacances d’été sont autant de représentations de la Bretagne. Mais le livre ne s’adresse pas qu’aux Bretons. Si ces derniers reconnaîtront des endroits qu’ils connaissent dans certaines scènes, les autres pourront les découvrir. « Ce livre est aussi un guide pour ceux qui ont envie de découvrir la Bretagne sous un angle original », considère leur père Loïc Blanchard. [Ouest-France] Riveneuve Éditions – 215 x 285 – 296 pages – 38.00 €

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 07:30

Anonyme dans la foule de la grande ville, Boris Bélaire est un célibataire, sans âge précis. Malgré son traitement médical, il est fatigué car il dort mal. Réveillé en plein milieu de la nuit, soit il reste au lit en attendant le matin, soit il se lève pour regarder la télévision. “Je ne sais plus très bien où j'en suis. J'ai l'impression de m'enfoncer chaque jour un peu plus” conclut ce dépressif. Il pense que ce n'est pas son psy, le docteur Carkan, qui pourra l'aider davantage. Alors, autant arrêter définitivement la thérapie, qu'il suit depuis dix ans. “Je vous conseille de ne pas trop vous isoler” dit le psy. Il recommande à Boris Bélaire une officine qui pourrait lui apporter un soutien. Le patient n'apparaît pas enthousiaste.

Réfugié dans son appartement verrouillé, Bélaire somnole devant la télévision qui diffuse une série américaine indigeste. On sonne à sa porte : ça le dérange au point d'attiser sa vive paranoïa. Ce n'est pourtant que le livreur de chez Rapido Pizza, qui apporte ce qu'il a commandé. Bélaire reste à l'abri, entrouvrant à peine sa porte, attendant le départ du jeune homme pour récupérer ses pizzas. S'il les consomme, ce sera en absorbant aussi des médicaments. Bélaire finit par se résoudre à contacter Magic Dream Box, juste dans le but de se renseigner. À l'accueil, l'employée applique un processus bien rôdé. Bélaire est reçu sans tarder par le directeur de ce “centre de soins”.

Bélaire étale les raisons qui l'ont rendu dépressif. Il estime que la vie actuelle est devenue difficile. À commencer par les conditions de travail, la pression permanente sur les salariés. “...Et puis les rapports humains ont aussi beaucoup changé. Les gens se comportent comme des automates, comme s'ils avaient perdu leur âme. Ils semblent inaccessibles, indifférents, centrés sur eux-mêmes.” Palabres narcissiques, violence au quotidien, harcèlement commercial, c'est un monde cynique et terrifiant que le nôtre. Un monde de fou, qui pousse à devenir misanthrope. Dans un premier temps, le directeur le confie à de splendides créatures qui peuvent compenser son besoin d'amour. Ce n'est pas ce qu'attend Boris Bélaire ? Alors, on lui fait vivre une autre expérience…

Lomig : Magic Dream Box (Éd.Le Moule-à-gaufres, 2013)

Dans un premier album intitulé “Vacadab” (Éd.Le Moule-à-gaufres), Lomig racontait les pérégrinations d'un jeune commercial dans un monde de requins, où comment réussir sans perdre ses illusions. Lomig traitait les ridicules de la société en expert, entre drôlerie et férocité, avec par exemple les portraits du chef de bureau inhumain, ou de la copine qui ne veut rien savoir de vos ennuis. Il poursuit son exploration satirique de la société, avec ce deuxième album chez le même éditeur lorrain.

La vie du 21e siècle nous rend-elle plus paranoïaques ? Plus solitaires face à un quotidien qui peut nous sembler artificiel, conditionné par des questions sans réponses ? Chacun développe-t-il davantage son égocentrisme que par le passé ? C'est, en tout cas, ce qu'en pense Boris Bélaire. S'hypnotiser devant sa télé ne l'aide probablement pas à remonter la pente, à améliorer son état moral. Dans une société qui glorifie sa compétitivité, il ferait figure de parasite sans dignité, peut-être même de rebelle... Cet album en noir et blanc joue beaucoup sur le gris, évoquant la sinistrose qui aboutit au “lâcher prise” de Bélaire, personnage perturbé. Il ne s'agit pas d'un scénario criminel, mais le regard social se rapproche de celui du roman noir. Une BD intéressante, une histoire à découvrir.

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 04:55

Vincent Giraudet est mort d'une overdose. Ayant perdu son emploi depuis de nombreux mois, il avait quitté sa compagne Fanny Jalmin et leur fille de onze ans, Lisa, pour sombrer dans son addiction. Voilà longtemps que Vincent était séparé de la riche Michèle, qui vit avec sa vieille employée Clémence et son chauffeur Max. Davantage encore que Michèle ou les parents de Vincent, ce sont Fanny et Lisa qui sont les plus touchées par son décès. Avec Louise, leur voisine âgée, et son chat Titus, elles forment une petite famille. Diane, une ex-collègue de Vincent, révèle à Fanny que Michèle était devenue actionnaire de la société où travaillait Vincent. Et que c'est ainsi qu'elle fit pression pour qu'il perde son job. S'il s'adonna à la drogue, c'était également à cause d'une ruse de Michèle.

Suite aux obsèques de Vincent, Fanny comprend rapidement qu'elle devrait tenir sa fille à l'écart de Michèle. Cette dernière l'invite à des goûters, à des pièces de théâtre, lui fait de beaux cadeaux, aménage chez elle une pièce pour Lisa. Ça sent la manipulation, avec la complicité du chauffeur Max. Disposant de peu d'argent, Fanny ne peut refuser à Lisa ces plaisirs. D'autant que la fillette reste lucide, du moins dans un premier temps. Quand Diane se défenestre sous les yeux de Fanny, son amant et patron (qui fut celui de Vincent) apparaît fortement suspect. Pourtant, en interrogeant une voisine, Fanny fait comprendre au policier Josselin qu'il se trompe : Diane a mis en scène son suicide. Disculpé, le patron de Vincent admet le rôle néfaste joué par Michèle contre son ex-mari.

Rémy Bauchau, un repris de justice ami de Vincent, apporte à Fanny des révélations qui confortent la méfiance de la jeune femme envers l'ex-épouse. Michèle est de plus en plus obsédée par Fanny et Lisa, prête à tout pour accaparer l'enfant de son mari. Le policier Josselin se sent attiré par Fanny. Mais un autre homme tourne autour d'elle : André Martineau. Il s'agit d'un détective privé engagé par Michèle. Puisque la jeune veuve n'a pas de relations amoureuses cachées, il faut lui en inventer une. C'est André qui va se faire passer pour l'amant de Fanny. Ensuite, il suffira à Michèle de répandre la rumeur, en particulier auprès des crédules parents de Vincent.

Afin d'avoir prise sur Fanny, Michèle imagine de l'engager dans une de ses entreprises. Mais la jeune femme a un autre poste en vue, ce qui lui permet de refuser. Michèle va chercher une solution pour l'y obliger. Elle se rapproche de plus en plus de la petite Lisa, qui la voit telle une marraine généreuse. Fanny redoute que Michèle "gagne la partie", qu'elle parvienne à une totale influence sur Lisa. Contre cette menace, il est urgent pour Fanny de réagir…

Jean-Pierre Ferrière : Vénéneuses (Éditions Campanile, 2015)

La rivalité opposant deux femmes après le décès d'un de leurs proches, avec un enfant entre elles, excellent thème de polar. En témoigne, par exemple, le roman de Barbara Abel “Un bel âge pour mourir” (Le Masque, 2007) où la jeune veuve Marion affronte sa belle-mère France, en protégeant son fils Ludo. Auteur chevronné, Jean-Pierre Ferrière a expérimenté de multiples types d'intrigues, dont celle-là. Avec tout autant d'intensité et de noirceur que dans le suspense précité de Barbara Abel. À force de souligner la fluidité des histoires racontées par Ferrière, et sa tonalité souvent enjouée, sans doute oublie-t-on de rappeler que la noirceur est également au rendez-vous.

Le projet de la fourbe Michèle exprime un égocentrisme si fort et si pervers, qu'on doit effectivement s'inquiéter pour Fanny et sa fille. C'est une fiction réaliste qui fonctionne car s'inscrivant dans le quotidien, présentant des situations parfaitement plausibles. Avec de savoureux portraits, dont celui (très souriant) de la voisine âgée Louise (accompagnée de son chat) qui s'endort devant les Maigret diffusés à la télé. Ou celui du maladroit Josselin, policier séduit par le charisme de la jeune femme. Intrigue sombre et vivante, bien plus élaborée qu'on pourrait le croire. Il est bon que de compétents auteurs comme Jean-Pierre Ferrière soient encore et toujours publiés.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 04:55

À Bayonne, une cellule de police est détachée pour enquêter sur une affaire énigmatique. Elle est dirigée par Axel Meyer, policier toulousain, marié et père de deux fils. Il a été prévenu par son supérieur, Maldjian, qu'ils risquaient fort d'être confrontés à un panier de crabes, entre séquelles politiques autour de l'ETA et trafics de drogue. Meyer est assisté d'Emma Lefebvre, jeune policière ayant entamé sa carrière après avoir fait partie des victimes des attentats de Madrid, en 2004. Hantée par le terrorisme, Emma est fascinée par la question basque, et bien informée sur la complexité du sujet : indépendantistes de l'ETA face aux brigades anti-terroristes clandestines des GAL au service de la police espagnole. Le troisième larron de l'équipe, c'est Simon Garnier. Ce flic corrompu mesure la dangerosité de ses relations avec celui qui orchestre la chienlit actuelle au Pays Basque.

Un trafiquant de drogue a été retrouvé mort dans une valise sur la plage du Penon, dans les Landes, après avoir vogué en mer bien qu'il ait été jeté à l'eau pas si loin. Il fallait s'y attendre : en Espagne, ce Domingo Augusti a été soupçonné de méfaits politisés, avant de se tourner vers le lucratif trafic de drogue. Il s'avère que le père d'Augusti fut lui-même un policier anti-terroriste aux méthodes violentes. Ami de ce dernier, Adis García fut un des tortionnaires anti-ETA dont Emma compte explorer la piste. Il est possible que ce García ait reconstitué une milice active, mais son dossier est "Secret Défense". Si le procureur Stéphane Boyer débloquait les choses, ça aiderait grandement Emma et Axel Meyer. Nina, la petite amie prostituée madrilène de Domingo Augusti, a été supprimée. Simon Garnier ne tarde pas à vérifier que le tueur est Aarón Sánchez, l'adjoint de Javier Cruz.

Officier de la Guardia Civil en poste à la section antiterroriste de Bordeaux, Javier Cruz est un policier censé œuvrer pour la sécurité des citoyens français et espagnols. Mais il a entrepris de révolutionner les méthodes ordinaires. Non sans arrière-pensée d'un profit personnel, peut-être. Cruz a commencé par créer une nébuleuse de sociétés, dirigées par Aarón Sánchez, criminel aguerri. Pour financer son action, Javier Cruz a détourné une grosse quantité de cocaïne, cinquante-cinq kilos, éliminant des passeurs tels Domingo Augusti. Ensuite, il veut acquérir un terrain appartenant à Jean-Christophe Giraud, un puissant industriel local. Que cet endroit soit contaminé (monazite et thorium radioactifs) ne doit pas entraver son opération immobilière. Gaizka, dont le père ouvrier est mort à cause de la contamination, entend bien le prouver et démontrer les fautes de Giraud.

Sánchez fait pression sur Giraud afin que rien ne retarde le projet. L'industriel est épris de la prostituée Yaiza Gónzalez, dite Macrina : la jeune femme pourrait être un atout pour Sánchez. Macrina sait qu'elle doit se montrer prudente, les putes étant insignifiantes dans cet univers mafieux. Ayant examiné les récents dossiers des Stups, Meyer interroge un dealer emprisonné, López, qui sait comment les cinquante-cinq kilos de cocaïne ont été détournés. Simon Garnier continue à enquêter pour son propre compte, afin d'identifier ses ennemis. Gaizka et son amie Belen cherchent le moyen d'atteindre l'intouchable Giraud. S'étant rapprochée du procureur Stéphane Boyer, Emma retrouve l'article d'un défunt journaliste basque assassiné. Si la piste d'Eztia Sasco, ex-égérie indépendantiste, est une impasse, d'autres hypothèses la conduiront-elle vers la vérité ?…

Marin Ledun : Au fer rouge (Ombres Noires, 2015)

Un roman, ce n'est pas un documentaire. Néanmoins, la fiction peut interroger sur le réel. L'organisation indépendantiste ETA a mis fin à son action armée. Étonnant de constater le calme apparent qui, si rapidement, semble s'être installé au Pays Basque des deux côtés de la frontière, depuis. Tant d'années de conflit, et puis plus rien ? À moins que ça se poursuive de façon larvée, plus pernicieuse que jamais ? Que les comptes qui restent à régler entre "ettaras" et barbouzes espagnols prennent d'autres voies ? Que l'argent ait afflué, quelle que soit son origine fut-elle douteuse, pour qu'à l'instabilité succède une prospérité de façade ? Au bénéfice de l'économie de la région, et de toute la population. Contraints et forcés, les ex-militants sont priés d'oublier leur cause, tandis que d'autres en tirent profit. Et si cela n'était fait que pour masquer des méthodes plutôt mafieuses ?

C'est à travers les protagonistes d'une enquête, forcément faussée par un contexte où se mêlent politique et trafic, que Marin Ledun nous suggère une situation pas si clarifiée. Une certaine impunité donne de mauvaises habitudes, autant à des malfaiteurs prêts à toutes les missions, qu'à des policiers sur lesquels la hiérarchie n'a plus d'autorité. Leur violence, nul besoin de la justifier. Qu'on élimine un trafiquant, une pute, ou quiconque ayant nagé dans ces eaux troubles, rien ne nécessite des investigations : le trafic de drogue est censé tout expliquer. Bizness immobilier, combat régionaliste, antiterrorisme, pollution invisible, impossible oubli de la répression pour les militants, c'est dans l'ombre qu'est la place de ces éléments-là. Prendre des précaution ou du recul ne garantit pas la tranquillité, un engrenage fatal pouvant broyer tout témoin.

Pour construire une solide intrigue sinueuse, une sacrée maîtrise est indispensable. Passer d'un personnage à l'autre sans "perdre" le lecteur, décrire des protagonistes de caractères différents voire opposés, esquisser le passé sans faire de "leçons d'histoire", conserver un tempo narratif souple et rythmé, c'est visiblement le défi que s'est fixé ici l'auteur. C'est magistralement réussi. On se passionne vite pour son intrigue foisonnante, un chassé-croisé permanent et dense. Le côté touffu des détails n'a rien de rébarbatif. L'approche psychologique apparaît aussi fort juste. C'est vrai pour celle de chacun des trois policiers, comme pour la mégalomanie de Javier Cruz.

Celles et ceux qui savent déjà quel perfectionniste est Marin Ledun trouveront une fois encore la confirmation dans ce vif et sombre roman d'action. Prix Amila-Meckert 2014, Trophée 813 en 2011, et autres prix littéraires : s'il est un auteur qui l'a mérité, c'est bien lui. Attribuer une autre récompense à Au fer rouge” ne serait ni absurde, ni scandaleux, car il s'agit d'un noir suspense de qualité supérieure.

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 04:55

Mary Lester est une jeune policière du commissariat de Quimper. En duo avec Jean-Pierre Fortin, elle a mené bon nombre d'enquêtes. Des succès qui lui ont apporté une notoriété certaine. La preuve, c'est à Mary Lester et à personne d'autre qu'Élizabeth Fischer désire que soient confiées des investigations sur sa sœur, Valérie Gougé, semblant avoir disparu. Il existe un blocage autour d'un modeste héritage, car manque sa signature. Mary Lester n'éprouve pas une sympathie immodérée pour la haute société, à laquelle appartiennent Élizabeth Fischer et Valérie Gougé. Âgée de trente-deux ans, la disparue est veuve depuis deux années de Pierre Gougé, un gros banquier qui avait soixante-douze ans. Elle possède des domiciles dans tous les lieux chics, mais reste injoignable. Sa sœur aînée pense que c'est à La Baule que Mary Lester a des chances de retrouver Valérie Gougé.

Pas question que la jeune enquêtrice, peu emballée par l'affaire, se déplace sans Fortin. À la résidence où la disparue possède un appartement, le duo interroge les gardiens sur les habitants aisés de cet immeuble. Il apparaît que le logement de Valérie Gougé aurait été prêté à une quinquagénaire, Mme Hernandez. Plutôt étonnant ! Surveillant la résidence, Mary Lester ne tarde pas à identifier cette personne. Condamnée par contumace quelques années auparavant, Joséphine Poussetinette est une vieille connaissance de Mary Lester. Elle connaît la fourberie de cette dame. La fausse Mme Hernandez a des horaires réguliers et se déplace en taxi. Fortin et Mary doivent un peu ruser pour la prendre en filature. Ils s'aperçoivent qu'elle rejoint le nommé Barbier, son complice d'antan sorti de prison.

C'est vers Batz-sur-Mer que le couple se rend ensuite chaque jour en 4x4. Le castel Barbe-Torte est une imitation de château-fort. Cette demeure est la propriété de l'armateur Bertrand Lussac de Ligonnière, dirigeant de la société nantaise STMF, et de son épouse Mathilde. Peut-être Valérie Gougé y est-elle séquestrée, même s'il est impossible d'en être sûrs. Ce n'est pas le genre d'endroit où l'on pénètre comme dans un moulin. Puisqu'on en en secteur gendarmerie, Mary Lester est prête à laisser agir la maréchaussée. Néanmoins, son supérieur insiste. L'enquêtrice imagine une solution : la brigadier-chef Gertrude Quintrec est capable de jouer le rôle d'une femme de ménage, qui eût été engagée par Valérie Gougé pour nettoyer son appartement.

À La Baule, Gertrude Quintrec est à la hauteur face à la fausse Mme Hernandez. Pourtant, énervée par cette gêneuse, Joséphine Poussetinette fait preuve de méfiance. Mary Lester va mettre à contribution Élizabeth Fischer, afin qu'elle l'aide à retrouver sa sœur. Puisqu'elle se flatte de connaître Bertrand Lussac de Ligonnière, que cette dame se fasse inviter au castel Barbe-Torte. Hélas, le PDG de la STMF est injoignable, lui aussi. Tandis que Barbier est quelque peu malmené par des jeunes désœuvrés, Gertrude risque d'avoir son lot d'ennuis, elle aussi. Forcer la porte du château-fort ? Couverts par un dynamique procureur de la République quadragénaire, Mary Lester et Fortin auront besoin de l'aide de l'adjudant-chef Lucas pour dénouer l'affaire…

Jean Failler : État de siège pour Mary Lester (Éd.du Palémon, 2015)

Depuis une vingtaine d'années, les enquêtes de Mary Lester ont séduit un large lectorat. Il n'y a pas de recette miracle, ni d'ingrédient majeur dans ce succès. On pourrait invoquer "l'effet de série" puisque, en comptant quelques doubles tomes, on en est aujourd'hui aux numéros 42 et 43 des aventures de cette héroïne. L'argument géographie aurait aussi son importance, Mary Lester investiguant sur la côte Atlantique, dans les cinq départements de la Bretagne historique. Au gré des repérages effectués par Jean Failler, qui va observer les lieux concernés. Par la suite, il décrit donc une certaine réalité, ça compte sûrement dans la tonalité qui plaît au public.

Bien entendu, le personnage central est capital. Jeune femme trentenaire au caractère affirmé, sachant s'adapter à toutes les situations, courageuse et même plutôt téméraire, ironisant volontiers, Mary Lester se comporte avec naturel, vivant comme tout le monde, aimant sa région. Comme disent les anglophones, Mary c'est "the girl next door", la fille d'à côté. Ne pas jouer les cadors, voilà sans nul doute l'atout premier de cette enquêtrice. À l'image du commissaire Maigret (Georges Simenon étant le modèle de l'auteur), c'est une policière qui fait son métier aussi correctement que possible. Mary est assistée par Jean-Pierre Fortin qui, s'il manque carrément de culture, reste efficace dans l'action.

Parce que ce marin a lu beaucoup de très bons auteurs de polars, Jean Failler sait qu'on ne peut embarquer les lecteurs sur un rafiot pourri : tel un fier navire, le roman doit tenir la mer, maintenir le cap pour arriver à bon port. Si petit monde de Mary Lester comporte sa part de mystère, de questions à résoudre, de violence à laquelle on ne peut échapper, le spectaculaire à outrance et la cruauté horrifique n'ont pas leur place. Toujours l'idée du quotidien, de la vie ordinaire déréglée par une affaire criminelle, qui prime. Ajoutons à cela une narration fluide, et c'est ainsi que les lecteurs adhèrent. C'est une fois de plus le cas dans cet “État de siège pour Mary Lester”, un épisode fort agréable à lire.

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