Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 04:55

À Libreville, Benito, Tata et Balard, des jeunes d'une vingtaine d'années, traînent à la nuit tombée. Un accident de voiture mortel se produit dans le quartier d'Akébé2. Le trio en est le premier témoin. À côté du défunt conducteur, ils ramassent une mallette. Outre une jolie somme, que ces trois-là vont vite claquer, il y a une série d'une dizaine de photos. On y voit les plus hautes autorités gabonaises en pleine réunion maçonnique. Y compris le Président de ce pays, où l'on a tôt fait d'assimiler à de la sorcellerie ce qui concerne les Francs-Maçons. Ces images secrètes sont synonymes d'ennuis, pense Bénito. Mais elles peuvent se monnayer très cher, estime Tata. Peut-être que son ami Gaspard Mondjo, du journal indépendant L'Enquêteur, pourrait l'aider à trouver le bon client.

Quand il ne consacre pas son temps à parier sur les courses du PMU, le capitaine Pierre Koumba, de la PJ, fait quand même son métier. Son supérieur le charge d'enquêter sur la rumeur persistante qui court en ce moment à Libreville. On raconte que des hommes sont abordés dans la rue par des inconnus qui, sans les toucher, leur ratatinent les attributs virils. Ils n'auraient plus que des sexes aussi peu développés que ceux de garçonnets. On a baptisé les coupables, causant une psychose générale, “les voleurs de sexe”. La virilité n'est pas un sujet de plaisanterie au Gabon, on risque des émeutes. Il se produit déjà bien assez de lynchages dans cette ville. Avec son collègue Jacques Owoula, le capitaine Koumba doit élucider au plus tôt cette énigmatique affaire, définir de quelle sorte d'arnaque il s'agit.

Âgé de vingt-cinq ans, Kader a plutôt bien réussi jusqu'à présent dans le banditisme. Il met sur pied un futur braquage, avec ses deux compliques habituels, Pepito et Poupon. Li Chang est le patron de la China Wood, une entreprise d'autant plus prospère qu'il paie mal son personnel. Chaque mois, il va retirer un gros paquet de fric en billets à sa banque. Ça pourrait faire dans les trente millions de Francs CFA, le salaire de ses employés. Li Chang est un petit bonhomme peu impressionnant, qui conduit son propre 4x4, sans utiliser d'escorte de sécurité, semble-t-il. Kader et ses amis ont quelques jours pour se préparer. Pepito sait à qui s'adresser pour obtenir des armes puissantes. Le jour venu, il suffira de prendre Li Chang en filature, en espérant que le braquage ne soit pas trop sanglant.

Des photos compromettantes impliquant des officiels, c'est le domaine des gendarmes de la DGR, Direction Générale des Recherches. Ce n'est pas la somme finalement pas trop élevée demandée par Tata et ses amis, qui pose problème. C'est davantage l'origine des images qui les oblige à agir, afin d'éviter un scandale. Côté policiers, Koumba et Owoula sauront retrouver avec profit le butin de l'attaque contre Li Chang. Victime des “voleurs de sexe”, un homme les aidera à remonter jusqu'au cerveau de l'affaire…

Janis Otsiemi : Les voleurs de sexe (Éd.Jigal, 2015)

Que des intrigues policières aient pour décor l'Afrique, il n'y a pas là motif à s'extasier. Ce continent a été au cœur de divers romans d'aventure. Souvent réussis, comme dans le cas de la délicieuse Mma Ramotswe, détective au Botswana. Pourtant depuis plusieurs années, un auteur gabonais se singularise : Janis Otsiemi. Parce que les histoires qu'il raconte se passent dans son pays, principalement dans la capitale Libreville, là où il habite et où il écrit. C'est de l'intérieur qu'il témoigne du quotidien de ses concitoyens, de l'ambiance qui règne aussi bien dans les rues qu'au niveau des dirigeants.

Les conditions de vie ne sont pas médiocres, mais seraient plus profitable à la population sans la corruption perpétuelle : “Les conflits d'intérêt, c'était pas ce qui manquait dans le patelin. Et cela ne semblait choquer personne… Les nouvelles autorités politiques en place ne manquaient pas de toupet pour afficher une volonté de façade d'éradiquer le phénomène. Pourtant, de grosses fortunes s'étaient constituées pendant le boom pétrolier et continuaient à se faire impunément. Elles avaient planqué leurs avoirs à l'étranger et dans des paradis fiscaux...” Quant au peuple, en moyenne plutôt jeune, il dépense vite le peu d'argent qu'il gagne. Alcools et prostituées sont aisés à se procurer pour les hommes.

Parmi les qualités de l'auteur, il y a son sens du rythme narratif : l'enchaînement des scènes sur un tempo fluide s'avère impeccable. Sans oublier le charme du langage qu'il emploie. Grâce à des mots locaux, du kongossa (la rumeur) à la têtutesse (l'obstination) en passant par les mange-milles (les ripoux) ou les matitis (les bidonvilles). Mais aussi par une écriture personnelle : “Tata couda Benito dans les côtes pour le faire descendre de son piédestal musical” quand son pote s'isole avec des écouteurs, écoutant du rap.

Janis Otsiemi n'est plus un simple “espoir” devant prouver son talent : il a le droit de s'afficher comme l'égal des meilleurs auteurs de polars actuels, quelle que soit leur origine. Ce nouveau titre en atteste, une fois de plus.

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 04:55

Marié, père de famille, l'inspecteur Robert Maguire est policier à Chicago. Le 21 mai 1956, il est appelé chez lui en pleine nuit pour un homicide. La victime étranglée est une jeune femme, sans le moindre lien avec le gangstérisme. Il s'agit d'une institutrice célibataire, enseignante en maternelle, Carole Shaw. Avec son collègue Pete, Maguire n'espère guère dénicher d'indices sur les lieux du crime, l'appartement de la défunte. Ils interrogent le concierge, ainsi que les voisins dans l'immeuble. On leur parle de l'ex-petit ami de Carole, un professeur de mathématique nommé Martin Kramer habitant Prospect Street.

Celui-ci est effronté d'apprendre la mort brutale de Carole. Ils se connaissaient depuis quatre ans. Ils sont sortis ensemble durant six mois. La jeune femme a rompu le 6 avril. Kramer aurait voulu qu'ils se marient, elle n'y tenait pas. Le policier est conscient que Kramer n'est pas leur coupable. Une note de restaurant trouvée dans le sac à main de la victime conduit les enquêteurs au Hannigan's. La serveuse se souvent très bien du couple. Carole Shaw était avec un homme d'une trentaine d'années, grand et séduisant. Une autre piste amène les policiers au musée, le couple ayant visité une exposition sur l’Égypte de Toutânkhamon. Un gardien affirme que l'homme était un ancien militaire.

Faute d'élément supplémentaire sur Carole, le duo de policier se lance dans une enquête de proximité fort peu excitante. Ils trouvent quelques témoins, réussissent à délimiter le secteur de huit à dix blocs d'habitations où vit probablement le suspect ressemblant un peu à l'acteur Montgomery Clift. L'inspecteur Maguire n'a pas l'occasion de rencontrer alors Maryanne Shaw, la sœur de la victime. Mais, même ça reste aléatoire, il obtient un portrait-robot pouvant l'aider. Dans un bar, un client reconnaît le peintre en bâtiment qui travaille dans son immeuble. Entre-temps, un autre homme s'est dénoncé à la police. Oui, Lewis Woodroffe ressemble à Montgomery Clift. Il avoue son crime : c'est le meurtrier le plus docile et coopératif du monde. Il n'avait pas l'intention de tuer Carole Shaw, ce fut comme une impulsion. Tout est clair, il n'y aura plus qu'à attendre le procès.

Mais Maguire sait que, si les gens honnêtes sont plutôt vagues et indécis, les menteurs ne changent jamais leur version. Il ne parvient à convaincre personne que quelque chose cloche. Lewis Woodroffe se retrouvera donc le 7 novembre 1960 dans la salle d'exécution de la prison. En présence de Maryanne Shaw, sœur de la victime. Elle aurait pu témoigner du caractère volage de la rousse Carole. Mais pour Maryanne, l'heure est à la sanction du criminel. Lewis Woodroffe aurait eu beaucoup de détails à donner, également. Sur son père Ray, un homme violent qui maltraitait sa mère. Sur son jeune frère Eugène, que Lewis protégea contre leur père. Sur l'époque où les deux fils quittèrent la maison. Sur la brune Caroline McCready, évidemment, qui hanta longtemps Lewis. L'inspecteur a raison de douter de la culpabilité de Lewis Woodroffe…

Fabrice Colin – Sacha Goerg – R.J.Ellory : Chicagoland (Éd.Delcourt, 2015)

Fabrice Colin est un écrivain qui a, depuis 1997, bon nombre de nouvelles, de romans et de scénarios de bédés à son actif. Sans doute une certaine expérience est-elle nécessaire pour adapter un texte de R.J.Ellory, effectivement. À l'origine, il s'agit de trois nouvelles, trois points de vue sur le meurtre de la jeune institutrice Carol retrouvée étranglée dans son appartement, triple témoignage sur les trompeuses apparences de cette affaire, ce qui n'empêchera pas l'exécution du condamné. C'est un sombre suspense, bien qu'il ne porte pas sur la mort de Lewis, mais sur ses secrets douloureux. Et, à travers les images dont se souvient sa sœur Maryanne, sur la personnalité troublante de la victime.

Le contexte américain de la fin des années 1950 (ainsi qu'un peu celui des années 1930) n'est pas négligeable dans cette histoire. Le dessinateur Sacha Goerg l'illustre à sa manière, esquissant ou suggérant des décors qui sont reconnaissables, restituant en plans moyens et gros plans les scènes plus intenses, ou certains interrogatoires. Notons avec un sourire l'allure de la vieille Mme Gerrity, à laquelle il ne faut pas de cadeau. Moins amusant, Ray Woodroffe apparaît dans toute sa méchanceté. La belle harmonie entre le scénario et le dessin offre un atout majeur à cet album, un équilibre au service de l'intrigue imaginée par R.J.Ellory. Amateurs de polars et lecteurs de bédés vont assurément apprécier.

Partager cet article
Repost0
14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 04:55

Âgé de soixante-neuf ans, Mas Arai est un jardinier d'origine japonaise. Il vit à Altadena, une localité californienne au pied des monts violets de San Gabriel, près de Los Angeles. Il est veuf de Chizuko, son épouse emportée par la maladie, et père de Mari. Celle-ci s'est installée à New York, loin de son père. Mas apprendra incidemment qu'elle s'est mariée avec un hakujin, un blanc, et qu'elle est enceinte. Mas fut un joueur invétéré, mais cette passion de flambeur s'est calmée avec le temps. Haruo, son ami au faciès disgracieux, a cessé de jouer lui aussi. Mas continue son métier de jardinier, avec son fidèle pick-up Ford de 1956 au moteur graisseux, bien équipé par ses soins. Mais des clientes depuis trente ans, telles que Mme Witt, risquent de le lâcher bientôt, vendant leurs propriétés.

Parce que leurs filles sont du même âge, Mas est resté ami avec le bricoleur Tug Yamada, un homme fiable, et son épouse Lil, fière de sa fille étudiante en médecine. Au magasin de tondeuses de Whisbone Tanaka, le vieux Mas retrouve des jardiniers de sa génération. Mais tous les jardiniers japonais de Californie n'ont pas le même parcours. Si certains sont des nisei, des Américains d'origine japonaise de deuxième génération restés aux États-Unis, Mas est un kibei. Né le 18 octobre 1929 sur le territoire américain, il a grandi au Japon. Au temps de son enfance, cette tradition kibei était assez habituelle. Mas ne tient guère à rappeler qu'il est un des survivants de la bombe d'Hiroshima. Pourtant, cet été-là, un détective privé venu du Japon s'intéresse de trop près à des rescapés d'alors.

Ce Shuji Nakane et son collègue américain Hawthorne n'inspirent pas confiance à Mas. Ils cherchent Joji Haneda, installé de longue date aux États-Unis, qui semble avoir disparu. Si Mas le connaît trop bien, il ne leur dira rien. Ils étaient copains adolescents, travaillant à la gare d'Hiroshima avant le jour fatidique. En 1972, Mas projeta d'acquérir une pépinière en Californie, mais Joji Haneda lui souffla l'affaire. C'est ainsi qu'ils sont fâchés depuis près de trente ans. Mas sait quelle est la véritable identité de cet homme : Riki Kimura. Il est plus prudent pour tous deux de ne pas la révéler. À peine Mas a-t-il débuté une petite enquête sur Joji Haneda, qu'on lui vole son bien le plus précieux : son pick-up Ford de 1956. Par ailleurs, quel rôle joue donc cette Junko Kakita, amie du soi-disant Haneda ?

Yuki est un jeune Japonais débarquant en Californie, cherchant des traces de sa famille, pour sa grand-mère Akemi Haneda. Mas garde le souvenir d'Akemi au temps où elle était une jeune fille : il la croyait décédée à cause de la bombe d'Hiroshima. Peut-être sont-ils appelés à se revoir ? Joji Haneda réapparaît à l'occasion d'une partie de poker organisée par Whisbone Tanaka. Mas et Tug Yamada sont présents, ainsi que Yuki. Un esclandre se termine en bagarre violente à l'issue de la partie. Mas culpabilise d'impliquer ses amis Tug et Lil dans cette sale affaire. Quand Junko Kakita est tabassée chez elle, c'est le jeune Yuki qui risque de sérieux ennuis avec la police. Le vieux Mas met tout en œuvre pour que cesse cette série de situations très contrariantes, voire dangereuses…

Naomi Hirahara : La malédiction du jardinier kibei (coll. L'Aube Noir, 2015)

Bien que le vieux jardinier Mas ait déjà été le héros de cinq romans aux États-Unis depuis une dizaine d'années, on ne fait qu'aujourd'hui sa connaissance. Excellente initiative de nous le présenter en France, car c'est un personnage franchement sympathique. Il s'agit d'un travailleur manuel qui ne roule pas sur l'or, mais qui aime son métier. Malgré les secousses qu'il va subir, il s'estime en bonne santé : “Il avait survécu au bombardement, fumait un paquet de cigarettes par jour depuis l'âge de quinze ans, et pourtant sa femme et beaucoup d'autres étaient morts avant lui, dès la soixantaine.” Il pense à sa défunte épouse, et à sa fille qui s'est éloignée de lui. Son expérience de vie est assez vaste pour affronter les difficultés, pour ne pas accorder sa confiance à tort et à travers.

Ce roman, qui ne manque pas de péripéties, ne privilégie pas une enquête. C'est plutôt la sociologie qui est mise en valeur. Grâce à l'auteure, qui utilise ses propres références, on pénètre dans un milieu fort méconnu, chez les Américains d'origine japonaise : il semble que nombre d'entre eux devinrent jardiniers sur la côte ouest. Non sans un regard sur l'évolution urbaine de la Californie et du Japon, au passage. Derrière cette intrigue, plane évidemment l'ombre funeste du bombardement d'Hiroshima en 1945, qui fit une quantité mal calculable de victimes. Depuis, les autorités japonaises ont mené de multiples études, en particulier médicales comme on le voit ici, sur l'évènement et ses suites. Au-delà de l'aspect purement polar, on apprécie vivement tout le contexte autour du héros. On espère lire bientôt ses autres aventures.

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 04:55

À Painter, bourgade de l'Oregon, on connaît cette serveuse dans un bar pour bikers sous le nom de Freedom Oliver. Sa patronne lesbienne, sa vieille voisine gâteuse Mimi, et sa copine prostituée noire "Passion" (Ann) sont les seules proches de cette quadragénaire. Il y a aussi l'agent de police Mattley, divorcé ayant la garde de son fils de sept ans. À chaque fois que Freedom est ivre à l'excès, il fait preuve de calme pour la ramener chez elle. Il leur est arrivé de flirter tous les deux, un soir de fête nationale. C'est parfois contre les dragueurs lourdingues de la clientèle du bar que s'échauffe Freedom, répondant par la violence. Là, c'est un duo de marshals basés à Portland qui doit intervenir en sa faveur. Car elle bénéficie d'un statut de témoin protégé.

Elle ne s'appelle pas Freedom Oliver. Vingt ans plus tôt, son nom était Vanessa Delaney, dite Nessa. Elle vivait à Mastic Beach, dans l’État de New York. Elle était l'épouse de Mark Delaney, policier, qui appartenait à la tribu des fils junkies de l'obèse Lynn Delaney : Luke, John, Matthew, et leur frère handicapé en fauteuil Peter. Nessa avait un fils, Ethan, qui a vingt-quatre ans maintenant, et une fille Layla âgée aujourd'hui de vingt ans. Elle n'a pas pu s'occuper de ses enfants, qui ont été confiés au couple Virgil et Carol Paul. Le révérend Virgil Paul est à la tête d'une "église" à Goshen, Kentucky, comptant plus de quatre cent cinquante fidèles, les Adventistes du Troisième Jour. Ce pasteur se montre plus que directif, tandis que son épouse est probablement moins équilibrée qu'elle paraît.

Brillant jeune avocat de Louisville dans le Kentucky, Mason Paul a rompu tout contact avec ses parents adoptifs. Néanmoins, via Internet, il n'a jamais cessé d'avoir des nouvelles de sa jeune sœur, la rouquine Rebekah Paul. Alors qu'il devait partir en vacances avec Violet, sa fiancée, Mason apprend que sa sœur a disparu. Parce qu'elle fréquentait des bars mal famés, ou parce qu'elle avait décidé de fuguer vers l'Ouest ? On sait juste qu'elle avait fait la connaissance de Gabriel, prêt à voyager avec elle. Ce jeune homme a été grièvement blessé, tandis qu'on kidnappait Rebekah. Mason Paul va retourner enquêter à Goshen. En sachant d'avance que le shérif Don Mannix est un adepte de la secte de Virgil Paul, et que la police locale n'hésitera pas à cogner l'avocat au besoin.

Les fils de Lynn Delaney savent où, et sous quel nom, se cache Nessa. Matthew, Luke et John partent en chasse. Ils estiment que leur vengeance est justifiée, en mémoire de leur défunt frère Mark, le policier. Car si Nessa fit deux ans de prison avant un non-lieu, c'est Matthew Delaney qui passa dix-huit ans derrière les barreaux pour ce meurtre qu'il n'avait pas commis. Que leur frère Mark ait été un pourri battant Nessa, ils l'ont oublié. Que la jeune femme ait été violée par Matthew, c'est du passé. Seul Peter, le frère handicapé, a choisi d'agir autrement. Il n'ignore pas que Mason et Rebekah sont les enfants de sa belle-sœur Nessa. Il est bien informé également sur la récente disparition de Rebekah. Peter entre en contact avec l'avocat Mason Paul. Ensemble, ils peuvent être efficaces.

Pour quitter l'Oregon en direction de Goshen, Nessa n'a pas fait dans la demie-mesure. Ce qui vaut quelques ennuis à l'agent Mattley. Par la voisine âgée Mimi, le policier découvre la destination de Nessa. Il espère la retrouver avant qu'elle se mette en danger. Nessa fera tout pour savoir ce qu'il est advenu de sa fille Rebekah. Entre-temps, elle a été retardée : mordue par un serpent, elle est soignée par des amérindiens Shoshones de l'Idaho. Mason s'aperçoit qu'un service de police s'intéresse aux Adventistes du Troisième Jour. Il peut compter sur l'équipe du flic Joe. S'interrogeant sur le cas de la jeune Michelle Campbell, l'agent Mattley s'approche aussi du but. Nessa ne serait pas la bienvenue chez le pasteur Paul, mais Freedom Oliver peut s'y inviter…

Jax Miller : Les infâmes (Ombres Noires, 2015)

On trouve beaucoup d'éléments positifs dans ce très bon roman. Son héroïne centrale, bien sûr, qu'on la nomme Freedom ou Nessa : une femme de caractère, endurcie par les épreuves subies, autant qu'une mère frustrée. Elle s'est marginalisée, c'était un moyen de défense ; elle s'est alcoolisée, c'est sa manière de reléguer ses regrets. Faiblesse et force vont de pair dans ce portrait de femme. Elle n'est pas si seule qu'elle l'imagine, quand la situation prend mauvaise tournure. Son fils, un de ses beaux-frères, et son flic préféré viennent à la rescousse. Quoi qu'il arrive, sa détermination est d'aller jusqu'au bout.

Quant au reste des protagonistes ? Peter l'handicapé définit ainsi sa famille, les Delaney : “Il y a deux sortes d'individus dans le monde. Il y a des gens ordinaires, et des monstres bien trop ordinaires. Vous et moi, nous faisons partie des gens ordinaires. Et puis, il y a les hommes qui ont soif de carnage, qui dévorent les âmes de tous ceux qu'ils croisent. Ce sont les monstres bien trop ordinaires, beaucoup trop nombreux sur cette terre. Mes frères appartiennent à cette catégorie.” Mais la si pieuse famille adoptive des enfants de Nessa est-elle vraiment plus honorable ? Sans parler des flics locaux.

L'auteure nous décrit certains aspects de l'Amérique. Pas seulement la ruralité étriquée du Kentucky, avec ses skinheads et autres bikers de pacotille, avec ces armes qui circulent et la meth si facile à se procurer, mais également un faubourg pourri de l’État de New York. Elle n'ironise pas sur les personnages en question, elle les montre tels qu'ils vivent. C'est pareillement le cas pour des groupuscules comme celui de Virgil Paul, se radicalisant sans qu'il soit possible aux autorités d'intervenir. Quant au fait de changer d'identité aux États-Unis, chacun sait que ce n'est pas forcément si compliqué. Ambiance malsaine à presque tous les niveaux, parfaitement illustrée dans cette ténébreuse histoire.

On peut émettre de très légères réserves. Le chassé-croisé entre les personnages est bien maîtrisé, mais peut-être un tantinet excessif. Ainsi quelques scènes "coupent" la fluidité du récit. On apprécie la cascade de péripéties, à l'évidence. Pourtant, on n'est pas forcément épaté en permanence. Sans doute parce qu'on vite a compris le mécanisme de narration. Il n'est pas interdit d'être un brin tatillon, sachant qu'il s'agit d'un ambitieux premier livre. Évacuons ces tout petits défauts, en répétant qu'il s'agit d'un très bon roman noir, fort agréable à lire.

Partager cet article
Repost0
10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 04:55

Parmi les polars en format poche, disponibles dès ce mois de septembre 2015, il faut sans nul doute retenir (excellents, dans des genres différents) ceux de Richard Montanari et d'Hervé Commère.

 

Richard Montanari : "300 mots"

États-Unis, Cleveland dans l'Ohio, près du lac Érié. Âgé de trente-cinq ans, Nick Stella est un journaliste sans employeur fixe. Boxeur à ses heures, il est plutôt endetté. Besoin d'argent pour lui, et pour son aïeul Louie, nonagénaire en maison de retraite. Il apprend par son cousin prêtre qu'un double décès suspect s'est produit à la paroisse Saint-François. Le père John Angelino est mort d'overdose, tandis que la prostituée avec laquelle il se trouvait a été défenestrée. Nick Stella y voit une lucrative occasion de vendre des articles au grand quotidien de Cleveland. D'autant qu'il a gardé contact avec deux flics, surnommés Birdman et Willie T, coutumiers des affaires glauques.

Mère de la petite Maddie, Amelia Saint-John appartient à la haute société locale. Elle est mariée à Roger, avocat aussi infidèle que voyageur. Si son frère Garth Randolph, trente-neuf ans, oscille entre richesse et ruine, les parents et l'entourage d'Amelia sont plus stables. À l'image de sa meilleure amie, Paige, qui a ouvert une librairie. Envisageant l'écriture d'un roman, Amelia maîtrise encore mal l'informatique. Quand elle reçoit une pièce-jointe spéciale, elle doit la faire décrypter par un duo d'experts. Il s'agit d'un poème écrit à la main, sûrement tiré de l'œuvre de T.S.Eliot (1888-1965). Ce texte s'accompagne de cinq noms, dont celui de Roger Saint-John.

Nick Stella a exploré la piste chinoise dans l'affaire John Angelino. Ce qui l'a mené à Rat Boy Choi, un dealer habitué des fumeries d'opium. Il a affirmé ne pas être concerné, mais va être éliminé peu après. Le meurtre du docteur Benjamin Crane présente un lien avec celui d'Angelino. L'ordinateur du défunt prêtre révèle à Nick le même poème de T.S.Eliot et la fameuse liste de cinq noms. Dont celui du bijoutier Geoffrey Coldicott, avec lequel Nick essaie d'entrer en contact. Ce commerçant, obsédé sexuel, est déjà sous l'emprise du tueur. Avant de le supprimer, il l'oblige à se souvenir de leur groupe d'étudiants nommé AdVerse, et d'une funeste soirée d'Halloween, vingt ans plus tôt. Et de Julia Raines, qu'il est en train de venger. L'assassin utilise parfois la prostituée mineure Tafy Kilbane pour œuvrer contre ses cibles. Nick renoue avec Ivan Kral, flic de la Criminelle surnommé Birdman, qui aurait voulu être le premier à arrêter l'assassin, avant le FBI…

Tous les romans à suspense devraient être écrits comme ceux de Richard Montanari. En effet, voilà un polar impeccable. On remarque d'abord une parfaite construction du récit. Nous suivons le journaliste Nicky, mais aussi Amelia et son entourage, tout en croisant le tueur dans certaines scènes. Si nous n'avons pas son identité, l'assassin ne cache pas son but, mortelles représailles qui visent d'anciens étudiants. Cinq morts à venir, plus des victimes collatérales. Le deuxième atout favorable, ce sont les personnages et leur vécu. Quelques minces indices aident le reporter, tandis que la menace devient plus présente, et que la tension monte crescendo. Un polar qui captive ses lecteurs.

Hervé Commère et Richard Montanari, nouveautés Pocket de rentrée

Hervé Commère : "Imagine le reste"

Nino, Cimard, Carole, Fred et Karl, ils ont tous vécu à Calais à la même époque récente, où leurs vies se sont croisées. Si personne n'a le même destin, il y a des gens comme eux qui sont liés, malgré tout. Ici, les deux copains quasi-inséparables se nomment Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Un duo de balèzes inquiétants, petits délinquants âgés d'une trentaine d'années. Copains d'enfance, ces malfaiteurs ont chacun fait un peu de prison. Ils ont été amoureux de la même jeune femme, Carole. Celle-ci apprenait les métiers du cirque dans une école calaisienne. C'est Fred qui était le plus accro à Carole, partie dans la région de Bordeaux. D'ailleurs, il rêve encore de faire avec elle un voyage au Portugal.

Pour le duo, le vieux Serge Cimard apparaissait comme un mafieux frimeur, dirigeant un mystérieux trafic. Sept ans plus tôt, Fred fut un temps coursier pour Cimard. Il s'agissait d'être réglo, car le caïd ne plaisantait pas. Quand il fut viré, Fred tenta de monter un trafic similaire, mais finit en taule. Depuis, il s'est renseigné avec précision sur les faits et gestes de Cimard. Et il a fini par lui dérober une sacoche contenant deux millions d'Euros. Cette fois, “c'est parti” avec Karl, dans la vieille Supercinq de sa mère. Direction Bordeaux, pour retrouver Carole. Sur place, leur rêve vire rapidement au tragique.

Âgé de vingt-huit ans, Nino Face a vécu à Calais, dans le même quartier que Fred et Karl. Chanteur dans l'attente de percer, il était animateur au bar-karaoké Le Paradiso. Il tentait parfois d'y montrer ses talents artistiques. Karl semblait le trouver sympa. Plus tard, Nino est entré en possession du sac volé par le duo. Ce qui s'est produit à Bordeaux, il n'en a été informé que par la suite. Car, entre-temps, le destin lui a accordé un sérieux coup de pouce.

D'un caractère volontaire, Ralph Mayerling a eu un long parcours dans le show-biz. Il a été le producteur des plus grandes stars du rock. Aujourd'hui déjà âgé, il a réuni le gratin des musiciens dans sa luxueuse villa de Sainte-Maxime, où il vit avec sa compagne Rosa. Il ne manque plus que Nino, qu'il a repéré quelques mois auparavant, pour qu'existe ce groupe “vert pâle”. Avec le sac volé, le chanteur se joint à eux. En deux ans, Nino Face va effectivement connaître un succès fulgurant, grâce à Mayerling. Le destin se chargera-t-il de faire se retrouver les anciens de Calais ?…

Certains romans n'entrent pas dans une catégorie définie, entre “proche du polar” et “littéraire”, ce qui est simplement le signe de leur originalité. L'intrigue tourne autour de cette sacoche contenant deux millions d'Euros, pactole permettant de réaliser bien des rêves. La tonalité n'est évidemment pas celle du roman d'action, même si quelques scènes sont agitées. Cette histoire nous invite à connaître en détail le parcours de ces individus. Façon de nous dire, peut-être, que chacun a le droit à son propre itinéraire, aussi chaotique soit-il parfois. L'écriture souple et précise d'Hervé Commère séduit. Un suspense psychologique de très belle qualité.

Partager cet article
Repost0
9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 04:55

Le séjour en Sicile de Livia, la fiancée du commissaire Salvo Montalbano, s'est plutôt bien passé. Non sans quelques accrochages et une part de jalousie, car le policier a imaginé qu'elle le trompait avec un certain Carlo. Il s'est senti cerné par les Carlo. Tandis qu'elle s'en retourne chez elle, Montalbano est occupé par une série de cambriolages à Vigàta et dans ses alentours. Ce serait le rôle de son collègue Augello, mais selon l'agent Catarella, il a été congédié. En somme, il est juste en congés. Donc, c'est Salvo Montalbano qui s'y colle. La manière des voleurs est particulière. D'abord, ils pénètrent dans une résidence secondaire où les propriétaires sont en train de dormir. Ils y dérobent des objets de valeur, et surtout les clés du principal logement des victimes, à Vigàta. Avec la voiture des gens volés, ils vont jusqu'à l'adresse de ces personnes et cambriolent les lieux.

Selon le commissaire, ils doivent être trois pour opérer. Le fils de sa bonne Adelina croit savoir que c'est une bande venue d'une autre partie de la Sicile, dirigée par quelqu'un de Vigàta. Montalbano dispose d'une liste de dix-huit noms, appartenant au même cercle d'amis. Hormis ceux déjà visés, autant de victimes potentielles. D'ailleurs, à son tour cible des voleurs, le plombier Incardona conforte l'impression du policier. Avec son efficace adjoint Fazio, ils ne tardent pas à repérer le receleur des voitures volées en ces occasions. Mis sous surveillance, il est bientôt arrêté. Ce qui ne solutionne rien : le trio d'exécutants reste non-identifié et le "cerveau" annonce de futurs cambriolages par un courrier adressé à Montalbano. En effet, la trentenaire blonde Angelica Cosulich, employée de banque, est également victime d'un double vol selon la même méthode.

À cinquante-huit ans, Salvo Montalbano n'est pas à l'abri d'un coup de foudre. Angelica lui fait penser à l'Orlando Furioso, le magistral poème épique de l'Arioste, avec son héroïne portant le même prénom. Angelica semble attirée elle aussi, et elle partage le même goût que Salvo pour les bons repas et les généreuses doses de whisky sec. Il vaut mieux s'en tenir à une version corrigée du cambriolage, sans parler du baisodrome de la demoiselle, où se passa la première étape du vol. Ça pourrait valoir quelques ennuis au commissaire, quand son supérieur le Questeur est informé des faits complets, par une lettre anonyme parvenue à la Télévision officielle. Le policier plaide la calomnie. Peu après, Montalbano est bloqué par une entorse, ayant voulu donner un coup de main à Angelica. La jeune femme risque des ennuis à la banque, une mutation, à cause de cette affaire.

Les prochaines victimes, la police les a identifiées. Tout est mis en place pour entraver les projets du trio opérant pour Monsieur Z, ainsi que Montalbano à baptisé le cerveau. Salvo comprend qu'il doit mettre fin à son idylle avec la belle Angelica. Celle-ci lui a donné deux noms de suspects : une vérification s'impose, même si elle est vaine. Un nouveau vol avec indice, un cadavre blessé puis achevé par balles, un suicidé par pendaison, des coups de feu visant la jeune femme, autant d'éléments nouveaux sur lesquels le commissaire doit baser sa réflexion pour dénicher le coupable…

Andrea Camilleri : Le sourire d'Angelica (Fleuve Éditions, 2015)

Une vingtaine d'aventures de Montalbano, se lisant avec un plaisir toujours renouvelé : tel est le seul constat qu'on puisse faire une fois encore. Des romans d'enquête dans le décor sicilien ? Certes, on suit les diverses investigations du policier quinquagénaire. Pourtant, au-delà de la pure recherche criminelle, on se régale à observer ce héros. Dans sa vie de policier, entouré du professionnel Fazio (passionné par l'état-civil des protagonistes d'un dossier, et plutôt inspiré dans l'action) et de l'inénarrable agent Catarella (qui ne retient jamais les noms exacts de ceux qui téléphonent, mais s'avère doué en informatique). Dans sa sphère privée, également, avec son éternelle fiancée Livia (pas toujours de bonne humeur), ses repas gastronomiques chez Enzo, et ses déboires dès qu'il approche d'autres jolies femmes (souvent avec une part de maladresse ou de naïveté).

Les romans d'Andrea Camilleri ne déçoivent jamais ses lecteurs, et ce n'est pas ce nouvel opus savoureux des enquêtes de Salvo Montalbano ("Il sorriso di Angelica", 2010) qui démentira cette évidence. Puisque le maestro Camilleri vient tout juste d'atteindre 90 ans ce 6 septembre 2015, adressons-lui nos vœux de bonne santé. Sans doute est-ce un peu égoïste, mais on souhaite qu'il continue encore longtemps à nous régaler de ses fictions et de ce langage qui contribue tant au charme de ses livres.

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 04:55

Philip Anders est un critique littéraire new-yorkais quinquagénaire. Son père, aujourd'hui âgé, fut un diplomate du Département d’État. Celui-ci resta un simple bureaucrate, et non pas l'homme d'action qu'il rêvait de devenir. Une trentaine d'années plus tôt, il fut le mentor de Julian Wells, le meilleur ami de son fils. Mais, après un voyage avec Philip en Argentine, le jeune diplômé renonça à entrer au Département d’État.

Il préféra devenir un écrivain-voyageur, s'exiler à travers le monde pour ne séjourner que rarement aux États-Unis. Son thème, ce furent des cas meurtriers criminels singuliers et des grands noms de la criminalité. Après des enquêtes fouillées sur place, il écrivit des livres sur la cruelle comtesse Báthory, Gilles de Rais, le "crime" mal élucidé de Cuenca, le massacre d'Oradour-sur-Glane, le tueur en série russe Tchikatilo, et autres sujets macabres. Toujours, Julian chercha une perspective différente pour aborder ces dossiers.

Julian Wells vient de se suicider sur l'étang de la propriété campagnarde qu'il partage avec sa sœur Loretta, correctrice dans l'édition. Aucun mystère sur les conditions de sa mort. Il semblait plus tourmenté que jamais ces derniers temps, selon Loretta. Toute sa vie, Julian avait été plutôt sombre, il est vrai. Peut-être à cause d'un fait qui marqua leur voyage en Argentine avec Philip, dans les années 1980, au temps de la junte militaire. On leur donna pour guide la jeune Marisol, qui n'apparaissait pas politisée. Elle leur présenta le père Rodigo, qui s'occupa d'elle durant son enfance. Puis un jour, elle disparut subitement. Les deux Américains purent penser que Marisol, se sentant menacée, s'était réfugiée dans le Chaco, sa région natale. La dictature donnait lieu à toutes les interprétations. À moins qu'elle ne fut proche des rebelles Montoneros, comme le pense encore le père de Philip.

Si une amitié de longue date fut bien réelle entre Julian Wells et lui, en creusant dans ses souvenirs, Philip s'interroge sur une possible part de duplicité chez son ami. Il se rend à Paris, où Julian possédait un appartement. Il rencontre René, ancien barbouze en Algérie, avec lequel il va jusqu'à Oradour, puis s'informe dans un bar sinistre de Pigalle fréquenté par Julian. Philip sent de plus en plus que sa mort était liée à une culpabilité : cela avait-il un lien avec l'Argentine et Marisol, un rapport avec ces femmes criminelles (telles Ilse Grese ou "la Meffraye") sur lesquelles il écrivit, ou quelque autre raison ? “Dans un thriller, ce seraient les autres qui essaieraient de m'empêcher d'en savoir plus… Mais là, on dirait que c'est Julian qui brouille les pistes.” Un ancien agent du Département d’État installé à Londres lui communique un vieux dossier remontant à l'époque de la junte argentine.

Le père de Philip fut jadis en contact avec une Hongroise qui, après la guerre, était partie en Argentine et fut employée par les autorités. Puisqu'elle est retournée dans son pays, non loin du château de la comtesse Báthory, Philip et Loretta qui l'a rejoint vont recueillir le témoignage de cette Irène Jóság. Elle leur livre ce qu'elle sait, sur son supérieur et sur un terroriste surnommé El Árabe. Le couple va devoir poursuivre son voyage de Rostov, en Russie, jusqu'en Argentine pour ajuster les pièces biseautées du puzzle…

Thomas H.Cook : Le crime de Julian Wells (Éd.Seuil, 2015)

Thomas H.Cook nous présente cette fois un roman d'espionnage. Plutôt dans la tradition des romans à suspense de Graham Greene, que dans le genre spectaculaire des films de James Bond. Ce n'est pas au cœur d'une intrigue d'aventures qu'il nous entraîne ; l'auteur nous adresse d'ailleurs quelques clins d'œil : “Le personnage de fiction parcourt le monde en parlant, comme par miracle, [la langue] du pays où le mènent ses pérégrinations. Dans le monde de la fiction, tout le monde se comprend...” Non, ni facilités de cette sorte, ni scènes bondissantes armes à la main ; tous ses lecteurs savent que Thomas H.Cook est nettement plus subtil que ça. C'est le portrait de Julian Wells que son ami Philip Anders va, sur fond d'espionnage, tenter de reconstituer. Grâce à l'œuvre littéraire du défunt, autant que via ses souvenirs personnels, ceux de son père, de Loretta et de certains témoins.

L'évocation du Mal est fréquente chez l'auteur : il parsème ici le récit de faits historiques criminels marquants. Concernant l'Argentine, il ne détaille pas les exactions des militaires au pouvoir ou de leurs opposants, mais fait habilement ressentir le climat qui pouvait alors régner dans ce pays. Si, désormais, nul n'est censé ignorer les sordides méfaits commis par la dictature et ses alliés (dont la fameuse Opération Condor), les "initiés" étaient assez rares à l'époque : le peuple américain et le reste du monde ne pouvaient en mesurer la monstruosité. Ni, probablement, la perversité du jeu d'espionnage entourant les conflits à travers la planète, de la Guerre Froide à nos jours.

L'élégante écriture de l'auteur semble fort bien mise en valeur par la traduction de Philippe Loubat-Delranc, il convient de le souligner. Un roman impeccable ? Oui, on a le sentiment que Thomas H.Cook se surpasse à chaque nouveau titre.

Un roman court de Thomas H.Cook chez Ombres Noires :

"Le secret des tranchées"

http://www.action-suspense.com/2014/11/thomas-h-cook-le-secret-des-tranchees-ombres-noires-2014.html

Un singulier suspense de Thomas H.Cook :

"L'étrange destin de Katherine Carr"

http://www.action-suspense.com/article-thomas-h-cook-l-etrange-destin-de-katherine-carr-seuil-2013-113819226.html

Partager cet article
Repost0
5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 04:55

Âgé de vingt-cinq ans, Chase Daniels vit dans la région de Saint-Paul, Minnesota. C'est un junkie durement accro à la méthamphétamine. S'approvisionnant chez l'Albinos, Chase habite en ce moment chez son pote Sténo, aussi camé que lui. Voilà plusieurs jours qu'ils n'ont plus touché terre, à fond dans leur trip. Et voici que, dans leur rue, une fillette à l'air candide s'attaque à un rottweiler, lui arrachant la gorge. Un drôle de délire, provoqué par l'abus de meth, probablement. Sauf que l'innocente gamine, ensanglantée et ricanante, s'en prend ensuite à Chase et Sténo. Y a intérêt à la buter, la petite enragée. Après un peu de repos indispensable, le duo prend la fuite. Le quartier est vide, c'est très bizarre.

Rebecca, la propriétaire de l'appart' de Chase, est morte et ses chats ont commencé à la bouffer. La voisine Svetlana apparaît si agressive qu'il faut la supprimer. Autour de Chase et Sténo, il n'y a plus que des morts ou des zombis comme Svetlana ? Ça ressemble de près à l'Apocalypse, pas de doute. Le duo s'empresse de cambrioler une boutique, afin de se procurer un stock d'armes à feu, avant de prendre la route. Dans une station-service vide, le routier junkie Travis leur explique la situation : “Samedi dernier, les gens se sont pas réveillés. Ils sont morts pendant leur sommeil. Tout le monde.” Les zombies, c'est venu deux jours plus tard : “Je sais pas si c'est un virus ou quoi qui a tué tout le monde, mais ça les a aussi transformés.”

Avec ces Morbacs (morts-back), mieux vaut ne pas rester vingt minutes à l'air libre, sinon c'est l'agression mortelle. Chase réalise que “tous ceux qui sont encore en vie sont accros à la méthamphétamine.” Sténo et lui trouvent refuge chez l'Albinos, mais doivent braquer une pharmacie fermée pour se procurer du supplément de drogue. Kay, l'ex-petite amie de Chase dont il est toujours amoureux, finit par lui téléphoner. Ils s'étaient rencontrés en psychiatrie, mais Kay le largua quand elle cessa de se shooter. Elle a donc replongé, si elle est en vie. La jeune femme s'est barricadée avec son amant Jared dans leur appart' du centre de Saint-Louis. Chase et Sténo vont les récupérer : Jared est mal en point, pas loin de flancher. Une bonne dose de meth va le requinquer.

Tous les quatre se replient à l'abri chez l'Albinos. Ils ont de quoi tenir quelques jours, s'ils ne forcent pas sur la drogue. Une baignade collective s'organise à l'initiative de Chase, un peu d'hygiène s'avérant utile. C'est alors qu'ils sont braqués par une bande de Canadiens, en quête de meth eux aussi. S'ils parviennent à riposter, à buter les intrus, l'Albinos reste sur le carreau. Chase, Sténo, Kay et Jared font un détour par chez les parents de Chase : son père est mort, sa mère a muté Morbac. Bien obligé de se défendre contre elle. Le petit groupe s'adresse ensuite à Cheng, un dealer hmong qui ne tient pas à les héberger plus d'une nuit. La fuite en avant va se poursuivre, avec l'espoir d'échapper le plus longtemps possible à ce monde peuplé de zombis…

Peter Stenson : Déchirés (Pocket, 2015)

Les histoires horrifiques, romans "gore" ou films, c'est toujours à peu près la même chose. Les gentils héros confrontés aux méchants sanguinolents. Intemporel, certes, mais plus souvent divertissant que vraiment excitant. Peter Stenson apporte, lui, une tonalité assez différente à ce thème. Ses sympathiques personnages sont des junkies, des vrais, pas des consommateurs occasionnels, des marginaux fêlés de cristal meth. Le quotidien, la routine genre employée de supermarché pour Kay, ils ont définitivement tiré un trait dessus. Voilà ce qui les sauve : “Ceux qui sont encore en vie sont accros à la méthamphétamine.”

S'en tenir à ce postulat n'irait pas bien loin, il faut l'avouer. C'est l'expérience de survie de Chase et de ses amis qui devient enthousiasmante. Non seulement ils doivent faire face aux Morbacs, zombis ricaneurs, mais ils sont obligés de continuer à trouver leur drogue pour ne pas sombrer à leur tour. “Les junkies sont les mecs les plus débrouillards de la planète”, estime Chase Daniels. L'auteur est suffisamment subtil pour ne pas nous livrer un enchaînement de scènes morbides, pour montrer le chaos à travers la perception qu'en ont ces junkies. Il y aura des victimes, c'est inévitable. Mais également une romance façon punk, bien turbulente et contradictoire, entre Chase et Kay. Cette cavale sans fin nous offre une intrigue franchement captivante, fascinante… (On n'ose pas dire "addictive", vu le sujet abordé !)

Partager cet article
Repost0

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Action-Suspense Ce Sont Des Centaines De Chroniques. Cherchez Ici Par Nom D'auteur Ou Par Titre.

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

ACTION-SUSPENSE EXISTE DEPUIS 2008

Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/