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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 05:10

Solène Decourbey, la fille du préfet de Lille, âgée de bientôt dix-huit ans, a encore fugué. Cette fois ça semble différent, peut-être plus définitif, selon la directrice de cabinet Carole Guillon. De retour de vacances, le policier Marc Flahaut est invité à la retrouver. On le sait discret, or il est souhaitable d'éviter tout scandale. Ça n'emballe pas Flahaut, qui débute son enquête sans conviction. Solène s'est-elle entichée d'un marginal, ou d'un artiste ? La donzelle a besoin de son petit confort douillet, on l'imagine mal errante au hasard. Le message qu'elle a laissé à son père est violent, accusateur. Ce qui est injustifié, affirme la dircab Carole Guillon. C'est son amie Esther qui offre à Flahaut la bonne piste, celle d'un supposé SDF traînant tout près de chez le policier.

Solène est maquée avec ce beau gosse aux allures de Jésus-Christ, dealer à ses heures. Bien qu'ayant changé de look, la fille du préfet reste reconnaissable. Son enquête mène Flahaut vers un canal souterrain lillois, théoriquement clos. Il y découvre une réserve de drogue, des cachets faisant penser à des stupéfiants de synthèse, type amphétamines. Ça mérite analyse : ces pilules roses sont-elles du yaabaa, ou bien un nouveau produit qui commence à être diffusé ? Stéphane Grangeux, le Jésus de Solène, simple rouage d'un réseau ? Flahaut piste un de ses comparses, petit nerveux se masquant sous sa capuche. Ce qui l'entraîne dans des caves désaffectées du Vieux-Lille. Le policier est alors agressé sévèrement, poignardé à la cuisse et au bras.

Lucienne Cluytens : Pink Konnexion (L'Atelier Mosesu, 2015)

Carole Guillon arrive à la rescousse, et conduit Flahaut chez une amie infirmière. La tendre Elsa va bien soigner le policier. Celui-ci s'interroge sur la confiance qu'il peut accorder à la dircab. Elle s'affiche vertueuse à tous niveaux, mais il n'est pas exclu qu'elle cache son jeu. Entre-temps, Solène a été récupérée par son père le préfet, qui l'a expédiée chez des proches en Suisse. C'est là-bas que vit la mère de la jeune fille. Qu'il y ait eu des fuites, Flahaut en est convaincu, mais qui ? Le dossier est entre les mains de la Sûreté Urbaine et des Stups, ce qui n'interdit pas de creuser. La drogue rose est de fabrication artisanale, et sa vente n'a encore que peu d'ampleur. Pourtant, on commence à éliminer les dealers.

Flahaut et Carole Guillon se rendent à Genève, afin de rencontrer la mère de Solène, en résidence médicalisée. Le policier est autorisé à interroger la jeune fille : elle n'est plus si mordante envers son père, nie avoir participé au réseau, et ignore qui en est le chef. Néanmoins, Solène est probablement en danger. Après un détour par le Jura, arrosé de vin jaune, Flahaut et la dircab rentrent à Lille. D'autres services de police s'occupent de la suite, pour les pilules roses. La piste belge paraît plus qu'incertaine à Flahaut. L'intuition ne suffit pas dans une affaire aussi tortueuse : il faut des preuves. Qui se trouvent peut-être dans les sous-sols lillois. Ou dans le passé rock'n'roll de quelques protagonistes…

 

Il s'agit d'un solide roman d'enquête, bien évidemment. Marc Flahaut a été le héros de plusieurs précédents titres de Lucienne Cluytens. C'est dire qu'elle "tient" ce personnage, amateur de bières et de jazz, ainsi que son entourage avec son ex-amante complice Esther. Flahaut ne manque pas de ténacité, ce qui est le plus sûr moyen de prendre des coups, mais permet également de dénicher la vérité. Par ailleurs, l'auteure utilise les décors lillois qui lui sont familiers. Voilà ce qui explique son agréable aisance narrative, entraînante à souhaits. Outre les "apartés" dédiés à la réflexion du policier, il n'est pas inutile de souligner en plus la justesse des dialogues, qui crédibilisent l'histoire. Nous n'avons plus qu'à suivre les sinueuses investigations officieuses de Flahaut. Un bon polar traditionnel : ce neuvième roman de Lucienne Cluytens se lit avec grand plaisir.

Ma chronique sur un précédent titre de Lucienne Cluytens :

http://www.action-suspense.com/2014/09/lucienne-cluytens-la-panthere-sort-ses-griffes-l-atelier-mosesu-2014-coup-de-coeur.html

"La Panthère sort ses griffes"

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 05:15

Olek Volchek est un truand russe installé à New York depuis vingt ans, avec son adjoint Arturas. Bien qu'en liberté provisoire, Volchek est accusé dans un procès pour meurtre, en tant que commanditaire d'un assassinat. Little Benny, le témoin-clé protégé par le FBI, doit mourir avant 16h le lendemain, pour que le caïd puisse espérer s'en sortir. Volchek et Arturas comptaient sur l'avocat Jack Halloran pour résoudre le problème. Mais il a eu trop peur, car il s'agissait d'introduire un engin explosif au tribunal. Jack éliminé, les Russes s'adressent à son ex-associé, Eddie Flynn. Avocat pendant neuf ans, après avoir eu une vie aventureuse – tradition familiale oblige, Flynn soigne actuellement son addiction à l'alcool. Il réalise rapidement qu'il n'a pas le choix : les truands menacent de maltraiter et de tuer Amy, sa fille adorée de dix ans, issue de son mariage avec Christine.

Eddie Flynn est conscient de ne pas pouvoir accorder la moindre confiance à ses clients russes. La Bratva, la mafia russe, a toujours basé son action sur la violence. À son entrée au Palais de Justice de Chambers Street, Flynn n'a que trente-et-une heures pour éviter le pire, pour échapper à ce guêpier. Avec des explosifs sur le corps, pas facile de réfléchir, ni de paraître naturel. Eddie Flynn connaît bien le vieux tribunal, ainsi que Miriam Sullivan, la féroce procureure. L'écriture de Volchek sur un billet de banque, désignant la victime, est le premier atout de l'accusation. Trouver la parade n'a rien d'impossible pour Flynn, qui piège à la fois Miriam Sullivan et l'expert venu témoigner. L'avocat repère dans le public Arnold Novoselic, collaborant avec la procureure. Il est probable qu'il ait compris le plan de Volchek, concernant la bombe.

Sous la direction de la juge Gabriella Pike, la bataille juridique est acharnée entre Flynn et la procureure. L'avocat essaie de mettre à profit les interruptions de séances. Mais Arturas et ses sbires, Victor et Gregor, surveillent afin que Flynn ne se permette aucun écart. S'il découvre où est revenue la petite Amy, l'avocat a-t-il une chance de la mettre à l'abri ? Après l'audition des témoins, dont Tony Geraldo, frère de la victime, Little Benny sera le dernier pion de l'accusation. Quand l'agent Bill Kennedy, du FBI, vient mettre son grain de sel dans l'affaire, c'est Flynn lui-même qui risque de se retrouver en mauvaise posture. Toutefois, l'avocat ne se contente pas de plaider : s'appuyant sur la fidélité de ses amis Jimmy et Harry, Eddie Flynn reste un fonceur. Malgré ses efforts, le danger reste explosif jusqu'au bout…

Steve Cavanagh : La défense (Éd.Bragelonne Thrillers, 2015)

Traditionnellement, lorsqu'une intrigue se déroule lors d'un procès, on appelle ça un "roman de prétoire". Ce n'est pas une formule qui s'applique strictement dans le cas de “La défense” de Steve Cavanagh. Assimiler au plus tôt l'ensemble des éléments du dossier, déjouer les attaques de l'accusation, ce ne sera pas l'unique mission de l'avocat. Avant tout, l'auteur nous a concocté un roman d'action.

Comment en douter, puisque dès les premières pages, on entre dans le vif du sujet, sans fioriture. On tient la fille de l'avocat : même s'il n'y a aucune chance légale de faire libérer l'accusé, il doit obtempérer. Les aptitudes du héros sont hors norme, sa débrouillardise lui venant de l'époque où il appartenait à la confrérie des arnaqueurs. D'ailleurs, il lui arrive durant cette aventure d'avoir une pensée pour son passé, n'oubliant jamais la vie de sa fille. De sourdes menaces planent en permanence sur le procès, la tension augmente. Le narrateur n'est autre qu'Eddie Flynn, ce qui donne du rythme au récit. Un tempo bien dosé avec sa succession de péripéties, c'est le meilleur moyen d'alimenter le suspense. Ce dont ne se prive pas ce fort sympathique roman.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 15:00

Le Grand Prix de Littérature Policière est un prix littéraire fondé en 1948 par le critique et romancier Maurice-Bernard Endrèbe, afin de récompenser les meilleurs romans policiers français et étrangers publiés dans l'année. C'est un jury d'experts qui se réunit pour déterminer les vainqueurs. En cette année 2015, ils avaient retenu 28 titres (11 français, 17 étrangers) pour leur sélection finale.

Le Grand Prix de Littérature Policière 2015, domaine français et domaine étranger, a été attribué officiellement ce mercredi 23 septembre 2015 aux romans suivants :

Prix roman français : “Derrière les panneaux il y a des hommes”, de Joseph Incardona, Éditions Finitude [Le Bouscat, Gironde], 2015 – devant : “Une valse pour rien”, de Catherine Bessonart, Ed. de L'Aube (coll.L'Aube noire), 2015.

Prix roman étranger : “Toutes les vagues de l'océan”, de Victor del Arbol, Actes Sud (Actes noirs), 2015 – devant : “Le moineau rouge”, de Jason Matthews, Le Cherche Midi (Thrillers), 2015.

Félicitations aux gagnants de ce Grand Prix de Littérature Policière 2015.

Grand Prix de Littérature Policière 2015 : les vainqueurs
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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 05:05

À la fin de l'été 1835, dans un tranquille village bourguignon, on retrouve le cadavre démembré d'une femme inconnue dans une mare. On commence par affirmer que l'assassin est venu d'ailleurs. On signale des disparitions supposées de femmes partout dans la région. Toutefois, le juge Chauvin doit bientôt suivre une piste plus sérieuse. Jean-Baptiste Delacollonge, le curé de la paroisse, est absent depuis la macabre découverte. Ces derniers temps, on l'a vu en compagnie d'une certaine Fanny Besson, dont les affaires personnelles sont encore au presbytère. FB, ce sont bien les initiales de la victime.Le curé fuyard est arrêté un mois après le crime. Son parcours de vie et sa relation avec Fanny Besson méritent d'être explorés. Plaider une mort quasi-accidentelle ne convaincra guère. Une lutte judiciaire débute pour le prêtre, l'accusé apparaissant tel un monstre froid…

Le 20 septembre 1869, les cadavres d'une mère et de ses cinq enfants sont retrouvés enterrés dans un champ près de Pantin. Six victimes poignardées ou étranglées, qui sont examinées à la morgue de Paris. La quadragénaire enceinte de six mois a reçu vingt-trois coups de couteau. Il s'agit d'une famille Kinck, arrivée dernièrement de Roubaix. On peut soupçonner le père, Jean, et son fils aîné Gustave. Tandis qu'un nommé Jean-Baptiste Troppmann, jeune Alsacien de dix-neuf ans, fait figure de principal suspect, le cadavre de Gustave est découvert à son tour. Quelques semaines plus tard, Troppmann passe aux aveux, y compris pour le meurtre de Jean Kinck. Les médias d'alors ont fait grand écho à ce massacre, et parlent beaucoup du criminel jusqu'à son rapide procès. Les tirages de journaux sont faramineux. Le cas Troppmann intéresse les criminalistes du 19e siècle…

Pierre Bellemare présente : Les nouvelles histoires extraordinaires de l'Histoire (First Editions, 2015)

François Rosay est né en Savoie, près d'Evian, face au lac Léman, en 1766. Très tôt, c'est un rebelle qui, dès l'âge de treize ans, se fait remarquer par ses larcins. En prison à dix-sept ans, il s'endurcit auprès de gibiers de potence chevronnés. Son passage dans l'armée de Savoie sera bref, car il déserte vite. Il vivra d'autres épisodes militaires aussi courts. Vagabond, mendiant, malfaiteur soudain plus riche, il mène une vie chaotique. Il s'acoquine évidemment avec des bandes de voleurs de son espèce, des bandits de grands chemins. Il intègre la horde sauvage du Capitaine Orléans qui répond à son tempérament aventureux. Sa marginalité l'extraîne ensuite jusqu'aux côtes de l'Atlantique, avant un retour entre Genève et Savoie. De belle prestance, sa violence effraie les populations. Même arrêté, ce prisonnier reste dangereux, jusqu'à son exécution en 1787…

Née à Orléans en 1878, Amélie Élie s'émancipe dès l'adolescence. Elle rejoint bientôt Paris, où elle va exercer le métier de prostituée. Sa chevelure lui vaut le surnom de Casque d'Or chez les Apaches, les voyous d'alors. Amélie choisit le proxénète Joseph Pleigneur, dit Manda, comme protecteur. Mais en 1901, elle préfère un autre souteneur, Leca. Selon le code d'honneur de ces truands, Manda est obligé de réagir. Les tentatives de meurtre visant Leca lui vaudront un procès gratiné aux Assises. Manda relativise, Manda nie ses crimes. Le témoignage d'Amélie Élie n'éclaircit guère les faits, et ne suffit pas à alléger la sentence. Manda est envoyé en Guyane, tandis qu'Amélie mène par la suite une vie rangée de mère de famille…

 

Outre ces quatre histoires vraies, ce livre présente six autres cas historiques tout aussi singuliers, racontés par sept auteurs. Affaires purement criminelles, épisodes curieux de la grande Histoire, ces récits restituent l'ambiance de la France d'autrefois. Qui n'était pas exempte d'insécurité, où certaines affaires provinciales et parisiennes connurent un retentissement important. Documentés, les auteurs décrivent habilement les personnages et les contextes dans lesquels ils évoluent. Si certains sont quelque peu célèbres, d'autres ont été moins traités en détail dans les anthologies de ce genre. Un voyage dans le temps et dans la criminalité du passé, à travers dix dossiers très particuliers.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 07:30

Le capitaine de gendarmerie Laurent Gourmelon est en poste à la Brigade Territoriale du Conquet, dans le nord-Finistère. Avec son adjoint, le maréchal-des-logis Rivoal, ils doivent intervenir après un incendie dans une propriété de Plougonvelin, au Trez-Hir. La victime est Marie Le Moign, née Manach, âgée de quatre-vingt-huit ans. Cette dame en fauteuil roulant n'est pas décédée à cause du sinistre : elle a été abattue par une arme à feu, dont l'origine est mal identifiable. Mme Le Moign était fortunée, grâce à la vente de l'entreprise porcine fondée par son défunt époux, dont la marque de pâtés reste célèbre. Il y eut un conflit familial entre héritiers, le fils Yann Le Moign (avec sa bourgeoise épouse) captant l'essentiel au détriment de sa sœur Nicole. Homosexuelle, celle-ci partit vivre à l'étranger. C'est pour d'autres raisons que, jadis, les deux frères de Mme Le Moign fuirent la France.

Âgée de quarante ans, Sahliah Oudjani est lieutenant à la gendarmerie maritime de Brest. Ancienne sportive, cette franco-algérienne est native de Roubaix. Si elle reste en contact téléphonique avec son père et sa tante, Sahliah Oudjani se considère en exil au bout de la Bretagne. Heureusement, elle s'est trouvée une amie, Wahiba. Enquêter sur la mort d'un Allemand venu se suicider à Brest, ça l'intéresse moyennement. Dans les années 1970 et début des années 1980, Hans Schwitzer fut un activiste de la Fraction Armée Rouge. Un membre de la Bande à Baader, un proche terroriste Carlos, qui passa ensuite de longues années en prison. Pourquoi venir mourir dans cette ville avec laquelle il ne semblait avoir aucun lien ? Là encore, on a des difficultés à déterminer quelle arme il a utilisé. Wahiba fait remarquer à Sahliah qu'il peut exister un rapport avec la mort de Mme Le Moign.

L'institutrice Maryse Pereira-Dantec habite en Seine-Saint-Denis. Son père communiste Jean Dantec fut durant quelques décennies maire de la ville, avant de retourner vivre dans le Finistère. Viviane, la sœur avocate de Maryse, s'est éloignée vers le sud de la France. Désormais retraitée, l'institutrice prépare un mémoire de thèse concernant Brest au temps de la Seconde Guerre Mondiale. Résistant FTP à l'époque, son père lui en a souvent parlé, mais elle a besoin de bien davantage de témoignages documentaires. Jean Dantec étant hospitalisé, Maryse sera sur place pour lui autant que pour son étude historique. Certains vieux communistes locaux et les journaux collabos d'autrefois lui permettent d'avancer dans ses recherches. En octobre 1943, l'arrestation d'un groupe de Résistants brestois, transférés à la prison Jacques-Cartier de Rennes, est un épisode important de la guerre.

Le capitaine Gourmelon et la lieutenant Oudjani vont faire équipe, avec la bénédiction de leurs supérieurs. D'ailleurs, Sahliah a été dessaisie de son enquête au profit du policier Maurice Bonizec. Sans doute ce flic est-il peu fiable, mais il enrage quand la DCRI décide que la mort d'Hans Schwitzer mérite d'être vite classée. Les juges d'instruction des deux affaires apparaissant fort frileux, heureusement que le supérieur de Gourmelon soutient le capitaine. Les héritiers de Marie Le Moign sont-ils à mettre trop vite hors de cause ? Que le maréchal-des-logis Rivoal soit un passionné de généalogie va être utile à l'enquête de Gourmelon et Oudjani. Les travaux de Maryse Dantec les aideront également à éclairer un aspect de la sombre histoire brestoise du temps de la Résistance…

Marek Corbel : Les gravats de la rade (Éditions Wartberg, 2015)

Afin de ne pas en dévoiler davantage, contentons-nous de rappeler qu'il a toujours existé des nuances et des divergences dans les idéologies communistes. Durant la guerre, pour les occupants nazis et leurs amis collabos, ça ne faisait aucune différence, il est vrai. Si l'enquête se passe au début des années 2010, c'est bien dans le passé qu'il convient de fouiller pour établir la vérité. Avec deux héros qui ne manquent pas de caractère. Sahliah Oudjani la Nordiste a toujours dirigé sa propre vie, tout en respectant sa famille. Laurent Gourmelon, divorcé, père de deux filles, est moins agressif et plus méthodique qu'elle, mais tout aussi obstiné. Ils étaient faits pour coopérer, et plus si affinités.

On peut discuter le découpage scénique choisi par l'auteur. L'essentiel est qu'il n'entrave pas trop la fluidité de lecture. Il est clair que Marek Corbel s'est parfaitement documenté sur les questions historiques liées à son sujet. C'est ce contexte qui donne sa consistance au roman, bien sûr. Y compris via les références à la Fraction Armée Rouge allemande de la décennie 1970. Originaire de Bretagne-sud, l'auteur connaît bien les lieux décrits, sans donner une allure de carte postale à ces décors. Un suspense vivant, un polar de belle qualité.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 04:55

New York au début des années 1980 est le terrain de jeu d'une faune disparate, mi-artiste mi-paumée. La franco-américaine Cécile, poétesse de vingt-cinq ans, en fait partie. Afin de subvenir à ses besoins, elle organise un astucieux cambriolage dans un grand magasin. Le fourgue Davenport est réglo : vingt mille dollars à la clé. Mike Brewer, quarante-cinq ans, flic privé au service du magasin détroussé, rôde volontiers dans les soirées dédiées à l'art underground. Il pourrait y repérer Cécile.

Le compagnon de la jeune femme, Soler, est un Portoricain d'origine. Depuis toujours il fait preuve de créativité, se sentant viscéralement artiste peintre. La reconnaissance du talent, le véritable succès, ce n'est pas offert à tout le monde. Alors, Soler végète, se bornant à copier celui qui a la meilleure cote en ce moment. Il crée des fausses œuvres de Jean-Michel Basquiat. Faut-il croire la version de Soler, quand il prétend ne pas l'imiter ? Le requin qui tire profit tous azimuts, c'est Ruben Fonseca. Vendre de la dope ici, et des faux Basquiat à l'étranger, bon bizness. À conditions de respecter les supports particuliers de l'original, et que des experts ne s'en mêlent pas.

Le détective Mike Brewer n'a pas eu de mal à retrouver Cécile. Elle circule à travers New York sur son nouveau scooter, acquis grâce aux gains du cambriolage. Brewer entend bien tirer parti financièrement de la situation, même si la fortune est rare autour de Cécile. Toutefois, quand on s'en prend à son amie, Soler n'est pas de ceux qui restent sans réagir. Tout cela n'arrange guère les affaires de Ruben Fonseca.

Et Basquiat ? Tout est source d'inspiration pour cet artiste. La négritude de ses origines haïtiennes et portoricaines. Son Brooklyn natal et le quotidien citadin new-yorkais, même s'il ne graffe plus sur les murs. Les combats de coqs traditionnel et le vaudou d'Haïti. La musique, car Basquiat est aussi doué pour ça que pour le reste, et même pour les langues étrangères. Sa mère Matilde internée en psychiatrie, sûrement. Sa compagne junkie Suzanne, peut-être un peu, également.

Quand on a vingt-trois ans, lorsque le tourbillon effréné de la gloire et de l'argent vous entraîne, on n'a ni le temps ni l'envie de s'attacher à l'instant. Basquiat se drogue, oui. Quelqu'un comme lui qui a du génie, n'aurait nul besoin de cet expédient. Dans les tréfonds de son être, son instinct lui susurre probablement qu'il est destiné à vivre vite et à mourir tôt. L'art et la mort sont des partenaires de longue date…

Marc Villard : Jean-Michel de Brooklyn (Éd.Cohen & Cohen, 2015)

Pour qui ne connaît pas Jean-Michel Basquiat ou son œuvre remarquable, les références indiquées par l'auteur en fin de volume, et les multiples pages Internet dédiées à l'artiste, sont là pour ça. L'excellent Marc Villard, lui, s'inspire de l'univers de Basquiat et du climat new-yorkais d'il y a une trentaine d'années, pour nous proposer une authentique histoire noire. Il ne s'attarde pas sur l'addiction du peintre, il a raison. Certes, même en Haïti, il trouve bien vite un dealer. Néanmoins, ce sont ses tripes et sa lucidité qui firent de Jean-Michel Basquiat un géant de la créativité artistique.

Cette puissance émotionnelle, cette apparente naïveté faussement brouillonne, rien à voir avec des gribouilleurs branchés. Ce garçon nous a livré son âme, son regard sur le monde. Et les personnages de ce roman sont eux aussi, chacun à leur manière, proprement ou salement, des jusqu'au-boutistes. On peut compter sur Marc Villard, sur sa précision des mots et des images, pour nous faire partager avec force l'esprit de cette époque-là.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 04:55

Début janvier frisquet dans la région de Rouen. Grimé façon Madame Doubtfire, le policier Lejeune (dit BHL) sermonne vigoureusement un petit délinquant qui a cru que l'agression de vieilles dames était un sport autorisé. Il ne devrait pas recommencer de sitôt, Jorge, le jeune Lusitanien d'origine, s'il a un brin de jugeote. L'irascible commissaire Chassevent invite ensuite Lejeune à une autre mission. Un quidam nommé Tudor Lupu est mort chez lui, à cause d'émanations toxiques de monoxyde de carbone. Pour le lieutenant de police, une autopsie ne saurait nuire, juste histoire d'être affirmatif sur l'asphyxie. Jadis champion international roumain de hand-ball, Lupu avait glissé entraîneur de son sport en France, avant de tomber gardien de gymnase alcoolo. Ce qui explique mal son compte en banque, fort bien garni en comparaison de son salaire à temps partiel.

Puis c'est un proxénète roumain de Paris, Laslo Rotaru, qui prend un pruneau direct dans le citron à Rouen, laissant deux jeunes putes en guise de veuves éplorées. Pas sûr que le flic-cador parigot envoyé sur place, bien vite surnommé la Fistule, soit plus avancé que le menu fretin policier local du commissaire Chassevent. Avec sa collègue Clarisse, Lejeune explore les éventuelles sources occultes de revenus de Tudor Lupu. La mafia sportive du coin et la bourgeoisie du cru pratiquent une diplomatique omerta. Lejeune progresse sur la piste des agressions de vieilles dames, réitérées par le jeune portos Jorge qui semble n'avoir pas compris la leçon précédente. La lycéenne Tania Malarce serait l'égérie d'une bande nihiliste commettant ces actes répréhensibles. Le fossé générationnel entre l'instigatrice et le flic, bienveillant de nature, se fait néanmoins sentir.

Ainsi donc, Tudor Lupu jouait au poker dans un clandé aseptisé avec la gentry provinciale étriquée ? Ses partenaires déclarent qu'il lâchait plus de fric qu'il n'en ramassait dans ces parties. Monique, la pin-up décatie du groupe, vamp sexagénaire, n'a guère de révélations à offrir à l'enquêteur, juste une chevauchée sexuelle. Le commissaire Chassevent s'étant entiché de l'affaire, il ne reste plus à Lejeune et à son collègue Justin qu'à secouer le banquier de Lupu. Côté sécurité des dames âgées, la hiérarchie et la préfecture exigent la "tolérance zéro". Lejeune n'a pas l'intention de servir de punching-ball pour alpaguer le duo : ça risque de chauffer pour Tania et Jorge, d'autant que le môme est asthmatique. Démanteler un réseau parfaitement illégal, telle est la solution pour désembrouiller tout ça. "Alea jacta est", comme on dit en patois rouennais…

Pascal Jahouel : Un temps de chien (Éd.Lajouanie, 2015)

Il y a des auteurs dont on regrette qu'ils écrivent ou publient peu, car on prend un grand plaisir à lire leurs œuvres. C'est le cas de l'excellent Pascal Jahouel. Son héros Bertrand-Hilaire Lejeune avait réjouit ses lecteurs dans trois précédentes aventures (Archi mortel, La gigue des cailleras, Dix de derche) parues chez Krakoen. On est carrément heureux de le retrouver pour cette nouvelle enquête. Son hygiène laisse encore à désirer, il n'aime toujours pas les diktats de ses chefs, il n'a guère envie de mettre des ados derrière les barreaux, et il ne craint pas de brusquer des témoins pas assez coopératifs, surtout s'ils s'affichent hautains. Un non-conformisme sympathique émane de ce personnage.

Conformément à la tradition, deux enquêtes se chevauchent. Ont-elles un point commun ou l'auteur choisit-il un dénouement alternatif ? On le découvrira. Au-delà du suspense, on ne peut qu'adorer la tonalité amusée du récit, le langage enjoué à tendance argotique. Et de bien belles descriptions, tel le marivaudage d'un couple : “Ils sont visiblement dans les starting-blocks pour une amourette parjure. Manifestement lui est partant pour un adultère final avant l'échouage dans la sénescence et la déchéance libidinale. Le bastion est prenable. Elle, fausse prude, n'a visiblement rien contre l'idée d'une partie de gambettes en l'air extraconjugale. Son petit manège séducteur, qui consiste à le bouffer des yeux et à s'esclaffer à la moindre de ses pitrerie, en est le gage.”

Un polar rythmé par ses péripéties agitées autant que par une narration souriante et inspirée, voilà ce que nous propose Pascal Jahouel dans “Un temps de chien”. Délicieuse comédie à suspense, pour un régal de lecture.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 04:55

Âgée de trente-sept ans, Alexandra Hemingway est policière à New York depuis dix ans, dont les sept dernières années à la Criminelle. De grande taille et sportive, elle pratique le kayak sur l'East River. Elle conduit son Suburban, un gros SUV, dans la circulation citadine. Elle s'est quelque peu éloignée de ses parents, mais garde contact avec sœur Amy, son frère Graham, et son oncle avocat Dwight. Elle vit avec Daniel, et vient d'apprendre qu'elle était enceinte de six semaines. Alexandra est une flic de choc, aux réflexes rapides et dure au mal. Suite au décès de son compagnon flic Moses Mankiewicz, l'affaire Decker entraîna des séquelles physiques pour elle. Se confier à la tombe du défunt policier participe à une sorte de psychothérapie. Son partenaire à la Criminelle, c'est Jon Phelps. Marié à Maggie, père de famille, il est bien plus âgé qu'elle. Il se cultive en regardant Discovery Channel. Bien que corpulent, Phelps est toujours vif quand il s'agit de réagir.

Des élèves de milieux fortunés âgés de dix ans, repérables dans leurs uniformes scolaires, sont kidnappés non loin de leurs écoles. Le cadavre du petit Tyler est retrouvé dans la rivière, deux heures après sa disparition, les pieds sectionnés. Puis, dans le cas de Bobby, on a égorgé son chauffeur qui l'attendait, avant de mutiler l'enfant à son tour. Les deux jeunes victimes étaient vivantes quand on les a amputées. Un suspect apparaît bientôt dans les fichiers de la police. Âgé de cinquante-six ans, Trevor Deacon fut inquiété trois décennies plus tôt pour pédophilie, mais peu poursuivi. Depuis qu'existe Internet, c'est si facile de trouver des mômes pour ces prédateurs. Les policiers débarquent dans le miteux logement de Deacon, muni de portes blindées. Ils y trouvent son cadavre découpé, depuis peu. Dans son congélateur, derrière une porte à l'effigie d'une araignée, soixante-quinze pieds d'enfants. Les pieds de ces garçons seront assez vite identifiés.

Après Bobby, retrouvé aussi dans l'East River, c'est le petit Nigel qui est victime du tueur. Tous trois ont été conçus par insémination à la clinique Park Avenue. Brayton, le médecin qui s'en chargea, a disparu depuis des États-Unis. Alexandra se heurte à l'hostilité de la féroce directrice, Marjorie Fenton, mais la policière fonceuse n'a pas peur d'elle. L'actuel médecin de la clinique, le docteur Selmer, se montre plus coopératif, parce qu'il sait que sa carrière est fichue. En fait, il sera bientôt éliminé. Probablement parce qu'il connaissait le nom de l'unique donneur, père génétique de soixante-sept enfants. La mort de Selmer permet à la police d'exiger l'accès à tous les dossiers des familles concernées. La plupart de ces parents ont des comportements spéciaux, aux yeux des enquêteurs. Alexandra fait appel à son oncle avocat afin d'explorer une autre piste, grâce au dealer de Deacon.

L'équipe d'Alexandra intervient à bord du ferry sur l'Hudson où on pense avoir localisé le tueur, à cause du GPS de son téléphone. Ils retrouvent encore une victime massacrée du même âge, le petit Zachary. Aucune trace du tueur sur les vidéos de surveillance du ferry. Le traitement à la clinique produisit également huit fillettes, autre piste pour Alexandra. Le tueur va viser la policière, mise en avant dans les médias qui traquent la moindre info dans cette affaire, mais se trompera de cible. Le tueur continue à s'attaquer à d'autres garçons, y compris lors d'une compétition sportive scolaire sur Randall's Island, où il supprimera un des collègues d'Alexandra. Comment cerner les vraies motivations et le mode opératoire de cet adversaire ?…

Robert Pobi : Les innocents (Sonatine Éd., 2015) – Coup de cœur –

New York est la métropole idéale pour situer une intrigue à suspense, quantité d'œuvres de fiction l'ont déjà démontré. Entre Central Park et l'East River, l'Upper East Side est le quartier le plus rupin de Manhattan. Population fortunée et classieuse, écoles huppées que fréquentent les heureux rejetons des meilleurs milieux. C'est dans ce décor peu anxiogène que l'auteur situe cette suite criminelle. Bien qu'on ne badine pas avec la sécurité dans ce secteur, une tension certaine va en gâter l'ambiance. D'autant que les médias racoleurs ne se privent pas d'alimenter l'inquiétude quels que soient les efforts de la police.

Au centre de l'affaire, une policière baroudeuse et son compère enjoué. Ils connaissent les statistiques sur ce sujet ultra-sensible : “Six mille cinq cents enfants disparaissent à Manhattan et dans les environs proches chaque année : quatre-vint-dix-sept pour cent de ces disparitions sont des fugues ; environ cent cinquante cas s'avèrent être des enlèvements commis par des parents qui n'ont pas la garde de ces enfants ou par des membres de la famille ; une quinzaine enfin disparaissent de la planète sans laisser la moindre trace.” Face à un tueur agissant vite, les flics se doivent d'être aussi réactifs.

L'étiquette "thrillers" s'applique à des romans souvent bien construits, riches en mystère et en rebondissements. Certains sont nettement plus convaincants que d'autres, quand ils parviennent à faire partager aux lecteurs le vécu et la psychologie des protagonistes dans un contexte particulier, troublant, angoissant ou sanglant.

Et puis, il existe des thrillers supérieurs, tel “Les innocents” de Robert Pobi. Non seulement, l'auteur utilise les meilleurs ingrédients du genre, mais il nous captive de la première à la dernière page. Parce que les victimes sont, pour l'essentiel, des enfants de dix ans brillants, surdoués ? Du fait que l'enquêtrice et ses collègues ne ménagent pas leur peine ? Parce l'assassin apparaît d'une grande perversité ? Oui, et pour beaucoup d'autres raisons. Un suspense enthousiasmant, palpitant, un des plus passionnants de l'année.

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