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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 05:55

Dans le Wyoming, le shérif Walt Longmire dirige la police locale du comté d’Absaroka. Son mentor fut Lucian Connally, retraité depuis quelques années, dont Walt Longmire hérita du poste. Aujourd’hui, l’ancien shérif a besoin des compétences de son successeur. Dans le comté voisin de Campbell, le policier Gerald Holman s’est suicidé à l’âge de soixante-sept ans. Après une carrière impeccable dans divers services de police du Wyoming, il avait été chargé des Affaires non résolues du comté de Campbell. Si Lucian Connally s’intéresse à cette mort, c’est en tant que proche ami de Phyllis Holman, la veuve, femme de caractère. Walt Longmire et Connally s’installent dans le principal motel de la ville, et contactent le shérif Sandburg. Ce dernier ne s’est guère posé de question sur le suicide de Holman. Le geste s’explique mal, quand même, pour un homme solide comme lui.

Longmire ne compte pas sur la coopération de Richard Harvey, qui était censé enquêter avec Holman, mais dont le shérif d’Absaroka devine l’incompétence. Les récents dossiers traités par le défunt concernaient trois disparitions de femmes. Roberta Payne et Linda Schaffer vivaient dans cette ville. Jone Urrecha était strip-teaseuse dans un club, Chez Dirty Shirley, à une quinzaine de kilomètres. C’est le cas de cette dernière, que sa sœur recherche activement, qui amène Longmire jusqu’à Arrosa, le hameau où se situe le club. Entre l’employé du bureau de poste et le videur du club, pas si méchant que ça, il obtient quelques détails sur la disparue. Quant à la propriétaire de l’établissement, sœur du shérif Sandburg, il est nécessaire de la bousculer un peu. Jone était restée ici plus longtemps que d’autres filles, mais elle se montrait peu liante.

Selon le jeune enseignante Connie, fille de Gerald Holman, une enquête sur la mort de son père n’est pas indispensable. Néanmoins, Walt Longmire va persévérer. Il est bientôt rejoint par Victoria Moretti, son intrépide adjointe du comté d’Absaroka. Le jeune agent Dougherty de la police locale, qui mérite mieux que son job obscur, vient en renfort sur l’enquête de Longmire. Le shérif rencontre l’ex-mari de Linda, un armurier resté attaché à son ancienne femme, dépressif depuis sa disparition. Puis il fait la connaissance de la mère de Roberta Payne, plus pitoyable que malhonnête. Ses investigations avancent lentement, alors que Walt Longmire devrait se trouver à Philadephie, où sa fille Cady doit accoucher sous peu. Ce serait gravissime qu’il soit absent.

Son ami Henry Standing Bear ne sera pas de trop pour progresser vers la vérité. À la poursuite de Roberta et d’un inconnu, qu’ils ont repérés du côté de Deadwood, le duo va se retrouver encerclé par un troupeau de bisons. Quant au sort des deux autres femmes disparues, Linda et Jone, il reste fort incertain…

Craig Johnson : Tout autre nom (Éditions Gallmeister, 2018)

Pour la deuxième fois en deux jours, on me claqua la porte au nez, et je me retournai juste à temps pour voir un poing décrire une belle trajectoire en crochet visant le côté de ma tête. Je reculai immédiatement et regardai le grand gaillard, qui avait enfilé un blouson bleu et or, plonger devant moi, emporté par son élan et s’étaler dans la neige de tout son long avec un peu d’aide de ma part.
Il reprit ses esprit et se déplaça plus vite que je ne l’aurais pensé. En se levant, il balança un coude vers moi, mais je le déviai pour qu’il passe au-dessus de ma tête. Je lui assénai ensuite un coup de toutes mes forces dans le flanc, me disant que si ça ne lui coupait pas la chique, j’étais mort.
Il s’écroula sur le côté et tomba maladroitement. C’est à ce moment précis que je sentis quelque chose de très dur me frapper l’arrière du crâne. Je redressai mon chapeau et me tournai. La femme maigrichonne avec la cigarette aux lèvres était maintenant armée d’un gaufrier en fonte.

Walt Longmire est à l’opposé de l’image négative du shérif, présentée dans quantité de romans, où le représentant de la loi s’avère trop sûr de son autorité, gras et détestable, voire corrompu. Homme mûr de belle stature, Longmire apparaît encore athlétique. Nul ne contesterait son honnêteté, ni son professionnalisme. On peut penser qu’il affiche un discret sourire au coin des lèvres, ne perdant pas une occasion de plaisanter si la situation s’y prête. Qu’il sache se faire plus strict selon les cas, on n’en doute pas non plus. Mais il ne cherche pas forcément l’affrontement. Son expérience lui offre un réel discernement, un regard juste et humaniste sur ses contemporains. Il partage assurément la sagesse de ses voisins et amis amérindiens. L’ambiance des déserts montagneux où il vit contribue également à une certaine sérénité.

Bien que “Tout autre nom” soit la onzième aventure de Walt Longmire, même les lecteurs connaissant mal l’univers de ce héros ne seront pas perdus. Car Craig Johnson s’applique à nous familiariser avec les proches du shérif, autant qu’à préciser les décors. Le tempo ne cherche pas la précipitation, qui n’ajouterait rien à ce type d’intrigue. D’autant qu’ici, le shérif ne se sent mandaté par personne pour éclaircir cette affaire. Il est simplement un peu pressé par le temps. Comme toujours, le dosage entre les moments légers et d’autres nettement plus sombres est parfaitement équilibré. Une fois de plus, on a plaisir à suivre Walt Longmire dans ses tribulations.

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 05:55

Puisque le héros anonyme en possède une, appelons-le Jaguar. Bruno Desarnauds, un de ses bons copains d’études devenu flic, se fait buter peu après leurs retrouvailles. Le commissaire Tourouvre des R.G., beau-père de la victime, le savait en danger. Deux types à moto abattent Étienne Pezetta, le flic partenaire de Bruno. Jaguar rattrape bientôt le tueur. Ce qui le met sur la piste d'Ahmed, celui qui a éliminé son ami Bruno. Le commanditaire d'Ahmed est un nommé Vuidos, qui produit des photos pornos homos. Celui-ci est en contact avec Le Villain, connu de la justice, qui semble être son patron. Les deux tueurs sont bientôt supprimés.

Valentin "le Toulousain", un truand pas net, apprend à Jaguar ce qu'organise Le Villain : des combats mortels de gladiateurs, sur lesquels on parie. Avec sa complice Karen, il fait ensuite chanter les riches parieurs. Trahi par Valentin, Jaguar espère que le commissaire sera son allié. Les mêmes personnes lui font du chantage pour une autre histoire, avoue-t-il. Plusieurs témoins sont successivement exécutés. Jaguar hésite à continuer.

Lâché par le policier, Jaguar entraîne sa jeune maîtresse Danielle dans sa sanglante aventure. Ayant éliminé Valentin, le couple doit abandonner leur puissante voiture et voler un taxi, avant de se réfugier chez Sam Perez. Ce viticulteur bourguignon est leur seul ami sûr. Mais la bande dirigée par le nommé Carvallo est déjà sur leurs traces. Jaguar, Danielle et Sam peuvent se replier dans un mas de Clermont-L'Hérault. Ils savent que les truands ne tarderont pas à les y cerner. Ils se préparent à affronter leurs adversaires, pour un inévitable carnage…

Kââ : Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales (Éd.La Table Ronde, coll.La Petite Vermillon, 2018)

Le temps de me tourner, j’entendis trois fois le départ des 357 magnum, le hurlement de la moto qui démarrait et l’officier de police judiciaire Étienne Pezetta devint un corps en proie à la démence des impacts, corps violemment, épouvantablement repoussé en arrière dans le restaurant. Lorsque les balles eurent fini de traverser ce corps, mort avant d’avoir touché terre, elles poursuivirent, l’une d’elle arracha le bras d’une dame très honorable, et les deux autres se contentèrent d’aller déchiqueter les paquets de cigarettes en fin de trajectoire.
Valentin était déjà au volant, reculait, je poussai Danielle hallucinée dans la Golf GTI, la moto des tueurs filait dans la rue de la Roquette. Valentin grilla le feu rouge et fonça après eux sans dire un mot. Il avait toujours son sourire niais. Valentin monta à cent-soixante dans la ligne droite de la rue déserte

Auteur d’une vingtaine de romans, Kââ (1945-2002) figure parmi les écrivains marquants du polar noir. “Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales”, son quatrième roman, a été publié initialement en 1985. Il n’est pas exagéré d’affirmer que sa tonalité fut exceptionnelle. Peut-être parce que ses histoires sont plus cyniques que réalistes, parce que son jeu avec la mort est souvent dérangeant. Ça canarde beaucoup sans états d’âme, en utilisant des flingues puissants, multipliant les cadavres, la plupart des victimes ayant mérité leur sort.

C’est bien cette ironie mordante dans des cascades de scènes noires qui fait tout l’intérêt de cet auteur hors catégorie. En ce sens, il fut nettement plus novateur que certains auteurs de la veine “néo-polar” des années 1980, qui ont aussi leurs qualités. La narration est cash, percutante, décrivant l’instant aussi sombre soit-il. Dans un monde cynique et mortifère, l’outrance est de circonstance. Tant pis si la morale n’est pas toujours sauve. Les rééditions de titres de Kââ sont d’excellentes initiatives, car c’est un auteur majeur qui ne doit surtout pas tomber dans les oubliettes du polar.

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 05:55

Audra Kinney, trente-cinq ans, traverse les États-Unis en voiture avec ses enfants, de New York jusqu’en Californie. Elle peut compter sur Sean, onze ans, pour veiller sur sa petite sœur Louise. Tous trois sont en fuite. Séparée de son tyrannique mari Patrick depuis dix-huit mois, Audra risquait de se voir retirer ses enfants. Car la famille de son époux est puissante, en particulier sa mère Margaret. Et puis, Audra a un passé de toxicomane, et a longtemps été alcoolique. Tant qu’ils vivaient ensemble, Patrick Kinney a entretenu un climat malsain, afin qu’elle soit suspectée de folie. Aujourd’hui, Audra et les enfants sont sur une route de l’Arizona, quand intervient un contrôle de police. Dans le coffre de leur voiture, le shérif Ronald Whiteside déniche une provision de marijuana.

Bien que niant savoir d’où vient cette drogue, Audra est en état d’arrestation. C’est l’agent femme Collins qui va se charger de Sean et Louise. Elle est censée les conduire dans “un endroit sûr”. Ce n’est pourtant pas à Silver Water, où se trouve le bureau du shérif, qu’elle les amène. Les enfants sont bientôt séquestrés dans la cave d’une cabane. Sean tente de rester lucide pour protéger sa petite sœur. Quant à Audra, le shérif Whiteside la place en cellule à Silver Water. Depuis la fermeture de la mine de cuivre, l’essentiel de la population a déserté cette bourgade. Il n’y a plus beaucoup de vie par ici, ni guère de budget pour la police locale. Le shérif se montre conciliant avec Audra, en apparence. Mais, selon sa version des faits, aucun enfant n’accompagnait la jeune femme.

L’agent du FBI Jennifer Mitchell, une afro-américaine spécialisée dans les disparitions de mineurs, a été désignée pour diriger l’enquête. Elle a glané des éléments pouvant indiquer des maltraitances d’Audra envers ses enfants. Le passé mental de la suspecte ne plaide pas non plus en sa faveur. Son témoignage ne vaut rien face à ceux des policiers : “Le shérif Whiteside et l’agent Collins ont à leur actif des années d’expérience, des états de service irréprochables. Dites-vous bien que le shérif Whiteside est un héros de guerre… Vous, vous êtes une ancienne droguée qui fuit les services d’aide à l’enfance. Quel poids pensez-vous que votre parole puisse avoir face à la leur ?” Toutefois, à l’audience du tribunal, Audra obtiendra la semi-liberté, étant obligée de loger à Silver Water.

Danny Lee, surnommé Doe Jai – l’homme au couteau, appartient à la communauté asiatique de San Francisco. Il a même fait partie de la mafia chinoise locale, avant de se marier. Largement médiatisé, le cas d’Audra lui rappelle le drame qu’il a traversé. Sa fille Sara a disparu cinq ans plus tôt, et son épouse s’est suicidée. Il imagine une organisation de trafic d’enfants derrière ces affaires. Après une étape à Phoenix, Danny Lee ne tarde pas à débarquer à Silver Water. Le shérif Whiteside repère bien vite cet Asiatique qui, s’il n’est pas journaliste, n’a rien à faire dans sa ville. De son côté, Audra reçoit le soutien moral de la logeuse, Mrs Gerber, pas dupe de l’hypocrisie du shérif. Tandis que Patrick Kinney rôde par ici, Danny Lee entre en contact avec Audra…

Haylen Beck : Silver Water (Éd.HarperCollins 2018)

Le poids de la déconvenue alourdit à nouveau les épaules d’Audra – peur, colère, impuissance. Elle enfouit son visage entre ses mains, tandis que Mitchell poursuivait.
— J’ai entendu ce que vous m’avez dit à propos du shérif Whiteside et de l’agent Collins, et croyez-moi, je vais leur en parler. Mais à l’heure qu’il est, même si je ne tiens pas compte des éléments que nous avons découverts dans votre voiture, c’est votre parole contre la leur. Je me suis aussi entretenue avec d’autres personnes, aujourd’hui. Notamment au bar-restaurant où vous avez mangé de bonne heure hier matin. La responsable a confirmé que Sean et Louise étaient avec vous à ce moment-là. Pour autant que je le sache, c’est la dernière personne qui vous a vus ensemble, vos enfants et vous. Elle a dit que vous paraissiez nerveuse.
— Bien sûr que j’étais nerveuse, dit Audra entre ses mains. J’essayais de fuir mon mari.

Haylen Beck n’est pas un auteur inconnu. C’est le pseudonyme de l’écrivain nord-irlandais Stuart Neville. Son roman “Les fantômes de Belfast” (Éd.Rivages, 2011) fut récompensé par le Prix Mystère 2012. Outre “Ratlines” (2013), ses titres de la série ayant pour héros Jack Lennon sont progressivement traduits en France. S’il utilise ici un autre nom d’auteur, c’est pour marquer la différence entre ses romans noirs et ce thriller.

En effet, c’est un thriller intense que l’on nous propose ici. Si le sujet de base ne cherche pas à innover – deux enfants disparus, leur mère en accusation – c’est la construction du récit qui s’avère épatante. L’auteur a l’intelligence de nous décrire la manipulation dont est victime la jeune femme, et de ne pas nous cacher le caractère des protagonistes. Sous son air de flic fiable, le shérif Whiteside est complètement véreux. Si elle s’est laissée entraîner dans cette opération, l’agent Collins n’en est pas moins sa complice. Le suspense ne réside pas dans l’identité des coupables, ni dans le but du kidnapping, mais dans le sort des enfants et la capacité de leur fragile mère à surmonter l’épreuve.

Certes, celui qui va l’aider a connu un problème semblable. Avant tout, Danny Lee fut un efficace homme de main pour un gang de la mafia chinoise en Californie. Il est aguerri aux situations difficiles, et il possède une maturité lui permettant de ne pas perdre son sang froid. Dès le départ, il est décidé à aller au bout de la mission qu’il s’est fixée. En parallèle, on suit également la captivité de Sean et Louise. Le garçon fait son maximum pour limiter la dureté de ce qui leur arrive. Mais tant qu’ils sont surveillés par l’agent Collins, peu de solutions se présentent pour s’en sortir. Grâce à une remarquable souplesse narrative, cet excellent thriller aux péripéties multiples et à l’ambiance tendue passionne du début à la fin. Un roman à dévorer sans modération.

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 05:55

Mathieu est âgé de quarante-huit ans. Il tient un dépôt-vente à Montreuil, assisté par Gary et Mylène. Le premier est un Gitan, la seconde une femme mûre. La compagne de Mathieu se prénomme Anna. Professeur d’anglais, elle a une fille adolescente, Laurie. Ils habitent sur une île de la Marne. L’enfance de Mathieu fut marquée par un épisode dramatique. Il devint orphelin à l’âge de six ans, quand le manoir breton de ses parents fut la proie d’un incendie qui ravagea tout. Absent pour cause de vacances, Mathieu en réchappa. L’oncle et la tante paternels de l’enfant le recueillirent et l’élevèrent. Septuagénaires, ceux-ci vivent toujours dans leur maison de Fontenay-sous-Bois. Mal dans sa peau, Mathieu se montra parfois agressif étant jeune. Jamais il ne retourna voir le manoir de ses parents, à la pointe de Lochrist, sur la commune de Kerloch.

Une certaine Catherine Dourdan a laissé au dépôt-vente un album de photos qui retient l’attention de Mathieu. Sur ces images, il reconnaît le manoir de son enfance, ainsi que lui et ses parents. Étrange, mais ce qui suit l’est plus encore. Une tentative de cambriolage a lieu au dépôt-vente, avant que le même duo de malfaiteurs ne s’attaque à la maison de Mathieu. Si le policier Dagan est un pro qui fera son métier, il reste beaucoup de questions auxquelles seul Mathieu peut essayer de trouver des réponses. Avec Anna et Laurie, ils sont relogés dans l’immeuble de Mylène. Toutefois, c’est en Bretagne qu’il faut chercher des éléments. À la mairie de Kerloch, on fournit à Mathieu les actes de décès de son père et de sa mère. Non sans lui préciser que le maire d’alors était un profiteur, un magouilleur. Mathieu et Anna ont besoin d’approcher de l’ancienne propriété parentale.

Le couple est bien vite stoppé par un homme et ses chiens malinois. L’actuel possesseur du manoir rebâti vit là avec sa petite-fille. Il a récemment eu la visite de cette Catherine Dourdan, qui déposa l’album-photos. Comment expliquer que d’autres photos circulent sur Internet, présentant le manoir sinistré ? L’homme aux chiens envisage une hypothèse qui ne paraît pas absurde à Mathieu, mais qui va l’obliger à longer les côtes du littoral breton, jusqu’au château de Trévignon. Là, un nouvel interlocuteur lui suggère un trucage, ce qui apparaît probable à Mathieu. La piste Catherine Dourdan finit par porter ses fruits. S’il ne s’agit pas de la même personne, il existe malgré tout un lien fort insolite. Mathieu, Anna, Gary et Mylène se rendent à Lyon, sur les traces de la défunte Catherine Dourdan. Une très mauvaise surprise attend Mathieu au cimetière.

Si une quarantaine d’année se sont écoulées depuis l’incendie fatal, il reste néanmoins des témoins ayant bien connu les parents de Mathieu. La vie de ces derniers fut-elle vraiment ce que croit en savoir leur fils ? Peut-être qu’un concours de circonstances a imposé une série de mystères et de mensonges. Qu’il est temps pour Mathieu d’éclaircir…

Hervé Commère : Sauf (Fleuve Noir, 2018)

Le type ne m’entend pas. Il me demande de parler distinctement mais dès que je relève la tête, un des deux chiens grogne juste au-dessus, et je me recroqueville.
Un silence s’ensuit. Il n’y a que le bruit de nos respirations saccadées, ainsi que celles des deux molosses, avec au loin le son des vagues. L’homme doit aller et venir, peut-être inspecte-t-il la moto, son immatriculation, ou simplement nos deux corps l’un sur l’autre, qu’il domine. Puis je l’entends me sommer de ne pas bouger, et je sens sa main se glisser dans ma poche déformée par mon téléphone. Il saisit l’appareil. Je l’imagine en train d’en explorer le contenu, les contacts, les photos, les messages. C’est exactement le cas. L’homme est même allé chercher un des sièges de jardin, s’y est installé, nos deux corps tremblants sous ses yeux. C’est ce que je découvre quand il nous dit soudain d’un ton pénétré :
— Relevez-vous, regardez-moi.

Hervé Commère est un perfectionniste de la construction scénaristique, qualité déjà notée dans ses précédents titres. Un héros au passé tourmenté placé au centre d’une histoire, ça semble presque habituel. Mais dès les premières pages, nous sont livrées quelques-unes des bases d’un récit qui entraîne le lecteur dans un tourbillon de rebondissements. Il est bon de souligner que Mathieu n’est pas absolument solitaire dans sa quête de vérité. Anna, Laurie, Gary, Mylène, Raymond, ont leur rôle à jouer. Face à certaines découvertes, il aura bien besoin d’être épaulé. Les réponses ne viennent pas à lui sous leur forme la plus directe, tant les faits masqués sont énigmatiques. Des indices, des photos, le reflet d’une silhouette, un accident tragique, un manoir mystérieux.

Tous les éléments sont ici réunis pour alimenter un suspense permanent, pour relancer sans cesse l’intrigue. Ce qui suppose certains effets un peu appuyés, mais telle est la règle du jeu lorsqu’on veut tenir son lecteur en haleine. L’essentiel est de maîtriser la progression du scénario, ses sinueux méandres : on peut faire confiance à l’auteur en la matière. Tout en préservant un caractère psychologique quant aux origines de toute l’affaire, sans quoi elle serait beaucoup moins crédible. Encore une belle réussite à l’actif de l’excellent Hervé Commère.

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 05:55

Le terrorisme joue sur l’effet de surprise, frappant là où on ne l’attend pas. Même dans une ville portuaire à deux cent quatre-vingt kilomètres de Paris, on peut trouver quelques radicalisés prêts à passer à l’action. Issus d’un quartier sensible où une population bigarrée s’entasse dans des tours, ces kamikazes n’ont rien de brillants héros. Il suffit de leur fournir des kalachnikovs, et un plan d’attaque approximatif, pour lancer une opération destructrice. Sous l’influence d’un imam, et pensant avoir converti une jeune Française grâce à ses talents sexuels, le Combattant et une poignée de sbires vont commettre un ou plusieurs attentats. Mais un capitaine de la police anti-terroriste possède un contact dans cette ville, qui le prévient de l’imminence de l’affaire.

Ayant compris qu’un indic les avait trahis, le Combattant et sa bande causent un carnage dans le bar où le flic devait rencontrer son contact. Bien que le policier ne s’en tire que provisoirement, il a eu le temps d’alerter ses services. Pour le petit groupe d’islamistes, c’est la débandade. Tandis qu’une vaste intervention policière investit le quartier sensible, entraînant une émeute, comme ses comparses, le Combattant se cache lamentablement. L’état-major anti-terroriste peut considérer que, malgré la perte d’un policier d’élite, c’est un succès. Juste une question d’heures pour retrouver et éradiquer les rescapés de la bande du Combattant. Quant à sa complice, la Petite Gauloise, ils n’en ont pas vraiment entendu parler, et elle est trop transparente pour être soupçonnée.

Au lycée Charles Tillon, actuellement en travaux, le prof de français Flavien Dubourg a prévu ce jour-là une rencontre avec Alizé Lavaux, auteure-jeunesse. Toujours périlleux, s’agissant d’élèves pour la plupart incapables de lire le moindre livre. La principale raison de cette invitation, c’est que Flavien Dubourg fantasme sur la ravissante Alizé Lavaux. En un mot, il voudrait bien se faire dépuceler par elle. Il ignore que l’auteure, une fumeuse invétérée, est relativement peu motivée par cette animation. À part Stacy Billon, la bonne élève de la classe qui ne posera pas de problèmes, Flavien espère qu’Alizé Lavaux saura amadouer par son charisme les jeunes mâles du troupeau scolaire. Ils ont de la testostérone à revendre, ces grands ados d’origines ethniques diverses.

L’essentiel, c’est que la situation soit stabilisée, que les forces anti-terroristes aient réussi à calmer les troubles. Du moins en apparence. Ce ne sont pas le Coran et ses sourates qui dictent sa conduite à la Petite Gauloise. Il y a peu de chance qu’elle renonce à son projet…

Jérôme Leroy : La petite Gauloise (La Manufacture de Livres, 2018)

Mais cette fois-ci, il s’agit d’un collègue abattu qui a eu le temps d’avertir qu’un sale truc se préparait, de quatre morts dans un bistrot dont deux barbus avec des kalachs et l’indic du collègue. Sans compter, d’après des témoins, une deuxième équipe de deux ou trois tireurs disparus dans la nature.
Ça sent mauvais.
Alors, dans les 800 et dans le reste de la grande ville portuaire de l’Ouest, en pleine nuit, grâce à l’état d’urgence, on perquisitionne un peu partout, on fait venir une équipe de la SDAT, on arrête préventivement les fichés S, on en profite pour évacuer un squat anarcho-autonome qui empêche un projet immobilier du côté du quartier de Jeanval, mais décidément on ne trouve rien et la nuit avance dangereusement. On défonce portes et crâne, on crie beaucoup, on fait hurler les sirènes, on énerve tout le monde, et assez logiquement on provoque une émeute.
Le maintien de l’ordre, c’est un métier, y a pas à dire.

Jérôme Leroy serait sûrement capable d’écrire une volumineuse thèse sociologique sur la France d’aujourd’hui, sur la mixité sociale qui ne fonctionne pas toujours, sur l’ambiance anxiogène entretenue par les théoriciens du Grand Remplacement. Il a bien raison de choisir une tonalité beaucoup plus légère pour évoquer ces questions sociétales, et d’opter pour un roman court, format adéquat. Il y a une bonne dose d’espièglerie dans l’histoire qu’il nous raconte ici. Certes, le terrorisme est une menace à prendre au sérieux. Mais il n’est pas interdit de poser un regard malicieux sur ces faits. C’est même une marque de lucidité, que d’utiliser un humour pouvant s’avérer ironique, grinçant, voire mordant.

Vivons-nous dans un monde binaire, où n’existeraient que le Bien et le Mal, sans nuance ? Jérôme Leroy apporte une esquisse de réponse. Et si c’était le nihilisme qui était en train de prendre le pas sur les idéologies, les communautarismes, les schémas habituels ? Les générations actuelles pratiquent l’abstention aux élections, ne se mobilisent guère pour des causes pourtant valables. Et s’il s’agissait, pour une partie d’entre eux, d’une autre forme de radicalisation, d’un rejet définitif ? C’est en l’illustrant avec un sourire enjoué et sur un rythme plein de vivacité, que Jérôme Leroy nous soumet cette suggestion.

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 05:55

Glasgow, début janvier 1973. Âgé de trente ans, Harry McCoy est aujourd’hui inspecteur, après avoir déjà passé de longues années dans la police. Si ses rapports avec Murray, son supérieur hiérarchique, sont parfois houleux, il y a de l’estime entre eux. La mère de McCoy est partie quand il avait trois ans. Son père alcoolique et brutal tenta vainement de s’occuper de lui. Il vécut en famille d’accueil, mais fréquenta aussi des foyers catholiques pour orphelins dont il conserve un souvenir exécrable. Malgré tout, c’est ainsi qu’il connut son meilleur ami, Stevie Cooper, devenu un caïd de la pègre glaswégienne. Harry McCoy s’engagea tôt dans la police. Il eut une compagne, Angela, mais un drame les sépara. Il a ses habitudes dans une maison close — avec la prostituée Janey, fume trop souvent des joints, et s’enivre dans les pubs miteux, y compris ceux accueillant les bikers.

Malgré l’intervention de McCoy et de son jeune adjoint Wattie, une femme de dix-neuf ans est abattue devant la gare routière, par un jeune homme de son âge qui se suicide illico. Un détenu venait d’informer McCoy du probable meurtre. La victime, Lorna Skirving, jolie blonde, était aide-serveuse au Malmaison, mais ne s’intéressait guère à ce métier. Par sa colocataire Christine, les policiers apprennent que Lorna se prostituait ponctuellement. Pas du tapin ordinaire, semble-t-il, car de récentes ecchymoses sur son corps laissent penser qu’elle participa à des séances sado-maso. Entre-temps, le détenu homo qui avait informé McCoy est découvert égorgé dans les douches de la prison, la langue coupée. Un contrat pour un commanditaire extérieur, évidemment. L’assassin de Lorna, Tommy Malone, a été identifié par un prêtre du foyer où il fut hébergé.

Tommy Malone était employé comme jardinier dans la propriété de Lord Dunlop. Un lieu où McCoy n’est pas du tout le bienvenu. Avec Wattie, ils interrogent Jimmy Gibbs, trente-quatre ans, régisseur du domaine et actuel compagnon d’Angela. Pas de franche réponse au sujet du jeune Tommy. Ce ne sont pas Lord Dunlop ou son fils Terry qui en diront plus sur cet employé sans importance pour eux. Quant à Lorna, elle leur est inconnue. Suite à cette visite, que les Dunlop n’ont pas appréciée, le chef Murray est sous pression, priant McCoy de trouver d’autres pistes. Grâce à l’universitaire Susan Thomas, qui étudie la marginalité locale, un nom apparaît. Une certaine Baby Strange pratiquerait une forme de proxénétisme différent. Si les maisons closes ont toujours une clientèle, ce sont d’autres "services" auxquels certains hommes aisés font appel.

Quant à l’origine de l’arme utilisée par Tommy Malone, ce n’est pas à Glasgow qu’il a pu l’acquérir. Quelqu’un lui a sûrement fourni ce flingue. Si McCoy se fait tabasser, c’est que son enquête dérange. Il fuit bien vite l’hôpital pour continuer ses recherches. Il va entrer en contact avec Baby Strange, en marge d’un concert de David Bowie. Une autre victime est découverte, cette Isabel Garvey présentant des points communs avec Lorna. Bien que la coupable passe aux aveux, McCoy est convaincu que la vérité est moins simple. Faut-il se contenter de cette solution de facilité ? Non, le policier va persévérer…

Alan Parks : Janvier noir (Éd.Rivages, 2018)

McCoy n’arrivait pas à le quitter des yeux. Il regardait ses gros doigts tambouriner sur ses papiers, les petits mouvements de sa chaussure bien cirée, ses cheveux gominés, la goutte de sueur qui perlait sur son front tandis que le whisky descendait. Il lui rappelait tous les autres prêtres qu’il avait connus. Il y avait aussi l’odeur du bâtiment, la cire et l’encens. Le Sacré-Cœur au mur, Jésus, le regard baissé vers eux, bras écartés, du sang dans chaque paume. Dès qu’il avait sur où ils allaient, ç’avait commencé. La nausée, les mains moites. Il avait tenté de compter à rebours, comme on le lui avait appris. Visualiser une scène paisible dans son esprit. Rien à faire. Lorsque Wattie avait arrêté la voiture devant la chapelle, McCoy avait été tenté de s’en aller, de rattraper Paisley Road West à pieds et d’entrer dans le premier pub qu’il trouverait, de laisser Wattie se débrouiller. Il en avait marre de ressentir ça. Il n’avait pas envie de retourner chez le médecin, il savait pourtant que c’était nécessaire.

Dans les années 1970, Glasgow traverse une période de mutation, augurant d’un avenir incertain. Après des décennies fastes, l’Économie est beaucoup moins florissante, laissant toute une population dans la misère. De nombreuses habitations n’étaient plus que des taudis insalubres. On les a rasées les unes après les autres, afin de tracer des routes et de bâtir des immeubles de type HLM, plus loin vers la banlieue de la ville. Des chantiers en cours qui dénaturent Glasgow, selon ceux qui en sont natifs. D’anciens quartiers ont déjà disparu. Des pubs, qui avaient naguère un certain standing, ne sont plus que des bistrots ordinaires. Des sans-abris squattent les locaux industriels promis à la destruction.

Qu’il existe encore une classe sociale fortunée à Glasgow, bien sûr. Ces privilégiés gardent tout leur pouvoir auprès des autorités, aussi discrètement que possible mais avec fermeté. On ne dérange pas les riches familles pour de banals faits-divers, qui ne sauraient impliquer leur milieu. À l’opposé, sévissent quelques gangs mafieux, assez bien organisés pour ne pas trop faire de vagues. Les drogues qui circulent, les maisons closes traditionnelles, les clubs mal fréquentés, ça ne perturbe pas tellement la vie locale. La police a tout à gagner en négociant avec les caïds : “Il faut qu’il y ait des échanges. Si tu veux tirer ton épingle du jeu, il faut qu’il y ait une porte d’entrée, quelqu’un à qui parler, un contact de l’autre côté de la barrière” explique McCoy à son jeune collègue.

À Glasgow comme ailleurs, malgré le poids toujours présent de l’Église d’Écosse et de la religion catholique, cette époque est celle d’une libéralisation des mœurs, d’une envie de liberté qui passe par le cannabis ou autres substances, ainsi que par la musique. On aperçoit ici David Bowie, venu faire un show dans cette ville. Bientôt, naîtra le groupe Simple Minds, les frères Mark et David Knopfler y créeront le groupe Dire Straits, et bien d’autres artistes de Glasgow se feront connaître. À trente ans, Harry McCoy est le témoin de toute l’évolution de sa ville. Marqué par diverses épreuves, il y a en lui une large part de rébellion contre la société conformiste, mais aussi un besoin de faire correctement son métier de flic. Quitte à bousculer l’ordre établi.

Ce premier roman d’Alan Parks, doté d’une narration limpide et fluide, est franchement enthousiasmant. Dans la noirceur d’une ville sale, McCoy est un de ces héros que la vie n’a pas ménagé – un personnage d’une belle humanité – pour lesquels on éprouve vite de l’empathie. On espère le retrouver dans de futures enquêtes, aussi sombres soient-elles.

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 05:55

À travers le monde, Elvis Presley compte quantité de sosies. En Belgique, Elvis Cadillac est un de ses admirateurs, qui connaît une certaine notoriété en tant que sosie du chanteur. Mais le Belge admet ses limites : “[Il] était loin d’avoir la beauté insolente, virile et racée du King. Il n’avait pas non plus le charisme, ni la voix chaude de baryton, veloutée et animale de son idole, mais il se sentait habité par lui et était persuadé d’avoir été choisi pour perpétuer son souvenir, parce qu’il le valait bien. Premier blanc à chanter comme un noir, un mélange de folk, de boogie et de blues dans les années cinquante d’une Amérique puritaine, Elvis Presley, avec son look rebelle et sexy, faisait craquer les teenagers. Cadillac, lui, faisait craquer les vieilles dans les homes. Il était né trop tard.”

Avec sa chienne Priscilla et sa Cadillac rose 1955, le sosie trouve l’occasion de s’éloigner de sa mère, l’envahissante Raymonde Pirette. Il a décroché un contrat sur la Côte Fleurie, pour interpréter quelques chansons aux obsèques de M.Maurice, admirateur de Presley. La Normandie du côté de Dives-sur-Mer, il ne connaissait pas encore, mais il est tout de suite séduit par l’ambiance envoûtante. Quand il prend un auto-stoppeur, un vieux Normand fantomatique et cultivé, Elvis Cadillac se dit qu’on croise de curieux personnages par ici. À Dives, la population n’est guère prolixe concernant M.Maurice. D’ailleurs, il n’y a qu’une seule personne à ses obsèques, sa voisine Hortense, qui fait figure de gardienne de leur quartier, le pittoresque village de Guillaume-le-Conquérant.

Remarquant une photo du défunt M.Maurice, Elvis Cadillac s’aperçoit que c’est l’étrange auto-stoppeur qu’il avait embarqué. Pourtant, Hortense confirme que son voisin est bien mort dans sa cabane de pêche, et qu’il n’avait pas de frère jumeau. Le sosie s’autorise une visite clandestine chez M.Maurice, mais aucun indice n’apparaît probant… Le décès de M.Maurice n’est pas la seule mort énigmatique s’étant produite ces derniers temps. Deux jeunes filles, Carine Bintje et Violette Chenu ont été assassinées. La première, dont on n’a pas retrouvé la tête, était la fille de Charles Bintje. Cet homme prétentieux est surnommé Patate, dans la région. Quant à Violette Chenu, elle était enceinte. Sa sœur Myrtille, bien moins ravissante qu’elle, cherchera à savoir qui était le père du futur bébé.

Rose, la grand-mère de Carine Bintje, ne devrait sans doute pas tant fouiner autour de son détestable gendre, ça pourrait mal finir. Quant à Elvis Cadillac, il doit en rester à des hypothèses, suspectant tel ou tel d’avoir supprimé M.Maurice. Possible qu’en interrogeant Myrtille, ça ferait avancer son enquête. La chanson de Little Richard “Tutti frutti”, aussi interprétée par Presley, obsède Elvis Cadillac. Il doit bien y avoir une raison…

Nadine Monfils : Le rocker en pantoufles (Fleuve Noir, 2018)

Il ouvrit la boîte et étala les articles découpés dans les journaux. Les lut minutieusement, y cherchant des détails susceptibles de lui faire comprendre ce qui pouvait rattacher ces meurtres à l’intérêt que leur portait M.Maurice. Un goût morbide pour les faits-divers sanglants ? Ou autre chose… Quel lien cet étrange personnage avait-il avec les fillettes ? Les avait-il tuées ? Et s’il était revenu sous forme de fantôme pour se racheter ? […]
Les corps de Carine et Violette avaient été retrouvés près des falaises des Vaches Noires à Houlgate, donc pas loin de Dives-sur-Mer. Plus précisément dans une balise ou bouée charpente rouge, vérolée par la rouille. C’est un des gardes-côte qui, voyant qu’elle ne s’allumait plus et risquait de provoquer des accidents avec les bateaux, était allé vérifier et, en passant par la petite porte appelée "trou d’homme", avait découvert les corps des jeunes filles.
Par contre, on n’avait pas retrouvé la tête de Carine, malgré les recherches des hommes-grenouilles. Mangée par les poissons ?

L’atmosphère des romans de Nadine Monfils se compose d’une large dose de fantaisie, de quelques faits criminels dont la police ne s’occupe guère, de comportements bizarres chez les uns ou ridicules chez les autres, de références allant de Lewis Caroll à Frédéric Dard. Sans oublier la belgitude revendiquée par l’auteure, offrant un piment supplémentaire. Si certains polars sont construits dans les règles de l’art, ce qui est louable, Nadine Monfils se démarque incontestablement en menant le récit plus librement. Son héros drôlatique, et diablement sympathique, collecte des éléments épars, mais aucune méthode ne guide ses investigations en détective amateur. D’ailleurs, s’il a accepté cette prestation sur la Côte Fleurie, c’était juste pour changer d’air, loin de son agent et de sa mère.

Bien que l’humour soit omniprésent, en témoignent les portraits ironiques de la plupart des protagonistes, l’intrigue polar est bien présente. Des meurtres grand-guignolesques, pour rester dans la tonalité. Passons sur la carte postale d’un coin idyllique de Normandie, du côté de Cabourg, célébré jadis par de grands peintres et autres artistes originaux. Charmant, mais retenons surtout les tribulations d’Elvis Cadillac qui, même chaussé de pantoufles, démêlera cette sinueuse affaire. Bienvenue dans l’univers de Nadine Monfils !

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 05:55

Au Japon, Akio est un employé administratif de quarante-sept ans. Marié à Yaeko, ils ont un fils collégien de quatorze ans, Naomi. Ils habitent désormais dans la maison qui fut celle des parents d’Akio. Veuve, sa mère Masae vit avec eux. La vieille dame commence à être atteinte de démence sénile. C’est Harumi, la sœur d’Akio, qui passe chaque jour chez eux pour s’occuper d’elle. Yaeko s’est toujours montrée indifférente envers les parents de son mari. Seul son fils Naomi importe pour elle. Il n’existe guère de liens d’affection dans cette famille. Akio est conscient d’avoir laissé se développer cette aridité des sentiments. Même quand son père déclinait avant de mourir, il fut impuissant à l’aider, ainsi qu’à créer davantage de compassion entre son épouse et ses parents.

Ce soir-là, Yaeko demande à son mari de rentrer plus tôt à la maison. Une fillette de sept ans, Yuna, a été étranglée à leur domicile. Le cadavre se trouve dans le jardinet attenant. Il n’y a pas de mystère : c’est leur fils Naomi qui a tué cette enfant. Depuis quelques temps, il montrait de vagues signes d’attirance vis-à-vis des petites filles. L’ado n’éprouve aucun remords, il ne se sent même pas responsable de ce qu’il a fait. À ses parents de se débrouiller. Pour Yaeko, il n’est absolument pas question d’appeler la police, de laisser son fils risquer la prison. Un instant, les parents pensent s’accuser à la place de Naomi, mais ce ne serait nullement crédible. Durant la nuit, Akio va déménager le corps avec son vélo, n’ayant pas de voiture. Le parc situé à dix minutes de chez lui fera l’affaire.

Le cadavre de la petite Yuna est retrouvé dès le lendemain dans les WC du square. Akio s’est efforcé de gommer toute trace, mais quelques brins d’herbe et du polystyrène vont offrir des indices aux enquêteurs. Kaga est le fils de Takamasa, qui fut un policier émérite, aujourd’hui hospitalisé en phase terminale. Il possède une bonne expérience des faits criminels. Cette fois, il sera associé à son jeune cousin Matsumiya, policier mal aguerri. Ce dernier est plus attentif à la santé de son oncle Takamasa que Kaga ne l’est lui-même. Le professionnalisme froid de son cousin pousse Matsumiya à s’interroger. Est-ce que tous ces prélèvements d’herbe dans les jardinets du voisinage, tâche ingrate, n’est pas du temps perdu ? Pas sûr que des analyses prouvent quoi que ce soit.

Pour s’en sortir, Akio doit provisoirement écarter sa sœur Harumi de leur mère, sous de mauvais prétextes. L’état mental de Masae est de plus en plus divaguant. Kaga pense que le corps de la victime a été déplacé par quelqu’un vivant non loin du parc. Il sent que la famille d’Akio ne leur a pas dit toute la vérité. Pourtant, son cousin Matsumiya en est témoin, ils ne se comportent pas vraiment tels des coupables…

Keigo Higashino : Les doigts rouges (Actes Noirs, 2018)

Ce ne serait pas la première fois qu’il verrait un corps sans vie – le plus récent était celui de son père, et il n’avait jamais ressenti terreur ou dégoût face à un cadavre. Il avait même pu toucher la joue de son père une fois que le médecin eut constaté le décès.
Son état d’esprit actuel n’avait rien à voir avec ce moment-là. Il regardait le sac-poubelle noir en tremblant comme une feuille. Il n’avait pas le courage de le soulever pour voir ce qui était en dessous.
Il ignorait l’état de ce corps qui lui inspirait de la peur. Lorsque quelqu’un mourait à l’hôpital, il y avait si peu de différences entre son état avant et après la mort, qu’il était difficile de déterminer d’un coup d’œil s’il était ou non vivant. Mais le cadavre qui se trouvait ici était d’une autre nature. Une petite fille en pleine forme avait soudain été assassinée. Elle avait été étranglée. Akio ne savait pas à quoi s’attendre.

C’est toujours avec un vif plaisir qu’on lit les romans de Keigo Higashino, dont on apprécie la solidité des scénarios. “Les doigts rouges” en offre un nouvel exemple. La structure de l’histoire ne se base pas sur l’identité du meurtrier, cet ado qui ne joue d’ailleurs qu’un rôle extérieur. Si son père n’a, jusqu’alors, assumé qu’une fonction familiale minimale, ce sera à lui de solutionner le problème. Certes, il a un plan qui convaincra sûrement les enquêteurs, puisque c’est parfaitement plausible. Du moins, face à un policier débutant comme Matsumiya, ça passerait. Mais le chevronné Kaga n’est pas de ceux qui laissent de côté le moindre indice, fut-il furtif. S’il respecte la procédure ordinaire, c’est son propre raisonnement qui le guide. La limpidité narrative n’empêche pas d’installer un véritable suspense, ce que démontre ici avec son grand talent Keigo Higashino.

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