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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 04:55

Breton d’origine, Roch Le Stang est un commissaire divisionnaire âgé de quarante-six ans, en poste depuis quatre ans à Bordeaux. Sa carrière de policier à été exemplaire, quitte à nuire à sa vie privée. Quand Le Stang est convoqué à Paris, une surprise l’attend. Il est affecté dans un bref délai à l’IGPN, avec le grade de contrôleur général. Belle promotion, mais fort déstabilisante pour lui qui se voit plutôt en homme d’action. L’IGPN reste plutôt un placard, à son goût. Son supérieur Keller, ami et mentor, affirme avoir été "contourné". Il ne comprend pas non plus la logique de cette mutation, aussi flatteuse soit-elle. Quant à Le Stang, il ne voit pas parmi les récentes enquêtes qu’il a menées de cas sensibles, qui expliqueraient cette décision de sa hiérarchie.

Une jeune femme de vingt ans vient d’être assassinée à Paris. C’était une toxico fichée, du nom de Rochelle Verdon. Immédiatement, Le Stang réalise qu’il s’agit de la fille de Claire, son amour de jeunesse au temps où il était jeune flic. Certains indices laissent supposer que la victime était la fille de Le Stang. Claire ne se manifestant pas, hormis dans les pensées du policier, il tente d’obtenir des infos à l’ancienne adresse de son amie. C’est en sortant de cet immeuble que Le Stang est la cible de tirs, sans qu’il soit blessé. Il se sent au cœur d’une énigme, dont il ne maîtrise absolument pas les éléments. Keller lui dégote une confortable et discrète planque non loin de Montparnasse, et lui adjoint un policier efficace, Castelli. Ce dernier ne tardera pas à trouver une piste.

Entre-temps, Le Stang fait un rapide retour à Bordeaux, après avoir une nouvelle fois étudié les enquêtes en cours pouvant avoir un lien avec ses problèmes. Sur place, seul le cas de Valenti, un patron de club racketté, apparaît sérieux. Son équipe locale s’en occupe. Quand il revient à Paris, Castelli a progressé. La voiture ayant servi au tireur appartient à une strip-teaseuse, qui essaie de "balader" un peu les policiers avec une fausse version. En réalité, elle prête son véhicule à son compagnon, un ancien flic des Stups, employé désormais aux Archives du Ministère de l’Intérieur. Clairement, il a le profil d’un exécutant. Il semble avoir été engagé par un sous-fifre du cabinet ministériel, intermédiaire pour le véritable donneur d’ordres. La suite sera sanglante, ce qui va causer quelques remous dans les hautes sphères. Jusqu’à ce que Claire dévoile les arcanes de l’affaire…

Patrick Tudoret : Printemps acide (Éd.De Borée, 2018)

Au claquement sec, si caractéristique, il reconnut aussitôt un calibre 38. La voiture venait d’accélérer en trombe et avait arraché, dans sa fuite, le pare-choc d’une camionnette en stationnement. Le Stang eut juste le temps de bondir et de reconnaître l’arrière d’une BMW bleu nuit conduite par un homme, comme le laissait supposer sa carrure. Deux secondes après, elle avait déjà bifurqué dans la rue Petit. Il n’avait même pas eu le temps de saisir son propre calibre, un Sig-Sauer SP 2022, qu’il portait en permanence sous sa veste. Compte tenu de la vitesse de la scène, ça n’eût d’ailleurs servi à rien. Encore sous le choc, il se tâta, incrédule. Non rien, il n’avait rien. Il était passé à deux doigts du pire. De cela, au moins, il était sûr.

De même qu’il existe des romans noirs et d’autres privilégiant l’enquête, certains auteurs développent le “polar d’ambiance”, comme c’est le cas ici. L’affaire tourne autour d’un flic chevronné, de ceux qui possèdent "l’esprit maison" et mènent une brillante carrière. Il ne paraît donc pas y avoir la moindre raison à ses déboires du moment. Certes, c’est une part de son passé qui resurgit brutalement. Qui, dans l’ombre, tire les ficelles et pourquoi, voilà ce qu’il devra déterminer. Il suffit d’entrer dans l’univers de ce personnage, et de le suivre durant plusieurs jours dans son quotidien quelque peu bousculé. Tel est l’objectif narratif de l’auteur, tout en sachant que le fond de l’intrigue ne manque pas de noirceur. Un roman policier fort sympathique.

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 04:55

Angel Dare a fait carrière comme actrice de films X en Californie, ce qu’elle ne renie pas même si elle a dû changer de vie ces derniers temps. Elle s’est trouvée embarquée dans une affaire de trafic d’êtres humains, un réseau dirigé par des Croates qui l’ont maltraitée. Ayant témoigné contre eux, Angel a bénéficié d’un programme de protection des témoins. Il faut croire que sa sécurité n’était pourtant pas garantie. Des sbires de la bande des Croates s’attaquèrent à Lindsey, la psy qu’on avait imposé à Angel. Coup de chance, cette dernière eut le temps de fuir, son bagage de secours étant prêt. Se faire oublier, ça ne lui posait aucun souci, mais il fallait bien se poser quelque part. Grâce à des marginaux assez chtarbés, elle fit le connaissance de Duncan Schenk. Proprio décalé d’un "diner" à Yuma (Arizona), où Angel devint serveuse, il était capable de lui obtenir des faux papiers.

La tranquillité relative d’Angel vola en éclats quand Vic Ventura pénétra dans le "diner" qui l’employait. Ex-acteur de pornos, dealer et junkie, il fut autrefois l’amant d’Angel. Il paraît un peu plus clean. Il a rendez-vous là avec son fils Cody. Il est bientôt pris pour cible par des jeunes Mexicains. Avant de mourir, Vic demande à Angel de protéger son fils. Facile à dire quand on est soi-même aux limites de la légalité. Ne s’attardant pas sur les lieux, Cody et Angel vont trouver refuge chez Hank, un ami du jeune homme. Angel découvre que le fils de Vic est champion de boxe extrême, de free fight MMA. Hank est, en quelque sorte, son entraîneur. Celui-ci fut lui-même un héros de ce sport. Ce qui est de nature à séduire Angel, qui apprécie les sportifs matures musclés. Toutefois ce qui prime pour Hank et elle, c’est d’éviter les problèmes à venir pour le jeune Cody.

Celui qui organise les combats de boxe extrême dans la région, c’est Vernon Lovell. Il y a les compétitions officielles, mais également des combats clandestins plus violents, sans règle, qui se déroulent dans son club de San Luis. Ça se situe juste après la frontière, du côté mexicain, à seulement quelques encablures de Yuma, et ça rapporte gros. Il n’est pas rare que ces combats soient truqués, d’ailleurs. Lovell en profite pour faire prospérer un trafic de stéroïdes entre Mexique et Arizona. Il y a eu une embrouille à ce sujet avec Cody, dont le jeune sportif n’est pas responsable. Pour récupérer le faux-passeport d’Angel, que Duncan avait réservé, Hank et elle bousculent l’intermédiaire, un minable, mais tout se passe bien à la frontière. Quand ils retrouvent Cody au club de Lovell, la curiosité d’Angel fâche Lovell. Ils frôlent la mort une fois de plus. De retour côté américain, les ennuis ne sont nullement terminés, entre la menace Lovell et les vieux ennemis d’Angel…

Christa Faust : L’ange gardien (Éd.Gallmeister, 2018) – Coup de cœur –

Je poussai un soupir, me résignant déjà à ce que j’allais devoir faire pour obtenir ce passeport. Hank se tenait légèrement sur ma gauche derrière moi, c’est pourquoi je ne le vis pas se redresser brusquement tel un cobra furieux. Je perçus seulement l’ombre soudaine de son mouvement lorsqu’il se rua sur Lenny et décrocha d’un coup de poing le large sourire lubrique de son visage.
Lenny s’écroula comme s’il s’était pris une balle et tomba sur le côté, sa tête heurtant le coin du bureau. Il était dans les vapes avant même de pouvoir songer à attraper son flingue. À la seconde où Lenny atterrit sur le sol, je bondis pour choper le lourd AutoMag coincé sous son aisselle. Ses jambes tressautaient, comme les pattes d’un chien qui fait un mauvais rêve, et de ses lèvres entrouvertes sortait une sorte de ronflement cocasse.

Coup de cœur pour un vrai roman d’action dans la meilleure tradition, magistralement maîtrisé par Christa Faust. On avait adoré “Money shot” (Éd.Gallmeister, 2016), avec cette héroïne hors norme qu’est Angel Dare, que l’on retrouve ici avec un immense plaisir. Tant mieux pour les lecteurs si la vie de cette femme est jalonnée de rebondissements, de multiples péripéties. Elle n’oublie pas d’évoquer à grands traits ses précédentes aventures, ni de raconter son parcours (chaotique, bien sûr) entre-temps, avant d’être lancée dans de nouveaux ennuis. Connaissant son caractère décomplexé, c’est avec un humour certain que la narratrice nous fait partager ses déboires, et ceux de ses compagnons. Devant se défendre elle-même, réussira-t-elle à éviter le pire pour Cody ? Quant au costaud Hank, qui va jouer un grand rôle, c’est assurément le partenaire idéal pour l’intrépide Angel. Un authentique polar mouvementé et souriant, pour notre plus grand bonheur.

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 04:55

En Grande-Bretagne, vers les années 1890, Anna Kronberg – experte en bactériologie – s’est déguisée en homme pour exercer son métier de médecin, auquel les femmes n’ont pas encore accès, sous le nom d’Anton Kronberg. Elle fit ses études à Berlin, puis à Boston, puis exerça à Londres où elle fut parfois consultée comme légiste par Scotland Yard. Collaborant avec le grand détective Sherlock Holmes, elle a partiellement réussi à contrer un réseau de scientifiques aux intentions mortifères. Entre Anna et Holmes, exista un rapprochement sentimental, mais aussi une rivalité intellectuelle, qui les éloigna l’un de l’autre. Assisté par le cruel colonel Sebastian Moran, le professeur James Moriarty enleva et séquestra Anna Kronberg. Menaçant le père de la jeune femme, le diabolique Moriarty la garda contre son gré en plein cœur de Londres, à Kensington Palace Gardens, dans sa demeure. Il parvint à la "domestiquer", l’épousa et lui fit un enfant, encore à naître.

En mai 1891, Anna échappe à l’emprise de Moriarty, s’en débarrassant en l’empoisonnant. Enceinte de cinq mois, elle fuit à travers la campagne anglaise en compagnie de Sherlock Holmes. Le couple se sait traqué par le colonel Moran, ses complices et leurs chiens. Ce difficile voyage à pieds est destiné à désorienter leurs poursuivants, selon l’idée d’Holmes. Anna est par moment traversée par des idées suicidaires, quand elle pense à l’identité du père de l’enfant qu’elle porte. Ils font une pause bienvenue à Littlehampton, où Mycroft Holmes les rejoint bientôt. La situation à venir d’Anna s’annonce précaire, car le colonel Moran et d’autres héritiers pourraient revendiquer la fortune de James Moriarty. De son côté, Mycroft va tenter de démêler les choses à ce sujet. Quand Anna et Holmes prennent le train pour Londres, ils s’aperçoivent que Moran est toujours à leurs trousses.

Retour à leur auberge de Littlehampton pour le couple. Ils organisent un simulacre de fausse-couche pour berner ce diable de Moran : si elle a perdu son bébé, Anna ne peut plus revendiquer l’héritage. La jeune femme arrive finalement à rallier Londres. Avec les frères Holmes, elle s’adresse aux notaires de Moriarty, faisant valoir ses droits. Appartenant à la diplomate secrète, Mycroft voudrait savoir où en était rendu Moriarty dans le développement d’armes bactériologiques. Le colonel Moran voudra en tirer profit, à l’évidence, d’autant que les rumeurs de guerre se précisent. C’est en Allemagne qu’Anna peut espérer des réponses. Auprès du docteur Robert Koch, qui a découvert un remède contre la tuberculose. Peut-être eût-il tort de trop en parler publiquement, car les souches infectées peuvent alimenter de funestes desseins. Moran n’a pas dit son dernier mot : il sera même présent à Berlin, au moment de l’accouchement d’Anna…

Annelie Wendeberg : L’héritier de Moriarty (Presses de la Cité, 2018) –Sherlock Holmes–

Estimant que la colère m’échauffait trop l’esprit, je passai la main dans mes cheveux pour me rafraîchir le crâne et les pensées.
— Si j’avais obéi aux règles de la société, je ne serais jamais devenue médecin. À cette heure, je serais enfermée chez moi, ayant déjà donné naissance à huit enfants, dont quatre seraient morts en bas âge de malnutrition ou de maladie. Et j’aurais un mari qui considérerait qu’il est tout à fait justifié de battre sa femme avec une canne pourvu qu’elle soit moins épaisse que son pouce, simplement parce que la loi l’y autorise…

Après “Le diable de la Tamise” et “La dernière expérience”, voici le troisième opus de la vie d’Anna Kronberg, qui ne manque ni d’intrépidité, ni de courage. Bien que nous soyons dans l’univers de Sherlock Holmes, le docteur Watson n’a guère de rôle à jouer, Anna étant la narratrice et l’héroïne de ces aventures. Par contre, Mycroft Holmes suit de près les péripéties, conscient du terrible danger des armes bactériologiques. En effet, la science progresse beaucoup en ce temps-là, mais ce qui peut sauver peut aussi détruire. Moriarty est décédé, mais le colonel Moran est également un ennemi sans pitié : “Meilleur chasseur de fauves de l’Empire britannique, totalement dépourvu de scrupules, propriétaire d’une carabine à air comprimé silencieuse, et furieux d’avoir perdu son meilleur ami et employeur, James Moriarty, qu’il a juré de venger.”

On n’est pas encore à l’époque des suffragettes et le féminisme est quasi-inexistant. Dans les pays occidentaux, les femmes sont toujours les inférieures de hommes, les avancées concernant leurs droits sont rares, négligeables. Anna est encore obligée de s’expliquer, comme auprès d’un jeune orphelin de ses amis la croyant infirmière : “Je ne suis pas et je n’ai jamais été infirmière, Barry. J’ai été médecin pendant douze ans, et pour ça, il a fallu que je me déguise en homme. Et personne ne le savait.” Le combat pour un début d’égalité sera long mais, si elle en réchappe, Anna peut espérer du mieux en Amérique. Quant à sa relation avec Sherlock Holmes, elle reste ambiguë. “Vous voulez faire croire que vous ne ressentez aucune émotion…” lui reproche-t-elle. Il continue à être l’ange protecteur de la jeune Allemande, dont l’état de femme enceinte importe énormément dans cet épisode. Des personnages que l’on retrouve avec grand plaisir.

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 04:55

Revenons aux fondamentaux, avec “Laissez tomber la fille”. Frédéric Dard imagina le personnage du commissaire San-Antonio en 1949, dans “Réglez-lui son compte” publié aux éditions Jacquier, à Lyon. Sa première aventure dans la collection Spécial-Police des éditions Fleuve Noir parait en décembre 1950, c’était “Laissez tomber la fille”. Ça se passe au temps de l’Occupation. Personnage courageux et supposé déjà expérimenté, San-Antonio fait face aux situations les plus agitées et dangereuses. Peu d'éléments sont déjà en place dans son univers. Mis à part sa mère Félicie, pas de héros secondaires tels que le seront plus tard Le Vieux, Pinaud, ou Bérurier (encore qu'apparaisse un flic costaud aux airs de mammouth). C'est un pur roman d'aventures, où s'enchaînent les rebondissements et les surprises. On ne risque pas de s'ennuyer à le suivre.

La tonalité langagière n'est pas aussi exubérante et inventive que par la suite. Néanmoins, l'écriture montre déjà une très belle vivacité et une vraie drôlerie : “Pour camoufler un peu ma remarquable physionomie, je me fais tailler les crins en brosse par un merlan de Poissy, le lendemain matin, et je m’affuble d’une paire de lunettes que m’a donnée Renard. Ainsi déguisé, je ressemble à un instituteur hollandais.” Dès les années suivantes, les enquêtes de ce héros connaîtront l’énorme succès que l’on sait. Notons par ailleurs que Michael Sanlaville a adapté en BD “San-Antonio chez les gones” (Casterman, 2018). Une approche "visuelle" de l’œuvre de Frédéric Dard, dans toute sa truculence.

San-Antonio : Laissez tomber la fille (Éd.Pocket, 2018)

Jusqu'ici, je suis assez content. Mon grand pif, je le crois fermement, a reniflé une piste. Voyez-vous, bande de pègreleux, le raisonnement est une belle chose pour un flic […] Qu'est-ce que vous feriez à ma place ? Vous braqueriez votre soufflant dans la direction du copain, et vous appuieriez sur la gâchette jusqu'à ce que votre magasin de quincaillerie soit vide. Bien sûr, ce serait le parti le plus sage, mais je ne peux plus me permettre d'être prudent. Si cette crapule est venue dans l'appartement, c'est qu'elle a l'espoir d'y prendre quelque chose. Vraisemblablement, ce que Manuel y avait caché. Mon plan est donc de lui laisser trouver ce quelque chose. Mais, allez vous m'objecter, rouscailleurs comme je vous connais, mais si vous n'avez rien trouvé, vous, pourquoi serait-il plus chanceux ? Eh ben, mes kikis, vous en tenez une couche à ce point épaisse, que si un autobus vous rentrait dedans, il ne vous ferait pas mal...

Nous sommes à l'automne 1942. Le commissaire San-Antonio s'est mis en disponibilité, et vit tranquille auprès de sa brave femme de mère, Félicie. Un jour où il s'autorise une virée à Paris, lors d'une alerte dans le métro, il se fait flinguer par un inconnu. Il se réveille au bout de trois semaines, et va rester deux mois hospitalisé. Cette tentative de meurtre lui paraît inexplicable, vu qu'il ne se mêlait de rien en ces temps troublés. San-Antonio sort de l'hôpital peu avant Noël. Dès sa première soirée dehors, il a rendez-vous avec la belle infirmière qui s'est occupée de lui. Il s'agit de séduire la ravissante Gisèle Maudin, car il a trop le sens du devoir pour lui proposer le mariage. Au restaurant de la rue de l'Arcade où ils dînent, San-Antonio capte un curieux message en code morse.

Plus tard dans la soirée, la mort du commissaire est annoncée à la radio. C'est forcément un sosie qui s'est fait descendre. Accompagné de Gisèle, il cause une drôle de surprise en se présentant à ses collègues policiers, chez la victime. Visiblement, le défunt utilisait peu cet appartement, où on ne trouve pas d'indices. San-Antonio élabore son plan pour identifier ce qu'il pense être un gang. C'est un nain qui vient au rendez-vous fixé, chez Gisèle. Agressif et armé, il réussit à fausser compagnie au commissaire convalescent, qui supporte encore mal les coups violents. Dès le lendemain, l'inspecteur principal Guillaume apprend à San-Antonio que Gisèle a été enlevée, bien qu'il lui ait conseillé d'être prudente. Mieux vaut que le commissaire mène une enquête officieuse.

Il s'installe discrètement dans l'appartement de son sosie, un certain Manuel. L'homme qui se pointe n'est autre que son tueur du métro. Il prétend appartenir à une ancienne bande, les Kangourous, censée ne plus exister. Quant à savoir ce qu'ils traficotent avec des ampoules électriques, San-Antonio ne comprend pas vraiment. Le quartier général de ce gang se situe dans une propriété du Vésinet. Lorsque le commissaire y pénètre, la bande est en train de fêter Noël. San-Antonio ne tarde pas à délivrer Gisèle, leur prisonnière. Le nommé Fred dit être le chef de ces truands. Jouant l'astucieux pour obtenir des infos, le policier réalise être en possession de l'invention allemande BZ22. Quand la Gestapo cerne la propriété, San-Antonio et Gisèle parviennent à s'enfuir. Si le commissaire s'échappe en sautant dans la Seine, il sera bientôt confronté aux nazis Karl et Greta, qui lui laissent peu de chances de passer à Londres avec le BZ22. À moins que le destin ou la chance ne donnent un coup de pouce à l'intrépide policier…

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24 avril 2018 2 24 /04 /avril /2018 04:55

Après “Charlie Martz et autres histoires” (2017), la suite des nouvelles inédites d’Elmore Leonard (1925-2013), avec sept autres textes. Le talent de cet auteur, qui produisait aussi bien du western que du roman criminel depuis le milieu du 20e siècle, fut unanimement reconnu à travers le monde. Pour cerner son œuvre et son style, il suffit de lire ce qu’a écrit à son sujet le Dictionnaire des Littératures Policières : “Leonard est un des grands maîtres du genre. Son écriture ne ressemble à aucune autre. Sans temps mort, ni digression, ses romans évitent les clichés, les images ou les métaphores, et s’attachent aux dialogues, qualités qui font aussi de lui un scénariste très apprécié…” On ne saurait être plus clair sur les qualités d’Elmore Leonard.

Concernant ces nouvelles, il en est encore au début de sa carrière d’écrivain. Bien qu’il ait déjà publié quelques romans, il n’a pas toute la maîtrise que l’on remarquera ensuite. Pourtant, ce sont là des intrigues fort inspirées, aux thèmes variés. Des histoires courtes, mais très vivantes, aux contextes dessinés avec précision. Laissons-nous charmer par ces inédits pleins de saveur.

Elmore Leonard : Rebelle en fuite et autres histoires (Rivages/Noir, 2018) – Inédit –

"Première siesta à Palo Verde" : Charlie Martz est shérif du comté de Doña Ana depuis près de dix ans, à l’époque du Far West. Les bandits redoutent peu ce bonhomme, “vieillard fatigué à la moustache tombante, qui portait son revolver bien trop haut pour savoir s’en servir.” Quand on le provoque, il a coutume de laisser dire, dans un premier temps. Ce ne sont pas les quatre joueurs de poker réunis au ranch Spanish Hat qui auront peur de lui. Ils sont bien plus habiles que lui à manier des armes à feu, c’est sûr. Et puis l’un d’eux, Reb Spadea, estime avoir une revanche à prendre sur Charlie, ce qui risque de finir en duel. “Charlie semblait un peu inquiet, mais autour de ses yeux se lisait une expression qu’on aurait pu interpréter comme amusée. Reb avait trop confiance en lui pour s’en apercevoir.”

"Rebelle en fuite" (1960) : Au temps de la Guerre de Sécession, dans l’État du Mississippi. Les troupes Yankees occupent la petite ville sudiste d’Okolona, les Confédérés s’étant retranchés au-delà de la rivière Tombigbee, derrière la frontière de l’Union. Victoria est une jeune femme habitant seule, qui doit prochainement épouser Olin Worrel. Plus âgé qu’elle, ce dernier ne s’est nullement impliqué dans cette guerre. Virginia est veuve, son mari a été tué au combat. De même que son père, près d’un an et demi après son époux. Sa mère s’est laissée mourir peu après. Récemment, c’est le frère de Virginia qui a été abattu par les Yankees près de chez elle. Une heure plus tôt, elle vient de recueillir un soldat sudiste sévèrement blessé, le lieutenant McLean. Bien que très faible, il espère rejoindre son unité de Confédérés. Virginia n’a aucune envie de le laisser partir dans son état, il serait sûrement la cible des Yankees. Olin Worrel s’est aperçu de la présence de McLean. Lui accorder une brève pause ici est possible, mais pas question de le protéger.

"Les intrus" (1958) : Fille d’un homme d’affaires, Chris a épousé Evan il y a six mois. Âgé de vingt-quatre ans, Evan est un ancien basketteur adulé et sympathique, diplômé de l’université d’État du Michigan depuis un an. Chris et lui vivent dans la ferme d’Evan, un terrain de trente hectares, ce qui ne rapportera jamais des fortunes. Chris préférerait que son jeune mari devienne commercial pour les sociétés de son père. Affable et amical, il a toutes les compétences pour un tel métier. Ce jour-là, Chris entend des coups de feu : des chasseurs se sont introduits dans leur propriété. Cet incident ne perturbant guère Evan, Chris va à la rencontre de ces intrus. Il s’agit d’un jeune frimeur, Vince, et d’un homme mûr, qui pourraient se montrer assez vite menaçants. L’intervention de Chris ne sert à rien, sauf à la mettre en danger. Quand elle rentre à la ferme, le pick-up jaune du duo la suit à la trace. Arrive l’heure de la confrontation entre les deux intrus armés et Evan. Faut-il dramatiser la situation, comme l’a fait Chris, ou bien utiliser une autre méthode ?

"L’enclos du taureau" (1959) : Dans le Michigan, Eladio Montoya fait partie de ces ouvriers agricoles mexicains employés dans les fermes. Sherman David a hérité d’un ranch ainsi que d’une usine d’outillage à Détroit, deux activités qui fonctionnent très bien. Il est fiancé à Megan, une jeune femme faisant preuve d’une certaine désinvolture. Sherman David a invité au ranch M.Thornhill, un de ses clients. Megan lui ayant suggéré une idée, il pense avoir trouvé le moyen d’impressionner son visiteur. Eladio fut naguère torero, après avoir été banderillero pour Luis Fortuna, un grand nom de la tauromachie. Il a interrompu sa carrière, pour diverses raisons. Sherman David l’oblige à affronter, dans son enclos, le taureau qu’il possède, menaçant de renvoyer le frère d’Eladio et sa famille. Le spectacle risque d’être sans grand intérêt, car il ne s’agit pas d’un taureau de combat. Soutenu par Megan, Eladio aura bien vite un autre défi à relever.

J’ai bu un deuxième bourbon et je me suis détendu, j’avais toute la soirée, toute la nuit devant moi ; il faisait déjà noir et le bar était aux trois-quarts plein, avec en fond sonore le bruit des gens rassemblés, la glace dans les verres et une musique douce style Cole Porter. Un bourbon de plus. La fille de la Westway que j’avais reconnue pour l’avoir vue au Sands est passée devant moi avec un type ; elle a souri et j’ai hoché la tête en me demandant si le sourire était plus qu’un sourire... [“Les soirées loin de chez soi” 1959.]

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 04:55

L’ami Firmin Le Bourhis était un croyant humaniste. Firmin était généreux, tout en étant malade du cœur, quelle ironie ! Il avait fait plusieurs séjours en soins, sans que ça entame son moral, en apparence. Il restait toujours souriant, ouvert, optimiste, à l’écoute. Nous nous sommes souvent croisés, nous avons souvent dialogué. Y compris hors de l’univers polar. Il ne voulait pas en faire un argument de vente, mais il soutenait avec ses droits d’auteur Action Alzheimer (agissant autour des maladies neurodégénératives que sont Alzheimer, la Sclérose en Plaque, et la Maladie de Parkinson). Il savait combien ces lourds problèmes de santé pèsent sur les proches des personnes concernées. Réconforter en quelques mots, respecter la douleur de l’autre en oubliant la sienne, c’est devenu rare. Merci mille fois, Firmin. Le polar nous rapprochait, mais ce n’était pas l’essentiel.

Né à Kernével (Rosporden) en 1950, Firmin Le Bourhis fit carrière dans la banque. Il fut même en poste dans la région de Limoges, dont il gardait de bons souvenirs. Il habitait à Concarneau, mais se déplaçait dans quantité de festivals et salons du livre. C’est à l’occasion de celui de Châteauroux que Firmin Le Bourhis est décédé, ce samedi 21 avril 2018. Malgré ses maux, il était très actif. Il s’était investi chez Alain Bargain, son premier éditeur. Puis il s’est tourné vers les Éditions du Palémon, avec Jean Failler, où il a continué à promouvoir ses livres et ceux d’autres auteurs. Aucune initiative ne fonctionne sans enthousiasme, Firmin en avait à revendre.

Il a écrit une grosse trentaine de romans policiers, une série ayant principalement pour héros un duo d’enquêteurs basés à Quimper : le capitaine François Le Duigou et le lieutenant Philippe Bozzi. Toutes ces fictions s’appuyaient sur des faits divers réels. Dans une tradition du polar documentaire, il explorait des lieux, des situations, des caractères proches de la réalité. Les cas criminels étaient exacts, il les adaptait à nos décors régionaux. Il ne mettait que fort peu ses enquêteurs “en opposition” car, répondait-il, ce n’était pas sa façon de penser une intrigue. Si ses flics n’étaient pas des baroudeurs, ils se frottaient à des sujets de société. Et à des épisodes – forcément un peu sombres – de la vie de personnages ordinaires, crédibles. C’était sa manière, absolument respectable. Il avait lancé depuis quelques temps une nouvelle série, “Menaces”, à la tonalité plus dure.

Retour sur quelques titres de Firmin Le Bourhis…

Hommage à Firmin Le Bourhis (1950-2018)

"La belle Scaëroise" : Une lettre annonce aux policiers François Le Duigou et Philippe Bozzi qu’un meurtre a été commis la veille à Scaër, petite ville des environs. Il y avait foule en ce lundi de Pentecôte, jour de la traditionnelle Cavalcade, ce dont l’assassin a profité. Âgée de trente-cinq ans, la victime Patricia était belle et intelligente. Sa vie professionnelle était une réussite. Sa vie privée, moins. Mais elle allait bientôt avoir un enfant, et prendre un nouveau départ. Les policiers interrogent d’abord son meilleur ami, qui était (sans espoir) amoureux d’elle, puis son ex-compagnon, qui ne leur semble “pas net”. Des voisines ont vu quelqu’un grimé en clown sortir de chez Patricia à l’heure du crime. Mais le témoin n°1 reste Bruno Le Louarn, le nouvel amour de la jeune femme. Patron de société, ce dernier est encore marié. Le jour du meurtre, il préparait les changements à venir. Son alibi est faible, alors que des indices basés sur l’ADN l’accablent. Abattu par la mort de Patricia, il nie les hypothèses accusatrices des policiers. Quand il est mis en examen, Mme Le Louarn se démène, faisant pression sur les enquêteurs. On retrouve finalement l’arme du crime dans le bureau de Bruno…

"Étape à Plouay" : Un coureur cycliste de vingt-six ans est victime d’un accident mortel en voiture, suite à une attaque cardiaque. Son sponsor, qui fut suspect dans une précédente affaire, s’adresse aux policiers Le Duigou et Bozzi. Certes, le virage est dangereux. Mais on ne peut exclure l’influence des produits dopant sur la santé de ce futur pro. Le champion était apprécié par son club cycliste, où on refuse l’idée de dopage. Enceinte, la jeune épouse du défunt se montre peu coopérative dans un premier temps. Les contrôles étaient négatifs, répète-t-elle. Les policiers apprennent que des espoirs du cyclisme – dont le coureur fit partie – furent invités lors d’étapes du Tour de France. Certains de ces sportifs ont, depuis, quitté le vélo. On leur proposait des traitements indétectables, mais dangereux. Un nommé Théo, prétendu journaliste belge, contacta de nombreux jeunes, dont Thomas. Ex-cycliste, Thomas accepte d’aider la police. Il saura reconnaître Théo. La femme de la victime apporte aussi des éléments. Le 14 juillet, l’étape du Tour arrive à Plouay. Dans la foule en fête, Théo échappe à Thomas. Un spécialiste de l’étude du dopage sportif donne aux policiers des explications aussi complètes qu’effrayantes.

"Peinture brûlante à Pontivy" : François Le Duigou et Phil Bozzi sont provisoirement affectés dans le Morbihan. Une voiture a été volée à Pontivy. On la retrouve incendiée. A l’intérieur, un cadavre entièrement calciné. Cela complique la recherche ADN. Michel Van Queven, utilisateur du véhicule, artiste-peintre belge vivant en Bretagne, a un alibi. Le duo d’enquêteurs rend visite à Marie-Jeanne de Kermao, future épouse de Van Queven. Elle confirme. Peu après, une deuxième voiture et un cadavre sont brûlés selon le même procédé, encore dans une propriété isolée. Le peintre belge s’est absenté. Marie-Jeanne contacte François et Phil. Elle est sans nouvelle de sa cousine partie en voyage. C’est Van Queven qui l’avait conduite à la gare. Aidé de Pierrot, policier solitaire, le duo se renseigne sur le Belge. Il est plutôt courtier en tableaux. Il semble faire réaliser à Varsovie des toiles qu’il signe de son nom. Paolina, sa petite amie polonaise, vit en Bretagne. Cette jeune femme n’aime que l’argent et le luxe. Le couple a quitté la région, après avoir effectué un important retrait en billets sur le compte de Marie-Jeanne. Les enquêteurs trouvent la trace du couple en fuite, sur Paris…

"En rade à Brest" : Une bande efficace et parfaitement renseignée vient de braquer une société quimpéroise. L’affaire est confiée aux policiers François Le Duigou et Phil Bozzi. Deux cas similaires se sont récemment produits dans la région brestoise. Le duo s’installe à Brest, afin de poursuivre ses investigations. Leur collègue Marco fut chargé d’éclaircir les cambriolages en question. Ayant vécu certains échecs, celui-ci est désabusé et amer. Alcoolique, il ne paraît plus très fiable. Pourtant, François et Phil l’associent à leur enquête. Marco prétend avoir un indic sûr. Il semble que deux groupes de malfaiteurs se soient alliés pour monter des gros coups. Marco étant ivre, ces précisions restent incertaines. Peu après, le braquage d’un camion de cigarettes – qui fait une victime – confirme la version de Marco. Un grand Noir et un maghrébin seraient en cause. Une vaste opération de police est menée sur Brest, visant les populations concernées. On procède à de nombreuses arrestations. Il est évident que la bande recherchée a échappé à la rafle. Tandis que des flics spécialisés dans les trafics arrivent en renfort, le duo de policiers s’interroge sur l’indic de Marco. Ils finissent par identifier plusieurs personnes, qu’ils poursuivent sans succès lors d’une tentative de vol.

Hommage à Firmin Le Bourhis (1950-2018)

"Drôle de chantier à Saint-Nazaire" : Une voiture immergée est extraite de l’Odet au port du Corniguel, à Quimper. Côté passager se trouve un cadavre. Ce véhicule de location a été volé quelques jours plus tôt à Saint-Nazaire. Le loueur est un responsable technique polonais, collaborant avec les Chantiers de l’Atlantique. Il explique que le vol s’est produit lors d’une petite fête entre employés. Les policiers François Le Duigou et Phil Bozzi sont chargés de l’affaire. Tandis qu’un portrait du mort non identifié est diffusé, ils se rendent à Saint-Nazaire. Le Polonais et ses compatriotes ne semblent pas impliqués. La victime était un jeune ingénieur, intérimaire aux Chantiers, Michel Le Kerbraz. Nul ne s’est inquiété, car on le croyait en voyage. Il devait partir en Thaïlande avec sa fiancée. Toutes les hypothèses sont envisagées, de l’espionnage industriel au crime crapuleux d’une bande de délinquants. On vérifie les emplois du temps de chacun. On se renseigne aux Chantiers. Annie, la fiancée de Michel, est découverte assassinée chez elle. Valérie, de la police nazairienne, croit au crime passionnel. Sans doute est-elle influencée par son expérience personnelle. Bientôt, les policiers tiennent un très bon suspect.

"Embrouilles briochines" : A Quimper, Le Duigou et Bozzi enquêtent sur un simple accident de chantier. Un ouvrier d’une entreprise de ravalement a fait une chute mortelle. Le patron de cette société de Saint-Brieuc est injoignable. Hervieux, le chef de chantier, disparaît avec le second ouvrier et leur matériel. L’entreprise n’employait que des étrangers clandestins. A Saint-Brieuc, le duo de policiers visite l’appartement servant de siège social à la société. Il ne reste guère de traces. L’agence immobilière ne sait rien non plus. La relation entre l’entreprise fantôme et celle, sérieuse, qui leur confia cette sous-traitance apparaît assez floue. Le patron en fuite est bientôt identifié. Sexagénaire, Marc Cesson est connu pour ses faillites. Cette fois, il s’était acoquiné avec un repris de justice, Jacques Ginglin, le faux Hervieux. Même l’ancien avocat de Cesson le qualifie de magouilleur. Les enquêteurs s’interrogent sur les meilleurs amis de Cesson : les chefs d’entreprises Langueux et Saint-Julien, et le notaire Beauvallon. Ils disent avoir refusé de soutenir les nouveaux projets de Cesson, et ignorer où il se cache. Peu convaincus, les policiers placent ces notables sous surveillance discrète. C’est ainsi qu’ils retrouvent l’homme recherché, qui nie tout puisqu’il n’existe pas de preuves directes contre lui.

"Poitiers, l’affaire du Parc" : La jeune Élodie Sakkar a été poignardée dans un local technique du Futuroscope, parc où elle était hôtesse. C’est la première affaire importante sur laquelle le lieutenant de gendarmerie Boissardeau doit enquêter. Tout accable Jean-Daniel, un autiste. Perturbé par une séance au “cinéma dynamique”, il aurait assassiné Elodie dans une crise de démence. Vu son cas psychologique, il est hospitalisé sous surveillance. Sa famille et l’éducatrice qui s’occupe de Jean-Daniel refusent de le croire coupable. Le gendarme rencontre les parents d’Élodie, Turcs d’origine. La victime semble avoir été tuée avec son propre couteau. Elle était enceinte. Son petit-ami Lionel est profondément marqué par ce crime. S’ils sont bien intégrés, un malaise règne dans le couple Sakkar. Le père appartient à une association dont le but philosophique est discutable. La mère de la victime ne semble pas heureuse. Même si subsistent doutes et zones d’ombre, l’enquête est close. Jean-Daniel obtient un non-lieu, en raison de son état, ce qui ne satisfait pas ses proches. La mobilisation médiatique en sa faveur ne fait que commencer. Le détective Richard Korosool reprend le dossier. Consultant des médecins, il est vite convaincu que le jeune autiste n’a pu avoir un comportement meurtrier.

"Gros gnons à Roscoff" : Un cadavre a été découvert dans la remorque d’un camion en partance pour l’Angleterre. Le mort est un clandestin originaire d’Afghanistan. Il peut s’agir d’une mort accidentelle par overdose. Les policiers François Le Duigou et Phil Bozzi sont chargés de l’enquête. Ils se rendent à Roscoff, port d’où devait partir ladite remorque. Ils y seront assistés d’un jeune gendarme. Question trafic de migrants, la situation n’est pas aussi grave que dans d’autres ports. Néanmoins, il existe ici de petits squats, et on suppose que des passeurs aident les clandestins. Les policiers n’obtiennent guère de témoignages sur le défunt Afghan. Toujours à Roscoff, François et Phil sont appelés sur une autre enquête. M.Le Restel, patron d’une société d’exploitation des algues marines, a été violemment agressé chez lui. Son associé confirme que le dossier important qu’il détenait n’a pas été volé. Entre cambriolage raté, commando aux motivations inconnues, et affaire privée, le duo de policiers n’exclut aucune hypothèse. À Rosporden, ils interrogent la dirigeante d’une autre entreprise exploitant les algues. Si les policiers en apprennent beaucoup sur les pressions subies par cette filière, ça ne leur offre aucune piste précise. La surveillance du port de Roscoff finit par porter ses fruits. Cinq asiatiques clandestins sont arrêtés alors qu’ils allaient tenter de passer en Angleterre.

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 04:55

Jaime Ramos est un homme mûr, policier émérite à Porto. Il n’est guère bavard sur sa vie, ni sur son passé. À part son ami Sequeira, rares sont ceux qui savent que Jaime Ramos eut autrefois une fervente admiration pour le communisme. Mais, dans un Portugal qui a tant évolué depuis la Révolution des Œillets et la perte de quelques colonies, Jaime Ramos a tourné la page de sa politisation. Il est entouré d’une équipe de policiers dévoués. Le plus fidèle, c’est sans conteste Isaltino de Jesus. Dans une enquête, il note tout, et dans sa vie privée, il a aussi des marottes assez culturelles. Il y a aussi Jacinto Hipólito et José Corsário, un Noir natif des îles du Cap Vert, héritier d’influences diverses, qui ne se considère pas comme Africain mais en tant que pur Capverdien. Enfin, il y a encore Olívia, grande et musclée, une femme de trente-neuf ans, efficace sur le terrain.

Ils entament une première enquête sur deux cadavres découverts dans une voiture qu’on a voulu incendier, à l’orée d’une pinède. L’un est au volant, l’autre dans le coffre. Ils ont été abattus par armes à feu. Plus tard, l’autopsie relèvera au total neuf impacts sur les victimes, supposant deux tireurs. Le même jour, plus loin sur la rive du fleuve, on va retrouver la corps d’une Africaine de trente ans. Les deux hommes de la voiture sont vite identifiés. Arkady Tazarov, natif de Mourmansk, et Mikhaïl Polianov étaient d’anciens militaires russes ayant immigré depuis un certain nombre d’années au Portugal. La police ne pourra pas compter sur Irina, l’épouse de Mikhaïl. Cette femme, à l’esprit tourmenté des héroïnes russes, n’est pas surprise de ce double crime. Mais elle a décidé de jouer à la veuve naïve, ignorant pourquoi son mari et Arkady brassaient tellement d’argent.

Jaime Ramos doit également enquêter sur la disparition de Bénita, vingt-deux ans, issue d’une grande famille portugaise, aux souches historiques. Il semble que, selon son père, la jeune femme ait surtout choisi de s’éloigner de l’univers familial. Si Luis Ferreira Vasconcelos, le frère de Béni, dirigeant leurs activités à la suite de son père, est courtois, Jaime Ramos n’obtiendra pas vraiment de précisions sur l’escapade de Béni. Le policier en saura bien davantage grâce à son ami Sequeira. Ayant vécu en Angola, Vasconcelos-père s’est enrichi à son retour. Leur famille fait partie de l’union hétéroclite formant au Portugal les cercles de la finance et du pouvoir, que leurs affaires soient légales ou pas. On repère bientôt la piste de Béni à Vigo. Descendue dans un bel hôtel, elle ne donne guère l’impression de se cacher. La policière Olívia se rend à Vigo pour retrouver sa trace.

Ingénieur de formation âgé d’une trentaine d’années, Miguel dos Santos Póvoa sillonne le monde. Il est l’émissaire d’un grand nom du Portugal, qui l’a chargé de collecter pour lui des herbes rares : liamba, suruma, ganja, maconha, bagulho, et autres produits ayant les mêmes vertus. Toutefois, son commanditaire est entouré d’ex-militaires nostalgiques d’une puissance perdue. Des gens pour qui la vie humaine a peu de valeur, peut-être…

Francisco José Viegas : Le collectionneur d’herbe (Mirobole Éd., 2018)

Elle regarda Jaime Ramos bien en face comme si elle savait déterminer ses adversaires et ses ennemis, et d’où pouvaient venir les menaces les plus immédiates. Elle avait vu en lui un tyran d’opérette un peu gros, pas encore touché par la calvitie et qui aimait donner l’impression qu’il en savait plus qu’il ne le laissait paraître. Irina était une femme modeste et naïve, mariée à un gangster, un second couteau, un certain Mikhaïl qui obéissait aveuglement au méchant de service. Et le méchant de service, c’était Arkady Tarasov, un Russe de Mourmansk qui dirigeait les opérations, contrôlait l’argent et connaissait les moindres détails de toutes les affaires en cours. Mikhaïl était un pauvre diable marié avec une femme modeste et ignorante. C’est de cet état de chose que dépendait son salut, sa liberté, et surtout son futur. Cet homme trapu et silencieux qui parlait rarement, qui affichait une intelligence qu’il ne possédait pas, était son principal ennemi.

Quand on adopte la formule "roman policier littéraire", on note souvent un scepticisme ou une réaction narquoise chez des lecteurs confirmés. Le polar et le roman noir, on ne les lit pas pour leurs qualités d’écriture, juste pour leurs sujets ou leurs intrigues ? Pourtant, c’est franchement agréable de se plonger dans un livre écrit avec style, comme ce titre de Francisco José Viegas. Par exemple, on aime ce genre de portrait qui, en quelques lignes, situent un personnage : “Le Directeur avait une voix de basse, profonde, comme s’il venait de se lever et ne s’était pas encore éclairci la gorge. Jaime Ramos reconnaissait les cordes vocales qui avaient macéré dans le tabac et l’alcool – péchés d’un autre temps – et avaient été travaillées régulièrement pour produire cet effet de sérénité apparente.”

On réalise tôt que si le policier Jaime Ramos est chevronné – près de quarante ans de service, il ne va pas nous entraîner dans des aventures percutantes, spectaculaires. Pour autant, le cas criminel ayant causé plusieurs victimes, ainsi que la disparition de la jeune Bénita, sont effectivement exploités et trouveront leur dénouement. Mais ce dont l’auteur nous parle en priorité, c’est de son pays. Dans des descriptions soignées, bien sûr. Plus important encore, en nous rappelant que si sa superficie n’est pas énorme, le Portugal a été bien implanté à travers le monde : au Brésil, en Angola, au Cap Vert, à Sao Tomé-et-Principe, en Guinée-Bissau, pays avec lesquels existent toujours des relations. Au risque que certains commerces soient aux frontières de la légalité. Quant à la famille Ferreira Vasconcelos, elle apporte un exemple de la vieille tradition portugaise, et de son évolution.

Au-delà des faits meurtriers ou violents, tout roman noir digne de ce nom comporte une observation sociologique, et une approche humaine. Dans cette optique, la maturité de Jaime Ramos est un précieux atout. Une excellente histoire, admirablement racontée.

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 04:55

Sur une route d’Amérique du nord, un jeune couple se rend de la ville universitaire où ils habitent jusqu’à la ferme de ses parents à lui. Jake conduit la voiture, tandis qu’elle fait le point sur leur relation, et sur elle-même. Ils se connaissent depuis environ sept semaines, et elle trouve qu’ils sont plutôt bien assortis. Envisager un avenir durable ensemble, c’est la question qui la turlupine quelque peu. Ce ne sont pas les motifs d’interrogations qui manquent, estime-t-elle. Certes, Jake est un jeune homme brillant, très intelligent. Il sera bientôt professeur. Il est grand, beau gosse malgré son côté escogriffe. Sa misanthropie et son savoir attirent manifestement la jeune femme. Ils doivent dîner pour la première fois chez les parents de Jake, un passage obligé dans ce genre de situations.

De son côté à elle, le bilan de sa vie comporte des moments sombres, qui font d’elle une angoissée chronique. Dans son enfance, elle fut marquée par un épisode fort étrange : un voyeur qui l’observait chez elle, à travers la fenêtre de sa chambre. C’est un souvenir à la fois confus et tenace, secret mais forcément traumatisant. Durant le trajet, elle raconte à Jake une anecdote insolite. Vers ses seize ans, elle a connu un moniteur d’auto-école qui s’intéressait davantage à la philosophie, aux théories de Carl Gustav Jung, qu’aux leçons de conduite. Un personnage déstabilisant. Par contre, elle ne parle pas à Jake des appels téléphoniques anonymes qu’elle reçoit depuis un certain temps. D’ailleurs, ça continue sur son portable pendant ce voyage. Des appels non menaçants, mais insistants.

Selon Jake, tout souvenir comporte une part de fiction, telle une version améliorée des faits. Pour lui, bien des choses sont relatives, y compris l’intelligence. Serait-il trop intello, quand il espère une vieillesse harmonieuse, alors que le refuge de la solitude lui convient mieux à elle ? Ou quand il trouve que le monde actuel est propice à l’état dépressif, qu’il est un peu trop triste pour s’y épanouir ? Le couple arrive finalement à la ferme des parents de Jake. Elle n’est plus exploitée, il n’y a plus d’animaux, ce qui déçoit le jeune femme. Bien que la mère de Jake soit souffrante, gênée par divers maux, les parents de Jake s’avèrent accueillants. Néanmoins, l’ambiance intrigue la jeune femme. Après dîner, peut-être vaut-il mieux repartir, en effet. Au risque de nouvelles mauvaises surprises…

Iain Reid : Je sens grandir ma peur (Presses de la Cité, 2018)

Je me trompe peut-être, mais toute cette soirée me semble un peu bizarre. La maison, ses parents, le voyage dans son ensemble, rien ne se déroule comme prévu. Ce ne fut ni plaisant, ni intéressant. Je ne m’attendais pas à trouver autant de choses vieilles, désuètes. Il y a un malaise depuis notre arrivée. Ses parents sont sympas – surtout le père – mais ils n’ont guère de conversation. Ils ont parlé beaucoup, mais principalement d’eux-mêmes. Il y avait aussi des silences interminables, le bruit des couverts qui raclent les assiettes, la musique, le tic-tac de l’horloge, les craquements du poêle.
Comme Jake est un brillant causeur, l’un des meilleurs que j’aie jamais rencontrés, je m’attendais à retrouver cette qualité chez ses parents. Je croyais qu’on parlerait travail, et peut-être même politique, philosophie, arts plastiques, etc. Je croyais que la maison serait plus vaste et en meilleur état. Je croyais qu’il y aurait plus d’animaux vivants.

On peut s’autoriser à affirmer que le suspense psychologique est moins convaincant dans certains cas. En particulier quand ça ralentit l’action, au profit de dissertations quelque peu fumeuses sur "l’intériorité des personnages", leur mal-être ou un quelconque moment qui causa chez eux un traumatisme. Par exemple, il est possible qu’un décès, une image, une odeur, provoquent un blocage mental passager, mais faut-il en faire tout un roman ? À l’inverse, quand la situation répond à une vraie logique, on adhère plus aisément. Qu’une jeune femme profite d’un petit voyage en voiture avec son compagnon pour procéder à une analyse introspective, incluant des pensées plus ou moins agréables, ça se tient. Elle évalue l’équilibre du couple qu’elle peut former avec lui, qui annihilerait ses angoisses.

Sauf que des intermèdes nous suggèrent qu’un drame s’est produit. Comme une sorte de délire qui se serait mal terminé. Une crise schizophrénique, sûrement. Refusant le contact, la victime n’allait pas bien dans sa tête, c’était perceptible. Existe-t-il un lien direct entre cet événement-là et le périple du jeune couple ? On doit s’y attendre, mais… “Je sens grandir ma peur” est un suspense psychologique rudement bien maîtrisé. Dans un format (200 pages) correspondant à l’intensité énigmatique voulue, anxiogène sans abuser des effets. Une très belle réussite.

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