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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 04:55

À tort ou à raison, les Ardennes ne sont pas un département attirant. Ce n’est pas une bourgade comme Awoise-Gelle, petite ville endormie à six kilomètres de la frontière belge, qui en améliorera la réputation. Leur club de foot, le SCAG qui évolue en CFA2, ne donne pas non plus une image brillante de la ville. Néanmoins, une poignée de supporters, piliers du bar L’Ardennais, espère que l’équipe échappera à la relégation. Ce qui signerait la fin définitive du club, lâché par la mairie, les sponsors, les joueurs. Moïse, employé dans un magasin de bricolage et de jardinage, ne vit que pour le SCAG. Les autres supporters sont Jarne Van Hoijdonck, un Belge évitant soigneusement la police, et le Nîmois, un ex-voyou venu du Sud. Sans oublier Étienne, le chasseur, qui participe ponctuellement avec ses congénères salingues à des soirées peu ragoûtantes.

À même pas quarante ans, Moïse a un bide plein de bière, l’oreille droite décollée, les cheveux ras et le visage mollasson. Il habite seul au deuxième étage d’une HLM couleur grisaille. Il ne cherche plus vraiment de relation féminine, bien que sa collègue de travail Firmine puisse éprouver quelques sentiments. Rien d’autre n’importe pour Moïse que le club de foot local, où chacun le connaît, et en conséquence ses soirées arrosées avec ses amis à L’Ardennais. Il est conscient que le prochain match, contre Sarreguemines, le samedi 13 mai à 18h, risque d’être fatal. Il lui vient l’idée de faire pression sur l’arbitre, en kidnappant par exemple son fils. D’ailleurs, il commence bien vite ses repérages. Moïse pourra compter sur le Nîmois et sur Jarne pour cette opération. Étienne prêtant son cabanon de chasse, voilà un endroit idéal pour séquestrer un môme.

Jean-Philippe Hibon est employé de banque et arbitre de foot. Entre son épouse, la rousse Magali, et leur fils de deux ans Brandon, ce n’est pas une famille dans laquelle règne une bonne harmonie… À Grande-Synthe, la libraire Annie est en couple depuis vingt-cinq ans avec Magguy, aide-soignante dans un établissement spécialisé. Si Annie possède un caractère fort, Magguy est fragile. Il y a treize ans, elle a été agressée et violée dans un parking souterrain. Deux des individus ont fait de la prison depuis, mais le troisième s’en est sorti. Pour surmonter son traumatisme toujours vivace, Magguy espère qu’un des complices, libéré, lui offrira des infos sur le malfaiteur non identifié… À Awoise-Gelle, une soirée de fête avec une prostituée a mal tourné pour le pervers Étienne. Les "cousins" de sa victime vont exiger un lourd dédommagement, somme qu’il ne possède pas.

Moïse n’a pas hésité à supprimer un témoin alors qu’avec le Nîmois, ils s’entraînaient avant de passer à l’action. De son côté, Jarne ressasse ses souvenirs tout en tentant de ne pas trop souffrir, car il est en mauvaise santé. Malgré tout, il jouera son rôle durant le kidnapping. Entre-temps, Magguy a progressé dans ses recherche du troisième coupable. Quant à l’arbitre Jean-Philippe, rien n’indique qu’il obéira à Moïse…

Fabrice David : Au pays des barbares (Sang Neuf, Éd.Plon, 2018) – Coup de cœur –

La route s’élargit sur la fin. Rond-point, panneau Awoise-Gelle avec un sexe dessiné dessus au marqueur et un autocollant CGT. Un peu plus loin, une masse sombre. Les HLM. Le clocher, derrière. Quelques lueurs transpercent la pénombre. Paysage familier. Triste. Détour par L’Ardennais. Faut que je voie les autres. Pour le plan. Maintenant que j’ai trouvé les coordonnées de l’arbitre sur Internet, tout va aller vite. J’ai eu largement le temps pendant la pause déjeuner du chef. Il n’éteint jamais son ordinateur. Quelques clics sur le site de la Fédération qui organise notre championnat…

Une très grande partie de la population française vit dans des villages du terroir, dans des petites villes de quelques milliers d’habitants. Même si leur activité s’exerce dans de plus grandes agglomérations, ils quittent volontiers le rythme urbain pour des ambiances plus calmes. Peut-être quelques-uns ont-ils choisi de se faire oublier dans des endroits où l’on vivote sans qu’on vous pose de questions. Les faits divers étant rares, la gendarmerie est moins inquisitrice. Il y a également les natifs, souvent attachés à leur décor de toujours.

Moïse en fait partie. C’est un fanatique du club de foot local, au-delà de toute mesure. Ce genre de personne existe, le portrait qu’en fait Fabrice David n’est pas si caricatural. Pour eux, il ne s’agit pas d’être un fervent supporter. Ils vivent corps et âme à travers le club, une dévotion de tous les instants. Des mauvais résultats ? C’est sûrement que leur équipe a été lésée. Un classement minable en championnat amateur ? Pas de la faute des joueurs qui donnent leur maximum. L’un d’eux a triché pour obtenir un penalty ? C’est de bonne guerre. Ce n’est plus de la mauvaise foi, c’est de l’idolâtrie incontrôlable.

Un dérapage aussi énorme que celui organisé par Moïse pourrait-il se produire ? Dans l’actualité, on a l’exemple d’actions violentes contre des clubs adverses, ciblant parfois des joueurs. Autour de Moïse, digne d’un héros de Reiser en BD, on est là au plus proche de la vie réelle d’une partie de nos concitoyens. L’auteur décrit le quotidien des protagonistes, pas seulement à Awoise-Gelle mais aussi la vie de l’arbitre et celle d’Annie et Magguy. Ce qui offre force et crédibilité au récit. Coup de cœur pour un palpitant roman noir.

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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 04:55

De nos jours, la famille Sanders appartient à la bonne société de San Francisco. Outre son métier, le père Jeff est plutôt sportif, s’entraînant pour un prochain triathlon. Kim Sanders est vaguement rédactrice publicitaire en free-lance, collaborant avec un graphiste. C’est elle qui dirige la famille, avec des règles aussi protectrices que sévères. Parfois, Jeff éprouve le sentiment d’être dominé par son épouse. Leur fille Hannah est une lycéenne de seize ans. Elle a un petit ami, Noah Chambers. Leur fils Aidan est un gros gamin de treize ans. Hannah possède de bonnes copines, telles Marta et Caitlin. Mais aussi Lauren Ross et Ronni (Veronica) Moore, duo d’adolescentes bien plus délurées qu’elle. Pour fêter son seizième anniversaire, Hannah invite ses amies chez elle. Dans la pièce en sous-sol de la belle maison des Sanders, elles pourront tranquillement s’amuser.

En début de soirée, Kim a rappelé les règlements : “Alcool, drogue et pornographie sont strictement interdits.” Tout aurait pu bien se passer, mais il se produit un "accident". Ivre et sous l’effet de drogues, Ronni a fait une mauvaise chute sur la table basse en verre. Ce sont Lauren et la victime qui ont introduit différents alcools à l’insu des Sanders. Jeff a aussi offert une bouteille de champagne, sans en parler à Kim. Quant aux stupéfiants, les deux copines en consomment ponctuellement. À l’hôpital, la situation est stable quant à la santé de Ronni, mais elle a été gravement touchée à un œil, qu’elle risque de perdre. Lisa, la mère de Ronni, entretient une relation fusionnelle avec sa fille, qu’elle a élevée à sa manière, sans homme et dans une certaine marginalité. Illico, Lisa porte la faute sur Kim, rejetant même la compassion d’Hannah.

C’est auprès de Tony Hoyle, le graphiste marié avec lequel elle collabore, que Kim cherche un peu de réconfort. Elle éprouvait déjà une attirance fantasmée envers lui, une sorte de flirt qu’il n’a jamais encouragé. Les conditions ne sont sans doute pas réunies pour que Kim et lui deviennent intimes. Jeff Sanders, qui fut un temps consommateur de LSD, se réfugie dans son entraînement sportif. Il est approché par Lauren Ross, qui se victimise un peu. Jeff aura intérêt à se méfier d’elle, qui reste une adolescente malsaine. Lauren prend aussi le parti d’Hannah, contre Ronni (qui a perdu son œil) et sa mère. Lisa intente une action en justice contre les Sanders pour obtenir de gros dédommagements financiers. La jalousie de Lisa n’est pas pour rien dans cette démarche. La police avait pourtant admis qu’ils n’étaient guère responsables. Les ennuis risquent d’empirer encore pour Kim et sa famille…

Robyn Harding : L’anniversaire (Cherche Midi Éd., 2018)

Le cœur de Jeff vrilla dans sa poitrine. Il s’était montré trop rude. Il était tendu, à fleur de peau. Si seulement il n’avait pas acheté ce foutu champagne… Ce matin, avant d’aller courir, il était descendu voir le carnage. C’est là qu’il l’avait repéré, ce morceau de verre transparent emballé de papier d’alu rose, au milieu des détritus, telle une cartouche d’arme à feu. Il l’avait ramassé et glissé délicatement dans la poche de son sweat à capuche. Puis pendant son jogging, il l’avait jeté dans la poubelle d’un parc à près de cinq kilomètres de la maison. Il avait l’impression d’être un criminel, mais mieux valait prévenir que guérir. Cela dit, où était le reste de la bouteille ? Et où étaient les autres bouteilles ?
Il jeta un œil à Hannah, le front toujours pressé contre la vitre.
— Tout va bien se passer, la rassura-t-il en lui tapotant la jambe. Mais la police voudra savoir où vous vous êtes procuré de la drogue.
Hannah se tourna vers lui, et répondit d’une voix atone :
— Je ne me rappelle plus qui a apporté quoi.

Le simple qualificatif de suspense psychologique serait assurément inexact pour classer ce roman. Avant tout, il s’agit d’un portrait de la société américaine, dans les milieux aisés sans être fortunés, à travers le cas de cette famille. Elle a acquis un bon statut social, elle en respecte tous les codes. En oubliant la part d’hypocrisie, et souvent d’égoïsme, existant dans les relations avec "les amis", qui vous tourneront le dos au premier accroc. Kim, la mère, pense avoir donné la meilleure éducation possible à ses enfants, c’est assez vrai. En omettant les influences extérieures, d’autant plus sensibles pour les ados. Bien qu’Hannah ne soit pas particulièrement rebelle, la transgression fait partie des besoins de son âge. Alcool et drogue à son anniversaire, elle a pu voir ça tel un jeu de cache-cache.

Les questions autour de l’adolescence constituent un sujet universel, valable dans tous les pays occidentaux. Psychologie énigmatique pour beaucoup de parents, connaissant si mal les pensées et les goûts de leurs enfants. Peut-être s’agit-il d’un refus de la protection parentale devenue pesante et d’une vie trop banale ? Le thème principal, ce sont les conséquences de l’accident, pour la famille et à titre individuel. Y compris à travers l’aspect financier, non dénué d’une certaine agressivité. Rien à voir avec un polar ordinaire : l’auteure porte un regard très juste sur les comportements de chacun, sur fond d’ambiance sombre sans tomber dans une pénible noirceur. Très convaincant.

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 04:55

En juillet 1940 à Clermont, dans le Puy-de-Dôme. Joseph Dumont est un jeune inspecteur de police, exerçant sous les ordres bienveillants du commissaire Champeix. La femme de Joseph, Sabine, était enceinte quand elle a été tuée dans un accident par une automobile, près d’un an plus tôt. Le véhicule s’est enfui. Joseph peut moralement s’appuyer sur sa sœur Irène, couturière. Au commissariat, il peut faire confiance à Espinasse et à Nestor Bondu, le scientifique de l’équipe. Quant au policier Brouyard, il est tout dévoué au régime pétainiste. C’est dans le contexte troublé de la prise de pouvoir par Pétain qu’un meurtre est découvert dans un hôtel de la ville. Le sénateur Étienne Ferrand a été mortellement frappé à coups de cendrier dans sa chambre. Franc-maçon, il s’opposait au gouvernement réfugié à Vichy, trop favorable aux nazis.

La soubrette qui a découvert le cadavre ne dit certainement pas tout à Joseph. C’est la petite amie du cambrioleur maladroit Fanfan. Dans la région, la famille des confiseurs Thévenet est puissante. Ce sont des partisans de la Cagoule, mouvement fascisant qui se sent fort depuis l’arrivée de Pétain. Localement, le nommé Goigoux est l’exécutant de la Cagoule. Cynique, il emploie des gens comme Fanfan pour mettre la pression ou même tuer leurs cibles. Les francs-maçons sont leur priorité. Après les obsèques de Ferrand, Joseph interroge la famille du défunt, ainsi que le curé qui fut ami d’enfance du sénateur. À une terrasse de bar, Joseph et Nestor sont visés par des tirs. C’était bien Nestor que le tueur à moto voulait abattre, en tant que franc-maçon. Il n’est que blessé. Que ce soit l’œuvre de la Cagoule ne fait pas le moindre doute.

Joseph est convoqué à Vichy, et reçu par le président Pierre Laval en personne. Ce dernier exige une enquête à charge contre le défunt sénateur, qui s’opposait au régime venant de se mettre en place. Étienne Ferrand avait essayé, lors de la fuite du gouvernement à Bordeaux, de convaincre les parlementaires du danger pétainiste. Missionné par Laval, qu’il n’apprécie nullement, Joseph peut continuer son enquête à Paris. Il commence par la seconde épouse de Ferrand. Chez laquelle il croise Lucien Thévenet, le plus actif de cette famille à grenouiller pour la Cagoule. Joseph ne doute pas que son rôle soit obscur, mais il n’est pas facile d’en savoir plus autour du restaurant parisien qui lui appartient, antre des Cagoulards les plus résolus. Tandis qu’à Clermont, les fascistes continuent à supprimer leurs adversaires, Joseph sympathise avec Albertine, qui fut la secrétaire du sénateur.

Le jeune policier ayant identifié les malfaisants, les sbires de Thévenet s’attaquent à lui avec violence. Joseph trouve refuge chez Albertine, où il peut se reposer un peu avant de rentrer à Clermont. Il va bientôt comprendre que la mort du sénateur peut avoir un lien avec un nouveau véhicule, projet des ingénieurs de Citroën, qui n’existe encore qu’à l’état de prototype. Il va également dénicher des éléments concrets sur l’accident dont Sabine, son épouse, fut victime quelques temps plus tôt…

Pascal Chabaud : Mort d’un sénateur (Éd.De Borée, 2018)

C’était une belle journée pour un enterrement. La température à Orcines était inférieure de deux ou trois degrés à celle de la plaine de Limagne. Une légère brise renforçait l’impression de fraîcheur, malgré un soleil étincelant.
Joseph attendait le début de la cérémonie sur la place de l’église, à l’écart de la foule des notables et des habitants du village. Un groupe d’hommes se tenait à l’écart. Il reconnut parmi eux Jean-Auguste Senèze et Aimé Coulaudon, membres de la loge des Enfants de Gergovie. Le commissaire Champeix discutait gravement avec eux. Jocelyn Cluzel était là aussi. Joseph l’avait croisé plusieurs fois au cours de ses enquêtes. Ils s’estimaient, mais se livraient peu l’un à l’autre. Joseph se méfiait des journalistes, et Jocelyn pensait que la police était un mal nécessaire.
L’assistance s’écarta à l’approche du corbillard. Le cheval noir qui le tirait fit demi-tour là où il le faisait toujours et s’arrêta. Les hommes des pompes funèbres retirèrent le cercueil, le posèrent sur des tréteaux et s’éloignèrent. Le cheval prit l’initiative de s’installer à l’ombre des pins, à l’extrémité de la place.

C’est de façon remarquablement vivante que Pascal Chabaud raconte cette histoire, qui se déroule à l’installation de l’État pétainiste. À chaque tête de chapitre, on nous gratifie de ces décisions émanant du nouveau pouvoir, sous la conduite de Pétain et Pierre Laval. La débâcle et l’exode laissent la place à l’autorité, déjà quelque peu sous contrôle nazi. En marge de l’enquête, est évoqué un de ces camps de réfugiés où végète la population ayant dû fuir en catastrophe. Parmi eux, touchés par la propagande, on désigne les Juifs comme coupables de la situation. Chez certains notables, dans une longue tradition anti-démocrate haineuse, on sent l’heure de la revanche contre les francs-maçons. Il faut se souvenir que la Cagoule et ses fanatiques furent tout près de réussir un coup d’état, et qu’ils sont alors les meilleurs serviteurs de Pétain et de sa clique.

Les privations commencent pour les habitants, la censure est active contre les journaux, rares sont les gens obtenant des ausweiss, et les transports très surveillés rendent les voyages chaotiques. À Paris, l’occupant militaire hitlérien est probablement plus visible que dans une ville de province telle Clermont-Ferrand. Pourtant, le poids de la défaite pèse sur tous. C’est dans cette ambiance que le jeune inspecteur évolue, reconstituant les faits au gré des témoignages, tandis que plane l’ombre des tueurs de la Cagoule. Pas la moindre lourdeur narrative, dans une enquête de forme assez classique, en ces semaines où s’annoncent des temps difficiles. Le policier aura droit à sa dose de chocs, mais il reste tenace, volontaire. Une intrigue très entraînante, vraiment passionnante.

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 04:55

Capitaine de police expérimentée au Quai des Orfèvres, âgée de trente-neuf ans, Isabelle Mayet vient d'obtenir sa mutation à Nantes. C'est parce que sa mère souffre de la maladie d'Alzheimer que cette dynamique blonde frisée a dû faire ce choix. Une nomination bien accueillie à la brigade criminelle nantaise. Sauf par le lieutenant Bruno Farge qui visait le poste attribué à Isabelle. Très vite, elle se met dans le bain. Un cadavre a été trouvé dans le bunker de l'île Héron, sur la Loire. Pas un endroit facile d'accès, bien que faisant partie de l'agglomération de Nantes. Rempli de bouteilles vides et de sacs poubelles éventrés, le blockhaus est repoussant. C'est pourtant là que vivait – façon ermite – un sexagénaire prénommé François. Les autorités ignoraient sa présence.

Selon l'amie qui le ravitaillait, ce sont les rayonnements électromagnétiques qui ont rendu l’homme malade. D'où, peut-être, cette consommation excessive de boissons alcoolisées. Le médecin légiste confirme qu'il s'agit bien d'une mort par cirrhose. Le décès n'étant pas suspect, nul besoin d’enquête. Néanmoins, Isabelle Mayet insiste. Lors du nettoyage du bunker, elle a déniché la clé d'une trappe. En explorant seule ce souterrain, elle risque de restée enfermée dans ce mausolée de béton. À une sortie, elle découvre le cadavre du chien de l'ermite, poignardé par un pro du combat. L'ermite est identifié : François Bertignac fut policier aux RG de Nantes, avant ses problèmes de santé et sa retraite. 

Isabelle possède plusieurs éléments, dont la photo d'une jeune femme, datant de 1975, et le vieil ordinateur de l'ermite dont le disque dur mérite d'être exploré. Plus un énigmatique tatouage AAA, auquel Bertignac s'intéressait. Teresa Aguirre, tel était le nom de la jeune fille du cliché. C'était une opposante chilienne, que Bertignac connut à l'époque de ses études. Selon un de ses anciens collègues, ils furent très intimes. À part un silure, poisson de grande taille, le plongeur qui visite l'épave du bateau de l'ermite n'y voit rien de déterminant. Pour aller au bout de son enquête, Isabelle va mettre sa vie en péril...

Sylvain Forge : La trace du silure (Le Livre de Poche, 2018)

C'est aux lecteurs de romans policiers authentiques, que s'adresse ce suspense inscrit dans la très bonne tradition du genre. En effet, la progression de l'intrigue débute par un mort singulier, passe par diverses pistes à éclairer, et nous entraîne jusqu'à un final teinté d'angoisse. Entre les services d'enquêtes et les acronymes de la police (SRIJ, FNAEG...) dont il ne faudrait pas abuser, on baigne dans une ambiance qui se veut proche du réel. L'héroïne fait preuve d'intrépidité, autant que d'intuition. Ce qui la conduit dans certaines situations délicates. Elle ne laisse pas insensible le charmeur substitut Samuel Vanneck, mais doit aussi penser à sa mère souffrante. Un contexte bien dessiné, donc.

Certes, le célèbre Quai de la Fosse nantais n'est plus le repaire mal famé qui lui valut une sinistre réputation. Mais peut-être masque-t-il encore des mystères. Car ce roman est aussi l'occasion de visiter Nantes, des quais de l'Erdre aux rives de la Loire, jusqu'au port de Trentemoult. Le détour par l'île Héron, méconnue car c'est un site protégé, ne manque pas d'intérêt. Ces détails participent à l'affaire, ce qui évite le genre balade touristique. Le sujet s'avère plus large, puisqu'un des aspects sombres évoque des temps funestes en Amérique latine. Avec une narration classique, et des chapitres assez courts, Sylvain Forge nous a concocté un suspense vivant qui se lit avec grand plaisir.

Ce roman très réussi est maintenant disponible chez Le Livre de Poche.

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 04:55

De 2013 à 2015, Bernard Petit a été directeur des services de la préfecture de police de Paris, autrement dit patron du 36 quai des Orfèvres. Après sa formation d’officier de police, il débuta en 1978 comme inspecteur dans la lutte contre les trafics de stupéfiants. Dès 1986, il entra dans la haute administration de la police, à l’OCRB (Office central pour la répression du banditisme). Ce qui n’excluait pas sa participation aux opérations sur le terrain, dans plusieurs affaires. Au fil des années, Bernard Petit a gravi les échelons de la hiérarchie, occupant des postes à responsabilité, le grand banditisme restant l’objet de ses missions la plupart du temps. Devenu patron du 36, il va être confronté aux attentats visant Charlie Hebdo, puis l’Hyper Casher. S’il n’est pas seul à gérer la situation, Bernard Petit en prend sa part. Malgré la tragédie, un certain succès pour les autorités.

Quelques semaines plus tard, Bernard Petit est mis en accusation dans une affaire qui paraît plutôt nébuleuse, et débarqué de son poste. Dans ces fonctions, au-delà de simples rivalités de personnes, il existe toujours un aspect politique. Bernard Petit estime avoir été la bête noire des sarkozystes au sein de la police. Il a parfois été mis en garde contre les attaques potentielles émanant des cercles politisés, lui qui affirme observer une neutralité en la matière. Personne n’est naïf dans ces milieux policiers, à ce niveau : après trente-cinq ans de carrière, ignorait-il que c’est d’un vrai panier de crabes dont il s’agit.

Des cas problématiques, il en a connu entre-temps : une Canadienne de trente-quatre ans a accusé des policiers de la BRI de l’avoir violée dans leurs locaux, où on semble souvent faire la fête ; en juillet 2014, cinquante-deux kilos de cocaïne sont dérobés dans la salle des scellés de la brigade des Stups. Incroyable vol qui choqua l’opinion publique, puisque le coupable ne pouvait qu’être un policier ayant accès à cet endroit. À la tête de la police française, nul n’est évidemment impliqué dans ces dysfonctionnements virant au faits divers. Mais les accusations, pas forcément publiques, de laxisme ne tarde jamais à cibler des hauts-fonctionnaires, surtout quand ils sont peu appréciés politiquement.

Bernard Petit : Secrets de flics (Éd.Seuil, 2018)

La carrière de Bernard Petit ne se résume pas à cet ultime étape, qui lui valent de lourdes accusations – ce dont le public n’a pas à juger, faute d’informations. Il relate aussi sa participation à quelques affaires autour du grand banditisme. Pour des raisons électoralistes, le "sécuritaire" de base est mis en avant, traquant les dealers et les gangs qui polluent la vie quotidienne des Français. C’est oublier qu’au sommet, ces réseaux sont dirigés par des caïds se situant aux marges de la légalité – plutôt à l’extérieur. Marseille est, de toute époque, la plaque tournante et le centre de ces organisations mafieuses. On nous raconte comment, en 2010, tombèrent plusieurs des chefs mafieux, à l’occasion d’une opération menée avec la plus grande discrétion pour éviter les fuites.

Dans les services auxquels il collabore durant sa carrière, ce sont les "gros poissons" qu’il s’agirait d’attraper. Pas facile quand on vise des gens tels que Michel Tomi, considéré comme l’empereur des jeux et des casinos en Afrique de l’Ouest, sexagénaire richissime qui semble à l’abri des multiples poursuites que mériteraient ses activités. La Françafrique et ses dossiers hautement sensibles ! Plus proche du terrain, pas simple non plus pour l’OCRB d’alpaguer le truand belge Patrick Haemers. Si la coopération franco-belge ne fonctionne pas trop mal, il faut compter avec les complices de la bande d’Haemers, sur la mobilité de ces malfaiteurs qui savent que bouger est leur meilleur atout.

Beaucoup de moyens sont accordés à la lutte contre les trafics de drogue et contre le grand banditisme. Parmi ceux qui dirigent les services de police dédiés, Bernard Petit a fait partie de ceux qui espéraient davantage de résultats. Toutefois, une certaine confusion règne dans la manière de s’attaquer aux "gros bonnets". Avec des rivalités entre Douanes et police, comme en juillet 2015, quand un camion contenant sept tonnes de résine de cannabis stationné dans Paris est au centre d’un pataquès. L’OCRTIS tentait un coup de filet, semble-t-il, mais peut-être le secret de l’opération cachait-il autre chose ?

Dans ce genre de livres, l’auteur raconte "sa" vérité. Sans doute Bernard Petit le fait-il ici avec une bonne dose de sincérité. Le public n’est pas apte à démêler certaines facettes de ces affaires touchant l’élite de notre police. En revanche, l’aspect le plus intéressant, c’est la description "en interne" de ces sphères, par le vécu du narrateur. Et puis, il est question de dossiers remontant à ces dernières décennies, délinquance financière ou banditisme, et ce qui contribue au blanchiment des sommes phénoménales des trafics de drogue. On est là dans le concret, autour de ceux qui tiennent en main ces réseaux mafieux. Les efforts et les initiatives ne manquent pas dans les services de police concernés, mais c’est bien moins médiatique que des règlements de comptes et autres affaires de petits dealers.

Un témoignage sur la police d’aujourd’hui, qui nous fait entrer dans des milieux opaques. Une manière pour les citoyens d’aller quelque peu au-delà des infos ordinaires, d’essayer de comprendre des questions de notre temps.

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 04:55

Erik Ketezer s’est installé comme vétérinaire en Normandie, sur les bords de Seine, depuis quelques années. En partie, ce fut une manière de tourner la page après les épreuves de santé de sa compagne, Sylvia. La famille de celle-ci se manifeste lorsque le jeune frère, Rayan, est tué en Thaïlande où il s’était installé. Passionné de plongée sous-marine, le jeune homme en avait fait là-bas une activité à part entière. Il s’agit de rapatrier le corps en France, ce dont peut se charger Erik. Celui-ci se rend sur place, à Ko Phi Phi, dans la région de Phuket naguère frappée par un terrible tsunami. Il s’aperçoit que beaucoup de Français fréquentent ces lieux, même des élus d’Île-de-France. La police locale tient deux suspects, dont la culpabilité est fort improbable. En la matière, bien des choses s’avérant approximatives dans ce pays, aucune enquête sérieuse n’est à espérer.

C’est à Courvilliers, dont Erik est originaire comme Sylvia, Ryan et leur famille, que vont se dérouler les obsèques du jeune homme. À cette occasion, le prêche d’un imam apparaît plus que tendancieux, d’autant que Rayan n’était guère pratiquant. Ayant quitté la ville de longue date, Erik constate que l’ambiance a énormément changé à Courvilliers. Dans les rues, on ne trouve plus cette convivialité qu’il a connue. Outre les trafics qui se cachent à peine, la mécanique sauvage en pleine rue, la ville ne semble plus entretenue. Au point de se poser des questions sur la salubrité, vu la profusion de rats. Quant aux équipements, il ne fait pas bon être handicapé à Courvilliers. L’ancien maire, surnommé Le Commandeur, a récemment laissé la place à son gendre, mais il continue à tirer les ficelles d’un système bien rôdé. Qui profitera des investissements pour les Jeux Olympiques à venir.

L’arme qui a tué Rayan en Thaïlande a également servi lors d’un règlement de comptes à Courvillliers. Erik se penche sur les faits divers ayant émaillé la vie locale ces derniers temps, des actes violents parfois mal explicables. Parmi ses anciens amis, il retrouve Omar Belaïd, qui a été témoin de l’évolution déclinante de la ville. Évidemment, le népotisme municipal est en cause, jusqu’à toucher tous les niveaux du fonctionnement de Courvilliers. Quant au fait divers impliquant l’arme ayant tué Rayan, il existe probablement un lien – moins indirect qu’il paraît – avec une responsable des services municipaux. Erik reste sur place, tentant de cerner la situation. Le cas d’un nommé Farid Sayane, repris de justice pourtant protégé par la mairie, laisse entrevoir certaines manipulations électorales. D’autres conseilleurs plus ou moins occultes organiseraient malversations et trafics…

Didier Daeninckx : Artana ! Artana ! (Éd.Gallimard, 2018)

— En clair, ils pensent que le règlement de comptes à Courvilliers et le meurtre à Ko Phi Phi sont liés, que l’auteur est le même, c’est bien ça ?
— Non, pas obligatoirement… On peut avancer l’idée que la connexion est établie par l’utilisation d’une même arme pour les deux crimes, et bien qu’on ne puisse préjuger que c’est une seule personne qui a appuyé sur la détente en France et en Thaïlande, en droit c’est suffisant. D’après mon expérience, cela va activer les recherches ici, mais je doute que les enquêteurs français disposent des moyens nécessaires pour se déplacer à Ko Phi Phi.
Je le presse de questions, mais le procureur refuse d’être plus précis et d’aller au-delà de ce qu’il vient de me livrer.

Depuis trente-cinq ans et plus, Didier Daeninckx montre d’indéniables qualités de conteur, utilisant tous les formats (nouvelles, bédé, etc.) pour décrire notre société. Pour qu’une critique sociale et politique fasse mouche, elle doit s’appuyer sur des intrigues solides, à caractère polar ou d’aventure. Ce qui est le cas dans son nouveau roman, avec un crime commis à l’autre bout du monde. Le type d’affaire où la justice française ne peut guère jouer un rôle efficace. C’est donc en observant, en échangeant, que notre héros mène une sorte d’enquête. Que la Thaïlande ne soit pas le pays le plus sécurisant du monde, c’est sûr. Néanmoins, il semble fréquenté par bon nombre de Français, et on peut se demander si c’est juste pour son attrait touristique.

C’est dans le 93 que se trouvent les réponses. Lucide, Daeninckx souligne la dégradation de ces banlieues, matériellement autant que dans les esprits. Des zones de non-droit ? Cette formule lapidaire est loin de tout expliquer. Pendant des décennies, au nom d’une paix sociale bien relative, des municipalités ont masqué les réalités sociales. Le profit qu’ils en tiraient n’était pas forcément financier, mais ils gardaient le pouvoir dans leurs fiefs. La population n’avait qu’à s’adapter, où à s’éloigner. On doit s’interroger sur les priorités budgétaires, sur des projets où beaucoup d’argent a été dilapidé. L’exemple de la mécanique sauvage, où l’on répare tout véhicule en pleine rue, illustre le fait que chacun agit désormais à sa guise, avec une approbation étonnante des polices municipales. Tout s’est gangrené, il n’y a plus de règle, l’autorité est caduque.

Loin de tout angélisme, mêlant harmonieusement sujet criminel et regard sur la société, toujours parfaitement documenté, Daeninckx utilise sa tonalité personnelle pour dresser un portrait de notre époque. Une belle réussite de plus à son actif.

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 04:55

Le docteur Knox exerce à Los Angeles. Il est le dernier d’une longue lignée de médecins installés dans un comté du Connecticut, berceau de la famille paternelle. Sa mère aussi se battit pour son métier de docteur, qui la passionnait. Âgé de quarante ans, Adam Knox est le premier des siens à avoir fait d’autres choix, à ne pas se fixer dans un cabinet. Par le passé, il a effectué plusieurs missions médicales en Afrique pour des organismes. Depuis trois ans environ, il a repris le dispensaire du quartier déshérité de Skid Row. Knox est conscient que plane la menace immobilière sur le bâtiment qu’il occupe, et où il habite façon camping. Il n’a pas les moyens de racheter les lieux. Tout juste peut-il payer le loyer et son infirmière Lydia, une dame mûre qui aspire à la tranquillité. Élevant son neveu et sa nièce, elle a mené une vie difficile, se montrant parfois mordante envers Knox.

Les meilleurs revenus qu’obtient le médecin, c’est grâce aux missions qu’il remplit avec son ami Ben Sutter. Âgé de trente-cinq ans, métissé et athlétique, cet ancien baroudeur vit à Venice. Il travaille maintenant dans la sécurité, à son compte. On fait souvent appel à lui quand une personne blessée préfère éviter des soins officiels. Knox assure la partie médicale, sous la protection de Sutter. Car ces patients-là sont dangereux, entre fils de famille dépravés ou junkies, et truands sans scrupules quelquefois gravement touchés lors d’un braquage. Au dispensaire, se produit un incident : une jeune femme étrangère l’a consulté pour son jeune fils souffrant. Avant de disparaître sans laisser de traces. Lydia n’est franchement pas enchantée quand Knox refuse de confier l’enfant aux services sociaux, mais elle s’occupera du petit. Le médecin espère retrouver la mère tout seul.

Selon Nora, l’amie de cœur de Knox, c’est une très mauvaise idée. Il est évident que le môme et sa mère étaient pourchassés, une traque qui va continuer. Il semble bien que ce soient deux duos, n’opérant pas pour le même patron, qui rôdent dans le quartier. Malgré le risque, Knox interroge la population marginale de Skid Row. Il repère l’hôtel Harney, où ont logé la mère et l’enfant, qui est un bordel. Pour faire parler le gardien, la présence de Sutter ne sera pas inutile, le bousculant un peu. Un des duos, les Russes, est au service du mafieux Siggy Rostov. Un caïd bien connu de Ben Sutter, qu’il ne craint pas d’affronter au besoin, mais c’est quand même se frotter à un gang. Les traqués sont finalement identifiés par leurs prénoms, Alex pour l’enfant, Elena pour sa mère.

Si Siggy Rostov les cherchent pour le fric, c’est Kyle Bray qui veut à tout prix retrouver son fils. C’est un homme jeune et séduisant, appartenant à une riche famille des milieux d’affaires. Il n’a jamais brillé dans les postes à responsabilité que lui confia son puissant père, Harris Bray. Kyle pourrait avoir belle allure, mais on devine vite que c’est un fêtard, ne maîtrisant pas grand-chose dans sa vie. Knox sympathise avec Amanda Danzig, dite Mandy, la nièce d’Harris Bray, une excellent alliée dans la place. Sutter et Knox sont les premier à dénicher Elena, qu’il importe de protéger ensuite avec Alex…

Peter Spiegelman : Dr.Knox (Éd.Rivages, 2018)

[Sutter] tenait le Sig à deux mains devant lui pour les mettre en joue tour à tour. Tats a prononcé quelques mots en russe, parmi lesquels on entendait distinctement ‘mudak’ et ‘pizda’. Sutter a ri et les a surpris en répondant en russe. Ils n’ont pas eu l’air d’apprécier.
— Tu veux t’écarter un peu de la cible, doc ? a dit Sutter en me montrant où aller d’’un geste du menton.
J’avais les cuisses comme du plomb et a poitrine oppressée."Je veux leur parler, ai-je dit."
— Tu leur parleras quand j’aurai tiré. Juste dans les genoux, pour commencer.
Tats a esquissé un pas vers moi en préparant sa batte. Il y a eu un claquement assourdi et Sutter lui a logé une balle entre les pieds. Tats n’a plus bougé. "J’aimerais que tu restes là, da ? a dit Sutter. Et fais-moi passer cette batte."
Avec un grognement écœuré, Tats a lancé la batte dans l’obscurité, où elle a roulé bruyamment avant de s’arrêter.

À l’occasion de certains scandales américains, on a pu se demander comment des gens en vue ont si longtemps échappé aux poursuites pour de graves méfaits, sexuels, financiers et autres ? Ce roman esquisse partiellement des réponses. Les plus hautes sphères de la société sont intouchables, car les magnats actuels imposent en dictateurs leurs volontés, s’appuyant sur des systèmes financiers opaques, utilisant toute forme de menace si cela devient nécessaire à leurs yeux. Oser porter plainte, tenter d’échapper à leur emprise, ça apparaît illusoire. Certes, cette fiction n’en est pas une démonstration, mais c’est bien ce qui sous-tend l’intrigue et ses rebondissements.

Le Dr.Knox est le narrateur de ses aventures. C’est un idéaliste, qui admet ne pas agir toujours raisonnablement. Avec raison, il a pleine confiance en son ange gardien, Sutter. Les deux amis savent faire preuve de prudence, préparant leurs arrières lorsqu’une confrontation tendue s’annonce. Côtoyer et soigner les plus pauvres de Los Angeles, telle est la vocation de Knox. Faire face à un caïd d’origine russe aux méthodes violentes, c’est presque plus facile que de contrer une des familles les plus blindées de Californie. Le ton du récit s’avère très agréable, ne forçant jamais sur la dramatisation – à la façon du médecin ayant un regard distancié. Bien que le contexte ne soit guère joyeux, et que des faits très sombres émaillent l’histoire, on ne s’interdit pas de sourire assez souvent.

Par sa fluidité et ses descriptions claires, “Dr.Knox” est un polar qui se savoure avec un véritable plaisir. Si la présence très active de Sutter en fait le second héros, le médecin reste au centre de tout, gardant le cap envers et contre tout. Excellent roman.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 04:55

Les Mabille-Pons forment une famille nombreuse. Le père, Charles, est clerc de notaire. La mère, Adélaïde, est infirmière. Des parents ayant toujours refusé d’officialiser un mariage. Ils ont six enfants, les trois premiers étant de jeunes adultes, les trois derniers ont été adoptés. Une telle smala, c’est de l’animation permanente. Ce qui convient fort bien à Rose, vingt-et-un ans, diplômée cultivant un certain décalage sociétal. Animatrice littéraire en salon de coiffure, celui de Vanessa, ce n’est pas commun. Par ailleurs, elle garde un œil sur la tribu. Ce matin-là, il en manque un : Gus, son frère collégien, originaire de Colombie. Très vite, il s’avère que l’ado est en fuite, accusé du braquage d’un bureau de tabac avec deux complices, le propriétaire étant sévèrement blessé. On le reconnaît bien sur la vidéo de surveillance, entre deux types cagoulés.

Ce genre de méfaits, ça ne correspond nullement au caractère de Gus. La gentillesse est son trait dominant, c’est pourquoi il est franchement apprécié de tous. Mais c’est aussi un garçon poursuivi par la malchance, qui a déjà souvent servi de bouc-émissaire dans des situations troubles. Bien qu’il respire la bonté, on le suspecte, on le désigne. La famille est convoquée au commissariat, où on ne leur cache pas que l’affaire du braquage est grave. Ce qui met en fureur Adélaïde, telle un volcan en éruption, qui est depuis toujours rebelle face aux flics. En revanche, Rose se sent attirée par le policier Richard Personne, au yeux si particuliers. Selon la coiffeuse Vanessa, il a plutôt bonne réputation dans le quartier. Et Rose ne le pense pas animé par une vocation de flic pur et dur. Il est prêt à admettre que Gus peut être innocent.

Rose s’est aperçue que leur frère Antoine, venu lui aussi de Colombie, était en contact avec Gus. La jeune femme parvient à rejoindre le fugitif, qui lui donne sa version des faits, assurément crédible. Mais sitôt après, Rose est assommée tandis que Gus est enlevé par des inconnus. Il serait bon que la police s’agite un peu pour le retrouver. À l’heure où son père Charles risque des ennuis avec son employeur, le notaire, Rose en vient aux vieilles méthodes : elle distribue des affichettes pour un appel à témoins. Entre les indifférents et les soupçonneux chroniques, le résultat n’est pas garanti. Au salon de coiffure, la clientèle est dans le camp de Rose. Sauf quand se pointe l’épouse du notaire, patron de Charles, ce qui s’achève en pugilat. Si Rose est hospitalisée, pas de lien direct. Partageant sa chambre avec un centenaire moribond, elle a ses propres problèmes de santé à régler.

L’hôpital, c’est le royaume de sa mère, ce qui ne signifie pas que Rose s’y trouve bien traitée. D’autant qu’Adélaïde a laissé des consignes, afin que le policier Richard Personne ne puisse pas approcher sa fille. Tandis que sa sœur Camille vaque à ses amours, Rose ne renonce pas à retrouver le pauvre Gus, avec l’appui de sa famille…

Marin Ledun : Salut à toi ô mon frère (Série Noire, 2018)

Un silence présumé coupable s’abat sur la chambre, entrecoupé des reniflements d’Adélaïde et du va-et-vient des policiers dans le reste de la maison. Minute de calme avant l’ouragan qui s’annonce. Je vois ma mère reprendre progressivement des forces dans le bras de mon père. Et vice versa. C’est quelque chose que j’admire profondément chez eux, cette façon de faire front devant l’adversité, quoi qu’il advienne, comme deux sémaphores en pleine tempête. À mon tour de verser une larme. Merde, voilà que je tombe dans la sensiblerie, maintenant !

En une dizaine d’années, Marin Ledun est devenu une valeur sûre du polar, du roman noir, et ce n’est que justice. Bien sûr, plusieurs prix littéraires ont souligné ses qualités d’auteur. Mais ce sont avant tout les lecteurs qu’il est parvenu à convaincre, avec des intrigues très sombres, et son regard acéré sur la société. Une bonne histoire n’en est que meilleure quand l’auteur y apporte sa tonalité. C’est d’autant plus convaincant quand la souplesse narrative est au rendez-vous, comme dans cette "comédie policière". On peut alimenter la tension en faisant sourire, sans être obligé de dramatiser à l’excès. Ce que nous démontre ici Marin Ledun, avec tout le talent qu’on lui connaît.

Belle succession d’aventures pour cette famille pas si ordinaire. Cela n’empêche pas de glisser des remarques bienvenues sur notre époque et ses travers. Ni de rappeler que même la littérature classique peut offrir une part de plaisir, y compris à des publics qui aiment en priorité le rock dur, telle Rose. Si le titre du roman est emprunté aux Bérurier Noir, la jeune femme n’en est pas moins romantique. D’ailleurs, cette histoire est pleine d’amour, ce que traduit également la solidarité familiale. On prend un immense plaisir à suivre ces multiples péripéties, fort drôles, une facette de l’inspiration de Marin Ledun qui séduit franchement. À ne pas manquer !

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