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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 04:55

Un avion s’est crashé en survolant les Alpes. Si ce drame intéresse les autorités américaines, c’est que se trouvait à bord Mike Stone, quatre-vingt quatorze ans. C’était un héros militaire, fortuné, dont il faudra rapatrier les restes aux États-Unis. Il suffit d’avoir l’ADN du défunt pour l’identifier. Sauf que Mike Stone n’avait plus de famille depuis bien longtemps. La solution, c’est de prélever l’ADN de son frère Samuel Stone, mort lors du Débarquement en Normandie, enterré au cimetière d’Omaha. C’est Andrew Johnson, Noir de quarante-huit ans, qui se trouve chargé de cette mission par la hiérarchie militaire. Lui qui avait besoin de prendre du recul, bonne occasion que ce séjour en France. À Caen, Andrew fait la connaissance des magistrats locaux. Dont Marie-Line Montgoubert, jeune substitut. Ensemble, ils vont procéder à l’exhumation au cimetière d’Omaha.

Surprise : dans la tombe de Samuel Stone, il y a un second corps, celui d’une femme. La jeune inconnue a été étranglée, un meurtre certainement encore récent. Pour Andrew, cela signifie une prolongation de son séjour, le temps de comprendre la situation. Il connaît bien l’histoire du Débarquement, n’oublie pas qu’il y eût autant de profiteurs que de Résistants en cette fin de guerre. Dans une bourgade de la côte normande, Andrew sympathise avec la population du cru. On le surnomme vite Obama, car il est vrai qu’il lui ressemble quelque peu. Pendant ce temps, Marie-Line explore les dossiers relatifs au faits historiques du Débarquement. Aucun lien flagrant entre Samuel Stone et l’autre victime. Par contre, Marie-Line déniche une piste. Ça concerne la disparition de la jeune Sonia Devers, en 2005. Qui n’a jamais été considérée comme une affaire criminelle.

Marie-Line et Andrew s’associent pour mener l’enquête. Un certain Kevin Sandret apparaît comme fortement suspect. Il ne fait pas de doute qu’il soit à la tête d’un trafic de drogue dans la région. Au total, trois disparitions de jeunes femmes rousses sont à prendre en compte. Outre Sonia, il y a un cas en 2013 et un autre remontant à une semaine environ. Selon le procureur Flochard, supérieur de Marie-Line, ça reste des supputations, ces jeunes femmes étant adultes et libres de leurs vies. Heureusement, Andrew partage l’opinion de Marie-Line. Non seulement ils poursuivent l’enquête, mais ils espèrent bien sauver une captive, et démêler toute cette affaire…

A.Liard-D.Azencot : La fille d’Omaha (Toucan Noir, 2018)

Deux squelettes étaient couchés l’un sur l’autre, le bras gauche de celui du dessus comme enlaçant le cou de celui du dessous. Sur le corps du dessus, des morceaux de peau séchée collaient aux os. Il était sur le ventre, crâne tourné de profil, comme s’il essayait de chuchoter quelque chose à son compagnon, là où aurait dû se trouver son oreille gauche.
— Extraordinaire. Vous saviez que des siamois avaient débarqué à Omaha ? lâcha Andrew.
Pour toute réponse, il se fit crucifier le pied par le talon pointu de Marie-Line. Le fossoyeur fronçait les sourcils.
— Il y a un homme et une femme, ajouta-t-il pointant du doigt le bassin du corps du dessus.

Les romans faisant référence à la 2e Guerre ne sont pas toujours convaincants, le sujet ayant été surexploité. De même, une "collaboration" entre magistrats américains et français, aux statuts et aux états d’esprits si différents, peut frôler la superficialité.

La première réussite de ce roman est d’être très crédible sur ces points. On éprouve une réelle empathie pour Marie-Line et Andrew. Le récit, actuel et fluide, est ponctué de scènes autour du Débarquement. L’intrigue s’avère solidement énigmatique : morts d’hier, meurtres ou disparitions d’aujourd’hui. Les auteurs nous proposent là un roman de fort belle qualité, à découvrir absolument.

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 04:55

Ex-femme active londonienne, Agatha Raisin s’est installée au village de Carsely, dans la campagne anglaise. Depuis, elle s’est improvisée plusieurs fois détective amateur, pour des affaires dont la police semblait peu s’intéresser. Agatha s’est fait des amis, telle Mrs Bloxby l’épouse du pasteur, ou le jeune policier anglo-asiatique Bill Wong. La quinquagénaire a connu quelques problèmes de couple. Si elle s’est finalement mariée à son voisin James Lacey, trop de déséquilibre existait entre eux. La pétulance et le calme ne font pas bon ménage. James l’a quittée pour aller vivre dans un monastère français. Pour s’en remettre, Agatha s’est offert un voyage sur la lointaine île de Robinson Crusoe.

Peu après son retour à Carsely, les crues et les inondations envahissent la région. Le cadavre de la jeune Kylie flotte sur la rivière. Agatha soupçonne immédiatement un meurtre. Dont le coupable pourrait être Zak, le petit ami de Kylie. La police envisage une overdose, un possible suicide. Ni Agatha, ni les proches de la victime ne croient qu’elle ait été toxico. Agatha mène sa petite enquête à la discothèque du père de Zak, avec de rencontre la rivale de Kylie, Phyllis. Celle-ci est une fille prétentieuse, égoïste, mais est-ce que cela l’a menée au crime ?… John Armitage, le nouveau voisin d’Agatha, est auteur de romans policiers. Il accepte de suivre la détective amateur dans ses investigations. Même si tout ça déplaît au policier Brudge, qui s’occupe mollement de la mort de Kylie.

Freda Stokes, la mère de Kylie, est prête à engager Agatha afin de faire toute la lumière sur la mort de sa fille. Agatha interroge Harry, un ancien petit ami de la jeune fille, ainsi que les copines de la défunte. Une piste pourrait désigner M.Barrington, l’employeur de Kylie. Il s’est passé des choses pas nettes entre elle et lui, c’est sûr… C’est alors qu’une habitante du village est découverte assassinée. On l’a probablement prise pour Agatha, déjà victime d’une agression. Le policier Brudge est d’accord là-dessus. Toujours épaulée par son voisin John Armitage, en bon limier, Agatha se rapproche certainement de la vérité. Quand celle-ci sera établie, Agatha compte bien retourner sur l’île de Robison Crusoe, pour un séjour plus reposant…

M.C.Beaton : Crime et déluge (Albin Michel, 2018) – Agatha Raisin 12 –

Chez elle, Agatha alluma sa télévision pour regarder les infos. Sur l’écran se succédaient des images des Midlands inondés et des récits de personnes arrachées à la vie par la fureur des flots. Puis le présentateur annonça : “Le corps d’une jeune femme a été repêché par des plongeurs dans la rivière Avon à Evesham. Des promeneurs qui se trouvaient sur le pont l’avaient repérée alors qu’elle flottait juste en dessous d’eux, vêtue d’une robe de mariée. La police ne dévoilera pas son identité avant que l’a famille n’ait été informée. À ce stade, rien ne laisse penser qu’il s’agisse d’un acte criminel.”
— Pff… pesta Agatha. Qu’est-ce qu’ils en savent ?
La sonnerie de la porte retentit et elle alla ouvrir. Miss Simms se tenait sur le seuil, en équilibre précaire sur ses sempiternels talons aiguilles.

On éprouve un véritable plaisir à la lecture des aventures à rebondissements de la pugnace Agatha Raisin. Il s’agit d’excellentes "comédies policières", souriantes à souhaits, dans la meilleure tradition des détectives amateurs – souvent plus efficaces que la police officielle. Agatha suspecte, Agatha se déguise, Agatha triche avec ses interlocuteurs, et parvient à ses fins. Sans oublier les affaires de cœur compliquées de notre mûre héroïne. En un mot, on s’amuse beaucoup à suivre ses investigations, pas si désordonnées que ça.

Dans “Crime et déluge”, Agatha Raisin montre une fois de plus qu’elle est la plus forte. Une série de roman extrêmement distrayants, à ne pas manquer.

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 06:50

Campagne électorale dans l’Ohio. Lee Rogers, le sénateur sortant, sera réélu, cela ne fait aucun doute. Il bénéficie d’une grande popularité, à défaut d’être plus efficace qu’un autre. Il est marié à Connie, une femme malade – mais l’est-elle vraiment ? Lee Rogers est un séducteur, c’est son meilleur atout. Toutes les femmes tombent sous son charme, et souvent dans son lit… En face, Barton Brock est le directeur de campagne de son adversaire, un obscur candidat n’ayant aucune chance. Alors, pourquoi ne pas avoir recours aux vieilles méthodes : un scandale sexuel ? Brock engage Elizabeth, une serveuse de McDo, d’une beauté ravageuse. L’opération est un flop. Car Elizabeth est loin d’être stupide. Si cette affaire lui crée dans un premier temps des ennuis, elle est de celles qui savent rebondir,et ne manquera pas de le prouver.

Brock a bien compris que c’est autour de Lee Rogers que se passent les choses les plus excitantes, dans le cadre de la campagne autant qu’en privé. Le sénateur retrouve bientôt Jenny, une hôtesse de l’air qu’il a connue vingt ans plus tôt. Celle-ci fut éperdument amoureuse de Lee Rogers, déjà marié. Jenny a une fille, Fanny. Cette étudiante intègre la campagne du sénateur, en tant que vidéaste, supposément pour améliorer encore l’image de Lee Rogers. Encore une qui pourrait bien devenir la maîtresse du politicien… De son côté, Elizabeth s’est mariée à un homme d’affaires fortuné de Las Vegas, Bruce Diamond. La jeune femme fait la connaissance de Nick, un photographe pro de trente-deux ans. Elle va l’entraîner dans des mésaventures qui, finalement, ne se terminent pas trop mal pour lui – puisqu’il va aller vivre à Paris.

Pour Elizabeth, toute nouvelle expérience est bonne à prendre. C’est ainsi qu’elle va devenir "Chère Dottie", répondant aux courriers de personnes soit désespérées, soit ayant des intentions meurtrières. Installée dans le Maine, elle semble avoir trouvée sa voie. La campagne de Lee Rogers se poursuit. Le candidat devra sûrement tenir davantage compte de son épouse Connie, pour sa campagne. S’exilant à Paris, Fanny fait la connaissance du photographe Nick. À force de manipulations dans tous les sens, la mort guette certains des protagonistes. Par exemple, il n’est pas si difficile de faire tomber quelqu’un du haut de la Tour Eiffel. Car rien ne doit compromettre la réélection de Lee Rogers…

Brian de Palma – Susan Lehman : Les serpents sont-ils nécessaires ?  (Rivages-Noir, 2018)

Quinze jours plus tard, Fanny est assise en face de Rogers. Celui-ci est derrière un bureau, équipé, comme tous ls bureaux de chambres désormais, d’un chargeur pour Ipod, d’un bloc de papier à lettres que personne n’utilisera jamais et de la liste des services prposés par l’hôtel, dans une reliure en cuir.
Fanny, installée dans un fauteuil recouvert d’un tissus en feuilles de palmier, tient son caméscope devant elle. L’œil collé au viseur, elle zoome sur Rogers. Son autorité ne tient qu’à un fil. On dirait une jeune maman qui filme la fête d’anniversaire de son bambin.

L’ironie est omniprésente dans cette histoire de campagne électorale à l’Américaine. Quand la caricature est réussie, donc d’une belle drôlerie, le résultat est réjouissant. Les auteurs s’en donnent à cœur-joie, dressant le portrait d’un politicien et de son entourage. Lee Rogers est l’archétype du fonceur, dénué de tout sentiment sincère. Cela dit, il ne force aucune femme à tomber dans ses filets. Quoi qu’il fasse, la victoire l’attend. Par bien des aspects, il semble assez représentatif des politiciens de son pays. Un roman très amusant et riche en péripéties variées.

Une lecture vivement conseillée, très souriante.

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 04:55

Le Festival du film britannique de Dinard se déroule tous les ans en octobre, dans cette station balnéaire d’Ille-et-Vilaine, proche de Saint-Malo. De longue date, depuis le milieu du 19e siècle, Dinard est très appréciée des Britanniques. Ce festival permet de prolonger l’attrait pour les Anglais, de milieux naturellement aisés. Cette année-là encore, on s’apprête à faire la fête, en présente de stars. Sauf que dès le lendemain de la soirée d’ouverture, un cadavre est retrouvé sous un manège en pleine ville. Il a été percuté par un véhicule, volontairement sans doute, avant d’être dissimulé. Il s’agit du scénariste Simon Leigh, pris à partie la veille par un de ses confrères, Guy Brandon.

Le commissaire Hervé Le Goff doit démêler les premiers éléments. Pendant ce temps, il y a un peu d’agitation parmi les invités du festival. La productrice Margareth Woodward ne tarde pas à jeter le gigolo qui l’accompagnait, qui a dépassé les limites du cynisme. Épouse du cinéaste Charles Hamilton, Helen s’aperçoit que son mari – plus endetté que jamais – cherche à la spolier. Ambiance tendue dans les coulisses du festival. Le SRPJ de Rennes va diriger l’enquête sur le meurtre de Simon Leigh. Mais il ne semble pas si facile de mettre la main sur Guy Brandon, pourtant participant aux festivités. D’ailleurs, il ne faudrait pas l’accuser trop vite, car c’est plutôt contre Charles Hamilton qu’il en a.

A Saint-Servan, une festivalière a été précipitée du haut de la Tour Solidor. Un suicide ne semble pas crédible. Il s’agit de Norma Gray, la meilleure amie d’Helen Hamilton, qui l’aidait à ne pas être lésée par son mari. La police hésite à établir un lien avec le crime de Dinard. Toutefois, le témoignage d’Helen Hamilton peut faire progresser les choses. Même si le festival se poursuit vaille que vaille, on sent bientôt une menace planer. Peut-être sur les stars présentes. Des suspects, il n’en manquerait pas. Sans doute pas ce Charlot,plus envahissant que vraiment dangereux. Mais ce genre de festivités rassemble quantité de personnes, pas toujours identifiées. D’autres morts sont-elles à redouter ?…

Renée Bonneau : Meurtres chez sir Alfred (Éd.Cohen&Cohen, 2018)

Au palais du Festival, ni les agents municipaux qui en gardent l’accès, ni les hôtesses d’accueil n’ont aperçu le scénariste, dont on guettait l’arrivée en cas d’autre manifestation intempestive.
Tout cela n’a rien de rassurant. Si le crime est avéré, après le scandale de la veille, on peut penser comme Charles Hamilton à une vengeance du scénariste. La rancune de Brandon envers son remplaçant doit couver depuis longtemps. Et si c’était lui, le conducteur qui, après avoir refusé Helen Hamilton, avait chargé Simon Leigh ? Il faut absolument le retrouver sans délai.

C’est dans la meilleure traditions du roman d’enquête que Renée Bonneau nous présente une intrigue solide. Ce festival se plaçant sous l’égide d’Alfred Hitchcock, l’ambiance s’y prête déjà tant soit peu. Le déroulement des festivités est perturbé, mais le spectacle continue. Le mystère est dense, sans être inutilement chargé. Il suffit de suivre le tempo narratif souple et ses péripéties pour apprécier l’énigme. Un très bel exemple de polar classique.

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 04:55

En quête d’infos sur les dysfonctionnements de notre époque, Léo Tanguy est un cyber-journaliste qui sillonne en priorité l’Ouest de la France. C’est ainsi que ce grand rouquin à l’allure nonchalante alimente son site internet, suivi par de nombreux abonnés. Son look vestimentaire est un peu passés de mode. Il circule dans le vieux Combi de ses parents. Il ne dit jamais non aux occasions alcoolisées. Il est profondément attaché à la Bretagne, sa terre d’origine, ses racines. En ce moment, il reste dans son cocon, entre Monts d’Arrée et côte nord de la région. En ces temps de campagne présidentielle, où s’excitent certains extrémistes, autant ne pas s’éloigner de chez soi. Sa vieille voisine Marguerite Le Saux, dite Guitte, le chouchoute.

Une dame a été poignardée dans les environs. Elle semblait originaire du Havre. Ce qui n’est pas sans rappeler à Léo Tanguy un crime suivi par son confrère normand Bob Mougin, animant un site d’infos comme lui. Un homme a été retrouvé mort dans un bassin du port du Havre. Un indice donne a penser qu’il serait de Morlaix. Léo entre en contact avec le cyber-journaliste havrais, qu’il invite chez lui. La victime poignardée en Bretagne est vite identifiée : Emmy Lehner, patronne d’une crêperie connue du Havre. Léo interroge quelques amis, dont son coiffeur, au sujet d’un certain Rémy Lehner, qui n’est probablement pas un simple homonyme. Originaire de Morlaix, il est revenu y monter des entreprises, après un long séjour en Afrique. Tout laisse à penser qu’il fricota avec la "Corse connexion", qui couvre tant de magouilles et d’argent sale en Afrique.

Bob Mougin a rejoint Léo Tanguy. Ensemble, ils vont déterminer que Rémy et Emmy étaient jumeaux. Le majordome de Rémy en sait sûrement bien davantage qu’il ne le dit. Pour pénétrer dans l’entreprise légumière, il va falloir ruser avec le vigile. Qui, au final, se montre très coopératif. Léo découvre que de nombreux Bretons ont depuis bien longtemps migré au Havre, où ils forment une colonie importante, gardant souvent des liens avec leur région d’origine. Autour de Rémy, plusieurs pistes : le Belle Thérèse, amante du défunt, qui fait un show SM au club Le Lapin Rosse. Ou Luba Collinet, la trop séduisante épouse d’un libraire spécialisé dans les livres très rares. Mais c’est quand Bob trouve ce que cachent les choux-fleurs livrés à l’entreprise de Rémy que leur enquête fait un grand bond en avant. C’est au Havre que le duo va devoir chercher des réponses.

Après les obsèques "à la bretonne" d'Emmy, Léo et Bob rencontrent Faschini, le flic qui renseigne Bob. Tous les éléments fournis par les deux reporters l’intéressent fortement. Dans un vaste port comme Le Havre, bien difficile de déceler les filières des trafics en tous genres. Faut-il aussi s’intéresser à l’entourage d’Emmy Lehner, dont la crêperie qui n’a pas tardé à rouvrir ? Plus que quelques étapes pour démêler cette affaire…

Max Obione : Les amours noires (Éd.La Gidouille, 2018) – Léo Tanguy –

Effectivement, Guitte s’est souvenue. Le type en question s’appelle Rémy Lehner, grossiste exportateur en choux-fleurs, oignons, cocos de Paimpol et autres légumes de cet acabit, principalement vers l’Angleterre. L’homonymie avec le cadavre de Dourduff est troublante. Par extraordinaire ces deux personnages seraient-ils de la même famille ? Rémy et Emmy, la consonance de ces deux prénoms pourrait suggérer des parents facétieux. Ma cervelle mouline, les synapses fricotent de drôles de rapprochements, et si… et si…
Et si je servais à Bob dont j’attends l’arrivée prochaine quelques révélations sur son "sucé à mort", qui pourrait bien être un dénommé Rémy Lehner. Supposé encore.

Peut-être faut-il rappeler le principe d’une série comme "Les nouvelles aventures de Léo Tanguy". À chaque titre, c’est un autre auteur qui exploite l’univers du héros. La tonalité personnelle et l’inspiration de chacun permettent de plonger Léo dans des ambiances fort différentes. Outre ses racines bretonnes, il existe un vrai sens de l’amitié autour de Léo, tous ses proches possédant comme lui un véritable libre arbitre, un esprit se refusant au formatage. Il ne s’agit assurément pas de jouer au justicier, mais de s’immiscer dans les recoins d’affaires où les forces de l’ordre n’avancent pas tant.

Qu’il s’agisse de nouvelles ou de romans, Max Obione est de ceux qui apportent un ton à leurs récits. Ici, Léo – pour une fois narrateur – est grâce à lui un personnage familier, qui ne crache jamais sur les petits plaisirs de la vie. Fier de sa liberté, toujours. Côté cœur, il hésite beaucoup à s’engager, ce dont ce diable de Bob Mougin va profiter, on verra la suite. Il nous suffit de marcher dans les pas des deux compères, dont un "Havrais-de-vrai", pour nous souvenir du poète maudit breton Tristan Corbière, et pour tenter d’élucider le mystère concernant ce double meurtre. Un polar franchement réussi. 

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 04:55

Venue du Missouri, l’ambitieuse Amber Patterson s’est installée dans le Connecticut depuis quelques temps. Son job d’employée dans une agence immobilière locale ne la classe pas parmi la haute société de la côte Est. Amber a collecté un maximum de renseignements sur le couple Jackson et Daphné Parrish. Lui est un riche homme d’affaires, elle s’occupe à diverses œuvres en compagnie d’amies des mêmes milieux fortunés. Amber a trouvé le meilleur angle pour se rapprocher de Daphné Parrish. Celle-ci a créé une fondation aidant à la lutte contre la mucoviscidose, dont est décédée sa jeune sœur. Amber prétend qu’elle a été dans le même cas, avec sa sœur. Daphné demande à sa nouvelle amie de faire partie de son comité. Meredith, épouse d’un homme très riche, se montre méfiante. Pas seulement pour une question de classe sociale, mais le hasard ne lui plaît guère.

Amber continue à chercher des infos sur le couple Parrish. Dans le même temps, ils l’invitent dans un restaurant très chic. Amber va bientôt remplacer Bunny, défaillante au sein du comité, se voyant confier des responsabilités. Mrs Parrish a deux filles, Tallulah et Bella, dont Amber doit supporter les caprices. Il est vrai qu’un visage nouveau si présent chez les Parrish pose questions aux gamines, qu’il faudra amadouer. Jusqu’alors, Amber n’a toujours pas rencontré Jackson Parrish, ce qui sera finalement le cas lors d’un repas en famille au restaurant. Amber s’incruste toujours davantage dans la remarquable maison de Parrish, où tout respire le luxe, entre les œuvres d’art et les dressings remplis de vêtements coûteux. Amber passe même la soirée de Noël chez eux, avant d’organiser l’événement caritatif de la fondation, destiné à recueillir des fonds.

Le but d’Amber, c’est évidemment de mettre le grappin sur Jackson Parrish. Tous les moyens seront bons pour le séduire, se l’attacher. Toutefois, Daphné n’est sans doute pas d’une telle naïveté. Avant Amber, elle-même a su attirer Jackson Parrish et sa fortune. Ce qui ne plaît pas vraiment à Ruth, la mère de Daphné, qui a une vie tranquille bien éloignée de ce luxe exagéré. Par exemple, Tallulah et Bella n’ont pas besoin de deux nounous, dont une qui ne parle qu’en français. Même si la machination d’Amber progresse et fonctionne, peut-être que Daphné Parrish contrôle mieux la situation qu’elle ne croit. Les fameuses coïncidences qui les ont rapprochées autour de la mucoviscidose, trop commode ? Tout n’était que mensonge chez Amber…

Liv Constantine : L’autre Mrs Parrish (Éd.Harper Collins, 2018)

Elles bavardèrent ainsi tout au long du trajet. Amber remarqua que Jackson ne lâchait pas la main de sa femme un seul instant. Et lorsqu’ils arrivèrent, il l’aida doucement, amoureusement, à descendre de la voiture, laissant le chauffeur tendre la main à Amber. "Il est raide dingue de Daphné" pensa Amber, et cela entama quelque peu sa détermination.
Il n’étaient pas les premiers. L’équipe chargée de la décoration était déjà là, mettant les dernières touches à la table de vente, et disposant les compositions florales au centre des cinquante tables recouvertes de nappes roses et de serviettes noire. L’orchestre se préparait, à l’autre bout de la salle, et les barmen installaient leur stock : ils n’allaient pas chômer ce soir.
— Waouh Daphné, c’est formidable, s’exclama Amber.
Jackson glissa son bras autour de la taille de Daphné et, l’attirant contre lui, frotta son nez contre son oreille.

Pénétrer dans le monde des gens riches et puissants, débordant d’autosatisfaction et de confiance en eux, chez cette poignée de privilégiés si éloignés de la vie quotidienne, des réalités de la population, tel est le défi que s’est fixé Amber. Fille d’une famille ordinaire, elle s’est cultivée pour avoir des bases correctes. Elle s’est très largement renseignée sur sa cible, Jackson Parrish, afin de ne la pas rater. L’épouse de celui-ci étant bienveillante, tel un mentor l’initiant à ces cercles, Amber ne doit redouter que ses propres faux-pas éventuels. Quant aux filles de sa rivale, elle ne sont pas simples à gérer.

Un thriller psychologique nécessite de soigner les ambiances. C’est le cas ici, avec cette exploration sociologique. Le tempo est plus lent que dans un roman d’action : c’est celui qui convient. En cours de lecture, on s’interroge sur la destinée d’Amber et sur la candeur affichée de Daphné. Dans ces sphères, les dames ont effectivement besoin de se distraire, et Amber amène un peu de fraîcheur pour Mrs Parrish. En n’oubliant pas que l’image publique est primordiale, chez ces couples parfaits et généreux. Outre l’intrigue et sa psychologie, le portrait crédible – tout en finesse – d’une infime part de la société américaine.

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 04:55

Toulouse, au tout début des années 1920. Encore récente, la Grande Guerre a profondément marqué cet inspecteur de police. Sans doute parce qu’on lui confia des missions hors normes. Il ne soigne guère son aspect, ne cherche pas à sympathiser avec ses collègues, abuse des boissons alcoolisées, et c’est un habitué du bordel de chez Lulu. Surtout, il a besoin de morphine pour effacer les visions d’horreur qui le hantent. L’école vétérinaire est une des institutions toulousaines. Le Professeur Chervin, un des enseignants, vient de s’y suicider dans son bureau. L’inspecteur se rend sur les lieux, et interroge les premiers témoins. Selon le concierge et le surveillant, Chervin n’était pas très liant avec les autres. Guignard, le directeur de l’école vétérinaire, est peu coopératif, pressé que l’inspecteur boucle une enquête inutile.

Rue Monplaisir, la mort de l’huissier Raynal apparaît assez suspecte à l’inspecteur. Des voisins ont signalé des cris, et vu une silhouette s’enfuir. Pourtant, le Dr Millot n’a constaté qu’une crise cardiaque, et signé le certificat de décès. L’absence de l’employée de maison permet au policier de comprendre rapidement les faits réels. C’est dans la chambre de celle-ci que s’est déroulé le drame, impliquant son fiancé, André Pluni. Pas insensible à la veuve Raynal, l’inspecteur est prêt à relativiser l’affaire, si le Dr Millot se montre compréhensif en lui prescrivant ce dont il a besoin. Du côté de l’école vétérinaire, l’adjoint de Chervin masque mal l’antipathie que lui inspirait son collègue. Ce Cavaignac jalousait sa carrière, car il était aussi compétent que lui.

L’inspecteur fraternise tant soit peu avec les étudiants de 4e année, les praticiens. Tous sont des anciens combattants, ayant repris leurs études, mais il est difficile de gagner leur confiance. Parmi eux, André Pluni, sur lequel l’inspecteur fait pression. Néanmoins, le policier est conscient qu’à “Toulouse la menteuse”, personne ne lui a dit la vérité dans ces deux affaires. Et ce n’est pas sa hiérarchie qui le soutiendra, pas plus que son collègue Durrieu qui hérite de ses enquêtes. Pourtant, le document Secret Défense que l’inspecteur a découvert dans le coffre-fort mural de Chervin est capital. Et il faudrait savoir pourquoi une société immobilière fit don d’un riche appartement au même Chervin. Peut-être que les fantômes qui obsèdent l’inspecteur vont l’empêcher de faire toute la lumière sur des morts suspectes…

Benoît Séverac : Rendez-vous au 10 avril (Pocket, 2018)

Droit et franc, le toubib. Pas froid aux yeux. Il se sait coupable, mais il est convaincu de n’avoir rien fait d’immoral. Contre la loi peut-être, mais pas contre sa conscience. Je ne suis pas loin de partager son point de vue.
— Vous savez ce que vous encourez ? Outre que vous serez radié de l’Ordre des médecins, vous passerez devant un tribunal. Dissimuler un meurtre relève du pénal. Vous risquez entre cinq et dix ans de prison.
Le stoïcisme du médecin est ébranlé. Il n’imaginait pas que les événements prendraient une telle tournure. La nuit dernière, il était tiré du lit par un coup de téléphone affolé. Douze heures plus tard, il se retrouve face à un policier qui lui promet un avenir passablement compromis. Davantage que le regret, c’est la disproportion qui l’assomme. Ses lèvres tremblent, des larmes poussent dans l’encoignure de ses petits yeux ronds, un peu à la manière de deux bulbes au printemps. Étonnant. Il les répriment aussitôt puis me regarde bien en face. Il attend le coup de grâce.

Dans un premier roman, “Les Chevelues” en 2008, Benoît Séverac évoquait la période gallo-romaine. L’année suivante, il utilisa un contexte plus contemporain. À travers les personnages et les ambiances, il évoque fort justement cette époque suivant la 1ère Guerre Mondiale. Peut-être anticipe-t-il un peu la popularisation du jazz en France, qui avait alors plutôt adopté le charleston, mais il est vrai que cette musique était arrivée chez nous avec les soldats américains. Quant à l’idéal patriotique exacerbé de certains face aux anciens combattants désabusés, ce fut bien le cas. La politisation de l’Entre-deux-guerre joua sur beaucoup sur les sentiments patriotes et guerriers, on le sait.

Au cœur de l’intrigue, un inspecteur de police presque anonyme, moralement détruit, déjà en survie, cherche une vérité qui n’intéresse personne autour de lui. Bel exemple de héros solitaire, qui ne suscite pas la compassion ou l’apitoiement du lecteur, mais que l’on suit en espérant qu’il ira le plus loin possible dans ses investigations. Maîtrisant la progression du récit, l’auteur parvient à nous captiver, entretenant noirceur et suspense, autant sur les décès actuels que sur le passé de son policier. La tonalité personnelle de Benoît Séverac s’affirmait dans ce “Rendez-vous au 10 avril”, un roman à découvrir désormais en format poche.

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 04:55

Au fil de la petite histoire nantaise, on peut dénicher des personnages insolites que la postérité a trop vite oubliés, des lieux détruits depuis belle lurette. C’est en priorité ce qui a toujours intéressé le journaliste Mathieu Leduc. Au milieu des années 1990, il n’avait que vingt-huit ans et tissait déjà un réseau de passionnés de l’Histoire oubliée. Pour lui, bien plus captivant que nos époques. Mathieu doit s’avouer qu’il abusait alors des boissons fortes et autres cocktails, pimentés de kétamine pour l’excitation. Amateur de cigares, il fréquentait un exilé cubain, Carlos, et sa filière Havana Art, en ces temps où le régime de Castro était encore redoutable. Mathieu fut accusé d’un meurtre, condamné à seize ans de prison, mais un coup de chance lui permit de se disculper quelques mois plus tard. 

Alice était une étudiante malentendante de vingt ans, dont Mathieu ne connaissait pas le nom. Il l’avait surnommée Electra, après l’avoir un jour repérée dans son appartement. Coup de foudre. Cette nuit-là, c’est tout naturellement que Mathieu et elle deviennent intimes. L’ivresse du journaliste facilita peut-être leur contact. Une relation éphémère, mais entre adultes consentants. Peu après, la victime fut découverte poignardée. Des traces de Mathieu, il y en ait partout chez elle. Même s’il s’accrochait à sa version des faits, ça n’aurait pas tenu la route devant n’importe quel tribunal. Qu’il soit un habitué des festives nuits nantaises ne plaidait pas en sa faveur non plus. Un élément nouveau intervint tardivement, une vidéo montrant qu’il avait quitté la victime vivante.

Vingt ans plus tard, Mathieu a quarante-huit ans et il exerce toujours son métier, entre faits divers actuels et archives. Lors d’un concert de musique classique à la Cité des Congrès, dans le cadre de la Folle Journée, plusieurs spectateurs meurent subitement. Tandis que les médias et les réseaux sociaux se déchaînent vite, Mathieu a pu pénétrer clandestinement dans la salle où sont mortes trente-deux personnes. Un attentat au gaz toxique, c’est la première hypothèse qui vient à l’esprit de Mathieu. Ce ne semble pas être la bonne explication. Après avoir écouté des témoins, il cherche sur Internet des affaires comparables du passé. Des fréquences soniques meurtrières ? Il explore aussi le lien entre Nantes et la ville de Lodz, en Pologne, dont est originaire la formation et sa chanteuse âgée qui donnaient un spectacle quand ça s’est produit.

Sans doute n’est-il pas indispensable de remonter au passage du peintre William Turner à Nantes, au 19e siècle, pour obtenir la clé de l’affaire. Néanmoins, se souvenir du petit peuple nantais durant la 2e Guerre, ou de cet acrobate qui se tua en 1925 en sautant du pont-transbordeur, ça permet à Mathieu de cerner un certain contexte…

Stéphane Pajot : Le rêve armoricain (Bleu Cobalt, Éd.d’Orbestier 2018)

Le procureur pesait ses mots, ses phrases, éléments de langage qui s’apprêtaient à envahir les réseaux sociaux, la presse. Le cri d’une personne éplorée s’étira longuement dans le ciel. Une femme d’une soixantaine d’années hurlait un prénom anglais, quelque chose comme Watson, mais on ne comprenait pas vraiment. À ses cotés, un jeune homme tentait de la calmer en la prenant dans ses bras.
— L’origine de ces arrêts cardiaques n’a toujours pas été déterminée. Une équipe de médecins est sur place et s’attache à déterminer la cause des décès. C’est la première fois, à notre connaissance, que nous avons affaire à une tragédie de ce type. Pour les familles, en demande de nouvelles de leurs proches, une ligne téléphonique est d’ores et déjà ouverte. Voici le numéro. Une cellule d’assistance psychologique a été également ouverte.

Il importe de comprendre que l’aspect criminel, l’intrigue policière, n’est pas le vrai moteur de ce roman. Certes, à vingt ans de distance, le mystère plane autour d’un meurtre et de décès collectifs suspects en lieu clos. Oui, il y a certainement des réponses. Toutefois, ces affaires ne sont-elles pas à classer parmi les "épisodes" de la vie nantaise ? Voilà quelques décennies encore, le Quai de la Fosse avait une réputation justifiée d’insécurité. Mais Nantes, ce n’est pas que du négatif, du sordide. Collecteur d’archives, Stéphane Pajot le sait mieux que quiconque. Qui ne se souvient de Jules Verne. Mais il y eut aussi des ingénieurs brillants, des peintres maudits, des artistes d’une témérité incroyable. Sortir du néant ces figures d’autrefois est grandement louable, les lieux ayant besoin de mémoire. Quand Stéphane Pajot nous présente – avec une part de poésie – ces facettes anciennes, on réalise que tout cela n’est pas absolument loin dans le temps. Un roman très agréable.

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