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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 04:55

Âgé d’une cinquantaine d’années, Gabriel Lavilla est flic à la PJ de Nice. Il revendique ce terme de "flic". Vocation ? “Non, je crois que le mot exact qui m’a conduit a exercer ce métier, à me cogner des heures et des jours de planques, à foutre mon mariage en l’air, c’est injustice. Oui, l’injustice, cette maladie qui déchire vos entrailles chaque fois que vous vous pointez devant des corps meurtris, qui s’immisce dans votre sommeil pour vous rendre responsable de leurs vies volées, qui vous file la gerbe et l’envie d’exploser les types qui les ont dérobées.” Avec son équipe de la Criminelle, Gabriel est chargé d’enquêter sur la disparition de Laurent Ghiberti, quarante-six ans, patron du BTP aux activités diverses, puisqu’il possédait aussi l’hôtel Azur Palace qu’il vient de vendre. 

Gabriel connaît depuis leur adolescence Emmanuelle Ghiberti, la très classe épouse du disparu. En perquisitionnant chez eux, le policier découvre un pistolet appartenant à Laurent Ghiberti. Parmi ceux qui étaient en conflit avec le disparu, il y a l’entrepreneur en bâtiment Pironi. Une histoire d’impayés que Pironi n’a pas digérée. Mais celui-ci possède des alibis suffisants pour être peu suspect. Il faut compter aussi avec la mairie, Laurent Ghiberti étant proche du maire de Nice. Vergeat, le supérieur de Gabriel, et Lavilla font preuve d’une certaine diplomatie à son égard. Autre piste possible : Jade, la maîtresse de Ghiberti. De son vrai nom Camille Fournet, la jeune femme est plus une escort-girl qu’une amante passionnée. Emmanuelle savait que son mari la trompait. 

Pour les policiers, il faudrait éclaircir le rôle de Giordano, vice-président des principales sociétés de Ghiberti, sans doute amoureux platonique d’Emmanuelle. Gabriel Lavilla interroge aussi Mélanie, la fille du couple Ghiberti. Elle confirme des tensions entre ses parents. L’hôtel Azur Palace a été vendu à un riche Russe, un certain Timpraska. L’avocat de ce dernier intervient : en tant que résident monégasque, Timpraska refuse de venir témoigner au commissariat. Qu’à cela ne tienne, les policiers iront le questionner à son domicile. Qu’il s’agisse d’une disparition volontaire, d’un problème privé ou d’une affaire professionnelle, ça reste encore confus. Mais le chevronné Gabriel Lavilla, son adjoint Gérard et leur équipe sont tenaces, explorant à fond toutes les hypothèses…

Michel Tourscher : Une disparition (Éd.Toucan noir, 2018)

Si Marseille est la ville de tous les trafics, Nice est de longue date celle de toutes les magouilles financières, d’arrangements souvent frauduleux. Agissements sur lesquels les autorités ferment les yeux, non sans complaisance. L’image de Nice ne doit pas être ternie par ces malversations. Depuis quelques années, des "milliardaires russes" sont entrés dans la danse, étalant des millions d’Euros issus d’on ne sait quel bizness, faussant encore davantage les choses. L’argent coule à flots, Nice en profite.

Michel Tourscher, l’auteur, est officier de police dans les Alpes-Maritimes. Dans ce troisième roman, il décrit son métier avec ses aléas, le mode opératoire des enquêtes. La tonalité détaillée s’avère de bon aloi, mais le tempo eût mérité plus de rythme narratif. Néanmoins, “Une disparition” est un bon polar actuel, dont le héros est sympathique.

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 04:55

Pete Harper est musicien, compositeur. Il s’est installé pour quelques mois en Irlande, dans le Donegal. Il espère y trouver l’inspiration. Son ex-femme vit aux Pays Bas, à Amsterdam, avec leurs enfants Jip et Beatrice. Pete entretient une relation amoureuse ponctuelle avec Judie, commerçante locale. À Tremore Beach, il a sympathisé avec un coupe de voisins, Leo et Marie Kogan. Leo a vécu mille expériences, qu’il raconte volontiers. Malgré la violente tempête estivale qui est annoncée, Pete se rend à une soirée entre amis chez Leo et Marie. Au retour, l’orage monte en puissance. Alors qu’il évacue un obstacle sur la route, Pete est frappé par la foudre. Heureusement, il est rapidement hospitalisé, même s’il ne s’éternise pas dans ces services de soins. 

Quelques jours plus tard, Pete pense se sentir mieux. Ce n’est pas tout à fait exact, car il a par moments mal au crâne. Il va même être victime d’hallucinations cauchemardesques, d’une sorte de délire onirique ressemblant à un dramatique rêve éveillé. Il retourne à l’hôpital consulter a Dr Anita Ryan. Selon elle, ces céphalées ne sont pas anormales, il subit des séquelles courantes après avoir reçu un impact de foudre. Avec le temps, ça devrait disparaître. Mais il peut aussi s’adresser à un psy, au besoin. La douleur persiste dans la tête de Pete. Une nuit, il croit avoir affaire à des malfaiteurs rôdant autour de chez lui. Nouvelle hallucination. Malgré le soutien moral de Judie, de Leo et de Marie, Pete s’inquiète de plus en plus, redoutant de sombrer dans la schizophrénie.

Pete s’efforce de faire en sorte que son état n’ait pas d’impact sur les vacances de Jip et Beatrice. Finalement, il se résout à contacter le psychiatre Kauffman, de Belfast. Sa méthode pourrait être efficace, ou du moins utile. Amélioration toute provisoire, car en revenant à Tremore Beach, Pete est encore victime de troubles. Peut-être qu’un séjour en service psy lui apporterait un certain apaisement. Prémonition ou pas, Pete sent planer le danger sur son entourage. Sur ses enfants, sur Judie, sur Leo et Marie ? Tout ça reste trop flou, mais l’impression de péril est forte. Est-ce le lieu lui-même, Tremore Beach, qui porterait malheur ? Si Leo a souvent été loquace sur ses aventures à travers le monde avec Marie, il a masqué certains secrets…

Mikel Santiago : La dernière nuit à Tremore Beach (Babel Noir, 2018)

Il s’agit ici du premier roman de Mikel Santiago, désormais disponible en version poche chez Babel Noir, avant le remarquable “Le mauvais chemin” (Actes Noirs, 2018). Les déboires de santé de Pete Harper trouvent-ils une explication dans le paranormal, ou bien est-il en train de verser dans la folie ? C’est une histoire très vivante, intense, un suspense psychologique riche en péripéties et en questions, qu’à concocté l’auteur. On entre vite dans le petit univers de Pete – et de ses amis, grâce aux descriptions détaillées mais jamais lourdes. Une narration souple, c’est le premier atout des bons romans, une qualité essentielle dont fait preuve Mikel Santiago. Voilà un auteur à suivre de près.

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 04:55

S’il est un auteur qui excelle dans l’écriture de nouvelles, c’est Alain Émery. Ce n’est pas une simple question de format court. Les nouvelles lui permettent d’exciter son inspiration, de triturer ses méninges pour le meilleur résultat. Quand on a comme Alain Émery ce talent de conteur, cela donne des portraits et des scènes auxquels on adhère immédiatement. Des crimes et du sang ? Pas forcément, non. Mais des situations plutôt singulières, ça oui. Alain Émery n’a que de bonnes nouvelles à nous offrir.

Alain Émery : Partition pour chevrotine (Ed.Paul & Mike, 2018)

Parmi les quinze textes de ce recueil, voici trois exemples.

- La pègre des sentences – Qui se souvient du nommé Saint-Elme, un drôle d’olibrius ? Toute sa vie, il débita pas mal d’âneries face à des gens plus savants que lui, le bougre. Mais il se peut que, au hasard de ses raisonnements nébuleux, il lu soit arrivé d’annoncer des vérités.

- Effets de manche – Il faut se prononcer sur le cas de Franklin. Ce samedi soir-là, ce solitaire flânait dans les rues de sa petite ville. C’est alors qu’il croisa une jeune fille ivre. Dans une telle bourgade, boire sans retenue est souvent le seul moyen de faire la fête. Franklin chercha à venir en aide à la jeune fille saoule, et fut injustement, accusé d’agression sur elle.

- Une légende – Ce reporter-télé chevronné raconte à un journaliste débutant une affaire ayant marqué sa carrière "au service de l’information". Dans la Meuse, le meurtre du notaire Francis Monge fit grand bruit. Bénéficiant d’indiscrétions, le reporter-télé obtint plusieurs scoops retentissants, rapidement médiatisés. Tant pis si la vérité était quelque peu différente.

Qui, des ouvriers de l’usine Renard ou des habitués du Chien Rouge (dont je suis), se sont les premiers mis en tête de connaître toute l’histoire de Gabriel Bontemps, je l’ignore, mais cette volonté s’appuyait sur un noble sentiment. Nous l’avions à la bonne, ce gosse, et ce bien qu’il nous ait toujours tenu à distance. Il évitait ma compagnie – qui pourrait l’en blâmer ? Je ne suis qu’un vieil érudit à la retraite – et sa délicatesse l’excluait d’office de ces combats sans merci auxquels nous nous livrons au pied du zinc. Je ne me souviens pas qu’il ait jamais payé un verre à quiconque mais, par un fabuleux effet de bande, cette réserve affûtait notre sympathie.
Nous ne savions rien de lui. Venait-il – ainsi que le suggérait son accent travaillé au schnaps – de ces forêts immenses qui couvrent les montagnes de l’Est et lâchent en pleine nature des hommes faits d’un alliage de sciure, de neige et de pain blanc ? C’est plausible, comme de l’imaginer arraché à des terres orientales en partie couvertes d’eaux et peuplées d’indigènes aux humeurs d’échassier : après tout, il en avait l’allure, la légèreté. En matière d’hommes, tout est jouable, et celui-là, avec ses manigances de gibier, aurait tout aussi bien pu sortir d’un opéra-bouffe que d’un monastère cistercien.

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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 04:50

Léanne Galji a longtemps été policière au sein de la Brigade des Stups à Nice. Quand elle choisit un nouveau poste, c’est naturellement qu’elle devient commandant de police à Brest. En effet, c’est en Bretagne qu’elle passa sa jeunesse et fit ses études. Elle y a gardé des amies : Élodie, aujourd’hui médecin légiste, et Vanessa, désormais psychologue, toutes deux collaborant avec la police. Elle ne tarde pas à avoir l’occasion de les retrouver quand une affaire criminelle se présente. À Combrit-Sainte-Marine en Pays Bigouden, Corentine Ledantec a été assassinée à coups de marteau. Cette dame de quatre-vingt-neuf ans possédait un caractère désagréable, une chieuse selon le voisinage.

Gwenaëlle Le Floch, fille de la victime, a découvert le cadavre. Quand Léanne l’interroge, elle est encore sous le choc. La policière et son équipe commencent à explorer toutes les hypothèses. Corentine a été tuée de six à sept coups de marteau, il en fallait de la haine pour que l’assassin s’acharne ainsi sur sa victime. Une piste implique un petit réseau de dealers quimpérois, auquel pourrait appartenir Julien Le Floch, petit-fils de Corentine Ledantec. Mais le coup de filet organisé par Léanne est un échec, le principal dealer ayant réussi à s’enfuir et Julien Le Floch restant introuvable. Une autre possibilité mène Léanne sur la piste de deux frères, plus ou moins Gitans, voleurs sévissant dans la région. Ces deux-là auraient-ils sauvagement tué Corentine pour lui voler ses quelques biens ?

Outre ses amies Élodie et Vanessa, avec lesquelles elle passe de bonnes soirées, Léanne n’est pas mécontente d’avoir de l’aide du côté du colonel de gendarmerie Erwan Caroff. Elle doit s’avouer ne pas être insensible au charme et au charisme de l’officier. Julien Le Floch ou les frères Reinach, les "Gitans", tels sont les principaux axes des investigations de Léanne et de son équipe. Mais il peut encore s’agir d’un problème de voisinage qui aurait dégénéré ou d’une traditionnelle question d’héritage, Corentine n’étant pas pauvre. Julien Le Floch, le petit-fils qui fréquentait fréquemment sa grand-mère, détient sûrement une partie des clés de l’affaire. Le trio des Brestoises (Léanne, Élodie et Vanessa) et le colonel Erwan Caroff détermineront bientôt la vérité…

Pierre Pouchairet : Haines (Éd.du Palémon, 2018)

Pierre Pouchairet fit carrière dans la police. Ayant fait valoir ses droits à la retraite en 2012, il s'est lancé avec boulimie et avec succès dans l'écriture. Ses titres ont été salués par la critique et récompensés, entre autres, par le Prix du Quai des Orfèvres 2017 (Mortels Trafics) et le Prix Polar Michel Lebrun 2017 (La Prophétie de Langley). En 2018, il a été finaliste du Prix Landerneau avec Tuez les tous... mais pas ici (Sang Neuf, Plon). C’est aux Éditions du Palémon qu’il a choisi de publier une nouvelle série de titres, ayant toujours Léanne Galji pour héroïne. Enquête policière et ambiances bretonnes détaillées au programme. Le tempo n’est pas des plus rapides, ce qui ne nuit en rien au récit (se déplacer de Brest jusqu’en Pays Bigouden prend plus d’une heure, par exemple). Voilà un polar solide, confirmant les qualités d’auteur de Pierre Pouchairet.

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 04:50

En Argentine au temps de la dictature, dans la première moitié des années 1970. Le commissaire-adjoint Lascano, n’appartenant pas aux sphères dirigeantes, est cantonné à des missions secondaires. Cette fois, il s’agit d’enquêter sur le suicide d’un Allemand nommé Rolf Böll. On impose même à Lascano un jeune assistant, Miguel Siddi. Comme le légiste Fuseli, le commissaire-adjoint a de fortes raisons de douter du suicide – qui a en effet été provoqué. En revanche, le policier peut s’interroger sur le rôle de Herta Bothe, l’épouse du défunt. Elle semble avoir disparu. Lascano récupère un carnet écrit par Rolf Böll, qui est rédigé en allemand, langue qu’il ne comprend pas. 

Le CV d’Herta est éloquent : elle fut gardienne dans les camps nazis, Ravensbrück et autres, une des plus dures. Elle fut condamnée à dix ans de prison à l’issue de la guerre, avant de venir se réfugier en Argentine où elle se maria à Böll. Elle est bientôt arrêtée et interrogée par Lascano. Pour le carnet de l’Allemand, le policier a besoin d’une traductrice. Son chemin croise celui de la jeune Marisa Frauberg. Lascano est immédiatement séduit par Marisa, mais il est maladroit pour exprimer ses sentiments. Ayant perdu de la famille dans les camps nazis, Marisa n’est guère enchantée de traduire le carnet. Il y est question de profiteurs qui, sentant venir la fin du Reich hitlérien, se préparaient à continuer plus tard leurs combines financières – restant dans l’esprit du nazisme.

La hiérarchie n’apprécie pas que Lascano mène une véritable enquête sur le suicide de Böll. Dès qu’il demande quelques jours de vacances, ça lui est accordé afin de l’écarter de cette affaire. C’est avec Marisa que Lascano va passer ce temps de repos, devenant vite très intimes. Entre-temps, le professeur Lévi – qui aurait pu fourni un élément-clé à Lascano – est exécuté par la police dictatoriale. Par ailleurs, la répression arbitraire sévit dans toute l’Argentine.  

À son retour, Lascano est muté aux Archives, ce qui indique bien qu’on ne veut plus qu’il enquête. Poursuivant sa traduction, Marisa mesure à quel point les sbires du nazisme furent et sont encore des personnes médiocres, sans honneur. Quant aux dirigeants actuels de l’Argentine, ils ne se font pas de cadeau entre eux non plus. Lascano ira au bout de ses investigations, trouvant l’assassin de Rolf Böll…

Ernesto Mallo : La conspiration des médiocres (Rivages, 2018)

Période troublée pour l’Argentine que ces années 1970. Même superficiellement, tout le monde connaît le contexte d’alors. Sans doute y eut-il des gens comme Lascano, moins impliqués dans la frénésie dictatoriale. S’il est surnommé "Le Chien" pour sa supposée capacité à être offensif dans ses investigations, cela apparaît modérément ici. Il a du caractère, c’est vrai, mais fait son métier consciencieusement, sans éclat particulier. Ce que l’on retient, c’est sa relation amoureuse progressant avec la jeune Marisa. Un homme tel que Lascano n’a rien d’un séducteur sûr de son fait, mais ses sentiments sont vrais. Via le carnet de Böll, on nous montre la bassesse des partisans du nazisme, dont l’Argentine fut un pays d’accueil un peu trop complaisant. Jamais ce peuple n’exprima depuis l’idée d’avoir protégé ces criminels. Cette “conspiration des médiocres” est un bon petit polar qui se lit sans déplaisir, mais qui manque un peu de relief.

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 04:55

Noël 2008, en Suède. Pour Nora Linde, analyste financière, son mari et leurs deux fils, ce temps de fête s’annonce heureux sur l’île de Sandhamn, sur la mer Baltique, son havre de paix. De son côté, son ami le policier Thomas Andreasson – inspecteur à la Criminelle au commissariat de Nacka – passe aussi un agréable Noël avec sa petite famille. Mais le 26 décembre, Thomas est appelé sur l’île. Une cliente de l’hôtel local a été retrouvée morte, gisant dans le froid extérieur. Un décès plus que suspect. Jeanette Thiels, cinquante-trois ans, n’était pas n’importe qui. Cette reporter avait une réputation de fonceuse. L’équipe du commissariat de Nacka se met en action pour comprendre les faits. L’appartement de Jeanette a été "visité", son ordinateur a disparu. 

La reporter était la mère d’Alice, treize ans, qui vit chez son père, Michael Thiels, divorcé de Jeanette depuis plusieurs années. Ce dernier semble posséder un alibi en bonne et due forme. La police perquisitionne l’appartement de la victime. Thomas interroge la voisine de Jeanette, Anne-Marie Hanson. Le premier bilan est maigre pour les policiers. L’un d’eux va se pencher sur les archives de Jeanette, les reportages – souvent sensibles – qu’elle a traités ces dernières années. Elle s’est rendue dans les Balkans, afin d’observer la réalité sur le terrain. Mais d’autres dossiers n’ont pas moins d’importance. L’émergence du parti politique d’extrême droite Suède Nouvelle, dont le leader est Pauline Palmér, figurait parmi les sujets que suivaient Jeanette.

L’autopsie de la reporter montre qu’elle était très gravement malade, développant un cancer bientôt fatal. Elle a ingéré du poison, probablement dans les vingt-quatre heures avant sa mort. Thomas et l’équipe d’enquêteurs réalisent que Michael Thiels s’avère bien plus suspect que prévu. Alcoolique et brutal, mais adorant sa fille, il a beaucoup manigancé afin de conserver la garde d’Alice. Bertil Ahlgren, voisin de Jeanette, pourrait sans doute témoigner. Mais à quatre-vingt-six ans, son état de faiblesse ne permet pas aux policiers de l’entendre. La petite Alice, qui comprend mal que sa mère est morte, court un réel danger. Elle possède une des clés des secrets de Jeanette. Les enquêteurs suivent toutes les pistes possibles, privées ou en lien avec les activités de la reporter, qui a été empoisonnée de façon fort singulière…

Viveca Sten : Retour sur l’île (Albin Michel, 2018)

Par terre devant eux, ce qui ressemblait à une personne accroupie. De derrière, elle avait l’air d’être tombée la tête la première, le front était enfoncé dans le sol, le visage enfoui dans la neige. La main droite était levée au-dessus de la tête, le gant pointant en avant, en direction de Lökholmen.
Thomas essaya de comprendre ce qu’il voyait. La victime était-elle tombée ? Ou cette main était-elle tendue pour se défendre ?
Quelqu’un avait commencé à brosser la neige du cadavre, mais s’était ravisé: le haut du corps était presque dégagé, mais les jambes encore recouvertes d’une épaisse couche blanche. Il distinguait a forme d’un talon bas.

Une partie du charme des suspenses de Viveca Sten – dont c’est ici le 6e titre – tient dans l’ambiance qu’elle installe, en particulier par son aspect insulaire. Chaque protagoniste est décrit avec le plus grand soin, les rendant très crédibles. Les chapitres sont courts, offrant sa place à chacun.

Autour de Thomas Andreasson, l’enquête policière en équipe avance sur un rythme traditionnel, sans précipitation, au fil des infos collectées. Pas de révélation-choc à espérer, ce sont les indices divers qui font progresser les investigations. Divorce houleux, motifs causés par le métier de la victime, inimitiés ? On le verra. Si le rôle de Nora est moindre, elle reste un des jalons de l’intrigue. Ce petit séjour en Suède, entre autres sur l’île de Sandham, est un plaisir de lecture confirmant le talent de Viveca Sten.

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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 04:55

En Suède. Greta, son compagnon Alex et leur fillette Smilla, ont loué pour quelques jours un cottage à Marhem. Ça se situe aux abords d’un lac qu’on appelle ici le Cauchemar, mais qui porte sûrement un nom plus officiel. Ce jour-là, tous trois vont faire un tour en canot sur le lac. Alex et Smilla en profitent pour explorer l’îlot, d’allure assez hostile, au milieu du lac, Greta restant dans la barque. Quelques heures plus tard, la jeune femme s’inquiète quand elle ne voit pas revenir Alex et Smilla. Elle débarque sur la petite île, à leur recherche. Mais ses efforts sont vains, pas de traces d’Alex et Smilla. Elle retourne à leur cottage, hésitant à prévenir la police de cette double disparition. Seule, Greta est assaillie de mille pensées. Les plus agréables étant les souvenirs des débuts de sa relation avec Alex.

Le lendemain, Greta va de nouveau tenter de retrouver les disparus su’ l’îlot, sans plus de succès. Revenue sur le rivage, elle fait face à une bande d’ados menaçants, dont le meneur pourrait s’avérer dangereux. Le cottage est son meilleur refuge. Les appels téléphoniques répétés de sa mère deviennent envahissants, estime Greta. À force de ruminer dans la solitude, elle sait bien que ça risque de virer au délire. Il faudrait qu’elle rentre maintenant chez elle, mais ne dépasse guère en voiture les environs de Marhem. La police, qu’elle a finalement contactée, trouve de grosses contradictions dans le témoignage de Greta, dans sa propre situation. Elle ne compte pas expliquer que, comme bien d’autres, elle a longtemps été suivie par des psychologues, mais que c’est du passé. L’endroit où elle se sent le mieux pour le moment, c’est le cottage près du lac.

Bien qu’elle l’ignore, Greta est effectivement en danger. Quelqu’un envisage de se venger d’elle, à cause d’un épisode de sa vie. Sa fragilité ne joue pas en sa faveur, c’est sûr. La protection de sa mère ne sera probablement pas suffisante. Il lui reste l’espoir d’un "retour à la normale"…

Caroline Eriksson : L’île des absents (Presses de la Cité, 2018)

Bien sûr, je me lance tout de même à leur recherche. Ignorant cet instinct qui me souffle que c’est peine perdue. Je tire le bateau au sec avec des gestes maladroits, attrapant au passage le sweat qu’Alex a abandonné à l’arrière.Un certain malaise progresse le long de mon dos. Je crie les noms d’Alex et de Smilla. Quand je passe ma tête dans l’encolure du pull, je m’aperçois que mes bras sont engourdis. L’odeur masculine imprègne encore le tissus, m’entoure. L’odeur d’Alex.
Cela me fait l’effet d’un coup de poignard dans le ventre, mais je me focalise sur la montée de la colline. Je n’ai pas fait plus de quelques pas que mon cœur s’accélère.Je m’essouffle. La pente est pus raide que je ne le croyais.

Voilà un pur suspense psychologique dans la plus belle tradition, ménageant une part d’angoisse chez l’héroïne, et une multitude de questions. Évidemment, on devine que les faits ne sont pas aussi clairs que ce qu’elle nous raconte. Greta est un personnage perturbé, dont on ne doute pas qu’elle garde des secrets, et ce lac qui n’a rien d’accueillant contribue à une atmosphère troublante. N’en disons pas davantage. Le récit est mené avec souplesse, l’intrigue parfaitement maîtrisée – renouvelant plutôt habilement le thème de la disparition mal explicable. Un suspense convaincant, captivant, qui séduira inévitablement les amateurs d’énigmes psychologiques.

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 04:55

Bert Amandale est un écrivain à succès installé en Provence, du côté de Saint-Rémy. Il vit dans une belle propriété, la villa des Pommiers, avec son épouse Miriam et leur fille adolescente Britney. Non loin de là, habite Chucks Basil, avec qui il entretient une relation fraternelle. Chucks est une rock-star sur le déclin, qui espère un possible retour. Chucks appelle Bert : condusant ivre quelques jours plus tôt, il pense avoir percuté et tué un type errant sur la route en pleine nuit. Bert n’oublie pas que son ami reste hanté par certains fantômes, sujet à des hallucinations. Auprès de Vincent Julian, gendarme quinquagénaire pacifique qu’il connaît bien, Bert se renseigne sur les récents accidents signalés dans la région. Rien qui corresponde à ce que décrit Chucks.

Tourmenté, Chucks se dénonce à la gendarmerie de Sainte-Claire, commune où il habite. Vérification faite, là encore, pas d’accident en rapport avec ce qu’il raconte. Alors qu’il se promène dans la campagne environnante, Bert est attaqué par un chien agressif. C’est ainsi qu’il rencontre les agents de sécurité du centre de désintoxication du Dr Eric van Ern. Ce genre de "clinique" pullule dans les environs. Miriam va bientôt sympathiser avec l’épouse du médecin. Chucks identifie finalement "son" mort : ce serait l’écrivain et polémiste Daniel Someres. Il a souvent traité de sujets sensibles, telle la résurgence de sectes proche des idéaux extrémistes. Sauf que cet homme est décédé plusieurs jours après de supposé accident provoqué par Chucks.

Plus tard, Chucks est retrouvé noyé dans sa piscine. Bert est convaincu qu’il ne s’agit pas d’un suicide, même si son ami n’était pas tellement équilibré. Bert explore l’univers personnel de Chucks – musical et privé. Peut-être y a-t-il quelques indices à dénicher. Invités avec son épouse chez le Dr van Ern, Bert s’ennuie vite mais découvre que le médecin possède une galerie de tableaux évoquant la douleur, l’horreur, l’angoisse. Par ailleurs, Bert cherche à déterminer le sens du mot "ermitage", prononcé – selon ce qu’en disait Chucks – par Daniel Someres juste avant sa mort. Personne ne paraît savoir de quoi il est question, pas même le brave gendarme local Vincent Julian. Néanmoins, Bert imagine que tout cela n’était pas simplement issu de l’état mental fragile de Chucks…

Mikel Santiago : Le mauvais chemin (Actes Noirs, 2018) – Coup de cœur –

Riffle a marqué un silence, songeur. Je lui ai demandé si je devais trouver un avocat à Chucks, mais il a fait non de la tête.
— Sans indice de crime, et tant que nous n’avons pas découvert le cadavre ou enregistré une disparition dans la région, rien ne justifie une mise en examen. M.Basil n’a fourni aucune description, aucun signalement concernant ce prétendu cadavre. Il pourrait tout aussi bien s’agir d’une hallucination, de faux aveux ou d’une envie de se faire remarquer, vous comprenez ? En attendant, on ne peut pas le mettre en détention, mais je compte sur vous pour qu’il ne quitte pas la commune.
— Bien évidemment.

Ce roman est franchement une très belle surprise. La présentation en était modérément attirante – les histoires de rock-stars oubliées, on en a écrit d’autres. Ici, au contraire, on adhère immédiatement. Chucks n’est pas un paumé, juste quelqu’un secoué par une vie déjà trop remplie. L’écrivain Bert Amandale veille à la vie de sa famille, son épouse Miriam se détachant un peu, et leur fille Britney commençant à penser aux garçons. Accident ou pas ? Il existe une vraie énigme autour de cet épisode. Bien sûr, le centre de désintox du Dr van Ern pousse à s’interroger. Les éléments apparaissent au fil des investigations de Bert, troublants ou mystérieux : il suffit de le suivre dans ses recherches. La tonalité du récit est plus que fluide, d’une belle souplesse narrative. Voilà un suspense de haute volée, méritant sans hésitation un coup de cœur.

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