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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 07:20
 

Ho ! (1964) de José Giovanni, figure parmi les grands classiques du roman noir français. Il s’agit d’une splendide histoire de truands, qui se relit toujours avec grand plaisir. On peut y voir comme un témoignage sur l’ambiance au sein de la pègre de ces années-là.

GIOVANNI-HO-2Ancien coureur automobile impliqué dans une sale affaire, François Holin est le chauffeur du gang dirigé par le truand François Canter. “Mais il n’y avait qu’un François dans l’équipe et Holin ne répondait même plus quand il entendait son propre prénom […] Les frères Schwartz, qui avaient le sens du raccourci, l’appelaient Ho ! Il y répondait avec le respect que les tueurs exigeaient d’un chauffeur. Holin pilotait comme personne. Il travaillait pour François [Canter] depuis cinq ans, et sa virtuosité avait tiré le ténor de mémorables et infernales poursuite […] On lui donnait de trente-cinq à quarante ans. Il était de taille moyenne. Il avait des cheveux noirs dont l’indiscipline faisaient dire qu’ils étaient frisés…” Holin déteste ce sobriquet, Ho !, qui exprime le mépris du reste de la petite bande de Canter.

Le gang vient de réussir un hold-up remarquable. Bien que le commissaire Blot ait aisément identifié les malfaiteurs, il sait d’avance qu’il sera difficile de les arrêter. Déjà, François Canter prépare un nouveau coup, mais il se tue à la veille de le réaliser. Pour François Holin, c’est le moment de montrer qu’il n’est pas qu’un simple chauffeur. Il décide d’exécuter le coup, tel que l’avait prévu Canter, mais sans les frères Schwartz. Alors qu’il effectue des repérages au volant d’une 403, il se fait bêtement pincer par la police. L’inspecteur Beauvais pense que Holin peut le mener aux Schwartz, bien plus gros gibiers que lui. Le policier s’assure de la complicité de son ami journaliste Gabriel Briand, dit Spartacus.

François Holin s’évade de manière astucieuse. Les jours suivants, Spartacus publie des articles élogieux à son sujet. Holin prend contact avec lui pour rectifier quelques détails sur son passé. Les deux hommes sympathisent. Grisé par cette gloire factice, fabriquée, Holin recrute de jeunes complices. Ils réalisent le coup projeté précédemment.GIOVANNI-HO
“Le convoyeur avait amarré son câble à l’intérieur de la banque à l’aide d’un système de cadenas spécial. Il se présenta devant la porte du fourgon en compagnie du fondé de pouvoir. De l’intérieur, on les reconnut en les examinant par un judas; une trappe s’ouvrit et lassa passer une valise en métal. Le câble d’une section de quinze millimètres, était passé dans la poignée. La poignée, soudée d’un seul bloc, ne faisait qu’un avec la valise. La trappe se referma avec un claquement sec. Les deux hommes soulevèrent la valise. Ils marchaient chacun d’un côté du câble L’acier était prisonnier dans l’acier. Holin, Falsten et Walter se rejoignirent, et ce n’était pas pour la photo de famille. Holin, dans un effort à se faire péter les veine, sectionna le câble tandis que Falsten et Walter s’occupaient du convoyeur et du fondé de pouvoir. Deux secondes plus tard, Holin les relayait, un flingue dans chaque main. Falsten et Walter se mirent à courir avec la valise…” Une opération rondement menée, sans bavure.

Trop sûr de lui à cause de ce succès, Holin se montre de moins en moins prudent. Sa notoriété nouvelle autant que relative ne peut que le desservir. D’autant que les frères Schwartz pourraient bien réclamer une part du butin. Malgré tout, Holin revoit Spartacus, ainsi que sa petite amie Bénédicte. Holin risque fort de retourner en prison. Et s’il s’en sort, un bain de sang est à craindre.

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 07:19
 

AprèsTravail soigné, primé au festival de Cognac,Robe de mariéde Pierre Lemaitre (Calmann-Lévy, 2009) a reçu plusieurs prix mérités en 2009, au salon Sang d’Encre de Vienne et à celui de Montigny.

Âgée de 28 ans, Sophie Duguet reste perturbée depuis le décès de son mari Vincent. Même avant l’accident qui laissa celui-ci impotent, la vie de Sophie était désorganisée, elle commençait à ne plus maîtriser son existence. Aujourd’hui, elle est employée par la famille Gervais. LEMAITRE-2009.JPGElle garde leur fils Léo, six ans. Un matin, Sophie découvre l’enfant mort dans sa chambre. On l’a étranglé avec un lacet d’une chaussure appartenant à la jeune femme. En l’absence des parents, égarée, Sophie ne sait comment réagir. Elle prend la fuite, espérant trouver la force de se concentrer. Bien que la situation lui paraisse irréelle, elle n’exclut pas un acte inconscient de folie. Elle a tué cet enfant. Sophie prend quelques affaires chez elle, passe à sa banque. À la Gare de Lyon, où on lui a volé sa valise, elle sympathise avec Véronique, qui lui vient en aide. L’ayant suivie à son domicile, Sophie est prise de vertige. C’est dans cet état qu’elle tue Véronique. Sa cavale se poursuit sous l’identité de sa victime, puis sous d’autres noms.

Huit mois plus tard, on ne l’a toujours pas retrouvée. Elle n’a jamais contacté son père, sa seule famille. Employée dans un fast-food, elle se fait appeler Juliette. Sophie pense avoir trouvé une solution pour obtenir définitivement une identité solide. Elle contacte un fournisseur de faux-papiers, dont le tarif est cher, très cher. Elle s’arrange quand même pour réunir la somme demandée. La voilà en possession d’un acte de naissance au nom de Marianne Leblanc, qui n’est valide que quelques mois. Sophie s’est adressée à des agences matrimoniales. Sous son identité de femme mariée, il ne sera quasiment plus possible de la retrouver. Elle ne vise pas l’époux idéal. Même ce sergent-chef, ennuyeux et transparent, si facile à séduire, finit par lui convenir. Il ne se montre pas indiscret sur le passé secret de la jeune femme. Ce Frantz Berg n’est pas aussi insipide qu’elle le craignait, constate-t-elle après le mariage.

Malgré la stabilité que lui apporte Frantz, l’état de santé de Sophie se dégrade à nouveau. Elle est toujours hantée par la mort de Vincent, dont l’accident de voiture puis le suicide n’ont jamais été éclaircis. Dans ses cauchemars, Sophie entend voix de ses victimes. Malgré l’apaisante présence de Frantz, minée par l’angoisse et la fatigue, Sophie s’étiole. Elle fugue, se comporte en suicidaire…

Il est vrai que ce résumé ne dévoile pas l’intégralité de l’histoire. Il ne s’agit que du parcours de Sophie, entre fuite et démence. Dans l’ombre, un autre protagoniste joue un rôle capital. En proie à d’étranges obsessions, ce dernier fait preuve d’une lucidité perverse. Sans doute peut-on lire ce roman tel qu’il nous est raconté. Mais une lecture distanciée, sans chercher une totale empathie avec Sophie et les divers personnages, est probablement préférable. Car les détails qui nous sont révélés, et ceux que l’on nous laisse deviner, sont les pièces d’un puzzle démoniaque. Même quand l’image finale parait devant nous, le suspense subsiste jusqu’au dénouement. C’est un scénario digne des meilleurs films d’Hitchcock qu’a concocté là Pierre Lemaitre. Passionnante serait un faible terme pour qualifier cette intrigue d’une très belle intensité.
Cliquez ici pour lire ma chronique sur "Cadres noirs" de Pierre Lemaitre.

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 07:37
2009-2010.JPG 

J’adresse mes Meilleurs Vœux aux lectrices et lecteurs qui ont la gentillesse de venir, régulièrement ou de temps en temps, visiter Action-Suspense. Que mes suggestions vous plaisent ou vous surprennent parfois, je vous remercie de votre fidélité. Voilà bientôt deux ans (mi-janvier) que ce webzine existe, proposant chaque jour une info.

Je ne suis pas un théoricien du polar. Je me contente de défendre des romans qui me semblent de qualité, aussi objectivement que possible. Je me fiche des étiquettes (roman noir, thriller, suspense, polar historique, roman d’enquête, comédie policière…). Jamais je ne prétends que telle catégorie est supérieure à telle autre. Lecteur passionné et attentif, j’essaie d’apporter ma petite contribution à la transmission de cette culture polar. En évoquant les nouveautés, mais aussi les œuvres d’auteurs de jadis. Je reste convaincu que ce genre littéraire offre une gamme de romans assez large pour séduire tous les publics. La vitalité actuelle de l’édition polar est évidente : création de nouvelles collections, salons du livre attirant les foules, quantité d’auteurs de qualité. 2009 en fut un parfait exemple.

Que les lectrices et les lecteurs qui viennent ici chercher de l’info sachent que je continuerai aussi longtemps que possible, à montrer la diversité de la Littérature populaire. Que tous ceux, dans et autour de l’édition polar, qui m’ont fait confiance jusqu’à présent n’oublient pas que la fidélité est mon pire défaut.

En conclusion de ce petit discours, je vous souhaite à tous une Bonne Année 2010 !

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 07:17
 

Pour la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, Jean Mazarin créa le personnage du commissaire Lucien Poirel. C’est un jeune policier efficace de la PJ, peu conformiste sans être vraiment rebelle car il reste un vrai flic, fouineur dans ses enquêtes. Ce sont ses adjoints qui apportent une part souriante à ses aventures. Typique d’une époque, Lucien Poirel est un de ces héros à redécouvrir.

Il vit sa première enquête dans "La morte du petit matin", en 1976. Il revient dans "La haine dans les veines" (1976). M.Bertrand-Raynaud est un puissant promoteur immobilier. MAZARIN_1.jpgQuand sa seconde épouse, Sylvia, a un accident de moto, il n’hésite pas à réclamer une enquête. Il soupçonne ce comité de défense qui s’oppose depuis de longs mois à l’un de ses projets. Récemment encore, il a été menacé par courrier. Le commissaire Lucien Poirel interroge Luc Mazenet, prof et responsable de ce comité. Un flic non-conformiste face à un prof provocateur, ça engendre une sympathie naturelle entre eux. Certes, les menaces sont bien légères, mais Mazenet dit-il toute la vérité ? Yseult, la fille du promoteur, fait des confidences au policier. Sa belle-mère Sylvia a un amant. Peut-être son père le sait-il, et a voulu la supprimer, suggère Yseult sans vraiment accuser.

Le lendemain, Sylvia Bertrand-Raynaud est assassinée chez elle. Son mari étant loin, il n’est pas suspect. Diriger les soupçons vers Mazenet ou un de ses amis, c’est un peu facile. Pourtant, on a aperçu une voiture ressemblant à celle du prof non loin de la maison du crime. Le rôle de Jean-Philippe Royon, amant de Sylvia, proche collaborateur de son mari, n’est pas clair du tout. Sylvia et lui avaient-ils réellement décidé de partir ensemble ? On évoque une possible négociation entre Sylvia et son mari, avec une forte somme à la clé. Frantz, jeune étudiant allemand qui est l’amant d’Yseult, a quitté rapidement Paris pour disparaître dans son pays. L’ombre d’une vengeance apparaît bientôt probable…

Sa carrière se poursuit avec "Sondages sur la mort" (1976). Un enquêteur d’un institut de sondages est découvert mort à son domicile en fin de journée, le mardi 26 septembre 1975. MAZARIN 2Le commissaire Lucien Poirel ne manque pas d’éléments. La feuille de route et les rapports de la victime permettent de reconstituer son emploi du temps. Tout semble en ordre. Sauf que la dernière personne, indiquée comme interrogée par l’enquêteur, affirme qu’elle ne l’a pas vu. Ce qui est surtout curieux, c’est que Mlle Tellier n’est pas inconnue des fichiers de police. Ancienne stripteaseuse sous le nom de Nadia Bombe H, elle tient aujourd’hui un bar, le Ninon. Elle fut la compagne de Ramon Lassiro, truand emprisonné suite à un gros coup.

Cet après-midi là, le sondeur vit aussi Mme Passeloup, dont le mari est pompier. Jouant volontiers au séducteur, a-t-il tenté sa chance avec la sensuelle jeune femme ? Celle-ci traîne dans l’immeuble une réputation de mauvaises mœurs. Quand les cow-boys de l’Antigang débarquent dans cette affaire, Poirel et ses adjoints doivent-ils attendre que les Superflics retrouvent Ramon Lassiro, qui vient de s’évader ? On suppose que le truand reviendra dans le quartier où habite sa compagne. À moins qu’il n’y soit déjà caché ? Si l’enquêteur-sondeur l’a remarqué, le fugitif l’a peut-être éliminé. Ou bien est-ce le pompier, pensant que sa femme le trompait avec la victime. Quant à la jeune femme qui a trouvé le corps, il ne faudrait pas trop vite l’oublier. Même si l’Antigang coince le truand en fuite, même si un rhume lui embrume un peu l’esprit, Poirel poursuit ses investigations…

MAZARIN 3On retrouve Lucien Poirel dans "L’assassin des petits Mickeys" (1977), puis "Les flammèches du Diable" (1977), avant "Cadavre sur la chaîne" (1977). Dans une usine automobile, le cadavre de Georges Mortier est découvert dans le coffre d’une voiture neuve, sur la chaîne. La victime était employé depuis longtemps ici. Entre direction et ouvriers, il avait des responsabilités. La veille, une altercation avait opposé Georges Mortier au jeune Joël Dellière. Son hostilité n’était pas causée par le manque de métier de Joël, mais parce qu’il était l’amant de sa fille. Il ne voyait pas ça d’un bon œil. D’ailleurs, les relations entre Mortier, veuf, et sa fille Martine étaient froides, voire mauvaises.

Poirel essaie de déterminer ce que Georges Mortier venait faire à l’usine en plein milieu de la nuit. On peut envisager une affaire d’espionnage industriel, sur laquelle il aurait voulu enquêter. C’est l’avis de Ducoin, le chef de la sécurité. Néanmoins, des questions subsistent. Pourquoi entrer dans les locaux en cachette, et choisir justement une nuit où Martine sera absente ? Un fantomatique inconnu est venu cherchez Mortier chez lui cette nuit-là. Un voyage-éclair en Alsace apporte de nouveaux éléments capitaux à Lucien Poirel…

Suivent deux autres de ses enquêtes, "Comptes en retour" (1978) et "Un crime au cœur" (1978). Ayant démissionné de la police, on le retrouve pour la dernière fois dans "Chaudes, les calanques" (1980). Spectacle toujours désolant que de voir détruits des hectares de forêt en bord de mer sur la Côte d’Azur. LMAZARIN 4a rumeur prétend que les promoteurs immobiliers sont parfois les commanditaires de ces incendies libérant des terrains à bâtir. Le feu qui a ravagé le massif de la Carqueirade a causé plusieurs victimes. Un couple a voulu fuir les flammes, au lieu de rester au Camping des Crêtes où ils séjournaient. Certains suggèrent aux héritiers du couple de porter plainte contre le camping, resté protégé du feu. On compte trois autres victimes, l’équipage de l’hélicoptère surveillant la progression du feu. Ce n’est pas un accident, on a tiré sur l’appareil. Peut-être le responsable est-il le pyromane, ou une personne ne voulant pas laisser de traces de sa présence sur les lieux. On peut imaginer un lien, indirect, avec le nouveau port construit à proximité. Le promoteur est un ami de Jean-Marc Lanfranc, avocat et politicien au parcours discutable. Qui est lui-même l’ami d’Ange Moscatelli, ancien truand et aventurier devenu restaurateur. Ce dernier s’occupe toujours d’un trafic de drogue, secondé par Laurent Faggini.

Ayant démissionné de la police, Lucien Poirel est désormais journaliste indépendant. Il retrouve dans la région l’adjudant de gendarmerie Thomas, avec lequel il avait naguère sympathisé. Malgré leur volonté certaine d’établir le rôle de leurs suspects, les deux hommes s’opposent à forte partie. L’étrange Damiens et ses dangereux complices doivent étouffer tout scandale avant qu’il n’atteigne Lanfranc. Laurent Faggini, qui commit une erreur aux lourdes conséquences, risque de devenir le détonateur de cette affaire entre pègre et pouvoir...

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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 07:24

 

Parmi les nouveautés de fin 2009 chez Folio Policier, les amateurs de romans noirs et d’ambiances à suspense apprécieront sans nul douteLes ombres du passé de Thomas H.Cook.

Les faits se déroulent durant l’été 1984 en Virginie. Enseignant en Californie, Roy Slater revient à Kingdom County auprès de son père. Atteint d’un cancer du foie au stade terminal, Jesse Slater n’en a plus que pour quelques semaines. Roy a quitté la région depuis vingt ans. 09-COOK-ThomasH.JPGC’était au lendemain d’un drame, dont beaucoup se souviennent ici. Son frère Archie projetait de partir avec sa petite amie Gloria, seize ans. Une nuit, il tua le couple Kellogg, les parents de Gloria. Puis après avoir tout avoué, Archie se suicida en prison. Jesse et sa famille étant originaires des collines déshéritées de Waylord, le shérif Wallace Porterfield se montra cynique envers eux. Bien que pensant qu’Archie avait un complice, il dut épargner Roy Slater. Lila, la petite amie de Roy, son seul amour de jeunesse, lui offrit un alibi. Par la suite, Lila n’accepta jamais que Roy revienne la chercher pour l’épouser. Pourtant, des zones d’ombres subsistent sur ce double meurtre.

Après une vie marquée par le malheur, cet homme fier qu’est Jesse Slater envisage sa mort comme une délivrance. Ses relations avec Roy sont tendues, car il n’a jamais accepté les choix de son fils. Avant de mourir, il voudrait que Roy renoue avec Lila, qu’il apprécie d’autant plus que c’est la fille de son amie Betty. Jesse reste enragé contre les Porterfield, Wallace et son fils Lonnie qui est désormais shérif de Kingdom County. Si Roy accepte d’enquêter sur le décès du vieux Clayton Spivey, c’est pour se donner l’occasion d’approcher Lila, le défunt vivant sur sa propriété. Comme Jesse, la vieille indienne Juanita déteste l’ancien shérif Wallace Porterfield. Celui-ci et les salauds qu’il engageait pour adjoints insultaient et bousculaient la population modeste, celle de Waylord, y compris Betty et sa fille Lila. Grâce à Hopper, qui habite près de la mine abandonnée, Roy apprend les vraies raisons de la haine de son père envers l’ex-shérif.

Le décès du vieux Clayton était bien une mort naturelle. Toujours hanté par des réminiscences concernant son frère Archie et le double meurtre, Roy cherche à restituer le scénario de cette nuit-là. Le Dr Poole, déjà médecin ici à l’époque, estime aussi que toute la clarté n’a pas été faite. Roy est obligé de s’adresser à Wallace Porterfield pour consulter les archives de l’affaire. Bien sûr, Archie ne nia rien, mais il était dans un état second. Roy s’étonne que la déposition de Lila ne figure pas dans le dossier. L’ancien shérif lui confirme avoir toujours pensé qu’Archie n’avait pas agi seul, ainsi que l’indiquaient des traces dans la neige. Qui, chez les Slater, pouvait être capable d’abattre les Kellogg, sinon Jesse ? Il n’y a que Gloria qui aurait pu témoigner des véritables faits. Mais Porterfield la fit interner, avant qu’elle ne soit confiée à une amie du shérif manipulateur. Roy a bientôt, lui aussi, un motif de vengeance contre Wallace Porterfield…

Les deux parties de ce roman offrent chacune sa tonalité. La première décrit une ambiance assez lourde, rappelle les faits passés. Dans la seconde, l’enquête de Roy prend une tournure concrète, plus vive. Tout au long du récit, le mystère demeure sur les circonstances exactes du double crime initial. Certes, les détails apparaissent progressivement, mais il y a encore bien d’autres éléments à déterminer. L’histoire nous ramène dans l’Amérique des années 1960, pour la période du meurtre. Ce n’est pas un mythe que de souligner la puissance despotique de certains shérifs d’alors, comme le fait l’auteur. Injustes et cruels, ils imposaient leur loi, tyrannisant les gens modestes. S’opposer à eux exigeait du courage, conception qui guida la vie de Jesse Slater. En tout cela, ce livre s’inscrit dans la belle tradition du roman noir. Les incertitudes créent un suspense subtil, rendant l’histoire très prenante.

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 07:13
 

Né en 1930, Alain Page fut un des piliers de la collection Spécial-Police des Éditions Fleuve Noir dans les années 1960 à 1970. Il écrivit ensuite pour le cinéma et la télévision. Même si sa production de romans fut intensive, les suspenses d’Alain Page ne manquaient ni de subtilité, ni de noirceur. Retour sur une dizaine de titres de cet auteur, qui mériterait d’être redécouvert.

La peau du personnage (1960). Jacqueline Leroy a voulu tenter sa chance dans le Paris bohème de l’époque, capitale des cinéastes de la Nouvelle Vague, milieu artistique et créatif peuplé de fauchés. Pour une question d’héritage, un notaire est à sa recherche. A PAGE-8En effet, son cousin Jean-Claude Chadard aimerait toucher rapidement sa part d’héritage. Avec cet argent, il envisage de tourner un film du genre Nouvelle Vague. Dans ces conditions, n’est-il pas le mieux placé pour retrouver sa cousine Jacqueline ? Ce n’est pas l’existentiel et nébuleux cinéaste Cralvose qui le renseignera utilement. Par contre, la séduisante Sophie apprend à Jean-Claude que sa cousine se fait désormais appeler Caprice.

Grâce au talentueux cinéaste Maury et à sa bande d’amis, le jeune homme espère en savoir davantage. Mais ses relations avec Sophie s’avèrent un peu compliquées. Trouver François Kalder, l’homme à la voiture américaine qui chaperonne Caprice, n’est pas simple non plus. Quand Jean-Claude les rattrape en pleine nuit, il tue involontairement Caprice. Pour ne pas être inquiété, il doit continuer à faire semblant de chercher Jacqueline. Plusieurs personnes disent l’avoir vue depuis sa disparition. Elle a déménagé, mais on ne la trouve pas à sa nouvelle adresse. François Kalder est soupçonné par la police, ce qui pourrait arranger Jean-Claude. Le cinéaste Maury et ses amis sont-ils vraiment dupes des fausses réactions affichées par le jeune homme ? Le dénouement de cette histoire risque de ressembler à un film-vérité…

Le temps de mourir (1963). Vince Miller vivote à Las Vegas, essayant de mettre de l’argent de côté pour s’acheter une ferme. Sa combine consiste à séduire des femmes venues là pour divorcer, et d’en tirer un peu de fric. Cinq mille dollars en quatre ans, pas vraiment faramineux alors qu’il lui en faudrait dix fois plus. Vince est un brave type pas méchant, même s’il a fait un peu de prison pour avoir frappé un homme. Pas trop futé non plus, car il ped ses économies au jeu à cause d’un copain. Il ferait mieux de quitter la ville, comme le lui conseille un flic compatissant. Mais Vince croit encore en ses projets.

Quand il rencontre Liz Adrian, son destin va prendre une sale tournure. À cause de cette femme, mariée au magnat de la presse David Adrian. Surtout, par la faute de Kenneth, un des principaux adjoints du mari, et sans doute l’amant de Liz. Vince est invité à Los Angeles chez David Adrian par Kenneth et Liz. Restant franc et honnête avec ceux-ci, il en arrive à sympathiser avec David et sa nièce Jennifer. Si Vince raconte son histoire dans un journal intime, c’est pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Sur le point de quitter la maison de David Adrian, Vince a été plongé dans une sale affaire. Il s’est maladroitement défendu, à cause du mensonge initial. Sa parole de gigolo nerveux contre celle des autres, ça n’a pas pesé lourd. A-t-il encore une chance de s’en sortir ?

La gueule d’un autre (1963). Steve Kewan possède une grosse société de transport, une affaire qui fonctionne désormais très bien. Vivant avec la ravissante Sonia, il habite une très belle propriété. Kewan peut afficher une belle réussite sociale. Pourtant, la réalité n’est pas si simple. Malgré tout ce qu’il a fait pour en arriver là, Kewan se demande si cette vie est vraiment ce qu’il en espérait. Insatisfaction aussi vis-à-vis de Sonia. Elle semble bien avec lui, mais pas complètement heureuse. Il lui offre le luxe, le confort, mais est-il capable de la comprendre, de l’aimer ? Pour être pleinement heureux, peut-être Kewan devrait-il quitter cette façade de respectabilité à laquelle il tient tant.

Ancien associé de Kewan, Kern s’est évadé de prison. Cinq ans plus tôt, Ken tué un homme. Il avait organisé un trafic de drogue, grâce à leurs camions et à la complicité de certains chauffeurs. Ce que Kewan ignorait. Puisqu’il avait assisté au meurtre, il ne pouvait faire autrement que de témoigner contre Kern. À l’époque, le policier Chandler était prêt à tout pour faire tomber Kern, dont il soupçonnait les trafics. En liberté, Kern représente aujourd’hui une menace. Le temps que la police retrouve l’évadé, Kewan pense à disparaître sous prétexte de voyage. Il s’aperçoit vite que Kern est au courrant de tous ses déplacements. Pas si facile de fausser compagnie au policier Chandler ou à Kern, de retarder l’échéance d’une confrontation entre les deux associés. Que veut finalement Kern, de l’argent ou la mort de Kewan ? A PAGE-2Sonia comprend que son compagnon ne lui a pas tout dit sur ses rapports avec Kern. Néanmoins, elle préfère fuir avec lui que le quitter. Mais l’ombre menaçante de l’évade reste sur leurs traces…

Nuit rouge (1966). Aux Etats-Unis, Haines et Rhue vont être transférés à la prison de McNeil. Haines est un truand accusé du meurtre d’un témoin. Rhue est un maniaque criminel. L’évasion d’Haines ayant été préparée par ses complices, les deux hommes parviennent à s’enfuir. Ancien soldat du Vietnam et ex-bûcheron, Ken Hauser végète dans son logement proche du port de Tacoma. Sa fiancée Eileen ne parvient pas à lui remonter le moral. Quand la police investit son quartier, cherchant les évadés, Hauser protège l’un des fuyards (Haines) ayant trouvé refuge dans son immeuble.

Après une nuit d’anxiété, Hauser va chez Eileen, pour la prévenir de ne pas passer à son appartement. Dans le même temps, la jeune femme arrive chez Hauser. Quand il rentre chez lui, il la trouve assassinée. Pour se venger de Haines, il se rend à Seattle où il pense que le tueur se cache. Il se fait engager par Seneca, l’Indien dirigeant les trafics dans cette ville, qui organisa l’évasion de Haines. Un jeu dangereux débute pour Hauser, afin de retrouver sa cible. A_PAGE-1.jpgMalgré l’aide de la belle Phyllis, l’affaire risque fort de se terminer dans le sang…

Le grappin (1966). Cette nuit-là, Phillip Rayland va commettre un cambriolage dans les locaux de la société qui l’emploie. Sa maîtresse Connie lui assurera un alibi. Son complice pilote Robert Rimpley l’amène en hélicoptère sur les lieux, qui sont fort bien protégés. Parker, gardien de nuit de l’entreprise, reçoit la visite de sa petite amie Rosa. Celle-ci aperçoit Rayland à son arrivée. Elle prévient le bureau de police local, faisant capoter l’affaire. Coincé, Rayland se retranche dans le poste de garde avec ses deux otages.

Le pilote d’hélicoptère n’a aucune envie de prendre un risque en revenant chercher Rayland. Quant à Connie, jusqu’à là peu convaincue par son amant, elle trouve la situation excitante. Le policier Millroy ne sait trop comment dénouer cette histoire. Il contacte Hobart, ami flic de Rayland. Doutant d’abord de la responsabilité de Rayland, il va chercher la meilleure solution pour qu’il s’en sorte. Pour rester un héros aux yeux de Connie, Rayland ne peut accepter la proposition réaliste et conciliante de son patron. Hobart imagine une sortie bien plus glorieuse, mais sans être certain qu’elle fonctionne sans causer de dégâts…

A PAGE-3Casse-cou (1967). Auteur de scénarios pour la télévision, Philippe Laurent est marié à Marianne, fille de famille aisée qui bénéficie de l’héritage de sa mère. Malgré leur différence de milieux, Marianne se pose moins de questions sur leur couple que Philippe. Spanelli est un producteur de télévision, toujours en quête d’argent pour rembourser de précédentes dettes. S’il trouve un commanditaire et calme ses créanciers, il pourrait produire la série écrite par Philippe. S’il pouvait convaincre Marianne de financer, ce serait l’idéal. Ancien fiancé de Marianne, Jean-Claude veut encore croire en leur avenir commun, bien qu’elle ait choisi Philippe. Dînant avec la jeune femme en l’absence du mari, Jean-Claude dénigre son rival, affirmant qu’il la trompe avec une belle blonde.

Parti tourner un court-métrage en Bretagne, Philippe est effectivement devenu l’amant d’une Allemande. Marianne avance la date de son propre séjour dans leur villa bretonne, pour avoir une explication avec Philippe. Dispute, accident, Philippe n’a pas tué Marianne, il a juste fui ses responsabilités. Le policier Bonfanti pense qu’il s’agit d’un meurtre. Si tel est le cas, Philippe n’est pas le seul suspect. Le fils d’Yvon Le Goff, un retraité du coin, ou l’oisif Gérard, ne sont pas moins soupçonnables. Pourtant, le scénario des faits est bien plus complexe qu’on pourrait le croire…

A PAGE-4Plaidoyer pour l’absent (1968). Patrick Demasles, 37 ans, a assassiné Odile Weiller, une antiquaire parisienne réputée qui était sa maîtresse. Pris sur le fait, il ne nie pas, mais refuse de donner la moindre explication sur les raisons de son acte. À l’heure du crime, une forte somme se trouvait dans le tiroir-caisse de la victime. Le commissaire Serrault pense que le vol explique le crime. Il charge son adjoint Rémond d’en apporter les preuves. Sans revenu régulier, Demasles était endetté. Cet homme rebelle et cynique plaisait aux femmes. Quand il vivait avec l’une d’elles, c’était pour lui soutirer de l’argent. Par contre, il ne gardait jamais longtemps ses amis. Tandis que le procès approche, le portrait de ce type asocial s’affine, risquant d’être déterminant aux Assises.

Claude Bauer est l’adjoint de Maître Mauguin, célèbre avocat de la défense. Il ne voit pas l’affaire sous le même angle. Certes, les premiers témoignages recueillis n’aident pas Demasles, mais ils ne l’accablent pas. Claude Bauer fait comprendre à Mauguin qu’ils doivent chercher dans le passé de leur client. Demasles autait pu devenir “­le Rimbaud de sa génération”. Cet homme aujourd’hui désabusé possédait un réel talent. Il faut démontrer comment la vie l’a brisé. Demasles et Bauer sont du même âge, mais très différents. Bauer est peut-être lui aussi passé à côté de quelque chose dans sa vie. En rencontrant Janine, ex-amie de son client, il en est convaincu. Cette affaire qu’il prend à cœur risque de mettre son couple en péril. Plus il avance, plus Bauer croit en ses arguments…

Le corps mort (1969). L’histoire se passe à Port-Manech, entre Pont-Aven et Concarneau, dans un manoir au bord de l’Aven, durant les vacances. François a 25 ans. Un peu révolté, un peu fainéant, ce séduisant jeune homme passe son temps à draguer les filles. Marie-France, 20 ans, fut une des ses petites amies. Avant ces vacances, elle a quitté François, sans raison précise. Celui-ci n’a pas digéré leur séparation. Hélène, la mère de Marie-France, ne parait pas ses quarante ans. Elle est en vacances avec sa fille, attendant la venue prochaine de Philippe. Homme d’affaires sérieux, Philippe la courtise, mais Hélène ne tient pas à s’engager pour le moment.

François est venu pour se venger de l’affront que lui a fait Marie-France, sans plan préparé. Rencontrant Hélène, il décide de la séduire pour rendre jalouse Marie-France. Après tout, peu importe d’être l’amant de la mère ou de la fille, du moment qu’il puisse profiter de leur fortune familiale. D’autant qu’Hélène s’éprend sincèrement de François. Mais, dans ces rapports faussés, le jeu risque bientôt de dégénérer, et de mal finir…

A PAGE-6Enquête personnelle (1971). Un ancien officier nazi sexagénaire est enlevé en Allemagne, où il n’était pas inquiété, afin d’être remis aux autorités françaises. Vingt ans plus tôt, il fut condamné par contumace en France. Vu les nouvelles relations entre les deux pays, ce kidnapping est gênant pour la police française et pour l’état. Un policier est chargé de raccompagner l’homme à la frontière. Tous deux sont interceptés par le même commando qui avait enlevé l’Allemand. Découvrant qui est l’ex-nazi, le policier accepte de le leur livrer contre la promesse qu’il ne sera pas tué. Puis il affirme a son supérieur qu’il a effectué sa mission.
Toutefois, l’Allemand ayant disparu, la hiérarchie policière s’interroge, et la presse commence à évoquer l’affaire. Le policier incriminé s’en tient à sa version, mais il se demande pourquoi les ravisseurs restent muets. Il fait appel à son ami Jérôme Randon pour le sortir de cette situation empoisonnée. Sur quelle base mener une enquête, alors que le groupuscule en question est sûrement composé d’amateurs non indentifiables ? Néanmoins, Jérôme Randon trouve la trace d’un avion de tourisme ayant pu servir à transporter le kidnappé en France. Puis la piste le mène dans la région nantaise, où l’officier nazi fut un temps en poste durant la guerre. Dans le village où il séjourna, personne ou presque ne veut évoquer cette période. Qui a pris tant de risques pour enlever un ex-nazi, dont les responsabilités furent peut-être relatives ? Resté ami avec l’Allemand, l’ancien collabo local aide Jérôme Randon dans son enquête. Le véritable motif de l’enlèvement est-il vraiment historique ?

A PAGE-7Une si jolie petite ville (1971). Au centre du Tennessee, Middleburg apparaît comme une charmante bourgade, mais il ne faut pas trop s’y fier. C’est une petite ville enracinée dans ses traditions sudistes, où l’on n’aime ni la modernité, ni les nouveaux venus. Marston est le plus gros propriétaire de la région. Le shérif Keeling et son adjoint Roy assurent l’ordre à Middleburg. Quand un nommé Welder débarque sur son territoire, Keeling s’intéresse à cet inconnu. Selon Buggy, l’ivrogne local, Welder lui aurait avoué être un tueur. Bien que ce témoignage entretienne le doute, il n’est pas des plus fiables.

Le shérif découvre que Welder serait un ancien combattant du Vietnam. Dans sa logique, Keeling l’imagine mal en tueur. Malgré les efforts des notables, des rumeurs continuent à circuler. Une surveillance pourtant efficace du suspect n’apporte rien de concret. Le concours de Martha, jeune femme supposée frivole ne les aide guère non plus. S’agit-il de menaces en l’air, d’une future tentative de chantage ? À moins que ce Welder soit plus simplement fou ? Marston et ses concitoyens s’inquiètent, mais on ne peut intervenir contre un homme qui ne fait rien d’illégal. Plutôt que de l’obliger à partir, ils devraient chercher les raisons de son séjour dans cette ville…

Publié chez Pascal Galodé Editeurs, le nouveau livre d'Alain Page “L'écume des nuits” est évoqué par Paul Maugendre ici :

http://mysterejazz.over-blog.com/article-alain-page-l-ecume-des-nuits--40017283.html

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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 07:16
 

Le premier roman publié par les Éditions Écorce est intituléRetour à la nuit (2009) d’Eric Maneval. Cette intrigue noire et psychologique s’avère plus interrogative qu’oppressante, ce qui constitue un bel atout. Inutile de surcharger la tension quand l’histoire est bien pensée. Et la forme assez courte (120 pages) permet au récit de garder une réelle densité…

Âgé d’une trentaine d’année, Antoine Revin est veilleur de nuit dans un foyer social de la région de Limoges. On y héberge des ados en difficulté sociale ou psychologique. Maîtrisant sans trop de problème la situation, Antoine apprécie ce métier. N’étant pas éducateur, il n’a pas à s’intéresser au cas des pensionnaires. MANEVAL-2009.JPGPourtant, il discute souvent au milieu de la nuit avec la jeune Ouria. Parfois, il calme le petit Aymeric qui cauchemarde, croyant voir un moine templier. Une nuit, Antoine suit une émission de télé consacrée à l’affaire Firnbacher. Un jeune condamné est en prison depuis des années, accusé d’avoir tué et mutilé un enfant. Le portrait-robot d’un vague suspect jamais identifié frappe Antoine. Il connaît l’homme, lié à un épisode douloureux de sa propre vie.

Antoine avait huit ans. Il adorait plonger dans la Vézère, en aval du barrage de Treignac. Malgré les crues de la rivière, il ne craignait pas les risques. Ce jour-là, il fut heurté par un tronc d’arbre, et faillit mourir. Un inconnu se trouvant sur la rive le sauva des eaux. Ce blond barbu aux yeux bleus soigna ses multiples plaies, non sans lui faire un peu mal pour qu’il retienne la leçon, avant que l’enfant ne soit hospitalisé. Le corps d’Antoine est encore strié des cicatrices causées en cette occasion. Il les a montrées à Ouria, qui semble fascinée. Conscient que son témoignage sur le suspect du portrait-robot peut relancer l’affaire Firnbacher, Antoine s’adresse à un ami journaliste. Celui-ci le met en contact avec Teddy Romero, expert en tueurs pervers.

Après avoir photographié ses cicatrices, Romero et sa collaboratrice Mina, médium, interrogent en détail Antoine sous hypnose. Les faits sont proches de ceux du dossier Firnbacher. La méthode correspond à celle du “Découpeur”, qui a seize victimes à son actif. Avec une notable différence tout de même, c’est qu’Antoine est vivant et que c’est-ce “Découpeur” qui l’a sauvé et soigné. Sûr de son hypothèse, Romero met en contact Antoine et l’avocat de Firnbacher, pour tenter d’obtenir une révision du procès.

Au foyer, une nuit suivante, le jeune frimeur Gaétan cause des troubles qu’Antoine parvient à réprimer avec l’aide d’Ouria. Après l’incident, un éducateur lui rappelle qu’il n’a pas à s’improviser psy. Un peu plus tard, Antoine soupçonne une présence suspecte autour du foyer. Quand la médium Mina revient le voir, elle ne collabore plus avec Romero, n’étant pas d’accord avec ses méthodes. Antoine lui-même est gagné par le doute, qui se transforme bientôt en fébrilité quand il sent planer une menace…

Un roman très réussi ! Sans doute, mais ce n’est pas un reproche, l’auteur aurait-il pu s’attarder sur la relativité des témoignages. Apporter une version disculpant l’accusé dans une révision de procès, ce n’est pas anodin. Et puis, le héros n’occulte-t-il pas une part d’enfance dans son récit ? On laisse au lecteur le soin de se poser lui-même les questions. Pour les sceptiques à ce sujet, l’hypnose est traitée de manière intéressante, puisqu’elle va jusqu’à la transmission de pensée. Quant à la psycho des ados, on voit ici que certains éducateurs sociaux en ont une vision trop schématique. Prendre du recul, éviter l’affectif, c’est d’accord. Mais ces jeunes ont aussi un instinct, une sensibilité du vécu, qu’Antoine perçoit mieux que ses collègues. Un suspense qui se base sur de tels personnages, êtres humains donc imparfaits, ne peut que séduire.
Consultez le blog des Editions Ecorce (cliquez).

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:16

 

Publié dans la Série Noire en 2009, le roman de Thierry MarignacRenegade Boxing Clubest sans doute un peu hors norme, sûrement atypique. Avant tout commentaire, le plus simple consiste à en résumer l’histoire.

MARIGNAC-SNEmployé de la Croix-Rouge en Russie, Dessaignes est obligé de négocier avec la pègre, qui détourne des médicaments destinés à une clinique caritative. Quand un commando de police prend d’assaut ses locaux, Dessaignes est interrogé sur ses liens mafieux. Bien qu’il nie toute collusion, il est bientôt expulsé du pays. La Croix-Rouge ne tarde pas à le virer. À Paris, Dessaignes retrouve l’avocat Oleg Kribanov. Le Russe défend les intérêts de l’ONG Nature-CEI, qui a besoin d’un traducteur à New York. Dessaignes hésite avant d’accepter ce poste, mais c’est une opportunité de rebondir. Arrivé aux Etats-Unis, Dessaignes va devoir passer une série de tests et d’examens, afin d’obtenir l’agrément de traducteur auprès des tribunaux. Il devrait être prêt à l’époque d’un procès où plaidera Kribanov.

Dessaignes s’installe dans un logement à Greenville, New Jersey. Ce quartier, c’est la Ville Noire, largement gangrenée par la délinquance. Un Blanc n’y est pas facilement accepté. Denise, la concierge Noire de son immeuble, sympathise rapidement avec lui. Grâce à elle, il devient légitime dans le quartier, y compris à la bibliothèque locale. Dessaignes fait la connaissance de Big Steve, un ancien boxeur. Dans une cave digne d’une forteresse, celui-ci a créé une salle de boxe. Toutefois, le “Renegade Boxing Club” peine à être reconnu dans le monde de la compétition : “Pas de palmarès, pas de traces, pas d’existence légale.” Pourtant, plusieurs jeunes sont prometteurs. Dessaignes se défoule au club de boxe, tout en commençant les tests avant les examens pour l’agrément.

Après l’avoir laissé sans nouvelles, l’avocat Kribanov finit par lui confier une traduction pour le dossier du procès à venir. Curieuse affaire, où un nommé Khalimov est accusé de trafic de pétrole, alors qu’il se présente comme militant scientifique défenseur de la nature. S’il n’ignore pas les subtilités de la société russe, Dessaignes a du mal à comprendre l’enjeu réel du procès. Durant les tests, il doit être prudent avec le sudiste Anthony Thomas Lee, examinateur qui semble se méfier de lui. Côté boxe, Dessaignes devient “l’assistant” de Big Steve, en vue des combats des Golden Gloves.

Quand un jeune dealer Noir se fait pincer, la police débarque dans l’immeuble de Denise. Dessaignes aide la concierge à limiter l’impact de l’affaire. Lorsqu’il obtient son premier diplôme, avant d’être agréé, Dessaignes rencontre l’associé de Kribanov, l’avocat suisse Schweitzer. Avant d’être engagé, le traducteur subit un interrogatoire serré. Il suffisamment lucide pour y faire face, même s’il finit par s’énerver. Quand on lui confie un document, pièce à conviction du futur procès, il comprend vite l’importance de sa traduction. En parallèle, il entraîne toujours les jeunes boxeurs qui espèrent sortir vainqueurs des Golden Gloves…

Ce riche roman est à l’opposé d’une intrigue monolithique qui dominerait le récit. Plusieurs thèmes sont abordés, se complétant dans une étrange harmonie. Il est question de manipulation, grande spécialité russe, avec la difficulté de cerner la frontière de l’honnêteté. L’acceptation de l’autre et une forme d‘entraide, tel est le rapport entre Dessaignes et Denise. Celle-ci incarne un mélange de fragilité et de force, c’est dire que le personnage est attachant. Solidarité encore et sens de l’amitié, avec Big Steve et ses protégés. Ces boxeurs quasi-clandestins ont-ils la moindre chance d’obtenir la reconnaissance qu’ils méritent ? Soulignons aussi l’ambiance d’un quartier déshérité de la mégapole new-yorkaise. Petit commerce miteux ou délinquance médiocre, chacun utilise ses atouts pour y survivre. En ce qui concerne le héros lui-même, on comprend qu’il s’agit du parcours qui l’amène à trouver sa vraie place dans la société. Dessaignes est traducteur; c’est le métier de Thierry Marignac, qui en profite pour nous initier aux nuances de la traduction. Un roman noir vraiment convaincant.
Lire aussi la chronique sur "Maudit soit l'Eternel" de Thierry Marignac (cliquer)

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