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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 06:56

 

Publié chez Points en janvier 2011, Crimes horticoles de Mélanie Vincelette n’entre pas dans la catégorie polar. Néanmoins, la belle originalité de ce roman mérite qu’on s’y intéresse…

La jeune Émile vit à La Conception, quelque part dans la campagne québécoise. Cet été-là, c’est celui de ses douze ans. Malgré son prénom masculin, Émile est une fille. Il faut dire que ses parents, Philippe et Anouk, sont aussi singuliers que l’endroit où habite cette famille. Il s’agit d’un ancien motel en mauvais état, fermé suite à une sale histoire, que Philippe a acheté à un prix dérisoire. Le père d’Émile, qui cultive du pavot, espère ainsi faire fortune. Même si ses tentatives n’ont pas été très réussies, jusqu’à présent. Les précédents projets de Philippe ont été de parfaits ratages : Il a également eu l’idée des patchs anticellulite à la fleur de cerisier. Échec commercial total, l’Oréal n’a jamais voulu acheter le concept. VINCELETTE-2011Aujourd’hui, il se consacre à cette plantation de pavot, située à trois kilomètres de leur maison, tout en pratiquant aussi la taxidermie. Il passe pas mal de temps au Faucon Bleu, et en compagnie de la belle Irlande.

Anouk, la mère d’Émile, est actuellement enceinte. C’est une cuisinière inspirée, expérimentant des recettes originales. Sa principale activité, c’est la voyance. Pour ses clients, Anouk fait même figure de véritable gourou. Elle ne s’occupe guère de sa fille. Celui qui se charge de l’éducation d’Émile, c’est Liam. Érudit fantasque, Liam vit avec son chien Shakespeare. Aventurier natif de Marseille, il s’installa ici pour sa compagne Béatrice, décédée depuis. Il possède un tableau signé Vincent, peut-être de Van Gogh, son trésor. Liam reste marqué par le souvenir de Tanger, où il pourrait retourner un jour, pourquoi pas avec Émile. La gamine fait semblant de s’intéresser à la vie religieuse depuis quelques temps. C’est parce qu’elle est tombée amoureuse d’Eduardo Luna, le jeune prêtre latino-américain séduisant récemment installé à La Conception.

La sœur Sarah risque d’être un handicap pour l’amour d’Émile, car elle est jeune et belle. Des jolies femmes, on n’en manque pas dans cette communauté. Le Faucon Bleu, le club dirigé par Pavel, ne se contente pas de spectacles de danse. Ce bar à putes est une attraction dans la région. Pas le genre de lieu pour une fille de son âge, mais Émile fréquente volontiers les prostituées qui viennent souvent boire du thé au pavot avec sa mère. La belle Irlande est une confidente plus attentive qu’Anouk. La meilleure amie d’Émile est Nila, la fille de Pavel. On ne sait pas ce qu’est devenue la mère de Nila, danseuse de passage. Sylvio Valiquette, le policier local, n’est pas trop regardant quant aux activités de Philippe. Il voudrait juste mettre la main sur un dément échappé de l’asile, qui rôde dans les forêts environnantes. Après la naissance du petit Enzo, le bébé d’Anouk, plusieurs autres faits vont perturber la vie de la jeune Émile…

 

À douze ans, la vie est un kaléidoscope d’images quotidiennes, de personnages idéalisés et de rêves inatteignables. Ni petit adulte, ni même adolescent, on sort progressivement de l’enfance, sans rejeter son imaginaire. Insouciant bonheur, espièglerie, regard libre sur le monde, tout semble permis à cet âge. On sent instinctivement que les adultes ne donnent pas le meilleur exemple. S’imaginer ailleurs, fantasmer sur un autre destin, ce n’est pas interdit. En attendant, on observe avec curiosité les gens autour de soi, excentriques ou étonnants. Leur caractère, leurs ambiguïtés, leur expérience, tout cela attire et interroge.

Tel est le portrait poétique et diablement souriant que propose la québécoise Mélanie Vincelette, auteure et éditrice. Sa jeune héroïne Émile est entourée d’un univers, certes pas paradisiaque, mais riche de situations hors normes. Hormis la culture du pavot qui est illégale, et un fou quand même dangereux en liberté, ne cherchons pas d’autres crimes, puisqu’il ne s’agit pas d’un polar. Laissons-nous entraîner par la narration enjouée qui, au fil de courts chapitres, nous raconte en toute simplicité les péripéties des douze ans d’Émile.

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 07:02

 

Sans doute n’est-il pas indispensable de chroniquer Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, vu l’énorme succès de cet opuscule de ce message à la population française actuelle, pourrait-on dire. D’abord, rappelons l’argumentaire éditeur de ce petit livre : "Pour Stéphane Hessel, le «motif de base de la Résistance, c’était l’indignation». Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais «cherchez et vous trouverez» : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au “toujours plus”, à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu’aux acquis bradés de la Résistance – retraites, Sécurité sociale… Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une «insurrection pacifique»."

Sans doute est-ce par esprit de contradiction que j’ai tardé à acquérir ce livre. Le côté c’est un vieux sage capable d’analyser notre monde mieux qu’un autre me hérissait même un peu. Naguère, dans les familles bourgeoises, il était de bon ton que les aïeux affichent ce précepte hypocrite : notre réussite sociale ne doit pas empêcher notre capacité d’indignation. Ils ajoutaient la notion de charité, car c’étaient des principes basés sur leurs convictions religieuses. Telle est l’image que me donnait cet Indignez-vous !. Sceptique, c’est peu dire. Trop de louanges, trop de révérence envers la parole de cet ancien Résistant.

Indignez-vousJe ne donne jamais d’opinion définitive avant d’avoir lu un livre. Ce que j’ai fait, finalement. Le message de M.Hessel doit être lu, compris, mais surtout doit être considéré comme une base de réflexion, et d’action. Ne pas en rester au constat (l’argument ci-dessus), mais retrouver l’esprit de solidarité qui peut briser cet individualisme qui fait tant de dégâts. Solidarité citoyenne plutôt qu'égoïsme bien-pensant, est-ce illusoire ? L’esprit de compétition prôné par nos décideurs économiques aboutit à ce "chacun pour soi", synonyme d’échec pour tous. Pour la population, les élites n’ayant rien à craindre, bien entendu. D’après M.Hessel, il s’agit désormais d’une élite dirigeante mondiale. Certes, mais notre vie quotidienne dépend néanmoins de nos propres gouvernants. Ce sont eux, tous camps confondus, qui bradent les règles égalitaires mises en place par le Conseil National de la Résistance, qui méprisent parfois (en soutenant des politiques injustes) la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

S’opposer pacifiquement (Le terrorisme n’est pas efficace. Dans la notion d’efficacité, il faut une espérance non-violente dit l’auteur), mais activement. La désobéissance civile ou citoyenne contre de mauvaises lois reste un acte concret. Face à la pensée productiviste occidentale, il est grand temps que le souci d’éthique, de justice, d’équilibre durable devienne prévalent. M.Hessel a évidemment raison, mais on ne sent guère aujourd’hui de vent de révolte, ni même une indignation suffisante pour changer les choses. Des vœux pieux, une prise de conscience fort incertaine. Au Bouthan, le Bonheur National Brut est l'indice de référence économique, socioculturel et spirituel. Un exemple que le monde n'a jamais suivi, hélas !

Il est vrai que l’on s’éloigne du polar, de la fiction. Trouvons quand même un point commun, puisque Stéphane Hessel s’intéresse aussi à la Palestine : Quant à Gaza, c’est une prison à ciel ouvert pour un million et demi de Palestiniens. Une prison où ils s’organisent pour survivre. Sur cette région du monde, n’oublions pas de citer le récent roman de Yishaï Sarid Le poète de Gaza (Actes Noirs, 2011).

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 06:55

 

Publié dans la collection Domaine Policier chez 10-18, voici un roman percutant dans l’authentique tradition de type Série Noire : Personne bouge de Denis Johnson. À savourer sans modération…

Même vêtu d’une tenue de gala, Jimmy Luntz n’est pas exactement le type le plus brillant de Californie. Il s’est endetté auprès de cette crapule de Juarez, qui jongle avec toutes les combines possibles. Venu en Cadillac depuis leur QG de la ville d’Alhambra, Ernest Gambol est chargé de relancer Jimmy Luntz. Gambol ne gobe pas les bobards de Jimmy, qui promet une fois encore être bientôt capable de rembourser. Ils sont sur la route 70 près d’Oroville, quand Jimmy troue la cuisse de Gambol d’un coup de feu. Sur ce parking où ils s’arrêtent, l’émissaire de Juarez saigne sévèrement. Abandonné là par Jimmy, Gambol téléphone à Alhambra afin d’obtenir de l’aide. Juarez lui envoie une blonde grassouillette quadragénaire nommée Mary. Une infirmière idéale, car efficace et discrète.

JOHNSON-2011Jimmy Luntz a poursuivi sa route dans la Cadillac de Gambol, vers la rivière Feather. Il se débarrasse vite du flingue trop compromettant, mais palpe le fric du portefeuille bien garni de sa victime. Il termine cette sale journée dans un bar-karaoké du coin. C’est là que son chemin croise celui d’Anita. Elle se trouve aussi dans une situation précaire, cette Indienne accro à la vodka. Son mari Hank Desilvera vient de la larguer, divorce validé par le juge local, complice de l’époux. Elle n’a pas un rond, alors qu’elle va être condamnée au tribunal pour avoir détourné 2,3 millions de dollars. Elle devra rembourser 800 dollars par mois durant le reste de sa vie. Jimmy et Anita passent la nuit ensemble. Le lendemain, deux agents du FBI (Bureau fédéral des Témoins de Jéhovah, version Jimmy) s’intéressent au pactole qu’Anita est censée avoir dérobé.

Protégé par Mary, Gambol se remet très lentement, restant en contact avec Juarez. Sa soigneuse connaît quelques détails sur Juarez, qui n’est pas Latino comme on le croit. Manquant de fric, Mary ne serait pas contre le fait de gagner un peu plus des 20000 dollars qu’elle va toucher pour ses services. Jimmy et Anita ont besoin d’une planque, au moins jusqu’à mercredi, jour où la divorcée passe au tribunal. Son ami Jay Capra va les héberger chez Sol Fuchs (surnommé Sally Fuck), patron d’un bar-restaurant pour bikers. Pas vraiment la lune de miel pour le couple d’amants, mais ça permet de patienter. Anita rêve de se venger de son mari et du juge, de mettre la main sur les 2,3 millions. Dès qu’il se sent un peu mieux, muni d’une arme achetée par Mary, Gambol est prêt à repartir en chasse. D’autant que, grâce à un tuyau, Juarez vient de localiser la planque de Jimmy. Ce dernier promet un peu tard à Jay Capra de ne pas s’éterniser ici…

Pour l’ambiance, on est plongés dans cette sorte de culture de la marginalité qui semble typique de la Californie. À l’est de Los Angeles, le désert est le repaire des losers. Ces foireux y traînent en espérant une étincelle, une aubaine, un miracle. C’est le terrain parfait pour tous les règlements de comptes, si possible pétaradants. Tout ce que souhaite Jimmy, c’est s’en sortir sans trop de casse, sans que Juarez et Gambol s’en prennent à ses parties intimes. Quant à savoir qui profitera des 2,3 millions détournés, on verra si c’est le plus motivé, le plus lâche ou le plus fourbe ? La narration est nerveuse, le langage est cru, le climat délicieusement amoral ne manque pas d’un humour décalé. Un noir polar rythmé et solide, extrêmement plaisant.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 06:59

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 07:45

 

Aux Éditions Héloïse d’Ormesson, vient de paraître Maria, le nouveau roman de Pierre Pelot. Nous sommes dans les Vosges. Après Remiremont, une longue vallée s’étire jusqu’à Bussang, en passant par Le Thillot et Saint-Maurice-sur-Moselle. De part et d’autre, un paysage de montagnes rondelettes couvertes de sapins. C’est une région dont l’histoire est riche, depuis le lointain temps des froustiers et des ducs de Lorraine, avec ses annexions et ses époques de disette. Sur Radio Vallées et Chaumes, une vieille érudite raconte régulièrement ces temps anciens, autant de faits marquants vécus par la population de cette "Montagne des Bœufs Sauvages". La conteuse se nomme Maria Lœwell.

PELOT-MariaNée en 1921, Maria est maintenant âgée de 85 ans. Elle réside depuis quelques années à la maison de retraite du Thillot, où elle fut employée de service pendant une longue période. Dans sa jeunesse, Maria a été institutrice dans sa bourgade natale. Elle était l’épouse de Jean Tobé, qui tenait un café-épicerie. Son mari s’occupait du bistrot. C’était la grande Louisette, une costaude âgée de seize ans, qui se chargeait de l’épicerie.

En octobre 1944, la guerre n’était pas terminée en Lorraine. Les occupants allemands espéraient y installer une ultime ligne de défense. Les maquis de la Résistance restaient ici peu nombreux, peu actifs. Le 2 octobre, soixante-trois hommes de Saint-Maurice furent arrêtés par la Gestapo, torturés avant d’être envoyés dans les camps de la mort. Seulement quelques-uns survécurent. On les avait dénoncés, dans une listée détaillée. Les maquisards non raflés n’eurent bientôt plus de doute sur celui qui les avait trahis. Un courrier anonyme désignait Jean Tobé, l’époux de Maria.

Dramatique fin de guerre pour la jeune femme, maltraitée par les hommes du maquis, veuve d’un traître, exclue de son poste d’institutrice. Maria s’occupa du café-épicerie, mais les rancunes tenaces de certains la décidèrent à s’exiler. Quelques kilomètres plus loin, Le Thillot. S’il ne la laissa pas dans le besoin, son fils quitta tôt la région. La vie foraine l’excitait davantage que ce froid pays vosgien. Aujourd’hui, n’ayant rien perdu de son caractère volontaire, la vieille dame raconte à la radio l’histoire de la vallée, de la Lorraine, jusqu’au 18e siècle. Quand se produit un décès à la maison de retraite, elle assiste aux obsèques, sans se mêler des conversations à ce propos. Maria a 85 ans, l’hiver approche…

 

Pourquoi perdre son temps à chercher des qualificatifs, des définitions, pour évoquer l’œuvre de Pierre Pelot ? C’est un grand écrivain populaire, voilà tout. Après avoir publié quantité de livres dans divers genres littéraires, il est encore et toujours capable de nous captiver. Même avec un sombre épisode de la guerre, sujet si souvent traité ? Oui ! Même à travers le destin maudit de Maria ? Oui ! Même en s’attardant sur la longue histoire de sa région ? Oui ! Magistrale souplesse narrative de Pierre Pelot, fascinante force du récit. Cet apparent minimalisme est un leurre. Tout est dit avec justesse et précision, sans effets factices ni aucune lourdeur. Quant aux amateurs de romans criminels, cet aspect est également présent ici.

 

Cliquez pour mes chroniques des romans de Pierre Pelot :

Les normales saisonnières - et - Les promeneuses sur le bord du chemin.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 07:01

 

PRIX POINTS-1Le Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points récompense chaque année un roman policier, un roman noir ou un thriller plébiscité par un jury indépendant composé de libraires, de critiques et de lecteurs, délibérant sous la présidence d’un grand nom du polar international. En 2010, 1140 candidats se sont proposés pour faire partie du jury de ce premier Prix… Vingt ont été choisis en France métropolitaine, à la Réunion, à la Martinique, en Guadeloupe, en Belgique et au Québec… Dix professionnels (critiques littéraires, libraires, bibliothécaires) y ont été ajoutés… Neuf livres ont été mis en compétition. C’est au roman d’Antonin Varenne "Fakirs" qu’a été décerné ce premier Prix. L’auteur sera Président du jury 2011.

Si vous rêvez de participer à un prix littéraire, il n’est pas trop tard pour faire partie du jury ! Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 10 mars 2011. Dès maintenant, portez vous candidat, et lisez les trois premiers romans en lice. Les jurés recevront à domicile les neuf romans choisis au fil des mois par les éditions Points. Leur mission ? Les commenter, échanger leurs points de vue sur le site dédié au Prix, partager coups de cœur et coups de gueule et, enfin, voter pour élire leur Meilleur Polar.

Rendez-vous sur le site http://www.meilleurpolar.com/ pour vous inscrire.

La sélection de janvier 2011 : "Les Visages" de Jesse Kellerman, "Cotton Point" de Pete Dexter, "Les brumes du passé" de Leonardo Padura.

 

PRIX POINTS-2Hormis ce Prix, parmi les nouveautés de janvier présentées chez Points, on peut retenir un livre en marge du polar : "Venise, sur les traces du Brunetti" de Toni Sepeda. Née en 1942, cette auteure a enseigné la littérature et l’histoire de l’art à l’université du Maryland, où elle a rencontré Donna Leon. Elle est aussi guide touristique à Venise et organise les seules visites agréées par Donna Leon autour de son œuvre.

On peut vraiment voir Venise à travers les yeux du commissaire Brunetti. Le héros des romans de Donna Leon est natif de la Sérénissime. Il a mené des dizaines d’enquêtes dans une ville aux décors minutieusement décrits, parfaitement authentiques. Une multitude d'extraits des romans illustrent la promenade vénitienne. Les douze itinéraires que compte ce livre suivent ses pas dans les méandres d’une cité au passé prestigieux, à la recherche de sa grandeur perdue… C’est un véritable guide littéraire de Venise qu’a concocté Toni Sepeda. Une curiosité fort intéressante à découvrir.

 

Parmi les nouveautés de janvier chez Points, lire aussi "Padana City" de Massimo Carlotto et Mario Videtta, chroniqué ici.

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 06:54

 

S’il existe des polars n’entrant dans aucune catégorie, difficiles à étiqueter, c’est assurément le cas du roman de Heinrich Steinfest Requins d’eau douce, publié aux éditions Carnets Nord en ce début 2011.

À Vienne, l’inspecteur Richard Lukastik n’est pas le plus agréable des policiers autrichiens. Âgé de 47 ans, il loge au domicile de ses parents. Vit avec eux sa sœur, avec laquelle il partage une relation ambiguë. Lukastik est un admirateur du philosophe Wittgenstein, et un mélomane averti. Il possède une curieuse Ford Mustang de couleur dorée, dont l’histoire est assez particulière. Ses manies diverses, Lukastik ne voit pas de raison de les justifier. Pas plus que son regard plutôt cynique sur ses contemporains. Dans son métier de policier, il n’affiche aucune marque de respect pour son supérieur, le commissaire Albrich. Pas de complicité non plus envers son adjoint Jordan, qui a le même âge que lui, ni d’autres membres de la police ou de la gendarmerie. Enquêter selon de stricts critères d’investigation ou scientifiques n’a guère d’intérêt pour Lukastik.

STEINFEST-2011On a découvert un cadavre mutilé dans une piscine au vingt-huitième étage d’un immeuble viennois. Cet homme à l’allure sportive semble avoir été mis en pièces par un requin. Ce que ne tarde pas à confirmer le Dr Paul. Le légiste ne saisit pas le sens de cette mise en scène macabre. Le seul indice retrouvé sur les lieux est une prothèse auditive. Ces appareils étant répertoriés, la police déniche le nom du client en question. Ce serait un certain Sternbach, vivant à Zwettl. Sans leur demander leur avis, Lukastik oblige Jordan et leur collègue féminine de la police scientifique, Boehm, à se rendre immédiatement à Zwettl. Quant à lui, Lukastik rencontre le biologiste marin Slatin. Ce scientifique détestant l’eau lui confirme que la dent animale retrouvé sur la scène du crime appartient à un requin commun. L’hypothèse d’une expérience secrète expliquant la présence inattendue d’un requin à Vienne apparaît pour le moins fragile.

Quand il reçoit un énigmatique appel téléphonique, Lukastik comprend que le couple de collègues policiers est en difficulté à Zwettl. La nuit est déjà avancée quand, ayant passé une sorte de frontière virtuelle, Lukastik arrive à l’Étang de Roland. C’est un petit complexe touristique et commercial dirigé par Selma Beduzzi et son mari. Il exige de rencontrer aussitôt Sternbach, coiffeur très apprécié dans le secteur. Pas plus que Selma, occupée au bar, il n’a vu le couple de policiers ce soir-là. Il est même très étonné des questions de Lukastik.

Le plus naturellement du monde, Sternbach explique avoir acheté la prothèse auditive pour un de ses clients, le caractériel Tobias Oborin. L’homme, un graphologue, est probablement la victime mutilée. Dès le lendemain matin, Lukastik et Sternbach se rendent chez Oborin. La jeune compagne hongroise du graphologue confirme qu’il a disparu. Le policier estime prudent d’éloigner la jeune femme au plus tôt. Sur une indication, Lukastik va retrouver Jordan et Boehm dans le bunker où ils sont prisonniers. Débute alors un jeu du chat et de la souris entre l’assassin et le policier…

 

C’est un surprenant spécimen d’enquêteur que nous présente Heinrich Steinfest. Ni flic chevronné usant d’une méthode sans faille, ni policier perturbé par de lourds souvenirs. Il semblait voir dans le crime et surtout dans son aspect prétendument unique une offense personnelle. Dès lors, il n’avait de cesse de mettre au jour la dimension générale et quotidienne de telle action criminelle spécifique. Voilà quel était son moteur : la volonté de démystification. Dans la mise en œuvre de cet objectif, il manifestait peu d’égards et usait rarement de diplomatie.

Selon quelle logique ce misanthrope poursuit-il ses investigations ? Son bréviaire philosophique est censé l’aider, mais il tâtonne et se trompe, tout en étant sur la bonne voie. La plupart de ses interlocuteurs ne sont pas moins originaux que lui. Bon nombre de scènes prêtent à sourire, un peu comme si le récit s’inscrivait dans une réalité décalée. Par exemple, le complexe touristique de Zwettl se situe dans un décor sans attrait pour des vacanciers. Pour autant, il existe bien une intrigue criminelle, avec indices et pistes, fuite en voiture, et aveux du coupable. Ce roman à l’ambiance hors du commun fait penser à des eaux froides : on hésite à s’y immerger, alors qu’une fois dedans, on s’y baigne avec grand plaisir. Mais gare aux requins !

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 06:53

 

Publié chez Tartamudo Éditions, Le petit Maurice dans la tourmente de Maurice Rajsfus raconte sa propre histoire. Cet album illustré par Mario et Michel d’Agostini s’adresse à un large public…

Rajsfus2010Durant la 2e Guerre Mondiale, le jeune Maurice vit à Vincennes avec ses parents et sa sœur. À Paris, l’occupation allemande est omniprésente. Pourtant, Maurice redoute davantage la police française que les nazis. Car, appliquant la politique de collaboration du maréchal Pétain, ce sont bel et bien des policiers français qui opèrent des rafles dans la population juive. Depuis le 8 juin 1942, l’étoile jaune cousue sur les vêtements désigne d’un signe infamant les Juifs de France. Le 16 juillet 1942, vers cinq heures du matin, Maurice et sa famille sont arrêtés lors d’une rafle. C’est leur ancien voisin policier qui les a dénoncés. Les parents sont bientôt dirigés vers le camp de Drancy ou le Vel d’Hiv’. Maurice et sa sœur Jenny sont relâchés. Âgé de quatorze ans, l’enfant se retrouve seul au domicile de sa famille. Il va devenir apprenti sertisseur-joailler. Souvent chargé de courses à travers la capitale, Maurice observe avec méfiance l’ambiance qui règne. Les contrôles de rue ou dans le métro sont nombreux, surtout envers les Juifs.

Dans sa détresse, Maurice a la chance d’être apprenti chez un brave homme qui l’a pris en amitié. Tous deux suivent l’actualité de la guerre qui se poursuit, écoutent Radio-Londres. Mais ils savent que chaque jour d’autres Juifs sont arrêtés en France. Avec les alertes, quand les bombardiers Alliés survolent Paris, les nuits ne sont guère reposantes. Descendre aux abris n’est pas une solution, estime Maurice. Se nourrir, sa chauffer, un problème que Maurice et sa sœur doivent résoudre au quotidien, comme l’essentiel de la population. Lorsque Maurice livre un bijou de grande valeur à un client généreux, il reçoit parfois un pourboire. Cela lui permet d’acheter des livres d’occasion et d’améliorer ses repas. Depuis qu’il porte l’étoile jaune, Maurice n’a droit qu’à peu de loisirs, les cinémas, piscines ou autres lieux publics étant interdits aux Juifs.

Dans son malheur et sa solitude, en 1943, Maurice va connaître un véritable jour de chance. Dans la rue, il croit ramasser une blague à tabac. En réalité, c’est un portefeuille contenant des pierres précieuses et des bijoux sertis de gros diamants. Il y en a pour cinq millions de francs. L’honnêteté de Maurice va avoir des belles conséquences pour lui. Le courtier ayant perdu le portefeuille et ses associés vont protéger le jeune apprenti, lui offrir des sorties à la campagne. En France, la traque des Juifs se poursuit, toujours menée en priorité par la police. Pire, à partir de janvier 1944, la Milice de Vichy s’installe à Paris. Ceux-là pratiquent le plus haut degré de la collaboration, pourchassant les Résistants, s’attaquant aussi aux Juifs. Le déclin de l’Allemagne nazie ayant commencé au printemps 1944, les autorités et leurs hommes de mains font preuve d’une grande nervosité. Pour tenir en attendant les Alliés, Maurice est envoyé dans le Vexin…

 

Rajsfus2010bPour être précis, plus qu’une bédé, il s’agit d’un récit illustré (par Mario et Michel d’Agostini). Sans doute inspiré de documents d’époque, le dessin permet de recréer la lourde ambiance des années de guerre. Les illustrations complètent parfaitement le témoignage de Maurice Rajsfus. Si celui-ci a gardé pendant toute sa vie une grande antipathie pour la police, on comprend ici la source de cette aversion et de son militantisme. En effet, au cœur de la collaboration, le rôle des la plupart des policiers français ne fut pas glorieux. Simples exécutants de la politique pétainiste ? Cette réponse ne peut suffire, car ces Juifs raflés étaient envoyés dans les camps de la mort. Certains de ceux qui ont vécu ces temps-là restent insatisfaits, tels Maurice Rajsfus. Quant aux rares policiers proches de la Résistance, ils ne furent nombreux qu’après le Débarquement de juin 1944. Ce récit s’adresse sans doute aux plus jeunes. Mais également aux lecteurs de tous âges, car il n’est jamais mauvais de rappeler des faits historiques à travers des cas tels que celui-ci. Mieux comprendre les drames humains, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, voilà à quoi doit servir l'Histoire.

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