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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 06:52

 

Dans la collection Seuil Policiers, George P.Pelecanos évoque la réinsertion des jeunes délinquants dans Mauvais fils, son nouveau roman…

Si Chris Flynn est incarcéré à Pine Ridge, il est conscient d’avoir collectionné les plus stupides actes de délinquance. Âgé de dix-sept ans, il s’est marginalisé en voulant jouer au dur avec son pote Jason. Consommation de drogue, quelques larcins, autant de bastons, un itinéraire qui conduit fatalement dans un centre fermé tel que Pine Ridge. Son dernier exploit fut d’emboutir la voiture d’autres jeunes, qui alertèrent la police. Pourchassé par les flics, Chris pensa leur avoir échappé. Bientôt arrêté, son sort fut évident malgré l’avocat ami de son père.

Amanda, sa mère très pieuse, est compatissante vis-à-vis de Chris. Thomas Flynn, son père, se montre plus distant, éprouvant de l’incompréhension face aux dérapages de son fils. Âgé de trente-neuf ans, Thomas Flynn fut un temps policier, avant de créer son entreprise de pose de sols et moquettes. Amanda et lui vivent dans un quartier assez chic de Washington. Flynn est un peu complexé par rapport au voisinage aisé. Il n’a pas à l’être, car sa société dégage de beaux bénéfices. En prison, Chris reçoit régulièrement des visites de ses parents.

PELECANOS-2011Les jeunes parqués à Pine Ridge sont majoritairement des Noirs, avec quelques Latinos, Chris étant le seul Blanc. Ils suivent des cours, en général plutôt agités. L’endroit n’échappe pas à la violence et aux trafics, impliquant quelquefois des gardiens. On disait parfois que ce système de prisons pour jeunes déteignait sur tout le monde, employés et détenus. Dans ce climat, certains tiraient pourtant leur épingle du jeu. Il y avait des gardiens qui faisaient leur boulot honnêtement, et avaient l’impression d’accomplir une tache utile. Ali Carter, jeune homme intelligent, ou Ben Braswell, plus rustre mais pas pourri, sont les rares détenus avec lesquels Chris sympathise. Des types comme Lawrence, il est préférable de s’en méfier. Sans doute est-ce la visite d’un écrivain à Pine Ridge qui fait prendre à Chris quelques bonnes résolutions.

Près de dix ans plus tard. Ali Carter a poursuivi des études. Il est employé dans une organisation sociale, trouvant des jobs aux ex-prisonniers et aux petits délinquants repentis. Chris est employé dans l’entreprise de son père. Il y fait équipe avec Ben Braswell. Thomas Flynn garde un œil sur le travail du duo. Dans une propriété que vient d’acheter Mindy Kramer, en vue de la revendre, Chris et Ben trouvent un magot planqué sous un plancher. Chris fait entendre raison à son ami, même si celui-ci vit plus modestement que lui. Ils laissent le pactole sur place, et taisent leur découverte.

Tandis que Chris rejoint sa petite amie Katherine, Ben reçoit la visite de Lawrence. Il est venu demander de l’embauche chez Flynn pour son neveu, Marquis. Ben se laisse entraîner à des confidences concernant le fric caché. Lawrence n’a pas tardé à entrer par effraction dans la maison de Mindy Kramer, et à dérober le magot. Bien que la propriétaire ait appelé la police, pour Chris et Ben, l’incident pourrait s’arrêter là. Mais les truands Sonny et Wayne reviennent chercher l’argent planqué…

 

Difficile d’évoquer la jeunesse délinquante, sans y ajouter un brin de moralisme. L’idée du rachat, de la volonté positive visant à une vie normale, n’est évidemment pas une mauvaise chose. L’état d’esprit de "Chris le vaurien" va donc progresser, ainsi que celui de certains codétenus. Ce n’est pourtant pas une image idéalisée des Etats-Unis que nous donne Pelecanos. Car, dans un pays où l’on enferme seulement pour punir, il reste beaucoup d’efforts à fournir pour la réinsertion. De même, il serait vain de fermer les yeux sur la criminalité qui mine la société américaine.

Outre l’aspect sociétal, l’auteur utilise une intrigue éprouvée (le fric caché appartient bien à quelquun) mais toujours efficace et excitante. Le danger va, en priorité, concerner Chris et ses amis devenus honnêtes. Qu’en sera-t-il de la relation père-fils dans cette épreuve ? Solide suspense en perspective, dès qu’apparaît le duo de truands. Voilà un roman noir très réussi, par un maître du genre.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 06:48

 

En 2007, Dominique Sigaud publia L’inconfort des ordures (Babel Noir). La même héroïne est de retour, dans Conte d’exploitation (Actes Noirs)…

En ce début novembre, la commissaire Régine Partouche va fêter ses cinquante ans dans deux semaines. Fêter n’est pas le mot. Devenir quinquagénaire, alors qu’elle évacue si lentement son enfance perturbée en Algérie, pas si simple pour elle. Son mari Georges, libraire, est un modèle d’équilibre et de patience. Et elle est fière de son fils Victor, militant de gauche, activiste frisant l’illégalité.

Par contre, l’ambiance à la P.J. lui parait de moins en moins saine. À cause des méthodes de Pucheu, le remplaçant de Vrémont, directeur désormais retraité. Pucheu s’est chargé de la refonte des services, en séparant les équipes, en cassant les liens. Un principe de management des potentiels humains, appliqué partout par le pouvoir actuel, soi-disant pour davantage d’efficacité. Ce qui ne fait que créer des tensions supplémentaires, selon Régine Partouche. De son ex-équipe, elle a quand même gardé le fiable Maxime Plantin.

SIGAUD-2011Ce lundi, les policiers ont à traiter deux affaires d’inégale importance. La moins excitante est confiée à Régine. Il s’agit du meurtre d’une artiste peintre, dans le 11e arrondissement. C’est son détestable collègue Darnando qui s’occupera de l’autre cas. Graziella Perção, travesti brésilien, a été assassiné et jeté dans une poubelle devant la librairie de Georges, le mari de Régine. La commissaire a des raisons d’imaginer qu’elle est visée. En effet, Graziella fut un des principaux témoins d’une affaire précédente, trois ans plus tôt. Un meurtre similaire, car la victime également prostituée fut aussi retrouvée dans une poubelle. Georges va être interrogé par ses collègues. Régine craint que son fils ne soit inquiété pour ses activités militantes. Elle espère obtenir des éléments par Claire, ancienne de son équipe, mais la commissaire n’ignore pas que le directeur Pucheu à l’œil sur son propre groupe.

L’enquête sur la mort de la peintre débute mollement. Après avoir motivé ses adjoints en orientant l’enquête vers un client allemand de l’artiste assassinée, Régine rencontre un proche de Graziella. Prostituée venue d’Haïti, Beloved Latortue garde de la rancœur contre Régine, depuis le précédent crime. Néanmoins, elle lui donne une adresse, boulevard d’Ornano.

Ce club est un lupanar de luxe, où vient se distraire l’élite de la république. Il n’est pas exclu que Pucheu fasse partie, depuis qu’il est directeur de la P.J., de la clientèle triée sur le volet. Toutefois, quand Régine rencontre son ancien patron Vrémont, il relativise. En France, même chez les politiques, la luxure n’est pas un crime. Et ces bordels haut-de-gamme existent depuis toujours. Les connexions affairo-sexualo-politiques restent complexes à démontrer. Du côté de l’Allemagne, le suspect du meurtre de la peintre n’est pas n’importe qui. Chef d’entreprise aux méthodes sévères, il appartient à la droite dure de la CDU…

 

N’imaginons surtout pas que Dominique Sigaud, auteure confirmée, se contente d’une petite enquête criminelle classique. La P.J. d’aujourdhui n’est plus celle de Maigret. Celui-ci respectait la hiérarchie et, homme de terrain, il se méfiait des bureaucratiques juges d’instruction. Les rapports de force ont changé. Régine peut compter sur l’indépendance d’un juge, pas sur son trop politique directeur. Pucheu, comme Darnand(o), des noms évocateurs pour qui connaît l’Histoire.

De nouvelles méthodes de management sont organisées, basées sur une prétendue rentabilité. Bilan, comptes d’exploitation, chiffres de la sécurité. Ce qui oblige à se concentrer sur la petite délinquance, en laissant la plus grande impunité aux puissants. De tous ces gens dont nous parlons, confortablement installés sur leur fumier, lequel paiera un jour la facture ? Aucun […] Tout le travail fait depuis trente ans, pour que nos métiers restent plus ou moins des services publics au service du public et pas des officines, est en train de s’effondrer. Au service de qui est-ce que nous travaillons ? De la République ? Allons donc, ça se saurait. Réalité actuelle, peut-être plus vérolée que jamais, exprime l’auteure. Elle n’oublie pas l’intrigue criminelle, mais il ne faut pas s’attendre à une double enquête rectiligne, balisée. Car, outre les états d’âmes de la commissaire, ces sombres affaires baignent dans ce contexte compliqué qu’est notre monde actuel. Un très bon roman, à la tonalité mordante.

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 06:48

 

Chez Rivages/Thrillers, Pascal Dessaint vient de publier son nouveau roman Le bal des frelons. Il a pour décor un village qu’on suppose endormi dans sa ruralité tranquille, au cœur d’une vallée de montagne. Voilà pourquoi l’apiculteur Maxime s’est installé depuis dix ans dans cet endroit isolé. Il a quitté sa compagne et Paul, le fils de celle-ci, pour s’occuper de ruches et d’abeilles. Malgré ses aléas, c’est une activité assez rentable, qui lui permet de ne pas côtoyer grand monde. Autre cas, Rémi s’est fixé dans ce village par hasard. Il y a rencontré Mariel, infirmière de quinze ans son aînée. Ils ont vécu ensemble, sans trop s’occuper du regard des gens. Et puis Mariel est décédée à cause d’une chute accidentelle. Difficile pour Rémi, dont le cerveau est un peu dérangé, de se passer de la présence de Mariel.

DESSAINT-2011Il y a aussi Antonin, qui fut gardien de prison durant trente ans. Il pense s’être montré bienveillant avec les détenus, mais ceux-ci pouvaient ressentir un certain mépris dans ses taquineries. Aujourd’hui retraité, Antonin passe le temps en circulant dans la région ou en glandant sur un banc. Marié à Martine, il commence à ne plus apprécier son épouse et ses manies. Celle-ci vient de retirer toutes leurs économies de la banque. Un beau pactole, dont Martine ne veut pas lui dire où elle l’a caché. Elle aussi, elle en a marre de la présence de son mari retraité. Le maire du village, Michel, a été naguère son amant. Cet homme cupide pourrait l’aider à se débarrasser d’Antonin, si elle lui offre ses faveurs et une part de son magot.

Certes, effectivement intéressé par le fric, Michel a été chasseur. Quand il s’amuse à tirer désormais, tout ce qu’il réussit à cibler, c’est une paisible vache dans un champ. Celle du paysan roublard Jacques, dont le cousin est gendarme. De quoi frôler les ennuis pour Michel, même si le gradé Charles est du genre magnanime. Coralie, l’employée de mairie, a surpris le projet de Martine et de Michel. Cette quadragénaire frustrée est amoureuse du maire. Elle a posé les conditions de son chantage. Elle prend deux jours de congés afin de se préparer à son propre dépucelage.

Martine n’est pas la seule à vouloir supprimer Antonin. Loïk et Baptiste, deux anciens taulards vivant maintenant en couple, ont aussi des griefs contre l’ex-gardien de prison. Surtout Loïk qui, tout en cajolant son hérisson domestique, mûrit sa vengeance. Le moment approche pour le duo, qui se rend en voiture au village. De son côté, Antonin projette également d’éliminer son épouse. Bien entendu, ça paraîtra accidentel, afin que le gendarme Charles n’ait pas idée de le soupçonner. Mais il doit d’abord savoir où elle a planqué le magot.

Quant à Martine, sa détermination meurtrière commence à faiblir : Nous nous supportions tout de même depuis un certain nombre d’années. Il y avait eu de bons moments, surtout au début. Nous avions partagé la plus effroyable des douleurs. Tout cela n’aurait-il aucun sens, aucune valeur ? Étais-je réellement prête à l’effacer d’un revers de main ? Tandis que Maxime organise la transhumance des ruchers, Charles le gendarme a bien raison de ne pas trop s’éloigner du village…

 

C’est une fort agréable comédie noire qu’a concocté ici Pascal Dessaint. Dans ce récit à plusieurs voix, nous faisons connaissance avec des personnages assez insolites. Rémi est vraiment déjanté, Coralie n’est guère plus équilibrée, Michel se réfugie dans l’ivresse, Maxime préfère sa solitude. Plusieurs autres ont des projets criminels. On ne parierait pas sur leur réussite, pourtant il y aura des victimes. Évidemment, on retient d’abord l’aspect souriant de cette histoire. S’il existe une large part de caricature, elle est bien dessinée. Comme dirait le paysan Jacques : C’est pas parce qu’on est des bouseux qu’on est des attardés. La drôlerie est donc très réussie, avec une tonalité enjouée. On apprend aussi bien des détails sur le métier d’apiculteur, puisque telle est l’origine de ce Bal des frelons. Le rôle de Maxime apporte un contrepoint psychologique à l’intrigue. Humour et suspense, pour un roman extrêmement agréable à lire.

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 06:57

 

Une chronique fut ici consacrée à Arnaud Le Gouëfflec, auteur d’un épisode de la série Léo Tanguy intitulé “Mon nom est Person” (Coop Breizh). Il est aussi scénariste de BD. Avec Olivier Balez pour les dessins, Arnaud Le Gouëfflec a déjà publié “Topless” chez Glénat. Le même duo nous propose aujourd’hui de faire la connaissance d’un étonnant personnage, “Le Chanteur sans nom” (Glénat). Il convient de préciser qu’il a réellement existé…

BD-GOUËFFLEC-BALEZLe fantôme du Chanteur sans nom s’est réveillé. Quand un jeune homme a retrouvé dans un carton à chaussures des traces de l’artiste, celui-ci est revenu des limbes. Ça l’agace autant que ça le flatte, cet intérêt pour sa vie passée. Certains épisodes, il ne souhaite sans doute pas trop y revenir. Néanmoins, sa célébrité fut bien réelle. Le Chanteur sans nom s’appelait Roland Avellis. Grâce au clown Champi, il débuta au milieu des années 1930 au club Les Noctambules, à Pigalle. Puis il écuma les cabarets, avant de d’interpréter les succès du moment sur Radio Cité. C’est là qu’on lui trouva son curieux pseudonyme, qui fit de lui le Fantômas de la chanson. Célèbre, ce corpulent interprète enregistra environ quatre cent disques 78 tours. Il fit la connaissance d’une jeune artiste qui aimait sa bonne humeur, la môme Piaf. Il devint bientôt l’ami d’un auteur-compositeur au talent prometteur, un certain Charles Aznavour.

De 1936 à 1945, ce bon-vivant qu’est Roland Avellis va connaître une période faste. Il cultive sa notoriété due à Radio Cité, fait la fête avec les prostituées “Pas pour la bagatelle, mais parce qu’on rigolait bien. C’était peut-être l’esprit de corps.” C’était un joyeux drille, autant qu’une aimable fripouille. Dépensant beaucoup, ce filou savait tromper son monde pour trouver de l’argent. Durant la guerre, ses origines juives auraient pu lui causer quelques ennuis. Il relance sa carrière déclinante en se faisant accompagner par l’accordéoniste Émile Prud’homme. Leurs tournées en province s’accompagnent d’un peu de marché noir, pas négligeable en ce temps-là. Coup de foudre quand il rencontre Paule. Ils se marient avec la bénédiction avinée du curé de Saint-Honoré d’Eylau. Ils ont une fille, Françoise, qui ne tarde pas à repérer les défauts de son père. Dépensier et alcoolique, Le Chanteur sans nom finira gravement diabétique.

Après-guerre, suite à une mésaventure en forme d’escroquerie, Roland Avellis entre parmi les proches d’Édith Piaf. Il y retrouve Charles Aznavour, le protégé de la chanteuse devenue riche et célèbre. Puis l’ancien cycliste André Pousse (futur comédien) devient l’amant de Piaf. Toujours désargenté, Roland commet maints petits larcins au détriment de la star et de son entourage. “Il nous a donné tellement en échange de ce qu’il nous a pris” témoigne Aznavour, qui lui pardonne comme tous ceux qui connurent Roland Avellis. Chassé finalement par Piaf, il devrait ménager sa santé. C’est l’inverse qui se produit, il se montre plus excessif. Suivi par une Luxembourgeoise amoureuse de lui, Hélène, il poursuit laborieusement des tournées dans les années 1960...

 

Le Chanteur sans nomS’il fallait plaider en sa faveur, voici ce que dirait un avocat : “Menteur, roublard, parfois escroc et souvent lâche, il n’a jamais dérobé que des clopinettes. Alors qu’il aurait pu dévaliser Piaf, il ne lui a chipé que des peccadilles. Il n’a jamais menti que pour se payer un coup de rouge. Et il a en contrepartie semé la bonne humeur et l’amour autour de lui.”

  Après avoir recueilli documentation et témoignages, Arnaud Le Gouëfflec signe là un remarquable scénario ! Il ne s’agit pas d’une biographie linéaire, mais d’un rapprochement astucieux entre passé et présent. La forme est pleine de fantaisie, à l’image de l’exubérant personnage. Rares sont les gens qui se souviennent encore de cet artiste, Le Chanteur sans nom. C’est un portrait attachant que, grâce à ses proches, nous découvrons à travers cette histoire. Loin d’être une époque idéale, notre regard sur ce temps-là est certainement un brin nostalgique. Question graphisme, soulignons la belle qualité des dessins d’Olivier Balez, parfaitement en harmonie avec le scénario. Quelques cases reprennent l’humour des blagues d’éphémérides, plaisanteries dont fut friand Roland Avellis. Hommage à un artiste hors norme oublié, cette excellente BD mérite d’être appréciée par un large public.

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 06:54

 

Le Noir magazine L'Indic n°8 est disponible (5 €). Le n°7 était consacré aux braquages. La suite logique veut que ce numéro ait pour thème la prison. L'équipe de rédaction de l’association Fondu au Noir s'est penchée sur ce sujet, de plus en plus présent dans notre société. INDIC-8L'enfermement y est abordé de manière critique au travers des littératures policières, du cinéma, de la première saison de la série Oz et d'une interview de René Frégni. Grâce à un article documenté de Laurent Leleu, la science-fiction évoque aussi ces questions. La nouvelle inédite de Richard Stratton, traduite par Thierry Marignac, se passe également en prison : le jour d’Halloween, lors du comptage des prisonniers, on s’aperçoit qu’un détenu travaillant aux cuisines a disparu. L’évasion annoncée de ce jeune Indien, incarcéré pour six ans, excite les taulards. Mais les autorités cherchent comment il s’y est pris pour disparaître.

Dans ce numéro 8 de L’indic encore, on trouve une interview de DOA et Dominique Manotti pour patienter jusqu'à la sortie de leur roman (écrit à quatre mains), et un article de Geoffroy Domangeau sur les rapports entre le cinéma et la littérature, par le biais d'une lecture de l'œuvre de Franck Thilliez. Avec les rubriques habituelles, musicales et chroniques diverses. Y sont évoqués les romans de Marcus Malte, Nicolas Jaillet, Louis Sanders, Jérémie Guez, Samuel Ornitz, et la BD de Régis Hautière et David François, De briques et de sang. Une place est donnée à la photo, à la poésie et aux mots croisés.

 

On se renseigne sur L’Indic aux adresses suivantes.

Le site : http://fonduaunoir44.blogspot.com/

L’adresse mail : fonduaunoir44@gmail.com

Abonnement : 15 euros les 3 numéros, règlement par chèque à l'ordre de

Fondu Au Noir - 27 rue Anatole Le Braz - 44000 NANTES

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 06:45

 

C’est sur la côte Est des Etats-Unis, au temps d’Edgar Poe, que nous entraîne Nikolaj Frobenius avec son roman Je vous apprendrai la peur (Actes Sud). Il s’agit autant d’une excellente biographie que d’un roman criminel…

Né en 1812, Rufus W.Griswold est à son époque un influent critique littéraire. Consacré pasteur, mais n’exerçant pas, ce rédacteur pour plusieurs journaux est un homme très pieux. Depuis son enfance, sa culture est marquée par l’idée du Bien et du Mal, de la culpabilité et de la religiosité. Spécialiste de la poésie américaine, il publie une mémorable anthologie qui fait référence. Cet ouvrage favorise toutefois des auteurs tels Charles Fenno Hoffman ou Henry Longellow, d’un talent relatif, mais ne présente que trois poèmes mineurs d’Edgar Poe.

Pour Rufus Griswold, depuis qu’il a lu sa nouvelle Bérénice, Poe incarne le Mal absolu. Il n’existe selon lui aucune morale ni dans les poèmes, ni dans aucun des textes d’Edgar Poe. Il juge son œuvre sinistre, sans admettre que pour Poe la beauté est sombre et dérangeante. Les deux hommes se connaissent, se méfient l’un de l’autre. Ils se combattent dans leurs écrits, Griswold étant le plus féroce.

FROBENIUS-2011Edgar Poe est né en janvier 1809. Très tôt orphelin d’une mère comédienne, il est adopté par la riche famille Allan. Jamais il ne s’est senti leur enfant. Dès l’âge de seize ans, il a décidé de devenir un écrivain célèbre. Les obstacles sont nombreux, y compris de la part de son père adoptif. Après une période dans l’armée, puis comme rédacteur dans un journal, ses qualités restent longtemps méconnues.

Pourtant, il écrit depuis l’enfance. Son ami Samuel Reynolds en fut le témoin. Ce Noir albinos, fils d’une esclave, apprit à lire grâce à Edgar Poe et à ses premières nouvelles. Il en fut irrémédiablement marqué. C’est ensemble que les deux jeunes gens fuirent la propriété des Allan, avant que leurs chemins se séparent à Baltimore. Après une période chaotique et miséreuse, la réputation d’Edgar Poe grandit trop lentement à ses yeux. Il ne doute jamais de son génie. Son arrogance trouble et obsède Rufus Griwold autant qu’elle énerva John Allan.

Un premier faits divers criminel s’inspire de la nouvelle Bérénice. Le journaliste Evan Olsen ne fera le lien avec Edgar Poe que plus tard. C’est quand une autre affaire meurtrière plagie Double assassinat dans la rue Morgue, qu’il contacte Rufus Griswold. Evan Olsen et le critique littéraire font circuler des rumeurs dans tout New York, au point que le policier Joe Sullivan finit par interroger Poe. Il ne peut pas être inquiété, mais cette hypothèse d’un imitateur de ses nouvelles le perturbe.

Si Edgar Poe a signé une critique hypocritement élogieuse au sujet de l’anthologie de Griswold, il alimente le débat sur le sérieux de l’ouvrage. Entre les deux hommes, l’antagonisme ne cesse jamais. Admirateur de son maître, Samuel Reynolds s’invite chez Griswold, espérant vainement le convaincre de soutenir Poe. La logique religieuse de Griswold se heurte jusqu’à la fin, au-delà du décès de l’écrivain en 1849, à la conception même des textes d’Edgar Poe…

 

Auteur de puissants poèmes et de textes du domaine Fantastique, Edgar Poe reste l’initiateur de la Littérature policière. Il n’a pas cherché à créer un genre, mais à se démarquer d’une forme trop peu inventive à son goût. Si New York est à son avis la ville des possibles, les milieux culturels y sont adeptes d’un banal conformisme. Néanmoins, il impose son talent et fait admettre son originalité, non sans compter quelques ennemis. Le plus stupide d’entre eux est donc Rufus Griswold, menant une croisade mystique, aveuglé qu’il est par ses croyances et sa propre quête de moralité absolue. Poe entre dans son jeu. Mort trop jeune, il sera perdant. Malgré tout, c’est son nom que la postérité à retenu, pas celui de son contradicteur (vaguement connu en tant qu’anthologiste).

Retraçant avec précision l’existence si particulière et intense d’Edgar Poe, c’est une biographie romancée que nous propose Nikolaj Frobenius. À l’évidence, le parcours de l’écrivain s’apparente tellement à ses nouvelles, qu’on ne peut dissocier son œuvre de sa vie. En relevant ses ambiguïtés, tel par exemple ce mariage avec sa très jeune cousine, dont il était sincèrement épris. Bien sûr, il y a aussi la toute fin de sa vie, peut-être énigmatique. Frobenius ajoute un aspect criminel à ce roman, avec le personnage imitant les textes de Poe, respectant sa logique et leur tonalité sinistre. Cette ombre plane sur tout le récit, non pas qu’il s’agisse deviner son identité, mais comme élément perturbant supplémentaire dans l’univers de Poe et Griswold. L’ambiance habilement restituée par l’auteur inclut fatalement la mort et le crime, bien que ce soit avant tout une biographie, un très bel hommage au génie d’Edgar Poe, et non un pur polar à suspense.

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 06:46

 

Après Travail soigné” (Prix polar à Cognac), Robe de marié (Prix polar de Montigny-lès-Cormeilles) et Cadres Noirs (Prix du polar Européen), voici le quatrième roman de Pierre Lemaitre : Alex”. Ce suspense est-il à la hauteur de ses précédents titres ? La réponse est incontestablement positive…

Infirmière intérimaire, Alex Prévost est une très jolie célibataire âgée de trente ans. Habitant Paris, elle change assez souvent d’adresse. Elle a peu d’attaches avec sa mère ou son frère, de sept ans plus vieux qu’elle. Alors qu’elle rentre chez elle après avoir dîné dans un restaurant, Alex est enlevée rue Falguière. L’homme la kidnappe dans son fourgon, avant de la séquestrer dans un bâtiment désert. Elle ne connaît pas son ravisseur, quinquagénaire à l’air rustre. Il l’oblige bientôt à se dénuder, puis l’enferme dans une caisse à claire-voie. La cage est suspendue bien au-dessus du sol par une corde. Alex se trouve souvent seule, le kidnappeur passant de temps à autre pour la regarder crever. Elle finit par réaliser que cet homme est le père de Pascal, jeune homme immature qu’elle a connu. Le martyre de la captive passe à un autre niveau, quand l’homme place des rats autour de la cage. Les chances de s’en sortir s’amenuisent.

LEMAITRE-AlexL’enlèvement d’une jeune femme a été signalé rue Falguière. Le commandant de police Camille Verhœven est chargé de l’affaire. Ce caractériel a vécu un drame similaire avec sa défunte compagne Irène. Il n’est probablement pas le meilleur enquêteur pour ce genre de cas. Avec le jeune dandy Louis et ce vieil avare d’Armand, il dispose néanmoins d’adjoints compétents. Par contre, il ne risque pas de s’entendre avec le juge prétentieux qui lui met la pression. Faire vite, lorsqu’on dispose de si peu d’indices, c’est bien difficile. Grâce aux caméras de surveillance d’un pharmacien, le véhicule du ravisseur pourrait être identifié. Manquant d’autres indices, la police n’avance guère durant quatre jours. On finit pourtant par identifier le kidnappeur. Cerner son domicile, lancer une opération du RAID, c’est l’idée du juge. Camille Verhœven pourchasse le suspect, qui se suicide. Le policier dispose de peu d’éléments pour retrouver la jeune captive.

Un nom apparaît, celui d’une amie de Pascal, le fils du ravisseur. Cette Nathalie Granger a emprunté son nom a une héroïne de Marguerite Duras. Chez l’ex-colocataire de Nathalie, les enquêteurs vont découvrir un assassinat à l’acide sulfurique. Les exemples de tels meurtres sont rares, on en recense que trois en onze ans. La police finit par définir où est séquestrée la disparue. Mais quand ils interviennent, la victime a disparu. En effet, Alex est parvenue à s’enfuir. Non sans difficultés, elle a regagné son logement. Elle apprend la mort du ravisseur. Le temps de récupérer après cette épreuve, puis Alex déménage. Son séjour à Toulouse sera court, mais elle atteint son but. Elle revient à Paris, reprend contact avec un certain Félix, séducteur qui n’attendait que ça.

De son côté, Camille Verhœven s’interroge autant sur le ravisseur, peu apte à situer seul sa victime, que sur la jeune femme. Les meurtres à l’acide présentent peu de points communs. Sauf cette inconnue qui ne change pas d’identité à proprement parler, elle se fait appeler autrement, ce n’est pas la même chose […] Elle brouille les pistes comme elle peut, estime Verhœven. Les témoignages des gens qu’il rencontre ainsi que des faits récents ne sont aisés à interpréter. La logique du policier ne suffira peut-être pas à retrouver la fugitive, qu’il a déjà ratée une première fois…

 

Voici donc posées quelques pièces du puzzle. Elles sont loin de donner l’image d’ensemble. D’ailleurs, cette intrigue est un triptyque, suite de trois tableaux illustrant l’histoire d’Alex. Trois temps que l’on pourrait intituler : la captivité, la fuite, l’explication. On aurait tort, car Pierre Lemaitre est plus subtil. C’est un jeu entre la position de victime et celle de coupable qu’il a mis en place. Habile dans les faux-semblants, il a concocté ici un nouveau scénario à suspense fascinant. On va sympathiser avec Alex, malgré ses facettes sombres et son côté instable. Y compris, plus que jamais, quand elle est à la fois absente et présente.

Apparu en 2006 dans Travail soigné”, premier titre de l’auteur, le policier atypique Camille Verhœven est un héros qui ne laisse pas indifférent. Colérique, parfois cynique, d’un physique disgracieux, marqué par un drame, héritier d’une fortune en tableaux, l’enquêteur est confronté à un portrait de victime qu’il ne peut correctement dessiner. Néanmoins, c’est un obstiné qui ne lâche pas un suspect quand il le tient. Quant à la vérité finale, il la découvrira afin que s’exerce la justice, bien sûr. Là encore, attention aux apparences. L’entourage du policier est aussi savoureusement décrit. Si Pierre Lemaitre confirme qu’il est un excellent scénariste, outre sa souplesse narrative, on sent qu’il peaufine son écriture. Ce qui ajoute un bel atout à ce palpitant roman.

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 07:07

 

BON-ENCONTRE 2011Les 12 et 13 mars 2011, "Polar'Encontre" le 6e Festival romans et BD de Bon-Encontre donne rendez-vous aux lecteurs au Centre Jacques Prévert.

L’invité d’honneur est cette année Corbeyran.

La ville de Bon-Encontre se trouve juste à côté d’Agen, dans le Lot-et-Garonne (47). À cette occasion, le jury de lecteur remet le Prix "Calibre 47" (qui a récompensé Anne Secret en 2010 pour "Les Villas rouges") ainsi que le Prix BD "Polar’Encontre" (dont Max Cabanes, auteur de l’affiche cette année, fut le lauréat 2010). Dès les mercredi 9, jeudi 10 et vendredi 11 mars, des animations sont programmées à Agen et Bon-Encontre, dans le cadre de ce Festival. Plus de détails sur le site

www.ville-bon-encontre.fr  

Au centre Jacques Prévert, les samedi 12 et dimanche 13 mars, voici les auteurs présents au salon du livre (entrée gratuite).

Les auteurs polars :

Thierry Bourcy - Hervé Le Corre - Didier Daeninckx - Daniel Hernandez - Jake Lamar - Anne Secret - Catherine Fradier -  Elena Piacentini - Alexandra Schwarzbrod - Dominique Manotti -  Claude Mesplède - Jean-Hugues Oppel.

(Les noms en caractères gras ont été chroniqués ici, cliquez sur chaque lien)

Les auteurs bédé :

 Olivier Berlion - Philippe Berthet - Max Cabanes - Éric Chabbert - Espé - Jef - Mako - Alexis Chabert - Ralph Meyer - Guy Michel - Nicolas Otero - Joe G.Pinelli - Jean-Louis Thouard.

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Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

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