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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 06:55

 

Le polar est souvent noir. Il peut s’avérer très drôle, aussi. Nadine Monfils nous le prouve avec Les vacances d’un serial killer, son nouveau titre publié chez Belfond.

MONFILS-2009En Belgique, les Destrooper partent en vacances. C’est à Blankenberge, station balnéaire de la Mer du Nord, qu’ils ont réservé leur séjour. Alfonse Destrooper, le père, est fabricant de boulettes sauce lapin, délicieuse spécialité liégeoise. Son épouse se prénomme Josette. Leurs deux enfants, des ados, les accompagnent. Josette a appelé son fils Steven, en hommage à l’acteur Steven Seagal. Avec sa caméra sans cesse en action, il se prendrait plutôt pour Spielberg. Leur fille se nomme Lourdes, en référence à celle de Madonna. Un duo de glandeurs, selon leur père. Pour ces vacances, ils traînent avec eux la mère de Josette.

Dans sa caravane tractée par la voiture de son gendre honni, mémé Cornemuse ne gêne personne. Enfin presque, car cette cabane sur roues va se détacher au cours du trajet. Ce qui oblige mémé Cornemuse à faire de l’auto-stop jusqu’à destination. C’est là qu’elle fait connaissance avec Jean-Mi. Suite à quelques incidents, elle invite cet automobiliste perturbé à partager sa chambre et son lit. De leur côté, le voyage des Destrooper est un peu agité. Un motard dérobe le sac de Josette, qui contient l’argent des vacances. Sur une aire de repos, une pause s’impose. C’est là que Steven et Lourdes filment dans les WC de la cafétéria le cadavre du motard voleur. Ils craignent que leur père ne soit l’assassin, mais un détail les détrompe.

Après avoir récupéré la caravane vide de la mémé, les Destrooper arrivent enfin à Blankenberge. La pension de famille Les mouettes rieuses n’est pas des plus luxueuses. Pas de vue sur la mer, comme annoncée, la plage étant d’ailleurs assez éloignée. Et la première nuit, la chambre d’Alfonse et Josette est bientôt inondée. Ça, c’est un coup de mémé Cornemuse, qui a cassé la chasse d’eau, mais laisse son poltron de gendre payer les dégâts. S’il s’est écrasé devant le proprio de l’hôtel, Alfonse n’a pas peur de s’en prendre à une gamine qui l’asperge de sable sur la plage.

Tandis que Steven et sa sœur continuent à filmer, mémé Cornemuse transforme sa caravane en cabinet d’extralucide. Jean-Mi devenant un peu encombrant, elle voudrait trouver le moyen de s’en débarrasser. Justement, un certain Biloute s’est installé à la pension de famille. Mémé ne tarde pas à comprendre que le sens moral de cet homme-là est assez relatif. S’ils gagnent ensemble au loto et qu’il l’aide pour Jean-Mi, elle imagine déjà quel beau couple ils formeraient. Josette n’a pas du tout apprécié les frasques supposés de son mari dans un bistrot du coin. Elle décide de prendre l’air sans sa famille…

 

MONFILS-2011C’est une comédie pleine de drôlerie que nous propose Nadine Monfils. On sait qu’elle ne manque pas d’une fantaisie débridée. Petite amertume, malgré tout, quant à la situation de son pays natal. Plat pays, morne plaine. La Flandre est devenue triste avec ses Flamingants qui lui ont écrasé le cœur à coup de bottes de SS. Ici, tu demandes ton chemin en français, et on ne te répond pas. Tout juste si on ne te fusille pas ! Retenons le feu d’artifice burlesque, l’humour (noir) omniprésent.

Voilà un roman aux multiples péripéties, où l’on ne redoute pas de côtoyer des cadavres sanguinolents, puisque ça nous fait rire. Avec de gros efforts, elle parvient à le hisser dans le casier de bois sous la banquette. Petit problème, la paluche gauche du gaillard ne rentre pas dedans (…) Soudain, il lui vient une idée de génie. Elle ouvre le tiroir de sa kitchenette et en extirpe un couteau de boucher. Et là, d’un geste de bûcheron, vlan, elle lui tranche la main. Tous les personnages sont excessifs, caricaturaux à outrance, ridiculisés pour notre plus grand plaisir. L’auteure adorant croquer ce genre de vieille dame indigne, c’est surtout la mémé qui est irrésistible. Un très bon moment de détente attend les futurs lecteurs, c’est certain.

 

On peut aussi cliquer pour mes chroniques sur "Coco givrée", sur "Tequilla frappée", sur "Nickel blues", sur "Le bar crade de kaskouille". Nadine Monfils a aussi répondu au "Portrait chinois".

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 06:00

 

[Mis à jour, le 17 février] Il ne s’agit pas de fiction, mais d’une récente mésaventure perso, dont le contrecoup psychologique est assez difficile à surmonter, à exorciser. Histoire banale et quotidienne, qui ne mérite sûrement aucun écho.

Ce samedi 12 février, je circulais sur une départementale assez fréquentée. La limitation de vitesse est entre 70 et 90 km/h. Un virage, avec sa bande blanche, suivi d’une ligne droite bosselée, sans visibilité. Depuis ledit virage jusqu’à cette ligne droite, un fourgon d’entreprise double à pleine vitesse au moins une demie douzaine de véhicules. J’arrive en face, moins d’une centaine de mètres. Puisque j’ai évité l’accident, c’est que mes réflexes ont été les bons. C’était quand même de très très peu. À peine rentré chez moi, j’ai réalisé le miracle.

TRECOBAT-ACCIDT’es pas mort, ta passagère non plus, estime-toi heureux. Ben non, je ne m’en remets pas. Hantise de conduire. Accident évité, l’affaire est close. Juste un criminel de la route qui, un jour prochain, fera plusieurs victimes. Quand il passera au tribunal, c’est ainsi qu’on le qualifiera : "criminel de la route". Ce sera trop tard.

Identifier ce chauffard ? Me dire qui conduisait ce jour-là, sur cet axe, à cette heure-là, je n'en saurai rien. Dès samedi, les premières réponses de l’agence de cette entreprise située dans mon secteur géographique, furent confuses. Après tout, rien de grave puisque les secours n’ont pas eu à intervenir, ni la gendarmerie à se déplacer pour constater un accident mortel. Super conclusion, heureux dénouement. Provisoire, puisque cet inconnu va récidiver, c’est fatal…

 

Conscient du comportement de son employé et de l’image négative pour son entreprise, le Directeur Général de cette société m’a contacté. À juste titre, il souligne que des formations pour la sécurité sont mises en œuvre chez eux, et qu’il réprouve cet excès routier qui ne saurait être le fait de tous ses employés. Jamais je n’ai souhaité mettre en cause l’honnêteté de cette entreprise, ce qu’admet son D.G. Le responsable de cet incident a été sérieusement et rapidement réprimandé, me dit-il. Pas sanctionné, puisqu’il conduira encore leurs véhicules, ce que je ne peux qu’amèrement regretter. Mieux que rien, mais le danger persiste. Même si je n’accuse pas son entreprise d’en être complice (leur réaction est saine), qu’on n’espère tout de même pas que je reviendrai sur cette formule : "criminel de la route".

Désolé pour cet intermède perso, qui ne me soulage même pas. Dès demain, on revient aux romans. La fiction est le meilleur refuge contre la réalité.

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 06:49

 

Aux Éditions du Valhermeil, le nouveau roman de Jean-Louis Serrano s’intitule Noires vengeances en V.O. Un suspense de très belle qualité…

Policier bientôt sexagénaire, Philippe Péran se sent gagné par l’usure. Dans son métier, il essaie de rester humaniste. Éducateur social, son ami Corentin partage sa vision de la société. Les rapports entre Philippe et sa femme Martine restent tendus depuis qu’elle a perdu son fils, un peu à cause de lui. Elle s’occupe de jeunes en difficulté accueillis chez eux, confiés par Corentin, tel le petit Goran. Collègue de Philippe, Jean-Claude est doté d’une épouse sans cesse souffrante. Chacun d’eux porte sa croix. Les deux policiers se complètent dans l’approche d’une enquête, Jean-Claude étant plus technique que Philippe. Suite au suicide d’un détenu qui allait être libéré sous peu après dix-neuf ans de prison, Philippe s’interroge sur ce Louis Le Guillou. Il s’est toujours déclaré innocent, son suicide pouvant apparaître comme un ultime message en ce sens.

SERRANO-2011Philippe étudie le dossier de Le Guillou. Vingt ans plus tôt, les preuves furent accablantes concernant les trois meurtres dont on l’accusa. Claire Bidault était employée administrative, Georges Ballant (patron du coupable) et Paul Brochier étaient des chefs d’entreprise. Tous trois furent étranglés par un nœud de marin spécifique, que le suspect maîtrisait. Des témoins affirmèrent l’avoir remarqué près des lieux de chaque crime. Ses opinions anarchisantes ne plaidaient pas en faveur de Le Guillou. S’agissant de meurtres dans la bonne société, l’enquête fut sans doute à charge contre cet employé. Ce que pense aujourd’hui encore son fils Louis-Jean, lui-même salarié de l’entreprise Ballant. Accro à la drogue, il ne masque guère sa colère vindicative contre les familles bourgeoises. Il serait bon que Corentin puisse l’aider, ainsi qu’il le fait avec tant d’autres jeunes.

De nouveaux meurtres sont commis selon le même scénario que vingt ans plus tôt. Julien Ballant, successeur de son père à l’entreprise, et Maryse Brochier, héritière des affaires de Paul Brochier, ont été étranglés avec un nœud coulant, comme dans l’affaire Le Guilloux. Laissant son collègue Jean-Claude explorer la piste anarchiste ou celle des sportifs, puisque les victimes pratiquaient un sport, Philippe rend visite aux proches des deux morts. Le beau-fils de Ballant doit faire preuve de dynamisme pour remettre à flot l’entreprise. Quant à la fille de Mme Brochier et son compagnon, ils ne regrettent pas vraiment la disparue. L’enquête de Philippe est quelque peu ralentie chaque fois qu’il va soutenir Corentin, face au gardien du stade, ancien sportif assez brusque avec les jeunes. Soupçonner des nouveaux meurtres cet écorché vif qu’est Louis-Jean parait trop facile à Philippe. Pourtant, personne d’autre n’avait de motif pour une noire vengeance…

 

Croire qu’il ne s’agirait que d’un petit polar, ce serait mal connaître la finesse de cet auteur. Il faut d’abord souligner la souplesse d’écriture, qui rend ce récit extrêmement agréable à lire. Décrit avec soin, le contexte entourant le policier crée une ambiance d’authenticité. Cette histoire s’inscrit dans le monde actuel, pas aussi manichéen que le voit le collègue de Philippe : Le drame, c’est que Jean-Claude imagine qu’il n’y a que deux catégories de citoyens. À sa droite, les braves gens, les résignés, les soumis, Ceux à qui on peut tout faire subir sans qu’ils bronchent (…) C’est du tout bon pour les flics. Et à sa gauche, en face de ces gentils, gronde la meute des méchants. Les pervers qui ne font rien qu’à pourrir la vie des premiers…

Tourmenté, marqué par la vie, Philippe est donc attentif aux autres, humaniste. Qualité qui lui permet d’observer, de noter détails et indices éventuels. Un personnage fort attachant au cœur d’une affaire criminelle tortueuse. L’intrigue comporte de sombres facettes, des questions énigmatiques, mais également un humour subtil. Exemple, le héros ne pratique qu’un sport : La lutte, je me bats avec ma femme, avec mes chefs, avec les délinquants, avec le progrès. Voyez, je ne risque pas de manquer d’entraînement. Sur les méthodes policières de demain, il est aussi sceptique : Des numéros et des lettres composant leur code génétique, c’est tout ce que l’on saura des criminels. L’homme résumé à un code-barre. Si c’est ça le futur, triste futur. Très peu pour moi ! Je préfère mon univers de grognon plein de doutes. Un polar à découvrir !

Cliquez ici pour un autre article sur cet auteur.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 06:50

 

Aux Éditions du Masque, Adieu Gloria est le deuxième titre publié en français de Megan Abbott. J'ai attribué un "Coup de cœur" au précédent. Celui-ci mériterait tout autant ce petit signe de qualité, car c'est un remarquable roman (disponible dès le 23 février).

ABBOTT-2011Comptable dans un petit club de la ville, cette toute jeune femme vit chez son père et poursuit des études de comptabilité. Elle est bientôt repérée par Gloria Denton. Dame mûre sinon âgée, Gloria conserve un charme troublant et une force de caractère qui impressionnent la petite comptable. Son bizness consiste à rendre divers services, collecter les gains des paris, verser quelques pots-de-vin, transmettre des enveloppes dans les casinos, sur les champs de course, les clubs et bars. Un rôle de confiance, pour des commanditaires qui ne plaisantent pas. Il faut être d’une fiabilité absolue, comme c’est le cas de Gloria depuis plusieurs décennies. Elle a choisi la jeune femme pour la former au job, en faire son assistante. Bénéficiant d’un nouvel appartement et d’une voiture, l’apprentie est testée sur quelques livraisons. Puis Gloria va la relooker sobrement, car une parieuse d’hippodromes ne doit pas être trop remarquée.

La jeune femme est à la hauteur, snobant les hommes, sachant se montrer prudente, trouvant vite sa place dans le bizness. Elle apporte même un tuyau pour un fructueux cambriolage. Jusqu’à là, l’éducation de sa protectrice porte ses fruits. Hélas, l’héritière de Gloria va croiser Vic Riordan, un joueur invétéré, un pigeon qui perd bien plus qu’il ne gagne mais se croit toujours sur le bon coup. C’est plus que de l’amour, c’est de la passion que la jeune femme ressent pour son amant. Pas question de révéler cette relation à Gloria, évidemment. Elle a appris à masquer ses actes, autant que les bleus issus de ses étreintes sexuelles féroces. Vic Riordan est dans la panade, lourdement endetté. Valeur montante du Milieu local, le caïd Mackey ne sera plus patient longtemps. ABBOTT-USASon dernier avertissement est violent. Comme si des sirènes d’alarme retentissaient de toute part, la protégée de Gloria sait déjà qu’elle a tort de vouloir aider Vic.

Certes, il y a une solution, arrêter de voir le joueur endetté. Elle est trop éprise pour s’y résoudre. Le temps presse, Vic est aux abois. Il a un plan sûr, des paris truqués très rentables, mais il lui faut une mise importante. Détourner du fric qui appartient à ses patrons ? Extrêmement risqué, d’autant que Gloria a des indics partout, ce qui est la base même de son réseau. Aux courses, la jeune femme va justement être en possession d’une somme conséquente, le double des mises ordinaires. Gloria étant absente, la comédie d’une agression autour de l’hippodrome passerait plus facilement. Surtout si Vic n’hésite pas à la cogner fortement, afin qu’on ne doute pas de sa version. Pourtant, rien ne dit que l’incorrigible Vic rembourse Mackey avec ses nouveaux gains. La suite pourrait finalement attirer l’attention de la police…

 

Ils sont rares, les véritables continuateurs du roman noir traditionnel américain, les descendants de Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Avec Absente, Megan Abbott prouva qu’elle faisait partie de ce petit cercle. Elle le confirme grâce à ce nouveau roman. Premier atout favorable, le décor. En ne situant ni la ville, ni l’époque précise, elle donne un côté universel et intemporel à cette histoire. Au lecteur d’ajouter son propre imaginaire. ABBOTT-UKContexte peut-être des années 1950, ou 1960 si l’on préfère, ou plus récent si telles sont nos références. Idem pour cette ville riche en trafics autour du jeu, qui peut se positionner où l’on veut. C’est diablement malin.

Le second atout, c’est bien sûr le portrait des héroïnes, deux femmes similaires, deux générations d’ambitieuses. Elles sont un amalgame réussi de femmes fatales et de dures à cuire, telle Lauren Bacall. L’aînée est respectée, organisée, incontournable, encore séduisante. Si elle cesse d’accumuler les erreurs, la cadette le deviendra peut-être à son tour. On ne nous incite pas à choisir notre camp, l’une ou l’autre gagnante du duel, entre le visage de l’expérience et celui de l’avenir. Quant à l’intrigue, traîtrises et manipulations en tous genres sont au programme. Dans un monde baignant dans l’illégalité avec ses aspects malsains, le récit idéalement fluide apporte une impression de normalité alors que la mort rôde. Megan Abbott est probablement la plus subtile et la mieux inspirée dans le roman noir actuel.

Cliquez pour ma chronique sur "Absente" de Megan Abbott.

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 06:49

 

Dans la collection Polars en Nord (Éd.Ravet-Anceau), le nouveau suspense de Maxime Gillio est intitulé La fracture de Coxyde. Une enquête périlleuse chez les Flamands pour un héros téméraire…

Amateur de bières, de tabacs forts, de plats en sauces, de nuits blanches et de bastons virulentes, le quinquagénaire parisien Jacques Bower doit suivre l’avis de son médecin traitant, et se mettre à la diète. Pour commencer, il va prendre l’air sur la côte belge, vers La Panne et Furnes. Pas tellement pour raisons de santé, ni même pour fuir sa compagne Véro, shampouineuse pour animaux. Un fait divers a attiré son attention. Van Haag, ex-conservateur du musée Paul Delvaux à Saint-Idesbald, est mort dans l’éplucheuse automatique d’une usine de frites surgelées en Flandres. Bien que sa présence là reste inexplicable, on a conclu à un simple accident.

Tout juste Bower sait-il que Van Haag organisa une rétrospective consacrée au peintre Paul Delvaux, exposition annulée au dernier moment. Madeleine, actuelle conservatrice du musée, lui apprend que Van Haag fut jadis membre d’un obscur mouvement artistique, les Reculistes. GILLIO-2011Devenus proches de Delvaux grâce à leur égérie Lotte, aucun d’eux n’a jamais connu la célébrité. Sauf Wout Baeteman, qui expose dans une galerie de La Panne, à la place de la rétrospective prévue autour de Delvaux. Bower ne tarde pas à sympathiser avec Léopold Spriet, un des derniers Reculistes. Ce littérateur anachronique est un bon vivant. De leur groupe artistique, il resta ami avec Van Haag et le comédien Jonas.

Peu après, Bower visite l’expo des œuvres de Baeteman. Selon Colvenaer, propriétaire de la galerie, c’est de l’art transgressif. Pour Bower, c’est merdique, littéralement à vomir. Le lendemain à Furnes, il tente de contacter Jonas, à l’occasion de la Procession des pénitents. Le comédien est abattu d’une balle en pleine tête. Au domicile de Jonas, il trouve pour principal indice une date, le 2 août. Les mêmes adversaires s’en prennent bientôt à la maison de Madeleine, la conservatrice du musée. Ça sent le roussi dans la région de La Panne.

Bower se rend à Merwijk, ville dont le bourgmestre n’est autre que Colvenaer, propriétaire de la galerie d’art. Il perçoit vite ici l’hostilité des Flamands contre l’ensemble des francophones. Une ambiance cultivée par le bourgmestre Colvenaer, leader d’un groupe politique à l’idéologie fasciste, prônant une supériorité flamande. Ceux qui, tel Bower, le dérangent ont droit aux méthodes musclées de Clarence, son homme de main. S’il est expulsé manu militari de chez Colvenaer, Boer a quand même croisé la fameuse Lotte. Ce n’est pourtant pas la compagne de cet homme. Après avoir interviewé le médiocre peintre Baeteman, Bower est sévèrement agressé sur ordre de Colvenaer. Il trouve refuge et soins chez Léopold Spriet, qui préfère s’éloigner. Il est temps que Bower soit rejoint par son ami Karim, afin d’affronter en duo leurs ennemis…

 

Si Jacques Bower est un proche cousin de Gabriel Lecouvreur, aussi fouineur et indépendant que lui, partageant certains de ses goûts, il possède son caractère personnel. D’ailleurs, le surnom de Bower est "Le Goret", ce qui désigne un jeune cochon, non pas un célèbre octopode à longs bras genre pieuvre. Les tribulations flamandes de cet enquêteur autonome l’amènent à prendre de vrais risques. Les milieux artistiques belges s’avèrent terriblement dangereux. Ses mésaventures sont toutefois ironiques et souriantes, l’auteur prenant plaisir à nous entraîner dans de multiples péripéties.

On retrouve la tonalité de son précédent roman, Les disparus de l’A16, avec cette forme narrative mouvementée et débridée qui convient à Maxime Gillio. Si elle est diablement agitée, cette histoire se veut aussi un hommage au peintre Paul Delvaux. En outre, l’auteur y effleure la délicate situation politique belge, gangrenée par les alliances entre nationalistes flamands et groupes néo-nazis, cause du bourbier dont ce pays ne parvient pas à sortir. Mieux vaut retenir, comme on le fait ici, les spécialités culinaires et l’assortiment de bières qu’offre la Belgique. Voilà une fort excitante comédie policière, dans la meilleure tradition du roman populaire.

 

On peut aussi cliquer pour mes chroniques sur les deux premiers romans de Maxime Gillio, sur "Le cimetière des morts qui chantent", sur "Les disparus de l'A16" ou encore pour le "Portrait chinois" auquel a répondu M.Gillio.

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 07:12

 

Le cadavre du lac de Phillip Margolin est désormais disponible chez Le Livre de Poche. Un suspense dune belle densité, riche en détails et à l’ambiance tendue…

Jeune veuve, Ami Vergano habite avec son fils Ryan, 10 ans, à Portland (Oregon). Dan Morelli, qui fabrique des meubles artisanaux, est son locataire depuis peu. Lors d’un match de base-ball auquel participe Ryan, Morelli est impliqué dans une violente altercation. Il est soigné dans le secteur sécurisé de l’hôpital, sous garde policière… Journaliste pour un médiocre magazine de Washington, Vanessa Kohler s’intéresse à ce faits-divers, car elle a cru reconnaître à la télé le visage de Morelli. Se rendant à Portland, elle propose à Ami Vergano de l’engager comme avocate de cet homme. La jeune femme est peu compétente en justice criminelle. Surtout, elle s’interroge sur Morelli et Vanessa Kohler.

MARGOLIN-2011Âgée de 53 ans, Vanessa est la fille du général Wingate, candidat à la présidence des Etats-Unis. Elle affirme que son père aurait jadis causé l’accident mortel de sa mère, et qu’il a été impliqué dans de nombreux complots. On sait que le général Wingate fut à la tête d’une agence de renseignements de l’État. Sa fille prétend qu’il dirigea en secret une équipe de commandos armés baptisée l’Unité. Le passé psychiatrique de Vanessa ne la rend pas crédible. Il y a vingt ans, elle fut internée après avoir été témoin du meurtre d’un parlementaire par Carl Rice, un ami de la jeune femme, ancien tueur de l’Unité. Dan Morelli n’est autre que Carl Rice, qu’elle pense en danger si Wingate le retrouve.

Rice raconte à Ami Vergano son parcours dans les Forces Spéciales, sous la protection de Wingate. Jusqu’au jour où le général, après avoir commandité le meurtre du parlementaire, lâcha ses troupes et empocha les fonds secrets de l’Unité. Ami de l’avocate, le Dr French est plutôt convaincu que Carl Rice et Vanessa cultivent une forme de paranoïa. L’adjoint du District Attorney, n’est pas prêt non plus à croire leur version. D’autant que le dossier médical militaire de Rice montre qu’il a souffert de troubles psychologiques. On soupçonne aussi Carl Rice du meurtre du général Rivera, vingt ans plus tôt. Mais l’accusation accepte de négocier a minima. Vanessa utilise la ruse pour aider Carl Rice à s’évader de l’hôpital. Tandis qu’Ami se renseigne à Lost Lake (Californie), sur le meurtre du parlementaire, le Dr French est assassiné. Tout accable Rice, une fois encore. Vanessa reprend contact avec un agent du FBI qu’elle a connu…

 

L’intrigue particulièrement solide crée un subtil suspense, sur la véracité des affirmations de Carl Rice et Vanessa Kohler, ainsi que sur leur devenir. Sont-ils menacés par ce général si puissant, ou ce dernier s’inquiète-t-il de leur santé mentale ? Autre atout favorable, la description de la carrière militaire supposée de Carl Rice et des manipulations d’une agence secrète américaine, dont l’existence parait crédible. Au milieu de tout cela, la fragile avocate doit discerner le vrai du faux. Peut-être des alliés inattendus l’aideront-ils, ou bien son fils et elle deviendront-ils aussi des cibles ?

Cliquez pour ma chronique sur "Sleeping Beauty" de Phillip Margolin.

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 06:47

 

Publié chez Pascal Galodé Éd., L’oeil du singe est une nouvelle enquête du commissaire Workan, le héros créé par Hugo Buan…

H.BUAN-juin2009Maxime Lachamp est un paléoanthropologue vivant dans la région rennaise. Ce scientifique de 35 ans, spécialiste du Pré-Néanderthalien, est respecté dans son milieu, en tant que découvreur de l’Homo Octavius. Avec son collègue et ami Guillaume Varney, il prépare un prochain colloque réunissant des sommités dans leur domaine. Maxime Lachamp est marié à Nathalie, vaguement comédienne, qui répète actuellement une improbable pièce de théâtre. Après une chute à vélo en forêt, Maxime est convalescent dans la clinique du Dr Sandeau. Il est moins atteint que ne le suggère le neuropsychologue. S’il n’a pas les idées claires, des bribes de souvenirs lui reviennent bientôt. Dans la forêt, il a été agressé par deux hommes qui l’ont contraint à enterrer un cadavre. Un de ses amis connaît un policier de la police judiciaire, le commissaire Workan. Maxime le contacte.

Rendez-vous est pris avec l’irascible Lucien Workan sur les lieux supposés où se passa la scène. Il n’y a pas le moindre cadavre à l’endroit où il l’a enterré. Le policier déteste les olibrius de ce genre, qui lui font perdre son temps. Il fait un détour pour interroger le Dr Sandeau à la clinique. Il n’est guère plus avancé, ce dernier n’évoquant qu’un léger traumatisme provoquant une cyclothymie. Un fait étrange va perturber davantage encore Workan. On vient de trouver un cadavre inconnu à la morgue. Savoir comment il est arrivé dans ce tiroir n°13 reste un mystère. Quant à identifier ce mort sans papiers, congelé, nu et intégralement rasé, c’est aussi impossible que de pratiquer rapidement à l’autopsie. Poser des questions à divers témoins n’aide pas vraiment Workan. Et les agaceries de sa jeune collègue et amante Leila ne risquent pas de calmer le commissaire.

Maxime Lachamp est victime d’une deuxième mésaventure quasi-identique à la première. Vérification faite, c’est une carcasse de boucherie que deux hommes l’ont obligé à enfouir dans le sol, en forêt. De quoi agacer Workan, cette mise en scène, surtout de la part d’un scientifique sérieux. Le colloque à venir sur les hypothèses contradictoires concernant les Néanderthaliens, ça ne l’intéresse que modérément, même s’il peut imaginer un lien entre les deux affaires. L’autopsie du corps inconnu de la morgue révèle qu’il a été tué par un os de mammouth. Et que son estomac contient un œil de singe intact, possiblement un œil de bonobo (98.7 % de gènes communs avec les humains, le policier ne l’ignore pas). Visiter une expo consacrée aux mammouth ne fait pas avancer l’enquête. Quand Maxime Lachamp l’appelle une troisième fois, toujours le même scénario, c’est la garde à vue assurée. D’autant qu’il pouvait vouloir tuer la victime, bien réelle…

 

H.BUAN-2011Cette enquête étant particulièrement tarabiscotée, il est fort incertain que le lecteur perdu dans ce dédale identifie le coupable et ses motivations. L’essentiel n’est pas là. L’univers du commissaire Workan prime sur ses investigations. Car ce policier caractériel et brutal est véritablement un personnage peu commun. Ce sont ses excès qui offrent une belle part d’humour au récit, évidemment. Peut-être un suicide ? tenta Roberto Bien sûr, acquiesça Workan, il s’est donné un coup de couteau à l’estomac, puis au poumon droit et il a terminé par les intestins. Ce n’est plus un suicide mais de l’acharnement thérapeutique, il tentait de tuer un virus baladeur non dépourvu de malice.

Workan porte un regard de misanthrope sans bienveillance sur tous ceux qu’il doit côtoyer. Il n’a rien d’un héros consensuel, ce qui constitue son atout principal. Ensuite, il suffit de le suivre au gré des évènements et de ses humeurs. Hugo Buan cultive avec délices une ambiance singulière, dirigeant sur un ton enjoué et selon sa fantaisie de sinueuses intrigues. C’est ainsi qu’il crée une complicité avec le lecteur (si celui-ci n’est pas un rabat-joie). Ce quatrième roman de la série Workan est très agréable à lire, aussi réussi que les précédents (ici, ma chronique sur les deux premiers titres).

Cliquez pour lire également l'opinion de Bruno, chez Passion-Polar.

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 06:56

 

Quint-Juin2009Si Michel Quint s’est fait connaître d’un large public grâce à Effroyables jardins, sa carrière débuta par l’écriture de romans noirs. Ses huit premiers titres furent publiés dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, plus un neuvième chez cet éditeur et, plus tard, d’autres chez Rivages. Même si son inspiration évolue, jamais il n’a renié cette génération d’auteurs de néo-polars dont il est issu et dont il garde l’esprit. La preuve en est avec La folie Verdier publié chez Les éditions du Moteur, une "histoire courte" (ou "novella") de qualité supérieure…

 

Dans la région lilloise, la châtelaine octogénaire Marie-Madeleine Gheysels met en vente sa propriété familiale. Le produit de cette transaction ira à son jeune amant Thierry Sauvage. D’après ce dernier, le château ruisselle de mauvaises ondes, il faut s’en débarrasser. La vieille dame est bien la seule à y croire, ou à faire semblant. Personne n’est dupe du gigolo… Avec une part de cynisme et la complicité de son notaire habituel, Matthieu Ternisien va acquérir la propriété un peu au-dessous de sa valeur. Il projette de transformer les lieux en hôtel de luxe, avec un parc à l’anglaise. Beaucoup de travaux en perspective.

Quand Thierry lui fait visiter la propriété, ils sont accompagnés de la belle Charlotte. Conseillère municipale, celle-ci est la fille d’un ancien employé du château, arabe d’origine. Si Matthieu s’avoue sous le charme de cette jeune femme à l’allure décidée, il n’espère pas grand-chose. La décoration intérieure de la demeure est assez étrange, mais le mobilier n’a guère d’intérêt. Dans le parc, la Folie Verdier est un pavillon annexe, abandonné de longue date. Sachant que la propriété a été occupée par les Allemands durant les deux guerres, on se souvient qu’ils ont entreposé dans la cave un véritable arsenal. Quand elle était enfant, l’actuelle châtelaine avait interdiction absolue d’y pénétrer.

Trois mois plus tard, alors que l’on approche de la finalisation du projet de Matthieu, un accident se produit. Avec sa petite amie Melissa, Thierry tentait de dénicher un supposé trésor dans la cave de la Folie Verdier. Il est mort dans l’explosion d’une grenade trouvée sur place. Peut-être possédait-il finalement certains talents de médium, et n’avait-il pas tort de redouter cet endroit ? Quant à espérer découvrir ici un trésor, ça tient de la fable enfantine. Charlotte n’est pas seulement élue municipale. Assistée de son ami de toujours, Abdel, c’est aussi une spécialiste du déminage. Il s’avère urgent de nettoyer l’endroit, avant d’entreprendre les travaux prévus par Matthieu. Ce n’est pas une mission sans danger. Pourtant, dans cette propriété où rôdent des fantômes du passé, le principal risque reste de déterrer des épisodes historiques et familiaux…

 

QUINT-2011Sans nul doute, Michel Quint aurait pu développer cette intrigue à suspense sur deux cent pages minimum. Pour quelquun ayant le sens de la concision comme lui, le format choisi est le meilleur. C’est ainsi que l’on perçoit la force de ce récit. Le petit pavillon est éclairé a giorno y compris à l’intérieur. A cause de cette bulle lumineuse, du jour qui vient de tourner l’horizon, elle m’entend seulement arriver, met sa main en visière, saute à terre et fait deux pas, éblouie encore, Matthieu ? Et je la prends aux épaules, oui j’ai fait au plus vite, que se passe-t-il Charlotte, je l’embrasse sur les deux joues, je la serre, finies mes coquetteries, quelque chose vient de nous rapprocher que j’ignore encore…

Si la manière narrative est impeccable, c’est avant tout un authentique polar noir. De sombres secrets hantent les protagonistes de cette affaire. Un texte riche en nuances et en surprises. À découvrir, pour connaître toutes les facettes du talent de l'excellent Michel Quint.

Site de l'éditeur : www.leseditionsdumoteur.com

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