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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 06:45

 

Connue pour ses polars noirs et intenses, Andrea H.Japp est également capable de nous faire sourire. Elle en donne la preuve avec “Les cadavres n’ont pas froid aux yeux” publié en mars 2011 aux Éditions Marabout...

C’est un groupe de copines citadines entre trentaine et quarantaine d’années. La plus caractérielle, c’est Hélène, scientifique dans un laboratoire de recherche. Elle n’a guère d’affinités avec son entourage professionnel. Il est vrai que ses collègues manquent aussi de franchise et de cordialité. Ce qui n’est sans doute pas une raison pour les détester tous ou presque, mais c’est ainsi qu’Hélène exprime son vif caractère. Et, pour cette fumeuse accro, ce n’est pas une séance d’hypnose anti-tabac à 295 Euros, sans résultat probant, qui va la calmer. Une initiative de son amie Charlotte, la psy qui choisit ses amants parmi ses patients. Ce qui n’est pas très déontologique, mais qui assouvit sa sensualité.

JAPP-2011Dans ce groupe, il y a Emma, magnifique blonde obsédée par l’idée de faire un bébé dans les mois à venir. D’ailleurs, elle va croiser un bel avocat qui pourrait correspondre, mais il ne suffit pas d’avoir les mêmes projets pour les réaliser. Et puis Nathalie, “qui venait de découvrir ce qu’était le sexe après vingt-cinq ans de mariage et deux enfants”, ex-femme au foyer, copine fidèle et amante comblée. Et aussi Juliette, l’esthéticienne qui utilise les meilleurs remèdes pour détendre sa clientèle, évidemment masculine. Enfin, nouvelle venue dans le groupe, voici Marie-Hortense-Dominique de la Theullade. Elle ne manque pas de répondant si on l’embête, MHD. Sa faiblesse, c’est son compagnon Serge, un écrivaillon qui se croit doté d’un grand talent et de capacités sexuelles supérieures. Si elle décide de le virer brusquement après avoir lu ses piètres écrits, on la comprendra.

Ce matin-là, Hélène débarque au laboratoire et découvre sous sa hotte la tête de son collègue Stéphane Lambin. Pas une grosse perte pour la science, mais il faut bien alerter la police. Benoît Levasseur n’est pas le plus futé des flics, lui qui se verrait bien l’amant de la belle psy Charlotte. Même si tous les indices accablent la chercheuse, Hélène ne tarde pas à se disculper. Sauf que le corps est bientôt retrouvé dans un local clos, une réserve dont Hélène a la clé. Ensuite, lors d’une perquisition dans le bureau d’Hélène, on trouve un DVD où Lambin collectait ses recherches. Levasseur admet que, sans être coupable, elle semble visée par l’assassin. Prenant l’avis de ses amies sur le danger qu’elle court, Hélène résume: “Ce tordu veut en découdre avec moi ? On y va. Castagne à outrance.”

Un nouveau meurtre est commis au labo, avec peu de traces de sang. Hélène suggère au policier Levasseur que l’assassin aurait utilisé un produit coagulant. Surtout, il est temps pour les copines de se lancer dans une contre-offensive musclée. Elle interrogent la gardienne d’immeuble de Lambin. Sur les visites de l’étudiante thésarde qu’il parraine. Sur ses disputes avec une autre chercheuse et avec le directeur du labo. Hélène n’hésite pas à bousculer les suspects…

 

Toujours intéressant, ces études sociologiques sur un panel représentatif de la population féminine urbaine, confrontée au manque de princes charmants et à des crimes insolubles. Il est utile de rappeler cette vérité : le résultat de toutes les analyses confirme que les mâles sont prétentieux et lâches, que les jeunes femmes (quel que soit leur âge) sont pétulantes et dynamiques…

Quitte à lire une comédie policière, autant qu’elle soit l’œuvre d’une romancière au talent confirmé. C’est d’évidence le cas d’Andrea H.Japp, qui a une bonne trentaine de romans et quelques recueils de nouvelles à son actif. Si la plupart de ses polars sont nettement plus sombre, elle s’amuse ici avec ses personnages placés face à des situations souriantes, voire carrément débridées. Sachant qu’elle est docteur en biologie, toxicologue de métier, elle connaît bien l’univers d’Hélène Audibert, qui est au centre de l’affaire. Des “crimes pour rire” peut-être, des digressions sans doute. L’humour n’est pas incompatible avec le polar, mais Andrea H.Japp n’oublie pas de concocter une intrigue bien solide. Un roman vraiment sympa.

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 06:59

 

Situer un polar dans un région de France serait-il donc une hérésie ? Certains lecteurs s’expriment parfois en ironisant sur ce qu’ils appellent avec mépris les polars régionaux. Par opposition à cette vieille idée, que le polar ne peut qu’être urbain, citadin. C’est vrai, il n’y a pas de villes dans les régions, juste de la cambrousse. Préjugeant une qualité insuffisante ou médiocre, lesdits lecteurs n’en lisent quasiment jamais. C’est leur droit, mais on peut s’étonner d’une position aussi intransigeante, et citer quelques exemples récents.

PELOT-MariaC’est pour moitié dans la Creuse que se situe l’action de La rigole du diable, de Sylvie Granotier (Albin Michel). Dans ce suspense psychologique, sa jeune héroïne avocate cherche autant la vérité sur l’affaire qu’elle traite que sur sa propre enfance, dans cette région. C’est principalement à Nancy et dans sa région que se passe le roman Je suis un terroriste de Pierre Brasseur (Après La Lune). La jeune Maude et un petit groupe d’étudiants nancéens, en décalage avec la société actuelle, se lancent dans une expérience terroriste en province. C’est dans un petit village des Pyrénées que Pascal Dessaint place l’intrigue de son roman Le bal des frelons (Rivages). On y croise une belle galerie de personnages malhonnêtes, déjantés, ou ayant des projets meurtriers. Tous vont glisser sur la peau de banane de leur propre stupidité. C’est dans la région des Vosges où il vit toujours que Pierre Pelot, auteur émérite, situe l’intrigue de son roman Maria (Éd.Héloïse d’Ormesson). L’histoire de cette vallée des Vosges est au cœur du récit, et des mésaventures dramatiques vécues depuis la fin de la guerre par cette dame âgée. Un récent épisode de la série Le Poulpe est intitulé Les ignobles du Bordelais (Baleine). François Darnaudet, son auteur, envoie Gabriel Lecouvreur du côté de Bordeaux et du Bassin d’Arcachon, pour une affaire aux forts relents antisémites. H.BUAN-2011L’action de Enlèvement avec rançon (Éditions de Minuit, 2010) d’Yves Ravey se place dans un secteur des Alpes, frontalier de la Suisse. C’est dans ce petit village si provincial que deux frères, pas si complices, commettent un kidnapping…

Nous parlons là de polars de belle qualité, publiés ces dernières semaines, ces derniers mois. À moins que cette dénomination de polars régionaux ne vise ceux publiés par des éditeurs installés en région ? Dans ce cas, il convient de citer L’Œil du singe d’Hugo Buan, chez Pascal Galodé Éd. C’est dans la région de Rennes que l’irascible (et fort drôle) commissaire Lucien Workan mène une enquête débridée. Un paléoanthropologue ne sait plus où il en est, des cadavres sont enterrés, disparaissent, et Workan se met en colère plus souvent qu’à son tour… On peut aussi citer Bavure dans le béton de Charles Madézo (Éd.du Palémon) qui nous apprend bien des détails sur les pratiques illégales du BTP. Entre Paris et la Bretagne, enquête sur un univers sombre et corrompu, que cet auteur a lui-même quelque peu connu… S’il situe souvent ses intrigues du côté de Dunkerque, Maxime Gillio choisit une région frontalière proche dans son roman La fracture de Coxyde (Polars en Nord). Son détective Jacques Bower, aussi téméraire qu’un Poulpe en action, y mène une enquête mouvementée… Pour Noires vengeances en V.O. (Éd.du Valhermeil), MADéZO-2011Jean-Louis Serrano place l’affaire criminelle dans le Val d’Oise, département certes proches de Paris, mais en plus régional quand même. Un vieux policier se penche sur un dossier datant de vingt ans, alors que des crimes similaires sont commis. Une intrigue solide… Ces quatre romans ne déméritent sûrement pas, et que leurs éditeurs soient régionaux ne change rien à leur qualité.

Une dizaine d’exemples parmi des parutions du dernier trimestre, qui semblent bien indiquer que l’étiquette polars régionaux, trop vite décriée par quelques puristes, ne rime pas à grand-chose. Sans doute ne s’agit-il que de mes propres lectures, mais je ne suis pas le seul à apprécier ces contextes. Oui, j’admets que d’autres auteurs de polars régionaux seraient peut-être moins inspirés, nous proposeraient parfois des romans moins convaincants. Un constat valable pour toutes les collections, tous les éditeurs, non ?

(Pour les chroniques, cliquez sur chaque titre)

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 06:45

 

Dans la collection Seuil Policiers, voici le deuxième roman de Knut Faldbakken, après “L’athlète”. L’ambiance est assez différente dans “Frontière mouvante”, le policier Valmann n’enquêtant pas seulement dans son fief de Hamar…

En Norvège, à notre époque. Homme mûr divorcé, Arne Vatne est menuisier. L’entreprise qui l’emploie est spécialisée dans l’aménagement de boutiques. S’il habite Hamar, au cœur de la Norvège, ses chantiers conduisent Arne un peu partout. En ce moment, il opère près de la frontière suédoise, et loge dans un camping local. Il est vite devenu intime avec la jeune Vlasta, sans vraiment admettre qu’il s’agit d’une prostituée. Quand il réalise l’évidence alors que Vlasta a quitté le camping, il rentre furieux à Hamar où l’attend sa fille Anne. Sur la route glissante, il pense percuter une jeune femme qui pourrait bien être Vlasta, justement. Policier à Hamar, Jonfinn Valmann circule dans l’autre sens sur cette Nationale 24. Il va rejoindre sa compagne Anita, qui est provisoirement en poste dans la police de Eidskog, non loin de la frontière avec la Suède. C’est lui qui découvre cet accident mortel, du côté de Malungen. Il alerte les secours.

FALDBAKKEN-2011Anita et Valmann passent le week-end à Arvika, en Suède. Le policier d’Hamar y fait la connaissance du suédois Timonen, un collègue avec lequel collabore Anita. Il s’occupe de traquer la criminalité transfrontalière, divers réseaux mafieux se livrant à tous les trafics entre leurs deux pays. Valmann ne l’ignore pas, car il enquête sur un camion accidenté ayant servi à cela. Pendant ce temps, Arne Vatne rencontre le petit ami de sa fille Anne. Cet étranger prénommé Alban, un Slave qui se dit fleuriste, arbore tous les signes du luxe. De quoi rendre méfiant Arne, qui n’apprécie guère ces inconnus venus d’ailleurs. Anne revendique son indépendance, mais son père s’inquiète de ces fréquentations. D’autant qu’il intercepte un curieux appel téléphonique sur le portable qu’elle a oublié chez lui. Le lundi, il retourne à son chantier frontalier. Étant quelques jours sans nouvelles d’Anne, il revient signaler sa disparition à la police d’Hamar.

Si Valmann suit l’affaire de l’accident sur la Nationale 24 à Malungen, il y a aussi le cas de cette jeune pute russe arrêtée pour vol dans des commerces. Elle a fait ça pour être protégée, mais disparaît bien vite. Désormais, le policier suédois Timonen et Valmann enquêtent ensemble. Le camion ayant servi à du trafic les met sur la piste de Bo Dalèn, jeune délinquant dont Timonen connaît bien la famille adoptive. Bo s’est acoquiné avec des étrangers, entrant dans les combines de ces trafiquants. Anne finit par rentrer chez son père, de retour d’une fête en Suède avec la famille d’Alban. Arne Vatne est convaincu qu’elle est en danger, à côtoyer ce monde-là. Il est vrai qu’un cadavre a été découvert à Alvika, sur les lieux où s’est déroulé la fête. Valmann et Timonen sont alertés. La victime est un étranger qui importait du khat, drogue prohibée en Norvège, pas en Suède. Valmann devrait aussi s’intéresser à Evy, sœur adoptive de Bo Dalèn…

 

Les trafics touchant jusqu’à là principalement le sud de l’Europe, les pays scandinaves semblent s’apercevoir que leurs frontières sont poreuses. “Ça a l’air idyllique comme ça à première vue, le Värmland, mais la criminalité frontalière a explosé dans cette région. Il s’en passe des choses, vous savez, derrière les murs de ces petites maisons rouges. Les criminels aujourd’hui panachent différentes activités illégales, il n’y a plus de frontière entre les trafics. Des gens tout ce qu’il y a de normal s’y mettent aussi, pour arrondir leurs fins de mois” explique le policier suédois Timonen.

C’est tout ce contexte, et pas seulement l’identification de quelques coupables, qui nous est décrit. Une sorte de chronique des efforts policiers pour juguler les trafics transfrontaliers. Du thème général au cas particulier, l’autre personnage central, le menuisier Arne Vatne, va toucher du doigt cette sordide réalité criminelle. C’est bien cette double exposition, ce chassé-croisé, qui donne une belle crédibilité à l’histoire. On se laisse volontiers porter par l’ambiance de cette ténébreuse affaire.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 06:50

 

Parmi les nombreuses rééditions en format poche, en voici trois dont il a déjà été question ici lors de leur première sortie. Afin de se rafraîchir la mémoire, retour sur ces trois très bons titres dans la diversité du polar. 

Publié d’abord en version luxe chez 10-18, le roman de Gyles Brandreth Oscar Wilde et le cadavre souriant est désormais au tarif poche (coll.Grands Détectives). 

Poche-Brandreth-2011En 1882, la notoriété grandissante d’Oscar Wilde à Londres l’amène à donner une série de conférences aux Etats-Unis. Ce voyage d’une année lui permet de rencontrer des personnes avec lesquelles il sympathise. C’est le cas d’Eddie Garstrang, joueur professionnel de poker et bon tireur, ou du valet Washington Traquair, un Noir fort compétent. Surtout, Oscar Wilde rencontre Edmond La Grange, comédien et directeur d’une compagnie théâtrale parisienne. À l’époque, sa notoriété égale celle de la grande Sarah Bernhardt, avec laquelle il est ami. Issu d’une famille de comédiens, Edmond La Grange est entouré de sa mère Liselotte, de ses enfants jumeaux Bernard et Agnès, de sa maîtresse Gabrielle de La Tourbillon, et de son vieil ami acteur Carlos Branco. La Grange a pour projet de réaliser prochainement avec Oscar Wilde une brillante adaptation de Hamlet, dans son théâtre du Boulevard du Temple.

Avant leur retour, Edmond La Grange engage Traquair comme habilleur et Eddie Garstrang pour secrétaire et partenaire aux cartes. Sur le navire vers l’Europe, le caniche de Maman La Grange est retrouvé mort dans une malle appartenant à Oscar Wilde. Ce qui vaut à celui-ci quelques tracas à l’arrivée dans le port de Liverpool. Quelques semaines plus tard, Oscar Wilde rejoint Edmond La Grange et sa troupe à Paris, dans leur théâtre totalement rénové. En parallèle des répétitions d’Hamlet, la compagnie La Grange joue avec succès des classiques du répertoire.

C’est à cette époque qu’Oscar Wilde fait la connaissance de Robert Sherard, qui devient son meilleur ami et son biographe, narrateur de cet épisode de sa vie. Tandis que Robert Sherard tombe amoureux de l’actrice Gabrielle de La Tourbillon, Oscar Wilde apprécie les soirées chez Sarah Bernhardt. Il y côtoie de grands artistes français, dont Maurice Rollinat ou Jacques-Émile Blanche. Cachotteries, drames et mystères entourent la troupe de La Grange. Le suicide au gaz de Washington Traquair peut aussi bien être un meurtre. L’affaire prend bientôt une tournure carrément criminelle. Le policier Félix Malthus mène l’enquête. La vérité ne sera dévoilée qu’en 1891 par Oscar Wilde à son ami le docteur Arthur Conan Doyle… C’est avec minutie et respect que Gyles Brandreth reconstitue à la perfection les périples et aventures d’Oscar Wilde, ainsi que l’ambiance du Paris artistique de la fin du 19e siècle. Ce voyage dans le temps et dans l’univers d’Oscar Wilde est un pur plaisir.

Rendez-vous avec le commissaire Salvo Montalbano, dans Les ailes du Sphinx d’Andrea Camilleri, disponible chez Pocket.

Poche-Camilleri-2011On a trouvé le cadavre d’une jeune femme nue dans l’ancien ruisseau servant de décharge, sur la route de Montelusa. C’est un coin où les rendez-vous sexuels sont habituels. La victime a été défigurée par un tir au visage, ce qui la rend impossible à identifier. En réalité, elle a été tuée ailleurs, au moins vingt-quatre heures plus tôt. Son seul signe distinctif est un tatouage sur l’omoplate, un papillon. On a juste découvert de la poudre rubis sous ses ongles. Salvo Montalbano demande à un ami journaliste-télé de lancer un appel à témoins. L’autre affaire en cours est moins préoccupante. Le kidnapping de M.Picarella, il n’y a que son épouse qui y croit, qui insiste. On l’a vu dans un night-club de Cuba, comme le prouve une photo.

Un témoin pense avoir reconnu la jeune victime de la décharge. Cette Katia, une Russe brune de 23 ans, il l’a employée comme aide à domicile. Ce n’est peut-être pas elle, car la morte est blonde. Ingrid, la bonne copine de Montalbano, aide le commissaire à oublier le silence persistant de sa compagne Livia. Ingrid a eu, elle aussi, une employée de maison russe. Cette Irina lui a volé des bijoux, avant de disparaître. Comme Katia, elle était originaire de Scelkovo. Elle étaient prises en charge par l’association La Bonne Volonté, dirigée par Monseigneur Pisicchio et par le chevalier Piro. Salvo Montalbano renifle là une odeur de fric et de roussi. Une troisième fille de Scelkovo, Sonia, fut aussi hébergée par l’association avant de disparaître. Ça mérite une enquête sur le fonctionnement de La Bonne Volonté. Montalbano découvre qu’il existe une quatrième Russe, Zin, maquée avec un petit délinquant. Toutes portent le même tatouage, toutes sont passées par la fameuse association… Inutile de répéter qu’il s’agit de romans qu’on lit toujours avec un très grand plaisir.

Après Le temps du loup, déjà réédité chez 10-18 Domaine policier, voici Les disparus de Monte Angelo, deuxième titre de Thomas Kanger (disponible dès le 17 mars)

Poche-Kanger-2011Lasse de son métier, la commissaire de police Elena Wiik décide de prendre des vacances impromptues. Elle quitte Västerås, en Suède, et roule jusqu’au sud de l’Italie. Le village de Monte Angelo est idéal pour assouvir son besoin de repos complet. Sur une plage déserte des environs, Elena croise un homme prénommé Alex. Ils deviennent amants, et vivent une relation passionnée durant un mois. Quand Alex est découvert poignardé, Elena subit un terrible choc. Interrogée par le compréhensif capitaine Morelli, elle admet ne rien savoir de précis sur Alex. Rentrée en Suède, Elena est hospitalisée pour une grave dépression. Le soutien de ses parents et de ses amies lui sont utiles. Mais c’est le fait d’être enceinte de sa relation avec Alex qui lui permet de surmonter ses tourments.

Après la naissance de sa fille Mina, Elena reprend contact avec Morelli. Depuis un an, on n’a toujours pas déterminé l’identité de son amant. L’enquêteur italien lui adresse les maigres éléments dont il dispose. Pour que le père de sa fille ne reste pas un anonyme, Elena doit en savoir plus. C’est en fouillant dans le passé universitaire d’Alex, passionné d’astrophysique, qu’elle apprend les origines croates de celui-ci. Elle se rend à Šibenik, à la recherche des traces d’Alexander Kupalo. On lui dit que cette famille a disparu durant la guerre, une douzaine d’années plus tôt. Selon un couple âgé, les Kupalo s’étaient installés à Knin, ville à majorité Serbe à l’époque. L’archiviste de la mairie s’absente après leur passage, et la police locale se montre courtoise mais réticente.

M.Simic, collègue des parents Kupalo, confirme leurs décès à cause de la guerre. Elena repère un vieux paysan semblant savoir quelque chose. Ce Bogdan Zir est bientôt retrouvé mort. La police retient la version d’un suicide, bien que ce soit improbable. De retour en Suède, elle est contactée par un juge de La Haye, chargé des crimes en ex-Yougoslavie. Plus elle approche de la vérité, plus Elena se met en grand danger…

Cette deuxième enquête d’Elena Wiik est absolument passionnante. D’abord, l’auteur joue avec aisance sur la durée, l’affaire s’étalant sur deux ans, et détaille l’évolution de la vie de son héroïne. Le thème principal, c’est le souvenir de faits historiques encore proches. La sécession des Serbes de la Krajina, qui entraîna la guerre civile et ethnique en ex-Yougoslavie, est restée mal comprise. Thomas Kanger montre avec justesse un pays à la stabilité encore fragile. Contexte insolite dans lequel Elena Wiik réussit, malgré tout, à avancer dans ses recherches. Un suspense sombre, d’une belle intensité.

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 06:50

 

Ce n’est pas un titre, c’est une revendication : Je suis un terroriste de Pierre Brasseur est publié chez Après La Lune. Ce n’est pas une autobiographie, mais un roman noir illustrant le militantisme exacerbé et excessif de ceux qui se sentent définitivement exclus par choix, ou par l’égoïsme de nos sociétés…

Stéphane, Maude, Guillaume, Agnès, Raoul. Pour ces étudiants de Nancy, les manifs de 2006 furent une étape de leur vie, vers la radicalisation pour certains. Dans la mouvance anarchiste, ils participaient à la revue Catharsis ? dirigée par Raoul, l’intellectuel du groupe, fréquentaient les milieux marginaux nancéens. Espérant devenir photographe pro, Agnès prit un grand nombre d’images des manifestations, qui virèrent bientôt à l’émeute violente. Son appareil fut détruit par un CRS. Le témoignage de Maude n’intéressa pas le journaliste qu’elle contacta. Peu après, le décès de Stéphane amena chacun à prendre une autre direction. Agnès s’investit dans le social. Guillaume devint veilleur de nuit dans un hôtel. Raoul s’enferma en ermite avec son ordinateur pour seul interlocuteur. Maude passa plusieurs années au Venezuela, satisfaite d’avoir quitté la France.

BRASSEUR-2011Début 2009, Maude revient dans sa famille bourgeoise de Nancy. Observant la population, elle réalise vite pourquoi elle s’y sent mal : Elle passa devant un Roumain vendeur de marrons chauds, qui haranguait joyeusement les passants, et Maude comprit alors, par contraste, la nature du problème : toutes jolies qu’elles fussent, les passantes ne souriaient guère. Entre le contexte de crise et une parenté trop passive à ses yeux, son excitation d’antan lui revient au cœur. Si Raoul théorise toujours avec ardeur sur son site Internet, Guillaume se sent parfois des envies de supprimer son méprisant patron. S’opposer à sa famille, c’est trop peu pour Maude. Elle dérobe les puissantes armes à feu appartenant à son père, ainsi qu’un peu d’argent, avant de rejoindre ses amis Guillaume et Raoul. Leur marche vers la clandestinité terroriste vient de commencer.

Le trio peut compter sur Yoann, un punk qui avec sa compagne Émilie s’occupe d’une ferme bio. Non loin de chez lui, le groupuscule peut s’entraîner au tir. Ils disposeront d’une planque grâce à Yoann, la maison vide de sa grand-mère dans un coin isolé des Vosges. Leurs cibles sont choisies, des membres du MEDEF qui logent à l’Hôtel de Mercy, où Guillaume est gardien de nuit. L’hécatombe se produit au milieu de la nuit, en une demie-heure. Tandis que le trio rejoint son refuge, on découvre les meurtres et leurs revendications au matin. Le policier Izarra, de l’Anti-terrorisme, enquête sur l’affaire. Les réactions médiatiques étonnent peu le trio, qui n’a d’autre choix que d’assumer ses actes : Avant, nous avions des idées politiques, des énervements, des idées de meurtre. Nous devons donc accepter que, de nous-mêmes, nous sommes devenus des tueurs. Si Izarra repère aisément Yoann, celui-ci ne trahira pas ses amis…

 

On ne peut cautionner aucun terrorisme meurtrier, qu’il soit commis par des groupuscules fascistes, racistes, religieux ou d’ultra-gauche. Le passage à l’acte par aveuglement politique, mystique ou racial, reste toujours criminel autant que condamnable. Quant à savoir d’où viennent ces actions radicales, par quel processus de marginalisation des gens dérapent ainsi, les sociologues se perdent trop souvent dans des thèses nébuleuses. Certains discours idéalistes, vindicatifs et fumeux, n’ont aucun impact. D’autres, non dénués de fondements, construits et cohérents, permettent le débat. Et puis, dans notre monde individualiste où personne n’écoute les autres, où le mépris est banalisé, où les médias sont trop souvent complices des pouvoirs en place, une infime partie des agitateurs se transforment en terroristes.

C’est ce manque de prise en compte de la réalité sociale et quotidienne qu’illustre ici l’auteur, pour expliquer sans excuser les actions de ses personnages. S’ils sont dans un no future, ce n’est pas dans celui des punks d’autrefois, c’est dans le prétexte de la crise perpétuelle censée être l’argument imparable. Sans doute est-ce aussi pourquoi, on date les faits dans le monde actuel, même si la référence au passé est inévitable. Le propos n’est pas anodin, il aide à la réflexion. À l’opposé d’un tract mal rédigé, on doit souligner que l’écriture de Pierre Brasseur s’avère de très belle qualité. Comme un témoin qui aurait suivi le dossier d’assez près pour relater la situation, qui cherche à la comprendre honnêtement, sans l’approuver.

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 06:53

 

Chez Dargaud, Olivier Berlion adapte l’excellent roman de Tonino Benacquista La commedia des ratés (première partie). Une version très réussie !

Fils d’immigrés italiens habitant un pavillon de Vitry-sur-Seine, Antonio Polsinelli vit à Paris. Il a toujours refoulé ses origines. Lors d’une visite chez ses parents, il croise son copain d’enfance Dario Trengoni. Même s’il s’est débrouillé dans sa vie, ce dernier est resté analphabète. Comme au temps où Antonio faisait ses devoirs, Dario lui demande d’écrire une lettre à sa place. Ce courrier au propos obscur sera adressé à une Mme Raphaëlle. BD-BERLION-1Quelques jours plus tard, Dario est assassiné, ce qui entraîne une enquête de police. Antonio sert de traducteur, Mme Trengoni-mère maîtrisant mal le français. Selon l’autopsie, Dario aurait mangé des rigatoni peu avant son décès, ce qui ne constitue pas vraiment une piste.

Par contre, Antonio a repéré par des indices que son ami fréquentait un club privé, le "Up", avenue George-V. Il s’y rend un soir, afin de se renseigner. Il croit comprendre que Dario y faisait le chanteur, reprenant des rengaines italiennes. C’était surtout un gigolo, même s’il n’assumait pas le mot. D’ailleurs, à la sortie du club, Antonio est abordé par une des mûres amantes de Dario. Elle lui apprend que Dario avait investi dans une propriété entre Sora et le hameau de Sant’Angelo. Sur l’aride terroir d’origine de leurs familles, il projetait de produire du vin. Le danseur mondain, aux velléités paysannes ? Impensable. Et c’est aujourd’hui Antonio qui hérite de ces lopins de terre.

Peu après avoir été frôlé par un tir d’arme à feu, Antonio se rend dans cette région d’Italie qu’il souhaitait ne jamais revoir. Logé chez une accorte jeune femme, Bianca, il fait la connaissance de la rude population locale et d’un chanteur aveugle. Bientôt, un certain Attilio Porteglia insiste pour racheter ses terres à un prix correct. Mais, Antonio sent l’ombre de noirs secrets du côté de Sant’Angelo et de sa chapelle…

 

Publié en 1991 chez Série Noire, La commedia des ratés de Tonino Benacquista fut récompensé par le Prix Mystère de la critique, le Trophée 813 du meilleur roman, le Grand Prix de Littérature policière. C’est dire qu’il s’agit d’une œuvre de grande qualité. Olivier Berlion nous propose une très belle adaptation de ce roman, particulièrement fidèle à l’esprit de l’intrigue et de l’auteur. Les décors sont idéalement suggérés. Les scènes façon sépia évoquant le parcours du père d’Antonio s’insèrent très justement dans l’histoire. Il s’agit là de la première partie du récit, où l’on nous livre déjà quelques clés. Une seconde partie suivra, espérons que ce sera le plus tôt possible.

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 06:48

 

C’est dans la collection "Robert Pépin présente…" chez Calmann-Lévy qu’est publié le nouveau suspense noir de Lawrence Block Entre deux verres

À New York, dans le quartier Saint-Paul, vers 1980. Matthew Scudder est un ancien flic, divorcé, à l’occasion détective privé sans licence. Il entretient une relation avec une femme, Jan, sans former un véritable couple. Alcoolique repenti sevré depuis un an, Matt occupe l’essentiel de son temps à suivre le programme des Alcooliques Anonymes. C’est ainsi qu’il retrouve Jack Ellery, qu’il a connu dans le Bronx quand ils étaient mômes. Matt sait déjà que son copain d’enfance, devenu un petit malfrat, a été épinglé par la police. Il a même fait quelques séjours en prison. BLOCK-2011Jack s’est assagi en suivant les préceptes des A.A. Parrainé par l’homosexuel rigide Greg Stilman, Jack a vite progressé dans les étapes du programme. Depuis un certain temps, il cherche à réparer ses torts auprès de plusieurs anciennes victimes, louable initiative.

Matt croise une autre fois Jack, qui a cette fois-là le visage tuméfié d’un type sévèrement tabassé. Concentré sur sa propre cure et peu soucieux de renouer avec lui, Matt apprend la mort de Jack par Greg Stillman. C’est un meurtre, mais ce cas minable n’intéresse guère le policier Dennis Redmond. Par contre, en tant que parrain du défunt, Greg Stillman est plus troublé.

Une confession écrite par Jack donne cinq noms. Il souhaitait réparer ses torts vis-à-vis de ces gens. Si l’un est en prison, Matt veut retrouver les autres. Son ami indic Noir albinos Danny Boy l’aidera car Jack des hauts et des bas (le sobriquet d’Ellery) a laissé des traces dans les mémoires. Numéro un de la liste, Mark Sattenstein avoue que c’est lui qui a cogné Jack, sous l’effet de la colère. Pas un profil d’assassin. Les deux suivants sont aussi faciles à rencontrer.

Hal Crosby Hart, devenu conseiller politique, s’était fait arnaquer par Jack sur un traficotage de drogue. M.Dukacs, lui, avait été violemment braqué dans son commerce par Jack. Malgré son identité trop ordinaire, Robert Williams, dernier de la liste, est finalement retrouvé. Jack avait couché avec sa compagne Lucille. Un épisode de sa vie dont Scooter Williams se moque définitivement, car il y a bien longtemps que le couple n’existe plus.

Même si Greg Stillman estime qu’il a fait ce qu’il a pu, Matt n’aime pas l’idée de laisser l’enquête inachevée. D’autant que Jack fut mêlé avec un complice à un braquage ayant causé une victime. C’est le comparse non-identifié qui tira. Dans les maigres affaires de Jack, il y aurait peut-être un indice. Et puis la vie continue, Matt se rapproche de la belle Donna, plus libre que Jan. Pourtant, quand se produisent un meurtre bientôt suivi d’un curieux suicide, Matt a besoin d’aller au bout de la vérité…

 

Pour le décor, on nous décrit non sans nostalgie le New York d’il y a trente ans, avant les lois coercitives interdisant de boire, de fumer, de vivre. New York, en mutation perpétuelle : La ville se réinventait constamment et il s’y créait de plus en plus d’endroits destinés aux riches (…) En regardant les immeubles que l’on était en train de rénover de fond en comble, je me demandai ce qu’étaient devenus les gens qui les occupaient avant que quelquun ne vire leurs murs et leurs sols. Je décidai de penser à autre chose. «Bien sûr, me dit une voix intérieure. Oublie ces pauvres cons. La Ville va s’occuper d’eux, leur trouver une benne à ordures sympa où ils pourront s’installer.»

L’atmosphère se crée autour du sevrage de Matthew via les Alcooliques Anonymes. Réunions moralisatrices, bondieuserie et parrainage, nous suivons ça dans le détail. Quant au contexte criminel, si une enquête est menée sur les relations de la victime, rien à voir avec des investigations balisées. L’affaire semble peu évoluer, pourtant il existe bien un meurtrier dans l’ombre. Un roman riche, où Lawrence Block montre une fois encore les plus belles facettes de son talent.

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 06:57

 

PolarEncontre-9marsLes premières animations du festival Polar’Encontre débutent à Agen dès le mercredi 9 mars 2011, avec une soirée cinéma à 18h15 et à 21h.

Dans le cadre de la 6e édition du Festival Polar' Encontre, Les Montreurs d'Images proposent une Carte Blanche à Jean-Hugues Oppel. Un échange avec Jean-Hugues aura lieu à l'issue de chacune des deux séances de la soirée :
"Frozen River" de Courtney Hunt et "L'Affaire Farewell" de Christian Carion seront projetés. Cette soirée est organisée en partenariat avec la Bibliothèque Municipale d'Agen - 1, place Armand Fallières - Agen (47)


Les Montreurs d'Images - Cinéma Art & Essai - Salle Luigi Comencini

Centre culturel, 6 rue Ledru-Rollin - 47000 AGEN

Programme / répondeur : 05 53 48 23 51

Administration : 05 53 48 04 54

www.lesmontreursdimages.com  

Les infos sur Polar'Encontre - 6ème édition - 9 au 13 mars 2011 :

http://www.ville-bon-encontre.fr/rdv-culturels/polarencontre.html  

(* le film « Saxo » d'Ariel Zeitoun, initialement prévu au programme, n'étant plus distribué, Jean-Hugues Oppel et Les Montreurs d'Images proposent en remplacement l'excellent film de Christine Carion : « L'Affaire Farewell »).



On peut cliquer ici sur l'article présentant le festival "Polar’Encontre" .

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