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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 04:55

Âgé de vingt-sept-ans, Simon Beecher Jr est le fils d'un haut responsable du groupe Ryzer, multinationale pharmaceutique. Le jeune Simon a été victime d'un accident de voiture, à pleine vitesse, du côté du Bois de Boulogne. La conductrice, Élise Boisvivier, est morte sur le coup. Simon était son passager, assis à côté d'elle, sur la place du mort. Pris en charge par le service des soins intensifs de l'hôpital Georges-Pompidou, Simon a 3% de chances de survie. Quasiment en charpie, il est dans le coma, bardé de machines assurant un artificiel fonctionnement vital. Henri Conflans, grand chef administratif de l'hôpital, est tout prêt à suivre les consignes du père de Simon.

Fournier, N'guyen, Heymar, Leterrier, on ne manque pas de médecins pour s'occuper de ce patient particulier. Les infirmières Arlette Bredin et sa collègue Juliette assurent le bien-être de Simon. Même si Arlette est éreintée, dépassée par ses soucis familiaux. Même si Juliette est lourdement endettée, à cause de sa passion des jeux d'argent. Elles ne comptent pas sur l'autre infirmière Mélissa Hasser, amante du Dr Fournier, sur laquelle Arlette et Juliette s'interrogent. Simon Beecher le père est arrivé à l'hôpital avec son épouse Natalia, la mère du patient. Il faudrait quatre greffes importantes pour sauver le jeune Simon. Les praticiens n'ignorent pas que, dans son état catastrophique, les risques de rejets sont énormes. Pourtant, le père possède une solution miracle.

Certes, le protocole IS3 du groupe pharmaceutique Ryzer n'est validé par aucune autorité médico-gouvernementale. Expérimentation à haut risque sur son fils, Beecher père en est conscient. Mais si ça marche, et il faut tout tenter pour ça, il grimpera dans la hiérarchie du groupe Ryzer. Si Henri Conflans et le Dr Heymar n'éprouvent aucun état d'âme, Alexandre Leterrier est plutôt hostile. Et Michel Fournier se préoccupe autant de sa relation avec Mélissa que des vicissitudes du service. Il n'y a probablement que Natalia qui soit inquiète et triste. Arlette aussi, qui veille sur Simon, auquel elle s'attache, un peu.

Pendant ce temps, au gré des greffes, à quoi pense donc le patient plongé dans le coma ? À sa vie, qui ressemblerait à une perpétuelle promenade dans un immense centre commercial. Où il serait à la fois perdu, et attiré par tous les rayons. Même s'il se réveille, brièvement, Simon ne peut imaginer la médiatisation dont il est l'objet. Ni les combines d'un père, presque sûr d'atteindre son but...

Mathieu Picard : La foire aux organes (Coups de tête, 2013)

Raconter une histoire, c'est toujours aller d'un point A à un point B. Pourtant, il existe plusieurs façons d'effectuer ce trajet. Les romans linéaires ne s'embarrassent pas de la moindre bifurcation. À l'inverse, les intrigues éclatées empruntent des chemins sinueux, pas forcément bien éclairés. Il y a encore ces récits où l'on fait une partie du parcours à l'envers, grâce à des flash-back explicatifs. Et puis, comme ici, il arrive qu'on avance grâce à kaléidoscope de scènes, un chassé-croisé parfaitement logique entre les différents protagonistes, autour du sujet traité. Cette manière stylistique est très périlleuse. Surtout quand on demande au lecteur de placer lui-même les tirets des dialogues, tout en suivant l'évolution des faits sans en manquer une miette. Ça laisse quelquefois sceptique, il faut le reconnaître. Dans le cas présent, le pari de Mathieu Picard est réussi.

Patients ou proches, nous sommes plus soucieux de la santé d'une personne hospitalisée. Pourtant, le personnel soignant a aussi sa vie, ses tracas, ses questions. Quand une greffe s'impose, nous ne pensons guère aux donneurs d'organes. Il s'agit de vrais gens qui ont eu une vie plus ou moins ordinaire, pas juste d'anonymes. Voilà les contextes évoqués par l'auteur. Sans oublier la puissance occulte des groupes pharmaceutiques, bien sûr. On évite ici la démonstration, bien inutile. Quelques scandales ont déjà été révélés, il y en aura d'autres à l'avenir, pires peut-être... En effet, nous sommes dans un roman noir, un de ceux qui nous rappellent les facettes sombres de nos sociétés.

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commentaires

P
J'ai aussi vu un titre d'une brève de presse, sans encore prendre le temps de voir plus dans le détail, annonçant la mort, aussi à 52 ans, de James Gandolfini, l'interprète de Tony Soprano dans la série les Soprano, parodie de la mafia - un parrain essayant tant bien que mal de concilier son job de parrain de la mafia et sa vie de famille, les membres de cette dernière se révélant souvent plus redoutables que les familles mafieuses rivales ou la police et autres adversaires - .<br /> <br /> Voilà qui fait deux morts prématurées dans le monde du polar !
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C
Les quinquagénaires, dont je fais partie, tombent comme des mouches, cher Philippe. <br /> Amitiés.
P
Bonjour M. Le Nocher,<br /> <br /> Ce n'est pas à propos de Mathieu Picard.<br /> <br /> Mais pour dire que sur le blog de Thierry Depeyrot 13envues.canalblog.com consacré à Paris 13ème ( dont je vous avais parlé l'année dernière ) il y a une triste nouvelle.<br /> Le décès de Franck Evrard d'une crise cardiaque à seulement 52 ans.<br /> <br /> Auteur et ex-professeur de français et latin au collège et à l'Université.<br /> Installé dans le 13ème comme Alain Demouzon ainsi que le président actuel de 813 ( d'après vous M. Le Nocher, quoique là son nom m'échappe ) ou d'autres.<br /> <br /> http://13envues.canalblog.com/archives/2013/06/20/27475693.html<br /> <br /> http://fr.wikipedia.org/wiki/Franck_evrard<br /> <br /> Le Treizième au noir, Paris, E-dite, 2004<br /> &quot; Essai sur le polar ayant le 13ème arrondissement pour décor. &quot;<br /> ( dit M. Depeyrot )<br /> <br /> Faits divers et littérature, Paris, Nathan, 1997<br /> <br /> Lire le roman policier, Paris, Dunod, 1996<br /> <br /> Cordialement
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C
Bonjour Philippe<br /> Comme vous sans doute, je déteste me dire &quot;ce nom-là ne m'est pas inconnu&quot; sans pouvoir le situer. Eh bien, j'ai fini par m'en rappeler. Franck Evrard fait partie de ceux qui ont réhabilité un de mes auteurs préférés, André Héléna. En particulier, grâce à cet ouvrage : &quot;André Héléna, Les Secrets d'un auteur de romans noirs&quot;, Bier-Press, 2000 (ISBN 2-913577-01-6). Textes inédits. Bibliographie commentée et illustrée, établie par Frank Evrard. Je crois qu'il contribua aussi aux rééditions de ce défunt auteur, soit chez 10-18, soit aux éditions Fanval. Visiblement, F.Evrard a beaucoup écrit...<br /> Hervé Delouche, président de l'association 813, habite rue Bobillot, oui.<br /> Amitiés.
P
Bonjour Claude<br /> Je viens de voir de nombreux titres bien alléchant chez cet éditeur et pour au prix d'un livre de poche...<br /> Merci pour cette trouvaille , &quot;Coups de tête &quot; est noté....<br /> Bonne journée.<br /> Pat
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C
Salut Patrick<br /> J'ai beaucoup de tendresse pour cette collection, encore mal connue. Le rapport prix / qualité est excellent, je le confirme. <br /> Amitiés.
O
bonjour claude, <br /> intéressante chronique..j'espère seulement que l'histoire ne comporte pas trop d'invraisemblances médicales... le sujet des greffes alimente tous les fantasmes ! je me souviens du vol des cigognes , de l'ineffable JC Grangé où un des personnages se faisait greffer une trentaine de couers successifs...bien sûr, la fiction permet toutes les audaces, mais pour un grand reporter supposé être au courant de tout, j'ai trouvé que cela allait un peu loin .. ! amitiés olivier
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O
c'est cela qui est bien ! <br /> amitiés <br /> olivier
C
Bonjour Olivier<br /> J'ignore si le nombre de greffes que subit Simon est techniquement admis par les chirurgiens et les anesthésistes. Il s'agit surtout ici de ces protocoles visant un meilleur rétablissement du patient, après une ou des greffes notamment. Ainsi que de l'entourage médical, univers des &quot;soignants&quot; que vous connaissez bien. A ce propos, mon survol de l'intrigue est loin de tout dire. C'est d'ailleurs ce qui m'amuse toujours : je donne l'air de &quot;spoiler&quot; (déflorer, dévoiler) l'histoire, alors qu'il reste bien plus à découvrir.<br /> Amitiés.
P
Salut Claude, Bien tentant ! Malgré une 4ème de couverture qui m'a fait peur car ce roman me semblait sanguinolent. Je suis un être sensible, que diable ! <br /> Amitiés
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C
Non, mon cher Pierre, point de crime sanglant, point de drame horrifique !<br /> Après &quot;Mobile inconnu&quot; d'Emmanuelle Petit ( http://action-suspense.over-blog.com/emmanuelle-petit-mobile-inconnu-%C3%89d.jeanne-courtois-2013 ) je ne tenais guère à retrouver une ambiance d'hôpital, mais c'est ici très différent.<br /> Même les âmes sensibles peuvent aimer ce roman.<br /> Amitiés.

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