Livres et auteurs

Vendredi 6 novembre 2009
 

Après “Un chien du Diable”, Fabienne Ferrère nous présente la deuxième aventure du chevau-léger Gilles Bayonne, “Car voici que le Jour vient” (Denoël, 2009). Remontons le temps jusqu’en 1595, sous le règne d’Henri IV.

Âgé de 23 ans, le chevau-léger Gilles Bayonne vit à Paris avec sa famille. De retour d’une mission qui l’a profondément marqué, il n’est pas pressé de répondre à la convocation du chancelier Cheverny. Celui-ci envoie quatre de ses sbires le rosser, pour rappeler à Gilles Bayonne qu’il lui doit obéissance. Cheverny le charge d’enquêter dans le quartier de la Grande Boucherie. Des vols chez des notables y ont été commis et, surtout, le curé Vuillard a été assassiné de façon horrible. Enfermé dans un tonneau, il a été tué par d’énormes rats. Le jeune Pique-Lune, 12 ans, déjà formé à toutes les ruses et autres rapines, va accompagner Gilles Bayonne. Le quartier dans la juridiction des commissaires du Châtelet, que le chevau-léger évite de trop vite rencontrer. S’installant dans une auberge, il commence à interroger la population.

Le bedeau Romain Mesnil n’est guère honnête, mais il est fier de ses pratiques, puisqu’il s’agit de nourrir sa famille. Le curé Vuillard avait changé depuis un certain temps, transformant son presbytère en forteresse. Il avait engagé comme guetteur de nuit le nommé Gerbault, un paria logeant sur l’Île aux Vaches. Dans la Bible du prêtre, Gilles Bayonne note qu’un passage ayant trait à la colère divine a été souvent lu par Vuillard. Le chevau-léger assiste en cachette au conseil paroissial, observant les chicaneries entre ces dignes habitants de la Grande Boucherie. Après avoir interrogé le peu loquace Gerbault, qui confirme que Vuillard vivait dans la peur, Gilles Bayonne contacte les commissaires du Châtelet. Si trois d’entre eux lui sont sournoisement hostiles, il peut accorder sa confiance à Lhorme, commissaire plus coopératif.

De son côté, Pique-Lune enquête sur les cambriolages. Ils ont été commis par un voleur astucieux ou fort bien renseigné. Gilles Bayonne s’interroge sur la provenance des énormes rats qui tuèrent le curé. Une autre victime vient d’être, lui, tué par des vipères. Le nommé Rivière était régisseur à l’hospice d’orphelins des Enfants-Rouges. Chez lui, le chevau-léger trouve cinq pièces d’une monnaie inconnue. Le bedeau Mesnil ne tarde pas à avouer qu’il en vola cinq identiques au presbytère. Autre indice, la corde qui ligotait les victimes est nouée d’une étrange façon. L’enquêteur n’apprendra que tardivement qu’il s’agit d’un nœud pratiqué à la chiourme, aux galères. Il ignore être observé par “Le Goupil”, qui fut quinze ans plus tôt chef d’un groupe de malandrins. Gilles Bayonne risque de figurer aussi au nombre des victimes, quand on veut l’empoisonner. Mais il va au bout de sa mission, faisant avouer au Goupil des crimes passés…

Le titre suggère évidemment une affaire de vengeance, frappanttous ceux qui ont fait le mal”. Gilles Bayonne doit donc comprendre les motifs de cette série de meurtres, avant d’identifier le cruel justicier. Bien entendu, c’est le contexte qui prime dans ce roman historique. Fabienne Ferrère reconstitue avec précision la vie quotidienne de l’époque. Dans un Paris plutôt sale et peu sûr, plusieurs villages devenus quartiers forment une agglomération. L’auteur dresse le portrait de personnages typiques, artisans ou commerçants, et autres pauvres bougres grappillant leur survie dans cette Vallée de Misère. Outre le chevau-léger à l’esprit tourmenté, on aime le débrouillard Pique-Lune, sorte de Gavroche éduqué à la Cour des Miracles. Ils évoluent dans un monde dur et brutal, sombre et sanglant, où la Justice n’a pas encore gagné une vraie place. Quand plane un mystère, difficile dans ces conditions de savoir à qui se fier. Ce suspense documenté est très agréable, grâce à la description cette lointaine période.

Par Claude LE NOCHER
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Jeudi 5 novembre 2009
 

Si l’Histoire de France est riche en périodes troublées, celle de la Révolution est particulièrement propice aux aventures épiques. C’est dans ce contexte que Nicolas Bouchard place son nouveau roman, “La Sibylle de la Révolution (Ed.Belfond).

1794. Sous prétexte de punir des ennemis, les autorités ont instauré la Terreur partout en France. Avec le titre de secrétaire rédacteur, Gabriel-Jérôme Sénart relate dans ses rapports les atrocités commises au nom de la Révolution. Fidèle serviteur du Comité de Sûreté Générale, il reste prudent face à son supérieur, le puissant conventionnel Vadier. Ce dernier le charge d’enquêter sur un meurtre sanglant. La victime est un ancien militaire noble et franc-maçon, mutilé, ou plutôt démembré par son assassin. L’homme appartenait à l’organisation secrète du Philosophe inconnu. Vadier pense qu’une femme peut aider Sénart, Marie-Adélaïde Lenormand. Cette voyante aux dons avérés est actuellement enfermée à la prison de la Petite Force. Peut-être lui reproche-t-on moins ses opinions royalistes que d’avoir eu pour client Danton et Robespierre.

Sénart rencontre à la prison l’enjôleuse Marie-Adélaïde. La jeune femme connaît bien le secret univers des francs-maçons, ainsi que quelques autres illuminés qui gravitent dans ces sphères. Elle sait qu’existe aussi une inquiétante “Loge Noire”, sur laquelle plane l’ombre du Diable. Sans doute est-ce dans ce groupe-là qu’il faut chercher le criminel. Le grand Inquisiteur Vadier donne son accord pour que Marie-Adélaïde sorte provisoirement de prison. Grâce à elle, Sénart est vite contacté et auditionné par les Francs-maçons. Ceux-ci affirment ne pas être hostiles à la Révolution, et accusent également la Loge Noire. Marie-Adélaïde entraîne Sénart à Ermenonville, dans la propriété d’un vieux noble libertin, qui abrite la tombe de Jean-Jacques Rousseau. L’enquête croise là des adeptes de théories philosophiques fumeuses, lors d’une soirée qui finit en bacchanales.

Sénart ne tarde pas à démasquer celui qui se présente comme l’immortel Comte de Saint-Germain, célèbre depuis Louis XV, mais mort dix ans plus tôt. Proche de la Loge Noire, il évoque les “listes de sang” obligeant les adeptes à commettre des meurtres. Par son intermédiaire, Sénart espère infiltrer cette loge satanique. Son supérieur Vadier parait satisfait de l’évolution de l’enquête, mais il ne “couvre” pas Sénart. Celui-ci est d’abord testé par les amis de dom Gerle, maître de la Loge Noire, avant un début d’initiation. Menacé, Sénart doit supprimer un homme, chez qui il fait une curieuse découverte. Grâce aux dons de Marie-Adélaïde, Sénart et elle retrouve le pronaos des Francs-maçons. Bon nombre d’entre eux y ont été sauvagement assassinés. Doivent-ils croire au retour d’Abaddon, le Cavalier de l’Apocalypse ?

Les luttes au sommet du pouvoir engendrent maints coups bas et manipulations. Ainsi, après la délirante Fête de l’Être suprême, la chute de Robespierre s’annonce. La philosophie révolutionnaire des Francs-maçons ne correspond guère avec la tragique réalité. Période incertaine, où l’on croise des personnages insolites, tels ces prétendus penseurs qui sont plus sûrement des débauchés. Encore un peu naïf malgré les faits dont il est témoin, Sénart fait évoluer son enquête dans ce monde perturbé. Honnête et opiniâtre, il approche pas à pas de la vérité. Quant à Marie-Adélaïde, quelques flash-backs nous permettent de la situer. Ses dons offrent un statut singulier à cette Sibylle de la Révolution, au caractère à la fois joueur et sensible. Le couple traverse de périlleuses situations, face à des adversaires impitoyables ou d’autres, plus fourbes. Nicolas Bouchard nous propose là un passionnant voyage dans le temps.

Par Claude LE NOCHER
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Mercredi 4 novembre 2009
 

Les éditions Ex Nihilo publient un ouvrage destiné aux passionnés de culture polar:Roman policier, fragment d’histoirede Régis Messac. Il s’agit de chroniques sur de nombreux romans publiés dans les années 1930. Mais sans doute est-il nécessaire de rappeler qui fut Régis Messac (1893-1945). Il devient enseignant en 1922, exerçant comme professeur à Montpellier dès 1929. Cette année-là, il soutient sa thèse de doctorat, Le Detective novel et l’influence de la pensée scientifique.Éditée par Honoré Champion, cette célèbre étude trouve un large écho auprès des amateurs de romans policiers et devient un outil indispensable à toute recherche sur les origines du genre. Régis Messac publie la même année, à la librairie parisienne Picart, une autre étude importante : Influences françaises dans l’œuvre d’Edgar Poe.précise Claude Mesplède dans son “Dictionnaire des Littératures Policières” (Éd. Joseph K).

Régis Messac fut certainement le premier à considérer que la Littérature policière existait en tant que telle, sans être un sous-genre littéraire. Pour lui, le roman populaire se doit d’être de qualité. Aussi ne se trompe-t-il pas quand il fait l’éloge d’un certain Dashiell Hammett : “Dans Le faucon de Malte, tout le monde est immoral, crûment, froidement immoral. Une seule chose compte : l’argent, les dollars. Le détective lui-même, Spade, le héros de ce récit, ne vaut pas mieux que les autres, les criminels qu’il poursuit. D’ailleurs, il le sait et ne s’en cache pas…” Messac évoque aussi La clé de verre et L’introuvable, du même Hammett. Il s’agace de la propagande (selon lui) contenue dans les enquêtes du Père Brown, de G.K. Chesterton. Il salue la mémoire d’Earl Derr Biggers (décédé en 1933), dont le héros Charlie Chan est un policier chinois d’Honolulu. Il chronique encore quelques autres romanciers étrangers.

Parmi les auteurs français dont il parle, beaucoup ont disparu de nos mémoires. Néanmoins, il est intéressant de retrouver à travers ces textes les thèmes qui étaient abordés. Les schématiques affaires d’espionnages ne sont que rarement dignes d’y perdre son temps et son argent, selon lui. Ce qui importe, c’est que même dans un petit roman de mystère, l’intrigue soit solide. Dans ce cas, Messac peut se montrer bienveillant : “L’auteur jongle avec les vieux thèmes, mais avec une désinvolture espiègle qui les rajeunit. Pas beaucoup de vraie nouveauté, mais de la fraîcheur, de l’allégresse. L’auteur a dû beaucoup s’amuser à écrire son livre. On ne s’ennuie pas à le lire.” Mais, qu’on ne le déçoive pas : “Début impressionnant et dans le meilleur style (…) Mais quand on en vient à débrouiller l’énigme, le lecteur est déçu. L’auteur n’a rien de mieux à lui offrir que les intrigues de conspirateurs masqués (…) Vieille histoire qui n’est même plus bonne pour les opérettes.” ou encore “[ce roman] n’appartient pas au genre policier, mais au genre ennuyeux.”

Régis Messac évoque plusieurs romans de Georges Simenon (et s’amuse de son pseudo, Georges Sim). Ces textes nous remettent en mémoire des auteurs de qualité, hélas oubliés, tels Claude Aveline et Noël Vindry. Et quelques autres, bien plus mineurs, probablement. Messac n’aime pas le Grand Prix du Roman d’aventures, créé par l’ancêtre de la collection Le Masque. C’est pour cela qu’il commence par se méprendre sur le talent de Pierre Very. Même s’il garde une certaine réserve, il lui reconnaît ensuite une originalité (comme dans M.Marcel des Pompes Funèbres).

Rassemblant de nombreuses informations sur la Littérature de l’époque, à travers un panel représentatif de romans, cet ouvrage documentaire s’avère passionnant pour tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de ce genre littéraire. Loin d’une étude rébarbative, ou d'opinions émanant d'un dilettante, c'est un excellent recueil de chroniques.

Par Claude LE NOCHER
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Mardi 3 novembre 2009
 

On avait adoréThérapie, son premier suspense psychologique, où le mystère joue sur certains aspects intimistes. Dans “Ne les crois pas (l’Archipel, 2009), Sebastian Fitzek place ses héros au cœur d’une mise en scène beaucoup plus spectaculaire. En effet, une prise d’otage est suivie à la radio par l’ensemble de la population de Berlin.

Alcoolique et suicidaire, Ira Samin est une psychologue de la police qu’on laisse sur la touche. Elle culpabilise depuis le décès d’une de ses filles, Sara. Ce jour-là, Ira a décidé d’en finir. Policier d’une unité de tireurs d’élite et ex-amant de la jeune femme, Götz vient la chercher pour être négociatrice d’une situation de crise. Dans les locaux de la radio 101.5, un homme a pris en otage un groupe de visiteurs, l’animateur et un technicien. Armé, il prétend être harnaché d’une ceinture d’explosifs, mais on ignore encore ses revendications. Il menace de tuer des otages à chaque Cash Call, jeu téléphonique célèbre de la station dont il a modifié les règles. Il en a probablement déjà abattu un, qu’il ne s’attendait pas à voir dans le groupe en visite. Il n’accepte de négocier qu’avec Ira. Steuer, le chef de la police, n’a aucune confiance en elle. Il préfèrerait un assaut rapide, mais Götz admet qu’Ira peut faire évoluer la situation. D’autant qu’on a pu installer une caméra pour observer le studio. Le bureau de Diesel, le rédacteur en chef déjanté de la radio, va servir de base à la négociatrice.

Le preneur d’otage est identifié. Il s’agit de Yann May, un psychologue qui a cessé son activité. Huit mois plus tôt, sa fiancée Leoni a été victime d’un mortel accident de la route. Au moment où on annonçait son décès à Yann, Leoni lui téléphonait en lui demandant de ne pas croire cette version de sa mort. Depuis, on a tout fait pour le dissuader de poser des questions, l’obligeant même à ne plus exercer son métier. Le programme étant repris en direct par toutes les radios berlinoises, Yann dénonce à complot d’État. Il exige d’Ira qu’elle retrouve Leoni, vivante selon lui. Il l’a compris en lisant le rapport d’autopsie, où manque un détail essentiel : la vraie Leoni était enceinte, pas la victime. Quand Steuer envoie un tireur d’élite, Yann tire sur celui-ci. Et Kitty, jeune employée de la station, se cache dans un placard du studio de radio, à l’insu de Yann. Kitty n’est autre que la seconde fille d’Ira, fâchée avec sa mère depuis le suicide de Sara. Le procureur général Faust débarque de son hélico. Niant les élucubrations de Yann, il demande à Ira de gagner du temps à défaut de calmer Yann.

Grâce à Götz, Ira parvient à entrer en contact par talkie-walkie avec Kitty. Toujours hostile vis-à-vis d’Ira, Steuer se demande si certains otages ne seraient pas des complices de Yann. Ce dernier n’est pas dupe quand la police détourne les appels téléphoniques du cruel jeu qu’il organise. Yann confie à Ira que sa fiancée Leoni conservait une part de mystère, y compris sur ses origines russes. De son côté, le rédacteur en chef Diesel trouve la preuve formelle que la photo de l’accident de Leoni est un trucage. Quand Yann détecte la présence de Kitty, l’équipe de Götz est prête à l’assaut. Bien qu’elle soit désormais écartée de l’affaire, Ira continue à être dangereusement impliquée dans la suite…

Yann prétend faire éclater la vérité, mais il se peut qu’il agisse pour un tiers qui veut récupérer Leoni. S’il a vraiment tué deux hommes, son cas apparaît réglé d’avance. Plus que la “disparition” de Leoni, ce sont les secrets qui l’entourent encore qui doivent être éclaircis. Sans nul doute, si elle est vivante, elle reste en danger. Quant à Ira, qu’elle soit au bord du suicide, ce n’est pas exactement ce qui la rend attachante. Certes elle est fragile, mais aussi capable de faire face, dualité de caractère offrant une force au personnage. Toutefois, on devine que l’affaire est pleine de faux-semblants, on n’exclut pas des manipulations, et on doit s’interroger sur le rôle des divers protagonistes. Énigmatique et riche en péripéties, ce deuxième suspense de Sebastian Fitzek est aussi convaincant et solide que le premier.
"Thérapie" de Sebastian Fitzek est aujourd'hui disponible chez Le Livre de Poche. Lire l'article consacré à ce roman.  

Par Claude LE NOCHER
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Lundi 2 novembre 2009
 

Présenté chez Pocket en “Édition Collector”, cartonnée avec jaquette, voici un court roman inédit de Maxime Chattam : “Carnages”. On sait que, dans la réalité, des tueries se produisent dans des écoles. Chattam se sert de cette base, de façon plutôt convaincante.

Policier à New York depuis douze ans, Lamar est un Noir à la taille imposante. Quand un carnage se produit dans un lycée de Harlem, il est appelé sur les lieux. Un élève de dix-sept ans vient de tirer sur tous ceux qu’il croisait, causant quatorze morts et vingt-et-un blessés. Le jeune tueur est bientôt retrouvé dans le local clos où il s’est suicidé. Complètement effrayé, l’élève Chris DeRoy est découvert caché dans la même pièce. Ayant rassemblé toutes les dépositions, Lamar reconstitue la sanglante matinée du tueur. Celui-ci étant mort, l’affaire est vite close. Mais dix jours plus tard, un deuxième carnage endeuille une école du Queens. Là encore, c’est un élève qui a abattu plusieurs victimes, avant de se suicider. Bien que ce ne soit pas le secteur de Lamar, il s’y intéresse. L’analyse des armes utilisées par les deux tueurs indique qu’il existe un lien.

Une nouvelle tuerie se produit dans un autre établissement. Trois carnages en trois semaines selon le même scénario, avec suicide des jeunes tueurs, il n’y a plus de hasard. Il est évident pour Lamar que quelqu’un se cache derrière cette série criminelle:…celui ou celle qui avait fourni les armes aux adolescents était un vieux briscard du crime, il en connaissait un rayon, et se tenait au courant (…) Quelque part dans les fichiers de la police, un homme était répertorié, qui pouvait être responsable de ces carnages. Ou du moins conduire Lamar au responsable.” Selon les témoignages, les tueurs étaient des ados normaux, un peu solitaires, pas réputés dangereux. L’expert en balistique relève un indice capital, qui pourrait remettre en cause les suicides volontaires des coupables. Lamar s’interroge effectivement sur le délai concernant le premier cas.

Au lycée de Harlem, si le gardien Quincey est plutôt coopératif, le directeur McLogan ne cache pas son hostilité envers le policier. Néanmoins, Lamar parvient à glaner quelques renseignements. L’un des élèves, à la scolarité problématique, ferait un bon suspect. Lamar expose à sa collègue Doris le scénario plausible de ce qui s’est réellement passé. L’adolescent ne se trouve pas au domicile de ses parents quand Lamar et Doris vont l’y chercher. Par contre, dans la cave où il se réunit avec des amis, les policiers découvrent des éléments capitaux. Il faut retrouver leur suspect avant un quatrième carnage…

Le lecteur comprend vite que l’hypothèse d’origine (un tueur par carnage) est trop simple. Mais s’il existe un “exécuteur”, il y a certainement aussi un “commanditaire”, l’un et l’autre n’étant pas si facilement identifiables. Quant au mobile des assassins, il est parfaitement crédible. On retrouve la narration fluide et précise de l’auteur. Ce suspense, plus bref que ses romans habituels, offre une facette séduisante de Maxime Chattam.


En cette fin d’année, Pocket nous présente neuf titres dans une “Édition Collector”, des livres cartonnés avec jaquettes. Outre le roman de Chattam, on pourra lire ou relire l’excellent “Tokyo” de Mo Hayder, qui obtint le Prix SNCF du polar européen et le Prix des lectrices de ELLE. Les autres titres sont aussi des romans marquants : “L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux”, de Nicholas Evans ; “Sur la route de Madison”, de R.J.Waller ; “La chambre des officiers”, de Marc Dugain ; “Je vais bien ne t’en fais pas”, d’Olivier Adam ; “Le Montespan”, de Jean Teulé ; “Sexe, diamants et plus si affinités”, de Lauren Weisberger ; “Les choses”, de Georges Perec. Voilà une idée-cadeaux supplémentaire pour les fêtes de Noël.

Par Claude LE NOCHER
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Vendredi 30 octobre 2009
 

Après “Le dé d’Atanas” et “L’orgue de quinte”, voici le troisième épisode de la série L’Arcamonde d’Hervé Picart, “Le cœur-de-gloire” (Éd. Le Castor astral). Il s’agit de romans d’énigmes assez souriant, particulièrement séduisants. On se sent vite complice de l’astucieux enquêteur, qui s’inscrit dans la tradition des grands noms de la littérature populaire.

À Bruges, l’antiquaire Frans Bogaert et son assistante Lauren s’occupent de la boutique l’Arcamonde, sur le Spiegelrei (Quai du Miroir). En ce mois de mai, une très belle cliente va perturber l’inventaire imposé à Bogaert par son assureur. Toute de rouge vêtue, Ornella de Volder vient faire expertiser un bijou. Ce cœur-de-gloire n’est qu’un simple cristal sans grande valeur. À peine surprise, la belle Ornella jette le bijou peu après dans une poubelle. Mais elle revient bientôt, car le cœur-de-gloire est réapparu chez elle. Bien que Bogaert devine aisément une mésentente dans le couple, il ne s’agit pas d’un mauvais tour du mari. Celui-ci est actuellement en voyage. L’antiquaire cache le bijou dans son bureau, en sécurité, afin de l’analyser. Une fois encore, Ornella le retrouve chez elle. Lauren comprend que c’est un soi-disant technicien passé dans la boutique qui l’a dérobé. Bien qu’éprouvant peu de sympathie pour Ornella, Bogaert va enquêter.

L’intérieur du cœur-de-gloire contient un liquide rouge, qui s’avère être quelques gouttes de sang. Ce qui rappelle une secrète tradition toscane, du village de San Gimignano. Au lointain temps où des rivalités partisanes secouaient cette région d’Italie, ce bijou était le symbole d’une vengeance accomplie. Même Stendhal évoqua la chose dans une de ses chroniques, un document inédit. Sa version romancée raconte plutôt un drame passionnel, façon Roméo et Juliette, qu’une vérité historique. Néanmoins, un expert confirme que ce rituel de vengeance a bien existé. Ornella avoue avoir une “alternative amoureuse”, un amant surnommé Aramis, dont elle est sans nouvelles depuis plusieurs jours. Son appartement est vide, tout signe rappelant Ornella a même été enlevé. Bogaert relève des traces de sang sec. Il fait comparer le sang trouvé dans le bijou avec l’ADN d’Aramis, mais il se garde de conclure trop vite.

Rudy de Volder, le mari d’Ornella, a une étrange passion. Depuis toujours, il est fasciné par le sang, collectionnant des lettres écrites avec du sang. Certes, à Bruges, on célèbre la fête du Saint-Sang, mais ça reste une curieuse passion. Bogaert retrouve le fabricant des cœurs-de-gloire, auquel un anonyme en commanda quatre. De son côté, Lauren repère un détail sur la vidéo du vol du bijou dans la boutique. Quand Rudy de Volder se rend en visite chez l’antiquaire, il souligne un aspect troublant du caractère d’Ornella. Bogaert n’envisage pas que ce couple bizarre soit des criminels. Par contre, il est temps qu’on cesse de lui raconter des calembredaines…

Notre perspicace antiquaire se nomme Bogaert, son assistance cultive sa ressemblance avec Lauren Bacall, voilà qui augure d’une tonalité plutôt souriante. L’auteur n’est pas avare de formules amusantes. À une terrasse de bistrot, Bogaert croise même le commissaire Van In, héros brugeois des romans de Pieter Aspe. L’antiquaire est donc confronté à une mystérieuse affaire, où la psychologie des protagonistes a autant d’importance que la référence à des faits anciens. S’il possède la capacité déductive d’un Sherlock Holmes, Bogaert est un enquêteur d’aujourd’hui, équipé d’Internet, s‘informant auprès de ses contacts en réseau. Malgré tout, le bon sens et des exemples du passé sont toujours utiles pour approcher la vérité. Une série de très agréables romans d'énigme, à découvrir.

(“Le cœur-de-gloire” d'Hervé Picart sort le 5 novembre 2009)

Par Claude LE NOCHER
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Jeudi 29 octobre 2009
 

Outre ses nombreux polars, Roland Sadaune a déjà publié en 2001 un roman-jeunesse dans la collection Le Furet chez Albin Michel,Cherchez la cible. Il récidive avec “Rave-le-bol (Val d’Oise Éditions, 2009), les mésaventures du jeune et intrépide Guillaume, entraîné dans de dangereuses péripéties. Le héros va croiser des personnages singuliers, dont il a bien raison de se méfier.

Guillaume, quatorze ans, habite le quartier de la Bastille, avec son frère cadet Julien et leur mère. Vanessa, leur sœur aînée, déjà jeune adulte, vit aussi avec eux. Le jour d’Halloween, Guillaume a rendez-vous au MacDo avec son copain Davy, âgé de seize ans. Celui-ci est le fils d’un homme qui a de hautes fonctions dans la police, croit savoir Guillaume. Selon leur copine Sylvère, Davy est déjà reparti. Il a laissé un message pour son ami, évoquant “un type à la tronche de cire”. Par ailleurs, Guillaume essaie d’imaginer un moyen pour aller à la free party où doit se rendre sa sœur Vanessa. Il a tellement envie de savoir à quoi ressemble une rave ! Entre temps, Guillaume est convoqué au commissariat du quartier. La disparition du turbulent Davy, connu des services de police pour de menus méfaits, a été signalée. Guillaume ne peut guère les renseigner.

Julien, son jeune frère, est un petit futé. Selon lui, ce “type à la tronche de cire” fréquente le Very Rapidos, un fast-food. Sans difficulté, Guillaume repère cet homme qui semble effectivement très bizarre. Il s’installe là avec ses peluches à heures fixe, consomme en silence. Selon le jeune Arnaud (dit Naunau), on le surnomme le Dirlo. Par contre, quand Guillaume évoque son pote Davy, Arnaud s’énerve et le jette du fast-food. Peu après, l’adolescent est sévèrement menacé par un Antillais, qui lui conseille de se mêler de ses affaires. C’est encore grâce à Julien que Guillaume obtient des précisions sur la rave party. Le jeune garçon se débrouille pour se cacher dans le coffre de la voiture d’Eddie, le petit ami de Vanessa. Au bout du trajet, Guillaume ignore où il se trouve réellement.

Ayant trouvé le flingue qu’Eddie cachait dans son coffre, il s’empresse de le vider de ses munitions. Il doit jouer à cache-cache avec sa sœur et Eddie, qui ont deviné sa présence. Aucune chance pour lui d’entrer dans le hangar où se passe la teuf. Il remarque un certain Marco, dont Davy et Sylvère ont prononcé le nom. Guillaume retrouve aussi Arnaud, en mauvaise posture. Le petit délinquant lui explique les trafics auxquels il est mêlé. Il confirme le rôle de ceux que Guillaume soupçonne d’avoir enlevé Davy. Dès le lendemain, l’adolescent poursuit son enquête. À ses risques et périls…

Une histoire à la tonalité actuelle, mouvementée à souhait. Le tempo vif du récit, et l’écriture nerveuse de l’auteur, sont des atouts pouvant séduire les lecteurs ados. Et sans doute les adultes, qui y verront un scénario rythmé fort distrayant. Très agréable !

Par Claude LE NOCHER
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Mercredi 28 octobre 2009
 

Les nouvelles d’Alain Emery ont obtenu plusieurs Prix mérités. Il vient d’en publier un recueil aux éditions La Tour d’Oysel,Divines antilopes. Ces vingt textes ne revendiquent pas une étiquettepolar. Néanmoins, il y est souvent question de secrets et de mort, de déchéance et de culpabilité. À travers ces portraits, on imagine bien ces personnages figurant dans quelques romans noirs, ou au cœur d’intrigues criminelles à suspense.

Dans “Barnum”, un impressionnant garde du corps est au service de deux experts en licenciements, cyniques et sans scrupules. Face à la réalité des victimes de leurs décisions, il finit par réagir. Dans “La cuisine des anges”, un jeune professeur de piano visé par une rumeur est agressé par des excités. Seul témoin, son logeur préfère le silence. Dans “Divines antilopes”, un reporter photographe suit la chaotique carrière de l’artiste Lou. Le chasseur de scoop est encore sur sa piste, alors qu’elle est quasiment oubliée. “Chinook” met en scène un littérateur misogyne imbu de lui-même. Au contact de la jeune Clarisse, il déchante quant à sa séduction et son talent. Il se retrouve sous l’emprise fatale de la jeune femme. Dans “Les illusions en moins”, le trésor supposé du défunt Bourne attire bien des convoitises, sous l’œil amusé de son ami pêcheur. “Le messager de l’orage” est le portait, par son ordonnance majordome, d’un vieux général au caractère d’acier. Le héros de “Sortir du silence”, dont la mère agonise, se souvient de son père, violent alcoolique. “La maison du Français” se passe au Paraguay, où le vieux Costes s’est retiré avec ses secrets, avant de mourir assassiné. Dans “Chants de ruines”, un pauvre habitant du désert est devenu par chance gardien armé de cette frontière que d’autres tentent toujours de franchir. Situé au Brésil, “Vers le sud” évoque une ancienne danseuse, ruinée et alcoolique.

Dans “Tout l’or du monde”, un homme est hanté par ses fantômes, souvenirs d’un épisode dramatique à la fin de la dernière guerre. “Caboche” est le surnom d’un boxeur, qui a dû fuir sa région d’origine après avoir cogné à mort un pur salaud. “La procédure” est celle que suit à la lettre un huissier, plus préoccupé par ses projets que par le sort d’une femme endettée. Dans “Un reflet sur les eaux”, un vagabond est accusé du meurtre d’une dame âgée. Il possède un alibi, mais n’est-il pas condamné d’avance ? Dans “Lettres mortes”, un ancien garde-chasse disculpe par courrier un braconnier condamné pour meurtre. Initiative inutile, peut-être. “Un voile de cendres” évoque les suites fatales d’une violente altercations entre deux hommes, dont les rescapés n’ont plus jamais reparlé. Dans “De l’ombre à Dieu”, la veuve d’un écrivain rétablit la vérité sur la rivalité qui opposait son mari à un auteur de talent, causant la mort de ce dernier. “Les chiens entre eux” a pour décor un hameau pouilleux où un couple fut soupçonné d’avoir empoisonné des chiens. Le maître des lieux a laissé la situation s’envenimer. Dans “Un roi nu”, il assiste au procès de son grand-père. Doit-il lui aussi le condamner ? “Amigos” se passe dans les montagnes franco-espagnoles. Un vagabond et un vieil homme sympathisent. Le premier confie au second sa dérive et son crime…

Quelques pages pour décrire un destin perturbé, un secret qui ne s’efface pas si aisément, les dérapages d’une situation, ou les causes d’un comportement particulier. Faire passer l’émotion, la compréhension, la réflexion. Tel est l’enjeu, à la fois simple et ambitieux, des nouvelles d’Alain Emery. Dans ses courts textes, il réussit à transmettre cette empathie. Il nous rappelle que chacun vit avec sa propre expérience, parfois douloureuse. Un recueil de nouvelles très convaincant.

Par Claude LE NOCHER
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Mardi 27 octobre 2009
 

C’est une très agréable comédie policière que nous propose Sylvie Callet, avec son nouveau roman “Un petit jaune (Les Presses du midi, 2009). Une intrigue à la fois souriante, entraînante et, surtout, fort bien écrite.

Intermiteux du spectacle plus que comédien, homme d’âge mûr usant encore de son charme, Jo vivote paisiblement à Toulon. Il loge dans une maisonnette sur la propriété d’une amie. Celle-ci, Florence Thomasson (dite Flo), est lieutenant de police. Jo est un habitué du bar de son ami Bèbe, un troquet “quasi invisible, encoigné dans l’angle d’une rue malodorante.” Ancien taulard, se contentant d’une rare clientèle, Bèbe cherche lui aussi la tranquillité. Ce soir-là, Jo a rendez-vous dans ce bistrot avec la jeune Tristane, croyant en ses chances de la séduire. Quand elle commence à déballer ses confessions, Jo comprend que c’est une chieuse. Il s’en fiche de ce David, son petit ami, minable dealer que Tristane surnomme D.Joyce. Il n’est pas plus intéressé par la parano de la jeune femme, accusant son père et sa belle-mère de vouloir l’éliminer. Ne tardant pas à planter là cette gamine un peu paumée, Jo va se coucher avec deux somnifères.

Le lendemain matin, on découvre le cadavre poignardé de Tristane sur une plage. Flo enquête sur le meurtre, semblant disposer de peu d’éléments. C’est par le journal que Jo apprend que David est fortement suspecté. Jo pourrait l’être aussi, car la victime a laissé une flopée de messages hurlants sur son répondeur. Il est urgent de planquer la cassette. Au bar, Bèbe émet des doutes sur l’innocence de son ami, Jo étant un des derniers a avoir vu Tristane vivante. Ni l’un, ni l’autre ne croient en la culpabilité de David, version trop idéale. Jo se promet d’être le premier à retrouver le jeune dealer. Bien qu’Ahmed et sa bande fassent barrage, il parvient à rencontrer David dans la cave où il se cache. Celui-ci nie avoir tué. Il raconte sa dispute en fin de soirée avec Tristane. Plus tard, il a aperçu l’assassin avant de trouver le corps. Impossible pour lui d’aller voir les flics. Justement, la police cerne les lieux et arrête David. Jo file discrètement.

À l’insu de Flo, Jo continue ses investigations. Il a bien connu la belle-mère de Tristane, qui a épousé Michel Le Vève, cuisinier de renom. Jo suggère à Flo qu’ils feraient de bons suspects. L’autre piste, c’est le job de Tristane chez “SexHôtel”, téléphone rose et autres services. Avec l’aide de son amie prostituée Marvella, Jo obtient l’adresse de cette société. Rien de bien scabreux, semble-t-il. Mais une copine de Tristane lui offre des renseignements sur un pervers qui harcelait la victime…

Un peu flemmard, un peu désabusé, Jo est un héros réellement sympathique. “Elle tourne en rond en se regardant le nombril, la société. Et on voudrait que je lui sois utile ! A-t-elle jamais levé l’ombre d’un petit doigt pour moi ? Looser tu es, looser tu resteras, voilà l’unique message qu’elle m’a délivré, la société.” Néanmoins, le voici lancé dans une affaire criminelle pas si simple. Détective amateur, s’imaginant Humphrey Bogart ou Columbo, il peut sortir son flingue (factice) pour bousculer ses adversaires, façon flic cow-boy. Brave homme, Jo n’est pas exempt d’états d’âmes, non plus…

Tout en gardant une tonalité souriante et légère, ainsi qu‘un tempo adéquat, Sylvie Callet apporte un grand soin à la manière narrative. “Je sortis sur ma terrasse où un mistral frisquet faisait tanguer les nuages, et me mis à faire des vocalises en montant progressivement dans les aigus, histoire de me pénétrer de mon personnage (…) — Oh ! Jo, tu t’entraînes pour le rôle de la Castafiore ? me demanda la fliquette avant de grimper, allègre, dans son Babybel mobile.” Un petit polar convaincant, qui se lit avec grand plaisir.
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Par Claude LE NOCHER
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Lundi 26 octobre 2009
 

Avec “Le royaume des sables (Éd. Jigal, 2009), c’est un authentique roman d’aventure, dans la meilleure tradition, que nous présente Pierre Boussel. Suivons les tribulations de son héroïne, qui nous entraînent dans un tourbillon de péripéties, auxquelles elle doit s’adapter tant bien que mal…

Jeanne Sorbier, 23 ans, se revendique fashion victim. Elle vit chez son père, plombier en banlieue parisienne, avec lequel elle est très complice. Après un stage en institut de beauté, Jeanne est engagée par les Cosmétiques Ravanel. Pour la promo de son nouveau parfum, La Rose des Sables, M.Ravanel va tourner une publicité au Thalifet. Les décors désertiques ce petit état entre Orient et Asie sont l’idéal. Jeanne est la régisseuse du projet. Entre autres, elle devra gérer la désagréable top model engagée à prix d’or par Ravanel. Dans l’avion, Jeanne s’informe sur le Thalifet auprès d’autochtones. Elle devrait mieux écouter leur réponse : “Quelques Occidentaux s’y promènent. Une poignée s’y aventure. Rares sont ceux disposés à le comprendre.”

Un groupe de patrons français ayant été récemment rançonné au Thalifet, l’équipe de tournage est protégée lorsqu’elle se rend sur le site choisi, un insolite cimetière de bateaux au cœur du désert. Malgré cela, un vol de matériel se produit dès la première nuit. Implicitement, Ravanel accuse leur guide, Kashang. L’homme est énigmatique, en effet. Suite à une négociation incertaine, l’équipe ayant quitté les lieux, Jeanne apparaît comme l’otage de Kashang. Quand l’armée locale approche, ils prennent la fuite pour un trajet de plusieurs jours à dos de chameau. Leur périple à travers le désert les amène à un campement. Jeanne est finalement “l’invitée” du prince de ce royaume des sables, Al Hassan Kel Izmad. Il n’apprécie guère ces complications, alors qu’il maintenait une paix relative avec les autorités du Thalifet. Jeanne est parfaitement bien traitée, tandis qu’Al Hassan cherche la meilleure solution pour résoudre la situation.

Les services secrets internationaux suivent de près la supposée prise d’otage. En France, le père de Jeanne, reste raisonnablement inquiet. Son ami Fréminville, du service antiterroriste, sait la jeune femme repérée (par GPS) au campement d’Al Hassan, homme qui n’est pas réputé dangereux. Quand Jeanne tente de fuir sur un chameau, Al Hassan et Kashang la rattrapent au moment où elle croise une patrouille. Kashang abat sans hésiter les soldats, sans qu’Al Hassan puisse s’y opposer. L’accord entre le terroriste et le prince risque fort de bientôt devenir caduc. Al Hassan conduit Jeanne dans une bourgade, où elle va être facilement récupérée par les services secrets. Revenue en France, Jeanne s’aperçoit qu’elle est une star. Grâce à quelques images d’elles tournées dans le désert, bien exploitées par Ravanel, on a surnommé l’otage “La rose des sables”. Marquée par son séjour dans le désert, Jeanne décide brusquement de retourner au Thalifet. Elle ne tarde pas à retrouver Al Hassan, avec lequel elle va encore traverser bon nombre de dangers…

Bien que périlleuse, la situation de cette jeune accro de la mode, éloignée de la civilisation moderne, amène évidemment quelques sourires. Jeanne est inévitablement fascinée par les étranges espaces désertiques, servant de décor à cette histoire. On sent que l’auteur aime les contrées et les peuples qu’il évoque. Naturellement, ces états gangrenés par le terrorisme sont sous surveillance, même si l’efficacité des services secrets apparaît relative. Page 160, Boussel propose une explication à la facilité de recruter des activistes prêts à tout. À cause de la télé captée partout, des bimbos californiennes excitent des types dans leurs pays de misère, où ces filles ne viendront jamais. Frustration d’un impossible rêve américain, qui les envoie vite chez les radicaux de l’Islam. Un suspense mouvementé, absolument passionnant.

Par Claude LE NOCHER
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Samedi 24 octobre 2009
 

Le roman d’Elisabeth GeorgeLe rouge du péchéest désormais disponible chez Pocket. Découvrons cette intrigue aussi subtile que sinueuse, à l’ambiance riche en détails, et au suspense omniprésent.

Il n’avait pratiquement aucun bagage. Un duvet datant de Mathusalem. Un sac à dos contenant quelques vivres qu’il renouvelait quand il y pensait, ainsi qu’une bouteille qu’il remplissait le matin s’il y avait de l’eau près de son bivouac. Quand au reste, il l’avait sur lui (…) Il avait engagé un pari avec le destin. S’il survivait à cette randonnée, il se ferait une raison. Sinon, il remettrait son sort entre les mains des dieux (…) Le quarante-troisième jour de son périple avait commencé de la même manière que les quarante-deux précédents…

Inconsolable après le meurtre de son épouse, Thomas Lynley erre le long des côtes de Cornouailles, loin de l'absurdité du monde. Mais, en ce 43e jour d’errance, il découvre à Polcare Cove le cadavre d'un jeune grimpeur au pied des falaises. Brutal retour à la réalité. Alerté, le constable local Mick se rend sur les lieux. “De toute évidence, la victime avait tenté une escalade en solo : une descente en rappel depuis le haut de la falaise, suivie d’une ascension depuis le bas. La corde était d’un seul tenant et le mousqueton toujours attaché à son etrémité par un nœud en huit. Le grimpeur lui-même était relié à la corde. La descente n’aurait pas dû lui poser de problème. Défaillance de matériel au sommet de la falaise, conclut Mick…”

Daidre Trahair, la première habitante du secteur que Thomas Lynley ait croisé, l’aide à revenir à la civilisation. Chargée de l'enquête, l'inspecteur Bea Hannaford renonce vite à considérer comme suspect ce vagabond aux vêtements crasseux affirmant être Thomas Lynley. En manque d'effectifs, elle le met à contribution. Certes, c’est un témoin, mais, une fois son identité vérifiée, elle ne doute pas que son expérience de commissaire au Yard pourra s'avérer très utile. Premier indice : le matériel d'escalade de Santo Kerne, la victime, a été saboté.

“— Trois pièces sabotées, ça vous suggère quoi ? Il réfléchit, puis il déclara d’un air songeur : — Une seule aurait suffi à le tuer. Or, il y en avait trois. On peut conclure que le tueur se fichait de savoir quand cela arriverait, ou même si la chute serait fatale, étant donné que la victime aurait pu utiliser les coinceurs sabotés au départ d’une ascension sans se servir de la sangle…”

Bea Hannaford et Thomas Lynley comprennent vite que le jeune homme comptait bon nombre d’ennemis. Dans ce pays sauvage de falaises et de mer démontée, Lynley participe à contrecoeur aux investigations mais reprend pied peu à peu. Il retrouve son éternelle partenaire, Barbara Havers, que Londres a dépêchée sur place. Autant pour collaborer à l'enquête que pour mener à bien une mission délicate : récupérer Lynley.

Par Claude LE NOCHER
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Mardi 20 octobre 2009
 

Après “Les deniers du Gévaudan”, cette nouvelle aventure de Barthélemy Mazeirac constitue un fort agréable voyage au cœur du 14e siècle. Dans “Le parchemin disparu de maître Richard”, c’est d’une manière très vivante que Laetitia Bourgeois restitue cette lointaine époque.

Mars 1364. Barthélemy Mazeirac exploite ses quelques terres avec sa compagne Ysabellis, guérisseuse peut-être un peu sorcière. Il est aussi sergent de justice, au service du seigneur de Randon. Celui-ci convoque Barthélemy en son village de Pradelles, afin qu’il enquête sur le meurtre sanglant d’un notaire, poignardé et mutilé, découvert le lendemain de sa mort. Ce Jehan Richard était un homme de confiance pour le sire de Randon, qui exige un coupable. Barthélemy loge au prieuré de Saint-Clément, près du hameau où habitait la victime. Il visite la maison du notaire, récupère des registres, s’aperçoit bientôt qu’il manque des parchemins. Interrogeant les premiers témoins, il comprend rapidement qu’on n’est pas décidé à lui dire la vérité. Le prieur de Saint-Clément lui apprend qu’un conflit entre un seigneur et les villageois, au sujet de corvées dues ou non, fut l’objet d’une longue procédure. À cause d’un document retrouvé par le notaire Richard, les manants n’eurent pas gain de cause. Ce qui explique l’hostilité de ces gens, qui détestaient l’homme de loi.

Il semble que ce soit surtout Nicolau Chabalier, un peu plus aisé que les autres, qui incite les villageois à ne pas révéler ce qu’ils savent. Il entretient le mauvais esprit, menace même Barthélemy. Pourtant, Bérenger et sa jeune épouse sont prêts à se montrer plutôt amicaux et coopératifs. Et Laurense, une veuve aidée par son valet Del Sap, n’est pas totalement sous l’influence de Chabalier. Le danger se précise pour Barthélemy quand il est attaqué par jet de pierre lancé d’une fronde. De son côté, Ysabellis doit s’occuper d’un difficile avortement. On ne doit pas la soupçonner de sorcellerie. Aussi concocte-t-elle en secret une mixture de plantes abortives pour la jeune Nine.

Le valet Del Sap a disparu. Ce qui fait de lui un bon suspect, à moins qu’on ne l’ait assassiné à son tour ? À Pradelles, Barthélemy s’informe sur ce Del Sap, grand amateur de femmes. L’enquêteur interroge aussi le juge local. Ce dernier admet que les crimes compliqués sont rares ici, mais cite d’anciennes affaires mal éclaircies. Tandis que le sire de Randon s’impatiente, Barthélemy se rend chez la veuve Laurense. À l’agonie, elle a été victime d’un empoisonnement. Son valet disparu ne saurait être accusé. Fouillant clandestinement chez Chabalier, Barthélemy y découvre un parchemin dissimulé. Il fait lire le document par le clerc archiviste. C’est une reconnaissance de dettes plutôt accusatrice contre Chabalier, mais pas la preuve qu’il soit un meurtrier. Barthélemy et le sire de Randon vont unir leurs forces pour établir la vérité et traquer les responsables. Pendant ce temps, Ysabellis est assommée puis séquestrée…

L’auteur décrit avec précision et souplesse la vie quotidienne dans les campagnes et bourgades. Sans doute plus directs, les rapports humains n’étaient pas plus simples que de nos jours. Conflits et malversations pouvaient aussi bien entraîner des crimes. On souligne aussi la complexité seigneuriale entre un suzerain et ses vassaux, qui ne s’atténuera qu’à l’unification du royaume de France. Homme simple mais avisé, ayant la confiance de son maître, Barthélemy progresse à son rythme dans une enquête tortueuse. On suit aussi la guérisseuse Ysabellis, qui ne sort pas totalement indemne de cette affaire. Qu’on se rassure, le jour de Pâques verra l’arrestation du coupable. Un roman qui se lit avec grand plaisir.

Par Claude LE NOCHER
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Lundi 19 octobre 2009

Dans son nouveau roman, “La route de Gakona”, Jean-Paul Jody s’intéresse aux effets des ondes électromagnétiques et à la manière discrète dont certains États les utilisent. S’appuyant sur une très riche documentation, assortie de détails d’autant plus angoissants qu’ils sont précis, l’auteur nous suggère des hypothèses qui ne relèvent (hélas) plus de la science-fiction. Mais il s’agit également d’un excellent roman d’action. Le couple de héros nous entraîne dans leurs trépidantes aventures, de la région nantaise jusque sur la glaciale et impraticable piste Chilkoot.

Pour occuper son temps en l’absence de sa compagne, le détective privé Kinscoff accepte d’enquêter sur le suicide suspect d’un retraité nantais. Bricoleur inventif, l’homme n’avait aucune raison de mettre fin à ses jours. Il était membre d’un réseau de passionnés des techniques électromagnétiques, lui-même testant des expériences curieuses. Kinscoff interroge son ami Babou, de la compagnie Royal de Luxe. Le retraité avait retrouvé un des multiples brevets du scientifique Tesla, un visionnaire du début du 20e siècle. Celui-ci imagina maîtriser les ondes afin de fournir à tous de l’électricité gratuite, projet que rejetèrent les industriels de son temps. Par contre, les militaires s’inspirèrent de ses travaux, exploitant l’idée d’un “rayon de la mort” permettant de contrôler le mental humain. Quand l’éléphant de Royal de Luxe est saboté, c’est Babou qu’on vise. Rejoint par sa stagiaire effacée Cathy, Kinscoff interroge un radioamateur, ami de Babou. S’il n’est pas parano, des expérimentations extrêmement dangereuses pour les êtres humains seraient en cours. Après avoir été attaqués en voiture, Kinscoff et Cathy rentrent à Paris. La stagiaire cherche des infos sur les brevets de Tesla, sur les expériences actuelles concernant le climat, et sur les “chemtrails”. Ses découvertes sont, pour le moins, fort inquiétantes. Kinscoff, son associé et Cathy se savent surveillés par un individu. Il vaudrait mieux cesser leur enquête.

Dans l’ombre, l’américain Schramm dirige une opération de grande envergure. Pour protéger un programme expérimental, il envoie à travers le monde ses deux tueurs, Doug et Daemon. Ceux-ci ont supprimé des radioamateurs en Pennsylvanie, dans le désert australien, le retraité nantais et un vieux savant japonais. Schramm a obtenu la collaboration des services secrets français. C’est ainsi que le maître agent Tiez a engagé son ami Melchior. C’est lui qui surveille les agissements de Kinscoff, cherchant à réduire au silence ceux qu’il contacte. Une spécialiste des “chemtrails” a été ainsi éliminée. Tandis que Kinscoff étudie la documentation du retraité nantais, Cathy s’informe sur le conditionnement humains et ses divers procédés. Certaines BD et autres récits de science-fiction ne sont peut-être pas si éloignés de réalités d’aujourd’hui. Une climatologue d’origine coréenne, experte du réchauffement climatique, expose à Kinscoff les théories controversées sur ces questions. Elle évoque une base expérimentale norvégienne, pouvant correspondre aux vieux projets de Tesla. Kinscoff et Cathy se rendent le plus discrètement possible en Norvège. Malgré les précautions, Schramm est avisé de leur destination. Après avoir éliminé l’Irlandais Mike à Bangkok, les tueurs Doug et Daemon sont envoyés en Norvège.

Le jeune scientifique Tobias est d’une aide précieuse pour Kinscoff. Cathy vit avec ce séduisant Noir sa première aventure amoureuse. La base norvégienne abrite un réchauffeur ionosphérique, mais sa puissance reste relative. Par contre, un centre d’expérimentation beaucoup plus secret existe en Alaska. Tandis que le duo de tueurs continue à semer la mort derrière eux, Kinscoff et Cathy se rendent au Canada, de Montréal au Yukon. Ils vont encore confrontés à de nombreux périls…

Les autorités américaines utilisent tous les moyens pour juguler la puissance de leur seul adversaire économique actuel, la Chine. Les services secrets continuent à fomenter des troubles, comme en Birmanie ou au Tibet, ou en soutenant les opposants Ouïgours. Ne peut-on pas imaginer que, s’inspirant des généreux travaux de Tesla, les Etats-Unis cherchent “scientifiquement” à affaiblir la Chine ? Ainsi certaines catastrophes seraient moins “naturelles” qu’on ne le dit… Les ondes sont utilisées dans notre quotidien, de la téléphonie aux pluies volontairement provoquées. Les faits sont éloquents, et aucun organisme n’a la possibilité de contrôler sérieusement (et de limiter, sans doute) les applications souvent secrètes de ces manipulations des ondes. Évidemment, sont traités de paranoïaques ceux qui posent des questions, qui formulent des suppositions pourtant plausibles. L’auteur ne ménage pas certains prétendus apôtre de l’écologie et de la paix, d’une sincérité un peu discutable. Une bonne dose de suspense complète idéalement les nombreuses informations délivrées ici. Car Kinscoff et Cathy traversent mille dangereuses péripéties, dans ce qui est aussi un remarquable roman d’aventures.

Par Claude LE NOCHER
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Mardi 13 octobre 2009
 

Découvrons “Le secret du loup (Krakoen, 2009), premier roman de Sebastian Charles, une enquête dans la plus pure tradition.

Sur la rive droite du Rhône, à quelques kilomètres au sud de Vienne, entre collines et fleuve, Ampuis est la capitale du vignoble de Côte Rôtie. Les Delagarde, puissante famille de viticulteurs locaux, possède une grande partie des terres. Alors qu’il s’apprête à démolir une bâtisse leur appartenant, un terrassier est très choqué par la découverte d’un cadavre. Le corps nu et lacéré de Yann Leblond est pendu par les pieds, son sang s’égoutte dans un récipient. Après l’intervention des gendarmes, le policier lyonnais Lucien Sterne est chargé d’enquêter. Yann était un vendangeur saisonnier, mais vivait à l’année dans la région où il bricolait. Il était proche de la Communauté Orphique, une sorte de secte installée dans les environs. Il semblait dealer du cannabis. Sterne loue une chambre chez le grincheux Fernand, éleveur de chiens. Peut-être celui-ci parviendra-t-il à éduquer Mister T, le chien dévastateur du policier ?

Jean Delagarde et son fils Antoine demandent au régisseur de leur exploitation, Sylvain Boudis, de cesser sa relation amoureuse avec Myriam, fille du patriarche. D’ailleurs, celle-ci part étudier à Londres. Sterne poursuit ses investigations, interrogeant le terrassier hospitalisé. À cause des signes dessinés sur le corps de Yann, il parle de malédiction. Fernand explique cette légende du Prince, qui terrorise celui qui a trouvé la victime. Questionnant Sylvain Boudis, Sterne comprend qu’il existait une rivalité entre lui et Yann, celui-ci ayant été le petit ami de Myriam. Agent de la DGSE, Éric Lorka vient aussi enquêter sur l’affaire. En effet, Yann Leblond était le fils des Dagorne, un couple de scientifiques décédés dans des circonstances mal définies quelques années plus tôt. Leurs recherches sur la modification génétique des insectes avaient des implications militaires. Sterne accepte volontiers l’aide de Lorka.

Léo Janon, le gourou de la secte, n’offre à Sterne aucune révélation importante sur Yann, sinon qu’il était assez libre par rapport à la Communauté Orphique. Tandis que Lorka consulte un entomologiste au sujet de la grosse chenille découverte près du cadavre, Sterne s’adresse à une archéologue. La spécialiste lui raconte les mystères historiques de la région. Difficile d’affirmer qu’il y a un lien entre certains secrets ancestraux et le meurtre. Le policier rencontre les Delagarde père et fils, au sujet d’une broche à leur initiale, retrouvée sur le lieu du crime. Crées par un bijoutier à peu d’exemplaires, ces broches constituent une piste. Lorka cherche toujours les dossiers scientifiques des parents de Yann. Les deux enquêteurs finissent pas dénicher le jardin où Yann cultivait ses plants de cannabis. Beaucoup plus intéressantes sont les découvertes qu’ils font dans la grotte voisine, et dans une pièce souterraine où gît un cadavre…

Un policier un brin désabusé (accompagné de son chien envahissant), et un agent des services secrets, cherchent les éléments qui leur permettront d’éclaircir cette affaire énigmatique. Plusieurs personnes ayant diverses raisons pour éliminer la victime figurent parmi les suspects. Soulignons quelques sympathiques portraits, tels le bougon Fernand ou Sylvain, passionné par son métier. L’auteur utilise largement le décor viticole d’Ampuis, entre Côte Blonde et Côte Brune, en profitant pour évoquer des épisodes historiques concernant cette contrée. De forme classique, l’intrigue est correctement maîtrisée. Un roman qui se lit agréablement.

Par Claude LE NOCHER
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Lundi 12 octobre 2009
 

Par ailleurs productrice de télévision, Mary Jane Clark situe ses intrigues dans cet univers qu’elle connaît parfaitement. Ceci offre une indéniable crédibilité aux personnages et contextes qu’elle décrit dans son nouveau suspense, “Morts en coulisses” (l’Archipel, 2009). Insistons en effet sur ces ambiances, car il s’agit bien ici d’un roman d’énigme, non pas d’une ordinaire enquête.

Venue de la presse écrite, Caroline Enright est depuis six mois chroniqueuse des spectacles pour la télévision Key News. Elle n’a pas encore gagné la confiance du producteur Linus Nazareth. Néanmoins, Caroline est chargée de couvrir le festival théâtral de Warrenstown, dans le Massachusetts. Apprentie comédienne, Meg, la fille de son mari Nick, y est aussi stagiaire cet été. Scénariste plus âgé que Caroline, Nick les rejoindra sur place. L’attraction principale du festival, c’est la comédienne Belinda Winthrop. Célèbre grâce aux trente-deux films qu’elle a tournés, elle possède une propriété de soixante-quinze hectares à Warrenstown. À l’occasion du festival, Belinda Winthrop crée la pièce Devil in the details, de Victoria Sterling, mise en scène par Keith Fallows. Veuve depuis deux ans, suite à l’accident de son mari, Victoria espère les honneurs grâce à cette pièce de théâtre. Keith voudrait en diriger la version cinéma, mais il sait déjà que Belinda refuse de tenir le rôle dans un film. Ce qui eût facilité le financement du projet. Quant à Langley Tate, la doublure de Belinda, elle rêve d’avoir sa chance.

La mort de deux jeunes stagiaires du festival, Amy et Tommy, a été classée comme accident de voiture. Ayant fumé du cannabis, les victimes n’avaient plus tous leurs réflexes. La mort d’une acariâtre bibliothécaire est un meurtre, sur lequel la police locale enquête mollement. Pourtant, dans les deux cas, c’est l’œuvre d’un assassin psychopathe, qui élimine des témoins. Croyant qu’Amy l’a photographié, ce coupable recherche la personne à qui elle a envoyé la photo. Il s’agit de son amie Meg. Pendant ce temps, Caroline et ses équipiers effectuent interviews et prises de vues. La “première” de la pièce, où Belinda incarne l’épouse d’un dangereux sociopathe, est un véritable succès. Caroline et Nick assistent à la soirée que la comédienne donne ensuite chez elle. Mais, peu après, l’assassin enlève Belinda, la laissant à moitié morte dans une cavité secrète sur la propriété. Dès le matin, la disparition de Belinda surprend ses proches. Bien que la police soit avare d’informations, Caroline suit de près les évènements. Nazareth, le producteur de Key News, flaire le scoop et lui envoie du renfort.

Sur la propriété de Beverly, deux personnes sont très suspectes. Le régisseur Gus Oberon, ex-repris de justice, continue à trafiquer de la marijuana, cachant aux yeux de tous son activité et les paquets qu’il reçoit. Amoureux transi de Belinda, le peintre Remington Peters a accepté d’être logé ici après que son atelier ait subi un incendie. Il est un peu le “portraitiste officiel” de Belinda, mais refuse de montrer sa dernière toile. Alors que Langley Tate remplace sans talent Belinda, l’assassin trouve bientôt le moyen d’identifier Meg. Caroline se mue en journaliste d’investigation pour essayer de comprendre cette affaire…

Quelque part rôde un assassin répondant aux critères du sociopathe, masquant sa vraie nature, manipulateur et sans pitié. À part Caroline, Meg, et Beverly en tant que victime, à peu près tous les acteurs de cette histoire sont suspects, même le mari de la chroniqueuse. Inutile de préciser que l’auteur a concocté un scénario solide, aux détails précis que le lecteur ne doit pas négliger. Au fil de l’intrigue, apparaissent les éléments nouveaux, qui font progresser à son rythme le récit très rigoureux. Un suspense captivant et efficace !

Par Claude LE NOCHER
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Noir sur la Ville 2009


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