Livres et auteurs

Vendredi 11 décembre 2009 5 11 12 2009 09:19
 

Le nouveau roman de Christian Denis vient de paraître. “Le médecin de l’Aiguillon-sur-Mer” s’inspire d’un faits divers qui se produisit réellement dans cette région.

Juin 1939. Originaires de Dresde, Sarah Löwenstein, 28 ans, et son fils Ernst, 9 ans, ont fui l’Allemagne nazie. Juif, le père de la jeune femme a été envoyé en déportation. Sarah et Ernst se réfugient dans la région de l’Aiguillon-sur-Mer. Ils trouvent à se loger chez la brave Mme Merrien. Le début de leur séjour se passe dans une ambiance de vacances. Sarah et Ernst vont à la plage, ou visitent la région à vélo. Sarah sympathise avec des amies germanophones, filles d’un militaire français. Selon celui-ci, au sujet des menaces de guerre, l’organisation stratégique d’Hitler n’est que mascarade et esbroufe. Le régime de ce pantin va s’effondrer comme une mise en scène grotesque. Grâce à la ligne Maginot et au général Gamelin, la France est à l’abri d’un grave conflit.

DENIS-L-Aiguillon.JPGAu bal du 14 juillet, Sarah fait la connaissance d’un pêcheur, André Char, et de son matelot. Mme Merrien n’ignore pas la mauvaise réputation de ces hommes alcooliques et violents. Sarah s’enivre avec eux, et devient la maîtresse de Char. En son absence, Mme Merrien s’occupe du petit Ernst. Sarah prend l’habitude d’accompagner les deux pêcheurs lors des sorties en mer. Tous trois abusent de l’alcool, facilitant les relations sexuelles. Un jour, un sérieux incident se produit. Sarah est victime d’un coma éthylique à bord. Les deux pêcheurs ne mesurent que trop tard la situation, et se débarrassent du corps de la jeune femme. Découverte vivante, Sarah est hospitalisée à Luçon. Elle succombe de septicémie quelques jours plus tard. En ce début septembre, André Char et son acolyte sont mobilisés comme les autres. Aucune vraie enquête n’est menée sur l’affaire.

Sous la protection de Mme Merrien et des amis de Sarah, le petit israélite Ernst est scolarisé tandis qu’on francise son nom. À l’issue de la guerre, il rentre en Allemagne. Bien des années plus tard, devenu adulte, Ernst revient à l’Aiguillon-sur-Mer. Il retrouve le Dr Dutilleux, qui tenta de sauver sa mère. Bien accueilli par la famille du médecin, ainsi que par le colonel Motais qui l’aida jadis, Ernst cherche à vérifier les circonstances de la mort de Sarah…

Il s’agit d’un de ces crimes inexpliqués auxquels on n’a guère donné suite, chacun préférant oublier, le temps faisant son œuvre. Sans doute, dans de nombreux endroits, les plus âgés se souviennent-ils de cas similaires, jamais éclaircis. Ici, l’enfant de la victime étant sauf malgré la guerre, l’affaire était raisonnablement close. Sans effets inutiles, Christian Denis retrace le contexte local et historique. Il développe surtout une véritable intrigue. Comme toujours chez ce narrateur émérite, la vivacité entraînante du récit le rend captivant. Ce court roman est vraiment très agréable à lire.

Contact E.C.D : 06.79.45.04.43

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 12 2009 07:42
 

Ce roman fait partie de ceux qui ont posé les bases de la Littérature policière, des histoires à suspense. L’ambiance mystérieuse, les diverses hypothèses possibles, et l’habileté de la narration, tout est passionnant. La célèbre aventure de Sherlock HolmesLe chien des Baskervillede Conan Doyle se lit à tout âge avec le même plaisir.

BASKERVILLE-Librio.jpgPour le Dr Mortimer, qui exerce à Grimpen, le décès de Sir Baskerville n’est probablement pas dû à un simple arrêt cardiaque. Pourtant, c’est la cause officielle de sa mort, admise par les autorités. Mais il y a ce troublant document et, surtout, cette malédiction qui frappe les Baskerville. Mais il y a le chien légendaire qui s’attaque depuis des siècles à cette famille, dont l’ancêtre eut un comportement odieux. Lorsque le Dr Mortimer soumet cette affaire à Sherlock Holmes, le détective peut-il croire à une explication surnaturelle ? Il se veut logique, cartésien. Il s’intéresse à ce cas, mais sans passion excessive. Puisqu’il est retenu à Londres par des choses plus essentielles, il se contente d’envoyer le brave Dr Watson en guise de garde du corps. Watson doit lui faire des rapports réguliers sur la situation.

Qui habite les environs de Baskerville Hall, et que l’on peut considérer comme un peu suspects ? Barrymore et son épouse, les employés principaux du manoir, montrent effectivement un curieux comportement. Stapleton et sa ravissante sœur affichent parfois des attitudes étonnantes, eux aussi. Frankland, le vieux fou qui fait des procès à tout le monde pour des broutilles, n’est pas à exclure. Selden, un tueur qui vient de s’évader et se cache dans la lande, est assurément un homme fort dangereux. Quant à cette Laura Lyons qui habite Coombe Tracy, elle n’est peut-être pas autant victime qu’elle le prétend. Le décor n’est guère sécurisant dans cette région. D’abord, il y a ces marais, au cœur desquels il est préférable de ne pas se perdre, car on s’y enfonce vite. Et puis, il y a ce terrible hurlent qu’on entend de temps à autre, qui fait froid dans le dos. En outre, Watson a aperçu une étrange silhouette sur un rocher.

Et si l’explication légendaire était finalement la bonne ? Peut-être que ce chien maléfique existe réellement ? Il est temps que Sherlock Holmes quitte Londres pour venir épauler le Dr Watson. Ce dernier s’inquiète sérieusement pour la santé de Sir Henry, l’héritier des Baskerville.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 12 2009 07:19
 

La mythologie de Léo Malet retient principalement les quinze tomes de sesNouveaux mystères de Paris. Pourtant, il y a bien d’autres titres de cet auteur à retenir. En voici trois bons exemples.

BURMA-EmpreinteParu en 1945 sous le pseudonyme de Lionel Doucet, “La cinquième empreinte” met en scène un personnage qui préfigure Nestor Burma. Prosper Duclapas est détective à Paris. Depuis près d’un mois, il n’a guère vu de clients. Néanmoins, sa secrétaire Simone reste à ses côtés en attendant des jours meilleurs. Coco Veste-de-Cuir est une vieille connaissance de Prosper. Ce petit truand, toujours plus au moins fauché, vient demander un service au détective. Coco risque des ennuis, car Barnabé Philipe (un ami de rencontre) a été assassiné. Du moins est-ce l’impression qu’a eu Coco en découvrant le corps de Barnabé. Le commissaire Bonhommet, lui, pense plutôt à un suicide qu’à un meurtre. Certes, le poison utilisé est inconnu, mais la position relaxée de la victime parait indiquer un acte volontaire. Prosper doute de cette version policière. Il enquête, plus pour en avoir le cœur net que dans l’intérêt de quiconque. C’est en s’intéressant aux champs de courses que le détective va approcher la vérité sur ce crime…

La première aventure de Nestor Burma, c’est “120, rue de la gare”. Parue aussi en 1945, la deuxième a pour titre “­Nestor Burma contre CQFD”. Autour du détective, on retrouve sa dévouée secrétaire Hélène Chatelain, son assistant Reboul, le journaliste-éponge Marc Covet,BURMA-CQFD et l’inspecteur Florimond Faroux (qui n’est pas encore commissaire). L’action se situe vers 1942. C’est bien à cause de la guerre que Nestor Burma fait la connaissance de la jolie Lydia. Lors d’un bombardement sur Paris, il prend en filature la jeune femme. Elle parvient à le semer dans le métro. Un homme a été assassiné durant ladite alerte. Un nommé Barton, qui usait d’un nom d’emprunt. La police de cette époque troublée pourrait fortement suspecter Burma. Mais l’inspecteur Faroux sait que son ami détective n’est pas un criminel. En réalité, Barton était connu de la police. Avant la guerre, il avait participé à un vol audacieux. Bien que le principal responsable ait été arrêté, l’affaire s’avérait compliquée, gardant des zones d’ombre. On ne sut ni où furent cachées les barres d’or volées, ni qui était la femme que le cerveau de l’affaire rencontra en dernier. Faroux ayant mis la main sur celui qui semble être l’assassin de Barton, pourquoi chercher plus loin ? Par hasard, Nestor retrouve la belle Lydia, en fâcheuse posture. En la protégeant, Nestor n’aide-t-il pas une criminelle ? Pourtant, même Hélène éprouve de la sympathie pour Lydia. La femme mystérieuse, Nestor va bientôt l’identifier, elle aussi. Les renseignements de Marc Covet lui sont précieux. Si le détective commet quelques erreurs dans son enquête, ça ne l’empêche pas de découvrir finalement la clé du mystère...

BURMA-PoupéeL’ultime aventure du détective est intitulée “Nestor Burma court la poupée” (1971). En réalité, il s’agit du roman de Léo Malet “Coliques de plomb”, paru en 1948, que l’auteur a réécrit pour cette nouvelle version. Toujours sans le sou, Nestor accepte une enquête qu’il a bien peu de chances de mener à son terme, car les faits remontent à plusieurs années. Toutefois, les vieux époux Bonamy espèrent qu’il les aidera dans cette sordide histoire. Ils ont perdu leur petite-fille à cause du Dr Mauffat, qui n’exerce plus aujourd’hui. Trouver des preuves de sa responsabilité semble mission impossible, selon la police. Pénétrant de nuit chez l’ancien médecin, Nestor assiste à un double meurtre. Mauffat et son garde du corps sont tués pas un inconnu. Le détective s’étant renseigné sur l’ex-docteur peu avant auprès du commissaire Faroux, on pourrait bien lui imputer ces crimes. Si Faroux a confiance en son ami Burma, l’inspecteur Colombaud n’a pas l’intention de faire de cadeau au détective. Il y a un autre cadavre dans cette affaire, celui du truand Rimbert. Son nom figurait en bonne place dans le carnet d’adresses de Mauffat. Grâce au journaliste Marc Covet, toujours bien informé, Nestor essaie de garder un peu d’avance sur la police. Il sait que Mauffat s’intéressait à une poupée. Parle-t-on d’un objet, ou bien s’agirait-il d’une vraie jeune femme, par exemple de cette danseuse qui se produit Chez Stani, un cabaret espagnol ? Nestor doit également définir le rôle joué par Pascal Dubois, un journaliste proche du médecin. Égal à lui-même, le détective ne craint pas les obstacles sur le sinueux chemin de la vérité...
Et aussi "Pas de bavards à La Muette" (Nestor Burma) cliquez ici

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 12 2009 07:16

Baroudeur” (Éditions ActuSF, 2009) présente une sélection des cinq nouvelles choisies de Jack Vance. Cette réédition montre l’étendue du talent de l'auteur. Le premier texte joue autant sur le réalisme que sur le féerique. Vance évoque ensuite la question de l’intégration d’un peuple. Sur le thème de la colonisation, le suivant offre un dénouement fort subtil. La solitude est au cœur du quatrième texte. Le dernier pose la question de l’importance réelle des dieux. Narrateur hors pair conservant une tonalité légère et parfois enjouée, Jack Vance entraîne ses lecteurs. Il ne s’adresse pas aux seuls amateurs de Science-Fiction, mais à tous ceux qui aime les bonnes intrigues à suspense. Cette occasion de redécouvrir ses textes est un vrai plaisir.

La princesse enchantée (1954). Experts en effets spéciaux pour le cinéma, James Aiken est en visite à la clinique pour enfants du Dr Krebius. Il y croise un ancien producteur, Victor Martinon. Ce dernier crée aujourd’hui des films à épisodes, diffusés ici pour les enfants dans un cadre thérapeutique. Aiken rencontre aussi la jeune Carol, devenue aveugle après un choc psychologique. S’interrogeant sur les Studios Merlin, de Martinon, Aiken assiste à une projection d’un de ses films. C’est un conte féerique ayant pour héroïne une princesse Vasillissa, qui ressemble trait pour trait à Carol. Aiken s’avoue amoureux de la jeune fille. Le Dr Krebius lui explique les circonstances de la cécité de sa protégée. Quand Aiken converse avec Carol, celle-ci prétend n’avoir jamais fait de cinéma. L’expérience de sa mère, actrice ayant sombré dans l’alcoolisme, l’en découragerait. Bientôt, tout deux comprennent comment Martinon a fabriqué ce film. Le Dr Krebius tente une nouvelle expérience sur Carol. Utilisant à la fois son appareil spécial (l’Opticon) et du sérum de vérité, il espère découvrir la cause du choc psychologique de la jeune fille…

Personnes déplacées (1953). Dans un village d’Autriche, sortent de terre des êtres étranges. On pense bientôt qu’il s’agit d’une tribu troglodyte, que les autorités militaires s’efforcent de parquer dans un camp. On étudie ce peuple, différent mais de type humain. C’est maintenant par milliers et par millions qu’ils sortent. Il faut créer de nouveaux camps, trouver les moyens de les prendre en charge. L’affaire concerne rapidement le monde entier, l’ONU se doit d’apporter des solutions. Difficile d’aider ces Trogs, d’autant que les rejets nationalistes sont virulents. Faut-il laisser les Russes en faire des esclaves dans leurs mines ? Une partie de ces gens sont envoyés au Congo belge. Là-bas aussi, les réactions sont violentes. Quelle terre offrir à ce peuple trop nombreux ? Pourtant, ils finiront par ne plus poser de problème…

Le papillon de lune (1961). Edwer Thissel est depuis trois mois attaché consulaire sur la planète Sirène, où ne vivent qu’une poignée de Terriens. C’est une société complexe que celles des Siréniens. Tous portent des masques ayant un sens précis; tous s’expriment avec courtoisie dans un langage chanté. Bien que sommairement initié, Thissel reste assez étranger à cet exotisme. On lui confie la mission d’arrêter Haxo Angmark, un criminel qui vient de débarquer ici. Ce dernier a l’avantage de déjà connaître les lieux et les coutumes. Rolver, le contact local de Thissel, ne l’aide guère, pas plus que les autres Terriens. Pas facile de reconnaître le criminel quand tout le monde porte un masque. Le cadavre méconnaissable qu’on vient de découvrir n’est sans doute pas celui d’Angmark. Thissel essaie de ruser pour retrouver son suspect. Enquête où il risque sa vie, car la population déteste l’arrogant attaché consulaire…

Le Bruit (1952). Howard Evans a fait naufrage sur une planète qui lui est inconnue. Installé aux abords d’un lac, il lance des S.O.S. tant que sa batterie fonctionne. Sa survie ne pose pas de problème immédiat. Ici, les couleurs de chaque journée varient: le jour rouge succède au jour bleu, avant le jour vert. Evans croit entendre des sons et voir des mirages, telle cette ville de l’autre côté du lac, ou ces silhouettes dansantes. Il s’habitue à ces indigènes fantomatiques, ne menaçant nullement sa solitude. Si un équipage spatial vient le rechercher, quelle sera finalement sa réaction ?

Le temple de Han (1951). À Pézinge, sur la planète du dieu Han, Kelly vole un joyau dans le temple des prêtres de Han. C’est plutôt par jeu que pour le profit, puisqu’il enterre le joyau près de sa cabane. Quand il rentre à Pézinge, les prêtres ont commencé leurs représailles contre les enfants des Terriens colonisant leur planète. Kelly se dénonce, récupère le joyau, et retourne au temple afin de rendre le joyau. Son acte ayant eu des conséquences, il risque un châtiment. Il se trouve bientôt dans un décor incertain, face à des sortes de conseillers spirituels. Il doit accepter un duel en trois épreuves, l’opposant au dieu Han. L’intelligence humaine contre l’esprit d’un dieu, la victoire n’est pas acquise d’avance. Peut-être les joyaux qu’il porte l’aideront-ils ? 
Cliquez sur le site des Editions ActuSF

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Lundi 7 décembre 2009 1 07 12 2009 07:22
 

DepuisMort aveugle” (2002), on connaît les thrillers de Karin Slaughter, qui ont assuré son succès international. C’est une autre facette qu’elle présente avec “Pas de pitié pour Martin” (Grasset, 2009), une comédie à suspense. L’histoire du pathétique Martin, victime toute désignée, est véritablement savoureuse.

Martin Reed est un raté. Pas un simple perdant, un loser, mais un vrai minable. Enfant déjà, les élèves de son école le ridiculisaient. Or, beaucoup d’entre eux sont devenus, comme lui, employés chez Super Sanitaires. Âgé de 36 ans, il en a passé seize à la comptabilité de cette entreprise d’une bourgade de Géorgie. Son bureau est le passage obligé pour aller aux toilettes. Souffre-douleur de tout le personnel, cible de divers quolibets et mauvaises blagues, Martin craint en particulier sa collègue Unique Jones. Depuis trois ans, cette autoritaire et corpulente Noire n’est pas avare de pénibles réparties cinglantes. Ce n’est pas sa mère Evelyn qui l’a tellement aidé, même s’il habite encore chez elle. Evie préfèrerait un fils homo ou alcoolique, que cette sexagénaire aurait des raisons de défendre. Bien qu’intelligent, Martin supporte les humiliations sans réagir.

La modeste Toyota de Martin avait déjà été vandalisée. On avait gravé “Trouduc” sur sa carrosserie. Cette fois, c’est son pare-choc qu’il retrouve très abîmé et ensanglanté. Il se blesse en l’enlevant, détruit sa mallette en voulant nettoyer les traces de sang. Quand deux flics se présentent chez Super Sanitaires, Martin est subjugué par l’inspectrice An Albada. Le charme troublant de la policière le fascine. Ce n’est pas pour le problème “Trouduc” qui les amène, ils sont de la Criminelle. Sandy, une des employées de l’entreprise, a été victime d’un meurtre. On s’est servi de la voiture de Martin pour l’écraser à plusieurs reprises. Non seulement le comptable ne peut fournir d’alibi, mais il avait des motifs de vengeance contre Sandy. Martin est immédiatement inculpé. Bien sûr, il nie cet horrible crime, se demandant qui a cherché à le piéger.

Née dans une famille d’immigrés Hollandais, l’inspectrice Anther An Albada fut mariée à un homme violent, heureusement décédé tôt. Ses collègues masculins manquant de finesse, An s’inventa une vie parallèle qui lui valut la sympathie des autres flics. Pour le meurtre de cette Sandy, qu’elle ne trouve guère digne de pitié, Martin est sans doute le meilleur suspect. Mais, par certains aspects, An le trouve touchant. Martin ne peut quand même pas avouer à cette policière dont il est amoureux, où il se trouvait au moment du crime. Malgré un avocat commis d’office peu compétent, Martin est placé en liberté conditionnelle. Non sans méchanceté, sa mère lui apprend qu’on en a profité pour le virer de chez Super Sanitaires. Ce soir-là, il va récupérer ses affaires. Unique Jones est encore présente au bureau. Le lendemain, on la retrouve assassinée dans les toilettes. Cette fois, rien ne peut disculper Martin…

Humour noir, situations inexorablement accablantes, tonalité ironique, Martin s’enfonce pour notre plus grand plaisir. Le cas de la policière n’est pas moins insolite, avouons-le. Elle cultive les relations virtuelles d’une bien curieuse manière. Si le récit fait largement sourire, l’intrigue criminelle proprement dite n’est pas oubliée. Car, si Martin n’est pas l’assassin, qui veut à ce point le faire accuser ? Et pour quel profit ? Ce pauvre héros étant un grand lecteur de polars, l’auteur en profite pour faire allusion à d’autres célèbres romanciers américains (Stuart Woods, James Patterson, Janet Evanovich, Patricia Cornwell, etc.) Nettement moins sombre que ses titres habituels, ce roman drôle de Karin Slaughter est un régal.

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 12 2009 07:27
 

Après les romans de Lalie Walker et de Caroline Sers, parus dans la collection 7.5 (Éditions Parigramme), voiciL’Infante du Rock de Romain Slocombe.

Il est loin le temps où Alain Gluckheim était le parolier de Mona Toy, groupe rock underground qui connut un certain succès. Après avoir vécu à Tôkyô, il habite aujourd’hui à Paris, rue Cassini. Devenu romancier, il est constamment relancé par son ami Coppa dont le projet de film lui apparaît illusoire. Shôko, compagne japonaise d’Alain, est hospitalisée, victime d’une sorte de paranoïa appelée “le syndrome de Paris”. Les ventes baissant, son éditeur Husson estime que le nouveau manuscrit d’Alain est à revoir. Il croit bien plus en l’avenir de la jeune Christelle Coudreau, qui se prête volontiers à des jeux pervers qui alimenteront ses livres. Leurs orgies décadentes excitent peu Gulckheim.

Alain reste marqué par l’époque où on le surnommait Glucose, dans les années 1980. Et par le souvenir de Mona Granados, la chanteuse de Mona Toy. Son corps mutilé fut retrouvé dans la Seine début 1992, après qu’elle ait succombé à une overdose. En 1986, sa rencontre avec le Japonais Takao changea la vie d’Alain. Les Mona Toys glissaient alors vers leur déclin final. Journaliste, Takao était surtout le relais parisien du chef yakusa Matsutani. Après quelques “missions” douteuses financées par ces gens-là, Alain s’installa à Tôkyô. Il revit brièvement Mona Granados en août 1991, avec laquelle il partagea un trip sous acide. C’est aussi d’une overdose que mourut en 1998 Janlou, un des membres du groupe rock. Alain n’a plus de contact avec les autres.

Un soir, par hasard, Alain rencontre un ancien admirateur des Mona Toy. Dealer surnommé Tito la Came, ce Raymond prétend avoir aperçu récemment Mona Granados, bien vivante, vers Pigalle. Ensemble, ils essaient de la retrouver. Mais Raymond disparaît lorsque se produit un accident de scooter. Alain vient d’être contacté par Takao, qu’il avait perdu de vue. Le Japonais aurait un service à lui demander, mais il est difficile à joindre. Peu après avoir assisté à une expo de Lars, un des anciens de Mona Toy, Alain découvre le cadavre égorgé de Takao dans un parking. Il prend la fuite. Dès le lendemain, il se ménage un alibi, grâce à la jeune Clémence qu’il a rencontrée la veille. Juste à temps pour pouvoir répondre aux questions du policier Laval, qui enquête sur le meurtre de Takao.

Alain retrouve Bertrand, des ex-Mona Toy, reconverti en “D.R.H. nettoyeur”. Ce dernier lui confirme une mise en scène concernant la mort de Mona. À l’issue de la cérémonie d’obsèques de Takao, Alain est agressé par deux yakusa. Puisque Takao ne faisait plus partie de leur organisation, qu’on ne cherche pas à leur nuire ! Dernier membre des Mona Toy, Arnaud s’affiche comme gourou d’une secte. Grâce à lui, Alain apprend qu’un vrai danger le menace…

"Crazy poet" issu d’une des multiples tendances du rock underground, Alain est un héros-loser qui poursuit plus de vingt ans après une errance artistique et personnelle, restant quelque peu naïf. Après le relatif et bref succès d’un groupe d’allumés, il a zappé toute une période en s’exilant au Japon, avant de revenir en France, espérant trouver un fragile équilibre. Ce personnage évoluant en décalage avec la réalité, pensant revoir vivante celle qu’il idolâtrait, n’a rien de pitoyable. Quand unrêveurest entraîné dans des aventures qui le dépassent forcément, on s’y attache et on le suit dans ses pérégrinations égarées. Sans doute y a-t-il une certaine part (extrapolée) devécudans ce récit. Même s’il s’autorise quelques digressions, précisons que Slocombe ne se contente pas d’un scénario prétexte autour d’Alain. C’est une solide intrigue, énigmatique et sombre, qu’il nous a concocté. Un suspense fort convaincant.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 12 2009 07:18

Colin Cotterill fut un des premiers auteurs évoqués par Action-Suspense. Depuis, ses deux romans ont été réédités en format poche. C'est l'occasion de revenir plus en détail sur ces deux histoires véritablement originales, d'un auteur récompensé par le Prix du Polar SNCF pour “Le déjeuner du coroner”. Gardant sa sérénité malgré les évènements secouant son pays, Siri Paiboun est un héros véritablement attachant. Il traverse des aventures à la fois souriantes, humaines, et surprenantes... voire ensorcelantes.

Le déjeuner du coroner (2006)

Laos, 1976. Septuagénaire, le docteur Siri Paiboun est un homme sage, calme et intègre. Il est sceptique quant à la récente révolution démocratique, à laquelle il a contribué. Si l’idéal est juste, le pouvoir est corrupteur. Mais ce médecin, formé autrefois en France, aime son pays. « Quitte à être mal gouverné, autant l’être par d’autres Laotiens » pense Siri. Contre son gré, on lui a attribué le poste de coroner de la République, à Vientiane. Il est assisté par la robuste infirmière Dtui, et par M.Geung, trisomique léger. Il exerce sous l’autorité d’un jeune juge mal qualifié, auquel il finit par imposer le respect. Bien qu’il manque de moyens et de compétence, Siri se satisfait de cette fonction assez tranquille.

Le décès de l’épouse d’un officiel du Parti entraîne une autopsie. Selon Kham, le mari, elle est morte d’un abus de lahp, plat à base de viande crue. Mais les analyses révèlent la présence de cyanure. Peu après, le rapport du médecin disparaît. Siri s’interroge aussi sur la mort de trois vietnamiens, qui semblent avoir été torturés. Avec un confrère venu de Hanoi, ils tentent de comprendre. La mission du trio était secrète, mais dans l’intérêt des Laotiens. Quelqu’un veut envenimer les relations avec le Vietnam. Une autre affaire oblige Siri à se déplacer dans le sud du pays. Les chefs d’un projet militaire y sont victimes d’une malédiction trouvant son origine dans un village Hmong.

Siri est trop cartésien pour se croire la réincarnation de Yeh Ming, un prestigieux chaman admiré par les Hmongs. Mais s’il est son médium, ça peut expliquer les étranges rêves du médecin. Hanté par les morts, Siri parvient à interpréter certaines visions. Pour l’heure, il doit surtout se protéger, car on essaie plusieurs fois de l’assassiner. La supposée jeune amante de Kham se suicide, avouant le meurtre de l’épouse. Siri n’y croit pas. L’aide de son ami politicien Civilai et de l’honnête policier Phosy fait progresser son enquête.

La dent du Bouddha (2007)

Vientiane, mars 1977. Le vieux docteur Siri Paiboun est toujours le médecin légiste national du Laos démocratique. Depuis qu’il se sait investi de l’esprit du légendaire chaman Yeh Ming, Siri prête attention à tout signe ou vision. La mort de deux cyclistes près d’un ministère apparaît énigmatique. Une des victimes a fait une chute de plusieurs étages. C’était un archiviste du ministère, qui voulut ouvrir un coffre ayant appartenu à la famille royale. Il semble dangereux d’essayer de forcer l’objet. Dans le même temps, plusieurs femmes sont mortellement agressées. Une ourse échappée de sa cage se vengerait des humains, selon une version probable. Le Dr Siri ne peut s’attarder sur ces affaires, car il est envoyé en mission dans l’ancienne capitale royale. Deux pilotes d’hélico ont été abattus, sans doute des fidèles de l’ancien régime. Dans le magnifique verger de l’ex-roi, Siri rencontre un jardinier nostalgique. Il reconnaît le monarque déchu, qui a perdu le kwun, l’esprit sacré de sa dynastie.

Le politburo local réunit les chamans de la région. On exige que les esprits se plient aux règles du nouveau régime. Après cette divertissante soirée, Siri retourne à Vientiane. Où il est arrêté, un voisin jaloux l’accusant de vandalisme contre-révolutionnaire. Son assistante, l’infirmière Dtui, a commencé à enquêter sur les crimes de l’ourse. Un dompteur russe affirme qu’il s’agirait plutôt d’un félin. Un tigre en liberté à Vientiane, c’est impensable. A moins qu’il ne s’agisse d’un “tigre-garou”. Un ami de Siri parvient à ouvrir le coffre royal du ministère. Il contient des marionnettes, sachant se défendre si l’on n’observe pas un certain rituel. Dtui a suivi la piste d’un délinquant libéré, qui se transforme en “tigre-garou”. Siri recherche son infirmière dans des tunnels oubliés...

Originalité des décors et des personnages, on l'aura compris. Soulignons également la belle traduction de Valérie Malfoy. Sir Paiboun est incontestablement un héros à découvrir !

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 12 2009 07:25
 

Renaud Marhic a relancé voici environ un an la collection Polars&Grimoires, publiée désormais chez EdB. Elle compte aujourd’hui quatre titres, plus un cinquième à paraître prochainement. Renaud Marhic répond à quelques questions d’Action-Suspense.

D’abord, rappelle-nous la thématique de la collection Polars&Grimoires…

R.Marhic : Des enquêtes de type policier, des intrigues contemporaines prenant pour base le légendaire du monde. J’aime à dire qu’il s’agit de mettre en scène l’humanité confrontée aux « locataires de son imaginaire » : de la Dame Blanche à l’Ankou… des Korrigans à la Bête du Gévaudan… Avec un double objectif : d’une part le plaisir de lecture à travers des intrigues servies par des auteurs confirmés, d’autre part la découverte didactique de la légende servant de base à ces intrigues. (Précisons que marque et concept sont déposés…)

Frédérick Houdaer a évoqué l’Ankou, personnage emblématique des légendes bretonnes, mais l’affaire mène son héros bien loin de cette région…

R.M.: Oui, aux États-Unis précisément, "Ankou, lève-toi" revisitant la rumeur de Roswell. À travers ce clin d’œil, Frédérick Houdaer nous montre que nos croyances les plus modernes (celles relatives aux « Petits Gris » et autres extraterrestres) ne sont jamais que les croyances de jadis remises au goût du jour. Une version technologique de ce que l’on nomme parfois le « légendaire archaïque ».

Plus universelle, la Dame Blanche évoquée dans le roman de Michel Brosseau. Elle est de presque toutes les mythologies ?

R.M.: La Dame Blanche semble un personnage majeur de divers folklores européens. Pour ce qui est de sa manifestation la plus moderne –« l’autostoppeuse fantôme »–, là encore, on ne sera pas étonné qu’avant d’arrêter les véhicules automobiles, elle ait arrêté les charrettes à cheval, comme en atteste le légendaire breton. Dans "La Dame Blanche était en noir", Michel Brosseau montre d’ailleurs comment l’autostoppeuse fantôme, qui met en garde les automobilistes contre les dangers de la route, rappelle en tout point la banshee des Irlandais : un esprit familier ayant pour fonction d’annoncer les naissances et les décès, apparaissant vêtue de gants blancs pour l’annonce des nouveau-nés, de gants noirs pour les deuils…

Contexte historique autant que légendaire dans le cas du roman de Bernard Léonetti, puisque la Bête du Gévaudan semble être de retour ?

R.M.: La Bête du Gévaudan, quel qu’ait pu être cet animal, appartient en effet à l’Histoire. Mais cet épisode historique a engendré quantité de légendes. "Gévaudan !", quatrième opus de Polars&Grimoires, permet de s’en apercevoir puisque le roman propose un tour d’horizon très complet de tout ce qui a pu se dire ou s’écrire sur cette fameuse bête : du fauve ramené d’Afrique à la survivance d’un animal préhistorique en passant par l’immixtion d’une créature extraterrestre…

Tu considères qu’il existe une certaine unité entre ces titres ?

R.M.: C’est même la marque de fabrique de Polars&Grimoires ! Les légendes dont nous utilisons les thématiques sont rarement « innocentes ». On sait que la rumeur est souvent propice à la stigmatisation de tel ou tel bouc-émissaire. Pareillement, le légendaire a souvent une fonction sociale bien précise. Que l’on soulève le tapis du merveilleux et ce sont les noirceurs de la nature humaine qui apparaissent… La question posée ici est bien sûr celle de l’instrumentalisation des croyances à des fins peu avouables…

Ton premier titre tournait autour des légendes relatives à Brocéliande. Dans ton nouveau roman, ce sont d’étranges korrigans qui reviennent hanter la Bretagne…

R.M.: Les Korrigans sont les lutins des légendes bretonnes. "Korrigans Connection" met en scène une vague de témoignages partie de Bretagne et qui gagne peu à peu le reste du pays… Partout, des hommes et des femmes déclarent avoir été confrontés à des créatures de petite taille au comportement déroutant… (La modification des alignements de Carnac n’étant pas le moindre de leurs exploits.) Mais pour les observateurs de la DCRI (le contre-espionnage), il apparaît vite que ladite vague a pour origine la commune natale de Jacquelin de Pontreau, ministre de l’Intérieur en titre. Et que les témoignages semblent constituer un rébus à l’attention de celui-là…

Merci à Renaud Marhic, dont “Korrigans Connection” (EdB/Polars&Grimoires) sera bientôt en librairie, mais dès maintenant disponible sur
www.polarsetgrimoires.fr
Pour plus d'infos, cliquez ci-dessous :
Un précédent article sur Polars&Grimoires
Une chronique sur "Gévaudan !" de B.Léonetti

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 12 2009 07:19
 

Émile Gaboriau (1832-1873) fut un des précurseurs de la Littérature policière.L’affaire LerougeetMonsieur Lecoqétablirent quelques-unes des bases du roman d’énigme. Gaboriau était conscient de l’aspect ludique du mystère:Le rôle du lecteur est de découvrir l’assassin. Le rôle de l’auteur est de dérouter le lecteur. Voilà toute ma science.Réédité en 2009 dans la collection Piccolo, chez Liana Levi,Le petit vieux des Batignollesest un roman court méritant d’être redécouvert.

Paris, 19e siècle. Étudiant en médecine, Godeuil a sympathisé avec le voisin qui l’intriguait tant, Monsieur Méchinet. Cet homme semblant mener une vie agitée s’avère être un policier. Ce jour-là, un crime ayant été découvert au 39 rue Lécluse, le duo se précipite sur les lieux. C’est un vieux monsieur aisé, ancien coiffeur, que l’on a poignardé dans son appartement. Traçant le début d’un nom avec son sang, la victime a désigné son assassin. Il s’agit de Monistrol, neveu et héritier du vieux monsieur. D’ailleurs, la concierge l’a vu arriver vers neuf heures et repartir à minuit. Pourtant, Godeuil remarque que la victime a écrit ces signes de la main gauche, ce qui parait improbable. En outre, l’étudiant diagnostique une mort immédiate du poignardé.

Pendant ce temps, Monistrol a été arrêté à son domicile. Tout de suite, il a admis son crime. Sa séduisante épouse Clara a eu beau protester de l’innocence de son mari, on a mis le suspect en cellule à la Préfecture. Godeuil offre au policier Méchinet un bon indice, un bouchon oublié qui servit à protéger la lame du poignard. La concierge témoigne que le vieux monsieur, bien que fort aimable, se refusait à avancer la moindre somme d’argent au couple Monistrol. Elle confirme avoir vu passer la silhouette du neveu, ainsi que son fidèle chien, le soir du meurtre. Méchinet et Godeuil se rendent ensuite au Quai des Orfèvres, où le suspect affirme toujours être coupable. Des aveux incertains, car il ignore visiblement tout des faits réels. À moins qu’il ne joue la comédie ?

Caroline Méchinet, l’épouse du policier, expose à son mari et à leur jeune voisin son opinion sur l’affaire. Pour elle, si Monistrol est bien le coupable, la belle Clara serait l’instigatrice du crime. Manquant d’expérience mais pas de réflexion, l’étudiant Godeuil reste convaincu de l’innocence du suspect. Il accompagne le policier dans le quartier où les Monistrol tiennent une modeste boutique. Rusant avec les commerçants du voisinage, M.Méchinet constate que Monistrol est estimé de tous. L’opinion sur sa femme Clara est plus mitigée, mais sans rumeur négative à son encontre. Mme Monistrol les reçoit quelque peu théâtralement dans sa boutique. Il se confirme que son mari n’a pas d’alibi pour la soirée du meurtre, tandis qu’elle possède plusieurs témoins. Godeuil se demande si le désespoir de la jeune femme est vraiment sincère. Le policier Méchinet doit se montrer subtil pour découvrir la piste déterminante…

Écrit vers 1870, ce court roman apparaît aujourd’hui comme l’archétype du récit d’enquête. On peut y détecter beaucoup d’éléments dont se serviront plus tard d’autres romanciers, de Sherlock Holmes (le narrateur préfigure Watson) à Georges Simenon (personnages issus de la population-type, bourgeois ou petites gens). On a même un policier qui s’oppose à la version acceptée par sa hiérarchie, ce qui rappelle bon nombre de romans plus récents, parfois noirs. On devine que Gaboriau veut éviter certains effets trop faciles, courants dans le roman populaire d’alors. Nous avons ici l’ambiance parisienne de l’époque et une intrigue fort habile, avec toutes les hypothèses nous venant à l’esprit. Lire “Le petit vieux des Batignolles”, ce n’est pas seulement compléter sa culture-polar, c’est surtout une vrai plaisir.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 12 2009 07:21
 

Il était temps que Virginia Valmain, belle détective de 32 ans basée dans la région de Dunkerque, nous raconte ses exploits. C’est chose faite, dansLes disparus de l’A16(Ravet-Anceau, Polars en Nord), que Virginia Valmain cosigne avec le romancier Maxime Gillio. On y fait la connaissance de cette fougueuse enquêtrice, souvent impliquée dans des affaires agitées.

D’abord, il est nécessaire de présenter brièvement ses remarquables associés. Sa tante Mère-Grand est une corpulente lesbienne, spécialiste (entres autres) en informatique et en réparties vachardes. Quant à Lao-Tseu, comme son nom ne l’indique pas, c’est un géant Malien au QI faiblard mais aux muscles puissants. Deux énergumènes manquant un peu de distinction, mais plutôt efficaces. Afin de glaner quelques infos, Virginia fait aussi appel à David, beau gosse surnommé “Curly” pour des raisons intimes. En outre, la détective est proche du policier Adam Bathany, qui aimerait bien reconquérir son ancienne amante Virginia. Voilà pour la photo de groupe des protagonistes.

La jeune femme est engagée par l’épouse anglaise d’un des disparus de l’affaire Saint-Folquin. C’est dans ce village en bordure de l’A16 qu’ont disparu depuis six mois quatre hommes et une femme: Évelyne Maes, femme au foyer d’Angers; Raymond Tournier, cuisinier à Limoges; Brian Slatter, chauffeur routier anglais; Dirk Rummenigge, footballeur pro allemand; et Jos Vandewaele, citoyen belge. On ne voit guère de point commun entre eux. Peut-être que les fréquents changements de clubs du footeux allemand peuvent fournir une piste. Mais rien ne confirme réellement qu’il soit le pivot de l’affaire. À Saint-Folquin, l’ambiance est dantesque quand y débarquent en camping-car Virginia et ses amis. C’est particulièrement vrai à l’auberge des Dupuis, où ils font la connaissance de Silke. Cette journaliste allemande enquête (natürlich) sur le cas de son compatriote.

Florine Zoonekind, la maire du village, dont le visage s’orne de pustules et autres rebutants boutons, admet que ces disparitions ont dopé le commerce local. Mais elle ne sait rien de plus. La présence de la détective semble déranger, car le camping-car de Mère-Grand est vandalisé. Un détour par Angers lui fait découvrir la famille de nazes d’Évelyne Maes, père et enfants aussi écœurants de bêtise crasse. Chez la pieuse épouse du disparu belge, Virginia constate qu’il n’y est pas regretté. Sa cliente, la femme de l’Anglais, n’étant pas plus agréable, la détective en conclut que la plupart des disparus étaient mal mariés. Quand Lao-Tseu est agressé avec violence à Saint-Folquin, c’est encore un avertissement menaçant. Que l’arme, une clé à molette, provienne de chez le ferrailleur du village, beau-frère de Mme le maire, ne prouve sans doute rien.

Quand l’aubergiste Dupuis est assassiné, Virginia n’oublie pas que l’épouse du défunt le cocufie avec un discret amant, peut-être depuis plusieurs mois. David “Curly” serait bien avisé de s’interroger sur la belle journaliste Silke, devenue si câline avec lui. Quand réapparaît Évelyne Maes, celle-ci affirme avoir été séquestrée par des extra-terrestres, témoignage incertain mais fort précis. Après deux autres meurtres, Virginia va devoir démêler les nœuds de cette énigme, sachant qu’elle a probablement plusieurs adversaires distincts…

La pétulante héroïne (le qualificatif lui correspond idéalement) installe une complicité amusée avec le lecteur, un peu à la manière d’un San-Antonio. Outre ses pittoresques associés, auxquels une dose de vulgarité ne fait pas peur, Virginia est confrontée à une galerie de personnages hauts en couleur. (Formule sobre, qui évite de souligner qu’ils sont carrément déjantés, grotesques, etc.) Nous sommes ici dans une comédie à suspense, revendiquée comme telle. Néanmoins, exploiter une veine comique ne suffit pas pour captiver. Miss Virginia n’oublie pas de nous rappeler que nous sommes dans un polar vrai de vrai, où la gaudriole doit laisser une large place à l’intrigue. C’est pourquoi elle nous présente une véritable affaire criminelle, avec ses mystères et une cascade de péripéties, sans oublier une pléiade de suspects et moult rebondissements.

Parmi les éléments souriants, on notera le passage (en guest-star) de Didier Daeninckx, ou cet extrait musical, dans lequel Silke veut retenir David :« — David, ne me quitte pas ! Moi ich t’offrirai des Perlen de pluie venues de Länder wo il ne pleut pas. On a vu souvent rejaillir le Feuer von un ancien volcan qu’on croyait zu vieux. Ich te promets le Salz au grüsse von mein bouche. Laisse-moi une dernière chance ! Ach, tu verras, tu verras, tout recommencera, tu verras, tu verras…

 

Paroles ! Paroles ! Paroles !

Nein, ne m’abandonne pas ! Comme quand meine Mutter sortait der Abend et qu’elle me laissait allein mit mein désespoir. Ich bin malade ! Ich te donne alle meine différences ! Alles ces défauts qui sont autant de Chancen ! »

Une aventure dynamique et débridée, une enquête énergique. C’est tellement réjouissant que l’on en redemande !

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 12 2009 07:24
 

Parmi lesNouveaux mystères de Paris, de Léo Malet, évoquons un des titres quelque peu oublié de la série, "Pas de bavards à La Muette" (1956).

L’affaire qui amène le détective Nestor Burma dans le quartier parisien de Passy-La Muette est assurément “un truc sans bavure”. Les bijoux de Mme Ailot ont été dérobés par son ancien chauffeur, Yves Bénech. Il s’agira tout simplement de retrouver l’employé indélicat et les bijoux volés. Au besoin, Nestor Burma peut verser une petite somme au type pour qu’il se montre compréhensif. Aucun pépin à craindre, semble-t-il. Burma s’installe dans le même hôtel qu’Yves Bénech, visite sa chambre, le cherche auprès d’un gros homme chauve (qui mène une insolite vengeance). S’ensuit une discussion nocturne avec l’ancien chauffeur devenu voleur, qui va réfléchir à son offre. Peu après, Bénech est assassiné.

Encore un cas simple, que ce meurtre. Bénech a été supprimé par Suzanne, la nièce de Mme Ailot. Un brin dérangée du cerveau, la jeune femme (elle a vingt ans) était droguée au moment des faits. Tout ce qu’elle risque, c’est l’asile. Triste, à cet âge, bien sûr. D’ailleurs, le commissaire Florimond Faroux n’aime pas la tournure de cette affaire.
Tant qu’on n’a pas retrouvé les bijoux, Burma estime que sa mission n’est pas terminée. Il reste dans le même hôtel, où il reçoit la visite musclée d’un certain Lozère. Des truands seraient donc mêlés à cette histoire déjà embrouillée ? Pour y voir plus clair, le détective appelle à la rescousse sa secrétaire Hélène et son adjoint Zavatter. L’attitude de M.Ailot envers sa femme et leur fils mérite qu’on s’interroge, autant que sur la discutable authenticité des bijoux disparus. Le meurtre d’un joaillier Juif permettrait-il d’expliquer certains faits ?

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 07:18
 

Le public français avait découvert le commissaire Van In, héros créé par Pieter Aspe, dansLe carré de la vengeance(2007). Cette série publiée chez Albin Michel connaît un beau succès, puisque voici déjà la cinquième aventure du policier brugeois,Le collectionneur d’armes(2009).

Patrick Claes est un trader réalisant de spectaculaires opérations financières. Son épouse Judith le croit mort quand elle le découvre peu après une agression. Le voleur a emporté sa précieuse collection d’armes à feu. Face au commissaire Pieter Van In, assisté de son adjoint Guido Versavel, la sensuelle Judith dit tout ignorer des faits. De retour dans sa luxueuse propriété après hospitalisation, Claes est interrogé par le duo de policiers. Sa version les laisse sceptiques, quand il affirme ne pas avoir vu l’agresseur. Le puissant Claes n’est pas de ceux qu’on bouscule pour obtenir la vérité. Hannelore Martens, la compagne de Van In, étant la juge d’instruction chargée du dossier, on n’enterrera pas l’affaire. Si Stefaan Wille vit dans une aisance certaine, ce n’est pas grâce à son métier de barman. Ce traficoteur accepte d’acquérir la collection d’armes volées, qu’il espère revendre à bon prix, peut-être à Claes lui-même. Il n’en aura pas le temps, car on le retrouve assassiné peu après. Chez lui, aucune trace des armes dérobées, sauf la liste de celles-ci. On finit par les découvrir dans sa voiture, mais il manque un ­“coffret de duel” avec ses deux pistolets. La police ignore que l’objet disparu contient aussi une disquette informatique compromettante.

Hannelore et Van In émettent quelques hypothèses sur le lien entre meurtre et vol, que tous deux estiment trop simplistes. Le couple passe la soirée au “Privilège”, le club libertin où Wille était vaguement barman. Faisant pression sur le personnel, ils obtiennent le nom d’une relation de Stefaan Wille, le romancier Victor Anderson (de son vrai nom Olaf Asselberghs). Degruyter, un repris de justice à peine sorti de prison, est anonymement dénoncé comme étant l’assassin de Wille. Même s’il connaissait la victime, il nie l’avoir tuée. Pendant ce temps, Claes et son épouse se livrent à leur petit jeu favori : il enferme Judith dans leur cave-bunker. D’ordinaire, cette “punition” est suivie d’un “cadeau”. Mais le mafieux Serov, associé de Claes dans certaines opérations, exige qu’il se fasse oublier. Le majordome Cardoen, au service du Russe, s’occupera de Judith et de la propriété. D’ailleurs, quand Hannelore s’invite chez Claes, Cardoen se fait passer pour le maître des lieux. Doutant quand même, la juge surveille et piste le faux Claes, prenant quelques risques inconscients. Van In et Versavel contactent le romancier Olaf, devinant vite un lien entre Judith et lui. Olaf est bientôt assassiné à son tour. Ce second meurtre disculpe Degruyter…

Le terme “roman d’enquête” n’est probablement pas approprié dans le cas présent. D’abord, Van In s’intéresse davantage à sa compagne Hannelore et à leurs petits jumeaux, tout en éclusant sa ration de Duvel, tandis que Versavel observe, en ami fidèle du couple. Par la suite, les policiers sont loin d’imaginer quel imbroglio cache cette petite affaire de vol, suivi de plusieurs meurtres. Ils ne savent pas que des politiques (et le supérieur de Van In) sont impliqués dans une magouille financière de Claes. Ils ne connaissent pas la sculpturale Joyce qui, d’amant en amant, joue son propre jeu. Les rôles du mafieux Serov et de son sbire, ils ne les découvrent que tardivement. Quant aux curieuses expériences du couple Claes, ils n’en ont aucune idée. Malgré cette ignorance de tant de détails (et c’est là que réside le talent de l’auteur) l’histoire évolue à bon rythme, avec ses péripéties, une part de suspense (Hannelore a disparu) et un certain humour. C’est ainsi qu’on se laisse charmer par cette histoire brugeoise, certes tarabiscotée, mais finalement solide. L’univers du commissaire Van In nous offre un très bon moment de lecture.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 11 2009 10:32
 

Si on cite toujours "J’irai cracher sur vos tombes" (1946), parmi les romans noirs de Boris Vian (publiés sous le pseudo de Vernon Sullivan), on devrait évoquer aussi le suivant, "Les morts ont tous la même peau" (1947). Ce roman est aussi dense, sombre et ironique que le premier.

Dan est videur dans un bar de New York depuis cinq ans. Ce métier lui convient. Il est marié à Sheila, avec laquelle il a un enfant. Il arrive à Dan de faire l’amour avec la première fille venue, une de ces prostituées fréquentant le bar. Il estime ne pas vraiment tromper son épouse. Depuis peu, Dan éprouve quelques états d’âme. Voilà cinq ans qu’il cogne sur les excités, quand ceux-ci se montrent trop agressifs. Il frappe des ivrognes Blancs. Bien que ça ne se remarque pas, lui-même est Noir. Plus exactement, Dan est un sang-mêlé qui a réussi à cacher ses origines, alors qu’ils ne devrait pas se trouver chez les Blancs. Ça lui a longtemps plu de corriger des Blancs, mais ça l’amuse maintenant moins. Il ne sait dire pourquoi. Peut-être que, trop bien intégré, il est devenu Blanc ?

Dan a un frère, Richard, qui est visiblement Noir. Un jour, en l’absence de Sheila, Richard se rend chez Dan afin de le faire chanter au sujet de ses origines noires. Il n’existe qu’une solution, supprimer le maître chanteur. D’autant que la menace a une influence sur la virilité de Dan. Il n’a pu faire l’amour à son épouse depuis. Il doit supprimer son frère, en se ménageant un alibi. D’ailleurs, qui se souciera de la mort d’un Noir ? Hélas, la maîtresse de Richard est témoin du meurtre. Elle dénonce Dan, qui doit prendre la fuite. La presse se déchaîne contre le criminel. Tandis que Sheila envisage le divorce, Dan se planque. Ses chances de s’en sortir sont infiniment minces...

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Samedi 28 novembre 2009 6 28 11 2009 07:11
 

Action-Suspense a déjà évoqué les romans de Sylvain Jazdzewski (cliquez ici). Il vient de publier son nouveau titre “Macchab’ en eau douce”, dans la collection Riffle Noir. On aura bientôt l’occasion d’en parler ici. Sylvain Jazdzewski a répondu à une interview dans le fanzine DEVYLS-CROZIAN. Voici quelques extraits de cet entretien, où il démontre son non-conformisme.

Vos livres se déroulent dans des villes imaginaires. Pourquoi ?

S.J.: Je ne vois pas l’intérêt de situer l’action très exactement. La fiction, c’est aussi ça, ne pas lire un dépliant touristique… Je crée des personnages et une ville. La ville ne doit pas être décor/excuse… Je trouve plus satisfaisant de faire évoluer mes personnages dans des rues aux noms plus évocateurs que ceux qu’on peut trouver… J’aimerais une rue George Harrison, une rue Almodovar ou une nationale Miles Davis. Alors je préfère inventer des noms de rues qui me plaisent… Je ne pense pas écrire pour les personnes qui veulent retrouver leur rue ou leur quartier.

On a l’impression que le style est important, chez vous ?

S.J.: C’est sûr que je n’écris pas comme Proust ou d’Ormesson… Je préfère utiliser un langage qu’on dirait parlé, oral plutôt qu’un langage chiadé. Alors là oui, c’est clair, je me mets à dos le grammairien et le pseudo respectueux de la langue, le lecteur du Goncourt aussi bien que celui qui croit qu’il ne faut pas dire “des chevals”. Mais j’assume. La langue française est un polysystème en perpétuelle évolution.

Plutôt Céline que Mauriac ?

S.J.: Le problème avec Céline, c’est les gens qui disent : J’aime bien, mais… J’en ai rien à foutre qu’il ait été antisémite. Je n’ai pas lu et ne lirai jamais Bagatelle pour un massacre pas plus que je ne lirai Mein Kampf ou autres balivernes raciste, nazie, communiste, colonialiste, guerrière ou faisant appel à la haine. Simplement, chacun a ses opinions et on n’est pas obligé de les partager. Donc, oui Céline est un grand auteur, et je ne dirai jamais : J’aime bien, mais… L’autre problème, c’est qu’on lui est systématiquement comparé dès qu’on s’éloigne du style traditionnel. Faudrait un peu dire à ces gens-là que Bardamu était un passeur, une borne dans la littérature et pas un maître étalon. Depuis, d’autres comme Audiard ou San-Antonio ont fait entrer le langage dans une autre dimension. On retrouve le même problème avec Zola. Dès qu’on traite un sujet dit social, on est comparé à l’auteur de Germinal. C’est gonflant. Et ça dénote une culture scolaire par trop envahissante… Faut réveiller les gens saturés de normalité…

Pourtant vos personnages sont caractéristiques, représentatifs de la société française ?

S.J.: Plutôt tournés vers les marginaux, oui, mais pas que… Chez moi, les gens ne sont ni bons, ni mauvais, ils tentent d’exister comme tout le monde, se débattent dans la merde ambiante. Pas de cocktails à l’ombre des piscines, pas de serial killers qui dégomment à tout va ou de mafieux qui gèrent des quartiers malfamés. Par contre, des gens qui n’arrivent pas à payer leur loyer, des qui slaloment entre dégoût et tristesse, des qui n’arrivent pas à vivre la vie telle qu’elle devrait être, des qui sont écrasés par la morosité, ça oui…

Polar ou roman noir ?

S.J.: Je préfère parler de roman noir. Comme la vie de mes personnages. Polar oui, car on y trouve des éléments propres à une enquête. Mais pas roman policier, surtout pas… Il faut différencier le polar du côté de l’ordre, bien propret, avec rien qui dépasse, et celui qui fait tâche, qui sort des sentiers battus… Chez moi, le flic n’est pas un parangon de justice, il sait très bien que tout ça c’est magouille et compagnie. Comme dans la vie, on trouve plusieurs crimes commis et un parcours aléatoire entre le bien et le mal, ou plutôt l’ignorance et le savoir… Et puis, écrire sur un flic, ça ne me correspond pas. Pour moi, le flic c’est celui qui m’arrête parce que je n’ai pas d’assurance bagnole ou qui me dit de dégager. Je ne peux décemment pas écrire sur ce genre de personnage. Ou alors, il est hors norme, comme mon Ledru. J’écris plus pour ceux qui se font arrêter dans la rue que pour ceux qui veulent que les chaussettes à clous protègent leur petit capital…

Venu de la poésie, aviez-vous le besoin de changer d’univers ?

S.J.: Je voulais raconter des histoires, ce que je faisais déjà avec ma poésie. Donc, oui, créer un personnage récurrent et le voir évoluer, cette idée m’a été suggérée par mon éditeur. Dans La tectonique des ploucs et sa suite Les rentiers de la perdition, Ledru combat plus ses propres problèmes que le crime… Dans La guerre des mistons, ce soit trois gosses qui sont confrontés aux mêmes genres de problèmes… J’essaie de ne pas m’enfermer dans des clichés. Même si j’en utilise certains comme les mafieux russes ou la secte satanique. Et puis, il fallait éviter le trip classique: un crime et le flic qui résout le truc. Là, il évolue avec son collègue et Germaine, et préfère participer à une association qui tente d’aider les junkies. On n’est pas chez Navarro, quoi… Macchab’ en eau douce est le suivant. On y retrouve Ledru dans un schéma plus classique, à savoir un crime de départ qui reste une énigme tout au long du récit…

Quels sont vos auteurs préférés ?

S.J.: Pas facile de répondre à ça. Cendrars, Bloy, Du Bellay, Cioran, Calaferte, Marcel Aymé, pour les classiques comme on dit. Goodis, Ken Bruen, Siniac, Pouy, Philip K.Dick, Dantec, Kureishi, Charyn, Schopenhauer, liste non exhaustive… De toutes façons, j’ai plus été influencé par les critiques comme Patrick Eudeline ou Philippe Garnier, ou les traductions des textes de Paul Weller, Ray Davies ou Neil Young. C’est ça qui m’a incité à écrire…

© fanzine DEVYLS-CROZIAN.

Les romans de Sylvain Jazdzewski sont publiés par Le Riffle :
www.leriffle.com

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 08:03
 

On peut retenir les noms de Renée Bonneau et Gisèle Guillo, parmi les auteurs invités au Festival polar de La Ferté-sous-Jouarre, les 28 et 29 novembre 2009,. Voilà l’occasion d’évoquer un des romans de la première, et d’évoquer plusieurs titres de la seconde.

"Nature morte à Giverny", de Renée Bonneau (Editions du Valhermeil, 2006)

Été 1908, à Giverny. L’expert japonais Hakasuko et sa fille Ophélia sont les invités de Claude Monet. Si la vue du Maître âgé faiblit, son art reste intact. Il ne reçoit plus guère, ce que regrette le petit groupe logeant près de chez lui, à l’hôtel Baudy. Ces jeunes peintres américains admirent Monet. Stanley et son frère Linley ne manquent pas de talent. Accompagné de son épouse Elisabeth, Donald est peu créatif. Leur amie photographe Lilian espère quelques clichés du grand peintre. Le journaliste français Robert Fresnot, proche du défunt Lautrec, habite aussi l’hôtel. On y trouve encore un vieux théâtreux et sa compagne, ainsi que le commandant Chamançay (ami de Dreyfus) et sa femme.

Ophélia sympathise bientôt avec les jeunes américains. Elle joue au tennis et passe d’agréables moments en leur compagnie. Elle masque son attirance ambiguë pour Elisabeth. Parfois, Ophélia se montre un peu trop vive, provocant querelles et tension. Certains pourraient s’avérer rancuniers. Un jeune jardinier légèrement simplet est amoureux d’elle. Tout comme Linley qui a peint un portrait singulier d’Ophélia, toile qu’elle déteste. Le vieux comédien et l’officier ont également des raisons de lui en vouloir. En outre, une ombre rôde la nuit dans la propriété de Monet, mal protégée contre les voleurs. Un matin, le Maître découvre le cadavre de la jeune femme dans son "jardin d’eau", le fameux bassin aux nymphéas. La police interroge tout le monde, soupçonnant fort le jardinier. C’est le journaliste qui va remarquer l’indice capital dénonçant l’assassin…

Les "polars historiques" laissent parfois sceptiques. Soit ils donnent plus d’importance au contexte de l’époque qu’à l’intrigue. Soit l’étalage d’érudition nuit a l’intérêt du récit. Ici, au contraire, l’harmonie est parfaitement respectée. Un drame couve au sein de ce groupe d’amis, la mort d’Ophélia est inéluctable. Dans ce décor début du 20e siècle, entre insouciance et malaise, l’ambiance est absolument crédible. Comme ces jeunes gens, nous approchons avec plaisir et émotion le merveilleux Claude Monet. Voilà un roman de très belle qualité.

Tous les titres suivants de Gisèle Guillo sont publiés aux Éditions Alain Bargain.

"Tempête à Quiberon" (2003)

Margot, 35 ans, chroniqueuse de mode, s’est installée à l’hôtel "Santez Anna" de Quiberon. Elle y fait la connaissance d’une diva qui fut célèbre, Francesca Verani-Gobi. Celle-ci est choyée par Stéphanopoulos (le directeur) comme par Edouard (le maître d’hôtel). La mort par noyade sur la Côte Sauvage d’un retraité semble être une erreur. C’est le grand chef d’orchestre Herman Sébastian qui était visé. Il est en cure et réside à l’hôtel, sans contact avec les autres clients. Impossible pour Margot d’obtenir une interview. Peu après la mort du retraité, Sébastian est tué par balle presque au même endroit. "Vous avez vu ! Cette fois, je ne l’ai pas raté !" confie Francesca à Margot. Difficile de savoir si la diva est mythomane ; mais elle détient effectivement un revolver prêté par un admirateur anonyme. Il peut s’agir d’une vengeance, Sébastian ayant interrompu la carrière de Francesca. Margot est rejointe par ses amis Vincent, Jean-Luc et Anne-Marie. Les deux hommes, reporters-télé, mènent leur propre enquête. La version de Francesca paraît peu crédible : elle est manipulée. Quand on découvre le vol des deux stradivarius de Sébastian, cela réduit le nombre des suspects. Membres du personnel et habitués de l’hôtel (comme les joueurs de poker venant la nuit) peuvent être soupçonnés. Alors que la diva craint désormais d’être impliquée dans ces meurtres, elle est agressée…

"Le saigneur de Quimper" (2005)

Vincent est à Quimper en vue d’un article sur l’artisanat traditionnel. Une nuit, il trouve le cadavre d’une femme assassinée dans la rue. Involontairement mêlé à l’enquête, il s’aperçoit qu’il y a déjà eu deux autres victimes. Peu après, un 4e meurtre se produit. A chaque fois, le criminel dérobe une des chaussures de la victime. Une criminologue de la gendarmerie est envoyée à Quimper pour étudier l’affaire. Elle se montre froide avec Vincent, qui loge dans le même hôtel. Elle accepte de l’associer à l’enquête, à condition qu’il soit discret. L’assassin fait une nouvelle victime, elle aussi mortellement blessée à la carotide. Pour son reportage, Vincent rencontre Justine Dervin. L’histoire de son père, artiste méconnu de la faïencerie, intéresse finalement peu le journaliste. Vincent et son collègue Jean-Luc, qui l’a rejoint, soupçonnent un fleuriste. La 6e femme tuée dans les mêmes circonstances est Claire Dervin, cousine de Justine. Les enquêteurs gardent le silence sur ce meurtre. Un point commun entre toutes les victimes les aide à démasquer le coupable probable…

"Vol de pigeons à Arradon" (2007)

Femme mûre et séduisante, Rosalie vit avec son fils Charlie. Tous deux apprécient les beaux jeunes hommes. Rosalie tient une boutique de luminaires dans un quartier huppé de Paris. Façade respectable, qui masque des trafics auxquels elle participe. Le camionneur Luciano la prévient qu’il y a des complications dans la livraison des colis. La maison leur servant de relais près du Golfe du Morbihan serait moins sûre. Le fournisseur envisage de livrer les paquets suivants par la mer. C’est ennuyeux car Ni Rosalie, ni Charlie ne savent manœuvrer un bateau. Actionnaire de diverses sociétés, Timothée Lepic en possède un. Ce naïf accepte d’aider Rosalie, sans savoir ce que ça cache. Luciano propose que son ami Joseph leur donne un coup de main. Charlie ne veut pas se séparer du charmant étudiant Jean-Maurice. Le petit groupe s’installe à Vannes. “Le Colombier”, la maison-relais du trafic, ne paraît pas surveillée. Il faut néanmoins se montrer prudent. Les colis qui attendent contiennent ce que Rosalie appelle des “reproductions” d’objets précieux. Luciano connaît un client prêt à racheter immédiatement le lot à bon prix. L’échange nocturne rend la transaction mystérieuse, mais l’affaire s’avère rentable. Alors qu’on attend confirmation de la prochaine livraison en mer, des suspicions naissent dans le groupe…

"Cash Cash au Crouesty" (2008)

Vincent Hermelin est averti en priorité du décès de Ghislain Brieuc. Ce célèbre financier a été trouvé mort dans sa voiture, à Saint-Gildas-de-Rhuys. Ça ressemble à un suicide. Vincent quitte Paris pour mener son enquête du côté du Crouesty, en Bretagne Sud. Il réalise vite que la propriété de Ghislain Brieuc est exagérément protégée. La rumeur prétend que le défunt y organisait des soirées sado-maso. Ghislain Brieuc était gaucher, indice démontrant qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Vincent s’intéresse surtout au nommé Ludovic, l’homme de confiance de Brieuc, disparu depuis la mort de son patron. Ancien baroudeur, Ludovic est absent de ses deux domiciles. Il prend bientôt contact avec Vincent, pour une suite de rendez-vous discrets. Le factotum nie avoir assassiné Ghislain Brieuc. La confiance s’établit entre Vincent et Ludovic. Son patron était amateur de prostituées de luxe, mais l’aspect sado-maso n’était qu’un décor. L’épouse du défunt et le gardien de sa propriété bretonne cachent leurs origines russes. Vincent est conscient que le danger plane autour de ces rencontres avec Ludovic. Le duo projette une opération commando afin de visiter les caves de chez Brieuc. Mais Ludovic est supprimé par ses adversaires. Plusieurs messages sont adressés à Vincent : "Laissez tomber!". Le reporter reçoit un courrier posté par Ludovic avant sa mort. Il a dissimulé des documents dans l’église de Saint-Gildas. Il situe des caches d’armes, et témoigne de ce qu’il sait sur la mort de son patron. Peu après, Vincent est la cible d’un tireur…
Lire l'article sur son nouveau roman :
"Le diable noir de Saint-Cado" (2009)

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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