Après “Un chien du Diable”, Fabienne Ferrère nous présente la deuxième aventure du chevau-léger Gilles Bayonne, “Car voici que le Jour vient” (Denoël, 2009). Remontons le temps jusqu’en 1595, sous le règne d’Henri IV.
Âgé de 23 ans, le chevau-léger Gilles Bayonne vit à Paris avec sa famille. De retour d’une mission qui l’a profondément
marqué, il n’est pas pressé de répondre à la convocation du chancelier Cheverny. Celui-ci envoie quatre de ses sbires le rosser, pour rappeler à Gilles Bayonne qu’il lui doit obéissance. Cheverny
le charge d’enquêter dans le quartier de la Grande Boucherie. Des vols chez des notables y ont été commis et, surtout, le curé Vuillard a été assassiné de façon horrible. Enfermé dans un tonneau,
il a été tué par d’énormes rats. Le jeune Pique-Lune, 12 ans, déjà formé à toutes les ruses et autres rapines, va accompagner Gilles Bayonne. Le quartier dans la juridiction des commissaires du
Châtelet,
que le chevau-léger évite de trop vite rencontrer. S’installant dans une auberge, il commence à interroger la population.
Le bedeau Romain Mesnil n’est guère honnête, mais il est fier de ses pratiques, puisqu’il s’agit de nourrir sa famille. Le curé Vuillard avait changé depuis un certain temps, transformant son presbytère en forteresse. Il avait engagé comme guetteur de nuit le nommé Gerbault, un paria logeant sur l’Île aux Vaches. Dans la Bible du prêtre, Gilles Bayonne note qu’un passage ayant trait à la colère divine a été souvent lu par Vuillard. Le chevau-léger assiste en cachette au conseil paroissial, observant les chicaneries entre ces dignes habitants de la Grande Boucherie. Après avoir interrogé le peu loquace Gerbault, qui confirme que Vuillard vivait dans la peur, Gilles Bayonne contacte les commissaires du Châtelet. Si trois d’entre eux lui sont sournoisement hostiles, il peut accorder sa confiance à Lhorme, commissaire plus coopératif.
De son côté, Pique-Lune enquête sur les cambriolages. Ils ont été commis par un voleur astucieux ou fort bien renseigné. Gilles Bayonne s’interroge sur la provenance des énormes rats qui tuèrent le curé. Une autre victime vient d’être, lui, tué par des vipères. Le nommé Rivière était régisseur à l’hospice d’orphelins des Enfants-Rouges. Chez lui, le chevau-léger trouve cinq pièces d’une monnaie inconnue. Le bedeau Mesnil ne tarde pas à avouer qu’il en vola cinq identiques au presbytère. Autre indice, la corde qui ligotait les victimes est nouée d’une étrange façon. L’enquêteur n’apprendra que tardivement qu’il s’agit d’un nœud pratiqué à la chiourme, aux galères. Il ignore être observé par “Le Goupil”, qui fut quinze ans plus tôt chef d’un groupe de malandrins. Gilles Bayonne risque de figurer aussi au nombre des victimes, quand on veut l’empoisonner. Mais il va au bout de sa mission, faisant avouer au Goupil des crimes passés…
Le titre suggère évidemment une affaire de vengeance, frappant “tous ceux qui ont fait le mal”. Gilles Bayonne doit donc comprendre les motifs de cette série de meurtres, avant d’identifier le cruel justicier. Bien entendu, c’est le contexte qui prime dans ce roman historique. Fabienne Ferrère reconstitue avec précision la vie quotidienne de l’époque. Dans un Paris plutôt sale et peu sûr, plusieurs villages devenus quartiers forment une agglomération. L’auteur dresse le portrait de personnages typiques, artisans ou commerçants, et autres pauvres bougres grappillant leur survie dans cette Vallée de Misère. Outre le chevau-léger à l’esprit tourmenté, on aime le débrouillard Pique-Lune, sorte de Gavroche éduqué à la Cour des Miracles. Ils évoluent dans un monde dur et brutal, sombre et sanglant, où la Justice n’a pas encore gagné une vraie place. Quand plane un mystère, difficile dans ces conditions de savoir à qui se fier. Ce suspense documenté est très agréable, grâce à la description cette lointaine période.
Régis Messac fut certainement le premier à considérer que la Littérature policière existait en tant que telle, sans être un sous-genre littéraire. Pour lui, le roman populaire se doit
d’être de qualité. Aussi ne se trompe-t-il pas quand il fait l’éloge d’un certain Dashiell Hammett : “Dans Le faucon de Malte, tout le monde est immoral, crûment, froidement immoral. Une
seule chose compte : l’argent, les dollars. Le détective lui-même, Spade, le héros de ce récit, ne vaut pas mieux que les autres, les criminels qu’il poursuit. D’ailleurs, il le sait et ne s’en
cache pas…” Messac évoque aussi La clé de verre et L’introuvable, du même Hammett. Il s’agace de la propagande (selon lui) contenue dans les enquêtes du Père Brown, de G.K.
Chesterton. Il salue la mémoire d’Earl Derr Biggers (décédé en 1933), dont le héros Charlie Chan est un policier chinois d’Honolulu. Il chronique encore quelques autres romanciers
étrangers.
Alcoolique et suicidaire, Ira Samin est une psychologue de la police qu’on laisse sur la touche. Elle culpabilise depuis le décès d’une de ses filles, Sara. Ce jour-là, Ira a décidé
d’en finir. Policier d’une unité de tireurs d’élite et ex-amant de la jeune femme, Götz vient la chercher pour être négociatrice d’une situation de crise. Dans les locaux de la radio 101.5, un
homme a pris en otage un groupe de visiteurs, l’animateur et un technicien. Armé, il prétend être harnaché d’une ceinture d’explosifs, mais on ignore encore ses revendications. Il menace de tuer
des otages à chaque Cash Call, jeu téléphonique célèbre de la station dont il a modifié les règles. Il en a probablement déjà abattu un, qu’il ne s’attendait pas à voir dans le groupe en visite.
Il n’accepte de négocier qu’avec Ira. Steuer, le chef de la police, n’a aucune confiance en elle. Il préfèrerait un assaut rapide, mais Götz admet qu’Ira peut faire évoluer la situation. D’autant
qu’on a pu installer une caméra pour observer le studio. Le bureau de Diesel, le rédacteur en chef déjanté de la radio, va servir de base à la négociatrice.
Policier à New York depuis douze ans, Lamar est un Noir à la taille imposante. Quand un carnage se produit dans un lycée de Harlem, il est appelé sur les lieux. Un élève de dix-sept
ans vient de tirer sur tous ceux qu’il croisait, causant quatorze morts et vingt-et-un blessés. Le jeune tueur est bientôt retrouvé dans le local clos où il s’est suicidé. Complètement effrayé,
l’élève Chris DeRoy est découvert caché dans la même pièce. Ayant rassemblé toutes les dépositions, Lamar reconstitue la sanglante matinée du tueur. Celui-ci étant mort, l’affaire est vite close.
Mais dix jours plus tard, un deuxième carnage endeuille une école du Queens. Là encore, c’est un élève qui a abattu plusieurs victimes, avant de se suicider. Bien que ce ne soit pas le secteur de
Lamar, il s’y intéresse. L’analyse des armes utilisées par les deux tueurs indique qu’il existe un lien.
Guillaume, quatorze ans, habite le quartier de la Bastille, avec son frère cadet Julien et leur mère. Vanessa, leur sœur aînée, déjà jeune adulte, vit aussi avec eux. Le jour
d’Halloween, Guillaume a rendez-vous au MacDo avec son copain Davy, âgé de seize ans. Celui-ci est le fils d’un homme qui a de hautes fonctions dans la police, croit savoir Guillaume. Selon leur
copine Sylvère, Davy est déjà reparti. Il a laissé un message pour son ami, évoquant “un type à la tronche de cire”. Par ailleurs, Guillaume essaie d’imaginer un moyen pour aller à la free
party où doit se rendre sa sœur Vanessa. Il a tellement envie de savoir à quoi ressemble une rave ! Entre temps, Guillaume est convoqué au commissariat du quartier. La disparition
du turbulent Davy, connu des services de police pour de menus méfaits, a été signalée. Guillaume ne peut guère les renseigner.
Pour occuper son temps en l’absence de sa compagne, le détective privé Kinscoff accepte d’enquêter
sur le suicide suspect d’un retraité nantais. Bricoleur inventif, l’homme n’avait aucune raison de mettre fin à ses jours. Il était membre d’un réseau de passionnés des techniques
électromagnétiques, lui-même testant des expériences curieuses. Kinscoff interroge son ami Babou, de la compagnie Royal de Luxe. Le retraité avait retrouvé un des multiples brevets du
scientifique Tesla, un visionnaire du début du 20e siècle. Celui-ci imagina maîtriser les ondes afin de fournir à tous de l’électricité gratuite, projet que rejetèrent les industriels
de son temps. Par contre, les militaires s’inspirèrent de ses travaux, exploitant l’idée d’un “rayon de la mort” permettant de contrôler le mental humain. Quand l’éléphant de Royal de Luxe est
saboté, c’est Babou qu’on vise. Rejoint par sa stagiaire effacée Cathy, Kinscoff interroge un radioamateur, ami de Babou. S’il n’est pas parano, des expérimentations extrêmement dangereuses pour
les êtres humains seraient en cours. Après avoir été attaqués en voiture, Kinscoff et Cathy rentrent à Paris. La stagiaire cherche des infos sur les brevets de Tesla, sur les expériences
actuelles concernant le climat, et sur les “chemtrails”. Ses découvertes sont, pour le moins, fort inquiétantes. Kinscoff, son associé et Cathy se savent surveillés par un individu. Il vaudrait
mieux cesser leur enquête.
Les autorités américaines utilisent tous les moyens pour juguler la puissance de leur seul
adversaire économique actuel, la Chine. Les services secrets continuent à fomenter des troubles, comme en Birmanie ou au Tibet, ou en soutenant les opposants Ouïgours. Ne peut-on pas imaginer
que, s’inspirant des généreux travaux de Tesla, les Etats-Unis cherchent “scientifiquement” à affaiblir la Chine ? Ainsi certaines catastrophes seraient moins “naturelles” qu’on ne le dit… Les
ondes sont utilisées dans notre quotidien, de la téléphonie aux pluies volontairement provoquées. Les faits sont éloquents, et aucun organisme n’a la possibilité de contrôler sérieusement (et de
limiter, sans doute) les applications souvent secrètes de ces manipulations des ondes. Évidemment, sont traités de paranoïaques ceux qui posent des questions, qui formulent des suppositions
pourtant plausibles. L’auteur ne ménage pas certains prétendus apôtre de l’écologie et de la paix, d’une sincérité un peu discutable. Une bonne dose de suspense complète idéalement les nombreuses
informations délivrées ici. Car Kinscoff et Cathy traversent mille dangereuses péripéties, dans ce qui est aussi un remarquable roman d’aventures.



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