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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 06:23

 

 

Redécouvrons le tout premier titre de Tonino Benacquista : Épinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., datant de 1985.

BENACQUISTA-1985Natif d’Italie, Canasta a vécu jusqu’à l’âge de dix-huit ans avec son père dans un paisible coin de Toscane. Puis, il a eu envie de voyager. Il a d’abord vécu à Paris. Pourtant, c’est l’Amérique qui l’attirait depuis toujours. Il s’est envolé pour Las Vegas. Après des débuts hasardeux, Canasta est devenu journaliste. C’est là qu’il reçoit un jour une curieuse proposition d’un certain John Winston John. Pour dix mille dollars, il s’agirait de créer un scandale autour du maire sortant d’Atlantic City. Canasta préfère y réfléchir. Quand il est passé à tabac par des basketteurs mécontents de ses articles, il finit par prendre l’avion pour la côte Est. Sans doute la mission demandée par Winston John n’est-elle pas sans risque, aussi prendra-t-il le temps de jauger la situation.

Dès son arrivée à l’aéroport d’Atlantic City, Canasta croise un croupier qui lui offre un bon plan pour gagner au casino. Le soir même, il tente le coup. Il gagne sept mille dollars, non sans attirer l’attention des joueurs. Dès le lendemain, le voilà célèbre grâce à un article paru à la une du journal Today. On le présente comme un pro du jeu, un homme qui ne perd jamais. Canasta demande vainement des explications au journal. Il est convaincu qu’il y a une sombre embrouille derrière cet intérêt soudain pour lui, qui est si peu joueur. Le cas de Canasta ne passionne guère le flic de service auquel il s’adresse. Un nouvel article accentue encore la réputation de Canasta, qu’on dit prêt à affronter tout adversaire valable. Il est invité par le riche Spencer à une nuit de poker avec quelques amis de son rang.

Bien qu’il se souvienne de son père et s’investisse dans son rôle de Canasta-le-pro-du-jeu, bien qu’un peu aidé par la donneuse de cartes Mlle Evans, il finit la nuit complètement ratissé. Ce qui n’empêche pas le journal de proclamer qu’il a une fois de plus vaincu ses partenaires. Frisant la dèche, il rencontre le Japonais Nakamura. Ce bonhomme, qui le suit comme son ombre, va utilement l’aider quand Canasta est défié par des joueurs de billard. L’affaire est encore relayée faussement par le journal local. Canasta finit par retrouver John Winston John. Il s’en méfie, car la franchise n’est toujours pas la qualité première de celui-ci. Avec l’aide de Nakamura, du nommé Foxy et de miss Doigts de Fée, Canasta peut espérer une issue victorieuse…

 

Publié en 1985, c’est le premier roman de Tonino Benacquista, qu’il a écrit à l’âge de vingt-deux ans. Il faut souligner qu’il possède déjà une magnifique maîtrise. Il se sert à merveille du mythe américain. La cellule familiale ? Oui, c’est vrai, le monde entier vous l’envie (…) Avec un peu d’expérience, j’ai réussi à comprendre que celui qui est persuadé que le seul Paris au monde se trouve au Texas, c’est le père. Celle qui joue au squash avec des lunettes de soleil, c’est la mère. Et ceux qui s’étonnent que l’arc-en-ciel est un spectacle gratuit, ce sont les enfants. Les jeux d’argent et la fascination des grosses limousines font partie de cette image. Encore que le héros soit plutôt obsédé par les Rolls Royce blanches.

Plutôt qu’un perdant, Canasta est un type neutre, sans talent particulier, un peu trouillard, pas totalement naïf quand même. Il avance au gré des évènements, entre chance et manipulation. Il savoure sa notoriété : Intense bonheur. La désinvolture me grise. J’y prends goût car c’est un réflexe nouveau. Je voulais vivre l’aventure, je vis la folie. La folie ne serait-elle pas l’aventure à son point de non-retour ?

Ce modeste Italien à la conquête de l’Amérique est un authentique personnage de roman noir. Qui peut à tout moment basculer, être abattu, pas seulement prendre bon nombre de coups. Toutefois, on discerne une tonalité narrative amusée, ainsi que le suggère le titre du roman. Pour un coup d’essai, cette histoire est déjà un coup de maître. Patrick Mosconi ne s’y trompa pas, donnant sa chance à Tonino Benacquista dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. Il semble que Épinglé comme une pin-up dans un placard de G.I. n’ait jamais été réédité. On se demande vraiment pourquoi, tellement c’est excellent.

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commentaires

noel baye 27/10/2013 19:22

Ce roman est excellent. Je l'ai trouvé un jour chez un bouquiniste à Bruxelles
en Belgique. Et j'ai découvert un grand auteur. Lors du festival polar de Bruxelles
j'ai eu la chance de le rencontrer et lui ai demandé de dédicacer le livre en question. Il voulait me le confisquer car il était très rare, le stock ayant brulé dans un entrepôt. Il m'a dédicacé le livre et nous avons parlé très chaleureusement. Je vous conseille un de ces roman Malavita donc Luc Besson en a
fait une adaptation au cinéma qui vient de sortir en salle et qui est une réussite. J'ai eu aussi le plaisir d'être le personnage central dans un court métrage d'une de ces nouvelles tirée de La machine à broyer les petites filles. Longue vie à Tonino Banacquista.
.

Claude LE NOCHER 27/10/2013 20:18

Bonsoir Noël
Je n'ai pas l'honneur de connaître Benacquista à titre personnel, mais je suis de longue date un de ses admirateurs. J'avais adoré "Malavita", et j'espère que l'adaptation sera à la mesure de l'intelligence de cette histoire. Je me souviens aussi de "La machine...", très bon texte.
Vous soulignez deux points qui me touchent. Oui, une partie du stock des Fleuve Noir fut victime d'un incendie, ce qui précipita aussi la fin de ces collections. Et puis, je sais que Benacquista ne tient pas à une réédition de ce premier roman, car on me l'a dit depuis des années. Il a tort car, comme beaucoup d'auteurs, sans renier leurs débuts, ils savent avoir évolué ensuite... mais ce premier ouvrage porte les germes d'autres romans suivants.
Si cette chronique lui vient sous les yeux, que Benacquista y voit un hommage à son talent. Amitiés.

Serge 31 08/03/2012 23:43

Salut Claude.
Je confirme que c'est T.B. lui-même qui est hostile à la réédition de ce premier texte, dont il est insatisfait (confidence de Claude Mesplède). Je t'envie de le posséder, moi qui ai renoncé depuis
pas de temps à le dénicher chez quelque bouquiniste...
Amitiés.

Claude LE NOCHER 09/03/2012 07:04



Salut Serge,


"Ce titre est malheureusement introuvable aujourd'hui", telle est la seule mention indiquée sur le site officiel de T.B. pour ce premier roman. Ce qui semble confirmer que l'auteur ne tient pas à
une réédition. Sans doute, avec plus de maturité, l'aurait-il écrit plus finement quelques années plus tard, mais cette histoire laisse néanmoins une excellente impression.


Je ne sais trop quand j'ai acheté ce livre. En occasion début des années 1990, peut-être. Je l'ai lu à l'époque, un peu oublié l'intrigue depuis, relu pour le chroniquer ici... Max a soulevé la
question du tarif, délirant. En outre, la plupart des sites Internet bouquinistes n'en ont pas de disponibles, proposant plutôt une "alerte" s'ils le trouvent. Content de l'avoir, oui !


Amitiés.



Oncle Paul 08/03/2012 15:16

Bonjour Claude
Et dire que Tonino n'aime pas qu'on parle de ce premier roman ! Pourtant lorsque je l'avais chroniqué, le roman, au temps où je faisais des émissions radio, j'avais prédit que l'auteur devrait se
faire un nom. J'avais été, pour une fois, bon prophète, mais ce n'est pas grâce à moi que Tonino a percé mais bien sur les conseils éclairés de Patrick Mosconi et J.B. Pouy
Amitiés

Claude LE NOCHER 08/03/2012 16:05



Salut Paul


S'il n'aime pas qu'on parle de ce roman, alors bonne raison d'en parler. Collection moins "prestigieuse" que la Série Noire et Rivages/noir publiant ses titres suivants ? Car ça n'est
certainement pas une question de "premier roman moins abouti". Certes, par la suite, le ton s'est peaufiné, l'écriture s'est encore améliorée. J'aimerais bien connaître le motif de cette "pudeur"
de Tonino Benacquista envers sa première oeuvre, très réussie.


Amitiés.



Max 08/03/2012 09:38

Salut Claude,
Jamais réédité, hélas, et je ne suis pas prêt de le lire, car il est vendu actuellement 115€ sur Priceminister, avec des souhaits acheteurs allant jusqu'à 80€, et un prix de vente moyen de 61€
!!!
Consternant....

Claude LE NOCHER 08/03/2012 10:10



J'ai vu ça, mon cher Max ! D'ailleurs, moi-même, je vends mon exemplaire au prix de base de 110 €, juste au-dessous du tarif affiché par Priceminister... Ce sera au plus offrant !


  Non, je plaisante ! J'ai et je garde le premier titre de Benacquista, parmi quelques autres raretés.
Ces "cotations" sont effectivement exagérées (même s'il est vrai que beaucoup de lecteurs cherchent certains premiers titres rares). En tout cas, si on le trouve à un tarif raisonnable,
ce livre-là mérite d'être lu (et relu avec grand plaisir, dans mon cas).


Amitiés. 



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