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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 05:22

 

En cette rentrée 2011 chez Fayard Noir, voici Rouge Connemara, deuxième roman de Seamus Smyth. Amateurs de cynisme, régalez-vous !…

À sa naissance, Robert Red Dock avait une famille. Teresa Donavan, sa mère, élevait déjà ses aînés Conor, Edna et Amy. En 1949, veuve désargentée, Teresa abandonna Robert et son jumeau Sean. Comme tant d’autres petits Irlandais, ils furent confiés à un orphelinat religieux. Tous ces enfants y étaient victimes de maltraitances au quotidien. Sean n’y résista pas. SMYTH-2011D’un caractère volontaire et plus frondeur, Red Dock s’est sortit. En mémoire de son frère, dès l’âge de 21 ans, il entama une longue vengeance. Il kidnappa la petite Winters, fille d’un policier, qu’il laissa aux bons soins d’un orphelinat. Red Dock créa une fausse identité à ce bébé, attestant qu’il se nommait Frances Anne Donavan, fille de sa propre nièce. Elle fut placée dans un établissement religieux du Connemara, où on lui donna pour nom Lucille Kells. Red Dock s’arrangea pour n’avoir pas trop de difficultés à la reconnaître le moment venu, vingt ans plus tard.

Durant ces deux décennies, Red Dock a prospéré dans le bizness malhonnête. Propriétaire d’hôtels et de bars, maître-chanteur chevronné, proche de caïds mafieux, Red n’éprouve aucun sentiment. Il attend seulement l’heure de son implacable vengeance. Le jour venu, il n’a pas de mal à retrouver Lucille. Elle vit à Dublin, habite avec une co-locataire orpheline comme elle, Gemma. Grâce à sa faculté de faire face à tous les aléas, Red se montre habile. C’est en manipulant Gemma qu’il atteindra Lucille. Contrairement à ce que croit Red, la jeune fille ayant apprit qui était sa supposée mère, s’intéresse à la famille Donavan. Conor, ses sœurs et sa fille, exploitent un centre équestre. Lucille loue un cottage non loin de là. Un élément extérieur vient perturber sérieusement les projets de Red Dock, ainsi que l’approche de Lucille envers sa prétendue famille.

Hockler est un criminel recherché par la police, connu sous le nom de Picasso. Il a déjà enlevé une série de jeunes femmes. Il les séquestre, les tourmente, les stresse sous la menace de rats, les utilise pour composer ses délirants tableaux. Ses nouvelles victimes sont Jackie et Lisa, amies homosexuelles de Gemma. Si elles conviennent pour un tableau intitulé Duo, Picasso doit dénicher quelquun d’autre pour clore son démentiel Calendrier. Gemma est juste une fille bonne à torturer, mais ce serait parfait avec Lucille. Le fils d’un ami de Red Dock, caïd de la pègre, est inquiété par la police pour la mort de Gemma. Le vengeur doit donc retrouver Lucille, pour disculper le fils du mafieux, et afin de poursuivre son but. Sans se faire repérer du sergent Chilly Winters, policier qui le connaît et qui suit l’affaire, bien sûr. Red Dock trouve bientôt le moyen d’entrer en contact avec Picasso, qui détient Lucille. Il va se servir des instincts pervers de celui-ci…

 

Le précédent titre de Seamus Smyth, Trois accidents et un suicide”, comme ce Rouge Connemara” sont d’authentiques romans noirs, ne nous trompons pas de grille de lecture. Le narrateur principal est ici encore un personnage cynique, amoral, manipulateur, qui assume : OK, vous vous demandez pourquoi je ne suis pas entré pour sauver Lucille ou pourquoi je n’ai pas appelé Swagsy and Co, afin qu’ils s’en chargent. Z’avez rien compris : ça, c’est le boulot du gentil, et moi, je suis un méchant. Vous allez me haïr, forcément, un gars comme moi ne mérite que haine. Cette froide détestation et cette nécessité de vengeance sont, non pas acceptables, mais justifiées.

Les orphelinats gérés par l’Église catholique en Irlande furent de véritables goulags, où d’odieux religieux usèrent de toutes les formes de violence contre les enfants. Ce qui peut entraîner de cruelles envies revanchardes. C’est le cas de Red Dock. Il n’est pas le seul protagoniste racontant cette affaire. Le pervers Picasso-Hockler, qui compose des tableaux fort singuliers, et la jeune Lucille ont aussi leur mot à dire. Victime, cette dernière l’est à tous points de vue. Son vrai père, le sergent Winters dont l’ombre suit le récit, n’y pourra rien. Le contexte et, surtout, les circonvolutions de l’intrigue à suspense, donnent à ce roman une tonalité particulière. Ambiance malsaine peut-être mais très attrayante, dont nous sommes témoins et complices. Une belle confirmation du talent de Seamus Smyth.

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commentaires

Jeanmi 12/09/2011 16:53


Oh il n'y a pas qu'en Irlande où les monstrueux éducateurs catholiques sévirent. Je suis un ancien élève de Jésuites. "Perinde ac cadaver" obéir comme un cadavre telle est leur devise. Aujourd'hui
leurs institutions sont simplement disciplinées, hier elles étaient cruelles. On était bien dans le faites ce que je dis et non ce que je fais...


Claude LE NOCHER 12/09/2011 18:03



Bonjour Jean-Michel,


Si la sévérité n'est pas forcément condamnable, les mauvais traitements cruels le sont en tant qu'actes criminels. Et l'Eglise d'Irlande atteignit des sommets
en la matière, semble-t-il. Les religieux, "personnes ayant autorité", s'attaquant à des mômes (surtout des orphelins), c'est impardonnable. Quant aux Frères des Ecoles
Chrétiennes, chez nous, ils ont bénéficié de bien curieuses protections. Nos élites leur étant redevables de belles scolarités, peut-être ? A moins qu'il n'y ait jamais rien eu de scandaleux dans
l'Eglise catholique en France, contrairement à ce qui s'est passé partout ailleurs en Europe et dans le monde.


Amitiés.



Pierre FAVEROLLE 12/09/2011 06:42


Salut Claude, un auteur intéressant par son cynisme, et dont j'attends le grand livre. Celui ci est bien, très bien parfois, mais je trouve qu'il a un peu gaché son message avec le personnage de
serial killer. J'aurais tant aimé mettre un coup de coeur sur un tel sujet ! Amitiés


Claude LE NOCHER 12/09/2011 07:00



Salut Pierre,


L'excitation délirante du serial killer Picasso fait contrepoint à la froideur cynique de Red, me semble-t-il. Avec au milieu, la "candeur" de Lucille. J'avoue avoir été séduit, comme
pour le premier titre de Seamus Smyth.


Des personnages affreux, c'est quand même plus sympa que des gentils enquêteurs experts, non ?


Je pense que le message, quant au contexte des orphelinats à scandale, reste "lisible". Il ne faut pas non plus que ça tourne à la démonstration.


Peut-être le prochain Seamus Smyth aura-t-il droit à un "Coup de coeur" ?


Amitiés.



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